• « Prendre ses jambes à son cou 

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    « Prendre ses jambes à son cou  » Courir très vite, s’enfuir.

    Drôle d’image que celle-ci ! On peut imaginer au moins trois choses :

     

    • Quelqu’un de très souple qui ramène ses jambes au niveau de son cou (et fait un noeud autour ?). Mais le côté pratique pour courir n’est pas flagrant, les pieds ayant alors du mal à toucher le sol ;
    • Quelqu’un qui démonte son tronc et le pose à côté, de manière à être réduit à une tête et deux jambes avant de commencer à courir. Mais cela ne devrait pas avoir une influence sur la vitesse, les jambes ayant toujours la même longueur, sauf si on tient compte de la diminution du poids total à déplacer ;
    • Quelqu’un qui diminue la hauteur de son tronc et, en compensation, allonge celle des jambes jusqu’à les amener sous le cou, ce qui effectivement permet d’augmenter la vitesse de déplacement.

    Mais tout ceci ne sont que billevesées car personne ne serait capable de l’une ou l’autre.

    Il faut donc chercher ailleurs.

    Heureusement, il suffit de remonter à la fin du XVIIe siècle pour trouver l’explication de l’origine, à défaut de comprendre le lien avec le sens actuel.
    A cette époque, en effet, Furetière écrivait que prendre ses jambes à son cou se disait, au début de son siècle, « prendre ses jambes sur son col » (notez le ‘sur’) et signifiait « se résoudre à partir pour quelque message ou quelque voyage ».

    Il s’agissait donc simplement des préparatifs à un déplacement qui outre quelques menus objets nécessaires au voyage, nécessitait, bien sûr, d’emporter aussi ses jambes.
    Et comme le sac des bagages était souvent porté en bandoulière ou à l’aide d’une sangle passant derrière le cou, il fallait aussi « prendre ses jambes sur son col ».

    Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le sens

     

    Extrait de Expressio

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  • en voiture Simone !

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    « En voiture, Simone !  » Allons-y ! Il est temps de commencer une action !

    En 1929, une demoiselle de 19 ans qui s’appelait Simone Louise de Pinet de Borde des Forest (je ne crois pas en avoir oublié !) a passé son permis de conduire, ce qui était déjà plutôt rare pour une femme, et, dès l’année suivante, s’est mise à participer avec un certain succès et sans accident à des courses automobiles et des rallyes jusqu’en 1957.

    A cette époque, elle a provoqué l’étonnement et l’admiration de très nombreuses personnes, Fangio y compris, paraît-il.
    Son nom et son prénom étaient donc très connus et gravés dans de nombreux esprits.

    Et v’là t’y pas qu’en 1962, Guy Lux crée pour l’ORTF l’émission Intervilles () dans laquelle deux villes s’affrontent amicalement.

    Il animait cette émission avec son compère Léon Zitrone. Tous les deux rivalisaient de plaisanteries plus ou moins élaborées et débordaient de mauvaise foi, chaque animateur cherchant en douce à favoriser la ville dont il commentait les exploits.

    L’indispensable touche féminine était incarnée par une troisième personne, Simone Garnier.

    Guy Lux n’a donc pu s’empêcher, par allusion à la pilote célèbre et pour démarrer certaines actions du jeu, de lancer le fameux cri de guerre « En voiture Simone ! ».

     

    En réalité, l’expression complète et de haute tenue était « En voiture Simone, c’est moi qui conduis, c’est toi qui klaxonnes ! » reprise ensuite par les deux compères dans une chanson inoubliable -mais oubliée- « Le tango d’Intervilles »

    Extrait d’expressio

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  • « Manger / bouffer des briques (à la sauce cailloux) »

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    Ne rien avoir / avoir très peu à manger.

    On comprend bien que la ‘sauce cailloux’, qui a été rajoutée ensuite à l’expression originale, n’est qu’un enrobage ‘plaisant’ qui rajoute une dose de désespoir à celui qui n’a que quelques briques à se mettre sous la dent.

    Mais cet ajout a probablement été fait par des gens qui avaient oublié le sens initial du mot ‘brique’ et qui n’ont vu que le parallélépipède fait de terre ou d’argile cuite qui sert à bâtir des choses diverses.

    Car le sens premier de ‘brique’, qui date de 1204, qui a perduré jusqu’au XVIe siècle, et qu’on trouve encore dans certains dialectes du Nord et de l’Est, c’est le ‘morceau’ ou la ‘miette’.

    Et n’avoir que des miettes dans son assiette, c’est effectivement n’avoir que très peu de choses à manger.

    L’expression elle-même date de la deuxième moitié du XIXe siècle, la sauce n’ayant été préparée et ajoutée qu’au début du XXe (il est vrai que des briques seules, c’est un peu sec à avaler…).

     

    Extrait de Expressio

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  • « (Ne pas) être aux pièces »

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    « (Ne pas) être aux pièces  »

    (Ne pas) être pressé, (avoir) ne pas avoir tout son temps.

    « pièce » est un mot qui a des quantités de sens, de la pièce d’un logement, la pièce de monnaie, le morceau (de tissu, de puzzle…) ou encore la pièce d’artillerie, celle de théâtre ou celle à conviction (cette liste est loin d’être exhaustive).

    Autrefois, on désignait aussi la « dame de compagnie », celle qui faisait payer l’utilisation de ses charmes, par « la pièce de campagne »‘ ou, pour signifier « longtemps », on disait plutôt « bonne pièce ».

    Le tout, maintenant, est de savoir laquelle de ces pièces est à l’origine de notre expression.

    Eh bien cela vient du XIXe siècle, à une époque où, dans certains métiers, les employés étaient payés non pas à l’heure ou au mois, mais à la pièce produite (pratique qui existe encore de nos jours, même si elle n’est pas très répandue).
    Celui qui était aux pièces était celui qui pouvait travailler suffisamment vite pour produire beaucoup de pièces et, ainsi, s’assurer un salaire décent.

    Par extension, hors du contexte d’emploi et de salaire, celui qui est aux pièces est celui qui est pressé.

     

    Extrait de Expression

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  • Donner du fil à retordre

    expression donner du fil a retordre

    illustration de Michel Duguay

     

    « Donner du fil à retordre  »  Causer des difficultés, des ennuis, des embarras (à quelqu’un).

    Le sens actuel de cette expression date de 1680 et son origine la plus courante, une fois qu’on la connaît, paraît très claire.

    Autrefois, « retordre du fil », c’était assembler en les torsadant deux ou trois brins d’un fil plus fin pour constituer un fil épais et plus résistant.
    Or, il semble que, contrairement au simple filage qui pouvait se faire presque sans y penser, obtenir un fil retors uniforme et à l’épaisseur à peu près régulière était un travail extrêmement difficile, entre autres en raison de l’inégalité des fils constituants.
    Et cette difficulté aurait été suffisamment importante pour donner naissance à notre expression.

    Cependant, on doit quand même noter que, avant son sens actuel, vers 1630, cette expression a d’abord signifié « se prostituer » sans qu’on sache réellement expliquer pourquoi.
    De là à imaginer que l’origine la plus répandue n’a été imaginée qu’a posteriori…

    Extrait de Expressio

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  • bon an mal an

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    « Bon an, mal an  »

    En moyenne (avec une notion de durée).
    Selon les années (ou d’autres périodes de temps, maintenant).

    Employée au moins depuis le XVIIe siècle, cette expression se comprend aisément.

    Elle a d’abord été associée à des activités répétitives sur une longue durée ; la ‘moyenne’ tient compte des bonnes et des mauvaises années qui se succèdent.
    Ainsi en est-il dans un vignoble, par exemple, de la production de vin dont la qualité et le volume varient au fil des ans mais qui, bon an, mal an, restent sans grandes surprises, si les techniques n’évoluent pas, ni les surfaces cultivées.

    Elle s’utilise maintenant beaucoup plus largement, même si la durée n’est plus un multiple d’années.

    Il ne faut pas oublier que ‘an’ vient du latin ‘annus’ qui désignait l’année mais aussi la récolte. La variabilité de la qualité et du volume des récoltes dans le temps, a un très probable lien avec la naissance de l’expression.

    extrait de Expressio

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  • Prendre le large / mettre les voiles

    expression  prendre le large

    « Prendre le large / mettre les voiles  »  S’éloigner, s’éclipser, s’enfuir.

    Voilà deux expressions de même sens dont personne ne pourra nier l’origine maritime.

     Prendre le large, c’est aller vers le large, donc s’éloigner de la côte et des gens qui y sont en train d’agiter leur mouchoir pour dire adieu à celui qui a pris la mer et s’en va vers l’aventure  avec une possibilité de non retour, tellement la mer peut être capable de faire disparaître qui elle veut.

    Et, lorsque c’est à bord d’un voilier qu’on quitte le plancher des vaches, pour prendre le large, il faut d’abord hisser (ou mettre) les voiles.

    Nous avons donc ici affaire à deux métaphores maritimes qui illustrent un départ, un éloignement et, par extension, une fuite.

    La première des deux date du XVe siècle.

    La seconde, dans sa forme actuelle, est beaucoup plus récente puisque attestée vers 1900, mais elle existait déjà sous la forme « bander ses voiles » au XVIIe.

    Extrait de Expressio

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  • Faire devenir chèvre

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    « Faire devenir chèvre  »  Faire enrager.

    Savez-vous que la chèvre est un bovidé ? De la sous-famille des caprins, certes, mais un bovidé quand même, comme la vache.
    Animal très tôt apprivoisé (8000 avant J.C.) car capable de fournir du lait, de la viande, du cuir et des outils en corne, il s’est aussi rendu célèbre en tant qu’instrument d’une torture très particulière : le pédilingus

    Mais quel peut être son lien avec ce qui habite un bonhomme en rage ?

    Au XVIIe siècle, « devenir chèvre » voulait dire « se mettre en colère », l’expression succédant à « prendre la chèvre » utilisée auparavant.

    Cette expression vient simplement du comportement de l’animal qui est réputé être brusque et avoir des accès de violence soudainecomme s’il était en colère, comme notre bonhomme devenu chèvre.

    [1] Le mot chèvre est d’ailleurs issu du latin ‘capra’ duquel nous arrivent aussi les mots ‘cabriole’ et ‘caprice’.

    Extrait de Expressio

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  • « Tomber / rester en carafe »

    expression : « Tomber / rester en carafe »

    « Tomber / rester en carafe  » Être frustré, abandonné, oublié. Rester en plan. Ne plus trouver ses mots (pour un orateur).

    Notre langue imagée aime bien les récipients divers. La preuve ?
    « Dans un groupe, il est fréquent que la gourde ou la cruche reste en carafe, surtout si, en plus, elle traîne des casseroles. »
    Mais pourquoi une carafe, ici ?

    Cette expression est née à la fin du XIXe siècle.
    On peut penser que celui qui reste en carafe, abandonné, se retrouve comme une cruche, comme un imbécile, le sens ayant alors glissé d’un récipient ventru à un autre.

    Mais il faut aussi savoir qu’en argot, apparu un peu avant notre locution, le mot ‘carafe’ a désigné la bouche (« fouetter de la carafe », c’était avoir mauvaise haleine), celle-ci étant un récipient également destiné à contenir -même si c’est très temporairement- des liquides divers.
    Or, le premier sens de l’expression s’appliquait à l’orateur, qui ne trouvant plus ses mots, restait bouche bée. Et c’est ensuite, par extension, qu’on serait passé de l’orateur qui reste en plan, à une personne quelconque dans le même état, puis à celle qui est abandonnée, oubliée.

    extrait de Expressio

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