• Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Le cimetière de Picpus, dans le XIIe arrondissement, est un lieu singulier. Par son statut, d’abord, puisqu’il est l’un des deux seuls cimetières privés de la capitale. Par son affectation, ensuite, puisqu’il n’accueille que des descendants de personnes guillotinées lors de l’épisode le plus sanglant de la Révolution : la Grande Terreur, dont la fin sera marquée par l’exécution de Robespierre. On vous raconte l’histoire de ce lieu sans équivalent dans la capitale.

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    © Marc Heimermann

    La Grande Terreur, un mois et demi d’exécution de masse

    Juin 1794. Deux ans après son installation sur la place de la Révolution (aujourd’hui place de la Concorde), la guillotine rassemble plus de mécontents contre elle que n’importe quelle mesure prise par la Convention nationale. Plus que la méthode, c’est son emplacement qui pose problème. Le passage continuel des charrettes remplies de corps sanguinolents apportent leur lot de désagréments. Pire, l’inhumation des milliers de cadavres dans les fosses communes du cimetière des Errancis empestent l’air d’odeurs nauséabondes. Faisant face à de multiples plaintes, les autorités n’ont guère d’autre choix que de délocaliser le « hachoir national ». Ils choisissent d’abord la place de la Bastille, puis la place du Trône-Renversé, actuelle place de l’Île-de-la-Réunion. La guillotine établie, il leur faut maintenant trouver un endroit où inhumer les cadavres qui s’accumulent… En essayant, cette fois-ci, de trouver un lieu qui ne liguera pas tous les habitants contre lui.

    À quelques centaines de mètres de la place du Trône-Renversé se trouve un enclos de 300 mètres de long sur 70 mètres de large. Cet immense domaine au cœur de la capitale a longtemps abrité un couvent, celui des Chanoinesses de Saint-Augustin de la Victoire-de-Lépante. En mai 1792, les bâtiments et le terrain de cette communauté religieuse ont été confisqués par les révolutionnaires et donnés à un « patriote ». Le lieu semble tout trouvé : proche du lieu d’exécution, grand, caché derrière des murs et propriété de la Nation. Deux grandes fosses pouvant accueillir des centaines de cadavres sont immédiatement creusées et le tracé d’une troisième réalisé. Pour minimiser le risque de recevoir des plaintes, les autorités gardent le lieu secret. Pendant toute la durée de la Grande Terreur, personne ne saura vraiment où les corps sont transportés.

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Un comité révolutionnaire, chargé de donner les sentences d’exécution, sous la Terreur

    Et pourtant, Dieu sait qu’ils sont nombreux ! En seulement six semaines, du 14 juin au 27 juillet 1794, 1306 suppliciés seront inhumés dans l’enclos de l’ancien couvent. Le couperet du bourreau Sanson tombera plus de fois en un mois et demi qu’en deux ans de présence sur la place de la Révolution. Nous sommes au paroxysme de la Terreur et les « ennemis de la Révolution » sont des nobles, des religieux, des militaires, mais surtout des gens du peuple. Tout le monde peut tomber sous le coup d’une décision du Tribunal Révolutionnaire : parmi les 1306 victimes, il y a des meuniers, des marquis, des boulangers, des princesses, des lieutenants ou des brasseurs. 1109 hommes et 197 femmes de tous rangs dont les noms sont aujourd’hui inscrits sur des plaques installées sur un mur du cimetière.

    Un lieu de mémoire et de recueillement

    Sous le Directoire, le domaine est découpé en parcelles et vendu à des particuliers qui n’ont généralement pas connaissance des pratiques funestes qui s’y sont déroulés quelques années plus tôt. Seuls quelques officiels et privilégiés savent que des milliers de corps en décomposition sont empilés à quelques mètres en dessous du sol. C’est grâce à la persévérance de trois femmes que les secrets de l’ancien couvent seront portés à la connaissance du public.

    En 1797, la princesse Amélie de Salm-Kyrbourg part à la recherche du lieu de sépulture de son frère et de son amant, Alexandre de Beauharnais, tous deux exécutés sur la Place du Trône-Renversé, le 23 juillet 1794. Grâce à l’aide de quelques habitants du quartier, elle retrouve l’endroit et achète l’une des parcelles. Cinq ans plus tard, en 1802, Madame de Montagu et sa sœur Madame de La Fayette, épouse du marquis de La Fayette, engagent la même démarche. Leur grand-mère, leur mère et leur sœur aînée sont décédées sur l’échafaud et ont été inhumées dans l’une des fosses communes. Elles achètent une partie du domaine et fondent une société composée des familles des guillotinés sur la place du Trône-Renversé. Les parcelles réunies, l’espace servira désormais de lieu commémoratif et de cimetière pour les familles des suppliciés. Encore aujourd’hui, seuls les descendants de personnes passées sur l’échafaud entre juin et juillet 1794 peuvent être inhumés dans ce calme cimetière toujours bien caché dans son enclos.

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    © Marc Heimermann

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    Le cimetière des familles et l’enclos des fosses communes sont séparés par un mur et une grille. Des plaques racontent l’histoire de ce lieu unique à Paris. © Marc Heimermann

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    La plaque qui notifie l’emplacement de la fosse n°1

    Le cimetière des guillotinés, un lieu d’histoire et de mémoire

    La tombe du marquis de La Fayette, inhumé auprès de son épouse descendante de guillotinés, est la plus connue du cimetière des familles. Chaque année, les États-Unis lui rendent hommage le 4 juille

    Google Bookmarks

    2 commentaires
  • Enfance et éducation du futur
    Henri IV pensées par son grand-père
    (D’après « La Mosaïque », paru en 1883)
     
    *************
     
    La naissance et l’éducation de Henri IV annoncèrent ce qu’il devait être un jour, et le vieux roi de Navarre, Henri d’Albret, son grand-père, prophétisa que la « brebis avait enfanté le lion », pour répondre à la raillerie des Espagnols, qui avaient dit de sa femme, par allusion aux armes de Béarn qui portent deux vaches de gueules ou rouges en champ d’or, que la « vache avait enfanté une brebis ». Et c’est ce même grand-père qui fixa les principes de son éducation, afin d’en faire un personnage au caractère bien trempé en prévision des épreuves qu’il le pressentait être amené à affronter.
     
     

    Ce ne pouvait pas être un prince ordinaire celui qui fut conçu, mis au monde, nourri et élevé autrement que tous les fils de rois. Henri d’Albret, roi de Navarre, qui avait perdu en 1512 une partie de ses États usurpés par Ferdinand, roi d’Aragon, désirait ardemment que sa fille unique Jeanne d’Albret, mariée à Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, lui donnât un héritier. Les deux premiers enfants nés de cette union étaient morts jeunes, par suite d’accidents, l’un ayant été étouffé par sa nourrice, l’autre étant tombé des bras de sa gouvernante.

    Avant que la duchesse de Vendôme devînt grosse pour la troisième fois, Henri d’Albret, prince austère et philosophe, l’avait priée de lui confier le nouveau-né, qu’elle devait à la gloire de sa maison ; il voulait, disait-il, apprendre à son petit-fils la vengeance qu’il fallait tirer des Espagnols, usurpateurs du royaume de Navarre, et il s’engagea, vis-à-vis de sa fille, à lui montrer le contenu de son testament aussitôt qu’elle lui montrerait ce que contenait son ventre. Il exigeait d’elle une humeur égale et joyeuse durant cette grossesse, et il lui fit promettre de chanter une chanson pendant les douleurs de l’enfantement, afin qu’elle n’eût pas un enfant « pleureur et rechigné ».

    Jeanne d’Albret, se trouvant à la cour de France, s’aperçut qu’elle était enceinte : elle ne se pressa pas de revenir se confiner dans la petite cour de Navarre, qui ne lui offrait aucune distraction agréable, et ne changea rien à la vie de plaisir qu’elle menait au milieu du tourbillon des fêtes et des tournois ; seulement, pour se conformer aux désirs de son père, quand approcha le terme de sa grossesse, elle retourna en Béarn, où elle accoucha, neuf jours après son arrivée au château de Pau, le 13 décembre 1553.

    Toutes les portes de son appartement restèrent ouvertes à l’heure de ses couches, et chacun put entendre une voix ferme, qui chantait ce noël en langue basque : « Notre-Dame du Bout-du-Pont, aidez-moi à cette heure ! » Il Le vieux roi était là, impatient de connaître le succès de ses vœux ; il reçut dans ses bras l’enfant, dont il constata le sexe, et il l’enveloppa dans un coin de sa houppelande, en jetant sur le lit de l’accouchée une boîte d’or qui renfermait son testament : « Ma fille, voilà ce qui est à vous, et ceci est à moi ! » dit-il.

    A ces mots, il emporta l’enfant qui le regardait fixement, sans pousser un seul cri, et avant de le remettre aux soins des nourrices, qu’il avait choisies parmi les paysannes, il lui frotta les lèvres avec une gousse d’ail et lui fit sucer du Jurançon, dans sa coupe d’or, pour préparer le régime fortifiant auquel devait être soumis le prince de Béarn. Henri d’Albret, qui vécut encore deux années, eut le temps de voir les premiers résultats de l’éducation qu’il avait préparée, et la future reine de Navarre lui promit de suivie expressément ses dernières volontés à l’égard de l’enfant chéri qu’il bénissait en mourant.

    « Mignonne des rois ! disait-il à sa fille, qu’on appelait ainsi à cause de la tendresse que les rois François Ier et Henri II avaient eue pour elle, notre petit Béarnais est séparé de la couronne de France par neuf princes du sang, tous jeunes et bien portants ; mais j’augure que les plus grands obstacles du monde terrestre ne retarderont pas les décrets du ciel. Henri sera un vaillant homme de guerre, un clément pacificateur, un roi tout-puissant. »

    Portrait présumé de Henri IV enfant (Musée du château de Pau)
    Portrait présumé de Henri IV enfant (Musée du château de Pau)

     

    Ce prince, soustrait dès l’enfance au contact de la cour, n’en prit pas les pernicieuses habitudes : son physique et son moral se développèrent d’eux-mêmes, en liberté, sous les auspices de la simple nature. Il fut élevé, jusqu’à l’âge de dix ans, au château de Coarasse, antique forteresse des comtes de Béarn, située dans la solitude la plus pittoresque, au sommet d’un rocher, et entourée de montagnes, de lacs et de torrents. C’est là qu’il donna carrière à ses nobles instincts de bonté, de franchise, de générosité, de grandeur d’âme ; c’est là qu’il acquit ces grandes qualités qui firent le fond de son caractère : le courage et la résignation, le dédain du danger et l’amour du travail ; car. tout prince qu’il fut, il était vêtu de bure, comme les vachers et les chevriers, ses compagnons de jeux et de promenades.

    Ces premières années de son enfance avaient été consacrées surtout à donner une trempe robuste à sa constitution. Suzanne de Bourbon, baronne de Miossens, alliée de la famille d’Albret, était sa gouvernante ; elle veillait, en cette qualité, à faire exécuter scrupuleusement le plan d’éducation que le vieux sire d’Albret avait tracé pour son petit-fils ; on endurcissait ainsi le jeune prince à des exercices pénibles et grossiers, pour lui faire oublier que sa naissance et son rang l’appelaient à jouir de toutes les douceurs, de toutes les délicatesses de la vie aristocratique. Souvent la vieille baronne pleurait de compassion, en cachant ses larmes, quand elle voyait l’enfant revenir au château, épuisé de fatigue, mourant de faim, à demi mort de froid, mais toujours de bonne humeur.

    Grimper sur les rocs à pic, enlever des nids d’aigle, traverser à la nage la rivière des Gaves, courir pieds nus dans la neige, vagabonder nu-tête au soleil d’été, jouer au bord des précipices, gravir les montagnes, descendre dans les vallées, tuer des oiseaux à coups de flèche et de fronde, bêcher la terre, porter des fardeaux, monter au faîte des grands pins, telles étaient les occupations journalières du prince, qui ne trouvait à Coarasse qu’une nourriture frugale, du pain bis, du fromage, de l’ail et de l’eau pure tous les jours, un peu de vin et du porc salé tous les dimanches.

    Cette alimentation agreste et à peine suffisante, assaisonnée par l’appétit, l’accoutumèrent de bonne heure, aux privations qu’il devait plus tard supporter mieux que ses soldats dans les rudes épreuves de la guerre ; son caractère gai et vif, exempt d’inquiétude et d’entraves, continuait à épanouir la fleur de sa santé.

    A vrai dire, il n’avait pas eu d’enfance. Le précepteur du jeune Henri, qui se nommait La Gaucherie, était aussi maladroit dans ses paroles que dans ses actions ; car il disait toujours ce qu’il devait taire, et, par l’effet d’une distraction irrémédiable, il laissait échapper tout ce qu’il tenait à la main. Henri de Bourbon se trouvait ainsi abandonné à la garde d’un petit valet de chambre, âgé de douze ans, appelé Mamelot. Le château de Coarasse n’était habité que par d’anciens serviteurs de la baronne de Miossens, et l’on n’y voyait que des barbes grises et des cheveux blancs ; ce qui ne contribuait pas peu à rendre plus triste encore le séjour de cette forteresse féodale, dans un site âpre et désolé.

    Henri s’affligeait souvent de la solitude où ses parents l’oubliaient ; et, pour échapper au contact des vices et de la mauvaise nature de Mamelot, il s’en allait seul rêver de guerre et de chevalerie dans les forêts de sapins qui couronnaient les hauteurs voisines de Coarasse, ou bien il s’enfermait dans la grande salle du château, toute tendue de tapisseries de haute lice, représentant les Métamorphoses d’Ovide, et vis-à-vis de ces peintures de laine il donnait libre carrière à des réflexions qui contrastaient avec les habitudes rustiques et incultes de son éducation.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Véritable (La) histoire
    du 14 juillet
    (Source : Le Figaro)
     
    **********
    Pourquoi le 14 juillet est devenu fête nationale ? Depuis quand ? L’historien Jean Sévillia raconte les dessous de cet évènement symbolique et les enjeux de sa commémoration.
     

    Jean Sévillia est Rédacteur en chef adjoint du Figaro magazine et écrivain. Son dernier livre Histoire passionnée de la France est paru chez Perrin.

    Figarovox : Depuis quand et pourquoi le 14 juillet est-il devenu notre fête nationale ? Que commémore-t-on exactement ?

    Jean Sévillia : C’est en 1880 que le 14 juillet est devenu fête nationale. Reprenons le contexte. En 1871, après l’effondrement du Second Empire et la défaite face aux Prussiens, se met en place, avec une majorité royaliste élue au suffrage universel, un régime d’attente, fait pour préparer la restauration de la monarchie, restauration qui n’aura pas lieu en raison de la division entre légitimistes et orléanistes et du refus du comte de Chambord, l’aîné des Bourbons, de composer avec les principes issus de la Révolution.

    Faute de roi s’installe une République conservatrice, la République des ducs (Mac-Mahon, Broglie, etc.) En 1876, les républicains de conviction obtiennent la majorité à l’Assemblée. En 1877, ils forcent le Président conservateur, Mac-Mahon, à se soumettre en acceptant la prééminence du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif. En 1879, le Sénat passe aux républicains et Mac-Mahon démissionne. Commence alors la République des Jules (Simon, Grévy, Ferry), la République des républicains.

    Sous le Second Empire, on fêtait la Saint-Napoléon le 15 août, date de l’Assomption, grande fête mariale dans l’Eglise catholique, fête confortée, en 1854 par la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception par le pape Pie IX. Le 15 août était donc la fête nationale de la France sous Napoléon III. Symboliquement, quand ils arrivent au pouvoir, en 1879, les républicains veulent donc instaurer une fête nationale qui soit en accord avec le projet politique dont ils sont porteurs : républicaniser la France, la couper de l’influence de l’Eglise.

    Prise de la Bastille le 14 juillet 1789
    Prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Aquarelle d’époque, de Jean-Pierre Houël

     

    Depuis 1872, le parti républicain organisait des manifestations privées à la date du 14 juillet. Lors d’un discours prononcé le 14 juillet 1872 à la Ferté-sous-Jouarre, Gambetta avait ainsi exalté le souvenir de la prise de la Bastille, affirmant que le peuple de Paris ne s’était pas levé « pour renverser une Bastille de pierre, mais pour détruire la véritable Bastille : le Moyen-Age, le despotisme, l’oligarchie, la royauté ».

    La loi promulguée le 6 juillet 1880 annonce que « la République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Le choix de cette date, en réalité, ratifie une pratique antérieure du parti républicain, mais en jouant sur la double signification du 14 juillet : les radicaux commémorent la prise de la Bastille (14 juillet 1789), tandis que les modérés, à qui la violence révolutionnaire fait peur, préfèrent se souvenir de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790).

    Dès lors, ce choix fera-t’il l’objet d’un consensus ?

    En 1880, le 14 juillet ne fait pas l’unanimité. Ni les conservateurs, qui n’ont accepté la République que par défaut, ni les catholiques, heurtés de front par l’anticléricalisme gouvernemental, anticléricalisme qui restera le ciment du parti républicain jusqu’en 1914, ne sont prêts à commémorer un événement révolutionnaire. Jusqu’à la Grande Guerre, le 14 juillet, à l’instar de l’école laïque de Jules Ferry, restera idéologiquement marqué : il est un symbole républicain, c’est-à-dire de gauche, anticlérical et patriotique au sens des Volontaires de l’An II. Peu à peu, toutefois, il deviendra une fête populaire, avec ses bals et ses lampions.

    Le 14 juillet 1919 voit le défilé de l’armée française victorieuse, derrière Joffre et Foch, avec des détachements de tous les pays vainqueurs. Les deux France se retrouvent dorénavant dans un 14 juillet qui revêt plus une signification militaire et nationale que politique. La politique revient le 14 juillet 1935 avec le défilé politico-syndical des organisations de gauche, prélude au défilé unitaire du 14 juillet 1936 qui rattache le Front populaire au mouvement de 1789.

    Le 14 juillet 1945, c’est de nouveau un défilé de la victoire. A l’exception de 1989 et du défilé du Bicentenaire griffé par le publicitaire Jean-Paul Goude, la fête nationale s’est éloignée de sa source originelle. Elle n’est plus qu’une fête militaire, chérie du grand public, une fête populaire, avec ses feux d’artifice et encore ses bals de pompiers, et un micro-événement politique pour les amateurs de « petites phrases », dans les années où le chef de l’Etat parle à la télévision... Les restrictions budgétaires ont enterré la garden-party, qui était en passe de devenir une tradition mixte, à la fois républicaine dans la mesure où tout citoyen, virtuellement, pouvait être amené à fouler les pelouses de l’Elysée, et monarchique dans l’autre mesure où il fallait une invitation du Château pour y participer.

    On a fait de la prise de la Bastille l’élément fondateur marquant le début de la Révolution française. Est-ce vrai ? Est-ce réellement la borne qui marque « le début de la fin d’un monde » ?

    Le 20 juin 1789, quand les députés du tiers-état qui se sont proclamés les mandataires de toute la population française, excluant de la représentation nationale la noblesse et le clergé, se rassemblent dans la salle du Jeu de Paume, à Versailles, et font serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France, la Révolution commence vraiment, puisque les institutions qui maintenaient l’ancienne France deviennent caduques.

    Il en est de même pour le 4 août 1789, où ce qu’on appelle improprement « l’abolition des privilèges », privilèges qui représentaient en réalité l’organisation socio-territoriale de droit coutumier de l’Ancien Régime, marque l’entrée dans un monde nouveau. Le 5 et 6 octobre 1789, quand la foule ramène la famille royale à Paris et que le roi est prisonnier de la révolution parisienne, marque aussi la fin d’un monde.

    La prise de la Bastille était-elle un mouvement populaire spontané, une révolte plébéienne contre l’arbitraire, ou bien une manipulation des masses orchestrée par le haut ?

    Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins appelle les Parisiens à prendre les armes. Le 14 juillet au matin, quelques milliers d’émeutiers envahissent les Invalides, et prennent armes et canons. A l’autre bout de Paris, la Bastille, prison d’Etat dénoncée par les libellistes comme un symbole de l’arbitraire royal, est assaillie non par la population spontanément mobilisée, mais par une bande d’agitateurs qui ont préparé l’opération. De l’édifice sont extraits, en fait de victimes de l’absolutisme, sept prisonniers, dont quatre faussaires, deux fous et un débauché.

    Le gouverneur Launay, qui a capitulé devant l’émeute et qui a été conduit à l’Hôtel de Ville, est assassiné avec Flesselles, le prévôt des marchands, leurs corps étant dépecés et leurs têtes placées au bout d’une pique. 83 assaillants ont péri dans l’assaut. Le premier sang de la Révolution a coulé. L’opération a été orchestrée, mais elle a revêtu tout de suite un sens politique et une dimension symbolique.

    On évoque souvent les mots de Louis XVI dans son journal le jour de cet événement historique : 14 juillet : rien, pour montrer l’aveuglement et la nonchalance du roi. Comment se fait-il que ce dernier ne se soit pas rendu compte de l’importance de l’évènement ?

    Rappelons d’abord que ce « rien » consigné par Louis XVI dans son carnet désignait son tableau de chasse, vide en l’occurrence puisqu’il n’avait pas chassé ce jour-là. Il est néanmoins exact que le roi n’a pas tout de suite pris la mesure de ce qui s’est passé à la Bastille, d’où le dialogue, authentique ou apocryphe, survenu lorsqu’on lui a raconté les événements : « Mais c’est une révolte ? - Non, Sire, c’est une Révolution ! » Horrifié par le récit de la mort de Launey et Flesselles, Louis XVI sera conforté dans son refus de verser le sang, disposition d’esprit qui va lui dicter sa conduite face à la Révolution.

    Le 14 juillet peut-il être le moment permettant la réconciliation des deux histoires de France, révolutionnaire et contre-révolutionnaire, dans la « République, notre royaume de France » chère à Péguy ?

    La question me semble un peu dépassée, dans la mesure où la vie politique française ne s’organise plus du tout autour de l’axe pour ou contre la Révolution. Le débat sur la Révolution n’est pas épuisé intellectuellement, mais il n’a pas de traduction politique immédiate. En sens inverse, le 14 juillet d’aujourd’hui n’a pratiquement rien à voir avec la Révolution, ce qui était déjà le cas en 1989, lors du défilé du Bicentenaire évoqué plus haut. Encore une fois, le 14 juillet n’est plus que la fête de l’armée, ce qui déplace le débat : le rituel militaire est-il vraiment compris dans une époque où le patriotisme n’est plus enseigné, où l’armée est invitée à se battre pour les droits de l’homme et non pour le territoire national ou les intérêts extérieurs du pays, et où le sens du sacrifice renvoie à une morale en voie de disparition ?

    Eugénie Bastié
    Le Figaro

    Accédez à l’article source

     

     

     
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Révolution dite française : fille
    des Illuminés de Bavière
    et de la franc-maçonnerie ?

    **********

    En 1798, Le Moniteur universeljournal de propagande révolutionnaire fondé en 1789, relaie, en les fustigeant, les propos tenus dans un article récemment paru dans la presse anglaise attribuant la paternité de la Révolution dite française à l’ordre des illuminés de Bavière, fondé en Allemagne en 1776 par le professeur de droit Adam Weishaupt et bientôt allié à la franc-maçonnerie pour détruire la monarchie, la religion, et faire vaciller l’ordre social pour instaurer une liberté de façade.

     

    En préambule de cette traduction, Le Moniteur universel explique que depuis quelques années, plusieurs écrivains « ont gravement débité qu’ils [les Illuminés de Bavière] sont des espèces d’enragés, dont le projet est de tuer tous les rois de l’Europe pour venger la mort de Jacques Molay, grand-maître de l’ordre des Templiers, exécuté à Paris il y a 600 (sic) ans, sous le règne de Philippe le Bel. »

    Dans les idées de ces écrivains, poursuit Le Moniteur, « les Illuminés qui ne seraient ainsi qu’une filiation de l’ordre des Templiers, doivent toujours avoir des princes parmi eux, leur promettre le souverain pouvoir pour les séduire ; leur permettre d’en approcher très près, mais ne pas souffrir qu’ils s’en emparent »

    Supplice de Jacques de Molay (dernier maître des Templiers) à Paris en 1314. Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (vers 1410)
    Supplice de Jacques de Molay (dernier maître des Templiers) à Paris en 1314.
    Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (vers 1410)

     

    Selon Le Moniteur, si l’on demandait à l’auteur qui a rédigé l’article dont il donne plus loin la traduction, son opinion sur ce que veulent et peuvent faire les sociétés secrètes, il répondrait que, « la guerre, qu’on peut regarder comme presque inévitable, servira encore les projets des sociétés secrètes, en occupant la majeure partie des forces militaires des souverains ; et les rigueurs de toute espèce, les vexations, les charges que ce fléau entraîne après lui exalteront le mécontentement des peuples, ce dont les Illuminés ne manqueront pas de profiter. Si l’on veut se convaincre de la puissance de ces sortes d’associations, qu’on lise le rapport fait dans la chambre des communes du parlement d’Irlande sur l’insurrection des Irlandais-Nus ; on verra qu’il existait dans cette contré un véritable gouvernement secret, qui faisait lever à volonté les habitants de l’île ; imposait des contributions, traitait avec les puissances étrangères ; en un mot, rivalisait de pouvoir avec le gouvernement apparent. »

    Le Moniteur universel rapporte que l’on a inséré il y a quelque temps, dans une feuille anglaise, The Kentish gazette, un morceau sur les Illuminés : le journaliste dit l’avoir en sa possession depuis plus de deux ans, et qu’il a été envoyé en Angleterre par un illustre personnage qu’il ne nomme pas, mais qu’il prétend être devenu un objet de persécution et de proscription. Et Le Moniteur de livrer ensuite la traduction littérale de cette étrange pièce :

    « Dans le printemps de l’année 1776, il se forma à Ingolstadt, ville de Bavière célèbre par son université, une société qui dans ses commencements n’était composée que de quelques professeurs de collège et d’étudiants, et semblait être une imitation de l’ordre des francs-maçons, dont il y a plusieurs associations dans d’autres académies d’Allemagne. Le fondateur de la société ci-dessus mentionnée, était un nommé Adam Weishaupt, professeur à Ingolstadt, et ses membres furent appelés Illuminés.

    « L’objet de cette institution était le renversement de la religion chrétienne et des gouvernements existants, ainsi qu’il paraît par une lettre du professeur Weishaupt, écrite en 1778 à M. Zvvalh, conseiller aulique, un de ses premiers disciples, dans laquelle il s’exprime ainsi : Vous verrez renaître et s’établir par degrés un nouveau système de morale, d’éducation et de religion ; et si nous continuons comme nous avons commencé, notre pays sera bientôt à nous : le but de notre ordre est la liberté.

    Adam Weishaupt (1748-1830). Gravure de 1799 de C. K. Mansinger
    Adam Weishaupt (1748-1830). Gravure de 1799 de C. K. Mansinger

     

    « Trois ans s’étaient écoulés avant que l’ordre des Illuminés eût conçu l’idée de s’unir à celui des francs-maçons, ou que celui-ci eût la moindre connaissance d’une semblable intention ; mais dans le mois de novembre 1778 , le conseiller Zwahl rencontra l’abbé Marotti à Augsbourg, et se fit expliquer tout les secrets de la maçonnerie, jusqu’à ceux qu’on n’apprend que dans les grades écossais. Il informa le professeur Weishaupt d’une si importante acquisition, et lui fit sentir la nécessité de joindre leurs efforts pour réunir les deux ordres de manière que les premiers grades de la maçonnerie devinssent comme une école préparatoire, un séminaire de l’ordre des Illuminés ; mais l’exécution de ce plan fut différé par une suite de l’ignorance où ils étaient des véritables règlements ou de l’institution de l’ordre des francs-maçons.

    « Enfin ils trouvèrent un homme très propre à servir leur projet. Cet homme était le baron de Knigge, membre mécontent de l’ordre des Templiers (lequel ordre est supposé avoir donné la première idée de celui des Illuminés). Le baron de Knigge, dégoûté des mystères de la maçonnerie, parce qu’ils ne lui avaient pas procuré des lumières et des connaissances utiles pour ses recherches et ses expériences en alchimie, et n’avaient pas répondu à son attente, était très disposé à embrasser tous les nouveaux plans qu’on pourrait lui proposer ; il était aussi très nécessaire aux Illuminés de se servir de ses connaissances en maçonnerie, dont l’ignorance et l’inexpérience de Weishaupt n’avait pu leur donner une véritable idée.

    « Les opinions du baron en religion et en morale étaient déjà connues : à une grande énergie et à beaucoup d’activité, il joignait de l’éloquence, de la force dans l’expression et le talent de persuader. Il alla en Bavière en 1781 ; et après avoir bien médité le plan de la réunion de l’ordre des Illuminés avec celui des francs-maçons dans le quel il s’était fait remarquer par son zèle, il sentit mieux que tout autre la grande importance d’une fusion avec un ordre aussi généralement connu, établi, privilégié et composé du personnel du plus haut rang, comme était celui des francs-maçons.

    « Pendant que Knigge était occupé et entièrement absorbé par les soins qu’entraînait l’illustration qu’il voulait donner au nouvel ordre, il éclata contre lui en Bavière, en 1784 . une violente persécution. Sur la découverte qu’on avait fait des abominables principes de plusieurs membres, tels que Zwach, les comtes Constant, Savioli, etc. ils furent démis de leurs emplois, et d’autres se virent obligés de chercher leur sûreté dans la fuite. Weishaupt lui-même quitta Ingolstadt, et après avoir parcouru une grande partie de l’Allemagne, il se fixa à Gothq. C’est dans ce lieu où, au milieu du XVIe siècle, avait déjà paru un certain Grumbach qui avait cherché les moyens de renverser la constitution de l’Empire Germanique, que Weishaupt trouva un asile ; il y obtint le respectable titre de conseiller aulique et une bonne pension, et y jouit en outre de la faveur du prince.

    Adolph Freiherr von Knigge (1752-1796) en 1796. Gravure de Wilhelm Arndt (1750-1813)
    Adolph Freiherr von Knigge (1752-1796) en 1796. Gravure de Wilhelm Arndt (1750-1813)

     

    « En 1788, Bode et un autre membre nouvellement initié entreprirent de faire un voyage apostolique à Paris ; et dans la société ou loge du Contrat-Social, fondée par l’incrédule de Leutre et par le grand-maître de toutes les loges de France, le duc d’Orléans, ils prêchèrent l’évangile des Illuminés, dont l’objet était la destruction de la religion chrétienne et de tous les rangs existants dans la société. Il n’y a aucun doute que cette doctrine n’ait fait la plus grande impression sur les membres de la loge sus-mentionnée, enthousiastes de la liberté, comme Lafayette, d’Esprémenil, Condorcet, Mirabeau, Fauchet, etc. ; car ils formèrent immédiatement dans cette loge un comité politique, lequel en engendra d’autres dans les loges de Paris, et celles des villes de province.

    « La semence de cette doctrine ne pouvait manquer de prendre racine et de fleurir au point où nous l’avons vue en 1789 chez un peuple porté à se croire opprimé, et d’ailleurs assez corrompu pour adopter avec facilité les principes de l’irréligion, et la fausse politique des philosophes. L’effet de ces principes, si semblables à ceux des Illuminés, a été la destruction de toute religion, et de tous les rangs en France ; en un mot, le renversement du trône et de l’autel qui a suivi immédiatement.

    « Au moyen de cette association et de cette intimité fraternelle, il était naturel d’attendre que les jacobins de France trouveraient de nombreux adhérents parmi leurs frères d’Allemagne, et malheureusement ils étaient trop fondés à le croire. Bohmen, Forster, Wadekind, Dorsch, Blau, Matternich, Hoffmann, Stam et un grand nombre d’autre clubistes de Mayence, et membres e cette convention nationale qui a été formée dans cette ville, étaient tous de la loge des Illuminés, ainsi que tous les chefs des clubs établis à Spire, Worms, etc.

    « C’était sur l’appui et la coopération de ces frères d’Allemagne, que ceux de France comptaient surtout. Lametherie a observé judicieusement que l’Allemagne renferme dans son sein une secte connue seulement jusqu’à ce jour sous le nom d’Illuminés, et qu’il y a parmi ses membres ou adhérents des personnes de !a première distinction et même des princes.

    Insigne de la société secrète des Illuminés de Bavière, à l'effigie de la chouette de Minerve
    Insigne de la société secrète des Illuminés de Bavière,
    à l’effigie de la chouette de Minerve

     

    « Les Français ne furent point trompés dans l’attente où ils étaient des secours de leurs frères d’Allemagne, pour élever avec plus d’efficacité le temple de l’irréligion et l’anarchie sur les ruines de l’autel et du trône. Pour parvenir à cette fin, l’on employa, ainsi qu’il a été avancé par Dumourier, trente millions de livres, qui furent répandus dans les clubs étrangers, et qui, distribués par les comités secrets, suffirent pour se faire des créatures de ceux qui n’auraient pu être entraînés par le fanatisme. Ils suffirent encore à nourrir les auteurs affamés dont on se servit, et à indemniser les libraires des pertes qu’ils éprouvèrent par suite de la suppression de ces productions séditieuses et des procédures commencées contre eux.

    « D’après cela il est impossible de nier que la vigilance et l’attention des gouvernements et des magistrats ne soient indispensablement nécessaires pour surveiller les mouvements de ces associations clandestines. L’indolence et l’indifférence qu’on a montrées si longtemps, ont été appelées par les Illuminés, modération, clémence, tolérance dignes de princes grands et éclairés ; mais ils voulaient amuser ceux qui étaient assez faibles pour craindre les reproches d’intolérance et de tyrannie. Combien, hélas ! ont été abusés par ce sophisme.

    « Maintenant, Dieu en soit loué, les princes commencent à prévoir le danger qui les menace, et à prendre des mesures pour s’en défendre : jusqu’à présent, celles-ci ont été trop faibles. On a proposé, il n’y a pas longtemps, à la diète de Ratisbonne d’abolir toutes les sociétés secrètes ; mais la pluralité des suffrages a restreint la suppression de l’Ordre des étudiants ; ce qui est une nouvelle victoire pour celui des Illuminés qui se trouve, par ce moyen, tacitement toléré. Qui ne voit pas dans cela même une profonde et toute puissante influence ?

    « Il n’y a que des mesures vigoureuses qui puissent éloigner le danger ; des mesures lentes et insuffisantes indiquent de la faiblesse et encouragent l’ennemi : et jusqu’à ce que ces traîtres envers la religion et l’ordre social, qui se trouvent établis en Europe depuis plusieurs siècles, aient été atteints dans leurs profonds retranchements, et qu’ils en aient été arrachés, nous devons craindre constamment pour notre religion, notre liberté, notre propriété, notre vie, et nous regarder comme dignes du mépris et de la haine de la postérité la plus reculée. »

    Cérémonie d'initiation d'un nouveau membre au sein des Illuminés de Bavière. Gravure de 1879
    Cérémonie d’initiation d’un nouveau membre au sein des Illuminés de Bavière. Gravure de 1879

     

    L’auteur de l’article ajoute la note suivante : « Les principes de cette société ont été recueillis dans la conversation de plusieurs de ses chefs ; ils sont en substance, que l’ordre actuel de la société a été fondé et soutenu par l’erreur et l’imposture ; que nommément la religion chrétienne est un système dont toutes les ressources se trouvent maintenant épuisées, et que le genre humain est parvenu à un degré de lumières qui ne permet pas qu’il soit dupe plus longtemps de cette religion. Les fondements de l’édifice sont ruinés ; ainsi tout ce qui est élevé dessus doit naturellement tomber bientôt en poudre, et une révolution aura lieu. Le genre humain reviendra au premier état de nature, état de barbarie ; puis, il passera ensuite à celui de l’adolescence, de la maturité, et enfin à la vieillesse, époque à laquelle nous sommes parvenus. Enfin ceux-là seront les plus heureux qui, convaincus les premiers de ces principes, voudront se précautionner contre le naufrage général.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Consulat

    *********

    Points de repère de l’Histoire de France : Consulat. Précis chronologique abrégé consignant les événements marquants et faits historiques notoires sous le Consulat. Toutes les dates principales nécessaires à une bonne compréhension de l’Histoire.

    1799
    Le Consulat provisoire prend en main le gouvernement (11 novembre). — Adoucissement par divers actes du pouvoir de plusieurs des mesures révolutionnaires. — Constitution de l’an VIII (24 décembre). — Le gouvernement et les conseils sont organisés comme suit : un Premier Consul assisté de deux consuls avec voix consultative (l’initiative des lois réservée au gouvernement), un Sénat de soixante membres, un Tribunat de cent membres, un Corps législatif de trois cents membres. La Constitution de l’an VIII est acceptée par 3 011 007 suffrages.

    1800
    Traité d’El-Arisch entre Kléber, le général anglais Sidney-Schmit et la Turquie (24 janvier). — Traité entre Bonaparte et les derniers chefs vendéens, à Luçon (17 janvier), suivi de la soumission des dernières bandes d’insurgés bretons. — Établissement de la Banque de France (11 février). — Loi sur la division du territoire français en départements et arrondissements communaux (17 février). — Le gouvernement anglais désavoue le traité d’El-Arisch ; reprise des hostilités en Égypte ; victoire de Kléber à Héliopolis (20 mars), Kléber reconquiert l’Égypte révoltée ; il meurt assassiné au Caire (14 juin). Le général Menou lui succède. — Bonaparte reprend les hostilités contre la coalition : victoires de Moreau à Engen, Moskirch et Biberach (3 au 9 mai). — Passage des Alpes par l’armée française (18-20 mai). — Occupation d’Augsbourg (29 mai). — Premiers essais de vaccination en France (Ier juin). — Occupation de Milan ; nouvelle proclamation de la République cisalpine (2 et 4 juin). 
    — Occupation de Gênes (5 juin). — Victoire de Marengo (14 juin), Desaix y est tué. — Convention d’Alexandrie (Italie) portant reddition au général Suchet de toutes les places fortes du Piémont et de la Lombardie (18 juin). — Victoire des Français à Hochstedt (19 juin). — Nouveau traité contre la France entre l’Autriche et l’Angleterre, à Vienne (20 juin).

    — Par suite des succès de Moreau en Bavière, armistice de Parsdorf (15 juillet). — Signature de préliminaires de paix avec l’Autriche (28 juillet), l’Autriche cède à la France Ulm, Ingolstadt et Philippsbourg. — Capitulation de Malte aux mains des Anglais (25 septembre). — Insurrection contre les Français en Toscane : ils prennent possession de Florence et de quelques autres villes (15 octobre). — Les négociations pour la paix étant entravées par l’Autriche, l’offensive est reprise sur tous les fronts. Victoire des Français à Hohenlinden (3 décembre). — Occupation de Salzbourg, de Lintz et de Steyer (18 décembre). — Invasion du Tyrol italien. — Passage par Brune du Mincio et de l’Adige. — Nouvel armistice avec l’Autriche, en vue de la conclusion de la paix, à Steyer. Bonaparte ne reconnaissant pas l’abandon de Malte aux Anglais, la cède au czar Paul Ier, à qui les Anglais refusent de la livrer. Paul Ier se détache de la coalition et s’allie avec la Prusse, le Danemark et la Suède contre l’Angleterre (16 déc.). — Au cours de cette année, il a été fait entre la France et les Etats-Unis un traité d’amitié et de commerce (30 sept.). — Mesures pour rétablir la situation financière de la France. — Complots contre le premier consul : explosion d’une e machine infernale » lancée contre sa voiture (24 décembre). — Négociation pour la paix, à Lunéville.

    1801
    Sénatus-consulte ordonnant la déportation de cent trente personnes à propos de l’explosion de la e machine infernale » (4 janvier). Plusieurs sont exécutées (9 janvier). — Occupation de Vicence et de Vérone par les Français (3 et 8 janvier). — Armistice entre l’Autriche et l’armée d’Italie (16 janvier). — Signature du traité de paix de Lunéville entre la France et l’Autriche (9 février). — Entrée en guerre de l’Espagne, à l’instigation de la France, contre le Portugal soutenu par l’Angleterre (22 février). — Traité de Florence entre Murat et la Cour de Naples (18 mars). — Traité entre la France et l’Espagne, relatif aux États italiens qui s’ajouteront à l’État de Parme sur lequel règne le fils du roi d’Espagne (21 mars). — Perte de l’Égypte par les Français par suite des défaites infligées à Menou par lord Abercromby (8 mars au 9 avril, 27 juin). — Évacuation de l’Égypte (2 septembre). — Combat naval d’Algésiras : victoire sur la flotte an-glaise (5 juillet). — Paix de Badajoz entre l’Espagne et le Portugal (29 septembre). — Restauration du culte catholique en France : il redevient public ; signature d’un nouveau concordat avec le Saint-Siège (15 juill.). — Traité de Saint-Ildefonse entre la France et l’Espagne, qui lui cède la Louisiane (1er octobre). — Traité de paix entre la France et la Russie (8 octobre). — Ouverture du Congrès d’Amiens pour la paix avec l’Angleterre (8, 9 octobre). — Traités avec la régence d’Alger (27 décembre).
    Les territoires gagnés par la France par le traité de Lunéville sur la rive gauche du Rhin, forment quatre départements : Roër (Aix-la-Chapelle) ; Rhin-et-Moselle (Coblenz) ; Mont-Tonnerre (Mayence) ; Sarre (Trèves). — Le Concordat fixe, entre autres choses, l’attribution à l’État de la police des cultes, l’attribution aux ecclésiastiques d’un salaire fixe ; la consécration par le Saint-Siège de la vente des biens nationaux ; le droit de nomination des archevêques et évêques réservé à l’État, le Saint-Siège ne gardant à leur égard que le droit d’investiture canonique. — Grandes fêtes officielles en France à l’occasion de la paix générale. — Départ de l’expédition de Saint-Domingue (14 décembre).

    1802
    Le frère du premier consul, Louis Bonaparte, épouse Hortense de Beauharnais (9 janvier). — Paix d’Amiens entre la France et l’Angleterre (25 mars). — Inauguration solennelle du Concordat à Notre-Dame (18 avril). — Loi instituant la Légion d’honneur (19 mai). — Déclaration d’amnistie pour tous les émigrés qui rentreront en France dans les délais indiqués (26 avril). — Le Sénat proclame Bonaparte premier consul à vie (2 août). — Remplacement du ministère de la police par une Direction générale dépendant du ministère de la justice. — Réunion du Piémont à la France : il formera cinq départements (11 septembre). — Le duc de Parme étant mort, ses États font retour à la France comme le porte le traité conclu avec l’Espagne le 21 mars 1801, et en conséquence sont occupés par des troupes françaises (9 octobre). — Le général Leclerc, qui commandait l’expédition de Saint-Domingue, laquelle avait débuté par des succès, meurt à son retour en France ; il a laissé les troupes en proie à la fièvre jaune ; les noirs se révoltent dans toute l’île.
    Cette année 1802 a vu commencer de grands travaux publics : canal de l’Ourcq, canal de Saint-Quentin, canal de Nantes à Brest ; digue de Cherbourg ; routes du Simplon et du mont Genèvre. — Réforme des grands corps de l’État et des corps élus ; organisation de l’enseignement secondaire et de l’Institut.

    1803
    Actes hostiles de l’Angleterre contraires aux stipulations du traité de paix d’Amiens : elle refuse d’évacuer Malte (mars) et plus tard, elle fera saisir des colonies des Hollandais nos alliés. — Projets et préparatifs de descente en Angleterre. — Essai de navigation sur la Seine du bateau à vapeur construit par Fulton, citoyen américain (9 août), création de l’École militaire de Fontainebleau. — A Saint-Domingue (Haïti), les noirs massacrent les colons de race blanche et les mulâtres, et une partie du corps expéditionnaire français. Évacuation de l’ancienne colonie (novembre).

    1804
    Conspiration dirigée contre le premier consul par Georges Cadoudal (ancien chef chouan) et les deux généraux français Pichegru et Moreau ; ils sont arrêtés (le 15 février). — Enlèvement, dans le duché de Bade, du duc d’Enghien, fils du prince de Condé, son transfert à Vincennes, son jugement, son exécution (15-20 mars). — Pichegru s’étrangle dans sa prison (5 avril). — Protestations du czar et du roi de Suède (beaux-frères du grand-duc de Bade) contre la violation du territoire du duché par les Français qui ont enlevé le duc d’Enghien : ils en appellent à la Diète Germanique (7 mai). — Adoption par le Corps législatif du Code civil (mai). — Le Tribunat, le Corps législatif et le Sénat votent l’empire héréditaire.

    Napoléon Ier est proclamé empereur, à Saint-Cloud (le 18 mai). Il est le second fils de Charles Bonaparte, gentilhomme corse, et de Laetitia Ramolino, et né à Ajaccio en 1769. Il a épousé en 1796 Joséphine Tascher de la Pagerie, née à la Martinique en 1763 et veuve du vicomte de Beauharnais, mort sur l’échafaud en 1794.

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Directoire

    ******

    Points de repère de l’Histoire de France : Directoire. Précis chronologique abrégé consignant les événements marquants et faits historiques notoires sous le Directoire. Toutes les dates principales nécessaires à une bonne compréhension de l’Histoire.

    1795
    Formation du Directoire exécutif (1er novembre), son installation au Luxembourg (4 novembre). Les nouveaux pouvoirs se partagent comme suit : le Conseil des Anciens, le Conseil des Cinq-cents et le Directoire exécutif ; les premiers Directeurs sont : Rewbell, Barras, La Réveillère-Lépeaux, Letourneur et Carnot. — Évacuation de l’île d’Yeu par les Anglais (17 novembre). — Les Français (Schérer) battent les Autrichiens à Loano, d’où suspension d’armes (23 novembre). — Prise de Creuznach (1er décembre). — L’Autrichien Wurmser reprend Manheim (21 décembre). — En cette année (28 décembre), Madame, fille de Louis XVI, est échangée contre les représentants français que Dumouriez avait livrés à l’ennemi le ler avril 1793. — Carnot a organisé trois armées : celles de Rhin-et-Moselle (Moreau), Sambre-et-Meuse (Jourdan, puis Hoche), Italie (Bonaparte). Elles devront se réunir sous les murs de Vienne et porter ensemble un coup décisif à la monarchie autrichienne.

    1796
    Création du ministère de la police (let janvier). — Bonaparte est nommé commandant en chef de l’armée d’Italie (23 février). — Fin de la guerre de Vendée, les chefs vendéens Stofflet et Charette sont fusillés (février et 29 mars), au général Hoche est due l’heureuse terminaison de la guerre. — Insurrection dans le Berry (2 au 9 avril). — Début des opérations de Bonaparte en Italie : batailles de Montenotte (11-12 avril), de Millesimo et de Diégo (14-15 avril), de Mondovi (22 avril). — Combat du Pont de Lodi (10 mai). — Traité de Paris entre la République française et le roi de Sardaigne (15 mai). — Bataille d’Albenkirchen (4 juin). — Passage du Rhin par les Français à Kehl (24 juin). — Prise du château de Milan (29 juin). — Bataille de Rastadt (5 juillet). — Occupation de Stuttgart (25 juillet) et de Bamberg (4 août). — Traité de Berlin, entre la République française et le roi de Prusse (5 août). — Victoire de Castiglione (5 août) et occupation de Vérone (8 août). — Bataille de Neresheim (11 août). — Mesures de pacification en Vendée (août). — Occupation, après combat, d’Amberg (17 août). — Traité de Saint-Ildefonse : alliance offensive et défensive entre la France et l’Espagne (18 août). — Combat de Neumarck (23 août). — Bataille de Wurtzbourg (3 septembre). — Combats de Roveredo ; occupation de Trente ; combat de Bassano (3, 4, 5, 8 sept.). — Bataille de Biberach (2 octobre).

    — Le roi d’Espagne déclare la guerre à l’Angleterre (8 octobre). — Traité de paix, à Paris, entre la République et Ferdinand IV, roi des Deux-Siciles (10 octobre). — Les Anglais sont chassés de la Corse, qui rentre sous la domination française (22 octobre). — Bataille d’Arcole (15-17 novembre). — Formation et départ d’un corps expéditionnaire pour aider l’Irlande à chasser les Anglais (décembre).

    1797
    Kehl se rend à l’archiduc Charles (9 janvier). — Bataille de Rivoli (victoire des Français) (14-18 janvier). — Occupation de Trente (29 janvier). — Prise de Mantoue (2 février). — Reddition de la tête de pont d’Huningue (5 février). — Prise d’Ancône par les Français (9 février). — Traité de paix à Tolentino entre la République française et le pape Pie VI (19 février). — Passage du Tagliamento (16 mars). — Prise de Gradisca (19 mars) et de Botzen (22 mars). — Combat de Tarvis (24 mars). — Prise de Trieste (24 mars), de Klagenfurth (29 mars), de Laybach (let avril). — Signature, à Léoben, des préliminaires de paix entre la France et l’Autriche (15 avril). — L’armée de Sambre-et-Meuse passe le Rhin à Neuwied (18 avril). — Passage du Rhin par l’armée de Rhin-et-Moselle, qui prend Kehl et Offenbourg. — Armistice sur le Rhin (20, 21, 23 avril). — Éntrée d’Augereau à Venise (16 mai). — Prise de Corfou (28 juin). — Proclamation de la République cisalpine (9 juillet). — Coup d’État du Directoire contre les membres opposants du Conseil des Cinq-Cents et des Anciens (4 septembre : 18 fructidor). — Loi excluant les ex-nobles des fonctions publiques et les privant de leurs droits politiques (15 septembre). — Mort de Hoche à Wetzlar (18 septembre). — Traité de paix de Campo-Formio, suite des préliminaires de Léoben, entre la France et l’Autriche ; fin de la guerre d’Italie (17 octobre). — Ouverture du Congrès de Rastadt (9 décembre). — Présentation solennelle au Directoire du général Bonaparte qui lui remet le traité de Campo-Formio (10 décembre).

    1798
    Invasion de la Suisse. — Réunion de Mulhouse au territoire français (28 janvier). — Prise de Fribourg ; occupation de Soleure et Morat ; prise de Berne (2 et 5 mars). — Traité réunissant Genève à la France (26 mars). — De la première coalition contre la France, l’Angleterre est restée seule ; mais elle n’a pas désarmé. Bonaparte fait approuver par le Directoire son projet d’aller l’attaquer dans ses possessions de l’Inde : la première partie de ce projet comporte l’expédition d’Égypte. — Départ de l’expédition d’Égypte (19 mai). — Prise de Malte (10-13 juin). — Prise d’Alexandrie (Ier-3 juillet). — Bataille des Pyramides (21 juillet). — Bataille navale d’Aboukir, désastreuse pour la flotte française (Ier août). — Loi établissant la conscription militaire en France (5 septembre). — Déclaration de guerre de la Turquie à la France (12 septembre). — Bataille de Sédyman (7 octobre). — Combat de Civita-Castellana (5 décembre). — Déclaration de guerre de la France aux rois de Naples et de Sardaigne (8 décembre). — Occupation de Turin (8 et 10 décembre). — Occupation de Rome par Champion-net (15 décembre). — L’Angleterre s’allie avec la Russie contre la France (18 décembre). La Russie prend également pour alliée la Turquie (23 déc.). — Au cours de cette année, les derniers Français (blancs) ont été chassés par les noirs du territoire de la République d’Haïti (ancienne colonie de Saint-Domingue).

    1799
    Championnet occupe Naples et proclame la République Parthénopéenne (23 janvier). — Prise de Corfou et des autres îles Ioniennes aux Français par les flottes russe et turque. — Démission du général Joubert ; destitution du général Championnet, accusé de concussion (mars). — Remaniement dans le commandement des armées ; Schérer, armée d’Italie ; Macdonald, armée de Naples ; Masséna, armée d’Helvétie ; Jourdan, armée du Danube ; Bernadotte, armée du Rhin ; Brune, armée de Hollande (mars). — L’archiduc Charles passe le Lech (mars). — Déclaration de guerre du Directoire à l’Autriche (12 mars). — Une deuxième coalition se déclare contre la France : elle englobe l’Autriche, l’Angleterre, une partie de l’empire germanique, le royaume de Naples (réduit à la Sicile), le Portugal, la Turquie, les États barbaresques et la
    Russie (mars). — Jourdan battu à Stockach (22 mars). — Défaites des Français par les Autrichiens sur l’Adige (30 mats) et à Magnano (5 avril). — Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt (28 avril).

    Souwaroff prend le commandement des Russes et des Autrichiens en Italie ; Moreau celui de l’armée française (27 avril). — Remaniement dans le Directoire et dans les ministères (juin et juillet). — Levée en masse (12 juillet). — Combats de la Trébie (17-19 juin) qui achèvent la ruine de la domination française sur l’Italie et la Lombardie. Perte par les Français de la bataille de Novi, où Joubert est tué (15 août). — Les Anglais débarquent au Helder (27 août). — Victoire de Brune sur les Anglais et Russes en Hollande
    (19 sept.), capitulation des mêmes à Alkmaer (6 octobre). — En Syrie et Égypte : prise par Bonaparte d’Él Arisch, de Jaffa et de Gaza. — Siège de Saint-Jean-d’Acre. — Victoire de Bonaparte au Mont Thabor (février au 18 avril). — La peste sévit dans l’armée française ; Bonaparte ramène ses troupes en Egypte (20 mai). — Destruction d’une armée turque à Aboukir (24 juillet). — Bonaparte remet le commandement de l’armée à Kléber et s’embarque en secret pour la France (22 août). II débarque à Fréjus (8 octobre). — Coup d’État du 18 brumaire : un décret préparé par les partisans de Bonaparte lui confère le commande-ment général et ordonne la translation du Directoire et des Conseils à Saint-Coud (9 nov.). — Le Conseil des Cinq-cents est chassé par la force armée de la salle de ses séances (9 novembre, dix-huit brumaire) ; Bonaparte, Roger Ducos et Sieyès sont proclamés consuls provisoires (10 novembre) par le Conseil des Anciens.

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Révolution française

    **********

    Points de repère de l’Histoire de France : Révolution française. Précis chronologique abrégé consignant les événements marquants et faits historiques notoires sous la Révolution française. Toutes les dates principales nécessaires à une bonne compréhension de l’Histoire.

    1789
    Ouverture des États généraux à Versailles (5 mai). — Le clergé renonce à ses privilèges pécuniaires (20 mai). — La noblesse renonce aux mêmes privilèges (23 mai). — Élection de Bailly à la présidence du tiers état (3 juin). — Le tiers état se constitue en Assemblée nationale (17 juin). — Le roi fait fermer la salle de l’Assemblée nationale à Versailles.

    — Serment du Jeu de Paume (20 juin). — Séance royale des États généraux ; le roi casse les résolutions du tiers état déclarant inviolables les députés de la nation (23 juin). — A la demande de Louis XVI, le clergé et la noblesse se réunissent au tiers état (27 juin). — L’Assemblée nationale se déclare constituante (9 juillet). — Renvoi de Necker (11 juillet). — Prise de la Bastille par le peuple de Paris (14 juillet).

    — Commencement de l’émigration (16 juillet et suiv.).

    — Bailly est nommé maire de Paris, et La Fayette commandant de la milice parisienne (16 juillet). — Le roi, à Paris, accepte la cocarde tricolore (17 juillet). 
    — Séance nocturne de l’Assemblée nationale dans laquelle sont décrétés : l’égalité d’impôts, l’abolition des droits féodaux, privilèges et justices seigneuriales et la vénalité des offices (4 août). — Décrets établissant la liberté religieuse (23 août) et la liberté de la presse (24 août). — Rappel de Necker à la tête du ministère (28 août). — Émeute à Paris : le peuple se porte à Versailles et force le roi et sa famille à revenir dans la capitale (6 octobre). — Translation (12 octobre) et première séance (19 octobre) de l’As-semblée nationale à Paris, salle du Manège, près des Tuileries. — Présentation au roi du premier texte des Droits de l’Homme. — Création des assignats (17 décembre).

    1790
    L’Assemblée nationale décrète la division de la France en 83 départements (15 janvier). — Le roi se rend à l’Assemblée nationale et jure de maintenir la Constitution (4 février). — Décrets : supprimant les
    voeux monastiques (13 février) ; et les droits féodaux (15 mars) ; enjoignant la vente des biens nationaux, à concurrence de 400 millions (17 mars) ; attribuant à la nation seule le droit de guerre et de paix (22 mai) ; fixant la liste civile du roi et le douaire de la reine, ensemble à 29 millions (9 juin) ; supprimant tous titres de noblesse, ordres, livrées et armoiries (19 juin).
    Fête de la Fédération (des 83 départements) au Champ-de-Mars (14 juillet). — Sédition militaire à Nancy (31 août). — Démission de Necker (4 sept.). — Décret sur l’organisation judiciaire et supprimant les Parlements (7 septembre). — Acceptation par le roi de la Constitution civile du clergé (26 décembre).

    1791
    Loi sur la prestation de serment des ecclésiastiques (26 janvier). — Le peuple de Paris détruit les parapets du château de Vincennes (28 février). — L’église Sainte-Geneviève prend le nom de Panthéon (4 avril) ; le corps de Mirabeau, qui vient de mourir, y est déposé. — Abolition de la torture ; adoption de la guillotine (31 mai). — Fuite du roi : il quitte clandestinement Paris avec la reine, leurs enfants, le dauphin et Madame Royale, sa soeur Madame Élisabeth et M. de Tourzel (20 au 21 juin) ; son arrestation à Varennes (22 juin). — Le roi et les personnes qui l’accompagnaient sont ramenés à Paris (25 juin). — Décret enjoignant aux émigrés de rentrer en France dans les deux mois (9 juillet). — Translation des cendres de Voltaire au Panthéon (11 juillet). — Le roi est suspendu de ses fonctions jusqu’à la présentation de l’Acte constitutionnel (15 juillet).

    L’empereur d’Allemagne et le roi de Prusse se mettent d’accord, à Pilnitz, pour menacer l’Assemblée constituante de prendre les armes afin de délivrer le roi (27 août). — Acceptation par le roi de la Constitution (13 septembre). — Réunion à la France d’Avignon et du Comtat Venaissin (14 septembre). — Clôture de l’Assemblée nationale (30 septembre) et son remplacement par l’Assemblée législative (1er octobre). — Mesures contre les émigrés (28 octobre, 8 et 11 novembre). — Pétion est nommé maire de Paris (17 novembre), Manuel, procureur-syndic de la commune de Paris (2 décembre), Narbonne, ministre de la guerre (6 décembre).

    1792
    Les princes de la famille royale et plusieurs autres émigrés sont décrétés d’accusation (1er janvier). — Déclaration de guerre à l’empereur d’Autriche François II (20 avril) et commencement des hostilités près de Lille (28 avril). — Échec des Français à Tournai. Le général Dillon est assassiné, le général Biron se replie sur Valenciennes. — Un décret menace de la déportation les ecclésiastiques non assermentés (26 mai). — Décret ordonnant la formation d’un camp de 20000 hommes près de Paris (8 juin). — Veto du roi à cette mesure (10 juin), les faubourgs se soulèvent contre le veto du roi (20 juin). — Luckner (maréchal français) est victorieux à Menin (19 juin), à Courtrai et à Ypres (20 juin).

    Décret proclamant que la patrie est en danger (11 juillet).

    Le roi est suspendu de ses fonctions et enfermé au Temple avec sa famille (10 et 12 août). — Décret convoquant une Convention nationale (10 août). — Décret d’accusation contre les Girondins (15 août). — Décret fixant à 21 ans la majorité des Français (16 août). — La Fayette quitte la France avec son état-major (20 août). — Luckner est remplacé par Kellermann (23 août). — Massacre, par la populace, des prisonniers détenus pour causes politiques dans les prisons de Paris (2, 3, 4 septembre). — Suppression par décrets des ordres : de Malte (19 septembre) et de Saint-Louis (15 octobre). — Dernière séance de l’As-semblée législative et installation de la Convention nationale (21 septembre). — La Convention déclare la royauté abolie et proclame la République (21 septembre). — Un décret rendu postérieurement fixe au 22 septembre le commencement de l’an W de la République. — Décret portant la peine de mort contre les émigrés pris les armes à la main (6 octobre). — Décret proscrivant les dénominations Monsieur et Madame et les remplaçant par citoyen et citoyenne (10 octobre). — Réunion de la Savoie à la France : elle forme le département du Mont-Blanc (21 et 27 novembre). — Décret portant que Louis XVI sera jugé par la Convention (3 décembre). — Louis XVI, mandé à la barre de la Convention, répond aux quarante-deux questions de Barrère, président, et choisit pour ses défenseurs Tronchet et Target : le premier seul accepte (11 décembre). — Nouvelle comparution de Louis XVI devant la Convention (26 décembre).

    Faits de guerre : d’août à fin décembre. 2 septembre reddition de Verdun par Beaurepaire, marche du roi de Prusse sur Paris ; 11 septembre : le comte d’Artois se joint à l’armée prussienne avec 6 000 cavaliers ; 14 septembre : retraite des Français sur Châlons-sur-Marne ; 20 septembre : victoire de Kellermann sur les Prussiens à Valmy ; 22 septembre : occupation de la Savoie par les Français ; 28 septembre : prise de Nice par les Français ; 29 septembre : bombardement de Lille, prise de Spire par Custine ; retraite des Prussiens ; 4 octobre : prise de Worms ; 13 octobre reprise de Verdun ; 21 octobre : prise de Mayence par Custine et de Longwy par Kellermann ; 22 octobre : évacuation du territoire français par les Prussiens 28 octobre : prise de Francfort-sur-le-Mein par Custine ; 6 novembre : victoire de Jemmapes, remportée par Dumouriez ; 8 et 12 novembre : prise de Tournai, de Gand et de Charleroi par les Français ; 13 au 30 novembre : les Français prennent les villes de Bruxelles, Ostende, Malines, Ypres, Furnes, Bruges, Anvers, Tirlemont ; 2 décembre : prise de Namur ; 10 et 14 décembre : prise de Ruremonde, Merzick, Freidenburg et Saarbrück ; 21 décembre : l’année française s’empare de tout le pays compris entre la Saar et la Moselle jusqu’à Consaarbrück.
    Le 28 novembre, un corps de Hessois resté dans Francfort, a livré cette ville aux Prussiens qui en ont massacré la garnison française.

    1793En cette année, le duc de Choiseul, combattu par la favorite de Louis XV, la comtesse du Barry, fut disgracié. Le prétexte de son renvoi fut l’appui qu’il donnait au Parlement, lequel était en lutte avec la Cour. Condamnation à mort de Louis XVI et son exécution (17 et 21 janvier). — Déclaration des princes (émigrés) reconnaissant le dauphin pour roi de France, (17 octobre). — Condamnation et exécution de vingt et un députés girondins (31 octobre). — Établissement du culte de la Raison (10 novembre). — Condamnation et exécution du duc d’Orléans, de Mme Roland, de Bailly, du général Houchard, de la comtesse du Barry (31 octobre au 8 décembre). — Reprise de Toulon aux Anglais par Dugommier (19 décembre), avec le concours de Bonaparte, alors capitaine d’artillerie et qui sera nommé l’année suivante général de brigade. — C’est en cette année qu’ont lieu les premiers essais de télégraphie optique par Chappe (12 juillet). — En cette année également que les mois de l’année commencent à porter les noms qui les mettent en concordance avec les saisons (Calendrier républicain).

    1794
    Le chancelier de Maupeou, créature du parti ennemi du duc de Choiseul, prit la place de ce dernier. Incapable, corrompu et vindicatif, Maupeou fit expier au Parlement ses velléités d’indépendance : les meilleurs de ses membres furent exilés, et le ministre forma un parlement de son choix (le Parlement Maupeou), dont la composition le fit tourner en dérision. Pendant ce temps, l’abbé Terray que Maupeou s’était adjoint pour les finances, gaspillait les deniers publics et lais-sait la concussion et la spéculation achever la ruine de l’État. Le duc d’Aiguillon, chargé des affaires étrangères, mais médiocre diplomate, complétait ce triumvirat dont l’administration acheva de consommer le discrédit et l’appauvrissement de la France. Marseille est déclarée rebelle et sans nom (16 janvier). — La Convention décrète la liberté des nègres et une loi proclame l’abolition immédiate de l’esclavage dans les colonies françaises (4 février). — Adoption par la Convention du drapeau national à trois couleurs : bleu, blanc, rouge (15 février). — Achèvement par les Anglais de la conquête de la Martinique (22 février). — Fondation de l’École polytechnique (11 mars). — Condamnation et exécution : des Hébertistes (24 mars), de Danton, Camille Des-moulins, etc. (5 avril). — Les rois d’Angleterre et de Prusse et le stathouder concluent à La Haye un traité contre la France (19 avril). — Les armées de la coalition s’emparent de Landrecies (30 avril). — Proclamation, à l’instigation de Robespierre, de l’existence de l’Être suprême (7 mai) et première fête nationale en son honneur (8 juin). — Condamnation et mort de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI (10 mai). — Succès des années de la République à Tourcoing, Fleurus, Ypres, Ostende, Mons, Tournai, Gand, Bruxelles, Namur, Nieuport, Anvers (du 15 juin au 31 juillet). — Atrocités ordonnées par les commissaires du gouvernement dans les départements : Carrier et Fouché à Nantes, Tallien à Bordeaux, Lebon dans le Pas-de-Calais, etc. — Chute de Robespierre et du parti de la Montagne ; exécution de Robespierre et de soixante et onze de ses partisans (27 et 28 juillet, soit les 9 et 10 thermidor : c’est la fin du régime dit de la Terreur).

    1795

    — Succès des Français en Espagne (Fontarabie, 1er août ; Saint-Sébastien, 4 août). — Occupation de Trèves par les Français ; reprise par eux du Quesnoy, de Valenciennes, de Condé (6 au 30 août). — Explosion de la poudrière de Grenelle à Paris (31 août). — Reprise du fort de Bellegarde et occupation d’Aix-la-Chapelle (18 et 22 septembre). — Destruction par la marine française des établissements anglais à Sierra-Leone et autres points de la côte d’Afrique (24 septembre). — Prise de Juliers, Bois-le-Duc, Cologne, Vanloo, par les Français (22 septembre au 7 octobre) et de Maestricht, Nimègue, puis Figuières (4, 8 et 27 novembre).

    — Établissement, par décret, du Conservatoire des Arts et Métiers : 10 oct. et de l’EcoIe Normale : 30 octobre.

    — Suppression de toutes les mesures et lois édictées pour établir ou assurer le maximum (24 décembre). — Invasion de la Hollande par les Français (25 déc.). En cette année, la France perd les petites Antilles. — Les Anglais s’emparent momentanément de la Corse (fév. à juin). — Masséna, à la tête d’une armée française, envahit le Piémont (avril), est battu et obligé de battre en retraite sur Gênes. — Révolution à Genève en faveur de la France (19 juillet). — Grave disette en France. — Les Français occupent Amsterdam (19 janvier). — Prise de la flotte hollandaise (immobilisée par les glaces) par des hussards français (20 janvier). — Prise de Berg-op-Zoom et de Zwoll par les Français. — Prise de Rosas (act. Pyrénées-Orientales) par les Français (3 février). — Première pacification de la Vendée conclue à La Jaunaye (15 février). — Division, par décret, de la commune de Paris en douze arrondissements (21 février). — Les conventionnels Barrère, Billaaud-Varennes, Colot d’Herbois et Vadier sont décrétés d’accusation et arrêtés (2 mars). — Combat naval dans la Méditerranée (13 mars). Insurrection des faubourgs de Paris contre la Convention (1er avril). — Traité de paix, conclu à Bâle, entre la République française et le roi de Prusse (5 avril). — Décret introduisant le système décimal dans les poids, monnaies et mesures (7 avril). — Traité de paix et d’alliance entre la France et les Provinces-Unies (Hollande) (16 mai). — Insurrection à Paris des Jacobins (20 au 28 mai). — Suppression, par décret, du Tribunal révolutionnaire (31 mai). — Prise de Luxembourg par les Français (7 juin). — Déclaration de la mort au Temple du dauphin, fils de Louis XVI (8 juin). — Le comte de Provence, frère de Louis XVI, alors à Vérone, prend le titre de roi de France sous le nom de Louis XVIII, le nom de Louis XVII ayant été censé porté par le dauphin mort au Temple (juin). — Combat naval à la hauteur du Morbihan (23 juin). — Reprise par Charette de la guerre en Vendée (24 juin). — Occupation par les Français de Bilbao et Vittoria (17 juill.). — Traité de paix, à Bâle, entre la France et l’Espagne (22 juillet). — Établissement, par décret, du Conservatoire de musique (3 août). — Passage du Rhin par l’armée française de Sambre-et-Meuse, et prise de Dusseldorff (6 septembre). — Capitulation de Manheim (20 septembre). — Proclamation de la Constitution de l’an III (23 septembre). — Décret incorporant au territoire de la République tous les pays conquis en deçà du Rhin, la Belgique, l’État de Liège et le Luxembourg Ier octobre), — Débarquement d’une cadre anglaise à l’île d’Yeu (2 octobre). — Insurrection des Sections de Paris contre la Convention, écrasée par le général Bonaparte : 13 vendémiaire (5 octobre). — Défaite des Français par les Autrichiens à Hochst et devant Mayence (11 et 29 oct.). — Création de l’Institut de France (25 octobre). — Fin de la session de la Convention nationale et sa clôture (26 octobre). — Première séance des deux Conseils législatifs (28 octobre). — Combats de Manheim et de Morbach (29 octobre).

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Deuxième moitié du XVIIIe siècle

    ******

    Points de repère de l’Histoire de France : deuxième moitié du XVIIIe siècle. Précis chronologique abrégé consignant les événements marquants et faits historiques notoires de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Toutes les dates principales nécessaires à une bonne compréhension de l’Histoire.

    1755
    Lally-Tollendal continua la lutte, mais avec peu de ressources, et sans succès, les Anglais nous chassèrent de toutes nos positions et restèrent maîtres de territoires immenses.

    1756-1763
    Guerre de Sept ans. La prospérité de notre marine marchande et les succès de Dupleix et de La Bourdonnais dans l’Inde avaient alarmé l’Angleterre, qui appréhenda de voir le commerce de la France concurrencer victorieusement le sien. Les Anglais se livrèrent, sans provocation de nos nationaux, à de véritables actes de piraterie : en 1755 et 1756, ils saisirent, dans différents ports, trois cents vaisseaux de commerce et deux grands bâtiments de guerre, et un diplomate français fut assassiné. Louis XV leur déclara la guerre. Aussitôt une expédition française, sous les ordres du duc de Richelieu, débarqua à Minorque (possession anglaise) et enleva la citadelle de Port-Mahon (1756).
    En cette même année, Louis XV, à l’instigation de sa funeste favorite, la marquise de Pompadour, fit alliance avec l’Autriche contre la Prusse (qui avait été notre alliée royalement récompensée dans la précédente guerre). C’était la donner pour alliée aux Anglais et compromettre toutes les chances que nous avions d’en venir à bout.

    1757
    Victoires des Français : dans le nord de l’Allemagne, sur les Anglais, en Hanovre, à Hastembeck (maréchal d’Estrées) et à Closter Seven (maréchal de Richelieu). Les Prussiens (Frédéric II) firent face d’abord avec succès aux Autrichiens alliés avec les Russes, puis ils se retournèrent contre nous et battirent notre général, l’incapable Soubise, à Rosbach.
    Attentat de Damiens contre la vie de Louis XV, qu’il frappe d’un couteau. Il est condamné au supplice de la roue.

    1758-1759
    Les Français (prince de Clermont) sont de nouveau battus à Crevelt (par le duc de Brunschwig) et un peu plus tard (maréchal de Contades) à Minden. Entre temps, le duc de Broglie (Français) avait remporté la victoire de Bergen.

    1758
    Les Anglais tentèrent d’établir le blocus de nos principaux ports et de détruire Saint-Malo ; ils incendièrent Cherbourg. Ils tentèrent ensuite un débarquement dans la baie de Saint-Brieuc, mais les habitants les tinrent en respect jusqu’à l’arrivée de troupes de secours qui les culbutèrent à Saint-Cast.

    1759
    Perte du Canada et de l’Inde. Pendant que Lally-Tollendal luttait pour essayer de conserver au moins Pondichéry à la France, Montcalm et le marquis de Vaudreuil se débattaient désespérément au Canada contre les Anglais auxquels ils ne pouvaient opposer que des forces insuffisantes. Malgré leurs supplications, la Cour n’envoyant pas de renforts, Montcalm livra devant Québec une dernière bataille, qu’il perdit. C’était la fin de la domination française en Amérique.

    1760
    Victoire des Français à Clostercamp, où s’illustrèrent, par leur dévouement héroïque, le chevalier d’Assas et le sergent Dubois.

    1761
    Cependant le duc de Choiseul, mis à la tête des affaires en 1758, avait cherché le moyen de ne paslaisser cette guerre tourner en désastre. Ardent patriote et habile diplomate, il reprit la tradition de Louis XIV et réussit, en concluant le Pacte de Famille, à renouer l’alliance entre tous les Bourbons qui régnaient alors en Europe. L’Espagne joignit sa flotte à la nôtre, et bien que les Anglais profitèrent de cette occasion pour attaquer quelques colonies espagnoles, ils craignirent néanmoins de voir la nouvelle alliance s’augmenter et devenir plus puissante qu’eux. La paix devenait pour eux une nécessité aussi bien que pour Frédéric II, que ses succès contre l’Autriche avaient affaibli.

    1762-1765
    Durant cette période, le Parlement et la Cour s’attachèrent à préparer l’expulsion des jésuites, dont les agissements et les intentions étaient en opposition avec les intérêts du royaume. Le Parlement de Paris les condamna en 1762 et le duc de Choiseul fit rendre contre eux en 1765 un édit de bannissement.

    1763
    Le Traité de Paris mit donc fin à la guerre dite de Sept ans. La France perdait au profit de l’Angleterre, l’Acadie, le Canada, le golfe de Saint-Laurent, plusieurs des Antilles, le Sénégal et presque toutes ses possessions de l’Inde. La Louisiane était abandon-née à l’Espagne. C’est de cet événement que date la puissance coloniale de l’Angleterre.

    1766
    Mort de Stanislas Leczinska, et retour de la Lorraine à la France.

    1768
    Choiseul, qui fut un excellent ministre, s’employa activement au relèvement de la France, par le commerce, la marine et l’industrie. Il conclut de nombreux traités avantageux pour notre pays. En 1768, il se fit céder par la République de Gênes l’île de Corse.

    1769
    L’agronome Parmentier use d’un stratagème, grâce auquel la culture et la consommation de la pomme de terre se généralisent désormais en France.

    1770
    En cette année, le duc de Choiseul, combattu par la favorite de Louis XV, la comtesse du Barry, fut disgracié. Le prétexte de son renvoi fut l’appui qu’il donnait au Parlement, lequel était en lutte avec la Cour.

    1771
    Le chancelier de Maupeou, créature du parti ennemi du duc de Choiseul, prit la place de ce dernier. Incapable, corrompu et vindicatif, Maupeou fit expier au Parlement ses velléités d’indépendance : les meilleurs de ses membres furent exilés, et le ministre forma un parlement de son choix (le Parlement Maupeou), dont la composition le fit tourner en dérision. Pendant ce temps, l’abbé Terray que Maupeou s’était adjoint pour les finances, gaspillait les deniers publics et lais-sait la concussion et la spéculation achever la ruine de l’État. Le duc d’Aiguillon, chargé des affaires étrangères, mais médiocre diplomate, complétait ce triumvirat dont l’administration acheva de consommer le discrédit et l’appauvrissement de la France..

    1772
    Partage (sans protestation de Louis XV) de la Pologne par la Prusse, la Russie et l’Autriche.

    1774
    Mort de Louis XV. Si ce règne de cinquante-neuf ans ne profita pas à la prospérité matérielle et à la grandeur politique de la France, il fut cependant un de ceux pendant lesquels notre pays a le plus brillé dans le domaine des lettres, des arts et des sciences. Les idées philosophiques qui s’éveillèrent à partir de la seconde moitié de cette période et se répandirent plus ou moins dans les diverses classes de la société, émancipèrent les esprits et préparèrent les voies à la Révolution de 1789. Parmi les personnalités qui illustrèrent cette époque hors des camps, on peut citer Diderot et d’Alembert, fondateurs de l’Encyclopédie, immense recueil qui présentait le tableau complet des connaissances humaines à la fin du règne ; J.-J. Rousseau, Montesquieu, Voltaire, plus une foule de conteurs, de poètes, d’auteurs dramatiques de talent. Dans le domaine des sciences Linné, Buffon, de Jussieu, Lavoisier. Nombreux furent sous ce règne les artistes : peintres, sculpteurs, graveurs, les plus fameux de l’Europe ; les beaux-arts et le luxe sous toutes ses formes et l’élégance, y arrivèrent à leur plus haute expression : la manufacture de Sèvres date de là. Entre beaucoup d’autres noms de ce temps que l’Histoire a gardés, il en est malheureusement beaucoup qui s’accompagnent d’une renommée moins flatteuse, tels ceux des favorites : la marquise de Pompadour et la comtesse du Barry. Encore la première fit-elle excuser ses prodigalités et sa mauvaise influence sur le roi par la protection qu’elle donna aux écrivains et aux artistes, tandis que la seconde n’a laissé que le souvenir du mal qu’elle fit.

    Avènement de Louis XVI, né en 1745, petit-fils de Louis XV. (Son père était le dauphin Louis, fils de Louis XV ; sa mère, Marie-Josèphe de Saxe.) Il avait épousé en 1770 Marie-Antoinette d’Autriche, née en 1755. Animé des meilleures intentions, mais faible, d’intelligence assez courte, et irrésolu, il était mal armé pour prendre le pouvoir dans les circonstances difficiles que traversait le pays. Bien qu’il fit ce qu’il put pour réparer les fautes de son prédécesseur, il était destiné à expier les erreurs et les abus du règne auquel il n’avait pas pris part.

    1774-1776
    Dès son accession au trône, Louis XVI fit remise au peuple du « don de joyeux avènement » ; il prit pour ministres deux hommes recommandables par leur probité et leurs lumières, Malesherbes et Turgot ; malheureusement, il avait donné sa faveur à Maurepas dont la frivolité devait empêcher les efforts de ses collègues de produire les bons effets qu’il en espérait Malesherbes, jurisconsulte éminent, projetait des ré-formes dont l’acceptation immédiate eût peut-être sauvé la monarchie : faculté pour les accusés d’être défendus devant les tribunaux, liberté de conscience et de la presse, rétablissement de l’édit de Nantes, suppression des lettres de cachet, abolition de la torture, convocation des États généraux, etc. : Turgot, ancien intendant de la province de Limousin, supprima les maîtrises et les jurandes, qui ne permettaient qu’à quelques ouvriers de devenir patrons ; il abolit la corvée, améliora la navigation intérieure, amorça les mesures destinées à assurer la liberté du commerce, principalement de celui des grains. Il eût voulu constituer un système d’assemblées provinciales où se fussent débattus les intérêts locaux ; il remplaça les impôts arbitraires existants par un impôt territorial qui pesait également sur toutes les classes. Malheureusement son bon vouloir échoua contre l’obstination des classes privilégiées qui entendaient ne faire aucune concession au bien-être général, et même du peuple qui ne comprit pas tout ce qu’il avait à gagner aux réformes accomplies ou projetées. Bref, Malesherbes et Turgot durent se retirer du ministère. Le banquier genevois Necker fut appelé par le roi à la direction des finances.

    1775
    Le Barbier de Séville, de Beaumarchais.

    1777
    Cette année vit deux événements intéressants, quoique de peu d’importance en regard de ceux qui se préparaient : la création du Mont-de-piété et l’apparition du premier quotidien (Journal de Paris).

    1778
    Les colonies anglaises d’Amérique du Nord s’étaient, dès 1776, soulevées contre la métropole et déclarées indépendantes ; sous la présidence de Washington, elles s’étaient réunies en une « confédération » des Etats-Unis. Mais elles avaient à se défendre contre l’Angleterre qui prétendait les faire rentrer sous sa domination. Un homme d’État américain, Franklin, traversa l’Océan pour venir demander à Louis XVI l’appui de la France. Une expédition de volontaires se forma pour porter secours aux Américains, sous la conduite de La Fayette. Louis XVI signa un traité avec les États-Unis, les reconnaissant ainsi comme puissance indépendante. La guerre éclata ouvertement entre la France et l’Angleterre. Notre flotte connut de nouveau la victoire ; une partie de nos vaisseaux avait passé en Amérique où elle soutenait avec succès la marine de la jeune république (comte d’Éstaing). Sur nos côtes et un peu partout, nos capitaines attaquaient victorieusement les Anglais, notamment à Ouessant (d’Orvilliers). Énfin, un corps d’armée français commandé par Rochambeau alla aider sur terre les Américains. La marine espagnole se joignit à la nôtre en 1779.

    1780-1783
    Sous le prétexte de cette guerre, l’Angleterre s’était arrogé le droit de faire la police des mers et ses vaisseaux empêchaient la marine des neutres de commercer librement. Presque toutes les Cours d’Europe s’insurgèrent contre ces prétentions : une ligne de neutralité année se dressa contre la Grande-Bretagne. Celle-ci riposta en faisant jeter des troupes dans les îles hollandaises des Antilles. L’amiral de Grasse fut envoyé dans ces mers avec une flotte française, qui coupa toutes les communications de la marine et des troupes anglaises avec l’Angleterre. Cette action énergique assura le triomphe définitif des Américains (capitulation anglaise de York-Town, 1781).

    L’année suivante, un autre marin français célèbre, le bailli de Suffren, réduisait à presque rien, par quatre victoires navales, la puissance britannique dans la mer des Indes. Les Anglais n’étaient pas, en général, plus heureux dans les différentes Antilles où les flottes alliées leur faisaient bientôt expier les maigres succès qu’ils pouvaient remporter ici ou là en des débarquements furtifs. En Europe, la garnison de Gibraltar restait assiégée depuis 1779 par des forces franco-espagnoles. Outre les personnages que nous venons de citer, on remarqua dans cette guerre Du Couédic, La Touche-Tréville, La Motte-Picquet, de Guichen, etc.

    1783
    Traité de Versailles, qui mit fin à cette guerre. L’Angleterre reconnaissait l’indépendance des États-Unis. La France recouvrait, dans l’Inde, les possessions qui lui étaient restées après la chute de la Compagnie (Pondichéry, etc.) ; les îles de Tabago et Sainte-Lucie ; Saint-Pierre et Miquelon et le droit de pêche à Terre-Neuve ; Gorée et le Sénégal. A l’Éspagne était rendue Minorque.

    1778-1783
    La guerre d’Amérique avait relevé le prestige de la France et lui avait rendu ses colonies, sauf le Canada, mais n’avait pas enrichi le Trésor. Les financiers se succédaient au ministère sans pouvoir faire aboutir les réformes, même les plus utiles.

    Necker fut renvoyé pour avoir rendu public l’état des recettes et des dépenses de la nation. La Cour, c’est-à-dire la reine et quelques favoris, ainsi que la noblesse, soutenaient le premier ministre Maurepas, ennemi de tout ce qui comportait la suppression ou l’atténuation des abus ; il mourut heureusement en 1781. Il y eut après Necker, Joly de Fleury, d’Ormesson, Calonne, dont chacun, dominé par les circonstances, creusa un peu plus le déficit. A la fin de 1780, le total des emprunts de l’État atteignait près d’un milliard.

    1783
    Le 2 novembre, première ascension d’un ballon libre (appelé Montgolfière, du nom de l’inventeur Montgolfier) par Pilâtre de Rozier et d’Arlande.

    1783-1784
    Long et très rigoureux hiver qui crée, en aggravant la misère, de lourdes charges à l’Etat.

    1785
    Affaire du collier : arrestation du cardinal de Rohan. Le cardinal cherchait le moyen de se concilier les bonnes grâces de Marie-Antoinette. Une intrigante, la comtesse de La Motte, lui raconta que la reine désirait posséder un collier estimé 1 600 000 fr. et que le roi, eu égard aux embarras du Trésor, refusait de lui donner. Le cardinal acheta le collier, à crédit, aux joailliers Boehmer et Bossange qui le remirent, chez la comtesse, à un personnage qu’on leur dit être un serviteur de la reine et qui n’était que le complice ou l’amant de la comtesse. Le collier ne parvint naturellement pas à destination : le cardinal ne put payer le premier terme de ses engagements et les joailliers ébruitèrent l’affaire. Louis XVI fit enfermer le cardinal à la Bastille. Un procès s’ouvrit devant le Parlement ; la politique fit, de ce qui n’était qu’une escroquerie vulgaire, une affaire d’État : les nombreux ennemis de la reine y ayant vu une bonne occasion de ternir sa réputation de femme et sa respectabilité de souveraine. Rohan fut acquitté par le Parlement, mais exilé en Auvergne ; la comtesse condamnée à être fouettée, marquée au fer rouge et enfermée à la Salpêtrière ; son mari fut lui-même l’objet d’une condamnation : ils avaient volé le collier et vendu les diamants. Les joailliers ne furent qu’en partie payés. Cette affaire, dans laquelle la reine n’avait certainement rien à se reprocher, fut néanmoins le prétexte de vives attaques contre elle, et indirecte-ment, contre la monarchie.

    1786
    En cette année se peuvent constater les progrès faits pour le relèvement de notre marine : les forces navales et le personnel sont réorganisés.

    Conclusion d’un traité de commerce et de navigation avec l’Angleterre.

    Introduction en France des moutons dits « mérinos » (à Rambouillet).

    « Fardier » de Cugnot.

    1787
    Le ministère propose à l’Assemblée des Notables une répartition plus équitable des charges publiques, qui augmenterait les revenus : cette proposition qui menaçait les biens du clergé est rejetée. Le ministre Calonne se retire ; il est remplacé par Loménie de Brienne qui ne fera pas mieux que lui, bien que Louis XVI essaie d’imposer, par des édits, les mesures qu’il préconise. Le Parlement, qui refusait d’enregistrer ces édits, est exilé à Troyes, et peu après rappelé. Le Parlement ne s’oppose pas à la création de nouveaux impôts jusqu’à concurrence de 420 millions, non plus qu’à la concession de tous droits civils et politiques aux protestants, que Malesherbes réclamait depuis 1771.

    Louis XVI confie à Montmorin le ministère des affaires étrangères.

    1788
    Conflit entre le ministère (Loménie de Brienne, premier ministre et Lamoignon, garde des sceaux) et le Parlement, les ministres émettant la prétention de réduire les attributions de celui-ci à la connaissance des affaires privées, et de confier la connaissance des affaires de l’État à une cour plénière recrutée dans les classes privilégiées.

    Le conseiller Duval d’Eprémesnil est arrêté pour avoir dénoncé publiquement ce projet ; un mouvement populaire en sa faveur fait différer la réunion de la cour plénière projetée : le mécontentement populaire est général et se traduit un peu partout par une vive agitation.

    Le roi rend un édit de convocation des États généraux, pour l’ouverture en avoir lieu le 1er mai 1789.

    Loménie de Brienne, de plus en plus impopulaire, se retire (25 août) et Necker est rappelé au ministère des finances (27 août). Lamoignon se retire à son tour le 1er septembre.

    La fin de l’année est remplie d’incidents où continue à s’affirmer la tension entre la Cour et la Nation.

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Première moitié du XVIIIe siècle

    *******

    Points de repère de l’Histoire de France : première moitié du XVIIIe siècle. Précis chronologique abrégé consignant les événements marquants et faits historiques notoires de la première moitié du XVIIIe siècle. Toutes les dates principales nécessaires à une bonne compréhension de l’Histoire.

    1701-1713
    Guerre de la succession d’Espagne. Elle a une double cause : 1° l’émotion suscitée dans les Cours d’Europe par le testament de Charles II d’Espagne ; celui-ci, en mourant en 1700 sans postérité, léguait tous ses États au duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, à la condition toutefois que la monarchie espagnole ne subirait aucun amoindrissement territorial, et ne serait en aucun cas réunie à la France ; 2° malgré le traité de Ryswick, Louis XIV reconnaissait, comme roi d’Angleterre, le fils de Jacques II, et, à l’encontre du testament de Charles II, il réservait au duc d’Anjou (devenu roi d’Espagne sous le nom de Philippe V) ses droits à la succession au trône de France pour le cas où la branche aînée des Bourbons viendrait à s’éteindre (le duc d’Anjou, né en 1683, était le second fils du Dauphin, fils de Louis XIV). Dans cette guerre, la France eut à lutter contre l’Angleterre, la Hollande, l’Autriche, le Portugal et la Savoie, que l’infatigable Guillaume III avait réunis en une Ligue contre elle : la Ligue de La Haye. L’Espagne et la Bavière étaient ses seules alliées. (La Bavière cependant prétendait, comme l’Autriche, avoir des droits dans la succession d’Espagne).

    1702
    Victoire des Français (Villars) à Friedlingen.

    1703
    Victoire des mêmes à Hochstedt.

    1704
    Les généraux français Marsin et Tallard, à Hochstedt, sont battus par Marlborough (Anglais) et le prince Eugène de Savoie. Par suite de leur défaite, les Français se voient contraints d’évacuer l’Allemagne.

    1705
    Villeroi (Français) battu à Ramillies par Marlborough. Le duc de La Feuillade (Français) battu à Turin par Eugène de Savoie.

    1707
    Berwick (fils naturel de Jacques II, naturalisé Français, général au service de la France) bat les Impériaux à Almanza (Espagne).

    Victoire des Français (Villars) à Stalhofen, près de Strasbourg.

    1708
    Vendôme et le duc de Bourgogne (Français) sont battus à Oudenarde par Marlborough et Eugène de Savoie. Par suite de ces défaites, les Français se sont vu contraints d’évacuer l’Italie et la Belgique.

    1709
    Prise de Lille par les ennemis au maréchal de Boufflers, malgré une belle défense.

    Défaite des Français (Villars) à Malplaquet.

    La rigueur de l’hiver, cette année-là en France, est restée légendaire.

    1710
    Victoire de Villaviciosa remportée par Vendôme. La situation de Philippe V, un moment compromise, est rétablie par cette victoire, et il régnera désormais sans encombre jusqu’en 1746.

    1711
    Paix avec l’Angleterre, qui abandonne la lutte et demande la paix par suite de la mort de l’empereur Joseph II d’Autriche, les succès contre la France ne pouvant dès lors servir qu’à fortifier et à unir l’Espagne et l’Autriche, ce qui eût été reconstituer la puissance de Charles-Quint.

    1712
    Villars remporte à Denain, sur Eugène de Savoie, une grande victoire qui hâte la conclusion de la paix avec les autres membres de la Ligue.

    1713
    Traité d’Utrecht, qui met fin à la guerre de la succession d’Espagne : Louis XIV cède à l’Angleterre Terre-Neuve, l’Acadie, la baie d’Hudson, déclare abandonner la cause des Stuarts, et s’engage à combler le port de Dunkerque. Philippe V conserve toutes ses colonies, mais renonce pour lui et sa postérité au trône de France. Il abandonne à l’Angleterre Gibraltar et l’île Minorque. L’Empereur d’Autriche obtient les Pays-Pas, le Milanais, le royaume de Naples, la Sardaigne. Le duc de Savoie reçoit la Sicile. Enfin, l’électeur de Brandebourg est reconnu roi de Prusse.

    1714
    Mort (date incertaine) de Denis Papin.

    1715
    Mort de Louis XIV. A ce moment, la France est complètement épuisée par les guerres incessantes qu’elle a soutenues ; les conséquences du terrible hiver de 1709 pèsent encore sur l’agriculture et le commerce ; la France a perdu une grande partie de ses colonies, ; l’industrie a été arrêtée dans son essor par la révocation de l’Edit de Nantes ; le trésor public est vide. Ce règne pourtant a été glorieux, et fécond pour la civilisation, par le grand nombre de savants, d’écrivains et d’artistes qui l’ont illustré ; il fut grand pour la France par le prestige qu’il donna à notre nation, et par les acquisitions territoriales qui étendirent ses limites.

    La Régence. Le trône de France revenait à Louis XV qui était fils du duc de Bourgogne et par conséquent arrière-petit-fils de Louis XIV, mais ce prince n’était encore âgé que de cinq ans. Louis XIV avait prévu par son testament la composition du Conseil de régence qui devrait gouverner en attendant la majorité de Louis XV. Mais le neveu de Louis XIV, Philippe, duc d’Orléans, intervint ; il fit casser le testament de Louis XIV par le Parlement, qui lui déféra la régence sans conditions. On ne désigne générale-ment ce personnage que sous le nom de Régent : de même, la période pendant laquelle il a gouverné est la seule de notre histoire à laquelle on donne couramment le nom de Régence sans autre désignation. Le duc d’Orléans était d’une intelligence supérieure, et connu pour sa bravoure : mais la légèreté de son esprit, son amour du plaisir et sa faiblesse de caractère furent la cause de grands malheurs pour la France. Le Régent s’adjoignit le cardinal Dubois comme premier ministre.

    1716
    Création de la banque de Law. L’Écossais Law, habile financier, crut qu’il pourrait rétablir la situation financière de la France au moyen de la circulation d’une sorte de papier-monnaie. La banque fondée par Law avec l’autorisation du Régent était au capital de 6 millions, divisé en 1 200 actions ; elle émettait des billets payables à vue en espèces invariables de poids et de titre (ce qui était appréciable, sur-tout à cette époque où les monnaies étaient fréquemment altérées par l’État). De plus, la banque escomptait à taux modéré, et par-là était utile au commerce. La banque fut déclarée Banque royale en 1718.

    1717
    Création de la Compagnie Commerciale pour exploiter les richesses naturelles du Mississipi et qui, ayant absorbé les autres compagnies, devient la Compagnie des Indes.

    Séjour à Paris de Pierre Ier, tsar de Russie (Pierre le Grand).

    1717-1720
    Quadruple alliance (entre France, Angleterre, Hollande, Autriche) formée par le cardinal Dubois, pour tenir en respect le roi d’Espagne Philippe V, lequel avait comploté par le moyen de son ambassadeur Cellamare, avec la duchesse du Maine (Conspiration de Cellamare), d’enlever la régence au duc d’Orléans et de se faire rendre les territoires que le traité d’Utrecht lui avait enlevés. Une armée française entra en Espagne, et Philippe V effrayé demanda la paix.

    1720
    Le système de Law, pratiqué sans ménagement, avait d’abord favorisé un immense développement des affaires ; mais les émissions de papier se succédèrent, sans être dès lors garanties par quoi que ce fût, et lorsque les porteurs des dix milliards de papier émis voulurent réaliser, on s’aperçut que tout le numéraire qui existait alors en France ne dépassait pas un milliard. De là une banqueroute sans précédent. Law dut s’enfuir pour n’être pas lapidé.

    Peste de Marseille. Dans cette ville et en Provence, plus de 85000 personnes périrent, victimes du fléau. A cette occasion l’évêque de Marseille, Belzunce et le magistrat municipal Rose, ainsi que de nombreux échevins, firent preuve d’un dévouement héroïque.

    1723
    Majorité de Louis XV. Il prend les rênes du gouvernement.

    Mort du cardinal Dubois et du duc d’Orléans. Le nouveau roi prit pour premier ministre le duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé. Le premier acte de celui-ci fut de répudier la politique de Louis XIV à l’égard de l’Espagne, en froissant cette puissance. En effet, il renvoya à la Cour d’Espagne une infante espagnole qui était élevée à la Cour de France et qui était fiancée à Louis XV, rompant ainsi l’union projetée, dans le but de faire épouser au jeune roi une personne qui ne dût qu’à lui-même son élévation et sa fortune. Il avait arrêté son choix sur la fille de Stanislas Leczinski, roi détrôné de Pologne fixé en France, qu’il fit en effet épouser à Louis XV (1725). Marie Leczinska, née en 1703, plus âgée par conséquent de sept ans que Louis XV, eut de ce dernier dix enfants, dont deux garçons.

    1726
    Le cardinal Fleury, ancien précepteur du roi, devient premier ministre, à l’âge de 73 ans, et conservera jusqu’à 81 ans cette charge, dans laquelle il rendit de grands services par son bon sens, son honnêteté, sa bonne entente des affaires. Il ne put cependant éviter la guerre, qui eut lieu deux fois pendant son ministère.

    1733-1735
    Guerre de la succession de Pologne. Par suite de la mort du roi de ce pays, Auguste II, le trône fut réclamé par Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, sur lequel se portèrent en effet les suffrages de la noblesse polonaise. Mais l’Autriche et la Russie avaient des raisons pour préférer Auguste de Saxe et soutenir sa candidature. Stanislas, qui avait cru pou-voir prendre possession de la couronne, vit se dresser contre lui ces redoutables ennemis : enfermé dans Dantzig, il fut assiégé par les Russes. Le cardinal Fleury envoya un secours de 1 500 hommes. Le chef de cette petite troupe ne pouvant affronter les assiégeants la ramenait sans avoir combattu lorsque le comte de Plélo, ambassadeur de France au Danemark, en prit le commandement, la ramena sous Dantzig et y livra une bataille où elle fut presque anéantie et où lui-même fut tué. Fleury, pour venger cet échec, ne pouvant atteindre la Russie, attaqua l’Autriche. En vertu d’une entente avec l’Espagne à qui il promit le royaume de Naples, et la Maison de Savoie qui devait recevoir le Milanais, il envoya une armée en Italie sous les ordres de Villars, qui mourut dès le début de l’offensive, à Turin. Le maréchal de Coigny le rem-plaça, remporta les victoires de Parme et de Guastalla (1734) qui le rendirent maître du Milanais, pendant que les Espagnols (général de Montemar), à la suite de leur victoire de Bilonto, occupaient le royaume de Naples. Les hostilités, du fait de cette guerre, étaient ter-minées en 1735, mais la paix ne fut signée qu’en 1738.

    1738
    Le traité de Vienne, signé cette année-là, mit fin à la guerre de la succession de Pologne. Auguste III de Saxe était reconnu roi de ce pays. Stanislas Leczinski, en dédommagement de son trône perdu, était fait duc de Lorraine ; la Lorraine et le Barrois, érigés à cette occasion en royaume devaient, à sa mort, faire retour à la France : il mourut en 1766. Don Carlos, deuxième fils de Philippe V, recevait le royaume des Deux-Siciles, fondant ainsi la maison des Bourbons de Naples.

    1741-1748
    Guerre de la succession d’Autriche. L’empereur d’Allemagne Charles VI laissait ses biens héréditaires à sa fille Marie-Thérèse, mais les droits de cette princesse furent contestés par les rois de Pologne, de Prusse et d’Espagne et le duc de Bavière. Les prétentions de ce dernier étaient soutenues par Louis XV. L’Angleterre, la Hollande et la Russie prirent le parti de Marie-Thérèse. Il s’ensuivit une guerre dans laquelle nos armées s’illustrèrent, d’ailleurs sans profit ; en voici les principaux faits.

    1741
    Invasion de la Bohême par les Français ; siège et prise de Prague, puis les Français, commandés par Chevert, sont contraints d’abandonner la ville.

    1745
    Victoire des Français, commandés par Maurice de Saxe, à Fontenoy, sur les Anglo-Hollandais.

    Entrée des Français à Bruxelles (1746).

    1746
    Prise de Namur, par les Français, et leur victoire à Raucoux sur les Anglo-Impériaux.

    1747
    Victoire des Français, à Lawfeld sur les Anglo-Hollandais et prise par eux de la ville de Berg-op-Zoom.

    1748
    Traité d’Aix-la-Chapelle qui met fin à cette guerre. Les droits de Marie-Thérèse sont reconnus et son époux, François de Lorraine, est proclamé empereur d’Allemagne. Frédéric II, par deux fois, s’était retiré de la lutte, laissant ses alliés dans l’embarras et compromettant la cause commune ; cependant il se voit attribuer la Silésie que d’ailleurs ses soldats avaient conquise, ce qui commença la fortune du royaume de Prusse. Louis XV n’ayant rien demandé se retire de la guerre qu’il a gagnée sans aucune compensation : « Nous ne faisons pas la guerre, dit-il, en marchand, mais en roi. »

    L’Esprit des Lois, de Montesquieu.

     

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique