• Jeter une pierre dans le jardin de quelqu’un

    Jeter une pierre dans le jardin de quelqu’un

    L’accuser ou le faire soupçonner d’un acte ou d’une parole dont il peut être innocent, mais dont, dans tous les cas, sa réputation doit souffrir

    Cette comparaison entre un jardin et le caractère d’une personne tend à indiquer une intention de nuire, soit par des paroles malveillantes dites ostensiblement ou à mots couverts. On raconte à ce sujet l’anecdote suivante :

    « L’abbé de Beauvais, prédicateur du XVIIIe siècle, n’épargnait pas dans ses sermons de dures vérités au roi et aux seigneurs de la cour. Un jour qu’il avait tonné contre les vieillards vicieux, Louis XV en parut affecté ainsi que le duc de Richelieu. Le roi dit alors à celui-ci : « Il me semble que le prédicateur a jeté bien des pierres dans votre jardin ! – Oui, sire, répond le duc, et avec une telle force que je crois qu’il est tombé quelques-unes de ces pierres dans le parc de Versailles. »

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  • Se faire montrer du doigt

    Se faire montrer du doigt

    ’est se faire désigner au public comme un individu mal famé que les passants se montrent au doigt

    Chez les Anciens la même façon de parler avait un tout autre sens. Ainsi, chez les Grecs, l’orateur Démosthène se félicitait d’être l’objet d’une pareille démonstration.

    Chez les Latins, leur poète Horace remerciait en ces termes son protecteur de ce que les citoyens, grâce à lui, se l’indiquaient ainsi les uns aux autres et il disait :

    Totum muneris hoc tui est
    Quod monstror digito praetereuntium.

    ce qui signifie : C’est bien là un effet de ta faveur que les passants me montrent au doigt.

    Alors le mouvement de l’index était pris en bonne part ; mais, si ce doigt était accompagné d’un autre, la signification du geste changeait totalement, c’était celle du mépris. Dans l’ouvrage de l’historien Joinville (XIIIe siècle), on trouve ces mots : Montrer a le doy(doigt).

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  • Se crever un œil pour faire perdre les deux à un autre

    Le vice se trouve puni par le vice même

     

    Ce proverbe a été employé par Scarron dans le Roman comique, et par d’autres auteurs français bien plus anciens. Il rappelle le fait imaginé par notre trouvère Jean de Boves dans son ingénieux fabliau intitulé le Convoiteux et l’Envieux, dont voici le sujet :

    Un convoiteux et un envieux, faisant route ensemble, rencontrent saint Martin, qui, après avoir cheminé quelque temps avec eux, se fait connaître et leur dit, au moment de les quitter : « Je veux vous rendre heureux. Que l’un de vous demande tout ce qu’il désire, je le lui accorderai à l’instant, et je donnerai le double à celui qui n’aura pas demandé. »

    Voilà nos deux compères bien joyeux, mais en même temps bien embarrassés, car chacun d’eux aspire à la part plus avantageuse que le saint s’est réservé de faire lui-même, et il sent trop qu’elle ne peut lui échoir que par le désistement de son compétiteur, qui n’est pas assez sot pour y renoncer. La situation est des plus comiques. Tous deux s’exhortent mutuellement à former le plus magnifique souhait, et tous deux se gardent bien de céder à une pareille instance.

    Toutes les raisons, toutes les ruses sont impuissantes contre leur résolution fermement arrêtée. Enfin, le convoiteux, transporté de fureur, se précipite sur l’envieux, qu’il saisit à la gorge, en menaçant de l’étrangler s’il ne parle le premier. Celui-ci, dans une telle extrémité, prend encore conseil de sa passion et s’écrie : « Je souhaite avoir un œil de moins. » Aussitôt dit, aussitôt fait : le voilà borgne et son compagnon aveugle. C’est tout le bénéfice qu’ils retirent de leur position, et le vice se trouve puni par le vice même.

    Quel dommage que la Fontaine n’ait pas mis en vers ce fabliau si digne de son talent !

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  • Mettre quelqu’un au pied du mur

    ****

    C’est le mettre dans l’impossibilité de répondre aux arguments qu’on lui oppose

    On peut, par extension, dire que c’est réduire une personne à reconnaître son erreur ou son tort sans pouvoir présenter aucune objection raisonnable.

    Cette locution n’est pas, comme on pourrait le croire, une métaphore prise de l’escrime où celui qui pousse son adversaire jusqu’au pied du mur, lui ôte par là tout moyen de reculer davantage et le force à s’avouer battu.

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  • Jamais grand nez n’a gâté beau visage

    Formule pour glorifier les grands nez

    Jamais grand nez n’a gâté beau visage

    On a prétendu que ce proverbe signifiait qu’un beau visage n’a jamais été le siège d’un grand nez. Adopte une telle explication qui voudra. Il semble qu’elle doive être rejetée. En effet, le proverbe a été formulé pour glorifier les grands nez et non pour les déprécier. Cette opinion quant à l’origine du proverbe s’appuie sur de nombreux documents historiques et s’accorde parfaitement avec celle qui a dominé constamment chez la généralité des hommes de tous les temps et de tous les pays.

    En effet, on ne trouvera pas de peuple qui ne réprouve les petits nez et les nez camus comme déplaisants ou de mauvais augure, et qui n’admire les nez proéminents et grandioses. Ces nez d’élite, dont la forme superbe étonne et captive les regards, ont figuré toujours dans le monde avec un honneur infini. Témoin le nez de la Sulamite comparé à la tour du Liban par le sage Salomon dans le Cantique des cantiques, nasus tuus sicut turris Libani (VII, 4) ; témoin encore le nez de Cyrus que le philosophe Platon appelait un nez vraiment royal, et le nez de l’illustre Scipion Nasica, la gloire des nez romains, et le nez magnifique de François Ier, etc.

    Au reste, ce ne sont pas seulement les poètes et les historiens qui ont proclamé l’importance et la suprématie des grands nez. L’Église elle-même s’est prononcée en leur faveur. Elle les a signalés comme des attributs éminemment propres à imposer le respect et l’obéissance, et a décidé qu’ils étaient obligatoires pour les prétendants aux dignités monastiques. Laurent de Peyrinnis, un des supérieurs de l’ordre des Minimes, l’a dit en ces termes formels : Naso carentes eligi non possunt ad dignitates monasticas. « Ceux qui manquent de nez ne peuvent être élus aux dignités monastiques. » Bien plus, un autre proverbe nous apprend qu’il faut avoir du nez pour être pape, et l’on voit par ce qu’on vient de lire que ce proverbe doit se prendre dans le sens littéral plus encore que dans le sens figuré du mot nez, puisque c’était de la forme de cet organe que dépendait l’élection aux dignités monastiques qui devenaient presque toujours les degrés par lesquels on s’élevait à la papauté.

    On sait que Rabelais, traçant le portrait du moine par excellence personnifié dans frère Jean des Entommeures, l’a représenté bien fendu de gueule, bien advantagé en nez (liv. I, ch. XXVII).

    Mais à quoi bon citer tant d’exemples ? Ne suffit-il pas pour la gloire des grands nez qu’ils aient obtenu la considération de la plus belle moitié du genre humain ? Il y a une épigramme dialoguée du chevalier de Choisy, dans laquelle une dame vante les grands nez et un monsieur les critique. En voici les quatre derniers vers 

    Jamais grand nez n’a gâté beau visage

    Caricature exécutée par Grandville

    Le caricaturiste Grandville (1803-1847) a pris parti contre les grands nez, qu’il a un peu confondus avec les gros, et son crayon malicieux en a tracé une caricature fort drolatique. Rien de mieux réussi, sans doute et comme vous le voyez ci-dessus, pour l’effet qu’il s’est proposé, que ces deux ligures contrastantes, dont l’une, au nez camus, rit de l’ampleur nasale de l’autre.

    Il faut pourtant observer qu’en joignant aux traits mignons de celle-ci un si curieux morceau d’histoire naturelle sous forme d’organe olfactif, il a suivi une mauvaise variante du proverbe où l’ignorance du populaire a substitué, joli visage à beau visage, sans égard à la différence des deux expressions.

    Assurément il avait le droit de choisir cette variante si susceptible d’être démentie et ridiculisée, et force est de reconnaître qu’il l’a très bien figurée dans son dessin, mais remarquons qu’elle est tout à fait erronée. L’épithète de joli ne pouvant guère s’appliquer que par ironie à un visage que gâte la grandeur du nez, fausse le sens du proverbe qui se prend ordinairement au sérieux. Aussi n’a-t-elle été admise dans aucun recueil.

    Celle du beau, au contraire, est dans la plupart de ceux qu’on a publiés depuis près de trois siècles, parce qu’on a reconnu qu’un grand nez, d’une forme correcte toutefois, ne dépare pas la beauté d’une mâle figure. Du reste, le texte primitif du proverbe dit tout simplement : Jamais grand nez n’a gâté visage.

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  • à bon entendeur salut !

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    « A bon entendeur, salut !  »

    Que celui qui comprend bien [ce que je veux dire ou ce que j'ai dit] en tire profit (ou fasse attention) !

    Cette expression qui date du XVIIe siècle est en général une menace, un avertissement plus ou moins voilé.

    Qu’est-ce que ce mot ‘entendeur’ ?
    Celui qui mange n’est-il pas un mangeur, celui qui marche un marcheur et celui qui râle un râleur ? Eh bien un ‘entendeur’, mot qui n’est plus maintenant employé que dans cette expression, c’est quelqu’un qui entend.
    Mais ici, le verbe ‘entendre’ doit être compris comme il était aussi employé autrefois pour signifier ‘comprendre’, comme dans les anciennes locutions « entendre à demi-mot » ou « entendre la plaisanterie ».

    Quant au ‘salut’, il ne s’agit pas du tout d’une salutation, mais du fait d’échapper à un danger ou à une souffrance.
    Autrement dit, « celui qui a bien compris trouvera son salut ».

    Cette expression pourrait être une allusion à la parole de l’Évangile « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende » (Matthieu, XIII).

     

    extrait de Expressio

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  • Pas piqué des vers / hannetons

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    « Pas piqué des vers / hannetons  »Parfait, excellent, exceptionnel, très réussi, formidable… Bien conservé, intact.

    Lorsque le bois des anciens meubles est envahi par les vers, on dit qu’il est ‘piqué’ par ces animaux rampants, en raison des traces laissées par les nombreux petits trous visibles à la surface du bois.
    Il va de soi que l’état de tels meubles est très loin d’être considéré comme parfait ou exceptionnel.
    Dès le XVIIe siècle, on utilisait déjà « piqué de vers » pour désigner des vêtements mités ou du bois rongé par les insectes.

    On imagine aisément que l’inverse de « piqué de vers » qualifie quelque chose d’intact, bien conservé, en parfait état et, par extension, quelque chose d’exceptionnel ou d’excellent.
    La version ‘hannetonnée’, est apparue au XIXe siècle, un peu après sa soeur avec exactement le même sens.

    Cette expression serait attestée en 1832 dans « les amours de Mahieu » pour désigner une belle jeune fille, fraîche, en pleine santé, apte à satisfaire les besoins de galipettes du bossu paillard héros de l’ouvrage.
    La signification actuelle apparaît au début du XXe siècle.

     

    Extrait modifié de Expressio

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  • Donner du fil à retordre à quelqu’un

    Donner du fil à retordre à quelqu’un

    C’est charger une personne d’une besogne qu’elle ne peut faire sans se donner beaucoup de mal

    Pour former un fil à coudre, il faut la réunion de plusieurs brins. Autrefois, cette réunion de fils se faisait à la main, mais actuellement elle se fait à l’aide de machines.Retordre le fil c’est en faire une espèce de corde à plusieurs brins.

    A cet effet, on le met en autant de pelotes que l’on veut qu’il y ait de brins au fil retors. Quand on retord les brins en sens contraire à celui selon lequel ils ont été filés, il se fait un effort sur eux-mêmes pour reprendre leur position primitive. C’est la retorsion de ce fil qui a motivé l’emploi de ces mots au figuré pour indiquer une opération pleine de difficultés.

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  • Avoir la pistole volante

     

    Se dit d’une personne qui dépense beaucoup d’argent, et qui, malgré cela, n’en manque jamais

    La pistole volante, que tous les démonographes signalent comme le talisman le plus efficace contre la pauvreté, est une pièce d’or de dix livres qui a la vertu de revenir toujours dans la bourse de celui qui l’a employée.

    Suidas parle d’un Grec nommé Pâris, possesseur d’une pièce de monnaie unique, mais qui rentrait toujours dans sa poche toutes les fois qu’il l’avait dépensée. C’est là sans doute ce qui a donné lieu aux cinq sous sans cesse renouvelés du Juif errant et à la bourse intarissable de Fortunatus.

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