• Fête de la Passée d’août en Normandie (récit paru au XIXe siècle)

    Fête de la Passée d’août en Normandie
    (récit paru au XIXe siècle)
     
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    On appelle passée d’août, en Normandie, une coutume qui doit dater de fort loin. Elle a ordinairement lieu vers la fin du mois dont elle porte le nom. Dans toutes les fermes un peu considérables de cette belle province, lorsque la moisson est finie, que les blés et les avoines sont rentrés, le cultivateur réunit tous les hommes de peine qu’il a employés pendant la saison. Une table immense est dressée au milieu de la cour : elle est couverte des mets qu’affectionnent les paysans, gens dont l’appétit est éminemment robuste ; les énormes morceaux de viande figurent au premier rang. Le repas commence vers midi, et dès le premier service on fait circuler à la ronde de gigantesques pots de fer-blanc pleins d’eaux-de-vie de cidre, car en Normandie la plupart des cultivateurs sont en même temps bouilleurs. On se lève généralement de table vers sept ou huit heures. Tous les convives vont processionnellement chercher la dernière gerbe de blé qui ait été liée, et que l’on a eu bien soin de faire très grosse. Quatre hommes l’apportent et la plantent debout au milieu de la cour, qui a été débarrassée des tables. Une ronde se forme dont la gerbe est le centre ; puis, chacun se tenant par la main, on entonne, sur un mode tantôt gai et précipité, tantôt lent et monotone, une vieille chanson dont la rime n’est pas riche et le style est bien vieux, et qui finit ainsi :

     

    Notre jeune maîtresse,
    Entrez dedans le rond,
    Et pis baillez la gerbe
    Aux gens de la maison.

     

    Alors la femme ou la fille du fermier s’approche de la gerbe, la délie, et reçoit de chacun des convives un gros baiser en échange d’un portion de la gerbe. Les danses. continuent ; on tire des coups de fusil et de pistolet, on se remet à table vers minuit, et l’on ne se sépare que lorsque le jour arrive.

    Il est plus que probable qu’au moyen âge les seigneurs réunissaient ainsi leurs vassaux après la récolte, et que c’est de là que cette coutume aura pris naissance.

     

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