• .« Avaler des poires d’angoisse »

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    « Avaler des poires d’angoisse »

    Subir des traitements cruels
    Vivre des situations très désagréables

    Souvenez-vous du Moyen Âge,  à cette époque, il fallait bien trouver des  moyens autres que ceux que nous avons maintenant pour occuper ses loisirs, non ?

    Alors une des occupations préférées de quelques-uns était de torturer ceux de leurs congénères qui avaient une tronche qui ne leur revenait pas ou qui leur avaient cherché quelques noises. Quel plaisir, en effet, d’arracher des ongles, briser quelques membres à coups de barre de fer, énucléer l’oeil droit, introduire un fer rouge dans l’anus ou bien couler du plomb fondu dans un abdomen ouvert, par exemple.

    Malheureusement un gros défaut de ces amusements était le bruit, car ceux qui, dans ces activités ludiques, avaient le rôle passif, un peu à leur corps défendant, avaient la fâcheuse habitude de hurler de douleur, ce qu’on ne pouvait évidemment pas leur reprocher, en plus ; il aurait fallu en effet être un tantinet sauvage pour les menacer de quoi que ce soit s’ils continuaient à crier, hein ?

    Alors pour ne plus les entendre, un bon moyen consistait à leur enfoncer dans la bouche un instrument qui, selon Larousse, « s’ouvrait au moyen d’un ressort, se développait en forme de poire, et étouffait complètement les cris » (). Autant dire que celui qui avait cette chose dans la bouche et qui devait subir les petites gâteries de ses camarades de jeu, devait ressentir une certaine angoisse, incapable qu’il était d’extérioriser ce qu’il ressentait.
    Cela dit, ces instruments, dont le nom est cité au XVe siècle, servaient aussi plus simplement à bâillonner un prisonnier pour l’empêcher de parler.

    Si, de nos jours, le genre d’amusement lié aux poires d’angoisse originelles est tombé en désuétude dans les pays dits civilisés, on peut toujours dire de celui qui vit des situations extrêmement désagréables qu’il avale des poires d’angoisse.

    Par plaisanterie, certains faisaient aussi le rapprochement avec les poires du village d’Angoisse, en Dordogne, qui étaient, paraît-il, très âpres et dures à mâcher. Mais elle n’avaient probablement pas le potentiel de déplaisir des véritables poires d’angoisse.

    Extrait de Expressio

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  • « Je vous en donne / fiche / fous mon billet »  

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    « Je vous en donne / fiche / fous mon billet  » Je vous affirme, assure, certifie que…

    À l’origine, un ‘billet’ (mot né au milieu du XIVe siècle) est un message écrit bref, au contenu réduit à l’essentiel.
    Au fil des décennies, tout en conservant son sens initial, il a également eu plusieurs significations, dont, aussi abracadabrantesque que cela puisse paraître, celle de « formule magique ».
    Le « billet de banque », au début du XVIIIe siècle, vient du ‘billet’ vu comme une promesse écrite, un engagement de payer une somme.

    C’est à la fin du XVIIe, un peu avant l’apparition de notre expression, que le ‘billet’ est aussi une attestation écrite de quelque chose.
    On peut donc comprendre je vous en donne mon billet comme « je suis tellement sûr de ce que j’affirme que je suis prêt à vous écrire un billet qui l’attesterait ».

    Les verbes ‘ficher’ et ‘foutre’ sont arrivés ensuite par simple remplacement de ‘donner’ par des équivalents argotiques.

     

    Extrait de Expressio

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  • « Siffler une bouteille / un verre »

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    « Siffler une bouteille / un verre  »

    Boire entièrement une bouteille / un verre

    Dès le XVe siècle, le verbe ‘siffler’ signifiait déjà « avaler » ou « boire d’un trait » et, au XVIIe siècle, l’expression « siffler la linotte » s’employait pour un débauché qui buvait plus que de raison.

    Ce sens-là du verbe vient probablement de la forme que prennent les lèvres lorsqu’on boit, très proche de celle nécessaire pour produire un sifflement.

    Extrait de Expressio

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  • faire la pluie et le beau temps

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    « Faire la pluie et le beau temps  »  Avoir tous les pouvoirs, être tout puissant.  Décider de tout.

    Notez que la toute puissance que suppose cette expression ne s’applique pas obligatoirement à l’univers tout entier ou même à notre planète ; elle peut parfaitement être restreinte à un tout petit domaine comme dans le cas d’un contremaître dans son atelier, ou à l’humain qui porte la culotte dans son ménage, par exemple.

    Cette expression qui date de 1732 fait une possible référence aux dieux mythologiques qui avaient le pouvoir de maîtriser les éléments et, selon leur bon vouloir, de rendre le ciel éclatant ou très menaçant au-dessus des simples mortels.

    Mais, croyance évoquée par Voltaire dans « Réflexion pour les sots », on ne peut oublier aussi qu’à Paris, Sainte-Geneviève était supposée avoir le pouvoir d’interrompre les pluies torrentielles ou les sécheresses les plus graves.

    Par extension, celui qui, dans son service ou l’espace dans lequel il a des responsabilités importantes, prend toutes les décisions, oriente toutes les carrières, punit ou récompense ses collaborateurs, donc celui qui y a tous les pouvoirs ou presque, est aussi celui qui y fait la pluie et le beau temps.

    extrait de Expressio

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  • Par la bande

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    « Par la bande  » Par des moyens indirects, de biais, allusivement.

    Voilà une expression dont l’explication sera courte et qui n’a strictement aucun secret pour les joueurs de billard.
    En effet, les pratiquants de ce jeu savent que les bordures intérieures et rembourrées du plateau s’appellent les bandes et que, bien souvent, il est nécessaire, pour taper correctement une boule, de l’attaquer indirectement, après avoir fait rebondir la boule lancée sur au moins une des bandes du plateau.

    Cela a suffit pour que, au figuré et depuis le milieu du XXe siècle, « prendre quelque chose ou quelqu’un par la bande« , soit l’opposé de le prendre de front.

    Extrait de Expressio

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  • « Etre sous la coupe de quelqu’un »

    expression : « Etre sous la coupe de quelqu’un »

    « Etre sous la coupe de quelqu’un  »

    Etre sous la dépendance ou l’influence de quelqu’un.



    Cette expression vient de la coupe aux jeux de cartes, cette opération banale qui consiste à couper le paquet en deux et qui va déterminer l’ordre dans lequel les cartes vont être distribuées.

    D’après Furetière () au XVIIe siècle, certaines personnes étaient persuadées que d’autres avaient la coupe malheureuse.
    En effet, la coupe aux cartes avait une valeur quasiment « magique » et le joueur immédiatement après le coupeur pouvait se trouver sous son influence, bonne ou mauvaise.
    Ce joueur était donc sous la coupe du précédent.

    Extrait de Expressio

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  • « Courir le guilledou »

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    « Courir le guilledou  »  Rechercher, multiplier les aventures galantes.

    Le mot ‘guilledou’ ne s’emploie que dans cette locution.

    Au XVIe siècle, on trouvait les locutions « courir le guildron » pour « courir l’aventure » et « courir le guildrou » pour « fréquenter de mauvais lieux ».
    La deuxième forme explique que, dans le dictionnaire de l’Académie Française de 1694, notre expression signifiait : « Aller souvent et principalement pendant la nuit dans les lieux de débauche » (sous-entendu, « pour y courir la gueuse »).

    Bien qu’il existe d’autres origines proposées, il semble que tous ces mots commençant par ‘guil’ sont issus du verbe ‘guiller’ qui voulait dire ‘tromper’ ou ‘ruser’ et dont de nombreux dérivés régionaux comportent une idée de séduction sexuelle, considérée comme une tromperie ou une ruse[1].

    On retrouve cette notion dans l’ancien sens de l’expression où les lieux de débauche fréquentés par ceux quicourent le guilledou sont ceux où de nombreux coureurs de jupons sont prêts à employer toutes les ruses possibles pour attirer dans leurs filets les jeunes et jolies filles qui auraient eu la mauvaise idée de s’y rendre.

    [1] Mesdames, méfiez-vous des Guillaume et autres Gilles, prénoms autrefois donnés aux trompeurs ou faiseurs de cocus !

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  • « De France et de Navarre »

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    « De France et de Navarre  » De partout.

    Pour ceux qui, comme les oeufs, sont un peu brouillés avec l’histoire de France ou pour ceux qui ne sont pas Français, il est important de savoir que les frontières de la France d’aujourd’hui sont relativement récentes.
    La morphologie de notre pays a subi de nombreuses modifications au cours des siècles.

    Entre autres régions qui n’en faisaient pas partie, la Basse-Navarre était un petit royaume situé au nord des Pyrénées, sur la côte Atlantique (une partie de l’actuel département des Pyrénées Atlantiques). Cette région était issue d’un découpage de la Navarre, la partie au sud des Pyrénées ayant été rattachée de force à la Castille par les Espagnols.

    Pendant la seconde moitié du XVIe siècle, c’est le roi Henri III, de la lignée des Bourbon, qui dirige ce royaume alors qu’en France, c’est également un Henri III, mais de la dynastie des Valois-Orléans, qui a en mains la destinée du pays.

    À la mort d’Henri III, qui laisse la couronne sans héritiers (il aimait pourtant aussi les femmes, contrairement à la légende), c’est à Henri de Navarre qu’elle échoit : sa grand-mère était en effet la soeur de François Ier ; d’autre part, sa mère étant l’épouse d’Antoine de Bourbon, c’est ainsi que les Bourbon accèdent au trône et que commence leur dynastie.

    Henri de Navarre devient alors Henri IV, roi de France et de Navarre  mais seulement après quelques batailles victorieuses et une conversion au catholicisme.

    Plus tard, bien que Louis XIII, fils d’Henri IV, ait tenté en 1620 un édit rattachant la Basse-Navarre à la France, ce n’est finalement qu’en 1790, juste après la révolution, que cette portion de territoire est réellement annexée et devient un département français.

    Autrement dit, depuis Henri IV, chaque roi de France était roi de France et de Navarre.

    Il n’en a pas fallu plus pour que l’expression de France et de Navarre devienne synonyme de « de partout », car, à l’époque, ne parler que de la France, c’était oublier ce bout de terre pourtant placé sous la même couronne.

     

    Extrait de Expressio

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  • le ventre mou

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    « Le ventre mou  » Le point faible, de moindre résistance de quelqu’un, d’une organisation, de quelque chose.

    Depuis le milieu du XVe siècle, le ‘ventre’ désigne aussi le courage, l’énergie, la volonté (« avoir quelque chose dans le ventre »).
    Par extension, le ‘mou’ de ce ventre, image de quelque chose de flasque, fait au contraire penser à une chose sans énergie, sans résistance (« il n’a rien dans le ventre »).

    La date exacte de naissance de cette expression ne semble pas connue, mais elle a été utilisée au moment de la seconde guerre mondiale lorsque les alliés ont discuté de l’opportunité, après avoir envahi l’Italie, de s’attaquer aux Balkans, ventre mou de l’Europe, où l’ennemi était en difficulté, en commençant par la Slovénie.
    Mais suite à l’opposition ferme de Staline et au ralliement de Roosevelt à cette position, cette zone a finalement été ‘libérée’ par les soviétiques.

    Extrait de Expressio

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