• « De mon temps ».............CHER VIEUX TELEPHONE ! de Sylvie Holt

    CHER  VIEUX  TELEPHONE !

     

    Petits enfants, qui pianotez sans trêve sur vos i-phones pour échanger des propos insignifiants avec le copain qui vient de vous quitter, et qui, sans doute … vous demandez comment vos grands-parents ont bien pu mener leur vie sans cet accessoire indispensable … écoutez cette histoire :

    Lorsque j’avais votre âge, téléphoner n’était pas compliqué ; il n’y avait alors dans les campagnes et les banlieues que des numéros à deux chiffres, un peu comme le « 18 » pour les pompiers. Le célèbre sketch de Fernand Raynaud,  « le 22 à Asnières », en est une illustration.

    Il suffisait donc de décrocher le combiné, d’appeler une opératrice, et de lui donner votre numéro ; elle le composait et vous mettait en communication avec x, y ou z, ce qui pouvait requérir un temps d’attente.

    Dans le village cévenol de mes grands-parents, il n’y avait qu’un poste téléphonique. Il avait été installé sur le palier extérieur d’une maison privée, au centre du village, à égale distance pour tous. Est-ce un hasard ? C’était aussi … la maison du Maire de la commune …

    Quand donc ce téléphone sonnait, l’épouse du Maire allait répondre ; il lui fallait ensuite aller chercher celui, ou celle, auquel l’appel était destiné. C’était sur le fond assez contraignant pour elle et l’on peut aujourd’hui se demander si les usagers accepteraient de rendre ce service !

    Cela manquait aussi singulièrement d’intimité et pour peu que cette femme fut indiscrète, toute la contrée avait vite fait de savoir que votre fille, ou votre cousin, avait cherché à vous joindre … et les langues jasaient … au détour d’une conversation anodine, vous vous faisiez rattraper : « Et votre fille ? Çà va bien sa famille ? » Le téléphone cévenol fonctionnait cinq sur cinq.

    De temps à autre, quand le téléphone sonnait désespérément, - Dame ! Le Maire avait bien le droit de s’absenter ! -, c’est un villageois de passage qui répondait, venait vous chercher … et parfois s’attardait dans la ruelle, oreilles au vent …

    J’ai vu ainsi plusieurs fois mon grand-père quitter son établi et se laver les mains en toute hâte pour répondre à un appel, suivi de ma grand-mère ; le combiné pour l’un, l’écouteur pour l’autre.

    Le palier de cette maison était étroit, garni d’un pauvre tabouret, exposé aux intempéries et quand soufflait le mistral, ce vent du nord redouté des Provençaux, la situation était inconfortable. Aussi, en raison de la chaleur, du froid, du vent ou de la pluie … des allées et venues de la ruelle … de la fenêtre voisine entrouverte … mes grands-parents parlaient à voix basse et limitaient la conversation au strict nécessaire.

    Et lorsqu’eux-mêmes téléphonaient, ce n’était pas pour bavasser, mais pour un motif important. En l’absence d’urgence, c’est au papier et à La Poste qu’ils confiaient leurs états d’âme.

    En ce temps-là, il faut dire aussi que le téléphone cévenol fonctionnait sans bavures : dès qu’un ancien avait consumé sa bougie, dès qu’un berger ne rentrait pas le soir au bercail, la nouvelle se répandait comme une traînée de poudre dans tous les foyers. Beaucoup sortaient sur le pas de leurs portes, s’interpelaient de fenêtre à fenêtre ; curiosité, cancanage … oui … mais aussi entraide, solidarité et communication.

    Aujourd’hui, tout en arpentant le trottoir, Mademoiselle appelle haut et fort pour décommander et reporter son rendez-vous chez le médecin … le mari en courses appelle car Madame, sur sa liste, a oublié de préciser la marque du paquet de nouilles.

    … Et nous, nous enrageons d’intercepter ces soliloques insipides qui ne nous concernent ni ne nous intéressent !

    … Et nous fulminons  d’apprendre que tel voisin est décédé brutalement, qu’il a même déjà été enterré … et que nous n’en avons rien su !

     

     

                                                                                                           Février 2016   

                                                                                                              familleholt@yahoo.fr

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