• 28 janvier 1613 : déclaration de Louis XIII
    contre les duels avec protestation
    de n’en jamais accorder la grâce

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    La mort du baron de Lux, tué dans la rue Saint-Honoré par le chevalier de Guise, qui l’avait forcé de mettre l’épée à la main, fut l’occasion de ce nouvel édit. Ce qui est remarquable, c’est que, peu de temps après, le même chevalier de Guise tua le fils du baron de Lux , et que l’on n’en fit pas de recherches, parce qu’alors la reine-mère ménageait messieurs de Guise, pour les détacher du parti du prince de Condé. Ce chevalier de Guise périt, l’année suivante, de l’éclat d’un canon auquel il voulut mettre le feu, et qui creva.

    Duel. Gravure de Jacques Callot (1622)
    Duel. Gravure de Jacques Callot (1622)

    Le nouvel édit n’eut pas plus d’effet que les précédents. La noblesse continua de se livrer au duel sans cause, et uniquement pour faire preuve de son adresse dans le maniement des armes ; mais la sévérité dont le cardinal de Richelieu usa envers François de Boutteville, Montmorency, père du maréchal de Luxembourg, fit plus d’impression sur les esprits que tous les édits.

     

     

     

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  • La leçon d’histoire de la statue de la République

    C’est une place que nous connaissons tous. La place de la République est, depuis plus d’un siècle, le lieu où se rassemblent les Parisiens pour manifester, célébrer ou rendre hommage. Il y a deux raisons à cela : avec ses 33 000 m², c’est l’une des plus grandes esplanades parisiennes et son Monument à la République en fait un lieu on ne peut plus symbolique.

    Inaugurée en 1883, cette immense statue représente une allégorie de la République. Constituée d’une sculpture en bronze de 9,5 mètres et d’un piédestal élevé sur 15,5 mètres, cet ensemble statuaire nous présente quelques uns des symboles les plus éminents de la République Française. Marianne est accompagnée d’un bonnet phrygien, d’une tablette des « Droits de l’Homme » et d’un rameau d’olivier, représentant la paix. Un lion en bronze, symbolisant le suffrage universel, et trois statues servant d’allégorie à la devise française viennent compléter ce monumental ouvrage. Mais la grande particularité de cette statue se trouve autour de son piédestal : 12 hauts-reliefs en forme de tableaux. Chacun d’eux représente une date importante de l’Histoire de France, et plus particulièrement de la République Française. On les découvre.

    Les prémices de la Révolution 

    Le premier relief illustre la date du 20 juin 1789. En ce jour-là, les députés réunis pour les États-Généraux entraient en résistance contre le roi et rédigeaient le premier texte de la révolution : le Serment du Jeu de Paume. Le relief reprend le tableau inachevé du peintre David et nous montre le député Jean-Sylvain Bailly, futur premier maire de Paris, lisant le texte au reste de l’assemblée. Vient ensuite la date du 14 juillet 1789 et son illustration de la prise de la Bastille, puis le 4 août 1789, jour qui a vu l’intégralité des privilèges féodaux être supprimée. Le 14 juillet 1790 complète ce premier ensemble et représente la Fête de la Fédération, célébrée sur le Champ-de-Mars pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Le marquis de La Fayette, le grand héros de cette journée, est représenté au centre du relief, symbole d’une France unie et réconciliée.

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Au cœur de la Révolution 

    Les quatre reliefs suivants évoquent des dates importantes de la période révolutionnaire. Le 11 juillet 1792,  l’Assemblée législative proclame « la Patrie en danger » suite à de multiples défaites des troupes françaises contre le Saint-Empire romain germanique. Le relief suivant semble lui répondre. Le 20 septembre 1792 illustre la fameuse bataille de Valmy, première victoire de l’armée française contre les troupes prussiennes. Enfin, la date du 21 septembre 1792 ne pouvait être que présente sur le piédestal du Monument de la République puisqu’elle correspond à l’abolition de la royauté et, de facto, à la naissance de la République.

    Ils nous a fallu chercher un peu plus longtemps pour comprendre à quoi correspond le huitième relief. La raison n’est pas tant que la date est écrite en calendrier républicain, mais parce que nous ne l’avons jamais apprise à l’école. Le 13 prairial an 2, soit le 1er juin 1794, correspond à une bataille navale qui a eu lieu près d’Ouessant entre les flottes britanniques et françaises. Seule spécificité de cette bataille, sa victoire a été revendiquée par les deux camps… Une façon de clamer notre supériorité face à nos amis d’outre-Manche ?

     

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Le siècle républicain

    Avec les quatre derniers reliefs, nous entrons de plain-pied au XIXe siècle. Un saut dans le temps de presque quarante ans et nous arrivons au 29 juillet 1830, date qui voit le peuple parisien triompher sur les forces armées du roi Charles X.  En ce troisième jour d’insurrection que l’on appellera les « Trois Glorieuses », le peuple a remporté sa victoire dans la rue et l’option républicaine est encore envisagée. Dès le lendemain cependant, l’on pense plutôt à mettre un nouveau roi sur le trône et les espoirs républicains s’effondrent. La monarchie de Juillet sera proclamée dix jours plus tard.

    18 années passent, la révolution est à nouveau en marche. Le 24 février 1848, après trois jours d’insurrection, la Deuxième République est proclamée. Ce n’est pourtant pas cette date qui figure sur le dixième relief, mais bien celle du 4 mars 1848. Cette dernière correspond à l’une des premières dispositions prise par ce nouveau régime : l’adoption du suffrage universel masculin.

    Les deux dernières dates, enfin, sont contemporaines de l’édification du monument. La première, le 4 septembre 1870, correspond à la proclamation de la Troisième République. La seconde, le 14 juillet 1880, est la date de la première Fête Nationale qui s’est déroulée 90 ans après la Fête de la Fédération dont elle en est la célébration.

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Cette douzaine de tableaux sculptés est représentative des idéaux et du point de vue qu’avait la Troisième République sur son histoire. On ne s’étonnera pas que la Révolution Française soit l’époque la plus représentée sur les hauts-reliefs. Elle est en effet considérée par la Troisième République comme l’événement fondateur du mouvement républicain en France.

    Néanmoins, des dates importantes comme l’exécution de Louis XVI, la chute de Robespierre ou encore la Commune de Paris ne sont pas représentées, sans doute trop controversées. Des époques entières manquent également à l’appel, telles que l’Empire ou la Restauration, logiquement discréditées tout au long de la Troisième République. Le monument à la République reste néanmoins un bel aperçu des événements qui ont marqués nos ancêtres du XIXe siècle.

    Cyrielle Didier

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    La place de la République au début du XXème siècle

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Voici, en partenariat avec Paris en Images, une sélection de photos qui vous feront découvrir la place de la République au début du XXème siècle

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Paris Xème arr.. Les magasins réunis et l’Hôtel moderne, place de la République. Vers 1920. © Albert Harlingue / Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Guerre 1939-1945. Libération de Paris. Combats place de la République. Août 1944. © LAPI / Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Guerre 1939-1945. Libération de Paris. Parisiens s’abritant pendant une fusillade place de la République. 25 août 1944 © LAPI / Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Tramway à deux chevaux Charenton-Place de la République. Paris, 1912. © Jacques Boyer / Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Meeting. Paris, place de la République, janvier 1948. © Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Construction du Métropolitain. Etat des travaux, place de la République. Paris, juillet 1906. © Maurice-Louis Branger / Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Manifestation du 1er mai 1909. Place de la République. Paris. © Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Guerre 1939-1945. Cérémonie en mémoire des fusillés de Chateaubriant, place de la République. Paris, juillet 1945 © LAPI / Roger-Viollet

    La leçon d’histoire de la statue de la République

    Guerre 1939-1945. Libération de Paris, la foule place de la République célébrant la fin de l’occupation allemande. Paris, 25 août 1944. © LAPI / Roger-Viollet

     

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  • Alfred de Vigny prône un
    gouvernement probe et économe

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    Si l’on ne présente plus la figure du romantisme, le dramaturge, poète et académicien Alfred de Vigny, l’homme politique est moins connu...

     

    Candidat à la députation du département de la Charente aux élections législatives d’avril 1848, il ne cache pas, dans une profession de foi rédigée pour les électeurs et dont nous donnons ici l’intégralité, sa foi en la IIe République proclamée le 25 février précédent :

    « C’est pour moi un devoir de répondre à ceux de mes compatriotes de la Charente qui ont bien voulu m’appeler à la candidature par leurs lettres et m’exprimer des sentiments de sympathie dont je suis profondément touché. La France appelle à l’Assemblée Constituante des hommes nouveaux. Ce sentiment est juste après une révolution plus sociale que politique, et qui a enseveli dans les débris les catégories haineuses des anciens partis.

    Alfred de Vigny
    Alfred de Vigny

     

    « Mais les hommes nouveaux qu’il lui faut ne sont-ils pas ceux que des travaux constants et difficiles ont préparé à la discussion des affaires publiques et de la vie politique ? Ceux qui se sont tenus en réserve dans leur retraite sont pareils à des combattants dont le corps d’armée n’a pas encore donné. Ce sont là aussi des hommes nouveaux, et je suis de ceux-là.

    « Chaque révolution après sa tempête laisse des germes de progrès, dans la terre qu’elle a remué et, après chaque épreuve, l’Humanité s’écrie : Aujourd’hui vaut mieux qu’hier, demain vaudra mieux qu’aujourd’hui. Je me présente à l’élection sans détourner la tête pour regarder le passé, occupé seulement de l’avenir de la France. Mais, si mes concitoyens veulent rechercher dans les années écoulées pour voir ma vie, ils y trouveront une indépendance entière, calme, persévérante, inflexible ; seize ans de cette vie consacrés au plus rude des services de l’armée, tout le reste donné aux travaux des lettres, chaque nuit vouée aux grandes études.

    « Existence sévère, dégagée des entraves et des intrigues de partis. J’ai ce bonheur, acquis avec effort, conservé avec courage, de ne rien devoir à aucun gouvernement, n’en ayant ni recherché, ni accepté aucune faveur. Aussi ai-je souvent éprouvé combien cette indépendance de caractère et d’esprit est plus en ombrage au pouvoir que l’opposition même. La raison en est celle-ci : les pouvoirs absolus ou qui prétendent à le devenir peuvent espérer corrompre ou renverser un adversaire, mais ils n’ont aucun espoir de fléchir un juge libre, qui n’a pour eux ni amour ni haine. Si la République sait se comprendre elle-même, elle saura le prix des hommes qui pensent et agissent selon ce que je viens de dire. Elle n’aura jamais à craindre d’eux, puisqu’elle doit être le gouvernement de tous par chacun et de chacun pour tous.

    « Ainsi conçu, ce mâle gouvernement est le plus beau. J’apporte à sa fondation ma part de travaux dans la mesure de mes forces. Quand la France est debout, qui pourrait s’asseoir pour méditer ? Lorsque l’Assemblée nationale, dans de libres délibérations, aura confirmé, au nom de la France, la République déclarée, efforçons-nous de la former à l’image des Républiques sages, pacifiques et heureuses, qui ont su respecter la Propriété, la Famille, l’Intelligence, le Travail et le Malheur ; où le gouvernement est modeste, probe, laborieux, économe ; ne pèse pas sur la nation , pressent, devine ses vœux et ses besoins, seconde ses larges développements et la laisse librement vivre et s’épanouir dans toute sa puissance.

    « Je n’irai point, chers concitoyens, vous demander vos voix. Je ne reviendrai visiter au milieu de vous cette belle Charente qu’après que votre arrêt aura été rendu. Dans ma pensée, le peuple est un souverain juge qui ne doit pas se laisser approcher par les solliciteurs et qu’il faut assez respecter pour ne point tenter de l’entraîner ou de le séduire. Il doit donner à chacun selon ses œuvres. Ma vie et mes œuvres sont devant vous. »

    Non élu, Alfred de Vigny se présenta également aux élections de l’année suivante, sans succès.

     

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  • Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Le cimetière de Picpus, dans le XIIe arrondissement, est un lieu singulier. Par son statut, d’abord, puisqu’il est l’un des deux seuls cimetières privés de la capitale. Par son affectation, ensuite, puisqu’il n’accueille que des descendants de personnes guillotinées lors de l’épisode le plus sanglant de la Révolution : la Grande Terreur, dont la fin sera marquée par l’exécution de Robespierre. On vous raconte l’histoire de ce lieu sans équivalent dans la capitale.

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    © Marc Heimermann

    La Grande Terreur, un mois et demi d’exécution de masse

    Juin 1794. Deux ans après son installation sur la place de la Révolution (aujourd’hui place de la Concorde), la guillotine rassemble plus de mécontents contre elle que n’importe quelle mesure prise par la Convention nationale. Plus que la méthode, c’est son emplacement qui pose problème. Le passage continuel des charrettes remplies de corps sanguinolents apportent leur lot de désagréments. Pire, l’inhumation des milliers de cadavres dans les fosses communes du cimetière des Errancis empestent l’air d’odeurs nauséabondes. Faisant face à de multiples plaintes, les autorités n’ont guère d’autre choix que de délocaliser le « hachoir national ». Ils choisissent d’abord la place de la Bastille, puis la place du Trône-Renversé, actuelle place de l’Île-de-la-Réunion. La guillotine établie, il leur faut maintenant trouver un endroit où inhumer les cadavres qui s’accumulent… En essayant, cette fois-ci, de trouver un lieu qui ne liguera pas tous les habitants contre lui.

    À quelques centaines de mètres de la place du Trône-Renversé se trouve un enclos de 300 mètres de long sur 70 mètres de large. Cet immense domaine au cœur de la capitale a longtemps abrité un couvent, celui des Chanoinesses de Saint-Augustin de la Victoire-de-Lépante. En mai 1792, les bâtiments et le terrain de cette communauté religieuse ont été confisqués par les révolutionnaires et donnés à un « patriote ». Le lieu semble tout trouvé : proche du lieu d’exécution, grand, caché derrière des murs et propriété de la Nation. Deux grandes fosses pouvant accueillir des centaines de cadavres sont immédiatement creusées et le tracé d’une troisième réalisé. Pour minimiser le risque de recevoir des plaintes, les autorités gardent le lieu secret. Pendant toute la durée de la Grande Terreur, personne ne saura vraiment où les corps sont transportés.

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Un comité révolutionnaire, chargé de donner les sentences d’exécution, sous la Terreur

    Et pourtant, Dieu sait qu’ils sont nombreux ! En seulement six semaines, du 14 juin au 27 juillet 1794, 1306 suppliciés seront inhumés dans l’enclos de l’ancien couvent. Le couperet du bourreau Sanson tombera plus de fois en un mois et demi qu’en deux ans de présence sur la place de la Révolution. Nous sommes au paroxysme de la Terreur et les « ennemis de la Révolution » sont des nobles, des religieux, des militaires, mais surtout des gens du peuple. Tout le monde peut tomber sous le coup d’une décision du Tribunal Révolutionnaire : parmi les 1306 victimes, il y a des meuniers, des marquis, des boulangers, des princesses, des lieutenants ou des brasseurs. 1109 hommes et 197 femmes de tous rangs dont les noms sont aujourd’hui inscrits sur des plaques installées sur un mur du cimetière.

    Un lieu de mémoire et de recueillement

    Sous le Directoire, le domaine est découpé en parcelles et vendu à des particuliers qui n’ont généralement pas connaissance des pratiques funestes qui s’y sont déroulés quelques années plus tôt. Seuls quelques officiels et privilégiés savent que des milliers de corps en décomposition sont empilés à quelques mètres en dessous du sol. C’est grâce à la persévérance de trois femmes que les secrets de l’ancien couvent seront portés à la connaissance du public.

    En 1797, la princesse Amélie de Salm-Kyrbourg part à la recherche du lieu de sépulture de son frère et de son amant, Alexandre de Beauharnais, tous deux exécutés sur la Place du Trône-Renversé, le 23 juillet 1794. Grâce à l’aide de quelques habitants du quartier, elle retrouve l’endroit et achète l’une des parcelles. Cinq ans plus tard, en 1802, Madame de Montagu et sa sœur Madame de La Fayette, épouse du marquis de La Fayette, engagent la même démarche. Leur grand-mère, leur mère et leur sœur aînée sont décédées sur l’échafaud et ont été inhumées dans l’une des fosses communes. Elles achètent une partie du domaine et fondent une société composée des familles des guillotinés sur la place du Trône-Renversé. Les parcelles réunies, l’espace servira désormais de lieu commémoratif et de cimetière pour les familles des suppliciés. Encore aujourd’hui, seuls les descendants de personnes passées sur l’échafaud entre juin et juillet 1794 peuvent être inhumés dans ce calme cimetière toujours bien caché dans son enclos.

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    © Marc Heimermann

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Le cimetière des familles et l’enclos des fosses communes sont séparés par un mur et une grille. Des plaques racontent l’histoire de ce lieu unique à Paris. © Marc Heimermann

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    La plaque qui notifie l’emplacement de la fosse n°1

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    La tombe du marquis de La Fayette, inhumé auprès de son épouse descendante de guillotinés, est la plus connue du cimetière des familles. Chaque année, les États-Unis lui rendent hommage le 4 juille

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  • Enfance et éducation du futur
    Henri IV pensées par son grand-père
    (D’après « La Mosaïque », paru en 1883)
     
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    La naissance et l’éducation de Henri IV annoncèrent ce qu’il devait être un jour, et le vieux roi de Navarre, Henri d’Albret, son grand-père, prophétisa que la « brebis avait enfanté le lion », pour répondre à la raillerie des Espagnols, qui avaient dit de sa femme, par allusion aux armes de Béarn qui portent deux vaches de gueules ou rouges en champ d’or, que la « vache avait enfanté une brebis ». Et c’est ce même grand-père qui fixa les principes de son éducation, afin d’en faire un personnage au caractère bien trempé en prévision des épreuves qu’il le pressentait être amené à affronter.
     
     

    Ce ne pouvait pas être un prince ordinaire celui qui fut conçu, mis au monde, nourri et élevé autrement que tous les fils de rois. Henri d’Albret, roi de Navarre, qui avait perdu en 1512 une partie de ses États usurpés par Ferdinand, roi d’Aragon, désirait ardemment que sa fille unique Jeanne d’Albret, mariée à Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, lui donnât un héritier. Les deux premiers enfants nés de cette union étaient morts jeunes, par suite d’accidents, l’un ayant été étouffé par sa nourrice, l’autre étant tombé des bras de sa gouvernante.

    Avant que la duchesse de Vendôme devînt grosse pour la troisième fois, Henri d’Albret, prince austère et philosophe, l’avait priée de lui confier le nouveau-né, qu’elle devait à la gloire de sa maison ; il voulait, disait-il, apprendre à son petit-fils la vengeance qu’il fallait tirer des Espagnols, usurpateurs du royaume de Navarre, et il s’engagea, vis-à-vis de sa fille, à lui montrer le contenu de son testament aussitôt qu’elle lui montrerait ce que contenait son ventre. Il exigeait d’elle une humeur égale et joyeuse durant cette grossesse, et il lui fit promettre de chanter une chanson pendant les douleurs de l’enfantement, afin qu’elle n’eût pas un enfant « pleureur et rechigné ».

    Jeanne d’Albret, se trouvant à la cour de France, s’aperçut qu’elle était enceinte : elle ne se pressa pas de revenir se confiner dans la petite cour de Navarre, qui ne lui offrait aucune distraction agréable, et ne changea rien à la vie de plaisir qu’elle menait au milieu du tourbillon des fêtes et des tournois ; seulement, pour se conformer aux désirs de son père, quand approcha le terme de sa grossesse, elle retourna en Béarn, où elle accoucha, neuf jours après son arrivée au château de Pau, le 13 décembre 1553.

    Toutes les portes de son appartement restèrent ouvertes à l’heure de ses couches, et chacun put entendre une voix ferme, qui chantait ce noël en langue basque : « Notre-Dame du Bout-du-Pont, aidez-moi à cette heure ! » Il Le vieux roi était là, impatient de connaître le succès de ses vœux ; il reçut dans ses bras l’enfant, dont il constata le sexe, et il l’enveloppa dans un coin de sa houppelande, en jetant sur le lit de l’accouchée une boîte d’or qui renfermait son testament : « Ma fille, voilà ce qui est à vous, et ceci est à moi ! » dit-il.

    A ces mots, il emporta l’enfant qui le regardait fixement, sans pousser un seul cri, et avant de le remettre aux soins des nourrices, qu’il avait choisies parmi les paysannes, il lui frotta les lèvres avec une gousse d’ail et lui fit sucer du Jurançon, dans sa coupe d’or, pour préparer le régime fortifiant auquel devait être soumis le prince de Béarn. Henri d’Albret, qui vécut encore deux années, eut le temps de voir les premiers résultats de l’éducation qu’il avait préparée, et la future reine de Navarre lui promit de suivie expressément ses dernières volontés à l’égard de l’enfant chéri qu’il bénissait en mourant.

    « Mignonne des rois ! disait-il à sa fille, qu’on appelait ainsi à cause de la tendresse que les rois François Ier et Henri II avaient eue pour elle, notre petit Béarnais est séparé de la couronne de France par neuf princes du sang, tous jeunes et bien portants ; mais j’augure que les plus grands obstacles du monde terrestre ne retarderont pas les décrets du ciel. Henri sera un vaillant homme de guerre, un clément pacificateur, un roi tout-puissant. »

    Portrait présumé de Henri IV enfant (Musée du château de Pau)
    Portrait présumé de Henri IV enfant (Musée du château de Pau)

     

    Ce prince, soustrait dès l’enfance au contact de la cour, n’en prit pas les pernicieuses habitudes : son physique et son moral se développèrent d’eux-mêmes, en liberté, sous les auspices de la simple nature. Il fut élevé, jusqu’à l’âge de dix ans, au château de Coarasse, antique forteresse des comtes de Béarn, située dans la solitude la plus pittoresque, au sommet d’un rocher, et entourée de montagnes, de lacs et de torrents. C’est là qu’il donna carrière à ses nobles instincts de bonté, de franchise, de générosité, de grandeur d’âme ; c’est là qu’il acquit ces grandes qualités qui firent le fond de son caractère : le courage et la résignation, le dédain du danger et l’amour du travail ; car. tout prince qu’il fut, il était vêtu de bure, comme les vachers et les chevriers, ses compagnons de jeux et de promenades.

    Ces premières années de son enfance avaient été consacrées surtout à donner une trempe robuste à sa constitution. Suzanne de Bourbon, baronne de Miossens, alliée de la famille d’Albret, était sa gouvernante ; elle veillait, en cette qualité, à faire exécuter scrupuleusement le plan d’éducation que le vieux sire d’Albret avait tracé pour son petit-fils ; on endurcissait ainsi le jeune prince à des exercices pénibles et grossiers, pour lui faire oublier que sa naissance et son rang l’appelaient à jouir de toutes les douceurs, de toutes les délicatesses de la vie aristocratique. Souvent la vieille baronne pleurait de compassion, en cachant ses larmes, quand elle voyait l’enfant revenir au château, épuisé de fatigue, mourant de faim, à demi mort de froid, mais toujours de bonne humeur.

    Grimper sur les rocs à pic, enlever des nids d’aigle, traverser à la nage la rivière des Gaves, courir pieds nus dans la neige, vagabonder nu-tête au soleil d’été, jouer au bord des précipices, gravir les montagnes, descendre dans les vallées, tuer des oiseaux à coups de flèche et de fronde, bêcher la terre, porter des fardeaux, monter au faîte des grands pins, telles étaient les occupations journalières du prince, qui ne trouvait à Coarasse qu’une nourriture frugale, du pain bis, du fromage, de l’ail et de l’eau pure tous les jours, un peu de vin et du porc salé tous les dimanches.

    Cette alimentation agreste et à peine suffisante, assaisonnée par l’appétit, l’accoutumèrent de bonne heure, aux privations qu’il devait plus tard supporter mieux que ses soldats dans les rudes épreuves de la guerre ; son caractère gai et vif, exempt d’inquiétude et d’entraves, continuait à épanouir la fleur de sa santé.

    A vrai dire, il n’avait pas eu d’enfance. Le précepteur du jeune Henri, qui se nommait La Gaucherie, était aussi maladroit dans ses paroles que dans ses actions ; car il disait toujours ce qu’il devait taire, et, par l’effet d’une distraction irrémédiable, il laissait échapper tout ce qu’il tenait à la main. Henri de Bourbon se trouvait ainsi abandonné à la garde d’un petit valet de chambre, âgé de douze ans, appelé Mamelot. Le château de Coarasse n’était habité que par d’anciens serviteurs de la baronne de Miossens, et l’on n’y voyait que des barbes grises et des cheveux blancs ; ce qui ne contribuait pas peu à rendre plus triste encore le séjour de cette forteresse féodale, dans un site âpre et désolé.

    Henri s’affligeait souvent de la solitude où ses parents l’oubliaient ; et, pour échapper au contact des vices et de la mauvaise nature de Mamelot, il s’en allait seul rêver de guerre et de chevalerie dans les forêts de sapins qui couronnaient les hauteurs voisines de Coarasse, ou bien il s’enfermait dans la grande salle du château, toute tendue de tapisseries de haute lice, représentant les Métamorphoses d’Ovide, et vis-à-vis de ces peintures de laine il donnait libre carrière à des réflexions qui contrastaient avec les habitudes rustiques et incultes de son éducation.

     

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  • Véritable (La) histoire
    du 14 juillet
    (Source : Le Figaro)
     
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    Pourquoi le 14 juillet est devenu fête nationale ? Depuis quand ? L’historien Jean Sévillia raconte les dessous de cet évènement symbolique et les enjeux de sa commémoration.
     

    Jean Sévillia est Rédacteur en chef adjoint du Figaro magazine et écrivain. Son dernier livre Histoire passionnée de la France est paru chez Perrin.

    Figarovox : Depuis quand et pourquoi le 14 juillet est-il devenu notre fête nationale ? Que commémore-t-on exactement ?

    Jean Sévillia : C’est en 1880 que le 14 juillet est devenu fête nationale. Reprenons le contexte. En 1871, après l’effondrement du Second Empire et la défaite face aux Prussiens, se met en place, avec une majorité royaliste élue au suffrage universel, un régime d’attente, fait pour préparer la restauration de la monarchie, restauration qui n’aura pas lieu en raison de la division entre légitimistes et orléanistes et du refus du comte de Chambord, l’aîné des Bourbons, de composer avec les principes issus de la Révolution.

    Faute de roi s’installe une République conservatrice, la République des ducs (Mac-Mahon, Broglie, etc.) En 1876, les républicains de conviction obtiennent la majorité à l’Assemblée. En 1877, ils forcent le Président conservateur, Mac-Mahon, à se soumettre en acceptant la prééminence du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif. En 1879, le Sénat passe aux républicains et Mac-Mahon démissionne. Commence alors la République des Jules (Simon, Grévy, Ferry), la République des républicains.

    Sous le Second Empire, on fêtait la Saint-Napoléon le 15 août, date de l’Assomption, grande fête mariale dans l’Eglise catholique, fête confortée, en 1854 par la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception par le pape Pie IX. Le 15 août était donc la fête nationale de la France sous Napoléon III. Symboliquement, quand ils arrivent au pouvoir, en 1879, les républicains veulent donc instaurer une fête nationale qui soit en accord avec le projet politique dont ils sont porteurs : républicaniser la France, la couper de l’influence de l’Eglise.

    Prise de la Bastille le 14 juillet 1789
    Prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Aquarelle d’époque, de Jean-Pierre Houël

     

    Depuis 1872, le parti républicain organisait des manifestations privées à la date du 14 juillet. Lors d’un discours prononcé le 14 juillet 1872 à la Ferté-sous-Jouarre, Gambetta avait ainsi exalté le souvenir de la prise de la Bastille, affirmant que le peuple de Paris ne s’était pas levé « pour renverser une Bastille de pierre, mais pour détruire la véritable Bastille : le Moyen-Age, le despotisme, l’oligarchie, la royauté ».

    La loi promulguée le 6 juillet 1880 annonce que « la République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Le choix de cette date, en réalité, ratifie une pratique antérieure du parti républicain, mais en jouant sur la double signification du 14 juillet : les radicaux commémorent la prise de la Bastille (14 juillet 1789), tandis que les modérés, à qui la violence révolutionnaire fait peur, préfèrent se souvenir de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790).

    Dès lors, ce choix fera-t’il l’objet d’un consensus ?

    En 1880, le 14 juillet ne fait pas l’unanimité. Ni les conservateurs, qui n’ont accepté la République que par défaut, ni les catholiques, heurtés de front par l’anticléricalisme gouvernemental, anticléricalisme qui restera le ciment du parti républicain jusqu’en 1914, ne sont prêts à commémorer un événement révolutionnaire. Jusqu’à la Grande Guerre, le 14 juillet, à l’instar de l’école laïque de Jules Ferry, restera idéologiquement marqué : il est un symbole républicain, c’est-à-dire de gauche, anticlérical et patriotique au sens des Volontaires de l’An II. Peu à peu, toutefois, il deviendra une fête populaire, avec ses bals et ses lampions.

    Le 14 juillet 1919 voit le défilé de l’armée française victorieuse, derrière Joffre et Foch, avec des détachements de tous les pays vainqueurs. Les deux France se retrouvent dorénavant dans un 14 juillet qui revêt plus une signification militaire et nationale que politique. La politique revient le 14 juillet 1935 avec le défilé politico-syndical des organisations de gauche, prélude au défilé unitaire du 14 juillet 1936 qui rattache le Front populaire au mouvement de 1789.

    Le 14 juillet 1945, c’est de nouveau un défilé de la victoire. A l’exception de 1989 et du défilé du Bicentenaire griffé par le publicitaire Jean-Paul Goude, la fête nationale s’est éloignée de sa source originelle. Elle n’est plus qu’une fête militaire, chérie du grand public, une fête populaire, avec ses feux d’artifice et encore ses bals de pompiers, et un micro-événement politique pour les amateurs de « petites phrases », dans les années où le chef de l’Etat parle à la télévision... Les restrictions budgétaires ont enterré la garden-party, qui était en passe de devenir une tradition mixte, à la fois républicaine dans la mesure où tout citoyen, virtuellement, pouvait être amené à fouler les pelouses de l’Elysée, et monarchique dans l’autre mesure où il fallait une invitation du Château pour y participer.

    On a fait de la prise de la Bastille l’élément fondateur marquant le début de la Révolution française. Est-ce vrai ? Est-ce réellement la borne qui marque « le début de la fin d’un monde » ?

    Le 20 juin 1789, quand les députés du tiers-état qui se sont proclamés les mandataires de toute la population française, excluant de la représentation nationale la noblesse et le clergé, se rassemblent dans la salle du Jeu de Paume, à Versailles, et font serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France, la Révolution commence vraiment, puisque les institutions qui maintenaient l’ancienne France deviennent caduques.

    Il en est de même pour le 4 août 1789, où ce qu’on appelle improprement « l’abolition des privilèges », privilèges qui représentaient en réalité l’organisation socio-territoriale de droit coutumier de l’Ancien Régime, marque l’entrée dans un monde nouveau. Le 5 et 6 octobre 1789, quand la foule ramène la famille royale à Paris et que le roi est prisonnier de la révolution parisienne, marque aussi la fin d’un monde.

    La prise de la Bastille était-elle un mouvement populaire spontané, une révolte plébéienne contre l’arbitraire, ou bien une manipulation des masses orchestrée par le haut ?

    Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins appelle les Parisiens à prendre les armes. Le 14 juillet au matin, quelques milliers d’émeutiers envahissent les Invalides, et prennent armes et canons. A l’autre bout de Paris, la Bastille, prison d’Etat dénoncée par les libellistes comme un symbole de l’arbitraire royal, est assaillie non par la population spontanément mobilisée, mais par une bande d’agitateurs qui ont préparé l’opération. De l’édifice sont extraits, en fait de victimes de l’absolutisme, sept prisonniers, dont quatre faussaires, deux fous et un débauché.

    Le gouverneur Launay, qui a capitulé devant l’émeute et qui a été conduit à l’Hôtel de Ville, est assassiné avec Flesselles, le prévôt des marchands, leurs corps étant dépecés et leurs têtes placées au bout d’une pique. 83 assaillants ont péri dans l’assaut. Le premier sang de la Révolution a coulé. L’opération a été orchestrée, mais elle a revêtu tout de suite un sens politique et une dimension symbolique.

    On évoque souvent les mots de Louis XVI dans son journal le jour de cet événement historique : 14 juillet : rien, pour montrer l’aveuglement et la nonchalance du roi. Comment se fait-il que ce dernier ne se soit pas rendu compte de l’importance de l’évènement ?

    Rappelons d’abord que ce « rien » consigné par Louis XVI dans son carnet désignait son tableau de chasse, vide en l’occurrence puisqu’il n’avait pas chassé ce jour-là. Il est néanmoins exact que le roi n’a pas tout de suite pris la mesure de ce qui s’est passé à la Bastille, d’où le dialogue, authentique ou apocryphe, survenu lorsqu’on lui a raconté les événements : « Mais c’est une révolte ? - Non, Sire, c’est une Révolution ! » Horrifié par le récit de la mort de Launey et Flesselles, Louis XVI sera conforté dans son refus de verser le sang, disposition d’esprit qui va lui dicter sa conduite face à la Révolution.

    Le 14 juillet peut-il être le moment permettant la réconciliation des deux histoires de France, révolutionnaire et contre-révolutionnaire, dans la « République, notre royaume de France » chère à Péguy ?

    La question me semble un peu dépassée, dans la mesure où la vie politique française ne s’organise plus du tout autour de l’axe pour ou contre la Révolution. Le débat sur la Révolution n’est pas épuisé intellectuellement, mais il n’a pas de traduction politique immédiate. En sens inverse, le 14 juillet d’aujourd’hui n’a pratiquement rien à voir avec la Révolution, ce qui était déjà le cas en 1989, lors du défilé du Bicentenaire évoqué plus haut. Encore une fois, le 14 juillet n’est plus que la fête de l’armée, ce qui déplace le débat : le rituel militaire est-il vraiment compris dans une époque où le patriotisme n’est plus enseigné, où l’armée est invitée à se battre pour les droits de l’homme et non pour le territoire national ou les intérêts extérieurs du pays, et où le sens du sacrifice renvoie à une morale en voie de disparition ?

    Eugénie Bastié
    Le Figaro

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  • Révolution dite française : fille
    des Illuminés de Bavière
    et de la franc-maçonnerie ?

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    En 1798, Le Moniteur universeljournal de propagande révolutionnaire fondé en 1789, relaie, en les fustigeant, les propos tenus dans un article récemment paru dans la presse anglaise attribuant la paternité de la Révolution dite française à l’ordre des illuminés de Bavière, fondé en Allemagne en 1776 par le professeur de droit Adam Weishaupt et bientôt allié à la franc-maçonnerie pour détruire la monarchie, la religion, et faire vaciller l’ordre social pour instaurer une liberté de façade.

     

    En préambule de cette traduction, Le Moniteur universel explique que depuis quelques années, plusieurs écrivains « ont gravement débité qu’ils [les Illuminés de Bavière] sont des espèces d’enragés, dont le projet est de tuer tous les rois de l’Europe pour venger la mort de Jacques Molay, grand-maître de l’ordre des Templiers, exécuté à Paris il y a 600 (sic) ans, sous le règne de Philippe le Bel. »

    Dans les idées de ces écrivains, poursuit Le Moniteur, « les Illuminés qui ne seraient ainsi qu’une filiation de l’ordre des Templiers, doivent toujours avoir des princes parmi eux, leur promettre le souverain pouvoir pour les séduire ; leur permettre d’en approcher très près, mais ne pas souffrir qu’ils s’en emparent »

    Supplice de Jacques de Molay (dernier maître des Templiers) à Paris en 1314. Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (vers 1410)
    Supplice de Jacques de Molay (dernier maître des Templiers) à Paris en 1314.
    Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (vers 1410)

     

    Selon Le Moniteur, si l’on demandait à l’auteur qui a rédigé l’article dont il donne plus loin la traduction, son opinion sur ce que veulent et peuvent faire les sociétés secrètes, il répondrait que, « la guerre, qu’on peut regarder comme presque inévitable, servira encore les projets des sociétés secrètes, en occupant la majeure partie des forces militaires des souverains ; et les rigueurs de toute espèce, les vexations, les charges que ce fléau entraîne après lui exalteront le mécontentement des peuples, ce dont les Illuminés ne manqueront pas de profiter. Si l’on veut se convaincre de la puissance de ces sortes d’associations, qu’on lise le rapport fait dans la chambre des communes du parlement d’Irlande sur l’insurrection des Irlandais-Nus ; on verra qu’il existait dans cette contré un véritable gouvernement secret, qui faisait lever à volonté les habitants de l’île ; imposait des contributions, traitait avec les puissances étrangères ; en un mot, rivalisait de pouvoir avec le gouvernement apparent. »

    Le Moniteur universel rapporte que l’on a inséré il y a quelque temps, dans une feuille anglaise, The Kentish gazette, un morceau sur les Illuminés : le journaliste dit l’avoir en sa possession depuis plus de deux ans, et qu’il a été envoyé en Angleterre par un illustre personnage qu’il ne nomme pas, mais qu’il prétend être devenu un objet de persécution et de proscription. Et Le Moniteur de livrer ensuite la traduction littérale de cette étrange pièce :

    « Dans le printemps de l’année 1776, il se forma à Ingolstadt, ville de Bavière célèbre par son université, une société qui dans ses commencements n’était composée que de quelques professeurs de collège et d’étudiants, et semblait être une imitation de l’ordre des francs-maçons, dont il y a plusieurs associations dans d’autres académies d’Allemagne. Le fondateur de la société ci-dessus mentionnée, était un nommé Adam Weishaupt, professeur à Ingolstadt, et ses membres furent appelés Illuminés.

    « L’objet de cette institution était le renversement de la religion chrétienne et des gouvernements existants, ainsi qu’il paraît par une lettre du professeur Weishaupt, écrite en 1778 à M. Zvvalh, conseiller aulique, un de ses premiers disciples, dans laquelle il s’exprime ainsi : Vous verrez renaître et s’établir par degrés un nouveau système de morale, d’éducation et de religion ; et si nous continuons comme nous avons commencé, notre pays sera bientôt à nous : le but de notre ordre est la liberté.

    Adam Weishaupt (1748-1830). Gravure de 1799 de C. K. Mansinger
    Adam Weishaupt (1748-1830). Gravure de 1799 de C. K. Mansinger

     

    « Trois ans s’étaient écoulés avant que l’ordre des Illuminés eût conçu l’idée de s’unir à celui des francs-maçons, ou que celui-ci eût la moindre connaissance d’une semblable intention ; mais dans le mois de novembre 1778 , le conseiller Zwahl rencontra l’abbé Marotti à Augsbourg, et se fit expliquer tout les secrets de la maçonnerie, jusqu’à ceux qu’on n’apprend que dans les grades écossais. Il informa le professeur Weishaupt d’une si importante acquisition, et lui fit sentir la nécessité de joindre leurs efforts pour réunir les deux ordres de manière que les premiers grades de la maçonnerie devinssent comme une école préparatoire, un séminaire de l’ordre des Illuminés ; mais l’exécution de ce plan fut différé par une suite de l’ignorance où ils étaient des véritables règlements ou de l’institution de l’ordre des francs-maçons.

    « Enfin ils trouvèrent un homme très propre à servir leur projet. Cet homme était le baron de Knigge, membre mécontent de l’ordre des Templiers (lequel ordre est supposé avoir donné la première idée de celui des Illuminés). Le baron de Knigge, dégoûté des mystères de la maçonnerie, parce qu’ils ne lui avaient pas procuré des lumières et des connaissances utiles pour ses recherches et ses expériences en alchimie, et n’avaient pas répondu à son attente, était très disposé à embrasser tous les nouveaux plans qu’on pourrait lui proposer ; il était aussi très nécessaire aux Illuminés de se servir de ses connaissances en maçonnerie, dont l’ignorance et l’inexpérience de Weishaupt n’avait pu leur donner une véritable idée.

    « Les opinions du baron en religion et en morale étaient déjà connues : à une grande énergie et à beaucoup d’activité, il joignait de l’éloquence, de la force dans l’expression et le talent de persuader. Il alla en Bavière en 1781 ; et après avoir bien médité le plan de la réunion de l’ordre des Illuminés avec celui des francs-maçons dans le quel il s’était fait remarquer par son zèle, il sentit mieux que tout autre la grande importance d’une fusion avec un ordre aussi généralement connu, établi, privilégié et composé du personnel du plus haut rang, comme était celui des francs-maçons.

    « Pendant que Knigge était occupé et entièrement absorbé par les soins qu’entraînait l’illustration qu’il voulait donner au nouvel ordre, il éclata contre lui en Bavière, en 1784 . une violente persécution. Sur la découverte qu’on avait fait des abominables principes de plusieurs membres, tels que Zwach, les comtes Constant, Savioli, etc. ils furent démis de leurs emplois, et d’autres se virent obligés de chercher leur sûreté dans la fuite. Weishaupt lui-même quitta Ingolstadt, et après avoir parcouru une grande partie de l’Allemagne, il se fixa à Gothq. C’est dans ce lieu où, au milieu du XVIe siècle, avait déjà paru un certain Grumbach qui avait cherché les moyens de renverser la constitution de l’Empire Germanique, que Weishaupt trouva un asile ; il y obtint le respectable titre de conseiller aulique et une bonne pension, et y jouit en outre de la faveur du prince.

    Adolph Freiherr von Knigge (1752-1796) en 1796. Gravure de Wilhelm Arndt (1750-1813)
    Adolph Freiherr von Knigge (1752-1796) en 1796. Gravure de Wilhelm Arndt (1750-1813)

     

    « En 1788, Bode et un autre membre nouvellement initié entreprirent de faire un voyage apostolique à Paris ; et dans la société ou loge du Contrat-Social, fondée par l’incrédule de Leutre et par le grand-maître de toutes les loges de France, le duc d’Orléans, ils prêchèrent l’évangile des Illuminés, dont l’objet était la destruction de la religion chrétienne et de tous les rangs existants dans la société. Il n’y a aucun doute que cette doctrine n’ait fait la plus grande impression sur les membres de la loge sus-mentionnée, enthousiastes de la liberté, comme Lafayette, d’Esprémenil, Condorcet, Mirabeau, Fauchet, etc. ; car ils formèrent immédiatement dans cette loge un comité politique, lequel en engendra d’autres dans les loges de Paris, et celles des villes de province.

    « La semence de cette doctrine ne pouvait manquer de prendre racine et de fleurir au point où nous l’avons vue en 1789 chez un peuple porté à se croire opprimé, et d’ailleurs assez corrompu pour adopter avec facilité les principes de l’irréligion, et la fausse politique des philosophes. L’effet de ces principes, si semblables à ceux des Illuminés, a été la destruction de toute religion, et de tous les rangs en France ; en un mot, le renversement du trône et de l’autel qui a suivi immédiatement.

    « Au moyen de cette association et de cette intimité fraternelle, il était naturel d’attendre que les jacobins de France trouveraient de nombreux adhérents parmi leurs frères d’Allemagne, et malheureusement ils étaient trop fondés à le croire. Bohmen, Forster, Wadekind, Dorsch, Blau, Matternich, Hoffmann, Stam et un grand nombre d’autre clubistes de Mayence, et membres e cette convention nationale qui a été formée dans cette ville, étaient tous de la loge des Illuminés, ainsi que tous les chefs des clubs établis à Spire, Worms, etc.

    « C’était sur l’appui et la coopération de ces frères d’Allemagne, que ceux de France comptaient surtout. Lametherie a observé judicieusement que l’Allemagne renferme dans son sein une secte connue seulement jusqu’à ce jour sous le nom d’Illuminés, et qu’il y a parmi ses membres ou adhérents des personnes de !a première distinction et même des princes.

    Insigne de la société secrète des Illuminés de Bavière, à l'effigie de la chouette de Minerve
    Insigne de la société secrète des Illuminés de Bavière,
    à l’effigie de la chouette de Minerve

     

    « Les Français ne furent point trompés dans l’attente où ils étaient des secours de leurs frères d’Allemagne, pour élever avec plus d’efficacité le temple de l’irréligion et l’anarchie sur les ruines de l’autel et du trône. Pour parvenir à cette fin, l’on employa, ainsi qu’il a été avancé par Dumourier, trente millions de livres, qui furent répandus dans les clubs étrangers, et qui, distribués par les comités secrets, suffirent pour se faire des créatures de ceux qui n’auraient pu être entraînés par le fanatisme. Ils suffirent encore à nourrir les auteurs affamés dont on se servit, et à indemniser les libraires des pertes qu’ils éprouvèrent par suite de la suppression de ces productions séditieuses et des procédures commencées contre eux.

    « D’après cela il est impossible de nier que la vigilance et l’attention des gouvernements et des magistrats ne soient indispensablement nécessaires pour surveiller les mouvements de ces associations clandestines. L’indolence et l’indifférence qu’on a montrées si longtemps, ont été appelées par les Illuminés, modération, clémence, tolérance dignes de princes grands et éclairés ; mais ils voulaient amuser ceux qui étaient assez faibles pour craindre les reproches d’intolérance et de tyrannie. Combien, hélas ! ont été abusés par ce sophisme.

    « Maintenant, Dieu en soit loué, les princes commencent à prévoir le danger qui les menace, et à prendre des mesures pour s’en défendre : jusqu’à présent, celles-ci ont été trop faibles. On a proposé, il n’y a pas longtemps, à la diète de Ratisbonne d’abolir toutes les sociétés secrètes ; mais la pluralité des suffrages a restreint la suppression de l’Ordre des étudiants ; ce qui est une nouvelle victoire pour celui des Illuminés qui se trouve, par ce moyen, tacitement toléré. Qui ne voit pas dans cela même une profonde et toute puissante influence ?

    « Il n’y a que des mesures vigoureuses qui puissent éloigner le danger ; des mesures lentes et insuffisantes indiquent de la faiblesse et encouragent l’ennemi : et jusqu’à ce que ces traîtres envers la religion et l’ordre social, qui se trouvent établis en Europe depuis plusieurs siècles, aient été atteints dans leurs profonds retranchements, et qu’ils en aient été arrachés, nous devons craindre constamment pour notre religion, notre liberté, notre propriété, notre vie, et nous regarder comme dignes du mépris et de la haine de la postérité la plus reculée. »

    Cérémonie d'initiation d'un nouveau membre au sein des Illuminés de Bavière. Gravure de 1879
    Cérémonie d’initiation d’un nouveau membre au sein des Illuminés de Bavière. Gravure de 1879

     

    L’auteur de l’article ajoute la note suivante : « Les principes de cette société ont été recueillis dans la conversation de plusieurs de ses chefs ; ils sont en substance, que l’ordre actuel de la société a été fondé et soutenu par l’erreur et l’imposture ; que nommément la religion chrétienne est un système dont toutes les ressources se trouvent maintenant épuisées, et que le genre humain est parvenu à un degré de lumières qui ne permet pas qu’il soit dupe plus longtemps de cette religion. Les fondements de l’édifice sont ruinés ; ainsi tout ce qui est élevé dessus doit naturellement tomber bientôt en poudre, et une révolution aura lieu. Le genre humain reviendra au premier état de nature, état de barbarie ; puis, il passera ensuite à celui de l’adolescence, de la maturité, et enfin à la vieillesse, époque à laquelle nous sommes parvenus. Enfin ceux-là seront les plus heureux qui, convaincus les premiers de ces principes, voudront se précautionner contre le naufrage général.

     

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  • Consulat

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    Points de repère de l’Histoire de France : Consulat. Précis chronologique abrégé consignant les événements marquants et faits historiques notoires sous le Consulat. Toutes les dates principales nécessaires à une bonne compréhension de l’Histoire.

    1799
    Le Consulat provisoire prend en main le gouvernement (11 novembre). — Adoucissement par divers actes du pouvoir de plusieurs des mesures révolutionnaires. — Constitution de l’an VIII (24 décembre). — Le gouvernement et les conseils sont organisés comme suit : un Premier Consul assisté de deux consuls avec voix consultative (l’initiative des lois réservée au gouvernement), un Sénat de soixante membres, un Tribunat de cent membres, un Corps législatif de trois cents membres. La Constitution de l’an VIII est acceptée par 3 011 007 suffrages.

    1800
    Traité d’El-Arisch entre Kléber, le général anglais Sidney-Schmit et la Turquie (24 janvier). — Traité entre Bonaparte et les derniers chefs vendéens, à Luçon (17 janvier), suivi de la soumission des dernières bandes d’insurgés bretons. — Établissement de la Banque de France (11 février). — Loi sur la division du territoire français en départements et arrondissements communaux (17 février). — Le gouvernement anglais désavoue le traité d’El-Arisch ; reprise des hostilités en Égypte ; victoire de Kléber à Héliopolis (20 mars), Kléber reconquiert l’Égypte révoltée ; il meurt assassiné au Caire (14 juin). Le général Menou lui succède. — Bonaparte reprend les hostilités contre la coalition : victoires de Moreau à Engen, Moskirch et Biberach (3 au 9 mai). — Passage des Alpes par l’armée française (18-20 mai). — Occupation d’Augsbourg (29 mai). — Premiers essais de vaccination en France (Ier juin). — Occupation de Milan ; nouvelle proclamation de la République cisalpine (2 et 4 juin). 
    — Occupation de Gênes (5 juin). — Victoire de Marengo (14 juin), Desaix y est tué. — Convention d’Alexandrie (Italie) portant reddition au général Suchet de toutes les places fortes du Piémont et de la Lombardie (18 juin). — Victoire des Français à Hochstedt (19 juin). — Nouveau traité contre la France entre l’Autriche et l’Angleterre, à Vienne (20 juin).

    — Par suite des succès de Moreau en Bavière, armistice de Parsdorf (15 juillet). — Signature de préliminaires de paix avec l’Autriche (28 juillet), l’Autriche cède à la France Ulm, Ingolstadt et Philippsbourg. — Capitulation de Malte aux mains des Anglais (25 septembre). — Insurrection contre les Français en Toscane : ils prennent possession de Florence et de quelques autres villes (15 octobre). — Les négociations pour la paix étant entravées par l’Autriche, l’offensive est reprise sur tous les fronts. Victoire des Français à Hohenlinden (3 décembre). — Occupation de Salzbourg, de Lintz et de Steyer (18 décembre). — Invasion du Tyrol italien. — Passage par Brune du Mincio et de l’Adige. — Nouvel armistice avec l’Autriche, en vue de la conclusion de la paix, à Steyer. Bonaparte ne reconnaissant pas l’abandon de Malte aux Anglais, la cède au czar Paul Ier, à qui les Anglais refusent de la livrer. Paul Ier se détache de la coalition et s’allie avec la Prusse, le Danemark et la Suède contre l’Angleterre (16 déc.). — Au cours de cette année, il a été fait entre la France et les Etats-Unis un traité d’amitié et de commerce (30 sept.). — Mesures pour rétablir la situation financière de la France. — Complots contre le premier consul : explosion d’une e machine infernale » lancée contre sa voiture (24 décembre). — Négociation pour la paix, à Lunéville.

    1801
    Sénatus-consulte ordonnant la déportation de cent trente personnes à propos de l’explosion de la e machine infernale » (4 janvier). Plusieurs sont exécutées (9 janvier). — Occupation de Vicence et de Vérone par les Français (3 et 8 janvier). — Armistice entre l’Autriche et l’armée d’Italie (16 janvier). — Signature du traité de paix de Lunéville entre la France et l’Autriche (9 février). — Entrée en guerre de l’Espagne, à l’instigation de la France, contre le Portugal soutenu par l’Angleterre (22 février). — Traité de Florence entre Murat et la Cour de Naples (18 mars). — Traité entre la France et l’Espagne, relatif aux États italiens qui s’ajouteront à l’État de Parme sur lequel règne le fils du roi d’Espagne (21 mars). — Perte de l’Égypte par les Français par suite des défaites infligées à Menou par lord Abercromby (8 mars au 9 avril, 27 juin). — Évacuation de l’Égypte (2 septembre). — Combat naval d’Algésiras : victoire sur la flotte an-glaise (5 juillet). — Paix de Badajoz entre l’Espagne et le Portugal (29 septembre). — Restauration du culte catholique en France : il redevient public ; signature d’un nouveau concordat avec le Saint-Siège (15 juill.). — Traité de Saint-Ildefonse entre la France et l’Espagne, qui lui cède la Louisiane (1er octobre). — Traité de paix entre la France et la Russie (8 octobre). — Ouverture du Congrès d’Amiens pour la paix avec l’Angleterre (8, 9 octobre). — Traités avec la régence d’Alger (27 décembre).
    Les territoires gagnés par la France par le traité de Lunéville sur la rive gauche du Rhin, forment quatre départements : Roër (Aix-la-Chapelle) ; Rhin-et-Moselle (Coblenz) ; Mont-Tonnerre (Mayence) ; Sarre (Trèves). — Le Concordat fixe, entre autres choses, l’attribution à l’État de la police des cultes, l’attribution aux ecclésiastiques d’un salaire fixe ; la consécration par le Saint-Siège de la vente des biens nationaux ; le droit de nomination des archevêques et évêques réservé à l’État, le Saint-Siège ne gardant à leur égard que le droit d’investiture canonique. — Grandes fêtes officielles en France à l’occasion de la paix générale. — Départ de l’expédition de Saint-Domingue (14 décembre).

    1802
    Le frère du premier consul, Louis Bonaparte, épouse Hortense de Beauharnais (9 janvier). — Paix d’Amiens entre la France et l’Angleterre (25 mars). — Inauguration solennelle du Concordat à Notre-Dame (18 avril). — Loi instituant la Légion d’honneur (19 mai). — Déclaration d’amnistie pour tous les émigrés qui rentreront en France dans les délais indiqués (26 avril). — Le Sénat proclame Bonaparte premier consul à vie (2 août). — Remplacement du ministère de la police par une Direction générale dépendant du ministère de la justice. — Réunion du Piémont à la France : il formera cinq départements (11 septembre). — Le duc de Parme étant mort, ses États font retour à la France comme le porte le traité conclu avec l’Espagne le 21 mars 1801, et en conséquence sont occupés par des troupes françaises (9 octobre). — Le général Leclerc, qui commandait l’expédition de Saint-Domingue, laquelle avait débuté par des succès, meurt à son retour en France ; il a laissé les troupes en proie à la fièvre jaune ; les noirs se révoltent dans toute l’île.
    Cette année 1802 a vu commencer de grands travaux publics : canal de l’Ourcq, canal de Saint-Quentin, canal de Nantes à Brest ; digue de Cherbourg ; routes du Simplon et du mont Genèvre. — Réforme des grands corps de l’État et des corps élus ; organisation de l’enseignement secondaire et de l’Institut.

    1803
    Actes hostiles de l’Angleterre contraires aux stipulations du traité de paix d’Amiens : elle refuse d’évacuer Malte (mars) et plus tard, elle fera saisir des colonies des Hollandais nos alliés. — Projets et préparatifs de descente en Angleterre. — Essai de navigation sur la Seine du bateau à vapeur construit par Fulton, citoyen américain (9 août), création de l’École militaire de Fontainebleau. — A Saint-Domingue (Haïti), les noirs massacrent les colons de race blanche et les mulâtres, et une partie du corps expéditionnaire français. Évacuation de l’ancienne colonie (novembre).

    1804
    Conspiration dirigée contre le premier consul par Georges Cadoudal (ancien chef chouan) et les deux généraux français Pichegru et Moreau ; ils sont arrêtés (le 15 février). — Enlèvement, dans le duché de Bade, du duc d’Enghien, fils du prince de Condé, son transfert à Vincennes, son jugement, son exécution (15-20 mars). — Pichegru s’étrangle dans sa prison (5 avril). — Protestations du czar et du roi de Suède (beaux-frères du grand-duc de Bade) contre la violation du territoire du duché par les Français qui ont enlevé le duc d’Enghien : ils en appellent à la Diète Germanique (7 mai). — Adoption par le Corps législatif du Code civil (mai). — Le Tribunat, le Corps législatif et le Sénat votent l’empire héréditaire.

    Napoléon Ier est proclamé empereur, à Saint-Cloud (le 18 mai). Il est le second fils de Charles Bonaparte, gentilhomme corse, et de Laetitia Ramolino, et né à Ajaccio en 1769. Il a épousé en 1796 Joséphine Tascher de la Pagerie, née à la Martinique en 1763 et veuve du vicomte de Beauharnais, mort sur l’échafaud en 1794.

     

     

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  • Directoire

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    Points de repère de l’Histoire de France : Directoire. Précis chronologique abrégé consignant les événements marquants et faits historiques notoires sous le Directoire. Toutes les dates principales nécessaires à une bonne compréhension de l’Histoire.

    1795
    Formation du Directoire exécutif (1er novembre), son installation au Luxembourg (4 novembre). Les nouveaux pouvoirs se partagent comme suit : le Conseil des Anciens, le Conseil des Cinq-cents et le Directoire exécutif ; les premiers Directeurs sont : Rewbell, Barras, La Réveillère-Lépeaux, Letourneur et Carnot. — Évacuation de l’île d’Yeu par les Anglais (17 novembre). — Les Français (Schérer) battent les Autrichiens à Loano, d’où suspension d’armes (23 novembre). — Prise de Creuznach (1er décembre). — L’Autrichien Wurmser reprend Manheim (21 décembre). — En cette année (28 décembre), Madame, fille de Louis XVI, est échangée contre les représentants français que Dumouriez avait livrés à l’ennemi le ler avril 1793. — Carnot a organisé trois armées : celles de Rhin-et-Moselle (Moreau), Sambre-et-Meuse (Jourdan, puis Hoche), Italie (Bonaparte). Elles devront se réunir sous les murs de Vienne et porter ensemble un coup décisif à la monarchie autrichienne.

    1796
    Création du ministère de la police (let janvier). — Bonaparte est nommé commandant en chef de l’armée d’Italie (23 février). — Fin de la guerre de Vendée, les chefs vendéens Stofflet et Charette sont fusillés (février et 29 mars), au général Hoche est due l’heureuse terminaison de la guerre. — Insurrection dans le Berry (2 au 9 avril). — Début des opérations de Bonaparte en Italie : batailles de Montenotte (11-12 avril), de Millesimo et de Diégo (14-15 avril), de Mondovi (22 avril). — Combat du Pont de Lodi (10 mai). — Traité de Paris entre la République française et le roi de Sardaigne (15 mai). — Bataille d’Albenkirchen (4 juin). — Passage du Rhin par les Français à Kehl (24 juin). — Prise du château de Milan (29 juin). — Bataille de Rastadt (5 juillet). — Occupation de Stuttgart (25 juillet) et de Bamberg (4 août). — Traité de Berlin, entre la République française et le roi de Prusse (5 août). — Victoire de Castiglione (5 août) et occupation de Vérone (8 août). — Bataille de Neresheim (11 août). — Mesures de pacification en Vendée (août). — Occupation, après combat, d’Amberg (17 août). — Traité de Saint-Ildefonse : alliance offensive et défensive entre la France et l’Espagne (18 août). — Combat de Neumarck (23 août). — Bataille de Wurtzbourg (3 septembre). — Combats de Roveredo ; occupation de Trente ; combat de Bassano (3, 4, 5, 8 sept.). — Bataille de Biberach (2 octobre).

    — Le roi d’Espagne déclare la guerre à l’Angleterre (8 octobre). — Traité de paix, à Paris, entre la République et Ferdinand IV, roi des Deux-Siciles (10 octobre). — Les Anglais sont chassés de la Corse, qui rentre sous la domination française (22 octobre). — Bataille d’Arcole (15-17 novembre). — Formation et départ d’un corps expéditionnaire pour aider l’Irlande à chasser les Anglais (décembre).

    1797
    Kehl se rend à l’archiduc Charles (9 janvier). — Bataille de Rivoli (victoire des Français) (14-18 janvier). — Occupation de Trente (29 janvier). — Prise de Mantoue (2 février). — Reddition de la tête de pont d’Huningue (5 février). — Prise d’Ancône par les Français (9 février). — Traité de paix à Tolentino entre la République française et le pape Pie VI (19 février). — Passage du Tagliamento (16 mars). — Prise de Gradisca (19 mars) et de Botzen (22 mars). — Combat de Tarvis (24 mars). — Prise de Trieste (24 mars), de Klagenfurth (29 mars), de Laybach (let avril). — Signature, à Léoben, des préliminaires de paix entre la France et l’Autriche (15 avril). — L’armée de Sambre-et-Meuse passe le Rhin à Neuwied (18 avril). — Passage du Rhin par l’armée de Rhin-et-Moselle, qui prend Kehl et Offenbourg. — Armistice sur le Rhin (20, 21, 23 avril). — Éntrée d’Augereau à Venise (16 mai). — Prise de Corfou (28 juin). — Proclamation de la République cisalpine (9 juillet). — Coup d’État du Directoire contre les membres opposants du Conseil des Cinq-Cents et des Anciens (4 septembre : 18 fructidor). — Loi excluant les ex-nobles des fonctions publiques et les privant de leurs droits politiques (15 septembre). — Mort de Hoche à Wetzlar (18 septembre). — Traité de paix de Campo-Formio, suite des préliminaires de Léoben, entre la France et l’Autriche ; fin de la guerre d’Italie (17 octobre). — Ouverture du Congrès de Rastadt (9 décembre). — Présentation solennelle au Directoire du général Bonaparte qui lui remet le traité de Campo-Formio (10 décembre).

    1798
    Invasion de la Suisse. — Réunion de Mulhouse au territoire français (28 janvier). — Prise de Fribourg ; occupation de Soleure et Morat ; prise de Berne (2 et 5 mars). — Traité réunissant Genève à la France (26 mars). — De la première coalition contre la France, l’Angleterre est restée seule ; mais elle n’a pas désarmé. Bonaparte fait approuver par le Directoire son projet d’aller l’attaquer dans ses possessions de l’Inde : la première partie de ce projet comporte l’expédition d’Égypte. — Départ de l’expédition d’Égypte (19 mai). — Prise de Malte (10-13 juin). — Prise d’Alexandrie (Ier-3 juillet). — Bataille des Pyramides (21 juillet). — Bataille navale d’Aboukir, désastreuse pour la flotte française (Ier août). — Loi établissant la conscription militaire en France (5 septembre). — Déclaration de guerre de la Turquie à la France (12 septembre). — Bataille de Sédyman (7 octobre). — Combat de Civita-Castellana (5 décembre). — Déclaration de guerre de la France aux rois de Naples et de Sardaigne (8 décembre). — Occupation de Turin (8 et 10 décembre). — Occupation de Rome par Champion-net (15 décembre). — L’Angleterre s’allie avec la Russie contre la France (18 décembre). La Russie prend également pour alliée la Turquie (23 déc.). — Au cours de cette année, les derniers Français (blancs) ont été chassés par les noirs du territoire de la République d’Haïti (ancienne colonie de Saint-Domingue).

    1799
    Championnet occupe Naples et proclame la République Parthénopéenne (23 janvier). — Prise de Corfou et des autres îles Ioniennes aux Français par les flottes russe et turque. — Démission du général Joubert ; destitution du général Championnet, accusé de concussion (mars). — Remaniement dans le commandement des armées ; Schérer, armée d’Italie ; Macdonald, armée de Naples ; Masséna, armée d’Helvétie ; Jourdan, armée du Danube ; Bernadotte, armée du Rhin ; Brune, armée de Hollande (mars). — L’archiduc Charles passe le Lech (mars). — Déclaration de guerre du Directoire à l’Autriche (12 mars). — Une deuxième coalition se déclare contre la France : elle englobe l’Autriche, l’Angleterre, une partie de l’empire germanique, le royaume de Naples (réduit à la Sicile), le Portugal, la Turquie, les États barbaresques et la
    Russie (mars). — Jourdan battu à Stockach (22 mars). — Défaites des Français par les Autrichiens sur l’Adige (30 mats) et à Magnano (5 avril). — Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt (28 avril).

    Souwaroff prend le commandement des Russes et des Autrichiens en Italie ; Moreau celui de l’armée française (27 avril). — Remaniement dans le Directoire et dans les ministères (juin et juillet). — Levée en masse (12 juillet). — Combats de la Trébie (17-19 juin) qui achèvent la ruine de la domination française sur l’Italie et la Lombardie. Perte par les Français de la bataille de Novi, où Joubert est tué (15 août). — Les Anglais débarquent au Helder (27 août). — Victoire de Brune sur les Anglais et Russes en Hollande
    (19 sept.), capitulation des mêmes à Alkmaer (6 octobre). — En Syrie et Égypte : prise par Bonaparte d’Él Arisch, de Jaffa et de Gaza. — Siège de Saint-Jean-d’Acre. — Victoire de Bonaparte au Mont Thabor (février au 18 avril). — La peste sévit dans l’armée française ; Bonaparte ramène ses troupes en Egypte (20 mai). — Destruction d’une armée turque à Aboukir (24 juillet). — Bonaparte remet le commandement de l’armée à Kléber et s’embarque en secret pour la France (22 août). II débarque à Fréjus (8 octobre). — Coup d’État du 18 brumaire : un décret préparé par les partisans de Bonaparte lui confère le commande-ment général et ordonne la translation du Directoire et des Conseils à Saint-Coud (9 nov.). — Le Conseil des Cinq-cents est chassé par la force armée de la salle de ses séances (9 novembre, dix-huit brumaire) ; Bonaparte, Roger Ducos et Sieyès sont proclamés consuls provisoires (10 novembre) par le Conseil des Anciens.

     

     

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