•  "Être (comme) cul et chemise"

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    "Ces deux-là, ils sont cul et chemise !" En disant cela de deux personnes qu’elle connaissait (mais évitait de fréquenter), grand-mère n’en soulignait pas seulement la proximité, l’inséparabilité, mais aussi la coupable complicité, l’
    indécence du mot cul devant nécessairement donner à la phrase un tourpéjoratif.

    Dès 1640, Antoine Oudin nous fournit une expression approchante : "Ce n’estqu’un cul et une chemise. Ils sont toujours ensemble ; ils ont de grandesintelligences" et Fleury de Bellingen, en 1656, en emploie une autre : "elle a ajouté que c’estoient deux culs dans une chemise ; c’est à dire deux intimes et parfaits amis, qui semblaient avoir un même esprit, un même sentiment, et une même inclination" (L’Étymologie ou Explication des proverbes françois, XXVIII).

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  • L'EXPRESSION DU JOUR "Soupe à la grimace"

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    "Bien sûr nous eûmes des orages…" Quel couple peut se vanter de n’en avoirjamais eus ? Orage ou brouille passagère, le résultat se traduit bien souventpar une soupe à la grimace, l’image étant celle d’un repas pris en face d’un
    visage revêche : celui de votre conjoint dont la moue renfrognée traduit l’inimitié.

    L’expression ne semble pas remonter au-delà du XXe siècle et l’idée de repas en a progressivement disparu, celle d’accueil hostile étant seule conservée. Une autre, un peu plus ancienne, nous parle de "soupe aux larmes" mais, plus que de l’hostilité, c’est de la tristesse qu’elle exprime :"Londres est maintenant détestable, poursuivit Reggie avec un grand sérieux.

    Je n’aime pas, vous savez... La guerre... Partout à Londres, c’est comme unesoupe aux larmes" (Francis Carco, Les Innocents, 1916). Ajoutons que celuiqui mange la soupe à la grimace doit aussi souvent "dormir à l’hôtel du cultourné" [dormir dos à dos dans le lit, pour un couple fâché, ], la
    guéguerre conjugale étant ainsi pleinement consommée.

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  • L'EXPRESSION DU JOUR "Avoir les nerfs en pelote"

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    C’est la manifestation d’un agacement, d’une irritation extrême. Datée de1901 (dans L’Argot au XXe siècle d’Aristide Bruant, à Colère), l’expression semettre les nerfs en pelote fait partie de toute une liste où le mot nerfs aupluriel est associé aux notions d’exaspération, d’excitation, etc. :
    Taper sur les nerfs, "énerver, irriter", (1816, porter sur les nerfs dans L’Hermite de Guyane d’Étienne de Jouy), un paquet (ou une boule) de nerfs,"personne très nerveuse", avoir les nerfs à fleur de peau, "être irritable", êtresur les nerfs, "éprouver une grande tension nerveuse", autant d’états qui
    peuvent mener à la crise de nerfs (1825, dans la Physiologie du goût deBrillat-Savarin) au cours de laquelle on doit passer ses nerfs sur quelqu’unpour espérer retrouver son calme, etc.

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  • "Bâton merdeux"

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    Au sens propre (si l’on ose dire !), il s’agit d’un ustensile si souillé qu’on nepeut le saisir par aucun bout. Au sens figuré, c’est un individu acariâtre aucaractère si détestable qu’on ne sait comment l’aborder. C’est en ce sens quegrand-mère disait (rarement et à voix basse) de quelque connaissance peufréquentable : "C’est un bâton merdeux."

    L’expression a ensuite évolué pour désigner toute situation si délicate, toutproblème si épineux qu’on ne sait comment les appréhender. Le bâton enquestion a peut-être été l’accessoire principal d’un jeu d’enfants, celui que cite Rabelais au chapitre XXII de Gargantua (1534), entre "pet en gueulle" et"brandelle", parmi quelque deux cent vingt autres auxquels s’adonnait le filsde Grandgousier : "Guillemin, baille my ma lance."

    La règle de ce jeu est donnée par l’abbé François Guyet (1575-1655) dans l’une des nombreuses notes qu’il écrivit en marge de son Rabelais : "On bandeles yeux à l’un de la troupe, lequel on traite de Chevalier. En cet état ilcommande à son Écuyer, soit Guillemin ou Robin, de lui bailler sa lance. 'Attendez, Monsieur', répond l’Écuyer, 'je vous l’agence'. L’Écuyer disant ensuite à son Maître qu’il lui présente effectivement une lance : dans le temps que Monsieur le Chevalier ouvre la main pour empoigner cette lance, son Écuyer lui met en main un bâton qu’il a pris le loisir d’enduire de m… à l’endroit que l’autre doit toucher."

    On voit ici que "Guillemin" est construit sur l’ancien verbe guiller, "tromper,attraper", également à l’origine de "guilledou" ["courir le guilledou", c'est être volage, ]. Est-ce la véritable origine du bâton merdeux ? Une autre

    possible source est évoquée dans certaines pages de littératurepornographique qui, pas plus que le bâton en question, n’est à mettre entretoutes les mains, par exemple :

    "Oh ! par ma foi, moi qui suis sans culture / J’appelle un con un con, et dissans bouffissure / Qu’un vit de bougre est un bâton merdeux"

    (L’Odissée en raccourci, in Origine des puces, 1793.)
    Quand on sait que "bougre" (déformation de "bulgare" datant du XIIe siècle)fut un surnom donné aux sodomites, on comprend l’allusion graveleuse.

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  • Pourquoi dit-on « que dalle » pour signifier « rien » ?

    Il existe deux explications sur l’origine de l’expression « que dalle » pour désigner l’absence de quelque chose.

    Elle serait d’abord une référence à une ancienne pièce de monnaie en argent du Saint-Empire romain germanique, le « thaler » ou « daalder » dans la langue flamande.

    Apparue au 15ème siècle cette monnaie issue de la puissance de l’empire germanique circula en Europe pendant 400 ans. A l’image du dollar elle était la monnaie des échanges commerciaux internationaux.

    Mais au 19ème siècle elle perdit toute sa valeur en grande partie en raison de la naissance du mark allemand. On se mit alors à dire que l’on avait « que dalle » pour signifier une monnaie sans valeur, c’est-à-dire « rien du tout ».

    Selon la deuxième explication, « dalle » viendrait du mot « dail » issu d’une langue tsigane, le romani, et qui a pour sens « rien du tout ». Ou encore de l’occitan qui veut dire « que de l’aile à manger », c’est-à-dire presque rien.

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    Pourquoi dit-on « poser un lapin » ?

    « Poser un lapin » consiste à ne pas se rendre à un rendez-vous sans prévenir la personne qui vous attend.

    Signalons d’abord que durant l’Antiquité, le lapin était un symbole de fécondité. Celui qui n’en avait pas était donc mis dans la pauvreté.

    Mais l’expression exacte remonte à la fin du 19ème siècle. Elle avait cependant à l’époque un sens différent.

    Elle signifiait ne pas rétribuer les faveurs d’une femme dite de « petite vertu ». Le « lapin » désignait donc le refus de payer.

    Et le « poseur de lapin » était celui qui faisait attendre la femme dont il avait profité.

    Le sens que nous connaissons aujourd’hui serait apparu vers 1890 chez les étudiants et semble venir d’une autre locution, « laisser poser », qui signifiait « faire attendre quelqu’un ».

    Mais il y a eu sans aucun doute un glissement progressif dans le langage courant d’une attente de paiement non honoré (la faveur sexuelle) vers une autre attente non satisfaite (la venue de la personne attendue).

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    D’où vient l’expression « le jeu en vaut la chandelle » ?

    L’origine de cette expression date du 16ème siècle. A cette époque les foyers s’éclairaient à la bougie.

    L’électricité n’existait bien sûr pas encore. Pour passer le temps ou s’adonner à son vice les gens pouvaient le soir jouer aux cartes ou aux dés. Pour y voir quelque chose il leur fallait s’éclairer à la bougie ou à la chandelle.

    Mais éclairer ces parties de jeux nocturnes avait un coût.

    Ainsi les joueurs n’étaient prêts à consentir à payer pour cet éclairage que si les montants des gains potentiels étaient élevés. Il fallait pouvoir espérer gagner une grosse somme ou au moins rentrer dans ses frais.

    Si les gains potentiels n’étaient pas énormes et pour pouvoir quand même jouer les participants aux revenus modestes donnaient une petite somme à celui qui avait accueilli la partie en dédommagement du coût des chandelles.

    Mais s’ils n’avaient vraiment pas de chance au jeu alors celui-ci n’en valait pas la chandelle !

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    Pourquoi dit-on « une vie de bâton de chaise » ?

    « Mener une vie de bâton de chaise » signifie mener une vie agitée, désordonnée.

    L’expression a une origine incertaine. Mais on l’explique généralement de la façon suivante. Les « bâtons de chaise » sont les bâtons de chaise à porteurs sous l’Ancien Régime. Celles-ci présentaient en effet deux bâtons latéraux qui servaient à porter littéralement la chaise et son passager.

    Or pour déplacer le tout il fallait fréquemment manipuler ces bâtons. Ils avaient la vie dure. Ils étaient soulevés, tirés, posés, courbés. Et par analogie on se mit à décrire une vie à l’activité excessive en ayant recours à cette image.

    Si on date cette expression de la fin du 19ème siècle, date à laquelle les chaises à porteurs avaient disparu, c’est tout simplement que de nombreux spectacles relataient alors la vie de cette époque, donnant une actualité à ce mode de déplacement pourtant disparu. D’où la référence anachronique aux bâtons de chaise.

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    Quelle est l’origine de l’expression « amuser la galerie » ?

    « Amuser » ou « épater » la galerie consiste à faire rire le public.

    Cette expression au caractère légèrement péjoratif a une origine sportive et date du 17ème siècle. Le tennis et d’autres jeux de raquettes viennent du jeu de paume, jeu pratiqué depuis un millénaire. Le long des terrains de ce jeu, dont les joueurs sont munis d’une raquette que depuis le début du 16eme siècle, se trouvait une galerie. Elle accueillait les spectateurs.

    Rapidement le mot « galerie » s’est mis à désigner non plus seulement la structure accueillant le public mais le public lui-même.

    Pour amuser les spectateurs, la galerie donc, les joueurs du jeu de paume réalisaient des acrobaties et tentaient d’effectuer des coups spectaculaires. Puis dans un élargissement progressif et continu de sa signification, l’opinion publique.

    Pour la petite histoire la France commença à délaisser le jeu de paume dès le 18ème siècle.

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    Pourquoi dit-on « à la bonne franquette » ?

    Passer une soirée “à la bonne franquette” signifie sans complications, sans chichi ni manières inutiles. Si une invitation se passe « à la bonne franquette » alors les petits plats ne sont pas mis dans les grands !

    Dès le 17ème siècle on trouve l’expression « à la franquette ». Le mot « franquette » vient de « franc » qui est d’origine normande.

    La locution est utilisée à cette époque pour dire « en toute franchise ». Un siècle plus tard elle est remplacée par « à la bonne franquette » et prend dès lors le sens de « en toute simplicité ».

    Mais il faut ajouter que Jean Maillet souligne que jusqu’à la fin du 18ème siècle, le peuple disait « parler à la franquette » ou « agir à la franquette » pour exprimer l’absence de manières et façons.

    Il semble aussi qu’avant le mot « franquette » on utilisait celui de « Flanquette ».

    « « Agir à la flanquette » signifiait donc « agir franchement ». La lettre «L » ayant par la suite était roulée en « R ».

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    D' où vient l’expression « les absents ont toujours tort » ?

    Cette expression est très courante mais savez-vous pourquoi les absents ont tort ? Est-ce parce qu’ils ont commis la faute de ne pas être là et se voient en conséquence punis par condamnation a priori de leurs opinions ?

    Ou bien est-ce parce qu’ils ne peuvent pas se défendre et argumenter leur position ?

    Cette seconde explication est la bonne. L’absent est toujours fautif car il n’est pas en mesure de défendre ses intérêts, d’expliquer son point de vue ou sa décision.

    Par une formule assez proche les Latins disaient : Absens hoeres non erit, c’est-à-dire « l’absent ne sera pas héritier ».

    Mais l’expression qui nous occupe date elle, du 18ème siècle. A cette époque on dit d’ailleurs plutôt...

    « Les os sont pour les absents ». Ce qui signifiait qu’en raison de leur absence ils ne pouvaient pas partager le repas et que par conséquent on leur laissait la part la moins enviable, les os.

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    Connaissez-vous l’origine de l’expression « laisser le chat aller au fromage » ?

    Cette expression est certes quelque peu oubliée de nos jours mais elle a bien eu cours.

    Elle s’applique à une jeune fille qui cède aux avances d’un homme avant le mariage. Elle exprime donc l’idée traditionnellement contraire à la morale de consommer un mariage avant même sa célébration.

    On en trouve les premières traces au 16ème siècle. Des interrogations demeurent sur l’animal choisi.

    En effet ce sont plutôt les souris ou les rats qui s’intéressent au fromage, et non pas les chats. Mais s’il s’agit d’un chat et non d’un rongeur, c’est en référence au sexe féminin.

    Quant au fromage il est le symbole même de la tentation. Déjà dans la fable de La Fontaine, Le corbeau et le renard, le fromage est la proie tant convoitée par les animaux...

    « Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l’odeur alléché… ».

     

    Prendre des vessies pour des lanternes...

    L’origine de cette expression semble remonter au 13ème siècle, une époque à laquelle on disait « vendre vessie pour lanterne ».

    Des vessies de porc ou de bœuf étaient alors …

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    Mener à la baguette...

    Cette expression signifie commander avec dureté ou autorité. On peut se demander de quelle baguette s’agit-il ?

    Est-ce une référence à la baguette du boulanger ?

    A celle du batteur ? Du chef d’orchestre ?

    Ou encore à celles qui peuvent remplacer les fourchettes ? Aucune de celles-ci…

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    Quelle est l’origine de l’expression « comme cul et chemise » ?

    Deux personnes qui sont « comme cul et chemise » ont entre elles une très grande complicité.

    Elles sont inséparables. Cette métaphore de l’amitié entre deux personnes est souvent utilisée dans un sens légèrement péjoratif.

    Antoine Oudin dès 1640 utilise une expression très proche: « Ce n’est qu’un cul et une chemise.

    Ils sont toujours ensemble ; ils ont de grandes intelligences ».

    La mention du cul et de la chemise, souligne simplement le caractère inséparable des deux parties, comme le lien qui existe entre le corps (« le cul ») et le vêtement qui l’habille (« la chemise »).

    Car les chemises de l’époque n’étaient pas identiques à celles que nous connaissons aujourd’hui.

    Elles ressemblaient plutôt à de longues chasubles qui en font véritablement l’ancêtre des sous-vêtements modernes. La « chemise » atteignait ainsi le « cul ».

    Il y avait donc bien entre deux personnes la même promiscuité que celle existant entre le vêtement et le corps humain.

     

     

     

     

     

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