• Fête de saint Prix et saint Cot (Yonne) (récit paru au XIXe siècle)

    Fête de saint Prix et saint Cot (Yonne)
    (récit paru au XIXe siècle)
     
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    A huit kilomètres de la ville d’Auxerre, lorsqu’on a gravi péniblement la première des montagnes de l’ancienne route de Lyon, on découvre, au milieu d’un fertile vignoble, la petite ville de Saint-Bris. Ce lieu n’a rien aujourd’hui de bien remarquable ; on le connaît seulement par ses vins blancs et ses cerises. Mais il possède une jolie église du treizième siècle, qui renferme des reliques de saints locaux : c’est là ce qui fit sa célébrité dans le temps passé, et qui l’entretient encore un peu aujourd’hui.

    Saint Prix et saint Cot furent au nombre des premiers martyrs dans les Gaules, sous Aurélien, en 274. La légende de leur mort raconte que saint Prix fut frappé dans les forêts de la Puisaye où il s’était réfugié, et que Cot, son compagnon qui avait emporté pieusement sa tête, ayant été poursuivi par les païens, fut tué sur le lieu même où s’éleva plus tard l’église de Saint-Bris (par corruption de saint Prix). Leur mémoire s’est conservée jusqu’à nos jours, et la vénération qu’on leur porte ne s’est pas refroidie sensiblement La ville de Saint-Bris doit sa fondation au culte de ces saints, établi au cinquième siècle par l’illustre Germain , évêque d’Auxerre, qui découvrit leurs reliques.

    Chaque année, le 26 mai, leur fête est chômée soigneusement par les habitants de Saint-Bris. Mais la vraie fête, celle des processions, des pèlerinages, est fixée de toute ancienneté au lundi de la Pentecôte. On rencontre ce jour-là le long des chemins qui mènent à Saint-Bris, de nombreuses troupes de villageois qui vont célébrer la tête des martyrs ; quelques-uns d’entre eux ont fait quatre ou cinq lieues et même davantage pour passer sous les châsses des saints. Les mères y portent leurs enfants malades, incurables, abandonnés des médecins, comme à un dernier espoir. Il n’est pas rare de rencontrer, ce jour-là, des charrettes remplies de femmes et d’enfants, et de voir des ânes portant dans leurs paniers, qu’on appelle des billoux, deux ou trois de ces pauvres créatures au visage pâle et souffreteux. Les enfants qui sont bien portants y vont aussi faire provision de santé.

    Les châsses qui recèlent les ossements de ces morts depuis seize siècles, sortent de l’église, suivies et entourées de trois à quatre mille personnes. Le son des cloches, le chant des prêtres venus des villages voisins fêter les saints, la foule des fidèles, les vagissements des petits enfants malades, tout frappe, quoi qu’on en ait, d’une vive émotion.

    Arrivé sur certains lieux consacrés par l’usage, le clergé s’arrête, les porteurs des deux châsses se rangent, et tous les assistants, grands et petits, passent en s’inclinant sous les reliques, les uns après les autres, pendant que les prêtres chantent la légende de ces premiers martyrs de l’Auxerrois.

    Dans l’église existe une chapelle où se trouve le tombeau de saint Cot, au-dessus duquel est une inscription latine du onzième siècle, relatant le fait de son martyre lorsqu’il s’enfuyait avec la tête de saint Prix. C’est dans ce tombeau qu’on met les enfants, et le curé lit sur eux des évangiles. Souvent même de grandes personnes s’y introduisent, croyant sans doute que le contact plus intime avec le tombeau du saint doit avoir une plus grande efficacité.

    Jadis des processions solennelles venaient d’Auxerre invoquer saint Prix et saint Cot, pour obtenir par leur intercession auprès de Dieu la cessation des fléaux ou des intempéries des saisons. Les bonnes femmes du pays chantaient aussi, pendant la procession du 26 mai :

     

    Saint Prix, saint Cot,
    Faites mûrir nos cerises et nos bigarreaux.

     

    Le soir, la fête change : la jeunesse du pays et des villages voisins même d’Auxerre, remplace les pèlerins du matin. Les jeux, les plaisirs de la danse, succèdent aux chants et aux prières de l’église ; contraste nécessaire, et qui forme dans tous les temps le complément de la vie. Ajoutons que l’église de Saint-Bris est peu connue et mérite de l’être davantage. On y remarque de beaux vitraux, une vaste fresque de l’Arbre de Jessé, sur laquelle s’épanouissent plus de cinquante personnages grands comme nature et dans les costumes les plus divers du seizième siècle ; une belle chaire gothique, des retables, des tableaux du quinzième et du seizième siècle, et des sculptures renaissance fort délicates.

     

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