• Mutilation de l’Histoire de France :
    détruire le passé pour
    glorifier le monde nouveau
    (D’après « Histoire partiale, Histoire vraie » (Tome 1), paru en 1911)
     
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    Voici un siècle, dans son oeuvre en 4 volumes intitulée Histoire partiale, histoire vraie, l’historien Jean Guiraud, spécialiste de l’histoire de l’Église et professeur d’histoire et de géographie de l’Antiquité et du Moyen Âge à l’université de Besançon, dénonce les erreurs et mensonges historiques que renferment les manuels scolaires : l’Histoire la plus généralement admise enseigne selon lui ce qui est faux, et induit un désamour de notre passé doublé d’une haine de l’Ancien Régime, afin de mieux glorifier une République « donnant au monde la paix et la liberté ». Aperçu des méthodes visant à mutiler le Moyen Age et la féodalité...
     

    Pour Jean Guiraud, la plupart des faiseurs de manuels d’histoire pèchent par une instruction superficielle qui leur a dispensé « quelques clartés de tout » sans leur permettre de rien approfondir et étudier par eux-mêmes, leur donnant à la fois un simple vernis de culture et une foi imperturbable en leur modeste bagage scientifique, fait uniquement d’emprunts et de connaissances livresques.

    De là une facilité toute particulière à se lancer dans des inductions dont ils ne soupçonnent pas la témérité ou la fausseté, une tendance fâcheuse aux généralisations les plus aventureuses, fruit naturel d’esprits simplistes et niaisement sûrs d’eux-mêmes. Compilateurs sans originalité, ils manquent d’un sens critique qu’on n’a pas cultivé au contact des textes ; et ainsi, leur documentation est faite sans discernement, selon le hasard, ou, ce qui est encore plus grave, d’après les passions politiques et religieuses du jour.

    Sous leur plume se pressent les affirmations les plus fantastiques et les assertions les plus naïves, d’un pessimisme farouche, quand l’époque décrite a le malheur de leur déplaire, d’un optimisme rêveur et béat, lorsqu’elle a la bonne fortune de leur agréer. D’un côté, aucun trait pour corriger d’une teinte claire la noirceur du tableau ; de l’autre, aucune ombre pour souligner la splendeur de l’ensemble ; ici le noir est sans mélange ; là on nage en plein azur !

    Le Moyen Age représenté comme une époque de misère et de désespoir
    Notre historien prend l’exemple du célèbre manuel d’histoire de l’époque édité par la librairie Delaplane, signé J. Guiot — professeur d’école normale, directrice de l’école annexe à l’école normale d’Aix — et F. Mane — professeur de septième au lycée de Marseille. Voyez quelle sombre description elle nous trace du Moyen Age, nous dit Guiraud :

    Page 81, du Cours supérieur, elle noue parle d’une « Marseillaise du désespoir entonnée par cent mille affamés ». Quelle était cette Marseillaise, où a-t-elle été chantée, quels étaient ces cent mille affamés ? M. Mane ne nous le dit pas, pour une raison bien simple, c’est que cette Marseillaise n’a existé que dans son imagination de Marseillais et que ces cent mille affamés sont aussi réels que la sardine monumentale qui, toujours à Marseille, bouchait jadis l’entrée du Vieux Port !

    Page 35, du Cours moyen, Guiot et Mane nous décrivent la féodalité, « cette époque excessivement malheureuse..., cet affreux régime » où le seigneur est un guerrier brutal, cruel, ignorant (p. 36), foulant les moissons dorées (p. 37). Plus loin : « Le Moyen Age est l’époque des épouvantables famines ; alors sur les chemins les forts saisissent les faibles, les déchirent et les mangent ! Quelques-uns présentent un fruit à un enfant, ils l’attirent à l’écart pour le dévorer ! »

    Représentation du fléau de la famine au Moyen Age
    Représentation du fléau de la famine au Moyen Age

    Page 34, du Cours élémentaire, on lit : « Le seigneur est constamment en guerre, ses plaisirs sont cruels..., le Moyen Age est l’époque des affreuses famines : le paysan mange l’herbe des prairies, les forts saisissent les faibles, les déchirent et les dévorent..., bien peu d’enfants reçoivent l’instruction..., plaignons les écoliers ; ils sont constamment battus de verges (p. 35)... Que font ces enfants à l’école ? Tous pleurent ! » Et le résumé affirme gravement qu’ « au Moyen Age le sort du paysan est affreux : il vit dans l’épouvante et travaille gratuitement pour le seigneur..., dans les rares écoles les enfants sont constamment fouettés.

    Enfin le Cours préparatoire écrit (p. 30) : « Qu’il est triste le village d’il y a mille ans ! C’est la misère noire..., le paysan pleure et se désole à la vue du château qui lui rappelle qu’il est serf... Ses enfants ne lui appartiennent pas ; ils peuvent être vendus, le fils est séparé de son père, et la fille de sa mère. »

    A quel homme tant soit peu instruit, ou simplement à quel homme de bon sens fera-t-on admettre que les choses se passaient ainsi, « il y a mille ans » ? Dans quel pays, si déshérité qu’on le suppose, tous les enfants, sans exception, pleurent-ils dans les écoles, parce qu’ils sont sans cesse battus de verges ? Concevez-vous une école où le maître passe tout son temps — sans en distraire une minute — à fouetter les enfants et où tous les enfants sont uniquement occupés à pleurer ? Mais quand donc le maître enseignait-il ? Quand donc les enfants faisaient-ils leurs devoirs et récitaient-ils leurs leçons ? C’est ce que nous racontent Guiot et Mane : « tous les enfants pleurent..., parce qu’ils sont constamment battus de verges ! » Ce n’est pas de l’histoire de France, c’est plutôt une histoire de loup-garou destinée à effrayer les petits enfants !

    A quel homme raisonnable fera-t-on croire que dans ce pays, que la poésie populaire du Moyen Age a appelé la « douce France », TOUS les paysans pleuraient devant le château du seigneur, comme leurs enfants sous le fouet du maître (que de larmes !), qu’ils ne se nourrissaient QUE D’HERBE et qu’ils étaient dépouillés de leurs fils vendus comme esclaves ? A qui fera-t-on croire que la France du Moyen Age était un pays de cannibales où les forts, au lieu de manger la viande des moutons ou des bœufs, absorbaient la chair des faibles, où, dès qu’un enfant sortait sur la route, on lui présentait une pomme pour l’attirer à l’écart, et le manger ! C’est là une histoire d’ogres et non une histoire de France !

    Remarquez d’ailleurs que les documents protestent contre les traits d’un pareil tableau. Nous avons des inventaires de granges, de fermes, de maisons de paysans au Moyen Age. Le dénombrement de leurs provisions nous prouve qu’ils vivaient non d’herbe — à moins que ce ne fût, comme de nos jours, de la salade ! — mais de viande de mouton et de porc — plus rarement de bœuf — de veau quand on était malade, de salaisons, de poissons frais ou salés, et de légumes.

    Nous avons plusieurs lois des empereurs chrétiens du IVe siècle interdisant formellement de séparer un esclave de sa femme et de ses enfants. Quant à la famille du serf, un tout petit raisonnement aurait prouvé à Guiot et Mane qu’elle ne pouvait pas être dispersée par le seigneur, puisqu’elle était attachée à la glèbe, et que, par conséquent, s’il ne lui était pas permis de quitter la terre où elle vivait, on n’avait pas non plus le droit de l’en détacher, et d’en vendre isolément les membres.

    Enfin, M. Luchaire, professeur à la Sorbonne et membre de l’Institut, déclare avec raison dans la grande Histoire de France de Lavisse, qu’à la fin du XIIe siècle, c’est-à-dire en pleine féodalité, il n’y avait que peu de serfs et qu’en tout cas, ils ne devaient pas tout leur travail au seigneur. « On constate qu’au début du XIIIe siècle, les affranchissements individuels ou collectifs ont diminué beaucoup le nombre des serfs. Les terres, qui ont la malheureuse propriété de rendre serfs ceux qui les habitent, ont été graduellement absorbées par les terres libres. L’hérédité même du servage est atteinte.

    Des provinces entières, la Touraine, la Normandie, la Bretagne, le Roussillon, plusieurs régions du Midi semblent ne plus connaître le servage, ou être en très grande partie libérées. Dans les pays où il subsiste, par exemple le domaine royal et la Champagne, même quand les propriétaires ne se relâchent pas facilement de leurs droits, la condition servile est devenue moins intolérable. La taille arbitraire n’existe plus en beaucoup d’endroits ; le formariage, la main-morte sont souvent supprimés. Nombre de paysans ne sont plus soumis qu’à la capitation, impôt de trois ou quatre deniers. » Ainsi, au Moyen Age, la plupart des paysans étaient libres, les serfs étaient l’exception.

    Le château féodal
    Le château féodal

    Au XIVe siècle, le mouvement vers la liberté s’accentua dans des proportions considérables ; en 1315, Louis X affranchissait tous les serfs du domaine royal et de la Champagne qui avait résisté jusque-là au mouvement d’émancipation. Quant aux paysans libres, c’est-à-dire à la presque totalité de la population rurale, « les concessions de privilèges et d’exemptions leur sont vraiment prodiguées (au XIIe siècle) par les seigneurs du temps de Louis VII et de Philippe-Auguste. C’est l’époque de la grande diffusion de la charte de Lorris. A l’exemple de Louis VII et de son fils, les seigneurs de Courtenay et de Sancerre et les comtes de Champagne la distribuent assez libéralement aux villages de leurs fiefs. Même quand cette charte n’est pas octroyée intégralement et d’une manière explicite, son influence se fait sentir, surtout par l’abaissement du taux des amendes judiciaires, dans la plupart des contrats qui intervenaient alors, de plus en plus nombreux, entre les seigneurs et leurs paysans.

    « En 1182, l’archevêque de Reims, Guillaume de Champagne, concéda à la petite localité de Beaumont-en-Argonne une charte qui allait servir de modèle à la plupart des chartes d’affranchissement accordées aux localités rurales des comtés de Luxembourg, de Cheny, de Bar, de Réthel, et du duché de Lorraine. En Champagne, elle fit concurrence à la charte de Soissons et à la loi de Verviers. Elle ne donnait pas seulement aux villageois des franchises étendues, elle leur concédait une apparence d’autonomie, des représentants librement élus, les échevins, un maire et le libre usage des bois et des eaux... D’autres constitutions, moins répandues que celles de Lorris et de Beaumont, transformaient peu à peu l’état civil et économique des campagnes... Le village ne formait pas une personne morale, mais il était représenté par un maire. » (Histoire de France, Lavisse)

    Des paysans signant des contrats librement débattus avec leurs seigneurs, recevant d’eux pour leurs villages des constitutions et des chartes où leurs droits étaient nettement précisés, élisant leurs maires et s’administrant eux-mêmes, comme les habitants de nos communes, vivaient-ils sans cesse dans l’épouvante, comme l’écrivent Guiot et Mane ? Le seigneur avait-il tout pouvoir sur eux, et en particulier celui de leur saccager leurs moissons dorées ? Les documents disent précisément tout le contraire. Mais alors Guiot et Mane sont-ils des faussaires ? Certes non. Ce sont tout simplement des esprits insuffisamment renseignés qui ont généralisé des cas particuliers, en les grossissant démesurément par ignorance, excès d’imagination et passion.

    Ils ont trouvé, dans quelques histoires, des citations de Raoul Glaber ou de tel autre chroniqueur du Moyen Age, signalant, à une date donnée et dans tel pays, une famine ou même simplement un renchérissement des vivres, quelques actes criminels suggérés par la misère ; ailleurs, ils ont vu un seigneur abusant de son pouvoir et imposant à ses paysans des vexations arbitraires ou des impôts écrasants. Ils ont accepté ces faits sans les contrôler — car, en bons « primaires », ils manquent de critique — ils n’ont pas vu, par exemple, avec M. Gebhart — professeur de la Sorbonne et membre de l’Académie française — que Raoul Glaber avait une imagination débordante poussant tous les faits au drame, et que par conséquent, il faut se défier de ses affirmations.

    Bien plus, ces faits admis, ils ne se sont pas demandé s’ils étaient signalés précisément parce qu’ils étaient exceptionnels ; ils n’ont pas vu qu’ils avaient produit, sur l’esprit du chroniqueur qui les rapporte, une impression d’autant plus profonde qu’ils étaient rares et monstrueux. Et par une induction prématurée et dès lors antiscientifique, ils ont fait de l’exception la règle. Raoul Glaber cite comme un événement particulièrement abominable et inouï qu’un jour par misère un brigand a tué un homme et l’a mangé ; Guiot et Mane écrivent que, pendant tout le Moyen Age, tous les forts mangeaient les faibles et que les enfants qui acceptaient d’un passant un fruit étaient attirés à l’écart, dépecés et mangés sans poivre ni sel ! Voilà la généralisation hâtive dans toute sa fausseté. Et voilà l’histoire qu’au nom de l’Etat, on enseigne de force aux enfants pour les délivrer de tout préjugé et libérer leur esprit !

    Méconnaissance du rôle de la féodalité dans l’évolution des sociétés
    La féodalité est parée de tous les défauts. Elle est tyrannique ; elle exploite par la violence le travail du peuple : « Le pauvre paysan, dit Calvet dans son Cours préparatoire, travaille toujours ; s’il refuse, on le met en prison, on le bat, on lui coupe le nez et les oreilles, on lui arrache les dents, on lui crève les yeux... Les rois protégeaient les pauvres gens à peu près de même que les bergers gardent les brebis du loup, pour pouvoir traire leur lait et vendre leur laine ».

    Pour Léon Brossolette, ancien inspecteur de l’enseignement primaire à Paris, tous les barons féodaux sont « brutaux et farouches », affirme-t-il dans son Cours moyen. Il nous parle de serfs qui « se lassèrent d’être sans cesse pillés, battus, emprisonnés, pendus » ; il nous montre les marchands, tapis de peur dans leur ville et leurs sombres boutiques. Quant au paysan, disent Louis-Eugène Rogie et Paul Despiques, il vivait dans une cabane « dont les murs étaient faits de lattes entremêlées de torchis... le toit de chaume, le parquet de terre battue, le plus souvent sans fenêtre ». Aucun de ces auteurs ne se pose même cette question : « Comment un régime que l’on nous dit aussi affreux a-t-il duré plusieurs siècles ? »

    Une ville au Moyen Age
    Une ville au Moyen Age

    Encore moins nous exposent-ils la raison que nous en a donnée Taine : si dans toute l’Europe du Moyen Age la féodalité est restée puissante et a été acceptée pendant plusieurs siècles, c’est parce qu’elle répondait à une nécessité sociale, que cette organisation convenait le mieux à ces temps-là et que, pendant l’anarchie que les invasions et la dissolution de l’empire carolingien avaient déchaînée, les paysans et les habitants des villes avaient été heureux de trouver dans les seigneurs de puissants protecteurs, derrière les murs de leurs châteaux un asile, dans leur épée une sauvegarde pour la sécurité de leurs récoltes, de leur industrie et de leur commerce.

    Méconnaissance du rôle historique de la royauté
    La royauté est la négation de la République ; les auteurs de manuels s’efforceront en conséquence de démontrer qu’elle a eu tous les vices, exercé toutes les tyrannies, qu’elle s’est opposée à l’instruction, faisant de l’ignorance la complice de son despotisme, explique Jean Guiraud. Dans un de ses exercices, M. Calvet demande à ses élèves de prouver qu’un « roi absolu à qui rien ne résiste est incapable de bien gouverner » (Cours élémentaire, p. 117), comme si des souverains absolus tels que Pierre le Grand en Russie, Frédéric II en Prusse, Henri IV en France n’avaient pas bien gouverné leurs Etats. Pour Brossolette, « Louis XI ne fut ni plus fourbe ni plus méchant que les princes ses contemporains » (Cours moyen, p. 143) ; ce qui revient à dire qu’au XVe siècle TOUS les princes sans exception étaient fourbes et méchants, même quand ils s’appelaient le « bon roi » René.

    Pour nous faire connaître le « peuple sous Louis XIV », le même auteur, qui nous indique à peine d’un mot les efforts souvent couronnés de succès que fit Colbert pour diminuer les impôts par la réforme de la taille, trouve plus scientifique de résumer tout le règne en quatre faits mis en images : la révolte des Boulonnais contre les receveurs de l’impôt, une sédition à Rennes, une scène purement fantaisiste de famine, et l’histoire de M. de Charnacé abattant d’un coup de fusil un couvreur qui travaillait sur un toit.

    En admettant que tous ces faits soient exacts et que la royauté ait commis ou approuvé toutes sortes de crimes, écrit Guiraud, il est une vérité qui a son importance et que passent sous silence tous les manuels, sauf celui de Calvet, c’est qu’elle a fait la France. N’est-ce pas elle qui a réuni patiemment au domaine royal toutes les provinces qui s’étaient enfermées si longtemps en elles-mêmes ? Par un travail persévérant de plusieurs siècles, elle a reformé en une seule nation la poussière d’Etats qui était sortie du chaos des invasions, et donné à la race française, avec l’unité, la prépondérance politique et économique dans l’Europe du Moyen Age, sous saint Louis, dans l’Europe du XVIIe siècle, avec Louis XIV. Un pareil rôle ne méritait-il pas d’être rappelé ? Mais en le signalant, on aurait montré aussi la part qu’ont prise à la formation et à la gloire de la patrie des tyrans qui n’étaient ni révolutionnaires ni laïques ; on a préféré passer ces grands faits et mutiler l’histoire.

     Publié / Mis à jour le DIMANCHE 14 JUIN 2015, par LA RÉDACTION

     
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  • Surmenage intellectuel (Le) :
    vice de l’éducation moderne ?
    (D’après « La Revue des journaux et des livres », paru en 1887)
     
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    C’est un véritable cri d’alarme qui vient d’être poussé à l’Académie des sciences, écrit E. Lepelletier en 1887, observant que le surmenage intellectuel de l’enfance et de la jeunesse est une plaie dont les ravages, pour être moins visibles et moins rapides que ceux du choléra ou de la variole, sont cependant redoutables et progressifs
     

    Il y a une épidémie de savoir qui sévit sur nos écoles et sur nos lycées. Les constatations médicales ont révélé que les études trop assidues et prolongées auxquelles se livrent, dans la plupart des établissements scolaires, les jeunes gens des deux sexes, amènent des déviations de la colonne vertébrale, des affections des reins, des myopies excessives, des tuberculoses, du rachitisme, des gibbosités, des scrofules et mille autres funestes inventions pathologiques.

    Est-il besoin d’être grand clerc pour reconnaître le mal ? Oh ! que non, il n’est pas nécessaire, pour comprendre le vice de l’éducation moderne, d’avoir fait ses études. Inutile de hanter les cliniques et de se rendre dans un musée Dupuytren quelconque. Il suffit d’aller se promener au Bois, aux Tuileries, aux Champs-Elysées, un jour que les collégiens, Saint-Cyriens et Polytechniciens sont lâchés.

    Pour les collégiens, il peut bien y avoir doute. On hésite sur l’âge, on suppute une tardiveté de croissance et, devant ces pauvres petits bonshommes rabougris, le jugement se trouve suspendu et l’on ajourne à plus tard la condamnation du régime scolaire abâtardisseur auquel ces victimes de l’âpreté moderne et de la lutte pour la vie sont soumises.

    En ce qui concerne les élèves des écoles savantes, c’est autre chose. On a sous les yeux des spécimens actuels, des adultes, des tout à fait formés, ou plutôt déformés. Ah ! le spectacle attristant que celui de tous ces maigres jeunes hommes, aux poitrines étroites, aux yeux caves, aux bustes déhanchés, presque tous délicats de poitrine, attrapant, comme à la volée, rhumes, grippes, coryza et esquinancies.

    La plupart ont à peine la taille réglementaire. Les plus grands ont l’air de plantes étiolées poussées trop vite. Les Saint-Cyriens sont les plus robustes d’aspect, cela tient à ce qu’on les a moins durement arrosés de logarithmes et qu’on a un peu plus entr’ouvert pour eux les X et les Y, barreaux de la cage scientifique où la jeunesse polytechnicienne et centrale est claustrée.

    Et ce n’est pas seulement à la promenade, c’est au régiment même, que vous reconnaissez du premier coup d’œil les funestes effets de ce surmenage anti-humain. Quand vous apercevrez dans les rangs d’un régiment d’artillerie, défilant superbement, au trot attelé, quelque silhouette martiale d’officier solide et bien portant, vous n’avez pas besoin de consulter les contrôles de l’armée ; celui-là sort du rang et a échappé à la meurtrière incubation de l’école.

    Ces effets de surmenage, dangereux et absurdes pour les hommes, sont criminels pour les femmes. Si vous déformez le moule, comment voulez-vous obtenir des exemplaires humains à peu près passables ? Ah ! la triste génération de Mayeux et de Quasimodos qu’on nous prépare là !

    Les pauvres jeunes filles aiguillonnées par ce diplôme à conquérir, ce fameux diplôme qui pour elles sera bientôt l’écu diabolique changé en feuille sèche, se couchent sur les livres et s’inclinent sur les pupitres, et dans cette déviation lente et obstinée arrivent à détourner et à tarir le fleuve de vie qu’elles portent en elles.

    Ainsi, dans chaque race, la bourgeoisie et la portion la plus éclairée, la plus intelligente, la plus laborieuse des classes ouvrières, vont en s’étiolant et en s’affaiblissant. Les temps ne sont plus des écoliers paresseux et des écolières frivoles. Chaque petit homme et chaque petite femme est un ouvrier matinal. On ne fait plus l’école buissonnière.

    Dès la prime jeunesse on commence le combat pour l’existence, et, dans le lycée comme dans la classe primaire, les jeunes athlètes du savoir se disposent, avec une tenace ardeur, à la lutte. Le jour où il s’agira de disputer la victoire et de recueillir les palmes, ce seront des vainqueurs fourbus, traînant la jambe et crachant leurs poumons, qui se présenteront au poteau.

    Le mal est terrible et le remède semble encore bien éloigné. On apprend trop de choses aujourd’hui. A quoi bon fourrer tant de matières dans des cerveaux auxquels, plus tard, la société demandera si peu ? On est effrayé de la somme de connaissances inutiles qu’on exige pour un candidat à la place mal rétribuée de gratte-papier dans un ministère quelconque.

    Les examens de l’Ecole polytechnique ont-ils besoin d’embrasser tout le cycle des sciences mathématiques ? Tout cela, pour arriver à commander, à peu près aussi bien qu’un ancien sergent, une batterie ou à faire construire un épaulement avec un talent égal à celui d’un bon compagnon terrassier.

    Le caractère éliminatoire de l’enseignement nécessite ce surmenage. Les candidats affluent sans cesse plus nombreux ; alors, pour les refouler, on construit des digues sans cesse plus fortes qui s’appellent des programmes. Là est le mal, là est le danger. Hélas ! il semble sans guérison possible.

    Tout au moins, si l’on n’ose élaguer dans ces programmes trop touffus, pour les écoles supérieures comme pour les écoles primaires, conviendrait-il d’établir des repos, des récréations plus considérables, mieux aménagées. La gymnastique, la natation, l’escrime, la boxe, la course devraient être obligatoires partout, et donner à des candidats un nombre de points indispensable pour être reçus.

    La belle avance quand on nous aura donné une France composée de savants mâles et femelles, et que cette armée scientifique ne sera bonne qu’à composer un musée orthopédique. Le surmenage intellectuel de la jeunesse, c’est l’épuisement de la race à brève échéance. Il fallait autrefois combattre l’ignorance, à présent il est peut-être sage de modérer le savoir. L’homme meurt également de famine et d’indigestion.

     

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  • Langue française : son origine
    et son évolution depuis
    le temps des Gaulois
    (D’après « Revue encyclopédique », paru en 1899)
     
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    Le problème de l’origine de notre langue a reçu depuis le XVIe siècle les solutions les plus diverses ; on a tour à tour rattaché le français au grec, au celtique, au germanique, à l’hébreu, à d’autres langues encore. Il semble en réalité que le français dérive du latin importé en Gaule après la conquête de César, et qu’il commence de s’en affranchir après que la chute de l’empire romain et les invasions barbares aient isolé notre territoire des autres contrées européennes.

    Quelles sont les caractéristiques de ce latin et la façon dont il avait donné naissance au français ? On reconnut dès l’abord que la langue importée en Gaule par les colons, les marchands ou les fonctionnaires ne pouvait pas être identique au latin des auteurs classiques ; les Latins ne devaient pas plus parler la langue de Cicéron ou de Sénèque que nous ne parlons le français de Voltaire ou de Chateaubriand. On distingua donc du latin littéraire, en partie fixé par la tradition, un latin vulgaire, langue parlée, beaucoup plus libre dans son développement, sans être d’ailleurs, comme on l’a dit trop souvent, la langue du bas peuple, l’argot des soldats ou le patois des colons italiens.

     

    Quelles sont les caractéristiques de ce latin et la façon dont il avait donné naissance au français ? On reconnut dès l’abord que la langue importée en Gaule par les colons, les marchands ou les fonctionnaires ne pouvait pas être identique au latin des auteurs classiques ; les Latins ne devaient pas plus parler la langue de Cicéron ou de Sénèque que nous ne parlons le français de Voltaire ou de Chateaubriand. On distingua donc du latin littéraire, en partie fixé par la tradition, un latin vulgaire, langue parlée, beaucoup plus libre dans son développement, sans être d’ailleurs, comme on l’a dit trop souvent, la langue du bas peuple, l’argot des soldats ou le patois des colons italiens.

    Les grandes invasions barbares aux IVe et Ve siècles
    Les grandes invasions barbares aux IVe et Ve siècles

    Les origines
    On s’est essayé à faire revivre ce latin vulgaire. Les inscriptions, les textes de lois, les ouvrages techniques, peu sérieux en général de la pureté de la langue, les auteurs comiques et les conteurs, qui ont tenté de reproduire la langue parlée autour d’eux, les grammairiens enfin qui relèvent pour les corriger les habitudes de langage de leurs contemporains ont fourni de précieuses indications ; mais ces documents trop peu nombreux ne suffiraient pas à nous permettre une reconstitution même très incomplète du latin vulgaire, ni la comparaison des langues romanes. Les conclusions que l’on en peut tirer sur l’état de la langue qui leur a donné naissance ne viennent pas suppléer à la pauvreté des autres témoignages.

    Importé en Gaule, ce latin se transforma par d’insensibles modifications jusqu’à devenir la langue que nous parlons. Il n’y eut pas de déformation brusque et immédiate dans la bouche des Gaulois, le français ne naquit pas tout d’un coup du latin et la conception ancienne d’une langue mère et d’une langue fille a cédé la place à la notion plus exacte d’un même langage se perpétuant de siècle en siècle, tout en se modifiant sans cesse, et dont nous ne pouvons que par une abstraction distinguer et nommer de noms différents les périodes successives. Il est fort douteux même que l’idiome celtique des Gaulois ait eu sur l’évolution du latin en Gaule une influence décisive.

    Dans le français les « celtisants » contemporains ne trouvent plus à revendiquer pour le celtique, avec un assez grand nombre de noms de lieux, que quelques suffixes, une ou deux constructions syntaxiques et peut-être autant de tendances phonétiques. Cela ne suffisait pas à distinguer bien vite le latin parlé en Gaule du latin parlé en Italie ou en Espagne, et d’ailleurs les communications entre les provinces semblent avoir été longtemps actives pour maintenir dans toutes les parties de l’empire romain une sorte de langue commune, identique, au moins pour les traits les plus importants.

    Au Ve siècle, après les invasions barbares et la ruine de l’empire d’Occident, les communications sont interrompues, les provinces s’isolent ; c’est alors que les langues romanes commencent à se développer indépendamment les unes des autres, et c’est là qu’il faut placer la limite, arbitraire, mais nécessaire, entre le latin et le français. Les débuts de notre langue, du Ve au IXe siècle, sont des plus obscurs. Les changements importants survenus pendant cette période paraissent avoir été assez rapides ; non qu’il y ait eu, comme on l’a dit, un bouleversement de la langue à cette époque : le langage étant fait pour être compris d’un grand nombre d’individus et de générations différentes, on conçoit qu’il soit soumis à des changements successifs, non qu’il s’y produise des bouleversements ; mais l’isolement des provinces, l’ignorance, le manque de tradition, l’apport par les envahisseurs de mots et de tours germaniques, ont pu hâter l’évolution du latin. Malheureusement, les documents linguistiques sont rares pour cette période, où les clercs, seuls écrivains, cherchent à imiter le latin classique et évitent de leur mieux d’écrire en ce latin très modifié, qui se parle autour d’eux, qu’ils parlent eux-mêmes et qu’ils appellent « la langue rustique. » II est vrai que leur latin factice est étrangement barbare et n’arrive pas toujours à nous masquer la langue vulgaire.

    Fabrication d'un manuscrit au Moyen Age
    Fabrication d’un manuscrit au Moyen Age

    Le Moyen Age
    Au IXe siècle apparaissent les premiers textes français et avec eux nos connaissances se précisent. Nous voyons le français, c’est-à-dire le dialecte de l’Ile-de-France prendre peu à peu le pas sur les autres dialectes du nord de la Gaule, leur disputer le terrain, les pénétrer eux-mêmes profondément jusqu’au moment où, enrichi et assoupli par l’usage, il devient au XIIe et au XIIIesiècle cette belle langue du Moyen Age, jadis traitée de jargon, encore trop souvent considérée comme une langue incomplète et informe, et que la science contemporaine a réhabilitée.

    Mais, dès le XIVe siècle, la ruine de la langue du Moyen Age est commencée et au XVIe siècle elle sera complète. Cette transformation accomplie au XIVe et au XVe siècle, est apparue à quelques-uns comme une véritable révolution. Ici encore des changements vastes et profonds ont pu s’effectuer avec rapidité, mais ils étaient préparés dès longtemps et ne s’imposèrent que peu à peu. C’est ainsi qu’un des traits distinctifs de la langue du Moyen Age, la déclinaison à deux cas (sujet : li murs, complément : le mur) disparaît d’abord sur des points isolés et dès le XIIIesiècle pour ne s’effacer complètement qu’à la fin du XIVe.

    C’est ainsi encore que l’introduction en français de mots pris au latin des livres, très considérable à cette époque, avait commencé bien avant le XIVe siècle, et remonte dans ses origines aux premiers temps de la langue. Bien avant la Renaissance classique s’était constituée une langue littéraire, dont le développement ne reflétera plus exactement le développement spontané de la langue parlée, avec une syntaxe et un vocabulaire spéciaux et très latinisés, avec une orthographe traditionnelle et à prétentions scientifiques que les siècles suivants nous ont transmise à peine amendée.

    La Période moderne
    L’histoire de la langue depuis le XVIe siècle est restée le domaine des historiens de la littérature. Elle se limite donc à la langue littéraire, et non pas même au développement de cette langue, mais aux caractères particuliers qu’elle revêt chez un auteur ou dans un groupe d’écrivains. Enfin, elle dépasse rarement ce qu’il y a de moins profond dans une langue, mais qui est aussi le plus immédiatement utile à l’intelligence d’une œuvre : le vocabulaire ; ce que nous connaissons le mieux de la langue française depuis le XVIesiècle, c’est le lexique, ou plutôt l’usage lexical de quelques auteurs.

    Méthode et exercices de langue française
    Méthode et exercices de langue française

    Ces travaux lexicographiques sont surtout intéressants pour le XVIe siècle, époque où le vocabulaire français a été fortement modifié : l’étude des littératures anciennes, la nécessité d’exprimer les idées que l’on puisait aux sources classiques, accrut le nombre des mots savants empruntés au latin, pendant que l’extension des relations commerciales, artistiques et politiques avec l’Espagne et l’Italie faisait adopter une foule de mots étrangers ; les violentes protestations de Henri Estienne contre le « français italianisé » n’arrêtèrent pas plus ce mouvement que la satire par Rabelais de la « verbacination labiale de l’escholier limosin » ne diminua les emprunts au latin des livres.

    Cette langue très riche, mais un peu trouble, qu’avait élaborée le XVIe siècle, subit au siècle suivant deux tentatives de réforme et de réglementation. Le lexique s’épure, les règles grammaticales s’établissent, la bonne prononciation s’impose, et surtout, par élimination et régularisation, se constitue la langue classique, pure, noble, simple et un peu sèche, où l’on reconnaît d’ordinaire la plus belle forme de la langue française. Mais ce n’est là qu’une régularisation savante d’une langue déjà artificielle, et nous voilà bien loin du développement libre de la langue parlée. Depuis le XVIe siècle la langue littéraire et la langue parlée ne furent pas sans s’influencer l’une l’autre. Souvent même on distingue à peine, dans l’évolution de la langue, ce qui est spontané et ce qui est dû à l’influence des grammairiens. Cette influence réciproque ne fait que grandir au XVIIIe siècle.

    Le développement de la culture littéraire, la lecture et l’imitation des œuvres du XVIIesiècle devenues classiques, le progrès du français dans l’enseignement tendent à rapprocher la langue parlée de la langue littéraire. En même temps, la langue écrite devait, pour répondre aux besoins sociaux et aux préoccupations nouvelles, subir, au moins pour le vocabulaire, de profonds changements. La pureté un peu factice du XVIIesiècle disparut comme s’était détruite l’harmonie naturelle du Moyen Age. La langue cesse d’être un moyen d’expression artistique, elle devient pour les savants et les philosophes un moyen d’action ; les termes techniques et les mots étrangers la pénètrent ; la phrase se fait plus vive, moins oratoire, la langue écrite se rapproche de la langue parlée et entre les deux la presse périodique va entretenir de perpétuelles relations.

    Le XIXe siècle achève ce travail de fusion. La réaction romantique brise les cadres étroits du lexique classique et « met un bonnet rouge au vieux dictionnaire ». Dans la deuxième moitié du siècle, c’est la syntaxe classique qui se désorganise, tandis que la presse, de plus en plus répandue et d’influence plus considérable, tend sans cesse à vulgariser la langue littéraire et à retenir dans son évolution la langue parlée.

     

     

     
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  • François II
    (né le 19 janvier 1544,
    mort le 5 décembre 1560)
    (Roi de France : règne 1559-1560)
     
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    ils de Henri II et de Catherine de Médicis, il naquit à Fontainebleau le 19 janvier 1544, sous le règne de François Ier, son aïeul. Il épousa en 1558 Marie Stuart, reine d’Écosse et nièce des Guise, dont le crédit était déjà puissant et l’ambition redoutable. Ce mariage, projeté depuis dix ans, fut célébré avec magnificence ; les ambassadeurs d’Ecosse, au nom des états, déférèrent la couronne à l’époux de leur reine, qui prit le titre de Roi-Dauphin.

    François II (1559-1560)
    François II (1559-1560)

    François II monta sur le trône le 10 juillet 1559. II était alors dans sa seizième année, et par conséquent, il avait atteint l’âge fixé pour la majorité des rois de France ; mais une santé chancelante, un caractère timide, un esprit lent et peu cultivé, le rendaient peu propre à gouverner le royaume, menacé d’un prochain ébranlement. Le trésor était obéré ; le calvinisme, vainement combattu par les rigueurs du dernier règne, étendait de jour en jour ses conquêtes et comptait parmi la noblesse d’illustres prosélytes.

    Aux sectateurs de la nouvelle doctrine, naturellement opposés à la cour, se joignaient des personnages d’un grand nom qui avaient occupé des charges les plus importantes sous François Ier et sous Henri II, et qui supportaient impatiemment la domination des Guise. Les deux aînés de cette famille avaient en main toute la puissance : François duc de Guise régnait sur l’armée, et le cardinal de Lorraine disposait des finances et des affaires de l’Église.

    Les princes du sang, Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et son frère le prince de Condé, ne voyaient pas sans une profonde jalousie un trône qu’ils regardaient comme leur héritage occupé par d’ambitieux étrangers, sous le nom d’un roi sans force et sans expérience. Catherine de Médicis ne cherchait qu’a entretenir les divisions. La jeune reine, maîtresse du cœur de son époux, était elle-même gouvernée par les Guise ses oncles, et le roi semblait voué à une tutelle éternelle.

    Il fut sacré à Reims par le cardinal de Lorraine (21 septembre 1559) : cette solennité fut une nouvelle occasion de triomphe pour les Guise ; ils déterminèrent le roi à céder au duc de Lorraine, leur neveu, la souveraineté du duché de Bar. On murmurait ; on voyait avec scandale le cardinal de Lorraine accumuler les bénéfices et jouir avec faste d’une fortune immense, qu’on supposait être le fruit de ses malversations.

    Des écrits anonymes dans lesquels on accusait les Guise d’usurper la puissance royale entretenaient le mécontentement public et irritaient la cour : ces écrits étaient attribués aux protestants, et les persécutions religieuses redoublaient d’activité. Il fut établi dans chaque parlement une chambre ardente, ainsi nommée parce qu’elle condamnait au feu les hérétiques.

    Cependant la santé du roi se raffermissait ; il fut délivré d’une fièvre lente qui depuis longtemps le réduisait à un état de langueur. On s’attendait à le voir bientôt saisir les rênes de l’État et s’affranchir de l’ascendant des Guise ; mais cet effort, qui eût exigé toute l’énergie d’une volonté puissante, ne pouvait être tenté par l’indolent François II. Une passion unique consumait le peu de chaleur qu’avait son âme : c’était son amour pour Marie Stuart, la plus belle et la plus aimable princesse de l’Europe. Les exercices de la chasse, quelques voyages dans les maisons royales, occupaient les instants qu’il ne passait point auprès de la jeune reine.

    Tout concourait à l’éloigner des affaires et à consolider entre les mains des Guise une autorité qui rappelait trop le règne des maires du palais. On vit le cardinal de Lorraine en abuser avec une insolence brutale. La cour était à Fontainebleau : un grand nombre de gentilshommes et de gens de guerre y venaient de toutes les provinces solliciter des grâces et des récompenses. Pour se délivrer de leur importunité, le cardinal de Lorraine fit dresser une potence aux environs du château et publier à son de trompe un édit du roi par lequel il était enjoint à tous ceux qui se trouvaient à Fontainebleau pour présenter des demandes d’en sortir dans les vingt-quatre heures sous peine d’être pendus.

    Une insulte aussi atroce révolta la nation et fut la principale cause de la conjuration d’Amboise. L’histoire laisse douter quels furent les auteurs de cette levée d’armes, prélude des guerres civiles qui ensanglantèrent la France sous les derniers Valois. Une trame dont les fils aboutissaient à presque tous les points du royaume et correspondaient avec l’Angleterre, la Suisse et l’Allemagne, fut ourdie avec le plus grand mystère. La cour recevait des avis alarmants, mais vagues et incertains.

    On savait que des assemblées secrètes se tenaient à Vendôme chez le roi de Navarre, et à la Ferté-sous-Jouarre chez le prince de Condé ; mais on était loin de soupçonner l’imminence du péril. La conspiration était près d’éclater lorsqu’elle fut découverte. Un avocat protestant, nommé Avenelle, se fit introduire auprès du cardinal de Lorraine, et l’avertit d’un complot formé pour surprendre la cour qui se trouvait à Blois, ville ouverte et mal gardée.

    On voulait surtout s’emparer des Guise ; six cents conjurés étaient en marche ; une partie des provinces devaient prendre les armes le même jour. Quel était le chef de cette entreprise ? Un gentilhomme périgourdin nommé Bari de la Renaudie, qui lui-même avait confié à Avenelle le secret de la conspiration : mais le nom des principaux conjurés, leurs forces, leur nombre, leurs moyens d’exécution, étaient encore autant de mystères. Le cardinal, épouvanté de cette confidence, s’efforçait de ne pas y croire : François II lui demandait conseil et ne voyait dans ses yeux que trouble et qu’irrésolution. Les deux reines étaient tremblantes.

    Le seul duc de Guise montrait du calme et de l’intrépidité sa prévoyance, son activité, au défaut de renseignements positifs, lui suggèrent de salutaires mesures. Il conseille ou plutôt il ordonne au roi et aux deux reines de quitter Blois et de se rendre au château d’Amboise, où il sera plus facile de se défendre : il arme tout ce qu’il peut réunir de soldats, de gentilshommes. de domestiques, et se repose du reste sur sa valeur.

    La cour attendait l’événement sans savoir de quel côté venait l’orage. On se perdait en conjectures. Les soupçons se portaient principalement sur les Châtillon, qui professaient ouvertement le calvinisme, sur le roi de Navarre et plus encore sur le prince de Condé, dont on connaissait le mécontentement et l’humeur turbulente. L’amiral de Coligny fut mandé : il déclara, en présence de la reine mère et du chancelier Olivier, que la tyrannie des princes lorrains et les violences exercées contre les protestants avaient seules armé les sujets du roi ; qu’il fallait éloigner les Guise et adoucir la rigueur des lois contre les religionnaires.

    Le roi fut ébranlé. « Qu’ai-je donc fait à mon peuple, dit-il aux Guise, pour qu’il attente à mes jours ! Je veux entendre ses doléances et y faire droit. J’entends dire partout qu’on n’en veut qu’à vous : ne saurai-je donc pas qui de vous ou de moi est l’objet de la haine publique ? » Le chancelier Olivier proposa des moyens de douceur ; la reine mère se rangea de son avis.

    Le roi publia en faveur des calvinistes un édit d’amnistie, dont furent exceptés les prédicants et les auteurs de la conjuration. Cependant la Renaudie marchait sur Amboise et devait l’attaquer le 16 mars 1560. Un des conjurés, Lignières, trahit ses compagnons et livra leur plan à la cour. Alors le duc de Guise fut certain de la victoire : il envoya des ordres dans toutes les provinces pour arrêter les insurrections partielles. La Renaudie périt dans le combat, de la main de son parent, le baron de Pardaillan. Un autre chef, Castelnau, qui occupait le château de Noisai, fut forcé de capituler. Les prisonniers périrent dans les supplices : les uns étaient précipités dans la Loire, les autres pendus aux murs mêmes du château.

    Le plaisir de se venger poussa les Guise jusqu’à l’oubli de toute bienséance : ils firent exécuter les chefs sous les fenêtres du roi ; les reines et les dames de leur cour assistèrent à cet affreux spectacle. Enfin on cessa de faire des prisonniers, et au mépris d’une amnistie on égorgeait ou l’on pendait aux arbres tout ce qu’on pouvait saisir de rebelles armés ou de fuyards.

    Condé manquait encore à la vengeance des Guise. Ce prince avait reçu l’ordre de se rendre au château d’Amboise ; chargé du commandement d’un corps de troupes royales, il s’était vu forcé de combattre des hommes armés pour sa cause. Les Guise le signalaient au roi comme le chef des rebelles, comme un ambitieux qui en voulait à sa couronne et à sa vie ; cette prévention l’emportait sur le bon naturel de François II et excitait en lui une haine violente contre son parent.

    Mais il n’existe contre le prince de Condé d’autres indices que des dépositions vagues, arrachées par les tortures à quelques-uns des conjurés. Il demanda au roi à se justifier publiquement en présence de la reine mère, des princes de Lorraine, des ambassadeurs et des princes étrangers. La faction des Guise le vit avec joie se soumettre à une épreuve dont elle ne croyait pas qu’il pût sortir victorieux ; mais il évita l’écueil d’une justification difficile.

    Il s’avança au milieu de l’assemblée et dit d’une voix fière : « Quiconque ose m’accuser d’avoir conspiré contre le roi, si ce n’est le roi lui-même, ou l’un des princes ses frères, en a faussement et malheureusement menti. Qu’il se présente, et mettant à part ma qualité de prince du sang, je suis prêt à le combattre. » L’assemblée, étonnée de cette apologie chevaleresque, regardait le duc de Guise, à qui s’adressait le défi. Il se leva et pria le prince de l’accepter pour second s’il avait un combat à soutenir.

    Aucune voix ne s’éleva dans l’assemblée, qui ne savait que penser d’une telle générosité ou d’une telle politique. « Sire, dit Condé après un moment de silence, puisqu’il n’existe contre moi ni accusateurs, ni preuves, ni indices, je vous supplie de me tenir pour un sujet fidèle. » Le roi restait interdit : le cardinal de Lorraine lui fit un signe ; il rompit l’assemblée. Peu de temps après, Condé fut mis en liberté. Le roi parut persuadé de son innocence.

    L’édit de Romorantin suivit de près la victoire remportée sur les protestants. La connaissance du crime de l’hérésie fut par cet édit retirée aux parlements, et attribuée exclusivement aux évêques. Au mois d’août de la même année le roi, d’après le conseil de sa mère, convoqua une assemblée de notables, pour prendre leurs avis sur les moyens de prévenir les troubles dont la religion était la cause ou le prétexte.

    Cette assemblée dura quatre jours. Coligny parla en faveur des protestants et demanda hautement l’expulsion des Guise. Il fut décidé que les états généraux seraient convoqués et se tiendraient à Orléans. Les Bourbons ne s’étaient pas trouvés à l’assemblée de Fontainebleau. Le prince de Condé s’était retiré auprès de son frère, dans le Béarn. De son asile il soulevait les provinces par le moyen de ses agents. Le roi mit sur pied des troupes nombreuses et augmenta sa garde, à laquelle il joignit des Italiens. Il fit son entrée dans Orléans avec un appareil formidable, qui prouvait avec quel soin les Guise entretenaient ses alarmes.

    Les Bourbons reçurent l’ordre de se rendre aux états d’Orléans : on les assura qu’il n’y avait aucun danger pour leur liberté ni pour leur vie ; ils obéirent sur la foi de la promesse royale, et ils furent arrêtés. Une commission nommée pour juger le prince de Condé le condamna à mort ; Eléonore de Roye, épouse de ce prince, était venue se jeter aux genoux du roi pour implorer la grâce de son seigneur mari : « Non, répondit François II, je ne ferai jamais grâce à un parent qui a voulu m’ôter la couronne et la vie. »

    L’historien de Thou rapporte, mais avec l’expression du doute, que le duc de Guise, dans le temps où il poursuivait le prince de Condé, voulut faire assassiner Antoine de Bourbon par le roi de France lui-même ; que François II, près d’exécuter ce crime, en eut horreur et ne put s’y résoudre, et que le duc de Guise, indigné de cette faiblesse, s’écria : « O le roi lâche et poltron ! » Ce fait, que de Thou a puisé dans un écrit publié sous le nom de Jeanne d’Albret, reine de Navarre, ne porte aucun caractère d’authenticité.

    Les Guise attendaient avec impatience le supplice du prince de Condé. L’exécution devait avoir lieu le 26 novembre : le roi, pour n’en pas être témoin, était sorti de la ville, lorsqu’il fut tout à coup saisi d’un mal violent causé par un abcès qui s’était formé derrière l’oreille. Les médecins désespérèrent de sa vie. Il expira le 5 décembre 1560, âgé de dix-sept ans, dix mois et un jour, après un règne de dix-sept mois et vingt jours. Il n’eut point d’enfants de la reine, et il laissa le trône à l’aîné de ses frères.

    Sa mort sauva le prince de Condé. Elle fut attribuée au poison par des bruits populaires, si communs dans les temps de trouble ; mais la mauvaise santé de ce monarque dispense d’ajouter foi à de telles accusations. Lorsqu’il eut fermé les yeux, l’agitation fut si grande à la cour, que ni sa mère, ni ses oncles, ni aucun prince de sa famille, ne songèrent à lui rendre les derniers devoirs, et le corps du roi de France fut porté à Saint-Denis, accompagné seulement de deux gentilshommes, qui avaient été ses gouverneurs, et de l’évêque de Senlis, qui était aveugle.

    On trouva sur le cercueil du roi cette inscription : Tannegui du Châtel, où es-tu. Tannegui du Châtel avait été un des plus fidèles serviteurs de Charles VII. Il vivait loin de la cour lorsqu’il apprit la mort du roi ; à cette nouvelle, il sortit de son exil pour rendre à son maître les honneurs funèbres et lui faire à ses frais des obsèques magnifiques. Citer un tel nom, c’était faire une satire sanglante de la conduite des Guise. François II fut en quelque sorte étranger à son règne ; l’histoire ne peut ni lui reprocher les malheurs produits par les dissensions des grands, ni le louer pour quelques sages édits, ouvrage des chanceliers Olivier et l’Hôpital.

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  • Clovis Ier
    (né en 466, mort le 27 novembre 511)

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    Roi des Francs, né en 466, il succéda, l’an 481, à son père Childéric. À cette époque, la Gaule, qui, depuis soixante ans, avait été en proie à des irruptions dévastatrices, avait vu s’établir dans son sein diverses nations barbares, différentes par leur origine, leurs mœurs et leur langage ; des États rivaux s’y étaient nouvellement formés.

    Le plus étendu et le plus puissant de tous était celui des Wisigoths, qui occupaient les belles contrées situées entre la Loire et les Pyrénées, et qui avaient subjugué la plus grande partie de l’Espagne. Après eux, le royaume le plus considérable était celui des Bourguignons, qui, au sud-est, possédaient toute la portion que baigne le Rhône et ses affluents. Entre la Loire et la Somme, diverses cités, faisant partie de l’Armorique, avaient formé entre elles une courageuse confédération.

    Le centre de cette portion, qui était aussi celui de toute la Gaule, appartenait aux Gaulois-Romains, qui avaient résisté aux barbares d’au delà du Rhin, et qui, sous des chefs choisis parmi eux ou devenus héréditaires, reconnaissaient encore la suprématie des successeurs des Césars, devenus incapables de les protéger contre les dangers qui les menaçaient.

    A l’est, sur les bords du Rhin, et au nord de la Somme, se trouvaient les belliqueuses tribus des Francs et des Allemands, qui obéissaient à divers chefs indépendants et souvent ennemis les uns des autres. Clovis était le chef de la tribu des Francs-Saliens, qui s’était fixée dans la Ménapie, restreinte, dans les derniers temps de l’empire romain, au diocèse de Tournai, lequel comprenait alors aussi ceux de Bruges, de Gand et d’Ypres, qu’on en a séparés depuis. Ce territoire était renfermé entre la mer et l’Escaut, qui le bornait à l’orient et au midi ; il était resserré à l’ouest par le pays des Morini, ou les diocèses de Térouanne et de Boulogne, qu’occupait une autre tribu des Francs, commandée par Cararic.

    Clovis Ier
    Clovis Ier (481-511)

    Il avait au sud le riche pays des Nervii, ou le diocèse de Cambrai, possédé également par une tribu de Francs, dont le roi, nommé Ragnacaire, parent de celui des Francs-Saliens, faisait sa résidence à Cambrai. Celle de Clovis était à Tournai, où l’on a trouvé le tombeau de son père Childéric au XVIIe siècle. Déjà sous ce dernier roi, et plus anciennement sous Clodion, les Francs-Saliens, plus audacieux que les autres tribus de la même nation, avaient fait des irruptions dans le pays des Gaulois-Romains, et avaient tenté de s’y établir ; mais des forces supérieures les avaient forcés de se retirer dans leurs forêts et leurs marais, et d’y emporter leur butin.

    Il est remarquable que leur pays était la plus froide, la plus inculte et la moins fertile portion des Gaules. Clovis résolut de tenter une nouvelle expédition, et il envoya déclarer la guerre à Syagrius, qui avait reçu de ses ancêtres, comme par héritage, la ville et le diocèse de Soissons, et qui, décoré par l’empereur du titre de comte ou de patrice, commandait aux tristes restes de la seconde Belgique. Syagrius, fils du célèbre Aétius, adoré des Romains, respecté des barbares par sa justice et sa grandeur d’âme, accepta le défi hostile de Clovis, qui, dans un langage déjà chevaleresque, lui avait fait dire de fixer le jour et le lieu de la bataille. Clovis, assisté de Ragnacaire, roi de Cambrai, sur le territoire duquel il se trouvait forcé de passer, marcha contre Syagrius.

    Les Romains ne purent soutenir le choc impétueux des Francs, dont le nombre ne se montait pas au delà de 5 000. Ce combat mémorable eut lieu près de l’ancienne abbaye de Nogent, à environ trois lieues au nord de Soissons, qui devint ainsi la première capitale du nouveau royaume des Francs-Saliens, l’an 486 de l’ère chrétienne. Syagrius se retira à Toulouse, à la cour d’Alaric, et les lâches conseillers du fils du puissant Euric, encore mineur, livrèrent l’illustre fugitif à Clovis, qui le redemanda, et qui fit mettre à mort cet infortuné roi des Romains, comme l’appelle Grégoire de Tours.

    Au milieu de la férocité de mœurs qui caractérisait sa nation, Clovis déploya, dès les premiers temps de la conquête, une politique inconnue à ses prédécesseurs : il ménagea le culte des vaincus, il chercha même à se concilier l’amitié des chefs de cette religion, dont l’influence était alors toute-puissante sur les Gaulois-Romains, qui formaient la base de la population des contrées qu’il venait de soumettre. Aussi la légende prétendit-elle que saint Remi, évêque de Reims, ayant fait réclamer auprès de lui un vase d’une grandeur et d’une beauté remarquable : « Suivez-moi dans Soissons, dit le roi aux députés de l’évêque, là nous devons partager le butin, et si le sort me donne ce vase, je vous le rendrai. »

    Clovis demande à ses guerriers rassemblés dans Soissons que ce vase soit remis ; les Francs, pleins de respect et d’amour pour leur chef, lui répondent unanimement qu’il peut choisir dans le butin ce qui lui conviendra. Un seul, plus audacieux, fend le vase avec sa hache ou francisque, en disant : « Tu n’auras rien que le sort n’en ait décidé. » Aussitôt tous les regards des Francs, immobiles d’étonnement, se dirigent sur Clovis. Lui, dissimulant son indignation, prend tranquillement le vase brisé et le remet aux députés ; mais ce même soldat s’étant trouvé un an après au champ de Mars, ou à la revue, avec des armes mal en ordre, Clovis lui fendit la tête avec sa francisque, en disant : « C’est ainsi que tu frappas le vase dans Soissons. »

    Toutes les villes de la seconde Belgique se soumirent à Clovis. Les Parisiens, auxquels les premières conquêtes des Francs avaient fait éprouver une longue disette dont ils ne furent soulagés que par le courage de sainte Geneviève, imitèrent, en 493, l’exemple des cités environnantes, et ouvrirent aussi leurs portes aux Francs. Clovis, dans la dixième année de son règne, agrandit encore ses domaines vers l’est, en s’emparant de la Tongrie (le diocèse de Liège). Les Allemands, la plus féroce des tribus de la Germanie, qui s’étaient établis dans les provinces modernes d’Alsace et de Lorraine, attaquèrent, en 496, les Francs-Ripuaires, possesseurs du territoire de Cologne, et alliés de Clovis.

    Le roi des Francs-Saliens marche aussitôt contre ces audacieux agresseurs, remporte sur eux une victoire complète, et s’empare du territoire qu’ils occupaient, Théodoric, roi d’Italie, qui avait épousé Alboflède, sœur de Clovis, écrivit au roi des Francs pour le complimenter sur sa victoire, et pour intercéder en même temps auprès de ce terrible vainqueur en faveur des chefs allemands fugitifs qui s’étaient réfugiés à sa cour.

    Afin de le fléchir plus facilement, il lui envoya en même temps d’Italie un chanteur célèbre, et habile à s’accompagner de la guitare, que Clovis lui avait demandé avec instances. Les Wisigoths étaient les peuples de la Gaule les plus redoutables pour les Francs-Saliens, et Clovis, afin de pouvoir leur résister avec plus d’avantage, chercha à se concilier les Bourguignons en demandant la main d’une princesse de leur sang : c’est ainsi qu’il épousa Clotilde, nièce du roi Gondebaud. Elle était belle, et l’amour serra les nœuds que la politique avait formés.

    Élevée dans la foi catholique, au milieu d’une cour arienne, ses vœux, son devoir et son intérêt la portaient à faire tous ses efforts pour convertir son époux païen. Clovis écoutait favorablement la voix de l’amour et de la religion, lorsque la mort de son fils aîné, qu’il avait laissé baptiser, vint réveiller ses craintes superstitieuses. Il se laissa cependant persuader pour son second enfant, qui reçut aussi le baptême, et, dans la guerre avec les Allemands, dont nous avons parlé, se voyant près de succomber, il invoqua hautement le Dieu de Clotilde et des chrétiens ; il l’appela à son secours, et aussitôt la victoire se tourna de son côté.

    Après cet événement, il ne fut pas difficile à l’éloquent saint Remi de persuader à un homme du caractère de Clovis que le Dieu qui gagnait les batailles et qu’adorait Clotilde était le seul Dieu tout-puissant, le seul qu’il fallût reconnaître. Clovis fut donc converti à la foi catholique, et les raisons politiques qui le forçaient de suspendre sa profession de foi publique furent levées lorsque après avoir harangué ses Francs, il les trouva disposés à le suivre aux fonts baptismaux avec la même joie qu’ils montraient lorsqu’il s’agissait de l’accompagner aux combats.

    La cérémonie se fit à Reims, le 25 décembre 496, avec toute la pompe et la magnificence que l’habile évêque crut devoir déployer aux regards étonnés de ses barbares néophytes. La rue par où les Francs devaient passer était tapissée d’étoffes peintes ou d’un blanc éclatant ; dans l’intérieur de l’église, les plus doux parfums répandaient dans l’air une odeur céleste ; la cire embaumée brillait, et éblouissait les yeux par d’innombrables lumières. Le nouveau Constantin s’avança vers le baptistère ; l’évêque, en lui présentant la croix, et en versant sur lui l’eau salutaire, lui dit : « Sicambre, baisse la tête, et désormais adore ce que tu brûlais, et brûle ce que tu adorais. »

    Baptême et sacre de Clovis
    Baptême et sacre de Clovis

    Il est certain, d’après le témoignage de saint Remi même, que ce saint évêque, à l’exemple de ce que l’Ancien Testament nous apprend des rois juifs, ajouta à la cérémonie du baptême celle du sacre, et qu’il oignit Clovis d’une huile bénite ; mais la pieuse action de cette fiole, apportée du ciel par une colombe blanche, et qui, sous le nom de sainte ampoule, a servi au sacre de nos rois, n’a été inventée que 360 ans après, par Hincmar, évêque de Reims : 3 000 guerriers et un grand nombre de femmes, parmi lesquelles se trouvaient les deux sœurs de Clovis, Alboflède et Landechilde, se firent baptiser en ce jour mémorable. Clovis, en sortant des fonts baptismaux, se trouvait dans le monde chrétien le seul souverain catholique : l’empereur Anastase avait admis des erreurs dangereuses sur l’incarnation divine ; les autres rois d’Italie, d’Afrique, d’Espagne et des Gaules s’étaient laissé entraîner à l’hérésie d’Arius.

    Le fils aîné de l’Église, ou plutôt le seul fils de l’Église, fut donc reconnu comme le sauveur de la foi, le souverain légitime ; et le succès de ses armes fut affermi par l’influence d’un clergé nombreux, riche, puissant et opprimé par les autres princes. Ce fut cette conversion de Clovis, et la protection qu’il accordait à la religion, plus que la crainte de ne pouvoir lui résister, qui engagèrent les cités d’Armorique, en l’an 497, à se soumettre à lui, et qui réunirent à son royaume des pays si vastes et si fertiles, et des peuples si valeureux.

    Ainsi il ne restait plus dans les Gaules que deux grandes puissances rivales de celle des Francs que Clovis venait d’établir, c’étaient les Bourguignons et les Wisigoths. Pour combattre avec succès la plus faible des deux, Clovis conclut deux traités d’alliance offensive, l’un avec Théodoric, son beau-frère, roi d’Italie et des Ostrogoths ; l’autre avec Godegisèle, frère de Gondebaud, et mécontent du partage qu’il avait dans la Bourgogne. Gondebaud, dont les États s’étendaient alors depuis les Vosges jusqu’aux Alpes et à la mer qui baigne les murs de Marseille, pour diminuer le nombre des prétendants à la souveraineté, avait fait périr deux de ses frères, dont l’un était le père de Clotilde.

    Cependant sa politique imparfaite permettait encore à Godegisèle, le plus jeune de ses frères, de posséder la principauté de Genève. Gondebaud fut alarmé de l’esprit de mécontentement et de révolte que fit éclore dans ses états la conversion de Clovis. Le roi de Bourgogne assembla à Lyon les évêques catholiques et ariens, et s’efforça en vain de les concilier ; ce fut dans ces circonstances critiques qu’il se vit forcé de se défendre contre Clovis, et qu’il lui présenta la bataille sur les bords de la petite rivière d’Ousche, près de Dijon. La désertion de Godegisèle, qui, avant le combat, se rangea du côté de Clovis avec ses Bourguignons, força Gondebaud de s’enfuir, d’abandonner au vainqueur Lyon et Vienne, et de se renfermer dans Avignon.

    Les longueurs du siège de cette ville, et une habile négociation, conduite par Arède, engagèrent Clovis à donner la paix à Gondebaud. Le roi des Francs força celui des Bourguignons à pardonner et même récompenser la trahison de son frère. Clovis retourna dans ses Etats avec les dépouilles des riches provinces qu’il avait traversées en vainqueur. Mais son triomphe fut bientôt troublé par la perfidie de Gondebaud, qui, malgré la foi due aux traités, fit périr Godegisèle. Le roi de Bourgogne épargna cependant les Francs renfermés dans Vienne avec son frère, au nombre de 5 000, et il les envoya prisonniers à Alaric, qui les établit dans les environs de Toulouse.

    Clovis, qui soupçonnait la sincérité de Theodoric à son égard, et qui craignait d’avoir à se défendre contre les Wisigoths, fut assez sage pour résister à son juste ressentiment ; il accepta l’alliance du roi de Bourgogne, qui s’engagea, par un nouveau traité, à l’aider de son armée en cas de guerre.

    Ce fut vers ce temps, en l’an 507, que Clovis choisit Paris pour capitale de son royaume ; ce petit chef-lieu d’un des moindres peuples de la Gaule, resserré dans une île entre deux bras de la Seine, s’était ressenti de la prospérité générale de cette contrée sous le gouvernement des Romains ; ses habitants, dont le sévère Julien louait la simplicité rustique, et dont il se plaisait à opposer la frugalité et les habitudes laborieuses, à la mollesse, au luxe et à la débauche de la superbe Antioche, s’étaient enrichis par le commerce et la navigation des rivières qui les entouraient, et par le séjour temporaire des empereurs.

    Quelques édifices romains que l’on avait construits au sud et hors de l’enceinte de la ville contrastaient par une heureuse et nouvelle magnificence avec les modestes habitations entassées, sans beaucoup d’ordre, sur les deux rives du fleuve. C’est dans un de ces édifices, qui subsistait en grande partie au XIIIe siècle, et qui se trouve désigné, dans des actes des Xe et XIe siècles, sous le nom de Thermes (bains) et de palais des Thermes, qu’on prétend que Clovis fit sa résidence ; mais cette assertion, répétée par presque tous les historiens de la ville de Paris, est dénuée de preuves.

    Il est plus certain que, vers l’an 507, sur le sommet de la montagne au pied de laquelle se trouvait cet édifice, et sur l’emplacement d’un cimetière des Romains, Clovis, au milieu des arbres et des vignes, jeta les premiers fondements de l’église des Saints Apôtres (Saint-Pierre et Saint-Paul), qui depuis a reçu le nom de Sainte-Geneviève.

    Cependant les Wisigoths et les Francs s’observaient mutuellement ; des discussions ne tardèrent pas à s’élever sur leurs limites respectives. D’abord elles parurent pouvoir être réglées à l’amiable ; Clovis et Alaric se virent dans une petite île de la Loire, près d’Amboise. Ils se fêtèrent mutuellement, s’embrassèrent, se séparèrent en se prodiguant les protestations d’une amitié fraternelle.

    Ces apparences étaient trompeuses ; et c’est en vain que Théodoric chercha par des lettres à négocier avec Clovis, Gondebaud et Alaric, pour prévenir une rupture. Le roi des Francs, tout en feignant pour le puissant roi d’Italie une déférence filiale, hâta ses préparatifs, et, sachant que Théodoric était menacé par l’empereur Anastase et avait besoin de toutes ses troupes, il assembla les chefs de son armée à Paris, et leur dit : « Souffrirons-nous que des ariens, des hérétiques possèdent les plus belles portions des Gaules ? Marchons contre eux, emparons-nous de leurs fertiles provinces, et partageons-les entre nous. »

    Tous répondent qu’ils sont prêts à le suivre et jurent de laisser croître leur barbe jusqu’à ce qu’ils aient vaincu Alaric. Les exhortations de la belle et pieuse Clotilde enflammèrent encore le courage de ces guerriers pour cette saine entreprise. Les Francs, qui s’étaient avancés sur les bords de la Vienne, dont l’autre rive était couverte par le camp des Wisigoths, crurent voir un signe visible de la protection du ciel, dans l’indication qui leur fut donnée par une biche d’un endroit où la rivière était guéable, ils en profitèrent pour traverser le fleuve, et forcèrent les Wisigoths à la retraite.

    Enfin la bataille se livra dans le champ de Voclade, à dix milles et au midi de Poitiers, près de Champagné Saint-Hilaire et de Vivonne, entre les deux petites rivières de Vonne et de Clonère. Après un sanglant combat, où le fils de Sidoine Apollinaire perdit la vie, à la tête des nobles d’Auvergne, où Clovis tua de sa propre main Alaric son rival, et où lui-même manqua de périr d’un coup de lance, les Wisigoths furent entièrement défaits.

    La conquête de l’Aquitaine fut le résultat de cette bataille. Angoulême ouvrit ses portes à Clovis ; il prit ses quartiers d’hiver à Bordeaux, enleva les trésors qui se trouvaient à Toulouse et les envoya à Paris. Il pénétra jusqu’aux confins de l’Espagne, rétablit partout les honneurs de l’Église catholique, fixa une colonie de Francs en Aquitaine, et délégua à ses lieutenants la tâche, en apparence facile, de détruire les restes de la puissance des Wisigoths ; mais le sage Théodoric ne le permit pas, et put encore s’opposer avec succès à l’ambition de Clovis. Ses valeureux Ostrogoths marchèrent eu secours d’une nation qui n’était, en quelque sorte, qu’une branche de la leur.

    Les Francs, aidés des Bourguignons, ne purent s’emparer d’Arles, ni de Carcassonne, et furent repoussés partout avec perte. Cet échec engagea Clovis à écouter des propositions de paix. Il paraît que ce fut à cette époque que le pays alors appelé province de Marseille, depuis la mer jusqu’à la Durance, qui appartenait aux Bourguignons, fut cédé aux Ostrogoths ; on ne laissa aux Wisigoths que la Septimanie, comprenant une étroite étendue de territoire le long de la côte, depuis le Rhône jusqu’aux monts Pyrénées ; mais, depuis ces montagnes jusqu’à la Loire, la vaste Aquitaine fut définitivement réunie au royaume des Francs, avec d’autant plus de facilité que, par les intelligences qu’il s’était pratiquées dans le pays, Clovis avait eu l’art de faire désirer aux Gaulois-Romains sa domination.

    Ce fut après avoir terminé cette conquête importante, que Clovis reçut et accepta les honneurs du consulat, qui lui furent conférés par l’empereur Anastase. Le roi des Francs, plaçant un diadème sur sa tête, parut dans l’église de Saint-Martin de Tours, revêtu d’une tunique et d’un manteau de pourpre, et fut salué par la multitude des noms de consul et d’auguste. Les Gaulais-Romains ne se crurent plus désormais soumis à la force, à une autorité légitime qu’ils étaient habitués à respecter, et les Francs révéraient dans leur chef un titre qui rappelait la majesté de la république, et que les empereurs même s’honoraient de porter.

    Après avoir tout fait pour la gloire et l’établissement de sa nation, Clovis sembla tourner toutes ses idées vers l’affermissement de son autorité personnelle. L’histoire du vase brisé dans Soissons nous a prouvé qu’elle était faible dans tout ce qui ne concernait pas le commandement ou la discipline militaire ; mais, après les vastes conquêtes des Francs, le chef qui les avait conduits à la victoire acquit sur eux une autorité d’autant plus grande, qu’ils devaient davantage à son génie, et, que se trouvant disséminés sur un grand territoire, il leur était plus difficile de se réunir.

    Cependant le roi des Francs crut encore nécessaire, pour consolider ce pouvoir nouveau et étrange, d’avoir recours à la perfidie et à la cruauté. Les chefs les plus puissants, qui auraient pu prétendre à soutenir leur antique indépendance, ceux qui, par leur naissance, leur rang et leur influence, pouvaient aspirer au commandement suprême, furent indignement assassinés.

    Clovis s’empara des Etats de Cararic et le fit mettre à mort, sous prétexte qu’il était resté neutre lors de son expédition contre Syagrius. Clodéric, par les suggestions de Clovis, assassine son père Sigibert, roi de Cologne et des Ripuariens, et Clovis venge ce parricide en faisant assassiner Clodéric par ses propres serviteurs et en réunissant ses Etats aux siens. Clovis tue de sa propre main Ragnacaire, roi de Cambrai, qui lui avait été si utile dans sa première expédition, ainsi que Richarius son frère, et s’approprie leurs Etats. Il en agit de même avec Regnomer, autre frère de Ragnacaire, qui commandait au Mans. Le saint évêque de Tours raconte froidement toutes ces horreurs ; et il ajoute, avec une simplicité qui a aussi son énergie : « Après avoir fait toutes ces choses, Clovis mourut à Paris. »

    En effet, Clovis n’avait que 45 ans lorsqu’il termina une carrière dont de sanglantes souillures n’ont pu effacer la gloire. Vingt-cinq ans après sa mort, le royaume des Bourguignons tomba au pouvoir des Francs ; les Ostrogoths furent obligés de leur céder Arles et Marseille ; l’empereur Justinien légitima, en quelque sorte, leur conquête, en leur concédant la souveraineté des Gaules. Depuis cette époque (536), ils jouirent du privilège de célébrer à Arles les jeux du cirque, et, par un privilège plus grand encore, les monnaies frappées par leurs rois eurent un cours légal dans tout l’empire, avantage qui fut refusé au puissant monarque de Perse.

    Partage du royaume des Francs en 511, à la mort de Clovis Ier
    Partage du royaume des Francs en 511, à la mort de Clovis Ier

    Clovis, la première année de sa conversion au christianisme, fit mettre dans un meilleur ordre, et peut-être fit traduire du teuton en latin, la loi salique. Ce code, qui paraît avoir été rédigé pour la première fois lorsque les Francs étaient encore au delà du Rhin, ne régissait que les Francs-Saliens. Par une politique très sage et même alors nécessaire, Clovis permit que les différents peuples qui habitaient ses Etats conservassent leurs lois : ainsi les Gaulois-Romains étaient régis par le code théodosien ; les Wisigoths, par ce même code, extrait et modifié par Alaric ; les Bourguignons, par la loi gombette : de là l’origine de la diversité des coutumes, qui prévalut depuis en France.

    Clovis, dans la dernière année de son règne, assembla un concile à Orléans, et c’est de ce premier acte de sa souveraineté, en matière ecclésiastique, que dataient les droits exclusifs et non communs aux autres souverains catholiques que les rois de France réclamaient contre les papes : ainsi, gloire, empire, religion, lois, usages, naissance d’une grande capitale, tout, pour les Français, commence avec le règne de Clovis.

    Ce règne a duré 30 ans, Clovis étant mort le 27 novembre 511. Il fut enterré à l’église des Saints-Apôtres (Sainte-Geneviève), qu’acheva Clotilde, qui lui survécut. Le prétendu tombeau de Clovis, que l’on voyait au milieu du chœur de cette église, n’était qu’un cénotaphe érigé par les moines au XIIIe siècle. Dans le seul diplôme authentique qui nous reste de lui, et qui est de l’an 510, il se qualifie de Francorum Rex, vir inluster. Clovis laissa quatre fils : Thierry, Clodomir, Childebert, Clotaire, qui se partagèrent ses Etats, et une fille nommée Clotilde, mariée l’an 520 à Amalric, roi d’Espagne.

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  • Bataille de Tertry en 687 : dernier
    affrontement entre Austrasie et Neustrie
    d’où naît la France carolingienne
    (D’après « Faits mémorables de l’Histoire de France », paru en 1844)
     
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    La bataille de Tertry, l’une des plus importantes de notre histoire, fut issue de la grande lutte de l’Austrasie contre la Neustrie. Le débat d’abord tout personnel avait pris à la longue, et surtout depuis que l’autorité royale s’était effacée devant celle des maires du palais, le caractère d’une véritable haine nationale

    A mesure que les Neustriens se mêlaient davantage aux populations gallo-romaines et adoptaient la civilisation des vaincus, les différences de mœurs s’étaient accrues entre eux et leurs adversaires. Les Austrasiens, voisins du Rhin, étendus sur ses rives, conservaient les traditions germaniques, la fière indépendance, la sauvage liberté de leurs pères ; ils ne voyaient pas sans quelque dédain les Neustriens, entraînés à toutes les coutumes et à tous les vices de la société romaine, perdre pour ainsi dire leur supériorité de conquérants et se confondre avec ceux qu’ils avaient autrefois soumis. Farouches, belliqueux, fortement unis, appuyés encore à la terre nationale, les Austrasiens s’attribuaient exclusivement le nom de Francs et donnaient avec mépris celui de Romains aux Neustriens.

    A cette cause principale, qui avait divisé les Francs en deux peuples, s’ajoutait la situation politique également différente dans l’une et dans l’autre contrée. Sous la domination des rois neustriens, les plus directs héritiers de Clovis, l’influence des leudes, des grands propriétaires, des chefs principaux s’était lentement affaiblie, et avait cédé au pouvoir royal ; en Austrasie, au contraire, l’aristocratie était demeurée forte, supérieure à tout pouvoir, maîtresse dans l’État : à la soumettre Brunehaut avait succombé ; et Pépin de Herstal, le maire du palais d’ Austrasie, petit fils de Pépin le Vieux par sa mère, de saint Arnould par son père, lui qui tenait aux plus illustres familles, qui avait pu faire disparaître de Metz jusqu’au vain fantôme de la royauté, Pépin de Herstal n’était puissant que par l’appui des leudes, dont il fut le représentant.

    Tant d’éléments divers dans les habitudes et dans l’organisation avaient créé d’inconciliables oppositions, un profond dissentiment, qui, avec la soumission des Francs de l’ouest aux Francs de l’est, amena la ruine de la lignée mérovingienne, et plaça sur le trône une dynastie nouvelle.

    C’est à Tertry que ces principes ennemis se rencontrèrent ; c’est là que se décida la question, et que triompha avec l’Austrasie la famille d’où Charlemagne devait sortir. Pépin de Herstal était alors seul maître en Austrasie ; en Neustrie régnait Thierry III (petit-fils de Dagobert Ier), ou plutôt le maire du palais, Berchaire, car déjà les Mérovingiens ne comptaient plus guère dans l’histoire que par leur nom. Berchaire continuait la pensée d’Ébroïn ; il combattait victorieusement l’influence des leudes et les obligeait à se soumettre ou à quitter la Neustrie : cette persécution active fut l’occasion de la guerre entre les deux contrées.

    Les fugitifs s’étaient liés avec Pépin et l’excitaient à armer contre Berchaire ; la cause des leudes était en Austrasie une cause favorable. Pépin de Herstal l’embrassa avec ardeur : il demanda à Berchaire qu’il rendît leurs biens aux chefs exilés de la Neustrie et qu’il les rappelât ; le maire du palais de Neustrie répondit avec orgueil qu’il les irait chercher en Austrasie. Pépin, ayant alors réuni les leudes et les auxiliaires d’outre-Rhin, les tribus germaniques, marche vers la Neustrie ; il s’avance jusqu’à une forêt située sur la limite des deux pays, assemble encore une fois les chefs austrasiens, leur expose ses intentions et demande leur avis : ceux-ci l’applaudissent à la fois du bruit de leurs armes et de leurs acclamations ; puis l’armée, après avoir invoqué le secours de Dieu, entre dans le Vermandois jusqu’à un lieu nommé Tertry, à peu de distance de Saint-Quentin.

    De son côté, à la nouvelle de cette invasion, Thierry ou plutôt Bechaire forme une armée et vient au-devant des Austrasiens. Pépin, en présence de ses adversaires, envoie demander au roi de Neustrie le rappel des leudes dont il avait pris le parti : il est de nouveau refusé et se dispose à combattre.

    Dans cette circonstance décisive, le maire d’Austrasie apporta une prudence et une habileté remarquables ; jusqu’au dernier instant il voulut conserver l’apparence du droit, et lorsqu’il fallut en venir à un engagement il mit dans ses dispositions une intelligence supérieure à celle que les Francs montraient habituellement dans leurs rencontres. Une petite rivière séparait les deux armées. Pendant la nuit Pépin la franchit avec ses troupes et va s’établir sur la rive orientale, au-dessus du camp qu’occupait Thierry ; ayant ensuite formé les rangs, indiqué à chacun son commandement, il attend patiemment le jour pour attaquer l’ennemi, avec « le secours de Dieu, aux rayons du soleil levant. »

    Dès que l’horizon s’éclaire, on vient dire à Thierry que le camp des Austrasiens est désert et incendié en partie ; aussitôt le roi sort avec ses troupes, afin de leur donner le pillage du camp abandonné et de poursuivre Pépin : c’est alors que celui-ci accourt et se précipite sur les Neustriens. Le combat fut long et acharné : malgré le désordre dans lequel on les surprenait, les soldats de Thierry III luttèrent avec courage ; mais enfin il fallut céder, le succès de la journée de Tertry resta à l’Austrasie, et le monde « barbare », la société germanique l’emporta encore une fois sur la civilisation romaine.

    Pépin de Herstal
    Pépin de Herstal

    Berchaire fut tué avec ses leudes, les meilleurs chefs succombèrent ; Thierry et les débris de son armée s’enfuirent en toute hâte et ne s’arrêtèrent qu’après avoir mis la Seine entre eux et leurs vainqueurs. Pépin cependant ne tarde pas : il donne à peine aux siens le temps de piller le camp des vaincus et vient assiéger Paris, où s’était retiré le roi de Neustrie. Après une faible résistance les habitants, abandonnant la cause de leur chef, amènent Thierry à Pépin. Le descendant de Clovis, le souverain de la Neustrie est conduit en captif au maire du palais d’Austrasie ; mais cette royauté mérovingienne était devenue si faible, si inoffensive, que Pépin de Herstal dédaigna de déposer Thierry III : il lui laissa le titre de roi, se réservant d’en conserver le pouvoir.

     

    La bataille de Tertry termine la destinée de la dynastie mérovingienne ; son nom subsiste encore quelque temps, mais sans gloire et sans autorité. La lignée de Clovis s’affaisse obscurément dans son impuissance, soumise entièrement aux caprices des maires du palais. Alors s’accomplit l’étrange prédiction qui, dit-on, fut faite à Childeric Ier (roi des Francs Saliens de 458 à 481) par son épouse Basine.

    Le père de Clovis ayant enlevé Basine, l’épouse du roi de Thuringe, « celle-ci, selon une vieille légende que rapporte Grégoire de Tours, lui dit la première nuit de leur mariage : Va ; et ce que tu auras vu dans la cour du palais, tu le diras à ta servante. Childéric, s’étant levé, vit des lions, des licornes, des léopards qui se promenaient ; il revint et dit ce qu’il avait vu. La femme lui dit alors : Va voir de nouveau, et reviens dire à ta servante. Il sortit et vit cette fois des ours et des loups. A la troisième fois il vit des chiens et d’autres bêtes chétives. Basine dit alors au Franc : Ce que tu as vu des yeux est fondé en vérité ; il nous naîtra un lion, tes fils courageux ont pour symboles le léopard et la licorne. D’eux naîtront des ours et des loups pour le courage et la voracité. Les derniers rois sont les chiens, et la foule des petites bêtes indique ceux qui vexeront le peuple mal défendu par ses rois. »

    Quelque singulier que soit ce récit, n’est-ce pas après tout la fidèle histoire de la famille de Clovis, qui s’en va constamment en s’affaiblissant, en perdant les fortes qualités qui avaient commencé sa fortune ? En mourant, Pépin de Herstal laissait un successeur qui devait continuer vaillamment sa tâche et achever, à la bataille de Vincy, remportée en 717 sur les Neustriens et les Aquitains réunis, l’œuvre commencée à Tertry : c’était Charles Martel, l’heureux vainqueur des Saxons, des Neustriens et des Sarrasins d’Espagne ; le hardi conquérant, qui, sûr de sa force et de sa puissance, ne désira même pas y ajouter le titre de roi.

    La dynastie carolingienne, qui devait sitôt déchoir et succomber sous l’aristocratie féodale, comme celle de Clovis était tombée devant l’influence des leudes, commençait avec éclat, et ses premiers chefs lui acquéraient des titres solides de renommée. A une époque où la société moderne n’était pas encore fondée, Pépin de Herstal a sauvé d’une ruine complète la domination franque en l’enlevant, dans la journée de Tertry, aux Neustriens affaiblis.

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  • Chevaliers du Temple ou Franc-maçonnerie ?

    Chevaliers du Temple ou Franc-maçonnerie ?

    Cela fait un bon moment que je veux publier un blog sur ce sujet-là ; il y a eu tellement de mensonges qui ont été écrit sur les Templiers que les gens sont complètement confus sur la vérité. Mais tout d’abord, je vous encourage à lire cet article très bien écrit qui explique la différence entre les Templiers (Chevaliers du Temple) et les Francs-maçons.

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    LE BOBARD DES FRANCS-MAÇONS

    Comment peut-on associer en une seule idée reçue deux sujets phares de la presse magazine et de l’édition ? En posant l’hypothèse d’une filiation entre l’ordre du Temple et la franc-maçonnerie !

    Selon ses motivations intellectuelles et sa rigueur scientifique, on considérera cette parenté comme probable ou totalement fantasque, mais gageons que les tenants de la première voie seront les mieux placés au palmarès des ventes en librairie.

    Dans leurs ouvrages aux titres tapageurs, ils tenteront de prouver par d’invraisemblables démonstrations que les templiers détenaient des savoirs ésotériques hérités du fond des âges, qu’avant de mourir, le grand maître Jacques de Molay a transmis les rênes de l’ordre à un successeur, et que des templiers en fuite ont créé la franc-maçonnerie en Écosse… 

    Pour l’historien, ces théories qui font la joie d’adultes en quête de ré-enchantement sont impossibles à cautionner. Pourquoi ?

    Parce que dans le meilleur des cas, les preuves n’existent pas. Et dans le pire, elles ont été fabriquées de toutes pièces !

    Des ésotéristes de mauvais aloi pourront toujours brandir l’argument « massue » des mystificateurs : les preuves existent, mais demeurent connues des seuls initiés. Au-delà de ce « dialogue de sourds », chacun reste libre de mener sa quête, même si elle repose sur des chimères…

    L’histoire, en revanche, est une enquête. Elle nous amène à découvrir pourquoi et comment le mythe de la filiation entre le Temple et la maçonnerie est apparu au XVIIIe siècle, contribuant au développement d’une para-histoire templière de pacotille, dont la science se serait bien passée.

     

    LA FRANC-MAÇONNERIE NAIT EN 1717

    Le 24 juin plus précisément. Ce jour-là, dans l’auberge londonienne L’Oie et le Grill, quatre groupes de freemasons (terme dont est dérivé le mot francs-maçons) se réunissent pour former la Grande Loge de Londres et de Westminster. Qualifiée également d’« obédience », cette structure a pour objet de fédérer des loges – unité de base de l’univers maçonnique, accueillant en général une quarantaine de membres – en veillant au respect des rites et en présidant à la création de nouveaux groupes.

    Probablement importée d’Écosse, où des traces sont attestées dès le XVIIe siècle,la franc-maçonnerie est une association philosophique, philanthropique et non confessionnelle, qui utilise les symboles et le langage des véritables maçons de métier pour prodiguer un enseignement ésotérique à ses membres, qui eux, n’ont aucun rapport avec le métier de bâtisseur.

    Basés sur des métaphores architecturales, des références bibliques et des concepts philosophiques, les rites – cérémonies codifiées – permettent au franc-maçon de se perfectionner intellectuellement et, par extension, d’améliorer l’humanité.

    Dans la droite ligne des clubs britanniques, ce nouveau concept où bourgeois, artisans et nobles peuvent se côtoyer d’égal à égal, rencontre un succès fulgurant dans l’Europe des Lumières.

    Dès les années 1720, loges et obédiences se créent un peu partout sur le continent. Alors que les maçons anglais acceptent volontiers l’égalitarisme qui règne dans leurs réunions, en France, la situation est différente.

    Pour se protéger d’un pouvoir méfiant, la maçonnerie souhaite intégrer dans ses rangs des gentilshommes, qui empêcheraient les autorités de tracasser l’institution. Malheureusement, ces derniers ne semblent pas goûter avec enthousiasme l’idée d’égalité qui règne en loge, d’autant plus que la progression dans la connaissance symbolique, venue d’Angleterre, se limite à trois grades : apprenti, compagnon et maître.

    Le dilemme est cruel pour les aristocrates : comment s’élever au-dessus de la plèbe maçonnique avec si peu de grades ? Et surtout, comment accepter les modestes origines de cette institution ?

    Pour convaincre la noblesse française, le grand orateur de l’ordre maçonnique en France, Andrew Michael de Ramsay, va appeler à la rescousse l’histoire et les symboles de la classe dirigeante.

    En 1736, il invente de toutes pièces une filiation entre francs-maçons et croisés. D’après lui, les chevaliers chrétiens auraient constitué en Terre sainte une confraternité spirituelle, dépositaire de sagesses antiques.

    Revenant de croisade, les rois auraient ensuite fondé des loges, qui n’auraient subsisté qu’en Écosse et en Angleterre, d’où elles auraient resurgi au XVIIIe siècle.

    L’orateur précise enfin que certains chevaliers étaient également tailleurs de pierre et peuvent donc être considérés comme les ancêtres des francs-maçons des Lumières.

    Ramsay produit ici un joli conte destiné à rassurer la noblesse sur les origines respectables de la maçonnerie. Au-delà, il va inciter des maçons à créer une foule de nouveaux rites et grades, dont certains seront inspirés de l’univers chevaleresque.

    Éloignés de l’idéal égalitariste des origines, ces rites permettront bientôt à certains maçons d’accéder à de plus hauts niveaux de connaissance, à travers de nouvelles épreuves initiatiques. Ils permettront aussi aux maçons avides de pouvoir et de distinctions de se détacher de la masse…

    À l’heure où Ramsay fabrique d’illustres ancêtres à la franc-maçonnerie, les templiers ne sont pas encore cités à comparaître pour produire un faux témoignage sur l’ancienneté de l’institution.

    L’orateur leur préfère alors les chevaliers de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.L’intégration des templiers dans l’arbre généalogique maçonnique intervient vers 1750-1760, avec l’apparition de grades templiers dans des loges françaises et le développement, surtout en Allemagne, de légendes ayant pour but d’établir un lien entre francs-maçons et templiers.

    Celles-ci vont prêter aux grands maîtres du Temple la détention de savoirs antiques, qui auraient survécu jusqu’aux francs-maçons. La plus célèbre d’entre elles confine au merveilleux. 

    La veille de son supplice, Jacques de Molay convoqua son neveu, le comte de Beaujeu, pour l’initier aux mystères de l’ordre. Il lui demanda ensuite de se rendre dans la crypte de l’église du Temple de Paris où, sous un sarcophage, il découvrit un écrin contenant le doigt de Jean-Baptiste.

    Dans le tombeau, le neveu mit également la main sur des documents secrets, la couronne du royaume de Jérusalem, le chandelier à sept branches du temple de Jérusalem, et les quatre évangélistes d’or qui ornaient le Saint-Sépulcre. Sans oublier une fortune dissimulée dans deux colonnes creuses – étrangement similaires à celles qui ornent les temples maçonniques ! Après l’exécution, Beaujeu prit la route de l’Écosse en jurant de maintenir l’ordre vivant…

    Fantasque récit, qui ignore que Jacques Molay a été condamné et brûlé le même jour et n’a, par conséquent, jamais pu s’entretenir avec un hypothétique neveu la veille de son exécution.

    Quant à un « trésor », faut-il encore rappeler que les reliques et archives du Temple étaient conservées au siège de l’ordre à Chypre ?

    Qu’importe, plus les ficelles sont grosses, plus l’histoire prend, surtout en Allemagne où se développe le mouvement qualifié de « templarisme » :

    bientôt, des loges diffusent involontairement ce canular et de nouveaux grades maçonniques templiers fleurissent un peu partout, certains maçons indélicats n’hésitant pas à les monnayer à prix d’or auprès d’impétrants avides de distinctions !

    Très vite, le templarisme tombe sous la coupe de Karl Gotthelf von Hund, un noble saxon, fondateur du mouvement de la « stricte observance », qui ajoute un nouvel épisode à la fable maçonnico-templière : après l’exécution de Jacques de Molay, Pierre d’Aumont, commandeur d’Auvergne, et sept autres chevaliers déguisés en maçons auraient récupéré les cendres du grand maître en jurant de venger l’ordre.

    Aumont se serait ensuite réfugié sur l’île écossaise de Mull, avant d’être désigné comme grand maître le 24 juin 1315.

    Hund brode une belle histoire avec le peu d’informations dont il dispose. Dans le cas contraire, il saurait que le commandeur d’Auvergne s’appelait Humbert Blanc etétait prisonnier en Angleterre, au moment où Jacques de Molay trépassait…

    D’une mort à l’autre, celle de Hund en 1776 va sonner le déclin du templarisme allemand, qui s’éteint en 1782, faute d’avoir pu prouver sa filiation avec le Temple médiéval.

    On convient alors de préserver la mémoire des templiers dans la franc-maçonnerie, mais sans croire à une filiation concrète. Une décision de bon sens, dont vont cruellement manquer des maçons français, une vingtaine d’années plus tard.

    Le templarisme est mort, vive le néo-templarisme ! Tout droit sorti de l’esprit de maçons en rupture du Grand Orient de France, les « chevaliers de l’ordre du Temple » font leur retour en grande pompe sous l’Empire.

    Le médecin Bernard-Raymond Fabré-Palaprat prétend en effet détenir un incroyable document, la Carta Transmissionis. « Daté » de 1324, il révèlerait qu’avant de mourir, Jacques de Molay a transmis les rênes du Temple à un certain Jean-Marc Larmenius.

    Encore plus époustouflant, ce document est suivi d’une liste des vingt-deux grands maîtres qui se sont succédé ensuite, jusqu’à Fabré-Palaprat lui-même ! Tous ces personnages, dont Bertrand du Guesclin, ont – évidemment – pris soin de laisser à la postérité une signature autographe.

    Le faux a beau être grossier, les candidats à la chevalerie templière affluent.

    En 1808, le mouvement compte près de deux cents membres, qui, avec la bénédiction du pouvoir napoléonien, mènent procession à cheval dans les rues de Paris. Entouré de dignitaires aux titres ronflants, Fabré-Palaprat dirige ainsi son ordre de carnaval en rêvant de prieurés en Tartarie, au Japon ou au Congo. Pourtant, la situation ne semble pas satisfaire les ambitions mégalomanes du néo-templier.

    Expert en « découverte » de faux documents, le bon docteur exhume bientôt un manuscrit grec, qui dévoile une version inédite de l’Évangile de Jean : Jésus était un initié aux mystères du cosmos, secret qui a été gardé par les patriarches de Jérusalem, puis par les templiers.

    Fabré-Palaprat utilisera cette mystification pour lancer sa propre religion en 1828 : l’Église des chrétiens primitifs, qui disparaîtra vers 1840, tout comme les néo-templiers…

    Confrontée au problème de ses origines, récentes et relativement modestes, une partie de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle avait tenté, avec ingénuité, de se trouver une ascendance prestigieuse que la chevalerie et l’ordre du Temple pouvaient lui procurer.

    Si, de nos jours, la plupart des francs-maçons conçoivent cette filiation comme purement symbolique, pour certains de leurs frères des Lumières, il en allait autrement.

    L’introduction des templiers dans le système de référence maçonnique était d’autant plus aisée que le temple, en tant que bâtiment, est le centre de la pensée maçonnique et que l’on pensait à tort que les templiers avaient habité l’ancien temple de Salomon.

    Ce lien historique entre templiers et francs-maçons n’existant pas, des frères peu scrupuleux l’ont purement et simplement fabriqué, contribuant à la propagation de nombreuses idées reçues.

    Ayant déserté, au milieu du XIXe siècle, la grande majorité des loges maçonniques, les mythes templiers n’ont pas disparu pour autant.

    Abondamment recyclés et transformés jusqu’à nos jours par les scénaristes et les romanciers – parmi les ouvrages publiés en France rien qu’en 2012, citons Le Temple noir, La Piste des templiers, Le Baphomet, Le Code templier, Le Testament des templiers ou La Fille du templier –, ils ont également survécu dans des esprits pas toujours bien intentionnés.

    Charlatans, escrocs, gourous n’ont, en effet, jamais hésité à créer des avatars dégénérés de l’ordre du Temple, afin de satisfaire leur goût du pouvoir, de l’argent ou de l’asservissement d’autrui, débouchant parfois sur l’innommable et le meurtre, comme dans le cas de la secte du Temple solaire, de sinistre mémoire.

    Texte de Jean-Vincent Bacquart

    Extrait du livre Mystérieux Templiers – Idées reçues sur l’ordre du Temple

    (Paru aux éditions Le Cavalier Bleu)

    ************

     

    Voici quelques réactions pertinentes de ceux qui ont lu ce texte :

    ► Très bon article qui rétablit la vérité, à faire lire à de nombreux (francs) maçons .......

    ► Que voilà un article rafraichissant ! Ça fait du bien ! Je vais me procurer le livre. Merci pour ce travail !

    ► Il serait souhaitable que les recherches puissent s'effectuer en toute transparence. Or, ce n'est jamais possible, les titulaires des postes affirmant, sans aucune preuve avérée, qu'ils détiennent, eux et eux seuls bien entendu les preuves de ce qu'ils avancent. Et le tour est joué...

    ► Excellente synthèse il m'a fallu plusieurs années pour en arriver à ce résultat.
    Pourtant, je suis un spécialiste de l'histoire médiévale.

    ► Enfin dit tout haut ce que nombreux d'entre nous pensent tout bas !

    ► Un bel article ! Ça fait du bien d'entendre une vérité historique ! Je vais me procurer le livre. Merci pour ce travail de vérité !

    ********

        Patrick commentaire:

    Bon ! Nous y voilà encore une fois ! Le mensonge est tellement engrainé dans l’esprit de certaines personnes, que cela devient presque impossible pour eux de voir la vérité. Peu importe les faits et les preuves que vous pouvez leur apporter !

    Maintenant, soyons clair sur certains points : Les Templiers ne sont pas des francs-maçons, ni leurs descendants ! Pourquoi ?

    Les Templiers étaient des chevaliers chrétiens, ainsi que ceux qui les suivaient. Ils donnaient leur allégeance à Dieu et au Christ ; la vraie église !

    Les Francs-maçons, eux (à un certain niveau de leur hiérarchie) sont des adorateurs et disciples de Lucifer ; et croyez-moi sur parole, leurs rites et leur adoration ne sont pas du tout les mêmes que ceux des Chrétiens !

    Il y a un grand nombre de dirigeants, d’hommes politiques et scientifiques, de l’upper class de la société qui sont des Francs-maçons ! C’est très facile de le vérifier par l’internet. La plupart font partie de grandes loges Franc-maçonniques. (et ils nous gouvernent !!!)

    ANNE-MARIE ESCOFFIER - CHRISTIANE TAUBIRA – MANUEL VALLS - JEAN-YVES LE DRIAN - JÉRÔME CAHUZAC - VICTORIN LUREL - VINCENT PEILLON -JEAN-LUC MÉLENCHON - JEAN-PIERRE BEL - MICHEL SAPIN - NAJAT VALLAUD-BELKACEM - JEAN-VINCENT PLACÉ –

    Et sans oublier notre cher président :

    Emmanuel Macron est franc-maçon dans la super-loge « Fraternité verte » et dans la super-loge « Atlantis Aletheia »

    Et croyez-moi, c’est juste une petite liste ; il y en a beaucoup plus !

    Je voudrais rajouter quelque chose que Mr Sarkozy a dit une fois :

    La crise est mondiale, il faut que nous lui apportions une réponse mondiale. j’en appelle à tous les gouvernements, aucun d’entre nous en sortira en faisant sa propre politique dans son coin ( isolé de ce que font les autres ),Aucun, nous avons besoin du dynamisme de chacun. Pour deux choses. La première : trouver un nouveau système de régulation , ça sera l’enjeu du sommet de Londres et je peux vous dire une chose. L’Europe aura une position commune et forte. Je puis vous dire une deuxième chose, nous n’accepterons pas  un sommet qui ne décidera pas. Je peut vous dire une troisième chose, on ira ensemble vers ce nouvel ordre mondial ( 666 ) et personne ne pourra s’y opposer car à travers le monde, les forces aux services du changement sont considérablement plus forte que le conservatisme et les immobilistes. Nicolas Sarkozy.

    Voici en quelques mots l’idée générale des francs-maçons :

    Ils sont en grande majorité de gauche ; humanistes ; pour l’émigration et les sans-papiers ; pour le mariage pour tous ; l’avortement libre et sans discussion ; la liberté de choisir son sexe ; et tant d’autres choses qui sont contraires à Dieu et la Bible !!!

    Maintenant, je vais planter un clou final sur la disparition des Templiers :

    Notre bon roi Capétien, Philippe le Bel (Louis IX ou Saint Louis  1214 – 1270) avait d’énormes problèmes d’argent, une trésorerie qui était très mal gérée ! La France s’était pas mal endettée auprès des templiers, qui eux, gérés très bien leurs finances. Ces dettes posaient pas mal de soucis au roi.

    En plus, l’ordre des Templiers était très indépendant de la couronne et du royaume, et cela ne plaisait pas du tout au roi et à son autorité. 

    Il ne faut pas oublier que c’est le même roi qui a envoyé une armée pour exterminer les Albigeois (les Cathares) dans le sud de la France. Un bon moyen pour unir toute la France sous son règne !

    Donc, notre bon roi Saint-Louis avait une idée très expéditive pour se débarrasser des problèmes (Financier et politique) Il décida tout simplement de prouver que les Templiers étaient une menace pour la France pour s’en débarrasser.

    Il fit arrêter Jacques de Molay sous de faux prétextes, voulant une bonne fois pour toutes de se débarrasser de l’ordre des Templiers et, ainsi donc, de se débarrasser de sa dette envers eux aussi !

    Mais seulement, les Templiers avaient eu vent de cette persécution, et la plupart on put fuir dans d’autres pays d’Europe. Quand les soldats sont arrivés, ils ont trouvé les lieux vides. Quant au soi-disant trésor, nul ne sera jamais la vérité !

    Maintenant qu’est-ce qui sont devenus ? Il y a de grandes chances qu’un bon nombre d’entre eux aient fui en Suisse. Devinez qu’est-ce qu’il y a sur le drapeau suisse…Une croix rouge ! Et les Suisses sont renommés pour quoi… pour être des banquiers qui gèrent très bien l’argent des autres !

    Maintenant, c’est à vous d’imaginer la suite…

     

    Note de la dernière minute :

    L'ordre des chevaliers du temple (Les Templiers) existe encore de nos jours.

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  • Héroïnes françaises

     
    Jeanne Laisne de Beauvais dite Jeanne Hachette ; Jacqueline Robins, héroïque maraîchère ; Jeanne d'Albret, mère du prince de Navarre, futur Henri IV ; Mademoiselle Gazotte, fille du célèbre littérateur ; Mademoiselle de Sombreuil, fille du gouverneur des Invalides ; Charlotte Corday d'Armont, qui fit périr Marat ; Madame Roland, femme d'une très grande intelligence, guillotinée sous la Terreur ; Madame Ducoud-Laborde, volontaire au 6e hussard sous le 1er Empire ; Mademoiselle Weick, la postière de Strasbourg pendant le siège de la ville en 1870 ; Mademoiselle Lix, capitaine des francs-tireurs dans les Vosges, pendant la guerre de 1870-71... Autant de femmes d'une trempe peu commune et qui ont marqué leur temps. Ce petit billet, illustré par des chromolithographies anciennes, leur rend hommage.

     
     
     
     
     
     
     
     
     
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  • L’absolutisme De Louis XIV...Sous Les Galères De Louis XIV.

    L’absolutisme De Louis XIV...Sous Les Galères De Louis XIV.

    Dans l’Antiquité, la galère était un bâtiment de combat gréé d’un mât unique et d’une voile carrée. Elle était manœuvrée essentiellement à l’aviron.

    Jusqu'au règne de Louis XIV la plupart des galériens sont des volontaires. Ces rameurs professionnels n’ont d’autres choix que ce dur métier à cause de la pauvreté.

    Mais, ce sont malgré tout des hommes libres. En effet, les équipages (les chiourmes) d'hommes libres sont la règle depuis l'Antiquité.
    Avec le règne de Louis XIV, les galères deviennent synonymes de « bagne ». A partir des années 1660, la flotte de galères ancrée à Marseille est le reflet à la fois de la splendeur absolutiste du roi et de la rigueur de sa justice. Le grand siècle de la galère commence.

    Louis XIV, (1638-Versailles 1715. Roi de France de 1643 à 1715), écrira dans ses Mémoires : « Ce qui fait la grandeur et la majesté des rois n’est pas tant le sceptre qu’ils portent que la manière de le porter. C’est pervertir l’ordre des choses que d’attribuer la résolution aux sujets et la déférence au souverain.

    C’est à la tête seule qu’il appartient de délibérer et de résoudre et toutes les fonctions des autres membres ne consistent que dans l’exécution des commandements qui leur sont donnés. »

    La doctrine politique de ce roi, l’absolutisme, est inscrite dans ses formules. Autoritaire et égoïste, le Roi-Soleil entendait bien imposer sa volonté sur tous.

    Outre son autoritarisme, Louis XIV avait une passion dévorante pour tout ce qui magnifiait sa gloire et sa grandeur.
    La gloire de son royaume s’est toujours confondue avec la sienne.

    Si les galères sont redevenues à la mode sous son règne, ce n’est que par rapport à cette soif de gloire.

    Louis XIV (1701. Hyacinthe Rigaud. Musée du Louvre, Paris)

    En effet, après avoir connu son heure de gloire à la bataille de Lépante en 1571, la galère est un outil déjà archaïque au XVIIe siècle, époque où triomphe le vaisseau à voiles et à haute coque.

    Si la galère est maniable et peut s'aventurer dans des eaux peu profondes, son autonomie limitée et sa faible vitesse de croisière, de 2 nœuds, ne la rendent guère propre qu'au cabotage en Méditerranée.

    Elle devient en fait un outil de prestige, au point que Louis XIV en dispose d'une quarantaine en 1690. Parmi celles-ci, la galère du roi, décorée par le célèbre sculpteur Puget, est une véritable oeuvre d'art flottante.

    Au nom d’un égocentrisme poussé à l’excès, les galères vont user des dizaines de milliers d’hommes, attachés à leur banc le plus souvent jusqu’à leur mort.

    Qui Étaient Les Galériens ?

    Les condamnés aux galères sont en priorité ceux qui bravent l’autorité de Louis XIV : déserteurs, contrebandiers, faux-monnayeurs. Après la révocation de l’édit de Nantes, en 1685, les protestants sont systématiquement condamnés.
    A cela se rajoutent les opposants politiques.

    Bien sûr, parmi tous les condamnés qui se succèdent sur les bancs des galères, on trouve également des voleurs, des assassins, ainsi qu'une forte proportion de vagabonds.
    Mais ces délinquants sont minoritaires, par rapport à ceux qui ont osé braver les lois de l'État.

    Les galériens sont, à proprement parler, des esclaves du roi, des «esclaves d'État»; on trouve d'ailleurs parmi eux quelques esclaves, tout à fait officiels: Maures razziés, orthodoxes, Polonais, voire Indiens Iroquois.

    Une Mort Sociale...

    Le premier voyage qu'effectuent les galériens est celui qui les conduit des grandes villes du royaume où ils ont été condamnés jusqu'à Marseille, le grand et unique port des galères. Enchaînés, marqués au fer rouge sur l'épaule gauche des trois lettres d'infamie « GAL », les galériens sont alors sous la responsabilité d'entrepreneurs privés sans scrupule.

    L'embarquement Des Galériens Dans Le Port...

    De Gênes (Alessandro Magnasco 1667-1749)

    Le trajet est long et pénible. Bien des condamnés meurent avant même d'être arrivés sur le lieu où ils doivent purger leur peine. Les galériens ont le crâne rasé et sont vêtus de guenilles écarlates.
    Ce sont là des précautions destinées à rendre plus difficiles les évasions, mais aussi des signes voulus de déchéance sociale.

    En mer, les 260 rameurs d'une galère ordinaire, dite « sensile », tirent par groupes de 4 ou 5 sur une longue rame, si lourde qu'elle défonce aisément la poitrine si l'on n'y prête garde. Dans une promiscuité effrayante, les galériens mangent et dorment à leur banc.

    Les brimades, les rixes, les épidémies, notamment de typhus, laissent à peine un condamné sur deux en vie au terme de sa peine, si tant est qu'il soit un jour libéré.

    Galériens (Illustration d'un manuel d'histoire de l'entre-deux-guerres)

    Car la durée légale de la peine prononcée par les tribunaux importe en réalité peu.

    Seul le roi peut libérer un galérien, et il oublie d'autant plus volontiers de le faire que la flotte de galères manque le plus souvent d'effectifs.

    La carence est telle que Louis XIV tente un moment de convaincre le roi d'Angleterre Jacques II d'envoyer dans les galères françaises ses propres hérétiques.

    Quelques Exceptions À La Règle

    L'essentiel de la vie du galérien se déroule heureusement à terre, où les condamnés sont employés aux travaux de l'arsenal.

    Là, la discipline se relâche quelque peu. Certains galériens sont employés chez des artisans ou des bourgeois de la cité.

    La pègre locale ne manque pas de nouer des accointances avec ceux qui travaillent près des embarcadères.

    Les plus savants des galériens participent à l'administration portuaire : quelques-uns, très rares, vivent en concubinage et finissent par payer un remplaçant pour aller ramer à leur place !

    La Galère De Cléopâtre D'après Henri PICOU...

    (Gravure De GAUTIER - 1875)

    Ce sont là évidemment des situations exceptionnelles, mais elles forcent à nuancer le sombre tableau du monde des galériens.

    Les galères prennent fin en 1748. Cette année-là, près de 7 000 galériens deviennent bagnards à Marseille, à Toulon ou à Brest, tandis que les bâtiments sur lesquels ils ramaient sont désarmés.

    Les bagnes, qui sont des mouroirs, vont prendre le relais. Puis, au XIXe siècle, viendra la « mode » de la déportation outre-mer, en Australie ou en Guyane.  Le XXe siècle verra l’institution des camps de concentration toujours étroitement liés aux régimes totalitaires.

    V.Battaglia (17.11.2006)

    Référence

    Les Galères, Mémoire De L’Humanité, Editions Larousse

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