• DÉJEUNER DE SOLEIL...........Tristan Corbière (1845-1875)

    DÉJEUNER DE SOLEIL

    DÉJEUNER DE SOLEIL...........         

    Bois de Boulogne, 1er mai.


    Au Bois, les lauriers sont coupés,
    Mais le Persil verdit encore ;
    Au Serpolet, petits coupés
    Vertueux vont lever l’Aurore...
     
    L’Aurore brossant sa palette :
    Kh’ol, carmin et poudre de riz ;
    Pour faire dire — la coquette —
    Qu’on fait bien les ciels à Paris.
     
    Par ce petit-lever de Mai,
    Le Bois se croit à la campagne :
    Et, fraîchement trait, le champagne
    Semble de la mousse de lait.
     
    Là, j’ai vu les Chère Madame
    S’encanailler avec le frais...
    Malgré tout prendre un vrai bain d’âme !
    — Vous vous engommerez après. —
     
    ... La voix à la note expansive :
    — Vous comprenez ; voici mon truc :
    Je vends mes Memphis, et j’arrive...
    — Cent louis !... — Eh, Eh ! Bibi... — Mon duc ?...
     
    On presse de petites mains :
    — Tiens... assez pur cet attelage. —
    Même les cochers, au dressage,
    Redeviennent simples humains.
     
    — Encor toi ! vieille Belle-Impure !
    Toujours, les pieds au plat, tu sors,
    Dans ce déjeuner de nature,
    Fondre un souper à huit ressorts... —
     
    Voici l’école buissonnière :
    Quelques maris jaunes de teint,
    Et qui rentrent dans la carrière
    D’assez bonne heure... le matin.
     
    Le lapin inquiet s’arrête,
    Un sergent-de-ville s’assied,
    Le sportsman promène sa bête,
    Et le rêveur la sienne — à pied. —
     
    Arthur même a presque une tête,
    Son faux-col s’ouvre matinal...
    Peut-être se sent-il poète,
    Tout comme Byron — son cheval.
     
    Diane au petit galop de chasse
    Fait galoper les papillons
    Et caracoler sur sa trace,
    Son Tigre et les vieux beaux Lions.
     
    Naseaux fumants, grand œil en flamme,
    Crins d’étalon : cheval et femme
    Saillent de l’avant !...
                                                      — Peu poli.
    — Pardon : maritime... et joli.
     

     

    « SONNET...Vent d’été, ........Charles Cros (1842-1888)RUE DE LA CLEF.........Laurent Tailhade (1854-1919) »
    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :