• En Passant a Vlirgara ...................Théophile Gautier 1811- 1872

    En Passant a Vlirgara

     En Passant a Vlirgara par Théophile Gautier

    No vaya usted â ver eso, que le darà gana de vomilar.

    Nous avions avec nous une jeune
    Espagnole,
    A l'allure hardie, à la toilette folle,
    Au grand front éclatant comme un marbre poli,
    Où la réflexion n'a jamais fait un pli,
    Encadré de cheveux qui venaient en désordre
    Sur un col satiné nonchalamment se tordre ;
    Des sourcils de velours avec de grands yeux noirs
    Renvoyant des éclairs comme un piège à miroirs ;
    Un rire éblouissant, épanoui, sonore.
    Belle fleur de gaîté qu'un seul mot fait éclore ;
    Des dents de jeune loup, pures comme du lait,
    Dont l'émail insolent sans trêve étincelait ;
    Une taille cambrée en cavale andalouse ;
    Des pieds mignons à rendre une reine jalouse ;
    Et puis sur tout cela je ne sais quoi de fou.
    Des mouvements d'oiseau dans les poses du cou,
    Des petits airs penchés, des tournures de hanches,
    De certaines façons de porter ses mains blanches,
    Comme dans les tableaux où le vieux
    Zurbaran,
    Sous le nom d'une sainte, en habit sévillan,
    Représente une dame avec des pendeloques,
    Des plumes, du clinquant et des modes baroques.

    Or, pendant que j'errais dans la vaste fonda,
    Attendant qu'on servît la olla podrida.
    Et que je regardais, ardent à tout connaître,
    La cage du grillon pendue à la fenêtre,
    Un mort passa, — partant pour le royaume noir, —
    El comme je voulais descendre pour le voir (Car sur le front des morts le rêveur cherche à lire-Ce terrible secret qu'aucun d'eux n'a pu dire).
    L'Espagnole, posant ses doigts blancs sur mon bras.
    Me retint et me dit : «
    Oh ! ne descendez pas,
    Cela vous donnerait, à coup sûr la nausée ! »
    Elle jeta ces mots vaguement, sans pensée,
    De cet air de dégoût mêlé d'un peu d'effroi
    Ou'on aurait en parlant d'un reptile au corps froid.

    — «
    Ce spectacle, effrayant pour le héros lui-même,

    Qui fait pâlir encor le front du chartreux blême

    Après vingt ans de jeûne et d'angoisse passés,

    Un crâne sous la main, entre des murs glacés,

    La mort n'a donc pour toi ni leçon ni tristesse ?

    Et parce que tu bois le vin de ta jeunesse,

    Que tes cheveux sont noirs et tes regards ardents,

    Qu'il n'est pas une tache aux perles de tes dents,

    Tu crois vivre toujours, sans qu'à ton front splendide

    Le temps avec son ongle ose écrire une ride ?

    Et tu méprises fort, dans ton éclat vermeil,

    Le cadavre au teint vert qui dort le grand sommeil ?

    Et pourtant ce débris fut le temple d'une âme ;

    (e néant a vécu ; cette lampe sans flamme,

    Que la bouche inconnue a soufflée en passant.

    Naguère eut le rayon qui t'éclaire à présent.


    Sans doute ; mais pourquoi plonger dans ces mystères ?
    Laissons rêver les morts dans leurs lits solitaires,

    En conversation avec le ver impur !

    A nous la vie, à nous le soleil et l'azur,

    A nous tout ce qui chante, à nous tout ce qui brille.

    Les courses de taureaux dans
    Madrid ou
    Séville,

    Les pesants picadors et les légers chulos,

    Les mules secouant leurs grappes de grelots,

    Les chevaux éventrés, et le taureau qui râle

    Fondant, l'épée au cou, sur le matador pâle !

    A nous la castagnette, à nous le pandéro,

    La cachucha lascive et le gai boléro,

    Le jeu de l'éventail, le soir, aux promenades,

    Et sous le balcon d'or les molles sérénades !

    Les vivants sont charmants et les morts sont affreux.


    Oui ; mais le ver un jour rongera ton œil creux,
    Et comme un fruit gâté, superbe créature,

    Ton beau corps ne sera que cendre et pourriture ;

    Et le mort outragé, se levant à demi.

    Dira, le regard lourd d'avoir longtemps dormi :

    «
    Dédaigneuse ! à ton tour tu donnes la nausée,

    «
    Ta figure est déjà bleue et décomposée,

    «
    Tes parfums sont changés en fétides odeurs,

    «
    Et tu n'es qu'un ramas d'effroyables laideurs ! »

    Vergara. .

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