• L’Histoire en images
    à la basilique Saint-Denis

    *****

     

    Nichée à côté de la mairie de Saint-Denis, invisible quand on sort du parking souterrain le plus proche, la basilique Saint-Denis mérite mieux que ses 170 000 visiteurs annuels.

    Ce joyau de l’art gothique, cercueil des rois de France depuis le Xe siècle, livre l’Histoire de France en images.

    Pas dans des livres ou sur écrans, mais au travers de gisants sculptés dans la pierre.

    Au total, 43 rois, 32 reines et une soixantaine de princes et princesses ont été enterrés ici.

    Les 70 gisants reposent à la vue des visiteurs, comme autant de témoins historiques.

    « Les rois, qu’ils soient capétiens, carolingiens ou mérovingiens, ont voulu créer ce lieu pour se légitimer, être protégés dans leurs batailles et dans l’au-delà », explique Serge Santos, administrateur de la basilique.

    On voit ici Berthe au grand pied, surnommée ainsi pour son pied de bot.

    Arégonde, la belle-fille de Clovis, découverte entourée de bijoux au détour de fouilles archéologiques en... 1959.

    Charles Martel, réputé pour son ardeur au combat, sorte de Premier ministre des rois mérovingiens, est inhumé face au roi Dagobert.

    Son fils Pépin le Bref sera le premier roi franc sacré à Saint-Denis.

    On découvre aussi le gisant de Charles V, avec ses rides sculptées sur le visage, ses veines sur la main. Les femmes reposent avec un chien à leur pied, qui les guidera au royaume des morts.

    Les hommes ont droit au lion, symbole de force et de résurrection.

    Hebergeur d'image

    Dans la crypte, une alcôve abrite les cœurs des Louis XIII, XIV et XVIII, conservés séchés dans des bocaux.

    Au fond d’un couloir en souterrain, la crypte archéologique rassemble des dizaines de sarcophages des IVe et Ve siècles.

    La ville et la basilique doivent leur nom à Denis, considéré comme le premier évêque de Paris au IIIe siècle.

    Il a eu la tête tranchée par l’épée des Romains opposés au christianisme.

    Denis est mort sans renier sa foi. La cathédrale, bâtie en 1231, en moins de 50 ans — un exploit technique ! —, sera le berceau de l’art gothique en Ile-de-France.

    Les corps baignent dans la lumière des vitraux. Les colonnes s’étirent sur 108 m de long, les croisées d’ogives s’élancent jusqu’à 30 m.

    La tombe la plus majestueuse est celle d’Henri II et Catherine de Médicis, la préférée de Serge Santos qui loue la diversité des couleurs de marbre, gris, rouge, blanc, le « travail de sculpture, gracieux, ample et maniériste, influencé par la culture italienne ».

    Les corps gisent, nus, côte à côte, et au dessus, le couple apparaît à genoux.

    Hebergeur d'image

    Les rois reposent en paix jusqu’en 1793. Les Révolutionnaires décident alors de les retirer de la basilique.

    Ils récupèrent les plombs des cercueils pour les transformer en armes.

    Tous les corps sont jetés dans une fosse commune et recouverts de chaux, dans le jardin de la cathédrale.

    Sauf les gisants du Moyen Âge, préservés à 80 %.

    Ils sont transférés au Musée des monuments français, face au Louvre. En 1815, Louis XVIII fait fermer le musée, rapatrie les gisants à Saint-Denis et réintègre symboliquement les ossements des rois.

    L’objet de culte devient alors objet patrimonial. Saint-Denis se visitera désormais comme un musée, pour ses trésors.

     

    ​(Source : Le Parisien)

     
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  • On ne les a pas tous eus entre les mains.........!

    Ils racontaient notre histoire !


     Un coup de cœur  pour tous les billets en Francs


    Je voulais m'arrêter vers 1950 mais comme je les trouve beaux, je vous présente tous les billets depuis le début du siècle dernier.

     

     

    1997
     100FR
     Paul Cézanne
    1839-1906Peintre Français

     

     

    1995
     200FR

    Gustave Eiffel
    1832-1923

    Ingénieur industriel

     

     

    1994
     500FR
     Marie Curie
    1867-1934

    Phycisienne et chimiste
       
     Pierre Curie
     1859-1906
    Phycisien et chimiste

     

     

    1992
      50FR
      Antoine de St Exupéry
    1900-1944

     Ecrivain et aviateur

     

     

     

    1981
     200FR
     Charles de Secondat
     "Montesquieu"
    1689-1755

     Ecrivain philosophe

     

     

     

    1980
     50FR
     Quentin de la Tour
    1704-1789

     Peintre

     

     

    1980
     20FR
     Claude Debussy
    1862-1918

     Compositeur

     

     

     

    1972
    10FR
     Hector Berlioz
    1803-1869

     Compositeur

     

     

     

    1968
     500FR
     Blaise Pascal
    1623-1662

     Mathématicien et
     philosophe

     

     

    1966
     5FR
     Louis Pasteur
     1822-1895
     Scientifique en microbiologie

     

     

     

    1964
     100FR
     Pierre Corneille
    1608-1684

     Poête dramaturge

     

     

     

    1963
     10FR
     Voltaire
     1694-1778
     Ecrivain

    philosophe

     

     

    1962
     50FR
     Jean Racine
    1639-1699

     Poête dramaturge

     

     

    Les billets édités  en 1959 avaient la particularité d'afficher  le montant  NF (Nouveau Franc).


    Les billets en Francs que nous avons connu jusqu'au 1er janvier 2002  (Passage à l'euro)  avaient été mis en circulation le 1er janvier 1960.


    Les billets  antérieurs à 1960 ont les a donc  appelé "Anciens francs".


    A l'époque beaucoup de personnes agées ne se sont jamais familiarisées avec les nouveaux francs.
     1000 Fr ( Ancien  franc) étaient devenus 10 Fr (Nouveau franc). 
     

     

     

    1959
     10NF
     Armand Jean du Plessis de Richelieu
    1585-1642

     Ecclésiastique
     et homme d'État

     

     

     

    1959
     500NF
     Jean-Baptiste Poquelin
     "Molière"
     1622-1673
     Comédien dramaturge

     

     

     

    1959
     100NF
     Napoléon Bonaparte
     1769-1821
     Empereur

     

     

     

    1959
     50NF
     Henry de Bourbon
     "Henry IV"
     1553-1610
     Roi de France

     

     

     

    1959
     5NF
     Victor Hugo
    1802-1885

     Ecrivain poête

     

    Avant la mise en service des nouveaux francs le 1er janvier 1960 et afin de familiariser les français avec la future by Giant Savings "monnaie, les billets étaient édités avec les anciens et nouveaux francs.


    C'est le 27 décembre 1958 sous la  présidence de  Charles de Gaulle que fût décidé la création d'une nouvelle monnaie "franc lourd".

     

    C'est le ministre des finances Antoine Pinay et l'économiste Jacques Rueff qui furent chargé d'instaurer les nouveaux francs

     

     

     

    1957
     5000F
     (50NF)
     Henry de Bourbon
     "Henry IV"
    1553-1610

     Roi de France

     

     

     

    1955
     10000FR
     (100NF)
     Napoléon Bonaparte
    1769-1821

     Empereur

     

     

     

    1953
     1000FR
     (10NF)
     Armand Jean du Plessis de Richelieu
    1585-1642

     Ecclésiastique et homme d'État

     
       

     

     

    1949
     5000FR
     Recto
     Couple de divinités
     A gauche Pomone
    A droite Amphitrite

     Verso
     Couple de divinités
     A gauche Mercure
    A droite Minerve

     

     

     

    1946
     50FR
     Recto
     Le Verrier
    1811-1877

     Astronome, Mathématicien
     Verso
     Dieu Neptune
         

     

     

     

    1945
     500FR
     François René de
     "Chateaubriand"
    1768-1848

     Ecrivain
     Homme politique

     

     

     

    1945
     100FR
     Recto
     Jeune paysan
     verso
     Personnages symbolisant la mer

     

     

    1943
     5FR
     Berger et Femme coiffée
     Représentation de la région d'Agen

     

     

    1942
     20FR
     Recto
     Pêcheur sur fond du port de Concarneau
     Verso
    2 bretonnes près du calvaire de Penmark

     

     

    1942
     1000FR
     Recto
     Déesse Déméter
     Verso
     Mercure, à gauche, Dejanire et Atlas à droite, Cerbère, Hercule et Minerve

     

     

    1942
     100FR
     Descartes
     1596-1650
     Mathématicien, philosophe

     

     

    1941
     10FR
     Evocation de la Lorraine avec un mineur et une paysanne

     

     

    1940
     500 FR
     Recto
     Femme symbolisant
     la Paix
    Verso

    Couple symbolisant l'Agriculture et la Jeunesse

     

     

    1940
     1000FR
     Commerce et Industrie
     Recto
     Femme symbolisant l'Agriculture
     Verso
     Travail et commerce avec à gauche un forgeron
     A droite Mercure, Dieu du commerce et des voyageurs

     

     

    1940
     50FR
     Recto
    Jacques Coeur
    Vers 1395 - 1400

    Marchand
     Verso
    Paysage Berrichonne

     

     

    1939
     20FR
     Recto
    Visages representant les allégories du Travail et de la Science

     

     

    1939
     100FR
     Recto
     Une femme et un enfant symbolisant la France
     Verso
     Maximilien de Béthune dit
     "Duc de Sully"
    1559-1661

     Maréchal de France

     

     

    1938
     300FR
     Clément Serveau (Créateur)
     Recto
     La deesse Cérès
     Verso
     Mercure

     

     

     

    1934
     50FR
     Recto
     Déesse Cérès
    Verso

     Dieu Mercure

     

     

    1927
     1000FR
     Recto en médaillon
     Cérès et Mercure et 2 enfants symbolisant l'Agriculture et le commerce
     Verso symbolisant

    la Fortune
     A gauche Ampère et Pasteur à droite
     Au centre un forgeron et un orfèvre représentant l'artisanat

     

     

    1927
     50FR
     Luc olivier Merson (Créateur)
     Mercure (Jeune)

     

     

    1917
     5FR
     Allégorique de la France

     

     

    1916
     10FR
     Minerve

     

     

    1916
     20FR
     Peint par Georges Duval
     Représentation de Bayard au recto

     

     

    1908
     100FR
     Recto
     Femmes symbolisant l'agriculture et le commerce
     Verso
     Personnages symbolisant le travail et la fortune

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • L'anneau de Jeanne d'Arc


    Cet anneau de Jeanne d’Arc qui rembourse
    la France pour la Guerre de Cent ans


    Une relique historique d’exception, l’anneau
    de Sainte Jeanne d’Arc, est revenue en France
    après avoir été présenté à l’enchère à Londres.

    Depuis la Guerre de Cent ans, combien de
    siècles s’étaient écoulés depuis ce conflit
    franco-britannique?

    Aujourd’hui, l’histoire devient l’actualité
    avec ce retour heureux.

    L'anneau doré a été acheté pour 376.000 euros
    qui ont été collectés parmi l'ensemble des
    Français fiers de leur histoire et de leur
    culture, raconte Nicolas de Villiers,
    directeur du parc historique Puy du Fou,
    lieu où la relique a finalement trouvé
    refuge, dans un entretien accordé à Sputnik.

    "Ils ont réagi en un seul élan avec leur cœur
    de Français, avec leur cœur d'amoureux non
    seulement de la France, mais de l'histoire
    de France et qui se sont dit: on ne peut pas
    laisser passer cette opportunité, et qui nous
    ont suivi", explique le directeur du parc qui
    était l'un des initiateurs de l'achat de
    l'anneau et de son retour définitif en France.

    Selon M.de Villiers, les donateurs qui ont
    contribué à la collecte d'argent pour effectuer
    cet achat historique représentaient des couches
    sociales tout à fait différentes, et les sommes
    collectées étaient également très différentes.

    Une chose réunissait tous les participants:
    ils étaient absolument attachés à leur pays.

    "C'est vraiment toute la France qui était
    représentée parmi les donateurs", souligne
    l'interlocuteur de Sputnik.

    A noter également que l'anneau est une relique
    qui a réellement appartenu à Jeanne d'Arc,
    personnalité historique qui a survécu au temps
    dans l'âme de la France.

    "C'est assez simple: quand nous avons acquis
    l'anneau, nous avons eu accès à un certain
    nombre de documents qui nous ont permis de
    nous présenter à l'enchère et qui nous ont
    certifiés que l'anneau était bien authentique",
    raconte M.de Villiers.

    Après l'achat effectué, Londres s'est prononcé
    pour le retour de l'anneau sur le sol britannique
    en faisant référence à des particularités de la
    législation. Cependant, une telle approche ne
    semble pas provoquer l'inquiétude des Français
    et des responsables du Puy du Fou hébergeant
    désormais la relique.

    "Lorsqu'ils ont vu l'énorme buzz médiatique que
    l'anneau de Jeanne d'Arc revenant en France a
    provoqué, ils se sont ravisés, semble-t-il, et
    ils ont sans doute été pris de regret, de remords
    en se disant +il faut absolument qu'on trouve
    le moyen de le rapatrier+ ce qu'ils appellent +
    un objet de forte valeur symbolique nationale+.

    (…) Mais je vous rassure, l'anneau restera en
    France, nous en avons bien la ferme intention",
    déclare l'interlocuteur de Sputnik.

    "Nous avons eu des réactions de toute la France
    fantastiques, d'un enthousiasme extraordinaire
    parce que Jeanne d'Arc est une femme d'une
    grande modernité en ce qu'elle dépasse toutes
    les époques, tous les clivages. Elle a surpassé
    tous les régimes politiques qui ont marqué
    l'histoire de France jusqu'à nos jours", conclut
    M.de Villiers.
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  • Homme au masque de fer .

                                Homme au masque de fer
     
    L'Homme au masque de fer, gravure anonyme, 1789.

    L'homme au masque de fer est un mystérieux prisonnier
    anonyme emprisonné, en France, entre 1669 et 1703, année à
    laquelle il meurt. Ses conditions de détention très particulières
    (il était forcé de porter un masque ressemblant à un heaume,
    le fameux masque de fer)
     
    L'obstination avec laquelle le Roi de France Louis XIV et
    ses geôliers voulaient le maintenir dans un isolement total,
    la longueur peu commune de son emprisonnement
    (trente-quatre ans) et surtout le doute qui plane autour de
    son identité (il était connu sous le nom d'Eustache Danger)
    et de son motif d'arrestation en font l'un des
    plus grands mystères de l'Histoire de France.

    Popularisé par des écrivains comme Voltaire et
    Alexandre Dumas, il fut aussi un symbole sous la
    Révolution française, considéré comme un martyr de
    l'Ancien Régime.

    Selon certaines versions, Danger s'appellerait en réalité
    Dauger. Pour des raisons de commodité, c'est Danger qui
     a été repris dans cet article.

    Les premières années

    En août 1669, Bénigne de Saint-Mars, gouverneur de la
    citadelle de Pignerol dans les Alpes, reçoit un nouveau prisonnier,
    Eustache Danger, avec pour ordre de le maintenir dans le plus
    total isolement, sans aucune communication avec l'extérieur.
    Le prisonnier a alors pour compagnon de prison l'ex-surintendant
    Nicolas Fouquet, qui vient de perdre les faveurs du roi et d'être
    condamné à l'emprisonnement à vie.

    Il se lie aussi avec le valet de ce dernier, un certain La Rivière.
     

    En prison, Eustache Danger se lie avec le serviteur de Nicolas
    Fouquet, l'ancien surintendant des finances.
    Au bout de quelques années, Saint-Mars assouplit ses conditions
    de détention et autorise Danger à aider la Rivière dans son travail :
    il devient donc serviteur de Fouquet. Mais Fouquet meurt en 1680
    et Danger voit son régime carcéral durci.

    L'homme au masque de fer
    n'avait aucun contact avec l'extérieur.

    Changements de prison

    Ensuite, Saint-Mars devient gouverneur du château d'Exilles,
    dans les Alpes. Il n'amène avec lui que deux prisonniers qu'il
    gardait à Pignerol (« les deux de la tour d'en bas » pour
    reprendre l'expression du ministre Louvois) : Danger et La
    Rivière.

    En 1687, Saint-Mars devient cette fois gouverneur de l'île
    de Sainte-Marguerite : il n'emmène avec lui que Danger,
    La Rivière étant décédé de maladie. Danger a le visage
    dissimulé sous un masque de velours fermé par une
    armature de fer, ce qui évoque un heaume.

    Mort

    Le 19 novembre 1703 est enterré dans la plus grande
    discrétion un dénommé "Marchioly" au cimetière
    Saint-Paul. On sait de lui qu'il était emprisonné à la Bastille.
    Il semblerait que cette personne soit Danger, inhumé sous
    un faux nom afin de ne pasattirer l'attention.

                                                  Pourquoi un masque ?
     
    Pourquoi donc Saint-Mars a-t-il fait
    porter un masque évoquant un heaume
    à Danger ?

    C'est lors du transfert entre la prison d'Exilles et celle de
    Sainte-Marguerite, en 1687, alors que Danger était déjà
    détenu depuis 18 ans, que Saint-Mars fait porter un
    masque évoquant un heaume à son prisonnier, le fameux
    masque de fer.

    C'est cette décision étonnante, ainsi que toutes les
    précautions prises par le gouverneur pour isoler Danger
    du reste du monde, qui a fait la légende du masque de fer.

    Danger n'a pas le droit de révéler son identité (on peut
    alors supposer que Danger est un faux nom) sous peine
    d'être tué sur-le-champ.

    Le fait que l'on ne puisse connaître ni son nom, ni son
    visage, peut laisser croire qu'il s'agissait d'un prisonnier
    important, dont il fallait à tout prix éviter qu'on le
    reconnaisse.

    C'est sur cette idée que de nombreux romanciers sont
    partis pour écrire leur propre version de cette énigme.

    Une autre hypothèse moins romanesque, proposée par
    l'historien Jean-Christian Petitfils, avance que Saint-Mars,
    après avoir perdu son plus fameux
    prisonnier Nicolas Fouquet, aurait tenté de retrouver un
    peu d'importance en entretenant le « mystère » autour
    d'Eustache Danger, en en faisant un énigmatique
    "Homme au masque de fer".

    Si cette hypothèse est véridique, alors Danger n'était
    autre qu'un prisonnier comme les autres et ne possédait
    en réalité pas du tout l'importance qu'on lui a supposée !

    Un lourd secret ?
     
    Le ministre Louvois était terrorisé à l'idée
    que Danger puisse révéler son secret.

    Danger était l'objet d'une grande attention parmi les
    grands du royaume de France : l'insistance de Louvois,
    qui exige de Saint-Mars que toutes les dispositions soient
    prises pour que le mystérieux prisonnier n'ait absolument
    aucun contact avec l'extérieur, laissent en effet croire
    que Danger détient un secret compromettant qu'il ne
    fallait surtout pas qu'il révèle.

    Toutefois, Danger ne vécut pas le début de sa détention
    dans la solitude totale : il avait en effet pour compagnie
    Nicolas Fouquet et La Rivière, aidant le second à servir
    le premier.

    Danger n'a obtenu l'autorisation de faire ce travail, qui
    l'aidait sans doute à combattre l'ennui, que parce les
    trois hommes (Fouquet, Danger et La Rivière) étaient
    tous trois destinés à ne jamais sortir de prison : ainsi, si
    Danger faisait des révélations compromettantes, elles
    ne sortiraient jamais de la prison.

    Malgré cela, Louvois était terrorisé à l'idée que Danger
    puisse malgré tout révéler son secret : il envoya même
     une lettre à Fouquet, lui demandant si Eustache avait
    révélé « ce à quoi il a été employé ».

    C'est donc son secret, peut-être plus que son identité,
    qui rendait ce détenu si dangereux. On peut alors se
    demander pourquoi Danger n'a pas été directement
    exécuté plutôt qu'emprisonné, surtout s'il causait une
    telle frayeur aux grands du royaume.

                                      Quelle était son identité ?

    Parmi les nombreuses hypothèses sur la véritable
    identité d'Eustache Danger, on peut en trouver une
    avançant qu'il serait le frère caché de Louis XIV.

    Un des plus grands mystères concernant le prisonnier
    était son nom (car Eustache Danger était peut-être un
    faux nom). Parmi les nombreuses hypothèses, on peut
    trouver :

    1) Un frère caché de Louis XIV7, aîné ou cadet voire
    même jumeau ou demi-frère selon les versions. Pour
    une raison inconnue, Mazarin et Anne d'Autriche
    l'auraient écarté et élevé dans un lieu secret. Après
     la mort de Mazarin, Louis XIV découvre ce frère et
    décide de le faire emprisonner sous un faux nom pour
    qu'il n'y ait pas de contestation de son titre de roi.
    Cette hypothèse est notamment celle de Voltaire8
    et a été popularisée par
    Alexandre Dumas dans son roman
    Le Vicomte de Bragelonne9.

    2) Nicolas Fouquet10, officiellement mort en 1680 :
    ce serait en réalité Danger qui serait mort à cette date,
    mais le gouverneur aurait fait croire qu'il s'agissait de
    Fouquet. Ce complot aurait été orchestré par Colbert
    et Louvois, craignant une libération, puis un retour en
    grâce de l'ancien surintendant. Il faut préciser que si
    l'Homme au masque de fer était bel et bien Fouquet,
    ce dernier aurait alors vécu 88 ans, ce qui est peu
    probable pour l'époque.

    3) Un messager, qui aurait été chargé de transmettre
    des messages secrets entre les monarques français et
    anglais pour une éventuelle conversion au catholicisme
    de Charles II d'Angleterre. Ces négociations auraient pu
    déboucher sur des relations plus étroites entre ces deux
    nations, habituellement rivales, et auraient été
    forcément négatives pour les Provinces-Unies, il fallait
    donc qu'elles se déroulent dans le plus grand secret.
    Il est donc possible que Danger ait été un de ces messagers
    de confiance, détenant nombre d'informations
    extrêmement importantes, et qu'il fallait donc empêcher
    de parler. Dans ce cas, Eustache Danger était peut-être
    son véritable nom.
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  • Quand domination rime avec concessions. L’évêque de Clermont et l’octroi de franchises (XIIIe-XIVe siècles)

    *********

    When Domination Rhymes with Concession: The Bishop of Clermont and Grants of Franchise
    Thomas Areal

     

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    Résumés

    Durant le bas Moyen Âge, la mise en place de nouveaux pouvoirs et de leur domination passe par divers actes. Parmi eux, l’octroi d’une charte de franchises semble couramment employé. En Auvergne, l’évêque de Clermont accorde ainsi plusieurs chartes aux localités qu’il contrôle, avec des pratiques et des objectifs différents selon le lieu. Leur analyse permet ainsi d’étudier la mise en place d’une domination politique et sociale de la part d’un prélat, qui est aussi un important seigneur foncier.

    *****

    Entrées d’index

    Index géographique :

    Europe, France, Auvergne, Clermont

    Index chronologique :

    Moyen Âge, XIIIe siècle, XIVe siècle
     
     
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    L’étude des rapports de domination est courante lorsqu’on aborde le Moyen Âge. La simple évocation de ce mot fait songer à l’ancienne vision de la pyramide féodale et aux rapports entre grands seigneurs – les suzerains – et leurs vassaux – petits seigneurs ou grands bourgeois. Mais d’autres types de relations amènent également à la mise en place d’une domination : l’octroi de franchises est l’un d’eux. Les franchises sont des « privilèges octroyés par une autorité seigneuriale aux hommes qui lui sont liés, afin de leur garantir des droits de nature et d’ampleur variables1 ». Elles sont une partie de ce que l’on nomme la coutume, un « ensemble de règles juridiques fondé sur l’usage de fait sanctionné par les décisions de justice2 ». Les franchises constituent donc la référence en matière de droit lorsqu’elles sont octroyées et fixent les relations entre celui qui octroie et ceux qui bénéficient de telles franchises. Le roi a été le premier à octroyer des franchises à certaines localités. Afin de ne pas perdre la main sur leurs propres territoires, les princes et autres grands nobles ont accordé à leur tour des franchises. Dans le cas de l’Auvergne médiévale3, de nombreux lieux en ont obtenu au cours du Moyen Âge. Le roi semble avoir été l’un des premiers à affranchir une localité, avec la charte de Nonette, mais les seigneurs l’ont imité dans les siècles qui ont suivi, surtout au XIIIe siècle4. Il faut d’ailleurs rappeler que l’image des libertés arrachées et obtenues par le peuple à force d’affrontements est aujourd’hui dépassée. Trop influencée par les théories romantiques et marxistes, cette approche a laissé la place à une reconnaissance plus libérale de franchises par l’élite seigneuriale, parfois poussée il est vrai par des tensions avec les groupes sociaux concernés.
     

    Il n’est pas ici question de traiter de toutes les franchises auvergnates, chose à laquelle certains chercheurs se sont par ailleurs déjà attachés5. Notre approche est centrée sur celles accordées par le plus grand clerc d’Auvergne au Moyen Âge, l’évêque de Clermont : en effet, en plus d’être en charge du diocèse sur le plan spirituel, l’évêque doit gérer un temporel, au demeurant fort développé6. La plupart de ces biens relèvent par hommage du prélat, qui est le suzerain des seigneurs locaux. Mais dans une zone spécifique située entre les cours d’eau de la Dore et de l’Allier, l’évêque a de nombreux biens qui lui appartiennent en propre. Et c’est dans cet espace précis que nous allons étudier l’octroi de franchises à cinq localités pour lesquelles le texte nous est parvenu : Clermont, Cournon, Mezel, Billom et Lezoux. Il ne faut pas pour autant croire que ce sont les seuls lieux qui ont bénéficié des largesses de leur seigneur. La majorité des localités appartenant à l’évêque dans cet espace entre Dore et Allier s’est vue octroyer des libertés, mais malheureusement les actes ne nous sont pas parvenus.

    Document n° 1 : Les chartes de franchises entre Dore et Allier aux XIIIe-XIVesiècles

     

    Cartographie : Thomas Areal, décembre 2011 (© MEEDAT – BDCarthage 2008). Pointage d’après Roger Sève, « La seigneurie épiscopale de Clermont des origines à 1357 », Revue d’Auvergne, t. 94, 1980 et Marcellin Boudet, Collection inédite de Chartes de franchises de Basse-Auvergne (XIIIe-XVe siècles), Clermont-Ferrand, Imprimerie Générale, 1914

    3L’étude de ces octrois de franchises permet de mesurer la domination politique et sociale de l’évêque, et ainsi de comprendre comment le prélat, autorité religieuse mais aussi seigneur terrien important, parvient à s’imposer progressivement. Elle permet également de voir comment les principaux concernés par les octrois de franchises réagissent et mettent parfois à mal la domination de l’évêque. Mais avant tout cela, une contextualisation sommaire apparaît nécessaire.

    Une mise en place progressive de la domination de l’évêque-seigneur

     

    4Prendre en considération le contexte local ou plus large permet de faire ressortir des moments de crises à l’origine des octrois de franchises. À Clermont, les franchises qui sont accordées à la fin du XIIe siècle par l’évêque Robert ne sont qu’un acte de plus dans un conflit ouvert depuis quelques années déjà. En effet, Robert est issu de la famille des comtes d’Auvergne, et s’oppose à son frère, le comte Guy II. Cette querelle concerne surtout les droits que chacun peut avoir sur des terres appartenant ou relevant de l’autre. C’est le cas de l’épisode de 1195 à Vertaizon, fief dont l’évêque a tenté de s’emparer et que son frère lui dispute, le seigneur du lieu Pons de Chapteuil étant un des ses proches7. À Clermont même, les deux hommes s’opposent. En effet, l’évêque n’a pas le contrôle de toute la ville, et doit composer avec la présence de son frère qui semble en effet posséder un palais et quelques biens dans la ville8. À Clermont donc, c’est la rivalité politique entre deux frères qui va précéder l’octroi de franchises par l’évêque en 1198. Cette opposition n’en reste d’ailleurs pas là, elle finit par atteindre son paroxysme dans les deux premières décennies du XIIIe siècle et se conclut par l’intervention de l’armée royale en Auvergne. L’évêque, premier soutien du monarque dans la région, bénéficie du don de plusieurs localités, seigneuries ou châteaux pris par l’armée, tandis que le roi s’installe à Riom, et constitue la Terre royale d’Auvergne avec les localités conquises sur le comte

     

    5À quelques kilomètres de Clermont se trouve Cournon. Située près de l’Allier, cette localité est le siège d’une coseigneurie. L’évêque est l’un des coseigneurs, tandis qu’un lignage noble dispose de l’autre partie de la seigneurie. Et chacun des deux seigneurs décide d’octroyer des franchises à sa partie de seigneurie10. L’évêque semble être le premier à faire ce geste, si l’on en croit le texte de la charte concédée par le coseigneur Raoul de Cournon. C’est aussi ce qui ressort d’une enquête menée en 1408, qui laisse entendre que de bonne mémoire, on se souvient que l’évêque avait accordé une charte, suivi peu de temps après par Raoul de Cournon en mai 1244. Il faut souligner deux points concernant ce double octroi des franchises. Tout d’abord, l’évêque, lorsqu’il accorde ces franchises, le fait pour les habitants des deux coseigneuries, afin d’éviter des transferts de populations vers un quartier privilégié au détriment de l’autre. Alors quand Raoul de Cournon l’imite, il associe à son acte son seigneur suzerain, le prince apanagiste Alphonse de Poitiers, dans une démarche de reconquête de la domination. Ce dernier est à ce moment-là un opposant à l’évêque, désirant récupérer certains droits, entre autres sur Clermont11. Derrière l’octroi de franchises se cachent donc des arrière-pensées politiques. La charte de Cournon connaît néanmoins un destin malheureux. En effet, pour conserver l’acte, les habitants de Cournon décident de l’archiver dans la collégiale Saint-Martin. Et au début du XVe siècle, un cierge aidant, le coffret d’archives part en fumée. Le texte de la charte de franchises tel qu’on le connaît aujourd’hui est une reconstitution à la suite de cet événement.

     

    6Une autre localité est concernée par ce cas de disparition du document de franchises originel. Il s’agit de Lezoux, autre gain territorial de l’évêque à la suite du conflit avec son frère le comte au XIIIe siècle. Aucune information n’existe quant à l’octroi des premières franchises, et on ne peut que supposer que l’évêque a intégré Lezoux dans le mouvement d’octroi du XIIIe siècle. Durant la guerre de Cent Ans, la ville est prise et, semble-t-il, ravagée et la charte est détruite. La version connue aujourd’hui est en fait une version de 1392 recréée à partir d’un double de l’ancienne charte que l’évêque avait conservé dans ses propres archives

     

    7Le cas de Mezel est quant à lui plus flou. Cette localité est elle aussi une coseigneurie, partagée entre l’évêque et deux lignages nobles, les Mezel et les Arvey. Pour autant, les premiers sont des vassaux fidèles du prélat, tout comme les seconds qui fournissent en plus de nombreux chanoines à la cathédrale. L’évêque est quant à lui maître d’une portion depuis le début du XIIIe siècle. Pourquoi l’évêque Guy de La Tour accorde-t-il des franchises confirmées par acte en 1259 ? La question reste entière. Il est difficile de proposer une théorie, si ce n’est celle de l’octroi simultané au sein de la seigneurie épiscopale au XIIIe siècle

     

    8Dernière localité, Billom. Première seigneurie de l’évêque, cette localité est le siège de la baylie de Billom qui permet à l’évêque d’administrer une bonne partie de ses biens de l’autre côté de l’Allier. Cette ville est aussi un centre économique reconnu où se tiennent de nombreux marchés qui alimentent toute la région environnante. Pour autant, la réalité structurelle des pouvoirs sur place est encore une fois complexe. Billom est en effet au Moyen Âge scindée en deux quartiers. Celui de Billom, au sud, est dominé par la collégiale Saint-Cerneuf, siège d’un chapitre de chanoines ancien et puissant. Celui de Saint-Loup au nord est concentré autour de l’église qui lui donne son nom. Passé par les mains de l’abbaye de Sauxillanges, ce quartier de la ville échoit rapidement à l’évêque. À partir de celui-ci, le prélat clermontois étend sa domination à tout Billom, tout en restant conciliant avec les chanoines voisins. Le texte de la charte de franchises connu aujourd’hui est daté de 1281, et octroyé encore une fois par Guy de La Tour15. Mais dès son introduction, elle précise qu’elle n’est que l’héritière de franchises accordées auparavant par les prédécesseurs de Guy. L’ancienneté de la charte la fait d’ailleurs remonter au niveau des premières concédées en Auvergne, sans pouvoir être plus précis. Son existence plus ancienne que la version actuelle est aussi corroborée par une autre charte, celle d’Ambert, octroyée en 1239, qui reprend 41 des 43 articles de Billom, que les seigneurs d’Ambert, vassaux de l’évêque, ont pris comme modèle16. Il semble que des conflits ont opposé l’évêque et les habitants de la ville de Billom durant une bonne partie du XIIIe siècle avant l’octroi de la charte de 1281, ce qui semble d’ailleurs justifier le geste de Guy de La Tour. Ainsi, vers 1222, un différend oppose l’évêque et les habitants de Billom au sujet de la propriété des excédents de taxes levées dans la ville17. Les plaintes verbales laissent d’ailleurs la place aux affrontements armés en 1224, une intervention militaire étant devenue nécessaire pour contenir la révolte18. L’octroi de la nouvelle charte en 1281 est donc sans doute une conséquence des conflits opposant l’évêque et les habitants de Billom, pour lesquels la charte précédente ne devait pas être assez explicite sur certains points. Dans un acte de reconquête de son autorité et de sa domination sur Billom, l’évêque redonne à Billom des franchises.

    9Pour trois de ces localités, il apparaît ainsi clairement que l’évêque, même s’il est souvent en position de force, n’est pas dans un état de contrôle absolu du territoire ou du pouvoir. En face de lui se dresse un opposant politique, le comte d’Auvergne ou le prince apanagiste, ou encore religieux, comme c’est le cas à Billom avec le chapitre de Saint-Cerneuf. C’est dans ce contexte de partage de la domination, que l’évêque décide d’accorder des franchises. Grâce aux textes conservés, il est possible d’envisager les aspects de la domination épiscopale, mais aussi de repérer comment les principaux concernés par celle-ci l’acceptent, la contestent ou la négocient.

    Aspects de la domination épiscopale au travers des chartes de franchises

     

    10Selon la localité et les préoccupations de sa communauté d’habitants, la nature des franchises accordées peut différer. Mais la plupart du temps, les thèmes abordés sont récurrents, sans pour autant être traités de la même manière. Au bon vouloir du seigneur qui octroie, mais aussi par la négociation des habitants, le sort réservé à un privilège peut varier. Il va s’agir ici de voir quelques exemples choisis parmi les franchises des cinq localités évoquées.

    11Dans un premier temps, penchons-nous sur les personnes qui bénéficient des franchises. À Clermont et Lezoux, il semble que cela concerne au sens général les habitants, la « communitas » des hommes et femmes. Mais les termes pour désigner les bénéficiaires des franchises trahissent parfois la volonté de domination de l’évêque. Ainsi pour Billom et ses deux quartiers distincts, l’évêque entend bien rappeler dans sa charte de franchises qu’il doit être considéré comme le seigneur des deux parties de la ville. Il parle ainsi de « ladite ville de Billom, dans laquelle nous comprenons la ville de Saint-Loup ». Ainsi donc est affirmée pour de bon cette domination. Dans le cadre des deux autres coseigneuries de Cournon et Mezel, l’évêque joue tout autant sur l’octroi des franchises pour s’affirmer. Il installe sa domination à Cournon, en les octroyant à tous les habitants des deux coseigneuries, ou à Mezel en n’évoquant jamais les deux lignages nobles, qui sont après tout ses vassaux.

    12Pour autant les habitants n’étaient pas exemptés de parole, et disposaient, comme dans de nombreuses villes de franchises, d’une représentation par des consuls. Ils sont évoqués dans toutes les chartes connues, sauf celle de Clermont. Dans celles de Billom et Mezel, un article les institue et fixe leur nomination. Dans celles de Lezoux et Cournon, ils sont mentionnés comme requérant la recréation des franchises de leur ville. Leur existence permet ainsi aux habitants d’être représentés, mais aussi d’avoir un quorum qui gère les affaires « municipales » de la localité, échange avec les autres institutions, et leur donne de la sorte une autonomie relative car la supériorité reste à celui qui accorde les franchises. Ainsi, les consuls nommés, représentant tous les habitants, mais aussi les habitants eux-mêmes, de leur propre voix, se doivent de prêter serment de fidélité à l’évêque, de respecter son droit et ses biens, et de défendre ses intérêts. C’est le cas à Lezoux, comme il est précisé dans le premier article, ou à Billom, où les consuls doivent « incontinent » jurer fidélité, et « tous les hommes desdites villes de Billom et Saint-Loup âgés de quinze ans et plus jurent fidélité à l’évêque ». La charte de Billom est d’ailleurs encore plus précise, en interdisant de « prêter serment ou de se lier dans une conjuration » avec toute autre personne si c’est pour nuire au droit du seigneur. La fidélité est unique. Mais cette fidélité est aussi réciproque, tel l’hommage-lige. Ainsi à Billom, « l’élu au siège épiscopal de Clermont, un mois après avoir été confirmé […] devra jurer d’observer de manière inviolable les usages, coutumes ». À Clermont, l’évêque en accordant des franchises, prête un serment de respect aux habitants. Trois articles de la charte commencent d’ailleurs par le terme occitan « promete » : « Je promets. »

    13Passons maintenant aux divers thèmes évoqués dans les franchises. Il apparaît que sur certains points l’évêque fait preuve d’intransigeance, alors que sur d’autres, réflexion et négociations semblent avoir permis une certaine souplesse. La justice reste entièrement dans les mains du seigneur justicier. Plusieurs articles de chacune des chartes évoquent la conduite à tenir en cas de litige, d’agressions, de vols ou autres comportements criminels dans la localité. À Billom, c’est le baile de l’évêque, son représentant, qui est chargé de prendre bon nombre de décisions concernant le traitement des personnes responsables de délits ou de crimes. La totalité des amendes revient dans la main de l’évêque, et les consuls n’obtiennent le droit de regard que sur quelques rares affaires mineures. L’économie est en revanche plusieurs fois favorisée par les franchises. Si l’évêque se réserve dans de nombreuses localités le droit de leyde, c’est-à-dire le droit de prélever une taxe sur les marchandises vendues dans la localité, il concède aussi plusieurs libertés afin de permettre un développement économique. Ainsi à Billom, il autorise la libre circulation des monnaies, sans restriction aucune, permettant à l’économie de rester ouverte à tout acheteur. Afin de rendre équitable le commerce, des dispositions permettent aux habitants de mener leurs transactions correctement. C’est le cas de la « grande quarte de fer » à Billom, ou de la « bonne mesure » à Mezel. Enfin, le seigneur dominant peut parfois accepter de laisser à ses sujets, au moyen des franchises, un droit seigneurial qui est le sien, ou au contraire réaffirmer le contrôle total qu’il doit avoir de celui-ci. Il en va ainsi pour le four de la localité, comme à Cournon où l’évêque rappelle dans sa charte que « personne ne peut avoir de four dans la ville sans son accord ». Il en est de même pour les vendanges, dont le droit et l’organisation appartiennent normalement au seigneur, en tant que banalité. À Mezel, le prélat rappelle que les vignes doivent être surveillées, que les amendes concernant des délits sur le droit de vendange doivent lui être versées, et que la décision de faire les vendanges revient à son représentant le baile. Il y a donc ici clairement affirmation de la domination. Dans la charte de Billom, il en va tout autrement puisque liberté complète est donnée par l’évêque sur un droit qui normalement lui appartient :

    « Les consuls et particuliers ou n’importe qui de Billom ou de Saint-Loup, clercs, laïcs, hommes et femmes, peuvent vendanger à leur gré quand ils le voudront […] et cela sans que nous ou notre baile en soyons requis. »

    14Dans une charte de franchises, il est aussi possible de donner une réponse à un conflit qui a pu ruiner l’entente entre les deux parties dans les années précédant l’octroi. C’est ce qui se retrouve à Billom, avec un article de la charte. Ainsi qu’il a été souligné plus haut, dans le premier quart du XIIIe siècle, un conflit avait éclaté au sujet de la propriété des excédents résultant de taxes prélevées par les représentants de la communauté, et il avait fallu en venir aux armes pour résoudre le problème. Lorsqu’il accorde les franchises en 1281, Guy de La Tour inclut significativement dans l’acte un article qui fournit une réponse juridique à cette situation, afin d’éviter que le cas ne se reproduise :

    « Les consuls lèveront des taxes pour les besoins de la ville et s’il y a un résidu qui n’a pas été dépensé, ils le conserveront jusqu’à ce qu’ils l’utilisent pour les nécessités. De cet impôt, ni nous, ni notre baile, ni nos sergents ne doivent rien avoir, ou par accord mutuel. »

    15Ainsi, nul conflit ne devrait se déclarer désormais sur ce point précis des relations entre le seigneur et les habitants franchisés. La domination est rétablie au moyen de concessions, ici favorables au corps de la population. Mais les chartes de franchises ne permettent pas de régler toutes les oppositions qui peuvent exister entre les différents acteurs, et parfois la domination du seigneur épiscopal est remise en cause.

     

     Une domination parfois malmenée

     

    16L’octroi de franchises ne sonne pas la fin des conflits entre le seigneur et la communauté d’habitants, et la domination du prélat n’est pas forcément totalement acquise. À Clermont, le serment prêté par l’évêque, et les quelques franchises octroyées, ne parviennent pas à résoudre le conflit latent qui pèse sur la cité épiscopale. Un an après, alors que l’évêque a été emprisonné par ses soins, le comte Guy II octroie à son tour des franchises à la ville de Clermont, espérant ainsi supplanter son frère. Mais il n’y parvient pas, et en 1202, il cède même la majorité de ses droits au prélat. L’évêque Robert est désormais maître de la ville, mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Les habitants n’acceptent en effet pas les termes de la domination de l’évêque. Des révoltes les amènent à s’unir au sein d’une confrérie qui entend bien récupérer l’exercice de nombreuses prérogatives municipales. Il faut l’intervention du roi de France et un jugement royal pour déclarer nulles et non avenues les prétentions des bourgeois. Avec l’arrivée d’Alphonse de Poitiers, les Clermontois trouvent un nouveau défenseur de leurs intérêts. Ce prince, qui a accordé une grande charte à Riom, représente en effet leur espoir de s’émanciper de la domination de l’évêque sur leur ville, et ils cherchent donc à s’attacher son soutien19. Guy de La Tour parvient à écarter le prince apanagiste, mais la révolte des habitants éclate encore une fois, causant même un mort en 1261. Après plusieurs années de procès et de luttes locales, fort du soutien du roi dans ce domaine, l’évêque de Clermont finit par retrouver sa domination sur la cité clermontoise. À la fin du XIIIe siècle, les habitants perdent leurs acquis du début du siècle, et l’idée de franchises est oubliée à Clermont.

     

    17À Billom, la domination de l’évêque semble relativement plus respectée. La ville prospère grâce aux libertés accordées par le prélat. Néanmoins, de petits incidents peuvent parfois émailler les relations entre le seigneur dominant et ses fidèles sujets. L’un des cas les plus extrêmes a lieu au XVe siècle, sous l’épiscopat de Jacques de Comborn. Il y a en effet contestation du droit de boutage de l’évêque, c’est-à-dire du droit du seigneur sur la vente de chaque tonneau de vin, qui se traduit par le prélèvement d’une certaine quantité de vin pour chaque fût vendu20. Il s’agit d’un droit banal, dû normalement au seigneur. Les habitants de Billom arguent que leurs franchises les en exemptent, l’évêque surenchérit en brandissant les franchises, ce à quoi les Billomois opposent la coutume. Le différend se règle par une nouvelle mesure, une sorte d’avenant à la charte faisant office de jurisprudence. Mais ce fait démontre bien que malgré l’octroi des franchises, écrites et connues normalement par les deux parties, le règlement de conflit peut encore et toujours faire référence aux anciens us et coutumes, et mettre à mal la domination que l’évêque pensait obtenir par la concession de ces franchises à ses sujets.

    18L’octroi de franchises dans certaines localités peut aussi avoir des conséquences dans d’autres lieux voisins. Ainsi à Chauriat, localité distante de cinq kilomètres de Billom, des tensions éclatent vers 1325 concernant le droit de vendanges et la publication des bans pour celles-ci. Ignorant des franchises qu’ils semblaient eux aussi avoir obtenues de l’évêque, les habitants de Chauriat, partie de la châtellenie de Vertaizon, en appellent à la coutume de Billom et demandent à avoir les mêmes libertés pour la récolte du raisin et la vente de vin. L’outil de domination d’une localité peut donc déclencher une opposition à cette même domination dans un autre lieu.

    Conclusion

    19L’évêque de Clermont est à la fin du XIVe siècle l’un des hommes les plus puissants en Auvergne. Mais la mise en place de sa domination, c’est-à-dire d’un contrôle fort sur les plans politique et social dans son diocèse, et surtout sur ses biens, a supposé de composer avec les diverses autres forces en présence, comtes, princes et autres seigneurs. L’octroi de franchises est alors apparu comme un moyen d’imposer une domination sur les communautés de sujets qui dépendaient de lui. Loin des anciennes idées de franchises arrachées aux cruels et avides seigneurs, cette pratique démontre l’intérêt de l’évêque de Clermont pour ceux qui sont sous sa coupe, mais aussi la volonté de cet homme de faire savoir à ses opposants qu’il est bien celui qui domine en ces lieux.

    • 21 Marcel Mauss, « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques »,L’An (...)

    20Dans les franchises évoquées plus précisément, l’évêque apparaît sous divers angles qui révèlent sa conception de la domination. Intransigeant sur certains points, comme la justice, il est parfois prêt à accorder plus de libertés aux hommes des localités, si cela peut permettre à plus long terme un profit pour lui. Tel était le cas de Billom, fille principale de l’Église de Clermont, où l’évêque laisse de nombreuses libertés en matière d’économie et de droits seigneuriaux, afin de permettre un développement et un enrichissement de la ville, qui finit par lui rapporter. Pour autant, cette installation de la domination par l’octroi de franchises ne laisse pas les opposants de l’évêque indifférents. Le cas de Clermont est le plus éloquent. Les bourgeois de la ville n’ont pu se contenter du peu que leur avait octroyé l’évêque, et ont toujours cherché à obtenir plus. Cette attitude les a menés à leur perte, puisque cent ans après avoir obtenu leurs franchises, ils les perdent définitivement, et devront rester sous la coupe plus sévère que jamais de l’évêque. Jusqu’à un certain point, domination rime donc avec concessions. Les conséquences de l’octroi de franchises ne peuvent être maîtrisées et bénéfiques que si les deux parties concernées, le seigneur donateur et les sujets, acceptent de jouer le jeu de la concession, suivant la fameuse théorie du don/contre-don21.

    Notes

    1 Claude Gauvard, Alain De Libera et Michel Zink (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de France, 2002, p. 553.

    2 Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, Paris, Fayard, 1993, p. 319.

    3 L’Auvergne médiévale correspond à l’ancien diocèse de Clermont, amputé en 1317 du diocèse de Saint-Flour. Elle correspond aux départements actuels du Cantal et du Puy-de-Dôme auxquels s’ajoutent le Brivadois et le Langeadois.

    4 Pour une liste de ces localités pourvues de franchises, voir Marcellin Boudet,Collection inédite de Chartes de franchises de Basse-Auvergne (XIIIe-XVe siècles), Clermont-Fd, Imprimerie Générale, 1914.

    5 Voir entre autres Pierre Charbonnier, « Les Chartes de franchises d’Auvergne : des franchises en terre seigneuriale », La Charte de Beaumont et les franchises municipales entre Loire et Rhin (actes du colloque de Nancy, 22-25 sept. 1982), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1988, p. 251-267 ; idem, « La taille dans les chartes de franchises de la France centrale », Les Libertés au Moyen Âge, s.n., Montbrison, 1987, p. 281-289 ; idem, « Les Chartes urbaines dans la France centrale : un mouvement seigneurial ? », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, vol. 16, n° 16, 1985, p. 265-280 ; Gabriel Fournier, « Chartes de franchises et fortifications villageoises en Basse Auvergne au XIIIe siècle », Les Libertés urbaines et rurales du XIe au XIVe siècle (actes du colloque international de Spa, 5-8 sept. 1966), Bruxelles, Pro Civitate, 1968, p. 223-244 ; Josiane Teyssot, « Le mouvement communal en Auvergne, XIIe-XVe siècles », Annales du Midi, t. 109, n° 218, 1997, p. 201-210.

    6 Cf. Roger Sève, « La seigneurie épiscopale de Clermont des origines à 1357 »,Revue d’Auvergne, t. 94, n° 2, 1980, p. 85-268 (publication posthume de la thèse soutenue à l’École des Chartes en 1947).

    7 Sur ce cas rocambolesque, voir les récits de Jean Perrel, « Le Troubadour Pons, seigneur de Chapteuil et de Vertaizon : son temps, sa vie, son œuvre », Revue d’Auvergne, t. 90, n° 464-465, 1976, no 2-3, p. 89-199 ; Emmanuel Teilhard de Chardin, « Chartes concernant Vertaizon », Bulletin Historique et Scientifique de l’Auvergne, t. 13, 1893, p. 254-291.

    8 R. Sève, « Les Franchises de Clermont à la fin du XIIe siècle », Recueil de travaux offerts à M. Clovis Brunel, Paris, 1955, t. II, p. 521-555.

    9 Voir notamment à ce sujet Rémy Roques, Noblesse auvergnate et pouvoir royal : De la « conquête » de Philippe Auguste à la fin de l’apanage d’Alphonse de Poitiers (XIIe-XIIIe siècles), mémoire de master (dir. Jean-Luc Fray), Clermont-Fd, 2010.

    10 Sur l’histoire de Cournon et l’octroi des chartes de franchises, voir M. Boudet,Cournon, ses franchises et ses chartes (avant 1244 et mai 1244). Chartes de coutumes d’Auvergne inédites, Paris, Champion, 1909.

    11 Ibid.

    12 M. Boudet, Collection inédite […], p. 445-479.

    13 A.D. du Puy-de-Dôme, 1 G 13/9 (original) et 1 G 13/16 (vidimus) ; transcription et analyse dans Anne-Cécile Roche, Actes de Guy de La Tour, évêque de Clermont(1250-1286), mémoire de maîtrise (dir. J.-L. Fray), Clermont-Fd, 1995.

    14 R. Sève, « La seigneurie épiscopale […] », chap. IV.

    15 A.D. du Puy-de-Dôme, 3 G, armoire 2, sac A, cote 11 ; transcription dans A.-C. Roche, Actes de Guy […].

    16 Pour une édition de la charte d’Ambert, voir M. Boudet, Collection inédite […], p. 87-95.

    17 A.D. du Puy-de-Dôme, 1 G 16/26 : « Refus par les habitants de Billom de remettre à l’évêque un “commun” levé par eux – 1222/1223 ».

    18 BnF, Ms. lat. 12746, f°370 : « Anno MCCXXIV coacti fuere Billomenses per vim armatam episcopo obedire ».

    19 Sur cette opposition de pouvoirs, consulter Michel Estienne, Le Pouvoir partagé. La Basse-Auvergne au Moyen Âge classique, 1150-1350, thèse de l’École des Chartes, Paris, 1986.

    20 On parle aussi parfois de véherie.

    21 Marcel Mauss, « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », L’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924.

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    Table des illustrations

    Titre Document n° 1 : Les chartes de franchises entre Dore et Allier aux XIIIe-XIVe siècles
    Légende Cartographie : Thomas Areal, décembre 2011 (© MEEDAT – BDCarthage 2008). Pointage d’après Roger Sève, « La seigneurie épiscopale de Clermont des origines à 1357 »,Revue d’Auvergne, t. 94, 1980 et Marcellin Boudet,Collection inédite de Chartes de franchises de Basse-Auvergne (XIIIe-XVe siècles), Clermont-Ferrand, Imprimerie Générale, 1914
    URL http://siecles.revues.org/docannexe/image/1690/img-1.jpg
    Fichier image/jpeg, 1015k

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Thomas Areal, « Quand domination rime avec concessions. L’évêque de Clermont et l’octroi de franchises (XIIIe-XIVe siècles) », Siècles [En ligne], 35-36 | 2012, mis en ligne le 05 mars 2014, consulté le 23 août 2016. URL : http://siecles.revues.org/1690

    Auteur

    Thomas Areal

    Doctorant en histoire médiévale
    Centre d’Histoire « Espaces et Cultures » (CHEC), Clermont Université, Université Blaise-Pascal, EA 1001

    Droits d’auteur

    Tous droits réservés

     

     

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