• Filopenn de la Palud Conte Breton

    Filopenn de la Palud Conte Breton

    Filopenn de la Palud Conte Breton

    Entre la Torche et Penhors, il y a une levée de galets qui sépare la grève de la palud infertile. Entre Penhors et Canté, il y a des bancs de rochers briseurs, couchés au pied des falaises. C’était là, jadis, le domaine de Filopenn, le grand sauvage qui logeait le diable dans sa tête. Une pièce d’homme, je vous le dis, puissant et rugueux comme un arbre de chêne, et plus près de la bête que du chrétien. Sous le porche de l’église de Tréguennec, marmot sans père ni mère ni parenté, il avait surgi de nulle part, m’est avis. Sur la palud, il s’était bâti une logette de pierres sèches et de bois d’épaves. Nuit et jour, entre la Torche et Canté, il errait avec son croc, dont il fouillait les creux des roches pour se nourrir, gesticulant, poussant d’énormes cris pour annoncer son approche et faire le vide autour de lui. Il n’était pas méchant. Une fois seulement, un jour de pardon, il était venu à la lutte contre Yann‑Bras de Scaër et l’avait étouffé dans ses bras. Ce fut parce qu’il n’était pas maître de sa force.

    Une nuit, une barque sans nom et d’une étrange forme vint se crever sur les rochers. Au matin, Filopenn glanait les épaves quand il vit sortir de l’eau, devant Penhors, une fille en haillons. Elle fit quelques pas sur le sable, flaira sans doute une présence proche et courut se remettre à la mer. Filopenn marcha jusqu’à la rencontre des traces laissées par la fille et revint lentement dans sa tanière, en appuyant soigneusement ses pieds nus pour marquer leur empreinte. Ayant fait le chemin, il attendit, confiant. Peu de temps après, la nageuse, épuisée, s’écroulait devant lui sur la couche de varech.

    Ils vécurent ensemble, depuis lors. Deux silhouettes farouches coururent les grèves. Aux cris rauques de Filopenn, répondait un cri plus clair et plus perçant. Elle passait des heures à jouer dans les vagues et, même au coeur de l’hiver, on la vit plonger dans l’écume du Rocher Roux. Les gens de la palud l’appelaient la Fille de l’Eau Salée.

    Jusqu’au jour où ils disparurent tous les deux. Il se passa bien du temps avant que quelqu’un s’aventurât vers la cabane de Filopenn, pour voir. Et là, il découvrit la fille, morte sur le varech et d’une effrayante maigreur. Auprès d’elle, accoté au mur de pierres sèches, Filopenn lui tenait les deux mains. Il était mort aussi, mais depuis un instant. Son monstrueux visage était encore verni de larmes.



    On les enterra dans l’enclos d’une chapelle de la palud, on ne sait plus laquelle. Ce que l’on sait bien, c’est que, le lendemain, le corps de la fille était retrouvé à même le sol. On l’enfouit dans un trou plus profond. Elle revint à la surface. Alors, quelque sage du lieu proposa de porter sur la grève la Fille de l’Eau Salée, ce qui fut fait. La mer prit aussitôt le corps et plus jamais ne l’a rendu.

    Le grand cadavre de Filopenn repose en terre maigre, entre la Torche et Canté. Sans doute s’y trouve‑t‑il à son aise car il n’a pas essayé d’en sortir. Il faut croire qu’il était de sang breton. Quant à elle, m’est avis que je ne dois pas en dire un mot de plus. Je ne suis qu’un pauvre homme de la palud.

    Dans leurs jeux, nos enfants disent encore et sans rien y comprendre:

    Filopenn, chalopenn, an diaoul en e glopenn,
    Gant Merc’h an Dour Zall, ken diaoulez, hag all.

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