• Traditions Russes à Noël

    Traditions Russes à Noël   ..Traditions Russes à Noël   ..Traditions Russes à Noël   .. 

    En quelques jours, beaucoup de nos lecteurs célébreront Рождество(Noël). Comme vous le savez peut-être, la plupart des Russes ne célèbrent pas Noël le 25 décembre, mais plutôt le 7 janvier selon Юлианский календарь (le calendrier julien).

    Tout comme le jour de Noël aux États-Unis, le jour de Noël en Russie est официальный выходной (jour férié officiel). Cela suit les talons des новогодние праздники (vacances de Noël) qui sont également des jours de congé et forment une méga-fête que cette année dure du тридцатое декабря (30 décembre) au) au восьмое января (8 janvier).

    Alors que pour beaucoup cette longue période de зимние праздники(vacances d'hiver) est le temps de la fête et beaucoup de nourriture délicieuse, les Russes (religieux) font le jeûne de 40 jours. Il se termine dans la soirée du 6 janvier, l'heure connue sous le nom de les Russes (religieux) font le jeûne de 40 jours. Il se termine dans la soirée du 6 janvier, l'heure connue sous le nom de Сочельник (Veille de Noël).

    Le mot сочельник est plutôt inhabituel. Contrairement à la “veille” en français, сочельник est seulement utilisé pour décrire la veille de Noël. Les jours avant toute autre fête ou événement sont appelés канун (veille, la nuit de la veille), bien que le mot канун puisse également être utilisé pour Noël.

    • Сочельник - это канун Рождества - La veille de Noël est le jour avant Noël
    • Канун Нового года в России является нерабочим днём - Le réveillon du Nouvel An est un jour de congé en Russie.
    • Накануне Нового года магазины продают больше всегошампанского - Les magasins vendent le vin le plus mousseux dans les jours précédant le Nouvel An.

    Peut-être que vous avez remarqué que le mot сочельник ressemble à un autre mot russe, сочный (juteux). En effet, les deux mots partagent la même racine, сок (jus). La veille de Noël est le jour du строгого поста(jeûne strict) et de la réflexion. Traditionnellement, le jeûne dure до первой звезды (jusqu'à ce que la première étoile apparaisse). Et le plat traditionnel servi à ce point est сочиво également connu sous le nom : кутья, un plat de grains de blé cuit avec des noix, des raisins secs et du miel. D'où le mot pour la fête de Noël - сочельник, le moment où сочивоest mangé.

    La Russie a de nombreuses traditions de Noël. Il y a de nombreuses années, une des traditions les plus aimées a eu lieu в ночь перед Рождеством(la nuit de Noël). Après avoir coupé le jeûne de 40 jours avec la famille, les gens se tenaient debout toute la nuit, promenaient de maison en maison et chantaient колядки (chants de Noël). En récompense, колядующие(ceux qui chantent колядки) donnerait de généreux угощение(rafraîchissements). Cette tradition возраждается (se résurgit).

    Beaucoup de chanteurs se déguisent en mettant des наряды (costumes) et des маски (masques) ou личины (masques, du mot лицо - visage). Ces ряженые (masques), en plus des chansons, jouent des farces sur ceux qui n'étaient pas vraiment plus (généreux) avec la récompense pour le chant ou les costumes.

    La nuit de Noël commence dans une période connue sous le nom de святки(yuletide), un temps pour святочные гадания (diseur de bonne aventure yuletide). Les jeunes filles essayaient гадать (pour lire la fortune) dans les feuilles de thé, les miroirs, la cire de bougie, les bruits de grange, etc. La plupart de ces aventures ont eu à faire avec угадать (deviner) à quoi ressemblerait суженый (Le Prince Charmant), quand il apparaîtrait dans la vie d'une fille, et si la vie conjugale serait heureuse.

    L'une des œuvres les plus célèbres de la littérature classique russe, «Eugene Onegin» de Pouchkine, a une scène où la jeune héroïne, Tatiana Larina, essaie de prédire le nom de son futur mari alors qu'elle se dirige vers la route au milieu de la nuit pour demander son nom au premier passant (qui, selon la croyance, serait aussi le nom de son futur mari).

    Beaucoup d'autres auteurs classiques russes ont écrit des descriptions ou des descriptions de Noël et ses обычаи (coutumes) dans leurs œuvres. L'une des histoires les plus aimées est le conte de fées de Gogol “Ночь перед Рождеством” (La Veille de Noël ou La Nuit qui Précède Noël). Il commence avec le diable à voler la lune, deux ivrognes se perdant dans la tempête de neige et une belle fille faisant une demande déraisonnable d'un jeune homme courageux et beau qui l'adore. Mais tout se termine car les choses devraient se terminer au Noël. Les bons sont récompensés et même les mauvais ne sont pas trop punis.

    Traditions Russes à Noël   ..

    Alors saisissez une copie de la Veille de Noël (disponible en anglais)ouregardez-la en ligne et profitez de la saison. Счастливого Нового года и весёлого Рождества! (Bonne année et Joyeux Noël!)

    Traditions Russes à Noël   ..

     Un repas de Noêl à la Russe

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  • Chandeleur...À Quelle Date Exactement...

    Fête-t-On Les Crêpes En 2019 ?

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    CHANDELEUR 2019 -

      Ce samedi 2 février est le jour J. Origines, traditions, recette... toutes les infos concernant la Chandeleur pour briller en société.

    Date de la Chandeleur

    Samedi 2 février 2019

    Dimanche 2 février 2020

    Origines de la Chandeleur

    Chandeleur : la définition

    Chandeleur et présentation au Temple

    Chandeleur et tradition des crêpes

    Chandeleur : recette des crêpes

    Evènements de la Chandeleur

    Tous à vos poêles ! Quand la Chandeleur 2019 sera enfin arrivée ! L'occasion de célébrer les crêpes. Chaque année la date reste fixe. Il s'agit du 2 février.

    Par contre, le jour de la semaine change :  Les origines de la savoureuse célébration des crêpes conservent un certain mystère pour nombre d'entre nous.

    Aussi bien païennes que chrétiennes, elle puise sa source dans la symbolique des récoltes fertiles et de la lumière divine.

    D'où sa forme ronde et sa couleur de soleil, ainsi que son nom "Chandeleur"...

    Inspiré des chandelles allumées pour commémorer l'épisode biblique de la Présentation de Jésus au Temple.

    Pâte à crêpes, la meilleure recette

    Découvrez cette recette indémodable de crêpes venue de Bretagne. Elle ne nécessite aucun repos de la pâte grâce à sa quantité d'oeufs !

    Comment la date de la chandeleur a-t-elle été fixée et quelle place tient précisément la chandeleur dans notre calendrier ?

    Quel lien existe entre la Chandeleur, devenue fête chrétienne, et les rites païens d'autrefois ?

    Quelle est la signification du mot Chandeleur ? Quelle est la tradition la plus importante de la fête des crêpes ?

    Quelle symbolique recouvrent les chandelles et les crêpes dans cette célébration ?

    Ou encore quelle est la meilleure recette des crêpes pour les faire chez soi ? Toutes les réponses dans ce dossier !

    Qu'est-Ce Que La Chandeleur ?

    La Chandeleur doit son nom à la "Festa candelarum" : en latin, "fête des chandelles".

    Dans la tradition chrétienne, il est d'usage d'allumer des chandelles ou des cierges. Cette tradition est notamment vivace dans les églises...

    Chez les catholiques, le prêtre peut profiter de cette fête pour bénir les chandelles des personnes venues prier, achetées à l'avance et qui seront utilisées dans l'année.

    Les fidèles en ramènent souvent une chez eux et l'exposent à leur fenêtre le 2 février.

    Pour les chrétiens, cette clarté rappelle la "lumière" prodiguée par le Christ et est un symbole du renouvellement de la foi mais aussi de la pureté de la Vierge Marie.

    Autrefois, il était d'usage d'enlever les objets liés à Noël (houx, crèche...) à l'occasion de la Chandeleur.

    Célébrée 40 jours après la veillée de Noël, sa date est fixe, au contraire d'autres évènements comme Mardi Gras ouPâques.

    La Chandeleur de nos jours, ce n'est pas seulement les crêpes, mais aussi le cidre qui les accompagne ! 

    En fonction de la garniture des crêpes, le cidre le plus indiqué peut changer...

    Du cidre à la poire sublimera par exemple les crêpes au chocolat quand du cidre rosé se mariera délicatement avec les crêpes fourrées à la confiture.

    Un bon cidre brut fera l'affaire pour des crêpes à la pomme.

    Date De La Chandeleur

    Le chiffre à retenir est 40. Dans la liturgie chrétienne, la Chandeleur est fixée au 2 février, c'est à dire 40 jours après la veillée de Noël du 24 décembre.

    La date est en effet censée représenter un épisode biblique : la Présentation au temple de l'enfant Jésus par sa mère, Marie.

    Cet évènement raconté dans la Bible aurait eu lieu 40 jours après la naissance du Christ. 

    Plus tard, au IVe siècle, la papauté a fixé la célébration de la naissance du Christ au 25 décembre, jour de la Nativité, c'est à dire Noël. 

    La Chandeleur est donc fixée quarante jours après Noël, au 2 février, dans la tradition catholique.

    Il s'agit du 33ème jour de l'année et même la survenue d'années bissextiles ne change pas sa date. 

    L'Eglise anglicane a dérogé à la règle, en fixant la célébration religieuse au dimanche précédent ou suivant cette date. 

    Pour les orthodoxes, qui ont conservé le calendrier julien, la fête a lieu le 14 février, puisque Noël est repoussé début janvier selon notre nomenclature. 

    Dans certains villages de France, on savoure les crêpes à retardement, lors de la mi-Carême : à mi-chemin du Carême...

    Et ses privations, on fait une pause gourmande en mangeant des crêpes, on se déguise et on participe à des défilés, notamment de carnavals. 

    Contrairement à d'autres fêtes chrétiennes, comme Pâques, la Chandeleur ne glisse pas dans le calendrier au gré d'évènements astronomiques (phases de la Lune, etc.).

    La Chandeleur annonce d'autres fêtes mélangeant liturgie chrétienne et tradition populaire comme Mardi Gras, le carnaval et le Carême...

    Qui ont lieu - ou commencent - de manière générale, courant février (en fonction de la date de Pâques).

    Chandeleur 2019

    Cette année, la chandeleur est prévue le samedi 2 février 2019. De date fixe, elle tombe comme chaque année un 2 février, mais le jour de la semaine change.

    A l'inverse d'une date du calendrier religieux comme le Mardi gras, dont la date change mais le jour de la semaine non...

    Puisqu'il a toujours lieu, comme son nom l'indique, un mardi.

    Chandeleur 2019

    Pour savoir à quel moment de la semaine vous allez déguster vos crêpes, voici les dates des chandeleurs des années suivantes...

    Chandeleur 2019...Samedi 2 février 2019

    Chandeleur 2020...Dimanche 2 février 2020

    Les Origines De La Chandeleur

    Les origines de la Chandeleur demeurent disputées. Dans l'Empire Romain, il était d'usage, mi-février, de fêter les Lupercales.

    Cette période, riche en célébrations débridées (à l'image des Saturnales de la mi-décembre..

    Qui auraient engendré Noël), se célébrait au Lupercal, une grotte située au pied du Palatin à Rome..

    En l'honneur de Faunus, divinité des troupeaux et de la fécondité.

    Or, le mois de février marquait, dans une société fondée sur l'agriculture, une période importante : celle des premières semailles.

    La période correspond également, en Europe du nord, à l'ancien culte celte irlandais d'Imbolc.

    Les paysans célébraient alors la divinité de la fécondité en organisant des parades aux flambeaux. 

    Pas sûr, néanmoins, que ces fêtes païennes aient directement engendré la fête que nous connaissons.

    Des réjouissances célébrant la présentation de Jésus au Temple, quarante jours après la veillée de Noël...

    Sont signalées dans les textes au Proche-Orient dès le IVe siècle.

    Le pape Gélase aurait "officialisé" le rite un peu plus tard, l'étendant à l'ensemble de la chrétienté...

    Qui n'était pas encore divisée (les églises catholiques, orthodoxes ou protestantes apparaîtront bien plus tard). 

    La fête aurait également été popularisée par l'empereur bizantin Justinien. 

    Chandeleur...Sa Définition

    La crêpe Saumon fumé, crème citron-ciboulette...

    Ingrédients

    Valeur nutritive

    4 œufs

    1/2 c. à thé (2,5 ml)de sel

    2 tasses (500 ml)de farine tout usage

    2 tasses (500 ml)de lait (1 %)

    1/4 tasse (60 ml)d'huile végétale

    1 1/2 tasse (375 ml)de crème sure ou crème fraîche

    1/4 tasse (60 ml)d'aneth frais, haché

    2 paquets (150 g) de saumon fumé tranché finement, coupé en petits morceaux

    Préparation

    Étape 1 Mélanger les œufs et le sel dans un bol moyen.

    Ajouter progressivement la farine en alternance avec le lait, en battant au batteur électrique..

    Ou en fouettant jusqu’à consistance lisse.

    Ensuite, battre ou fouetter le mélange avec l’huile.

    Étape 2 Couvrir et réfrigérer la pâte au moins 30 minutes pour permettre à la farine de gonfler et aux bulles d’air d’éclater.

    Étape 3 Vaporiser une poêle antiadhésive de 8 pouces (20 centimètres) ou une crêpière d’aérosol de cuisson.

    Chauffer à une chaleur moyenne à forte, jusqu’à ce que des gouttelettes d’eau grésillent quand vous aspergez légèrement la poêle.

    Brasser la pâte. Verser environ 3 c. à table (45 ml) de pâte dans la poêle d’un coup.

    Incliner et pivoter rapidement la poêle pour enduire uniformément le fond de pâte.

    (La pâte devrait s’étendre facilement. Si elle a épaissi durant le temps de repos, ajouter 2 c. à table (30 ml) de lait à la pâte dans le bol.)

    Étape 4 Cuire jusqu’à ce que le dessous de la crêpe soit doré, environ 45 secondes.

    Retourner la crêpe. Cuire de 15 à 30 secondes et la mettre dans une assiette.

    Répéter avec le reste de la pâte en ajoutant de l’enduit à cuisson à la poêle si les crêpes commencent à coller.

    Étape 5 Mélanger la crème sure à l’aneth dans un petit bol.

    Tartiner environ 1 c. à table (15 ml) du mélange sur une crêpe.

    Disposer quelques morceaux de saumon sur le dessus.

    Plier la crêpe en quartiers ou la rouler. Répéter avec les autres crêpes.

    Remplacer la garniture de crème sure et d’aneth par de la tartinade de fromage à la crème à l’aneth.

    Les crêpes restantes peuvent être empilées en les séparant par du papier ciré, avant de bien les emballer.

    Elles peuvent être surgelées jusqu’à 4 mois.

    Comment définir la chandeleur en quelques mots ? 

    Comme les origines latines et païennes de la fête ne sont pas tout à fait avérées..

    Il est de coutume de dire que c'est une fête catholique.

    Pour compléter la définition, la chandeleur commémore la présentation au temple de Jésus...

    D'où le nom d'origine de la célébration : "fête de la présentation".

    Dans sa version longue, la définition de la chandeleur fait également allusion à la "purification de Marie". 

    Une "tradition de la loi de Moïse", précise le site liturgiecatholique.fr...

    Selon laquelle la mère doit accomplir le rite de purification après l'accouchement. (Lévitique 12, 8). 

    Chandeleur & Présentation Au Temple ?

    Pour Les Chrétiens, Le 2 Février Correspond À Un Épisode Biblique...

    La Présentation de Jésus au Temple. Il est raconté par l'évangéliste Luc...

    "Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur selon ce qui est écrit dans la Loi...

    Tout premier né de sexe masculin sera consacré au Seigneur".

    Traditionnellement, le rite juif demandait aux parents d'un nouveau né de participer à une cérémonie de purification de la mère, quarante jours après l'accouchement. 

    Dans la Bible, Marie et Joseph se présentent au Temple à Jérusalem (qui fut plus tard détruit par Rome)...

    À ce moment précis et procèdent au sacrifice de deux colombes, selon les préceptes révélés par Moïse. 

    Un vieil homme sage nommé Syméon serait entré dans le Temple et aurait reconnu la "nature divine" du nouveau-né en le prenant dans ses bras.

    L'homme aurait vu dans l'enfant la "lumière" qui éclairerait les païens. 

    La scène de la présentation au Temple a servi de sujet à de nombreux peintres : Fra Bartolomeo, Hans Holbein, Philippe de Champaigne, Simon Vouet...

    Un cantique en est aussi né, ou chant de Syméon, composé à partir des paroles qu'aurait alors tenues le prophète...

    "Maintenant, Seigneur, tu peux me laisser m'en aller dans la paix, tu peux me laisser reposer... car mes yeux ont vu le Salut que tu prépares à la face des peuples."

    Chandeleur & Tradition Ses Crêpes

    Chair dorée et forme de disque, leur apparence ressemble à celle de la galette de l'Epiphanie.

    Selon la croyance populaire, les crêpes figurent le retour du soleil après les nuits à rallonge de l'hiver .

    En ce début du mois de février, l'astre se lève de plus en plus tôt à l'est et se couche de plus en plus tard...

      À l'ouest (la durée du jour s'allonge de 3 minutes par jour).

    La consommation de crêpes serait donc un hommage à la renaissance de la nature, au cycle de saisons et plus précisément au printemps qui s'annonce.

    Dans les campagnes, on disait aussi que la farine de l'année serait perdue si elle ne servait pas aux crêpes de la Chandeleur.

    Aux alentours du Ve siècle, les paysans utilisaient donc la farine en trop des semailles pour préparer des crêpes symbolisant une prospérité à venir. 

    La version qui prétend que le pape Gélase distribuait des crêpes aux pauvres romains semble apocryphe. De nombreuses traditions liées aux crêpes ont vu le jour, notamment en France. 

    L'une d'elles consiste à tenir un louis d'or (ou plus communément, une pièce de monnaie) dans une main et à retourner une crêpe en la jetant en l'air depuis sa poêle.

    Une retombée élégante et non pliée de la pâte serait de bonne augure pour les finances du foyer.

    Par ailleurs, les plus supersticieux conserveront la première crêpe dans une armoire...

    Là, elle aurait le don d'attirer la chance.

    Chandeleur...La recette Des Crêpes

    Rappel important pour la saison de la Chandeleur...

    La recette des crêpes ! 

    Pour réaliser les crêpes les plus simples, la recette est bien connue.

    D'abord, mettre de la farine dans un saladier. Ajouter ensuite du sucre, des oeufs et du beurre fondu.

    Battre ensuite le tout, en versant petit à petit du lait...

    Vous obtiendrez ainsi une pâte fluide et lisse.

    Il convient ensuite de laisser reposer la pâte à température ambiante pendant une à deux heures.

    Une phase ultra-importante, qu'il convient de ne pas éviter. 

    Après cela, vous pouvez verser cette pâte sur une poêle chauffée.

    N'oubliez pas d'étaler de l'huile sur la poêle entre chaque crêpe à l'aide d'un essuie-tout.

    Sans cela, il sera impossible de la faire sauter, comme l'exige la tradition de la Chandeleur.

    Pour bien la faire voler, décollez là d'abord légèrement avec une spatule...

    Puis secouez la poêle, pour vous assurer que la crêpe est bien décollée.

    Ensuite, un coup de poignet sec et ferme devrait donner le résultat escompté ! 

    Une fois que vous connaissez la recette basique des crêpes, toutes les variantes de garniture sont permises...

    (Nutella, marmelade d'orange, sucre et citron, crème de marron et chantilly, banane sauce chocolat...) et se déclinent presque à l'infini. 

    On peut aussi s'inspirer des crêpes "tendances", à l'image de celles de l'hiver dernier, qui d'après le magazine

    Elle étaient : la crêpe en mode "câlin", soufflée et moelleuse ; la crêpe version décalée, avec des combinaisons telles...

    Que beurre-sucre-yuzu-shiitaké-jambon truffé chez Gigi dans le "e arrondissement de Paris ou encore la crêpe façon luxe comme dans les grands restaurants qui marient langoustine et blé noir. 

    Événements Liés À La Chandeleur

    Le jour de la Chandeleur de l'an 962, l'empereur Othon Ier est sacré Empereur des Romains.

    En 1440, c'est Frédéric de Habsbourg qui devient à son tour maître du Saint-Empire romain germanique. 

    En 1610, le roi de France Henri IV signe une alliance avec les principautés protestantes allemandes...

    C'est l'un des motifs qui conduiront à son assassinat, quelques mois plus tard. 

    En 1920, l'Estonie accède à l'indépendance à l'issue d'une guerre contre l'armée rouge soviétique. 

    Vingt-trois ans plus tard, en 1943, cette même Armée rouge remporte une victoire historique...

    En mettant fin à la bataille de Stalingrad, disputée depuis des mois avec les nazis. 

    En 1990, l'ANC, le parti politique de Nelson Mandela est légalisé...

    L'Afrique du sud met progressivement fin à la politique d'apartheid.

    Neuf ans plus tard, Hugo Chavez devient officiellement chef de l'Etat au Vénézuela. 

    Chandeleur & Proverbes

    A la fête de la Chandeleur correspondent de nombreux proverbes, souvent liés à la météo.

    De "À la Chandeleur, l'hiver se meurt ou prend vigueur" (indice...

    "Si la Chandeleur pleure, l'hiver ne demeure") à "À la Chandeleur, grande neige et froideur" en passant par "Si le ciel n'est ni clair ni beau...

    Nous aurons plus de vin que d'eau (Bordelais)", les pronostics sur la fin ou le maintien des températures hivernales vont bon train.

    "À la Chandeleur, la neige est à sa hauteur" signifie même dans la tradition du proverbe...

    Que c'est souvent le jour de la Chandeleur que le Québec connaît son épaisseur de neige maximum.

    La Chandeleur au Luxembourg, un petit air d'Halloween

    La Chandeleur n'est pas fêtée qu'en France. Au Luxembourg, la fête des chandelles est appelée Liichtmëssdag, et les enfants en sont les rois.

    Le 2 février, des grappes de bambins parcourent les rues avec un lampion fait maison à la main et entonnent des chants traditionnels dans les maisons ou les magasins.

    La fête ressemble à Halloween sans les costumes effrayants : en effet les enfants peuvent espérer obtenir en récompense...

    De leurs efforts des sucreries ou de la petite monnaie (avant, on remettait aux marmots du lard, des petits pois ou encore des biscuits). 

    Les Îles Chandeleur

    C'est au large du Golfe du Mexique, près des côtes de la Louisiane. 

    Un ensemble d'îles y porte le nom de Chandeleur. L'explorateur français Pierre Le Moyne d'Iberville les a découvertes le 1er février 1700.

    Une Veille De Chandeleur...  

    Chandeleur & Gourmandise 

    Avec ses crêpes, la Chandeleur éveille l'intérêt des gourmands.

    Pour autant, les disques de pâte ronds et dorés à la poêle ne sont pas les seules mets sucrés consommés ce jour-là.

    A Marseille, on se rue sur les navettes chaque 2 février.

    Les savoureuses pâtisseries en forme de barque sont traditionnellement parfumées à la fleur d'oranger. 

    Quant à la Corse, on y confectionne bien des crêpes mais leur pâte contient de la farine de châtaigne.  

    Avec cette vidéo TF1, partez à la rencontre d'une famille de crêpiers depuis quatre générations 

    Jean-Claude Prado, 70 ans, crêpier depuis 55 ans
    Carnac possède un établissement incontournable...

    Une crêperie, fondée en 1959 par Jean-Claude Prado.

    A l’époque, ce sont ses grands-parents qui tenaient un café à cet endroit.

    A la mort de son grand-père, Jean-Claude investit les lieux avec sa mère pour en faire une crêperie.

    Plus de 50 ans après, le restaurant est un passage obligé à Carnac !

    Aujourd’hui, c’est sa fille Gaëlle et son gendre Yvan qui sont aux commandes de la crêperie...

     

    La Chandeleur, c'est ce jeudi 2 février !

    Cette fête, aujourd'hui chrétienne, trouve ses origines dans les rites païens.

    Elle symbolise la lumière et la prospérité... Et pas mal de gourmandise au dessert !

     

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  • Langue du blason, contemporaine
    de la formation du français
    (D’après « Ma revue : hebdomadaire illustré pour la famille », paru en 1907)
     
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    Sans doute la connaissance de la langue du blason est de nos jours moins utile pratiquement que la connaissance d’une langue étrangère. Si on ne l’enseigne point aux examens d’entrée de nos grandes écoles, elle présente un réel intérêt historique : contemporaine de la formation de notre langue elle-même, elle a conservé un certain nombre d’expressions vigoureuses et pittoresques.
     
     

    Les littérateurs ont très souvent emprunté à la langue du blason des vocables. Le poète José-Maria de Heredia (1842-1905) a fait tout un sonnet qui utilise et met en valeur les expressions héraldiques. Il importe donc d’en connaître le sens. C’est d’ailleurs une excursion dans le passé qui ne manque ni d’attrait, ni d’imprévu.

    Indiquons d’abord sommairement quelle est l’origine primitive de ces blasons, de ces écus, de ces armoiries qui servaient, en quelque sorte, de signe distinctif aux familles nobles. Voici un siècle, les armoiries se gravaient encore sur les cartes de visite ou se peignaient sur la portière des voitures de maîtres. Elles s’inscrivaient également sur les portefeuilles, sur les porte-cartes, où elles figuraient en métal précieux sur les cuirs de luxe, souples et fins.

    Blason de la famille de La Trémoïlle
    Blason de la famille de La Trémoïlle :
    d’or au chevron de gueules accompagné de trois aiglettes d’azur,
    becquées et membrées du second

     

    Mais leur usage originel était plus belliqueux. Aux débuts de notre histoire, les combats de grandes masses étaient inconnus. On ne connaissait guère que le corps à corps et l’opposition de petites unités. Dans ces luttes, où les seules armes employées étaient la lance et l’épée, les mêlées n’étaient pas seulement fréquentes, mais étaient la règle. Comment les soldats auraient-ils reconnu leur chef, sous son épaisse armure, sans un signe distinctif, bien clair, bien caractéristique ? Tel était au début le rôle et l’utilité des armoiries.

    Le mot blason vient du verbe allemand blasen, qui veut dire souffler et aussi sonner du cor. Dans les combats singuliers et les tournois, un héraut d’armes avait pour mission, avant que les combattants n’entrassent en lice, de sonner du cor et de proclamer à haute voix les armoiries, le blason de chacun des chevaliers qui se présentaient au tournoi.

    Les couleurs du blason sont au nombre de sept : le bleu, le rouge, le vert, le noir, le violet, le jaune et le blanc. Les cinq premières de ces couleurs sont désignées sous le nom d’émaux et portent en langage héraldique les noms suivants : azurgueulessinoplesablepourpre. Les deux dernières sont dites métaux et se nomment or et argent. A ces sept couleurs, il faut joindre deux autres tons, dits fourrures et qui sont l’hermine et le vair.

    La pièce essentielle des armoiries est l’écu, en forme de bouclier. Mais il existe aussi des pièces accessoires, qui servent à distinguer les différents degrés de dignité et marquer les différences, les particularités de famille à famille. La première et la plus importante de ces pièces accessoires est le timbre, qui sert uniquement à désigner le rang, le titre. Donnons comme exemple la tiare papale, le chapeau des cardinaux, les croix, les couronnes, les casques.

    Les tenants sont des images latérales qui semblent supporter, soutenir, tenir l’écu. Ce sont des figures humaines ou symboliques. Elles sont quelquefois remplacées par des animaux ou des êtres chimériques. Dans ce cas, on les appelle des supports.

    La devise est une inscription formée d’un ou de plusieurs mots, formant un texte ou une maxime. Elle est inscrite au-dessous de l’écu sur une banderole, qui prend plus souvent le nom de listel.

    La partie supérieure de l’écu se nomme chef ; la partie basse : pointe ; le côté : dextre à droite, senestre à gauche. Quand l’écu ne présente qu’une seule couleur, on dit qu’il est simple, plain ou plein. Quand il est orné de plusieurs émaux, on dit qu’il est composé ou divisé. Les lignes qui divisent l’écu, selon le contour des couleurs, s’appellent partitions. On dit alors que l’écu est coupépartiécartelétranchétaillé, ou gironné, selon la direction des lignes qui le divisent.

    Blason de la famille Failly
    Blason de la famille Failly :
    d’argent au houx de trois feuilles arraché de gueules, accompagné de
    deux merlettes de sable affrontées en pointe

     

    Ces divisions de l’écu ont donné naissance à des figures conventionnelles, qu’on appelle pièces. Les plus fréquentes sont les besants, figure arrondie, colorée d’un des deux tons métalliques (or et argent de la gamme héraldique). Les tourteaux ont la même forme, mais empruntent leur teinte à l’une des cinq couleurs émaux, dont nous avons parlé plus haut.

    Enfin, il faut citer les pièces dites meubles d’armoiries, animaux, étoiles, croissants, qui se subdivisent en figures naturelles, artificielles ou chimériques. Voici quelques exemples de figures naturelles : le soleil, le croissant, le léopard ; de figures artificielles : la roue, l’ancre, le pont ; de figures chimériques : le dragon, la sirène, le chérubin.

    Quelques exemples donneront une idée du pittoresque et de la précision de la langue héraldique. Lorsque le lion est dressé sur ses pattes, on dit qu’il est rampant ; lorsqu’il est représenté marchant, on dit qu’il est passant ; couchant, lorsqu’il est étendu sur le ventre. Le lion naissant montre seulement la moitié supérieure de son corps. Contourné, il regarde la partie gauche de l’écu ; quand il sort d’une pièce, il est issant. On indique la couronne qu’il porte en disant qu’il est couronné de... Quand ses griffes et sa langue sont d’un émail différent, on dit qu’il est armé de... ou bien lampassé de... Sans queue, il est diffamé. Sans griffe ni langue, il est morné. Deux lions qui se regardent sont dits affrontés ; quand ils se tournent le dos, on dit qu’ils sont adossés.

    Ces indications très simples, très élémentaires ne permettent évidemment pas de lire couramment la langue du blason. Mais elles suffisent à la déchiffrer, à la comprendre dans ses éléments essentiels. Elle fait partie de ces langages spéciaux, dont Théophile Gautier disait qu’ils sont, avec les langages techniques, la meilleure école pour bien écrire le français.

     

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  • Pain mangé par nos aïeux :
    sa nature, son prix
    (D’après « Le Petit Journal. Supplément illustré », paru en 1920)
     
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    La question du pain a toujours préoccupé les instances gouvernementales. Rappelons que c’est seulement par lettres patentes de 1305 (exactement du mercredi après l’octave de Pâques de l’an 1305) que les bourgeois de Paris reçurent de Philippe le Bel la permission de cuire leur pain dans leurs maisons et de se vendre du pain les uns aux autres. C’était créer le boulanger, et abolir tacitement la servitude des fours banaux.
     
     

    Du temps des premiers rois capétiens, Paris n’avait qu’un four banal auquel chaque habitant portait cuire son pain. En 1137, la reine Alix, veuve de Louis VI le Gros, en fit bâtir un deuxième sur la terre de Champeaux, sur l’emplacement où se trouvèrent par la suite les Halles. Plus tard, l’évêque de Paris en fit construire un troisième pour les bourgeois de Saint-Germain-l’Auxerrois. Puis eurent leur four les religieux de Saint-Germain-des-Prés, l’abbé de Saint-Maur-des-Fossés, les chanoines de Saint-Marcel, etc. De là, les nombreuses rues du Four, dont les unes ont été emportées par l’expropriation, les autres débaptisées pour éviter les confusions.

    Les ordonnances royales sur la boulangerie, la vente des farines, la fabrication du pain sont innombrables. Charles V décide, en 1366, que les boulangers seront tenus de ne faire que deux sortes de pains, l’un de deux, l’autre de quatre deniers ; six ans plus tard il reconnaît trois qualités de pain et en règle expressément les prix : le pain blanc ou pain de Chailli, pesant 25 onces 1/2, se vendra deux deniers ; le pain bourgeois, de 37 onces 1/2 se vendra deux deniers ; quant au pain de brode, de qualité inférieure, il pèsera 36 onces et se vendra la modique somme d’un denier.

    Ne concluez pas de ceci que nos aïeux du Moyen Age connaissaient le pain blanc tel que nous le mangeons aujourd’hui. Il n’en est rien. Ce pain blanc, qu’ils dénommaient pain de Chailli, et qui était le pain des riches, ne leur paraissait blanc que parce qu’il était moins noir que les autres. Mais le véritable pain blanc est un progrès tout moderne. Et d’ailleurs, les hygiénistes, partisans du pain complet, vous diront que ce n’est même pas un progrès et que nos aïeux, en mangeant du pain noir, mangeaient peut-être de meilleur pain que le nôtre.


    Le pain. Extrait du Tacuinum sanitatis (fin du XIVe siècle)

     

    Peu à peu, la boulangerie fait des progrès. Au XVe siècle, nous sommes loin des trois sortes de pain de Charles V. Les chartes en énumèrent plus de quinze variétés. Il y a le pain de cour, le pain de chevalier, d’écuyer, de chanoine, le pain pour les hôtes, pour les servants, pour les valets ; il y a même des gâteaux légers faits d’un pain spécial, le pain semainiau que les oublieux vendent par les rues et qu’ils annoncent par ce cri : « Oublies chaudes, oublies renforcées, échaudés ! »

    Dès cette époque, les gens aisés, la haute bourgeoisie, la noblesse mangent d’un pain presque blanc, qui, pour être moins raffiné que celui d’à présent, est déjà bien allégé des éléments qui constituent le pain complet. Le peuple des villes mange du pain bis. Quant aux « vilains » des campagnes, le bon blé qu’ils récoltent n’étant pas pour eux, ils se repaissent de pain d’orge, de seigle, de méteil, de son pétri en pâte grossière.

    Au XVIIe siècle encore, même à la cour on mangeait du pain bis ; et, trop souvent, de qualité inférieure. Héroard, médecin de Louis XIII, raconte dans son Journal, que le prince, alors dauphin, jeta un jour son pain parce qu’il était pourri.

    D’Avenel assure que le pain rassis était en ce temps-là de consommation courante puisqu’en beaucoup de maisons bourgeoises, on ne chauffait le four qu’une fois par mois. Les montagnards du Dauphiné cuisaient leur pâte en octobre pour tout l’hiver ; aussi devenait-elle si dure qu’il fallait la couper à la hache comme du bois.

    Il n’en va pas beaucoup mieux au siècle suivant. N’a-t-on pas maintes fois cité le mot du duc d’Orléans, jetant un jour sur la table du Conseil, devant Louis XV, un pain fait de détestable farine et disant : « Voilà, Sire, de quel pain se nourrissent vos sujets ! » Au dire d’un contemporain de Louis XV, il n’y avait pas alors, en Europe, plus de 2 millions d’hommes mangeant du pain blanc. Et encore, ce pain était-il vraiment blanc ? D’Avenel rapport encore qu’en Beauce, patrie du froment, le paysan ne mangeait que de l’orge et du seigle ; en Normandie et en Bretagne, il se nourrissait de blé noir, partout il avait recours à l’avoine. « Le méteil même, jusqu’à la Révolution, demeura du luxe ; en beaucoup de villages de la région parisienne, on ne mangeait du pain blanc que le jour de la fête patronale ».

    Le pain blanc est une conquête du XIXe siècle. Donnons, au cours de ce siècle, quelques aperçus du prix du pain. De 1804 à 1812, 0 fr. 60 les 2 kilos ; en 1812, 0 fr. 90 ; de 1823 à 1853, 0 fr. 80 ; de 1865 à 1885, 0 fr. 70 ; en 1904, 0 fr. 75 ; en 1920, 1 franc. Le prix est alors amené à plus que doubler, l’Etat ne pouvant continuer à acheter le blé cher et à faire vendre au consommation le pain bon marché, ce qui fait dire à l’époque que, d’une part, nos pères, en quelques circonstances rares de famine causée par les guerres, n’auront jamais connu le pain à un tel prix, d’autre part il importe de ne pas gaspiller ce pain blanc que nous mangeons et que nos aïeux eussent considéré comme du gâteau.

    A ce sujet, reproduisons ici un passage extrait du célèbre livre de Jules Vallès, Jacques Vingtras : « J’ai, dit Vallès, le respect du pain. Un jour, je jetais une croûte ; mon père est allé la ramasser. Il ne m’a pas parlé durement comme il le fait toujours. Mon enfant, m’a-t-il dit, il ne faut pas jeter le pain ; c’est dur à gagner. Nous n’en avons pas trop pour nous ; mais si nous en avions trop, il faudrait le donner aux pauvres. Tu en manqueras peut-être un jour et tu verras ce qu’il vaut. Rappelle-toi ce que je te dis là, mon enfant ! Je ne l’ai jamais oublié.

    « Cette observation qui, pour la première fois peut-être dans ma vie de jeunesse me fut faite sans colère, mais avec dignité, me pénétra jusqu’au fond de l’âme ; et j’ai eu le respect du pain depuis lors. Les moissons m’ont été sacrées : je n’ai jamais écrasé une gerbe pour aller cueillir un coquelicot ou un bluet ; jamais je n’ai tué sur sa tige la fleur du pain !

    « Ce qu’il dit des pauvres me saisis aussi, et je dois peut-être à ces paroles prononcées simplement ce jour-là d’avoir toujours eu le respect et toujours la défense de ceux qui ont faim. Tu verras ce qu’il vaut... Je l’ai vu. »

     

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  • Jeux de la Tarasque : le coeur
    de Tarascon bat pour un dragon
    (D’après « L’Illustration », paru en 1846)
     
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    Relatant les jeux de la Tarasque se déroulant en 1846, un chroniqueur du temps nous explique qu’alors, au milieu de cette population en rumeur, à entendre ces cris de fête, à voir ces costumes d’un autre temps, l’on pourrait se croire en plein Moyen Age. Et d’ajouter : « Vous auriez beau ressusciter à Paris le dragon de saint Marcel, à Vendôme le dragon de saint Bienheuré, à Rouen la gargouille, à Reims la kraulla, à Poitiers la grande Gueule ou la bonne sainte Vermine, à Troyes la Chair salée, à Metz la Grouille, etc., vous n’exciteriez pas le délire et l’enthousiasme qui exaltent ces imaginations méridionales, quand on leur crie que la tarasque va courir !
     

    Il semblerait que c’est hier qu’ils ont été délivrés, par un miracle, du monstre antédiluvien qui ravageait le littoral des Bouches-du-Rhône, rapporte encore ce témoin des réjouissances de l’année 1846 liées à l’ancestrale légende de la Tarasque ; que c’est hier que sainte Marthe est venue exprès de la Palestine pour éteindre ses fureurs avec quelques gouttes d’eau bénite ; et que, dans la procession qui aura lieu plus tard pour célébrer les vertus de leur céleste libératrice, les Tarasconais seront persuadés qu’ils la voient elle-même conduire en laisse, avec un ruban, cette espèce de crocodile ou de saurien, dont l’appétit ne pouvait se satisfaire qu’avec de petits enfants, voire même avec des adultes.

    Le monstre a existé, poursuit notre chroniqueur ; vous avez au moins une de ses vertèbres dans les fossiles de Cuvier. Sans croire pieusement à tous les détails de la légende de sainte Marthe, je crois au monstre avec tous les géologues modernes ; et je ne consens nullement à partager l’opinion de ces savants archéologues qui voient dans les jeux de la tarasque une allégorie mystique, où le paganisme est représenté par un dragon, et le christianisme par une vierge armée de l’aspersoir.

    La Tarasque
    La Tarasque

     

    Le roi René arrangea en roi littérateur ces divertissements populaires ; il y ajouta quelques scènes, et les remit en faveur, comme fit Shakespeare pour les vieilles pièces du théâtre anglais ; mais il respecta la tradition, et n’inventa rien ; il n’inventa surtout pas la tarasque, serpent de l’espèce de celui que le chevalier Gozon détruisit à Rhodes, qui avait réellement habité les environs de Tarascon, et qui, d’après une autre légende manuscrite, fut tué par un chasseur artésien ; exploit qui valut à la famille d’Arlatan le privilège de prélever un droit sur la récolte annuelle du kermès.

    Quelle que soit l’origine de ces jeux, nous apprend encore l’auteur de ce récit paru dans l’Illustration à la demande du rédacteur de la revue, ils ont été exécutés cette année à Tarascon avec une pompe extraordinaire. On eût dit que les Tarasconais, en voyant les rails de deux chemins de fer se croiser sur leur ville, pressentaient que c’en était fait des vieilles traditions, des vieux usages, des vieilles fêtes, et qu’avec la civilisation nouvelle il n’y aurait bientôt plus place pour la tarasque elle-même sur la place publique ; ils semblaient lui adresser un solennel adieu ; et quelque jour, nous le pensons nous-même, le spectacle que nous voudrions esquisser ne conservera d’autres vestiges que les lithographies de l’Illustration. Mais déjà on entend les fifres et les tambourins ; allons voir défiler la bravade : c’est le prologue de la pièce, la revue préliminaire des personnages principaux.

    Où nous placer ? Il n’est que neuf heures du matin, et la foule encombre toutes les rues : les fenêtres sont garnies de dames, les toits ont leurs spectateurs, et tous les gradins des échafauds attestent, par la diversité des costumes, que plus de trente mille curieux sont arrivés de vingt lieues à la ronde : la belle juive d’Avignon n’a pas eu peur d’être insultée, comme la Rébecca de Walter Scott au tournoi d’Ashby-la-Zouche ; la protestante des Cévennes a oublié ses rigueurs puritaines ; elle a les yeux aussi animés que l’Arlésienne, qui est doublement fière de se sentir la plus belle de toutes par ses charmes naturels et l’élégance de sa toilette.

    Ce serait une douce occupation d’étudier ces spectatrices si fraîches et si bien parées... ; Mais voici le cortège. En tête marchent les héros du jour, les tarascaïres ou chevaliers de la tarasque, sur deux rangs ; ils sont trente environ, précédés de leur chef qui porte le bâton du commandement, et suivis de leur drapeau, sur lequel est représentée la tarasque. Leur costume brille par la dentelle et la soie ; à leur écharpe en sautoir pend l’image de la tarasque, décoration dont ils sont plus glorieux qu’un grand d’Espagne de l’image de la Toison d’or ; leur cocarde est rouge et bleue, ce sont les couleurs de la tarasque.

    A la grande satisfaction des fabricants de Nîmes et de Saint-Étienne, il s’est débité depuis la veille je ne sais combien de mètres de rubans de cette nuance : chaque tarascaïre en décore le nerf de bœuf et la longue fusée qui arment ses mains ; il en distribue à ses amis et à ses hôtes, aussi prodigue de ces faveurs bicolores que les héritiers constitutionnels de l’empereur du ruban de sa Légion d’honneur.

    Après les chevaliers de la tarasque vient un corps de musique, c’est-à-dire, de tambourins et de fifres appartenant à la corporation des vignerons, que vous voyez avec les ustensiles de leur travail, des ceps de vignes, des gourdes, des barillets, etc. Les derniers de ces enfants de Noé traînent une corde qui servira à la cérémonie. Ils sont suivis de quatre hommes, dont deux portent un baril connu sous le nom de bouto embriagou (le tonneau d’ivresse) ; les deux autres ont sur l’épaule de longues barres.

    La coiffure des deux premiers est burlesquement composée avec le fond de leurs sacs, que les deux autres ont plié autour du buste. Après eux se déploie encore une bannière, et puis vous reconnaissez les jardiniers, qui se sont munis de toute espèce de plantes potagères, de choux monstres, d’artichauts ; quelques-uns ont préféré des faisceaux de fleurs ; celui-ci porte un arrosoir, celui-là une pompe, et les trois derniers ont tressé une longue guirlande en rameaux de buis. Qui prend rang après les horticulteurs ? La houlette indique que ce sont les bergers, dont l’un porte un barillet rempli de cette espèce d’huile qu’on extrait du genévrier, et appelée ici oli de cadi.

    Aux bergers succèdent les ménagers ou agriculteurs, y compris les charretiers et les garçons de ferme. Un second groupe de tambours et de fifres complète le cortège, qui, avant de défiler, est allé entendre la messe à Sainte-Marthe. Un repas de corps attend les diverses corporations ; mais quand une heure sonnera, elles seront toutes à leur poste.

    A une heure après-midi, a lieu la première course de la tarasque. Lagadeou, lagadeou ! la tarascou, la tarascou ! Lagadeou, lagadidadeou, la tarascou, lou casteou ! (le château) Lagadeou ! est le cri traditionnel qui annonce l’approche du monstre : lagadeou ! mot sacramentel qui ferait tressaillir un Tarasconais, n’importe dans quel lieu du monde vous le prononceriez ; lagadeou ! mot talismatique dont se servira l’ange du jugement dernier, pour ressusciter toutes les générations qui dorment dans le cimetière de Tarascon. Le château (lou casteou !) est encore un cri local, le château de Tarascon étant l’unique monument de la ville, un modèle d’architecture militaire qui, par sa date et son style, appartient au règne du bon roi René.

    Une explosion d’artifices annonce bientôt la tarasque elle-même sur la place de la Mairie, où la foule frémissante l’appelle par ses cris. A son aspect, les acclamations redoublent. Les mères montrent à leurs enfants cet animal extraordinaire, masse informe, abritée sous une carapace d’où sort une tête de dragon, jetant par les naseaux des gerbes de feu.

    Procession de la Tarasque
    Procession de la Tarasque

     

    Quelques tarascaïres, cachés dans les entrailles de la tarasque, ont soin d’entretenir ce souffle infernal avec leurs fusées ; d’autres, poussant le monstre, lui prêtent une agilité extraordinaire ; mais il faut se garder surtout de sa queue, longue poutre qui se meut en tout sens, et qui a plus d’une fois cassé bras et jambes ; car ce jeu est sérieux pour ceux sur qui la tarasque se retourne tout à coup à l’improviste ; et c’est alors que la tarasque a bien fait (a ben fa), comme on dit du taureau qui blesse ou tue un toréador ; c’est alors qu’on crie plus haut : Lagadeou ! la tarascou !...

    Heureusement, cette année, le nombre des boiteux et des manchots de Tarascon ne s’est pas augmenté. La tarasque a décrit toutes ses évolutions avec toute sa fureur traditionnelle ; mais les fuyards ont couru plus vite qu’elle ; ceux qui l’ont poursuivie se sont toujours écartés à propos, ou ils en ont été quittes pour, quelques contusions.

    La bouto-embriagou n’a pas non plus envoyé beaucoup d’estropiés à l’hôpital. Pendant que la tarasque se repose de sa première sortie, les hommes aux sacs et aux barres, qui sont des portefaix, courent avec leur tonnelet suspendu à la corde ; ils renversent tous ceux qui se laissent toucher par leurs barres et par la bouto-embriagou, dont l’oscillation continuelle rend cette course assez originale.

    Un épisode invite tout à coup au recueillement au milieu du tumulte. Notre-Dame des Pâtres vient en personne assister à la fête, escortée de ceux que nous avons vus défiler avec leurs houlettes. Notre-Dame se présente sur l’animal qui eut l’honneur de servir de monture à la sainte famille lorsqu’elle se réfugia en Egypte. Notre-Dame elle-même a pris la forme d’une petite fille toute rayonnante, d’une innocente beauté, d’une petite fille jolie comme on raconte que l’était Marie enfant, dans l’évangile apocryphe de la Vierge.

    Deux gracieuses figures du même âge, que la coquetterie maternelle a couvertes de bijoux, sont assises avec elle sur le trône en baldaquin qu’on a artistement fixé sur l’ânesse. Admirez-les sans profane indiscrétion ; car, dans le cortège des bergers, il en est un de qui il faut vous défier, celui qui porte la provision d’huile visqueuse avec laquelle on goudronne la laine des moutons hargneux. Pendant que vous êtes là à vous ébahir, le nez au vent, il trempe une baguette dans son huile et vous la passe sur la lèvre supérieure, de manière à y laisser une sale et puante moustache. Les rieurs ne seront pas de votre côté, si vous êtes la victime de cette grossière malice.

    Tenez-vous aussi à une distance prudente des ouvriers qui viennent piocher la terre et y planter leurs ceps. Il en est deux qui traînent chacun un bout de la corde dont ils se sont servis pour délimiter le champ du travail. Au moment où la foule se serre autour de ces vignerons, la corde se déploie, et ses replis tendus s’ouvrent pour fouetter les jambes des badauds, qui se renversent les uns sur les autres.

    La musique annonce une autre scène : c’est l’enfant Jésus qui a voulu, lui aussi, comme sa mère, venir voir les jeux de la tarasque. En l’absence de l’ânesse, il a accepté l’offre du robuste personnage à qui sa complaisance pour l’enfant divin a valu le nom grec de Christophe (Christo-Phore) et le titre de patron des portefaix. Saint Christophe, avec sa robe de soie fanée, semble avoir été autrefois un grand seigneur ruiné ; le petit Jésus, intronisé sur ses larges épaules, a tout le luxe d’un enfant de sang royal, le diadème sur le front, et en main la croix qui a sauvé le monde.

    L’enfant se sert de sa croix pour bénir les fidèles ; mais saint Christophe, dont la statue herculéenne est placée ordinairement au vestibule des églises, se conduit en vrai saint d’antichambre : il s’est armé d’un balai terminé par une touffe d’orties, et, sous prétexte de nettoyer la voie publique pour son divin fardeau , il s’adresse aux jambes des curieux. Les cris de la mauvaise humeur des patients, comme les joyeux éclats de rire, se perdent, dans la musique des tambourins et des fifres qui précèdent l’enfant au céleste sourire et le géant goguenard.

    Les jardiniers ont aussi leur intermède : ils ont orné une charrette d’un dôme de feuillage et de fleurs, sous lequel ils s’abritent ; vraie décoration à l’italienne, digne de la ville où l’on admire à bon droit la tonnelle de M. Audibert, le Vilmorin et le Loudon de la Provence. A ce char triomphal sont attelées des mules, animal employé ici à tous les travaux agricoles. Tout à coup elles partent au galop. Malheur à ceux qui se trouvent sur leur passage ! ce n’est pas seulement qu’ils risquent d’être écrasés, mais les jardiniers, qui ont avec eux leurs arrosoirs et leurs pompes, font tomber au loin une pluie d’orage.

    A l’averse de terre succède la trombe marine, lorsqu’un autre char en forme de bateau, connu sous le nom de l’Esturgeon, signale la présence des mariniers du Rhône dans la fête. Les pompes des bateaux lancent leur déluge plus haut que les pompes des jardiniers. Si vous n’avez été qu’arrosé une première fois, vous êtes noyé une seconde.

    Les malices des ménagers sont plus innocentes, et dignes de l’âge d’or. Il en est bien parmi eux qui, feignant de prendre votre soif en pitié, vous invitent à donner l’accolade à leur calebasse, et, l’approchant eux-mêmes de vos lèvres, vous inondent au lieu de vous désaltérer ; mais la plupart se contentent de figurer sur leurs mules dans la promenade de saint Sébastien, distribuant çà et là des petits pains. A leur tête marche un timbalier, qui bat la mesure à la musique. Cette cavalcade fait sourire les spectateurs venus de Montpellier, qui disent tout bas qu’ils préfèrent à la tarasque lou Chivalé, comme on l’appelle, dans le département de l’Hérault, le cheval de la danse mauresque que j’ai vu exécuter autrefois sur la place de la Canourgue.

    Peut-être les Tarasconais abandonneraient-ils à votre critique quelques détails de leurs fêtes ; mais gardez-vous bien de médire de la tarasque qui a fourni ses trois courses entre les scènes d’intermèdes ! Vous seriez traité de sacrilège et expulsé de la ville, si vous n’y étiez pendu ; car la tarasque est à la fois, pour Tarascon, ce qu’était le Palladium pour la ville de Priam, le Veau d’or pour Israël idolâtre, le dieu Bel pour les Babyloniens.

    Attaquer la tarasque, c’est attaquer le Tarasconais dans ses affections, son honneur, sa religion même. Lorsque, sous la Restauration, le comte d’Artois (Charles X) passa à Tarascon, le royalisme local se manifesta en offrant au prince une petite tarasque en or !

     

     
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  • Chandeleur : entre coutumes
    et croyances
     
    (D’après « La Tradition », paru en 1904)
    Publié / Mis à jour le JEUDI 1ER FÉVRIER 2018,
     
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    La fête de la Chandeleur, qui aujourd’hui n’est plus chômée en France, a pour objet de rappeler la présentation, au Temple, de l’enfant Jésus né quarante jours plus tôt la nuit de Noël, et la purification de la Sainte-Vierge. Son nom lui vient des cierges bénits qu’on y portait en procession à l’église.
     

    Le pape Gélase (472) jugeant plus sage de christianiser un usage païen que d’essayer de le détruire, l’aurait substitué, d’après Bède le vénérable, moine et historien anglais du VIIe siècle, aux antiques Lupercales romaines, ou, d’après d’autres auteurs, aux fêtes de Proserpine et de Cérès, qui se célébraient à la même époque et où l’on portait aussi des torches allumées.

    Aujourd’hui, la Chandeleur n’est plus fêtée que par l’Église catholique, le 2 février, et les paysans chez qui se sont encore conservées les traditions ancestrales. Et ces traditions ont quelque chose de curieux que nous voulons raconter.

    C’est une des superstitions et des coutumes de la vieille France qu’à la Chandeleur on fait des crêpes dans l’âtre du laboureur et que chacun doit retourner la sienne. « À la Chandeleur, dit Abel Hugo, si les paysans ne faisaient point de crêpes, leur blé de l’année serait carié. Et celui qui retourne sa crêpe avec adresse, qui ne la laisse pas tomber dans les cendres, ou qui ne la rattrape point dans la poêle, sous la forme navrante de quelque linge fripé, celui-là aura du bonheur — de l’argent, cette forme tangible du bonheur — jusqu’à la Chandeleur de l’année suivante. »

    Crêpes de la Chandeleur
    Crêpes de la Chandeleur

     

    Qu’elle est jolie, cette coutume des crêpes. Le laboureur de France, qui bat sa farine pour en faire de légères pâtes dorées qu’il retourne avec soin afin que son blé de la moisson prochaine soit bon et dense, se doute-t-il qu’il rend, comme le firent ses ancêtres perdus dans la nuit des siècles, un hommage à la blonde Cérès ? Que de traditions de ce genre dans nos mœurs et qui — devenues inexplicables aujourd’hui — subsistent encore, en dépit des années et des révolutions ! Il y a l’atavisme des coutumes comme il y a l’atavisme des tempéraments, des caractères et de la chair.

    Depuis que la Chandeleur existe, il y a eu des parties de crêpes homériques. Nous en connaissons du temps de Henri II et aussi du XVIIIe siècle qui seraient toutes intéressantes à raconter. Citons seulement cet exemple qui doit, il le faut, passer à la postérité :

    Avant de partir pour la campagne de Russie, Napoléon, fêtant la Chandeleur, faisait une partie de crêpes. Arriva son tour de « tenir la queue de la poêle ».

    — Si je retourne celle-ci, dit-il, je gagnerai la première bataille !

    Et la crêpe se retourna ronde comme une lune.

    — Si je retourne cette autre, je gagnerai la deuxième !

    Et encore la crêpe tournoya comme un louis d’or. La troisième fit de même ; quant à la quatrième, comme un torchon boueux, elle roula dans la cendre. Celle-là, c’était la Bérézina ! Peut-être, durant l’incendie de Moscou, qui éclairait ses premiers revers, l’empereur se rappela-t-il la quatrième crêpe du palais des Tuileries.

    Dans nos campagnes, on fait encore bénir le jour de la Purification un cierge neuf. On l’allume et on essaie de le rapporter « tout clairant » à la maison : s’il ne s’éteint pas, c’est un heureux présage, et celui qui le tient est sûr de ne pas mourir dans l’année.

    Le cierge de la Chandeleur passe pour le plus précieux des talismans contre les sortilèges et les maléfices. Quand un animal domestique est malade, on fait couler trois ou quatre gouttes du cierge dans son breuvage. On l’allume pour conjurer la foudre lorsque l’orage gronde On l’allume aussi pour bénir les premiers communiants et les fiancés avant leur départ pour l’église : de même lorsque le prêtre vient administrer les derniers sacrements à un mourant.

    La fête de la Chandeleur est aussi consacrée aux amoureux. Les jeunes filles et jeunes garçons qui veulent savoir ce que l’avenir leur réserve, font une neuvaine à la chapelle de la Vierge. Le dernier jour écoulé, le jeune homme, une fois endormi, verra en rêve celle qui sera son épouse, et inversement. Dans la Haute-Saône, les fiancés devaient se rendre, le 2 février, à la source la plus voisine pour y échanger des gâteaux. Toutes ces coutumes, dont le sens symbolique échappe souvent, remontent à la plus haute antiquité. Enfin, les proverbes nous affirment que, s’il fait beau le jour de la Chandeleur, l’hiver reprendra pendant quarante jours.

     

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  • Chandeleur (La) d’autrefois
    et l’indispensable rituel des crêpes
     
    (D’après « Annales politiques et littéraires », paru en 1903)
    Publié / Mis à jour le MERCREDI 1ER FÉVRIER 2017,
     
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    A l’occasion de la Chandeleur 1903, Jules Claretie, de l’Académie française évoque ses souvenirs de jeunesse liés à une fête qui, indissociable de crêpes possédant l’étrange pouvoir d’augurer d’un avenir bon ou mauvais, était perçue comme un héritage ayant vaillamment traversé les siècles. Voici son émouvant témoignage.
     
     

    J’étais occupé, tout à l’heure, à lire les journaux du matin, lorsqu’on est venu m’interrompre : « Monsieur, monsieur, c’est aujourd’hui la Chandeleur ! C’est le jour des crêpes ! »

    Et toute une suite de ressouvenirs m’est revenue y, la mémoire ; les lointains jours de février, quand la bonne Julie me tendait la poêle où, sur la couche de beurre doré, elle avait versé la pâte blanche finement délayée et, très émue, se demandait si monsieurallait bien retourner sa crêpe.

    C’est une des superstitions et des coutumes de la vieille France, un de ces vieux débris de traditions populaires que les folkloristes ramassent et gardent dans leurs recueils, comme des ossements de mastodontes dans les musées de province. Il y a tout un monde de légendes, de croyances poétiquement puériles que des savants, qui sont aussi des poètes, ont juré de ne point laisser périr. Et ils vont, à travers champs, faisant leurs gerbes de souvenirs, recueillant de la bouche des paysans, des vieilles gens, toutes ces traditions orales qui se perdraient sans ce soin pieux.

     

    A la Chandeleur, dit Abel Hugo dans sa France pittoresque, si les laboureurs ne faisaient point de crêpes, leur blé de l’année serait carié. Et celui qui retourne sa crêpe avec adresse, qui ne la laisse pas tomber à terre ou qui ne la l’attrape point dans la poêle, sous la forme navrante de quelque linge fripé, celui-là aura du bonheur – de l’argent, cette forme tangible du bonheur – jusqu’à la Chandeleur prochaine.

    C’est pourquoi la pauvre Julie, autrefois, était si inquiète lorsque je prenais et tenais, comme on dit, la queue de la poêle. Mais quel rire joyeux quand la crêpe, lancée en l’air, retombait correcte clans la poêle chaude après avoir tournoyé sur elle-même devant le fourneau tout rougi ! Une bonne Chandeleur équivalait, pour la brave servante, à une certitude de succès. Et, pendant les heures lourdes de toute une année, aux moments de trouble et de doute, quelle consolation de se rappeler la Chandeleur passée et de se dire, quand on a la foi des pauvres gens : « Bah ! tout finira par s’arranger, les crêpes ont été bien retournées ! »

    La Chandeleur ! Le nom est joli, il évoque la vision des processions anciennes et des cierges brillant aux mains des croyants. Nodier a écrit un conte exquis, la Neuvaine, en songeant à ces vieilles coutumes qui ne sont peut-être que la continuation de fêtes païennes. Le paysan de France, qui bat sa farine pour en faire des crêpes afin que son blé soit bon, se doute-t-il qu’il rend, comme le fit tel ancêtre anonyme perdu dans la nuit des temps, un hommage à Cérès ?

    Que de traditions de ce genre dans nos mœurs et qui subsistent encore, en dépit des siècles ! Il y a l’atavisme des croyances et du mystère comme celui des tempéraments et de la chair. L’humanité est une grande personne un peu vieillie qui se chante parfois à elle-même, pour se rajeunir, les chansons de sa nourrice et se conte doucement les contes d’autrefois...

    Que si tout homme qui tient, en France, la queue d’une poêle quelconque a fait des crêpes lundi, pour la Chandeleur de l’an nouveau, je souhaite qu’il ait adroitement retourné sa galette, pour le bonheur des siens et pour notre sécurité à tous.

    Une Chandeleur ensoleillée, c’est une promesse de gelée et nous devons, paraît-il, souhaiter de la neige pour la santé de Jean Blé-Mûr. Les vieux proverbes le disent tous :

    Neige que donne février
    Met beaucoup de bled au grenier.

    Pluie et neige de février
    Valent autant que du fumier.

     

    Faites donc entendre ces vérités populaires à ces Parisiens qui se préoccupent surtout d’avoir du beau temps pour les futures cavalcades. L’agriculture ? Qu’est-ce que c’est que ça, et le blé ne pousse-t-il pas tout seul ? De toutes les décorations instituées poux la gloire des boutonnières humaines, celle dont le Parisien se soucie le moins est peut-être la plus respectable : le Mérite agricole.

     

     
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  • Cérémonies bretonnes pittoresques
    marquant la Pentecôte
     
    (D’après « Les fêtes religieuses en Bretagne. Coutumes,
    légendes et superstitions », paru en 1902)
    Publié / Mis à jour le LUNDI 21 MAI 2018
     
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    Les réjouissances de la Pentecôte s’accompagnaient, en divers lieux de Bretagne, de parfois curieuses cérémonies assorties de non moins étranges redevances et coutumes héritées de pratiques du Moyen Age : ainsi de celles auxquelles étaient assujetties les filles de joie de Moncontour, du devoir de la teiche mettant en scène les nouveaux mariés, de l’épreuve infligée à un chat et une oie à Saint-Nazaire, ou encore du Cheval Mallet en Loire-Atlantique
     

    La fête de la Pentecôte est symbolisée par la colombe. Jadis, dans certaines églises de Paris, lorsqu’on chantait le Veni creator, une colombe blanche descendait des voûtes sacrées, et parfois aussi, ce jour-là, on donnait la liberté à plusieurs pigeons blancs.

    Ce poétique symbolisme se retrouve en Bretagne. À quelque distance de Quimperlé, on entre dans la forêt de Carnoët ; dans un site fort pittoresque, appelé Toulfoën, se tenait jadis, chaque année, le lundi de la Pentecôte, le célèbre pardon des oiseaux, où l’on vendait une grande quantité d’oiseaux de toute espèce ; on venait de fort loin, en particulier de Lorient, à ce pardon des laboused (petits oiseaux). Sur la vaste clairière se dansaient les koroll, et, le soir, les jeunes gens rentraient gaiement, chantant leurs plus beaux gwerz et soniou. À Plourhan, dans le canton d’Etables, près de Saint-Brieuc, il y avait également, le lundi de la Pentecôte, une vente d’oiseaux apportés par les enfants.

    Descente de l'Esprit-Saint. Gravure (colorisée) de Matthäus Merian l'Ancien vers 1625-1630
    Descente de l’Esprit-Saint. Gravure (colorisée) de Matthäus Merian l’Ancien vers 1625-1630

     

    Un usage vraiment gracieux se rencontrait aussi dans le pays nantais : l’Histoire et géographie de la Loire-Inférieure, par Orieux et Vincent rapporte qu’une « vieille coutume, touchante comme une idylle, existe toujours dans la forêt du Gâvre, à l’assemblée du lundi de la Pentecôte : on y vient de nombreuses communes, en habits de fête ; et les promis vont cueillir, deux à deux, de gros bouquets de muguet sous les taillis verts de la grande forêt ».

    La quintaine courue à cheval, à Moncontour (Côtes d’Armor), sur la place du Martray, le dimanche de la Pentecôte, se terminait d’une façon singulière : « Audit jour et feste est deub [dû] au seigneur par toutes les filles de joie qui se trouvent en ladite ville de Moncontour, de chacune d’elle, quand elle fait son entrée en ladite ville, soit à la Porte Neuve ou ailleurs, 5 sols, un pot de vin et un chapeau de fleurs » (Archives des Côtes-du-Nord).

    Le lendemain de la Pentecôte, chaque année, les nouveaux mariés de Barbechat (Loire-Atlantique) étaient obligés de se rendre « après midy aux communs du village de la Boissière et d’y porter chacun trois battoirs et trois ballons de cuir, et iceux donner à leur seigneur, lequel, ayant marqué un espace de vingt-quatre pieds en quarré, leur jette à chacun les trois ballons qu’ils sont tenus de recevoir avec l’un de leurs battoirs et faire passer les bornes dudit espace de vingt-quatre pieds » (Aveu du marquisat de Goulaineen 1680).

    À Moulins (Ille-et-Vilaine) existait le devoir de treiche — c’était autrefois le nom d’une danse —, consistant en ceci : « Les nouveaux mariés et mariées ayant épousé en l’église parochiale [paroissiale] dudit Moulins et couché en cette paroisse la première nuict de leurs nopces, doibvent se présenter le jour de la Pentecoste, à l’issue des vespres, au bourg dudit Moulins ; et là est tenu chaque marié de frapper d’un baston ou quillard par trois fois trois ballotes que lui jette le seigneur de Montbouan ». Quant aux nouvelles mariées, « après avoir esté présentées audit seigneur par leurs dits maris, elles doibvent chacune dire une chanson et danser en danse ronde ». Faute de rendre ces devoirs féodeaux, mariés et mariées étaient condamnés à payer à la seigneurie « chacun deux pots de vin blanc et 60 sols d’amende » (Aveux de la seigneurie de Montbouan en 1470 et 1751).

    Sur le territoire de la Chapelle-Basse-Mer (Loire-Atlantique), dépendant de la châtellenie de l’Épine-Gaudin, membre du marquisat de Goulaine, « le lendemain du jour de la Pentecoste de chaque année, les nouvelles mariées de ladite paroisse de la Chapelle sont obligées de se trouver à l’issue de la grande messe qui se dit en la chapelle de Barbechat, et dire chacune trois chansons nouvelles, et ensuite donner le baiser au seigneur ou à l’un de ses officiers le représentant. Et l’après-disner du mesme jour, doibvent se retrouver aux communs du village de la Boissière, et rechanter les trois chansons et donner un pareil baiser que dessus, et par défaut desdites nouvelles mariées de se trouver auxdits jours et heures, et se trouvant de faire ce que dessus, elles sont amendables chacune de 64 sols » (Aveux du marquisat de Goulaine en 1680 et 1696).

    À Crossac (Loire-Atlantique), le seigneur du Boisjoubert devait au vicomte de Donges, rendu en la chapelle de son château de Lorieuc « un chapeau de roses sur la teste de l’imaige Monsieur sainct Georges, le jour de la feste de la Pentecoste » (Aveu de la vicomté de Donges en 1682).

    Pardon des Oiseaux à Quimperlé. Carte de 1964
    Pardon des Oiseaux à Quimperlé. Carte de 1964

     

    Les derniers mariés de la paroisse de Romagné (Ille-et-Vilaine ) devaient au seigneur de Larchapt, le lundi de la Pentecôte, à l’issue des vêpres, « sauter par dessus ou dedans une cave pleine d’eau estant dans le pastis de la Hardouinaye, par trois fois, et ledit seigneur de Larchapt doibt aux dits sauteurs dix sols monnaye pour estre convertis en vin ». Afin de prévenir les accidents, le seigneur devait préalablement faire nettoyer cette cave et la faire « paver de mottes ».

    Un singulier devoir d’animaux existait à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) : certain employé du port de cette ville devait « présenter, soubs peine d’amende, au seigneur de Saint-Nazaire, ou à ses officiers, une fois l’an, le mardy de la Pentecoste, une oie et un chat attachés ensemble à deux pieds de distance l’un de l’autre, et doibvent estre mis dans la mer vis-à-vis l’église de Saint-Nazaire, les y laissant jusqu’à ce qu’y en ait un qui ait noyé l’autre » (Aveu de la vicomté de Saint-Nazaire en 1584).

    Le sire de Rays, seigneur de Machecoul (Loire-Atlantique) avait donné au prieur de Saint-Blaise, abbaye sise près de Machecoul, une prairie appelée le Pré-aux-Bittes, à condition que le religieux lui apportât chaque année deux joncées ou deux faix de joncs verts, l’un au jour de l’Ascension, l’autre à la Pentecôte. Voici de quelle singulière façon devait être accompli ce devoir féodal : « Lesdites joncées doivent estre rendues au chasteau de Machecoul et portées sur un asne ferré des quatre pieds tout à neuf, mené et conduit par quatre hommes ayant chacun une paire de souliers neufs à simple et première semelle, et estant l’un à la teste, l’autre à la queue, et les deux autres aux deux costés pour tenir lesdites joncées. Et où ledit asne viendrait à tomber, fienter ou péter sur les ponts, en la cour et autres lieux dudit chasteau, ledit prieur doit l’amende de 60 sols et 1 denier monnoie. Laquelle amende est pareillement due par chacun clou qui défaudroit en la ferrure dudit asne. Et sont lesdites joncées dues à chacun desdits termes, avant le dernier son de la grande messe parrochiale de l’église de Machecoul » (Aveu du duché de Rays en 1674).

    « Le plaisant de l’affaire, dit le chanoine Guillotin de Corson, c’est que cette cérémonie devint si populaire à Machecoul et sembla si réjouissante, que le baron de Rays, ayant afféagé son four à ban de Machecoul, n’imposa aux tenanciers d’autre obligation qu’une rente annuelle de 12 livres et le devoir de la jonchée à l’Ascension et à la Pentecôte, tout comme faisait déjà le prieur de Saint-Blaise ». « Ainsi, ajoute de la Borderie dans les Annales historiques et archéologiques de Brest (1861), il y eut depuis lors une sorte de concours entre l’âne du Pré-aux-Bittes et celui du four à ban, et je laisse à penser la joie de la foule escortant à rangs pressés les deux quadrupèdes pourvoir lequel s’acquitterait le plus proprement de son rôle ».

    Une redevance pittoresque se pratiquait à Rochefort-en-Terre (Morbihan) : « Ont chaque année les sire et dame de Rochefort un debvoir appelé Jeu au Duc, quel jeu se fait avec une beste feinte nommée Drague et son poulichot, commenczant le mardy après la Penthecouste et dure iceluy jour et le lendemain. Auxquels jours Guillaume Pasquier, dict le Duc d’Amour, est tenu et doibt, sur ses héritages et maison où il est demeurant, conduire ou faire conduire trois fois par chacun desdits jours une beste feinte nommée la Drague, couverte de tapisserie, ô [avec] son poulichot, et aller au chasteau et à ladite ville de Rochefort. Et il faut qu’il y ait tant à la conduite de ladite Drague que à faire danser les gens qui veulent danser à la halle et cohue quatre sonneurs tant gros bois [hautbois] que aultres, pour le moins. Et celuy Pasquier doibt, le mardy au matin, porter un brandon feuillé de bouleau ou aultre bois au chasteau premier et [ensuite] à chacun tavernier dudit Rochefort ; et prend de eux ledit jour de chacun un pot de vin, mesure dudit lieu » (Aveu de la baronnie de Rochefort en 1554).

    Descente du Saint-Esprit. Gravure extraite du Speculum humanae salvationis (Miroir du salut de l'homme), 1476
    Descente du Saint-Esprit. Gravure extraite
    du Speculum humanae salvationis (Miroir du salut de l’homme), 1476

     

    Achevons cette énumération par le récit d’une des plus étranges cérémonies qui se puissent voir, évoquée notamment dans une Notice sur la cérémonie du Cheval Malletparue au sein du tome II des Mémoires de l’Académie celtique, et dans un article intitulé Usages et droits féodaux en Bretagne inséré dans la Revue de Bretagne, de Vendée et d’Anjou d’avril 1901.

    Au bourg de Saint-Lumine-de-Coutais (Loire-Atlantique), relevant de la vicomté de Loyaux, se tenait une assemblée annuelle le jour de la Pentecôte, et voici ce qui s’y passait à la fin du XVIIIe siècle.

    Le héros de la fête était un cheval de bois ou de carton — dit Cheval Mallet ou Merlette— couvert d’un caparaçon tombant jusqu’à terre, le dos percé d’un trou dans lequel se plaçait l’acteur chargé de lui donner le mouvement. Le dimanche qui précédait la Pentecôte, les nouveaux marguilliers se rendaient chez les anciens, y prenaient l’animal postiche et l’amenaient chez l’un d’entre eux. Neuf parents ou amis des marguilliers formaient le cortège, tous revêtus d’habits de toile peinte, en forme de dalmatique, parsemés d’hermines de sable et de fleurs de lys de gueules.

    Le personnage qui était dans le cheval était recouvert d’un long sarrau de toile, herminé et fleurdelysé, qui servait de housse à sa monture. Deux sergents de la juridiction, costumés de même, précédaient l’animal et tenaient chacun à la main droite une baguette ornée de fleurs. Derrière eux venait un des neuf acteurs de la cérémonie, portant un bâton de cinq pieds de longueur et ferré des deux bouts en forme de lance. Le cheval était suivi de deux autres personnages, armés chacun d’une longue épée avec laquelle ils ferraillaient durant toute la marche. La musique, composée de deux tambours, d’un cornet à bouquin et d’une vèse (biniou), était exécutée par les autres acteurs. Le Cheval Mallet restait en repos jusqu’au jour de la fête.

    La veille de la Pentecôte, après dîner, les marguilliers, assistés de sergents en costume et accompagnés de la foule, se rendaient dans quelque bois voisin où l’on arrachait un chêne qui était conduit, au son de la musette, sur la place de l’église.

    Le jour de la Pentecôte, sitôt après la première messe, les marguilliers, accompagnés de leur cortège, faisaient amener le Cheval Mallet dans l’église et il était placé dans le banc seigneurial, où il demeurait pendant la grand’messe. Entre les deux offices, au son de la musette seule, on plantait le chêne. À l’issue de la grand’messe, tous les acteurs de la cérémonie amenaient l’animal sur la place et, dansant et caracolant, faisaient trois fois le tour de l’arbre au son de la musique. Toute personne étrangère devait, pendant cette danse, se tenir à neuf pieds au moins des acteurs. Puis on se rendait chez l’un des marguilliers qui donnait (en partie aux frais des mariés de l’année) un banquet aux notables de la paroisse.

    Après les vêpres, auxquelles il assistait assistait dans le banc seigneurial, le coursier postiche était ramené de nouveau sur la place ; on dansait en faisant neuf fois le tour du chêne que l’on faisait embrasser trois fois par le cheval . Alors les sergents criaient à trois reprises : Silence ! et le bâtonnier (celui qui portait le bâton ferré) entonnait une chanson de 99 couplets, qui devait être renouvelée chaque année et contenir tous les tours plaisants (anecdotes scandaleuses) et les événements remarquables survenus à Saint-Lumine depuis la dernière fête. L’original de cette chanson restait aux archives du lieu avec le procès-verbal de la cérémonie et un double en était déposé à la Chambre des Comptes de Nantes.

    La chanson finie, le Cheval Mallet était reconduit processionnellement chez un des nouveaux marguilliers, qui en restait dépositaire jusqu’à la Pentecôte suivante. Le lendemain, les marguilliers avec leur cortège étaient tenus d’aller sur la place et autour de l’église et d’ôter eux-mêmes les pierres et autres objets qui obstruaient le passage. En revanche, ils avaient le droit, le jour de la fête, d’aller sur la place où se trouvaient des marchands forains et de leur prendre ce qu’ils croyaient propre à parer ou embellir leur coursier postiche.

    Chapelle Notre-Dame du Châtelier, ancienne église paroissiale de Saint-Lumine-de-Coutais
    Chapelle Notre-Dame du Châtelier, ancienne église paroissiale de Saint-Lumine-de-Coutais

     

    « Cette grotesque cérémonie du Cheval Mallet, dit le chanoine Guillotin de Corson, était un souvenir de la donation faite aux paroissiens de Saint-Lumine, par un duc de Bretagne, seigneur de Loyaux, de la jouissance commune d’un marais situé au bord du lac de Grand-Lieu . »

    Quant à l’origine des caractères si bizarres de cette fête, il est malaisé de la définir. De la Borderie y voit « un dernier vestige des exercices militaires des hommes du fief au Moyen Age ». C’est possible, mais rien n’est moins prouvé. Signalons, sans entrer dans une description détaillée, deux cérémonies analogues qui avaient lieu en des contrées fort éloignées de Bretagne.

    À Lyon, on célébrait le cheval fou : chaque année, le jour de la Pentecôte, un homme, dans un cheval postiche, vêtu d’ornements royaux, ceint de la couronne et tenant un sceptre à la main, sautait et gambadait à travers les rues du quartier du Bourg-Chanin.

    À Montluçon (Allier), la confrérie des Chevaux-Fugs, dite aussi du Saint-Esprit, se livrait chaque année, à la Pentecôte, à de pittoresques ébats : les confrères dansaient sur la place publique, entrechoquant leurs armes ; quelques-uns, enfermés dans des chevaux de carton, figuraient une charge de cavalerie ; puis, au son d’une musique militaire, ils parcouraient la ville.

     

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  • Cérémonie des Jarretières
    à Auchonvillers (Somme, Picardie)
     
    (D’après « La Tradition », paru en 1887)
    Publié / Mis à jour le JEUDI 17 SEPTEMBRE 2015
     
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    Dans la commune d’Auchonvillers, en Picardie, avait lieu autrefois le deuxième jour de la fête du village, la cérémonie des Jarretières, obéissant à un rituel convenu et prélude au bal du soir...
     
     

    C’est aujourd’hui lundi, deuxième jour de la fête communale. Hier, les jeux de ballon et quelques autres divertissements, trop peu variés, hélas ! dans nos pauvres campagnes, ont amusé paysans et enfants ; puis le soir, le bal a attiré la rustique jeunesse du village et des environs, et tous ces gars aux larges épaules, aux jarrets solides, et ces filles rougeaudes, dont la poitrine puissante se trouve mal à l’aise dans le corset des dimanches, ont sauté, tourbillonné, dansé jusqu’aux premières lueurs du jour.

    Tout à coup le violon de la veille se fait entendre. C’est la cérémonie des Jarretières qui commence. Les jeunes gens du village accompagnent le vieux ménétrier et chantent au refrain. L’un d’entre eux, affublé d’une redingote démodée qui lui descend aux talons, et coiffé d’un ancien chapeau haut de forme des plus burlesques, porte une perche ornée d’un cerceau à l’un des bouts ; les autres suivent ; et toute cette bande joyeuse tombe comme une avalanche dans chaque maison qui possède une jeune fille en âge de danger ; pas une n’est oubliée ; et c’est alors un mélange de bruyants éclats de rire qui se prolongent comme un écho, et de petits cris d’étonnement ou d’effroi.

     

    La jeune fille, surprise dans son négligé du matin, et le regard encore voilé par un sommeil trop tôt interrompu, a l’air embarrassée devant tous ces garçons ; elle sent qu’une vive rougeur colore ses joues pâlies par la fatigue du dimanche ; elle se retourne vivement pour cacher son trouble, et fait semblant de ne pas trouver dans l’armoire la jarretière qu’elle y a pourtant toute préparée d’avance.

    Les parents rient de l’embarras où ils voient leur enfant, pendant qu’au coin de l’âtre l’aïeule repasse en sa mémoire ses souvenirs d’enfance. Elle aussi a donné sa jarretière il y a quelque cinquante ans. Jeune fille alors, forte et droite, elle avait pour amoureux le plus solide gaillard du village. Comme elle était fière, lorsque au bras de son Pierre, elle se promenait dans la salle du bal, et comme elle était heureuse lorsqu’il l’enlaçait de son bras d’hercule aux premières mesures de la valse !... Hélas ! ce temps est loin, et depuis bien des chagrins ont assailli l’aïeule !... Il y a cinq ans déjà que son pauvre Pierrot est dans la tombe !...

    A ce dernier souvenir, une larme glisse, silencieuse, sur son visage ridé ; puis son œil humide se lève lentement sur les jeunes gens, et devant toutes ces figures épanouies, la vieille oublie subitement sa tristesse et sourit en voyant sa petite-fille qui apporte enfin le fameux ruban, et timidement le donne au porte-jarretières. Pendant que ce dernier le suspend au cerceau, un autre jeune homme offre à l’ingénue sa rude main de paysan, et sans façon, la prenant par la taille, danse avec elle quelques pas de polka.

    Puis toute la troupe s’échappe, et toujours précédée du violoneux qui recommence son éternel del tarte à pimmes,... elle va dans une autre maison trouver une autre jeune fille qui ornera le cerceau d’une nouvelle jarretière.

    Quand toutes les rues ont été suivies, et que chaque danseuse a livré son ruban, le cortège reprend la route du bal et y rentre. Les jeunes filles arrivent bientôt après ; les couples se forment au fur et à mesure, et quelques quadrilles précèdent la Vente des Jarretières.

    Plusieurs jeunes gens sont préposés à cette vente. L’un figure le notaire : ample redingote, chapeau noir et cravate noire entourant un gigantesque col de chemise en papier, d’où sort un menton qu’il s’efforce de rendre triple ; d’ailleurs l’air très grave et très digne, ou du moins s’efforçant d’être tel. Ce pseudo-notaire porte à l’oreille un énorme porte-plume et à la main un registre où il doit inscrire l’acte de vente.

    Près de lui et juché sur une table boiteuse, apparaît le crieur. Celui-ci veut être amusant autant que le notaire essaie d’être sérieux. Il porte un accoutrement qu’il a composé le plus bizarrement possible : sur sa tête enfarinée, il a équilibré un vieux chapeau que des coups de poing répétés ont transformé en accordéon ; dans un vêtement hors d’usage, il s’est taillé un habit à queue, une basque dépassant l’autre, et sur les côtés deux énormes poches d’où il n’oublie jamais de laisser pendre la moitié d’un grand mouchoir à carreaux. Un gilet fond vert-pomme avec des fleurs jaunes dissimule mal une paire de bretelles qui tirent de-toute leur force sur un pantalon trop court ; un vrai pitre de foire, enfin, avec cette différence qu’aux fêtes foraines c’est un paillasse qui imite les paysans, et qu’ici c’est un paysan qui singe les paillasses des villes.

    Enfin un troisième remplit de son mieux les fonctions de garde-champêtre, et répète, en voix de basse, la mise à prix du crieur. Après maintes simagrées de ce burlesque trio, chacune des jarretières est adjugée à sa propriétaire, comme il est convenu d’avance ; et c’est à chaque vente une explosion de réflexions et de bons mots qui, certes, ne sont pas toujours bien spirituels, mais qui excitent le vrai rire et cette franche gaieté, débarrassée de toute étiquette, que l’on rencontre trop rarement dans les soirées parisiennes.

    Quand la dernière jarretière est vendue, l’orchestre soulève toute la jeunesse dans un galop frénétique, puis danseurs et danseuses vont au cabaret dépenser en sirops et en chopes de bière le produit de la vente, et avant de se quitter, tous ces Roméos picards donnent à leurs Juliettes rendez-vous pour le bal du soir.

     

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