• Animaux (Les) traités au Moyen Age
    comme des êtres conscients
    et responsables de leurs actes
    (D’après « Musée universel », paru en 1873)
     
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    Au Moyen Age et jusqu’à une époque assez rapprochée de la nôtre, les animaux furent considérés et traités comme des êtres conscients et responsables, influencés par les saints, faisant l’objet de procès civils et criminels lorsqu’ils se rendaient coupables de la destruction de cultures ou avaient attenté à la vie d’êtres humains
     
     
     

    Les animaux n’ont pas toujours passé pour des bêtes, même aux yeux des savants et des penseurs. On objectera que les savants et les penseurs d’autrefois étaient des ignorants et des rêveurs auprès des savants et des philosophes de nos jours. Ce jugement semble un peu sévère et ceux qui le portent seraient peut-être fort déconcertés s’ils savaient quels respectables personnages ils condamnent ainsi sans s’en douter.

    Nous ne parlerons pas des naturalistes de l’antiquité, de Pline, par exemple, qui attribuait au lion « de la clémence envers les suppliants » et à l’éléphant « l’amour de la gloire, l’honnêteté, la justice, la prudence et le sentiment religieux. » Mais nous pourrions citer des Pères de l’Église et des saints qui n’avaient pas moins d’estime pour les animaux, qui ne dédaignaient pas d’entrer en communication avec eux, de les prendre pour compagnons ou pour auxiliaires, qui leur parlaient et savaient s’en faire obéir. Ce n’est que bien plus tard que des philosophes et des théologiens orgueilleux se sont avisés de développer leur belle théorie des animaux-machines.

    Tertullien, dans son traité de l’Oraison dominicale, dit expressément que toutes les créatures prient et rendent hommage au Créateur. Au Moyen Age, les animaux jouent un grand rôle dans les croyances religieuses, dans les superstitions et dans les pratiques de la magie et de la sorcellerie. Un théologien du XVe siècle, Félix Hemmerlein, connu sous le nom de Malleolus, rapporte que, de son temps, beaucoup de gens de la campagne vouaient leurs cochons à saint Antoine et s’en trouvaient bien. Saint Blaise était, disait-on, le patron des cerfs, des daims et des chevreuils, et ces animaux accouraient du fond des bois sur son passage pour recevoir sa bénédiction qui était pour eux un sûr préservatif contre les attaques des loups et des autres carnassiers.

    Les vieux auteurs citent plusieurs exemples du pouvoir miraculeux que les saints avaient le don d’exercer sur les animaux et particulièrement sur les animaux nuisibles. Nous en reproduirons seulement quelques-uns. Saint Hugues, évêque de Grenoble au XIe siècle, étant à Aix-les-Bains, les habitants vinrent implorer son secours contre les serpents qui infestaient le pays. Saint Hugues excommunia ces reptiles qui ne périrent pas, mais devinrent dès lors inoffensifs.

     

    Les serpents s’étaient aussi multipliés d’une façon gênante dans la vallée de Briançon, Les moines du pays ne savaient comment lutter contre ce fléau, lorsque leur bonne étoile amena vers eux saint Eldrad. Ils lui exposèrent leur cas. « Ne vous inquiétez pas, mes bons Pères, leur dit le saint, je me charge de vos serpents. » Il se mit aussitôt en prière, puis il somma les serpents de comparaître devant lui, et en quelques instants il fut entouré d’une multitude innombrable de vipères. Il prit son bâton et leur fit signe de le suivre. Les vipères obéirent. Il les conduisit jusqu’à une profonde caverne qui se trouvait à quelque distance et leur enjoignit d’y entrer. Les vipères obéirent encore et disparurent pour toujours.

    Ailleurs, ce sont des rats qu’un saint évêque emmène ainsi jusqu’au sommet d’un promontoire d’où il leur ordonne de se jeter à la mer. Les rats se mettent bravement à la nage et traversent le bras de mer qui sépare la terre ferme d’une petite île déserte, où ils restent confinés.

    Ce sont là, sans doute, des faits miraculeux ou légendaires. Mais lorsqu’ils causaient aux hommes un dommage quelconque ou : qu’ils se trouvaient associés à des actes coupables commis par des personnes, on ne se faisait faute de les traduire devant les juridictions compétentes, de les juger et de les condamner conformément aux lois et édits en vigueur. De là, de nombreux procès civils et criminels intentés aux animaux depuis le onzième jusqu’au XVIIIe.

    Les procès criminels nous montrent la justice d’autrefois sous un aspect que nous qualifierions, à notre époque, d’odieux et de grotesque. Les animaux qu’on y voit figurer sont principalement des porcs, des boucs, des chèvres, des mulets, des chevaux, des chats, des chiens, des coqs. Ils sont arrêtés, mis en prison ; ils comparaissent devant le tribunal, on les interroge ; comme ils lie répondent pas, on leur applique bel et bien la question, et leurs cris de douleur sont tenus pour des aveux. Le procès se termine le plus souvent par une sentence de mort, et l’exécution a lieu en cérémonie, après lecture donnée au coupable de l’arrêt qui le condamne.

    Berriat-Saint-Prix, l’éminent jurisconsulte, a relevé à peu près tous les procès de ce genre qui ont eu lieu depuis le douzième jusqu’au XVIe siècle inclusivement, et il a donné le texte des sentences prononcées, avec le compte des frais de la procédure et de l’exécution. En voici quelques exemples :

    En 1268, un porc est brûlé à Paris par arrêt des officiers de justice du monastère de Sainte-Geneviève, pour avoir tué un enfant. En 1368, une truie est condamnée, par le juge de Falaise, à être mutilée à la jambe et à la tête, puis pendue, pour avoir déchiré au bras et au visage, puis tué un enfant. C’est, on le voit, la peine du talion. La truie fut exécutée en habit d’homme sur la place de la ville. L’exécution coûta dix sols six derniers, plus un gant neuf donné à l’exécuteur.

    En 1474, un coq est condamné au bûcher par le magistrat de Baie en Suisse, pour avoir pondu un œuf. L’œuf fut brûlé aussi.

    En 1499, c’est un taureau, coupable du meurtre d’un enfant de quatorze à quinze ans, qui est condamné au gibet par le bailliage de l’abbaye de Beaupré, de l’ordre de Cîteaux, près Beauvais. Dans la même année, un jugement rendu par le bailli de l’abbaye de Josaphat, près de Chartres, condamne aussi à la potence un porc âgé de trois mois, qui a mis à mort un enfant de dix-huit.

    Au contraire des procès criminels, les procès civils contre les animaux témoignent d’une douceur de mœurs singulière, d’un sentiment profond d’équité et de mansuétude à l’égard de toutes les « créatures de Dieu. » On parle aux bêtes avec la conviction qu’elles entendront raison ; au lieu de les détruire brutalement, et avant même d’instrumenter contre elles, on leur offre des arrangements amiables ; et lorsqu’on les condamne, ce n’est pas sans compensation, car, on le reconnaît : « Il faut que tout le monde vive. »

    L’histoire judiciaire nous a conservé le compte rendu exact et détaillé de plusieurs de ces procès, dirigés contre des charançons, des hannetons, des cantharides, des mulots, des taupes. Toutes les formalités y sont scrupuleusement observées ; les défendeurs avaient leur avocat, comme les demandeurs, et de Thou assure que Barthélemy Charrancé, jurisconsulte des XVe et XVIe siècles, dut le commencement de sa fortune à un procès où il avait éloquemment plaidé pour des rats.

    Les arrêts portaient, en général, que les délinquants seraient sommés de vider les lieux envahis et dévastés par eux, et qu’en cas de refus ils seraient excommuniés, ce qui signifie sans doute mis hors la loi et voués, par conséquent, à l’extermination. Avant donc d’en venir contre les « insectes des champs » à cette dure extrémité, on leur adressait une mise en demeure, une admonestation ainsi conçue :

    « Tu es une créature de Dieu ; je te respecte. La terre t’a été donnée comme à moi ; je dois vouloir que tu vives. Cependant tu me nuis, tu empiètes sur mon héritage, tu détruis ma vigne, tu dévores ma moisson, tu me prives du fruit de mes travaux. Peut-être ai-je mérité ce qui m’arrive, car je ne suis qu’un malheureux pécheur. Quoi qu’il en soit, le droit du fort est un droit inique. Je te montrerai tes torts, j’implorerai la divine miséricorde ; je t’indiquerai un lieu où tu puisses subsister ; il faudra bien alors que tu t’en ailles ; et si tu persistes, je te maudirai. »

    Convenons que cette naïveté touche au sublime, et que jamais le respect de la justice universelle ne fut poussé plus loin ni exprimé dans un langage plus noble et plus touchant. Et ce qu’il y a de curieux, c’est que les insectes, les rats ou autres bestioles malfaisantes, tenant parfois à disparaître peu de temps après que la sentence leur avait été signifiée, on ne manquait pas d’attribuer ce fait purement fortuit à leur respect pour la magistrature. Malleolus, Chassanée, Charier, auteurs qui peuvent passer pour sérieux, affirment gravement qu’en mainte occasion les arrêts de la justice contre les « insectes des champs » eurent une pleine efficacité.

     

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  • Anéen (L’), jeu chevaleresque en hommage
    à la bravoure d’habitants de Valenciennes
    (D’après « Les hommes et les choses
    du Nord de la France », paru en 1829)
     
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    C’est suite à l’acte héroïque de courageux habitants de Valenciennes qui étaient parvenus à appréhender Van Een, brigand flamand saccageant et violant, que fut créée la compagnie à cheval des Puchots, en l’honneur de laquelle fut bientôt instituée une fête mettant en scène le mannequin Anéen, guerrier colossal tournant sur un pivot et cible de tous les coups
     
     
     

    Depuis le 8 septembre de l’an 1008 que la ville de Valenciennes fut délivrée de la peste par un cordon miraculeux dont la Vierge entoura ses murs, on promena tous les ans, à l’extérieur de la ville, ce précieux ruban dans une riche châsse d’argent couverte de pierreries, en suivant les mêmes sinuosités que forma le saint Cordon lorsqu’il ceignit la cité. Telle fut la mystique origine de la Procession de Valenciennes.

    Or, il advint qu’en une année de malheur la banlieue de cette ville fut empestée d’une autre manière : c’était le flamand Van Een, brigand déhonté qui saccageait les fermes, violait les filles et dévalisait les marchands. Il fut assez abandonné de Dieu pour convoiter Notre-Dame du Saint-Cordon ; il aimait beaucoup les vierges, surtout celles chargées d’or et d’argent. Il guetta donc la nôtre au sortir de la ville, tomba dessus, et l’enleva de vive force au milieu d’un clergé nombreux et de fidèles désarmés qui passèrent de leurs cantiques saints à des imprécations méritées.

    La Vierge entoure la ville d'un cordon, aidée par un ange (5 et 7 septembre 1008)
    La Vierge entoure la ville d’un cordon, aidée par un ange (5 et 7 septembre 1008)
    Miniature d’Hubert Cailleau extraite d’un manuscrit de 1553 de Louis de la Fontaine
    © Institut de recherche et d’histoire des textes

     

    Les habitants des faubourgs, instruits les premiers de ce vol impie, montèrent à cheval, s’armèrent à la hâte et coururent sus au brigand. Ils eurent le bonheur de l’atteindre et de ramener saine et sauve la fierte du Saint-Cordon, au grand contentement de la population valenciennoise.

    De ce jour date la formation d’une compagnie à cheval, dite des Puchots, composée des norretiers, ou habitants des faubourgs ; ils eurent le privilège d’escorter tous les ans Notre-Dame du Saint-Cordon à la procession du 8 septembre, et de battre la campagne autour de la ville pour éviter tout accident semblable à celui de Van Een. On ne s’en tint pas là : le magistrat de Valenciennes, pour reconnaître le courage des cavaliers du faubourg, institua en leur honneur une espèce de carrousel, ou de course de bague qui avait lieu tous les ans le 9 septembre.

    Les Puchots seuls avaient le droit d’y courir en grande tenue ; c’est-à-dire en habit écarlate, espèce d’uniforme de chevau-légers. Le mannequin qui tenait les bagues fut appelé Van-Een, et par corruption Anéen ; il était représenté en guerrier colossal, tournant sur un pivot ; sa main droite tenait un écusson d’où sortaient les anneaux, sa main gauche était armée d’un fouet qui frappait vivement le coureur malhabile dont la lance avait touché trop haut et fait pivoter le géant.

    Basilique Notre-Dame du Saint-Cordon (Valenciennes)
    Basilique Notre-Dame du Saint-Cordon (Valenciennes)

    Ce jeu chevaleresque tirait son origine d’Orient et avait été plusieurs fois imité dans les fêtes données par les souverains du Moyen Age ; François Iers’en amusa dans ses carrousels et les chroniques du temps nous rappellent qu’en novembre 1601, le bon roi Henri IV célébra la naissance de son fils par un Jeu de l’homme armé, où les jouteurs combattaient un mannequin, habillé en Maure et placé sur un pivot, de sorte que les coups portés ailleurs que dans le tronc et au visage, faisaient tourner le personnage, qui rendait alors aux maladroits de rudes coups de lance ou d’estramaçon.

    Ces burlesques carrousels se maintinrent longtemps à Valenciennes où la constance des habitants changeait peu de chose dans les jeux et les habitudes publics : on les suspendit un moment mais on les renouvela en 1669 ; un sculpteur assez célèbre

     

    dans le pays, Gillis, avait su tirer de son ciseau une statue d’Anéen qui eut quelque réputation comme ouvrage d’art ; elle fut malheureusement détruite à la Révolution, sous le prétexte que l’effigie du brigand Van Een avait un caractère de féodalité, et de fait il portait un écusson ! Ce crime de « lèse-égalité » fit condamner le voleur de grand chemin à être brûlé en compagnie d’une foule de blasons, armes, sceaux, cachets et effigies royales.

    Nouveau phénix, Anéen sortit de ses cendres après la chute du Directoire, lorsqu’un nouveau besoin de fêtes et de plaisirs se fit alors sentir ; sa seconde vie fut courte et Anéen fut détrôné à tout jamais par une froide statue de Minerve qui sert aux courses de bague ordinaires et publiques. Cependant, dans la première moitié du XIXe siècle, les plus vieux habitants de Valenciennes conservèrent un doux souvenir de l’ancien jeu et on les entendait fréquemment se servir de l’expression « tirer à l’Anéen » pour « courir à la bague ».

     

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  • Âme (De l’) des femmes
    et du « ma homme » féodal
    (D’après « Revue des questions historiques » paru en 1892
    et « Bulletin de la Société académique de Laon » paru en 1855)
     
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    Selon une légende ayant toujours cours parmi certains auteurs de notre XXIe siècle, la question de l’existence de l’âme des femmes aurait été discutée par l’Église lors du second concile de Mâcon qui se tint en 585, un examen minutieux ruinant cette affirmation et nous montrant par ailleurs que le mot homme désignait, sans notion de sexe, un individu, l’époque féodale usant plus tard d’un artifice linguistique singulier pour nommer les femmes vassales
     
     
     

    Le célèbre chroniqueur et historien Grégoire de Tours (538/539-594) rapporte dans son Histoire des Francs l’anecdote suivante au sujet du concile de Mâcon de 585 : « Il y eut dans ce synode un évêque qui disait que la femme ne pouvait pas être appelée homme. Cependant il se tint tranquille lorsque les évêques lui eurent rendu raison, en alléguant le passage du Vieux Testament qui dit qu’au commencement, quand Dieu créa l’homme, il les créa mâle et femelle, et leur donna le nom d’Adam, ce qui veut dire homme de terre, appelant ainsi du même nom d’homo la femme et l’homme. D’ailleurs, Notre-Seigneur Jésus-Christ est aussi appelé le Fils de l’homme, parce qu’il est né de la sainte Vierge, qui est une femme. Lorsqu’il changea l’eau en vin, il lui dit : Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? etc. Élucidée par beaucoup d’autres témoignages, cette question fut ainsi assoupie. »

    Cette historiette a toujours eu quelque chose d’obscur. Grégoire ne dit pas pourquoi cet évêque se formalise du nom de homo appliqué à la femme : cela aurait équivalu à se révolter, on ne sait pourquoi, contre l’usage universel de la langue, et se plaindre qu’elle fût trop riche. En effet, tandis que le français, comme les autres idiomes néolatins, ne possède pas de terme générique pour désigner tous les individus humains sans exception de sexe, et se voit obligé de reprendre celui des deux termes spécifiques qui désigne l’individu mâle (homme), le latin, comme le grec et comme l’allemand, possède, outre les deux termes spécifiques (vir — homme — et femina ou mulier — femme, le premier au sens biologique, le second au sens social — pour le latin), un terme générique désignant, d’une manière abstraite, tout individu appartenant à l’espèce humaine. L’existence de ce terme générique est un avantage pour les langues qui le possèdent : il en augmente la clarté, il empêche toute confusion, il facilite la discussion philosophique et théologique. On ne voit donc pas en quoi il pouvait donner lieu aux critiques de l’évêque dont parle Grégoire de Tours.

    Le poète chevalier et la Dame. Enluminure extraite de Codex Manesse, par Bergner de Horheim (première moitié du XIVe siècle)
    Le poète chevalier et la Dame. Enluminure extraite de Codex Manesse,
    par Bergner de Horheim (première moitié du XIVe siècle)

     

    Tout devient clair si l’on tient compte des circonstances suivantes. De même que dans les trois langues mentionnées ci-dessus, le terme générique — homo, en latin — est souvent employé pour désigner un individu déterminé de sexe masculin, de même il arrivait en latin qu’on l’employât pour désigner un individu du sexe féminin. Cette acception spéciale du mot était en vigueur depuis l’époque la plus classique, et survécut chez les écrivains du Moyen Age.

    Toutefois, eu tolérant l’usage, les grammairiens latins n’entendaient pas que l’on pût faire varier le genre grammatical du mot selon le sexe auquel il était appliqué. Homo, de même que heres et parens, dit Charisius, doivent toujours être du genre masculin, même quand ils sont employés pour désigner des individus du sexe féminin. Ainsi, en parlant d’une femme, on ne pourra pas l’appeler, par exemple, mala homo, on devra dire malus homo.

    Il ne semble pas que les écrivains du haut Moyen Age aient respecté cette interdiction formulée par les grammairiens. L’exemple suivant emprunté à Grégoire de Tours, atteste au contraire qu’ils avaient fait de homo un mot de deux genres. Racontant une visite qu’il fit à Ingoberge, veuve du roi Caribert Ier — roi de Paris de 561 à 567 —, il écrit : « Accessi fateor, vidi hominem timentem Deum, quae, cum me benigne excepisset », etc.

    Plus tard, à l’époque féodale, cet usage incorrect semble s’être généralisé dans la langue politique, puisqu’il existe des chartes où des seigneurs appellent des femmes qui sont leurs vassales, homo meahomo nostra. Rappelons qu’à cette période de l’Histoire, le sol se trouvait divisé en une multitude de fiefs ou domaines nobles d’une étendue fort variable, et dont certaines portions détachées étaient tenues sous le nom d’arrière-fiefs par des seigneurs placés sous la mouvance, c’est-à-dire, sous la dépendance du seigneur principal ou seigneur suzerain. Il résultait de cet état de choses que le propriétaire d’un arrière-fief ne pouvait succéder dans sa terre ni en aliéner aucune partie sans le consentement de son suzerain ; et ce dernier, en signe de l’autorité qu’il exerçait sur lui, l’appelait ordinairement mon homme (homo meus), expression qui avait, à la longue, remplacé l’ancienne façon de parler d’après laquelle on disait notre fidèle (fidelis noster).

    Maximilien Melleville, fondateur de la Société académique de Laon, explique que lorsqu’il s’agissait pour le seigneur principal d’accorder l’investiture d’un arrière-fief à une femme, ou d’autoriser l’aliénation qu’elle en voulait faire, il ne pouvait dire ma femme ; cette expression équivoque eût été contraire aux lois de la bienséance et aurait désagréablement sonné aux oreilles de nos aïeux, si pleins de respect pour le sexe, si attentifs à garder son honneur.

    Ils cherchaient donc à échapper à cet inconvénient par une faute de langage, et ils disaient d’elle ma homme, comme s’il y eut de leur temps des hommes dans les deux sexes, ou que la femme placée à la tête d’un fief acquît par cela seul les qualités viriles de l’homme. Un exemple en est donné dans le cartulaire de Prémontré, rédigé vers la fin du XIIIe siècle ; mais la pièce sur laquelle il se trouve est datée de 1225. C’est un acte par lequel Pierre de Viry, seigneur de Commenchon, approuve la vente faite à l’abbaye de Prémontré par Elvide de Maneux, sa homme (homo mea), d’un muid de froment mesure de Saint-Quentin, à percevoir annuellement sur le moulin d’Achery. Les deux mots : homo mea, y sont écrits en toutes lettres et avec une netteté telle qu’on ne peut soupçonner ni une erreur de lecture ni un lapsus linguae de la part du copiste.

    On voit maintenant sur quoi portait l’observation de l’évêque dont parle Grégoire de Tours. Il n’admettait pas que homo pût être traité comme un mot épicène, et désigner indifféremment des individus de l’un ou de l’autre sexe. Encore moins devait-il tolérer l’abus de langage qui consistait à dire illa homo. On lui fit observer que l’usage des livres saints lui donnerait tort, puisque l’on y voit employer le mot homo dans le sens qu’il critiquait, et, dit Grégoire de Tours, il se tint pour satisfait.

    Cela prouve qu’il était de bonne composition, et qu’il n’attachait pas à son observation plus de valeur qu’elle n’en méritait, car, en réalité, la réponse qu’on lui lit ne rencontrait qu’une partie de son objection, ainsi qu’on vient de le voir.

    Vassal prêtant serment à son suzerain. Illustration parue dans Histoire de France (Tome 1) de Gustave Gautherot (1934)
    Vassal prêtant serment à son suzerain. Illustration parue
    dans Histoire de France (Tome 1) de Gustave Gautherot (1934)

     

    Des mêmes paroles de cet évêque, certains savants des siècles suivants ont prétendu tirer la preuve que le concile de Mâcon avait discuté la question de savoir si les femmes avaient une âme. L’origine de cette légende se trouve peut-être exclusivement dans la vicieuse traduction du texte de Grégoire exposant le scrupule de l’évêque : Extetit etiam in hoc sinodo quidam ex episcopis, qui dicebat mulierem hominem non posse vocitari. Voici comment ce passage est rendu par Guizot : « Il y eut dans ce synode un des évêques qui disait qu’on ne devait pas comprendre les femmes sous le nom d’hommes. »

    Il est inévitable qu’avec un peu de mauvaise volonté, un lecteur qui ne peut pas retourner à l’original se persuade que, d’après cet évêque, les femmes ne participaient pas de la nature humaine, partant qu’elles n’avaient pas d’âme. Et une fois en si beau chemin, rien n’empêche d’aller jusqu’au bout et de soutenir que le concile avait formellement déclaré qu’elles n’en avaient point. On n’y a pas manqué.

    Ajoutons, enfin, qu’il n’est nullement prouvé que la question du genre grammatical de homo avec lequel l’époque féodale prit quelques libertés, ait été débattue par le concile de 585. En effet, les conciles du VIe siècles avaient d’autres préoccupations : ils légiféraient sur tous les besoins sociaux, élaboraient le code de la civilisation eu lieu d’en disséquer la langue.

    Les actes du concile ont été conservés : ils se composent de vingt canons, se rapportant aux plus importants devoirs des fidèles et du clergé ; il n’y est pas question du sens de homo. Grégoire de Tours ne nous dit pas non plus que ce soit le concile qui a discuté la question ; son texte permet de croire que c’est en dehors des séances qu’elle aura été traitée dans des conversations privées. Au surplus, Grégoire n’assista pas au concile, qui était une réunion plénière des évêques du royaume de Gontran, roi de Bourgogne et d’Orléans de 561 à 592 : en effet, en sa qualité de sujet de Childebert II — roi d’Austrasie de 575 à 596 —, Grégoire n’y fut pas invité, et ne put connaître que par autrui ce qui s’y passa.

     

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  • Accents sur la lettre e
    et abandon de l’écriture gothique
    (D’après « Mélanges littéraires, philologiques
    et bibliographiques », paru en 1818)
     
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    Avant le règne de François Ier, qui débuta en 1515, on ne trouve aucun e accentué dans les manuscrits ni dans les livres imprimés, et cependant les différentes valeurs de l’e étaient déjà tellement distinctes, que, pour certains noms terminés en é, on écrivait ai. Si la distinction entre le u et le v, de même que celle entre le i et le j, est bien établie dès le XVIIe siècle, l’e accentué s’imposa en revanche plus tardivement, notre langue n’accouchant de l’accent circonflexe qu’au début du XVIIIe siècle. Et en 1814, la lettre e hérita par ailleurs temporairement d’un accent dit moyen sous l’impulsion de la célèbre imprimerie Didot.
     
     

    Après la publication, en 1529, du Champ fleury au quel est contenu l’art et science de la deue et vraye proportion des lettres antiques, de Geoffroy Tory (vers 1480 - 1533), l’ajout des accents sur le e fait l’objet de propositions, le choix s’affirmant lentement avec la parution, au milieu du XVIe siècle, du Dictionnaire françois-latin de Robert Estienne.

    Mais le lexicographe et imprimeur royal Robert Etienne (1503-1559), dont le dictionnaire, paru en 1539, constitue le plus ancien dictionnaire latin et français, n’admettait l’accent aigu sur le e que lorsque cette lettre était en fin de mot. Ce n’est qu’en 1600 et 1615 que l’on inventa réellement l’accent aigu formant le é.

    Robert Estienne
    Robert Estienne

     

    L’accent grave est, quant à lui, postérieur à 1706. L’érudit Joseph Scaliger (1540-1609) prétend cependant que le libraire-imprimeur vénitien Alde Manuce (1449-1515) est le premier qui a introduit dans le latin l’accent grave, la virgule et le point-virgule ; et qu’avant lui personne n’en avait fait usage. Cette assertion demande une explication ; car elle donnerait à entendre qu’avant Alde Manuce, il n’existait ni accent, ni virgule ; ce qui serait faux : disons donc que la plupart des signes de ponctuation sont fort anciens, mais que l’usage de les désigner tels que nous nous en servons maintenant, c’est-à-dire la valeur que nous leur donnons, est assez moderne.

    Il n’est pas inutile, sur le sujet de la ponctuation ancienne, de consulter le tome III du Nouveau traité de diplomatique. On y trouve tout ce qui regarde la ponctuation des anciens ; les interponctions des inscriptions lapidaires et métalliques, des manuscrits et des diplômes ; les divers usages des points, des virgules et des accents ; les marques de corrections, de renvois, d’exponctions, de transpositions, etc. ; les obèles, astérisques, lemnisques, guillemets, réclames, et les divers autres signes employés dans l’écriture antique.

    L’accent circonflexe est postérieur à 1730, c’est-à-dire à l’époque où l’abbé Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, écrivain, diplomate et académicien, écrivait sur l’orthographe un livre alors contrarié et mal apprécié : Projet pour perfectionner l’orthographe des langues de l’Europe. Il observe que chacune de ces innovations fit d’abord crier ceux qu’il désigne comme les gens à routine, contre ceux qu’ils appelle les novateurs ; mais que la convenance et le besoin l’emportèrent sur les arrêts mêmes de l’Académie.

    Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre
    Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre

     

    À l’occasion de la parution, en 1814, d’une édition annotée de la Henriade de Voltaire, l’imprimerie Didot l’aîné imagina en 1814 un nouvel accent appelé moyen, et qui, devant être placé sur l’e, tenait le milieu entre l’accent grave et l’accent aigu, à peu près comme le son de l’e dans zèle tient le milieu entre le son de l’e grave dans procès et le son de l’eaigu dans bonté. La forme que Didot donna à cet accent moyen est toute simple : c’était un trait vertical, ne penchant ni à droite comme l’accent aigu, ni à gauche comme l’accent grave.

    Il devait servir à fixer l’accentuation qui variait dans tous les dictionnaires pour l’e des mots règnerèglesèchefièvrelièvresacrilègefève, etc. Didot publia une petite dissertation sur cette heureuse innovation en tête de l’édition de la Henriade, qui fait partie de sa belle collection des meilleurs ouvrages de la langue française. Il fit usage de l’accent moyen dans ce volume ainsi que dans tous ceux qui le suivirent.

    Passons à la distinction que l’on a faite entre la voyelle u et la consonne v d’une part, entre la voyelle i et la consonne j d’autre part, surtout dans les livres imprimés. On prétend que le premier qui a fait cette distinction, est Louis Elzevir, de Leyde, qui a commencé à imprimer en 1595, et qui a fini en 1616 ; mais il n’a adopté cette distinction que dans les lettres de bas-de-casse, c’est-à-dire dans les lettres courantes ou minuscules. Quant aux majuscules ou capitales, c’est Lazare Zetzner, de Strasbourg, qui, le premier, a distingué, en 1619, les mêmes lettres voyelles des consonnes. On lui doit l’U rond voyelle et le J consonne à queue.

    Dictionnaire françois-latin de Robert Estienne
    Dictionnaire françois-latin de Robert Estienne
    (édition de 1549)

    Malgré cette innovation dont on devait sentir l’utilité, on employa longtemps encore le V comme voyelle, et l’I comme consonne. Qu’on ait ainsi agi dans le style lapidaire, rien n’est plus naturel ; ces sortes de lettres y sont de rigueur, parce qu’elles doivent ressembler aux caractères employés par les anciens Romains dans leurs inscriptions ; mais il est ridicule, dans l’écriture courante, de confondre des voyelles et des consonnes qui doivent être si distinctes à cause de la prononciation.

    Ajoutons qu’il n’y a guère plus de deux siècles et demi qu’on prononçait françois, comme saint François, au lieu de français. Boileau nous en fournit la preuve dans la satire III, intitulée Le Repas, publiée en 1667 :

    A mon gré le Corneille est joli quelquefois.
    En vérité, pour moi, j’aime le bon françois.

     

    Si la prononciation n’eût pas été telle, Boileau, si exact sur la rime, n’eût pas employé celle-ci, même en se moquant du personnage qu’il fait parler ainsi.

    Disons enfin un mot sur la prononciation vicieuse du Q dans quis et quam, avant le philosophe et grammairien Pierre de La Ramée (vers 1515 - 1572) : on prononçait kiskis et kankan, au lieu de quisquis et quamquam. Quand cet habile professeur voulut rectifier cette prononciation, il éprouva les plus grandes difficultés et se fit beaucoup d’ennemis. Les deux ouvrages qu’il publia contre Aristote en 1543, lui en avaient fait bien davantage, et l’avaient même fait condamner par le Parlement. Lors de ses querelles sur la prononciation du Q, un mauvais plaisant dit : « Cette maudite lettre Q fait à elle seule plus de kankan que toutes les autres lettres ensemble. »

     

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  • Académie de musique : ancêtre
    du Consevatoire National et instituée
    par Charles IX au XVIe siècle
    (D’après « La Mosaïque », paru en 1834)
     
     
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    La fondation de l’Académie de musique et de poésie, ancêtre du Conservatoire National de Musique, remonte à une époque beaucoup plus éloignée que celle qui lui est généralement assignée. Charles IX fut en effet sollicité en ce sens dès le XVIe siècle, et donna son autorisation car estimant que les exercices qui s’y feraient seraient « à l’honneur de Dieu, et accroissement de notre Etat, et à l’ornement du nom du peuple français ».
     
     

    Déjà, lorsque Louis XIV, en 1669, autorisa l’ouverture d’un théâtre pour la représentation des drames lyriques par des lettres-patentes, dans lesquelles, en témoignage de sa haute faveur, il déclarait que « gentilshommes, demoiselles et autres personnes pourraient chanter aux dits opéras sans déroger à leur noblesse et privilèges » ; déjà, près d’un siècle auparavant, Charles IX avait permis, avec une égale bienveillance, l’établissement d’une Académie de musique. Les actes officiels, relatifs à cette institution, abondent en documents curieux.

    Les sieurs de Baïf et de Courville exposèrent au roi Charles IX, en 1570, que depuis trois ans ils travaillaient « avec grand étude et labeur assidüel à remettre sus, pour l’avancement de la langue française, tant la façon de la poësie que la mesure et règlement de la musique, anciennement usitée par les Grecs et les Romains, et qu’ils avaient déjà parachevé quelques essais mesurés mis en musique mesurée, selon les loix, à peu près, des maîtres de la musique du bon et ancien âge ».

    Ils demandaient, dans l’intérêt public, et aussi pour recueillir le fruit de leur peine, qu’il leur fût permis « de dresser, à la manière des anciens, une académie composée de compositeurs, de chanteurs, de joueurs d’instrumens et d’honnêtes auditeurs », qui serait une pépinière « d’où se tireroient un jour poëtes et musiciens, par bon art instruits et dressez ». Ils soumettaient, en même temps, au roi, un projet de règlement.

    Charles IX, après avoir pris l’avis de la reine, des princes du sang et des grandes et notables personnes du conseil, accorda l’autorisation demandée. « Parce que nous avons toujours eu, dit-il dans ses lettres-patentes, en singulière recommandation, à l’exemple de très-bonne et très-louable mémoire le roi François, notre ayeul, que Dieu absolve, de voir partout celuy notre royaume les lettres et la science florir, et mesmement en notre ville de Paris où il y a un grand nombre d’hommes qui y travaillent et s’y étudient chaque jour ; et que l’opinion de plusieurs grands personnages tant législateurs que prêtres anciens, ne fait à mépriser, assavoir, qu’il importe grandement pour les mœurs des citoyens d’une ville que la musique courante et usitée au pays soit retenue sous certaines loix, d’autant que la pluspart des esprits des hommes se conforment et comportent selon qu’elle est, de façon que, où la musique est désordonnée, là volontiers les mœurs sont dépravées, et où elle est bien ordonnée, là sont les hommes bien morigénez.

    « Et à ce que à notre intention, ajoutait-il ensuite, ladite Académie soit suivie et honorée des plus grands, nous avons libéralement accepté et acceptons le surnom de protecteur et de premier auditeur d’icelle, parce que nous voulons et entendons que tous les exercices qui s’y feront soyent à l’honneur de Dieu, et accroissement de notre Etat, et à l’ornement du nom du peuple françois. »

    Quelques-unes des dispositions du règlement, auquel les lettres-patentes donnaient entière approbation, méritent d’être rapportées. Les auteurs commençaient par définir dans une sorte de préambule la perfection musicale à laquelle ils voulaient arriver, « afin, disaient-ils, que par ce moyen les esprits des auditeurs accoutumez et dressez à la musique, se composent pour estre capables des plus hautes connaissances, après qu’ils seront répurgez de ce qu’il pourrait leur rester de la barbarie ».

    L’Académie devait être fondée et entretenue, indépendamment du produit des recettes, au moyen d’une cotisation faite par des auditeurs en titre (de véritables actionnaires) : les directeurs se réservaient le droit d’admettre ou de refuser à leur gré, non seulement tel ou tel auditeur en titre, mais encore tel ou tel auditeur accidentel. Les musiciens étaient tenus de jouer tous les dimanches, « deux heures d’horloge durant », pour le plaisir des auditeurs ; ils étaient tenus, en outre, de faire tous les jours les répétitions nécessaires et d’accepter les parties que leur assigneraient les entrepreneurs, « lesquels, était-il dit, ils seront obligé de croire pour ce qui sera de la musique ».

    Chacun des auditeurs devait recevoir un médaillon, comme carte d’entrée ; cette carte était toute personnelle, « et avenant le cas où quelqu’un auditeur iroit de cette vie à l’autre », ses héritiers étaient obligés de rapportes le médaillon sous peine de cent livres d’amende. Deux dernières dispositions, que l’on peut recommander aux méditations des directeurs modernes, étaient ainsi conçues :

    « Les auditeurs, pendant que l’on chantera, ne parleront, ni ne s’accouteront, ni ne feront bruit, mais se tiendront le plus coy qu’il leur sera possible, jusqu’à ce que la chanson qui se prononcera soit finie, et durant que se dira une chanson, ne frapperont à l’huis de la salle qu’on ouvrira à la fin de chaque chanson pour admettre les auditeurs attendans. »

    Malgré l’approbation si formelle donnée par le roi, et malgré toute la maturité avec laquelle le règlement avait été rédigé, le parlement, dont la sanction était nécessaire, loin d’être unanimement convaincu de la moralité de l’entreprise, craignait, au contraire, qu’elle ne tendît à efféminer, amollir et corrompre la jeunesse.

    Aussi pour le désarmer, les directeurs, dans leur requête afin d’enregistrement, invitaient-ils douze de ces messieurs à assister gratis à une représentation, et offraient-ils au premier président, à l’un des plus vieux conseillers, au procureur-général et à l’un des avocats du roi, d’être de fait et de nom les réformateurs de l’Académie « pour avoir l’œil à ce que rien ne s’y fasse à l’avenir qui soit contre les lois et bonnes mœurs ».

    Ces propositions eurent un bon résultat, car les lettres-patentes furent enregistrées, après toutefois que l’épreuve demandée eut été faite et que l’Université de Paris eut donné son assentiment.

     

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  • Questions préalable et préparatoire :
    usages du temps jadis
    appliqués pour les crimes capitaux
    (D’après « Revue rétrospective », paru en 1835)
     
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    Employée à l’égard des accusés déjà condamnés à mort ou pour obtenir la révélation de leurs complices, la question préalable, après laquelle l’exécution avait immédiatement lieu, fut abolie en France par la déclaration du 1er mai 1788, la question préparatoire, qui avait lieu au cours du procès pour les crimes capitaux, ayant quant à elle été supprimée en vertu de la déclaration du 24 août 1780
     
     

    On avait recours à la question préparatoire pour compléter la conviction de l’accusé, lorsque les autres preuves n’étaient pas suffisantes pour asseoir la condamnation. Ordinairement elle était prononcée sans réserves de preuves, ce qui signifiait que si l’accusé n’avouait rien, il était renvoyé absous.

    Mais les juges pouvaient l’ordonner avec réserves de preuves, indiciis manentibus ; dans ce cas, quoique l’accusé n’avouât rien, il pouvait être condamné à toutes sortes de peines pécuniaires ou afflictives (comme aux galères perpétuelles), excepté à la peine de mort (ordonnance de 1670, titre XIX) ; de sorte que, sous l’ancienne législation, la culpabilité du patient était, dans ce cas, considérée tout à la fois comme insuffisamment démontrée, puisque l’on employait la question pour avoir l’aveu de l’accusé, et comme suffisamment prouvée, puisque une condamnation perpétuelle pouvait s’ensuivre. Aussi voit-on l’ordonnance de 1670, titre XIX, article 1, et titre XXV, article 13, présenter la question en même temps comme un simple moyen d’instruction et comme une peine afflictive.

    La question préparatoire et la question préalable se divisaient en ordinaire et extraordinaire, suivant la durée ou la violence du tourment ; mais il était rare que l’on n’employât que l’ordinaire. La durée de la question était d’environ une heure un quart ; souvent elle dépassait de beaucoup cette limite. Damiens y fut laissé pendant deux heures un quart, relate Dumont dans son Style criminel (1778). Quel que fût le genre de la question, on avait soin que l’accusé, avant de la subir, eût été huit ou dix heures sans manger, écrite Jousse dans le tome 2 de son Commentaire.

    L’information se composait de trois interrogatoires. Le premier avait lieu sur la sellette, avant que l’accusé fût lié ; le second pendant les tourments, et le troisième sur le matelas, où l’on plaçait l’accusé après la question. Au commencement de chacun d’eux, le juge devait faire prêter à l’accusé le serment de dire la vérité, précaution extrêmement utile.

    Les formes prescrites par l’ordonnance de 1670, toutes sévères qu’elles fussent, n’approchaient pas cependant de celles de l’ordonnance de 1539, due au célèbre chancelier Poyet. Alors, un accusé pouvait, par exemple, sur de simples indices, être appliqué plusieurs fois à la question pour le même fait.

    Les moyens employés pour donner la question variaient suivant les parlements et même suivant les localités. Dans le ressort de Paris, dont le bailliage de Reims faisait partie, il y avait deux sortes de questions, l’une à l’eau par extension, l’autre aux brodequins. La première avait été d’abord la plus usitée ; on employait la seconde surtout pendant l’hiver ou à l’égard des accusés d’une faible constitution.

    La question par l'eau
    La question à l’eau

     

    Pour donner la question à l’eau, on faisait asseoir l’accusé sur une espèce de tabouret de pierre ; on lui attachait les poignets à deux anneaux de fer, distants l’un de l’autre, tenant au mur derrière lui, et les deux pieds à deux autres anneaux, fixés au plancher devant lui. On tendait toutes les cordes avec force, et, lorsque le corps du patient commençait à ne plus s’étendre, on lui passait un tréteau de deux pieds de haut sous les reins ; puis on tendait encore les cordes jusqu’à ce que le corps fût bien en extension. Alors le questionnaire, aidé d’un homme qui tenait une corne de bœuf creuse, prenait le nez de l’accusé, et le lui serrant pour le contraindre d’avaler, versait de l’eau dans la corne et en faisait avaler au patient quatre coquemars, de deux pintes et demie chacun, pour la question ordinaire, et quatre coquemars de plus pour l’extraordinaire, avec le grand tréteau de trois pieds et demi (Mémoire instructif pour faire donner la torture, etc., joint à un arrêt du Parlement de Paris, du 18 juillet 1697 ; Muyart, Lois criminelles).

    Pour donner la question aux brodequins, qui était, sur la fin, la plus usitée, on faisait asseoir le criminel et, après lui avoir attaché les bras, on lui plaçait, des deux côtés de chaque jambe posée d’aplomb, deux planches, l’une en dedans et l’autre en dehors, que l’on serrait en les liant sous le genou et au-dessus de la cheville. Ensuite on liait les jambes ensemble avec de pareilles cordes, placées aux mêmes endroits. On frappait alors des coins de bois entre les deux planches, au milieu des genoux et entre les chevilles. La question ordinaire était de quatre coins, et l’extraordinaire de huit, explique Muyart dans Lois criminelles. Cette question était aussi usitée dans le Poitou (Hubert, Pratique judiciaire, 1627), dans le Parlement de Dauphiné, etc.

    Au bailliage d’Orléans, l’usage était, pour la question ordinaire, de mettre une clé de fer entre les revers des deux mains du condamné, liées avec force l’une sur l’autre, derrière le dos ; et, avec un câble passé dans une poulie pendante au plancher, on élevait à un pied de terre le condamné, portant un poids de 180 livres attaché au pied droit. Pour l’extraordinaire, on le levait jusqu’au plancher avec un poids de 250 livres, et on lui donnait trois secousses en forme d’estrapade, en sorte que ceux qui y étaient appliqués y perdaient presque tous connaissance. Cette rigueur paraissant excessive, le Parlement de Paris ordonna, par arrêt du 18 janvier 1697, que les officiers du bailliage donneraient la question à l’eau, ou par les brodequins, suivant qu’ils le jugeraient à propos. (Serpillon, Code criminel, 1767, tome II).

    Ce mode était aussi usité dans le Gâtinois, à une époque un peu plus ancienne. Lorsque le patient était enlevé en l’air, ses bras, liés derrière son dos, tournaient par le poids, à l’envers sur ses épaules, et lorsqu’il était descendu, il fallait les lui redresser (Coilard , les Procédures civiles et criminelles, 1585).

    Au bailliage d’Autun ( Parlement de Dijon), l’usage était d’attacher l’accusé sur une table à roulettes, d’un demi-pied de haut seulement, et percée de trous, où passaient les cordes qui liaient le patient, nu en chemise, par les bras, les jambes, les cuisses et le corps, de façon à ne pouvoir remuer. On lui mettait auparavant des espèces de brodequins ou de bottines, qui lui enveloppaient les pieds et les jambes jusqu’aux genoux. Ces brodequins étaient de mauvais cuir spongieux, appelé baudrier. Le questionnaire faisait rouler la table à un pied de distance d’un grand feu de bois et de charbon ; il avait auprès de lui, dans une chaudière sur un trépied, douze pintes d’huile bouillante ; avec un bassin il versait de cette huile sur les jambes et les pieds de l’accusé : l’huile pénétrait au travers de ce mauvais cuir spongieux ; les jambes et surtout les pieds du patient en étaient brûlés et même en partie calcinés. Les interrogatoires ne pouvant être que très longs à rédiger, le supplice durait ordinairement deux heures ou une heure et demie suivant le nombre des crimes, parce que le patient, plus occupé de ses douleurs que de ses réponses, jurait et s’emportait pendant le supplice.

    Dans son Code criminel, Serpillon, à qui nous empruntons ces détails, ajoute : « Je n’ai vu donner cette question que deux fois, l’une par mon prédécesseur à un nommé Dévelai, de la paroisse de Broie. La table ayant été approchée trop près du feu, la flamme courut aux brodequins, au moyen de l’huile répandue sur le carreau ; le patient perdit connaissance ; ses jambes furent si fort brûlées, qu’il fallut les couper l’une et l’autre. Les interrogatoires n’ayant par conséquent pu être finis, l’accusé fut renvoyé. Il a vécu plus de trente ans après, sans pieds et même sans jambes.

    « Il y a environ vingt-cinq ans que nous fûmes encore forcés de condamner à la question préparatoire le nommé Auribant, de la province de Planché, en Nivernais, accusé de dix ou douze crimes, la plupart des assassinats de grand chemin, sans qu’il y en eût un seul parfaitement prouvé. Je pris toutes les précautions possibles pour prévenir l’inconvénient où était tombé mon prédécesseur ; je veillai, surtout, à ce que le chariot ne fût pas approché trop près du feu ; mais le grand nombre des crimes sur lesquels les interrogatoires devaient porter les fit encore durer plus de deux heures. Les tourments furent si grands, que les cris continuels du patient l’empêchaient d’entendre et de répondre. Il était cependant si robuste qu’il soutint le supplice sans rien avouer, même après qu’il fut détaché ; ainsi il fut aussi renvoyé. Il eut les doigts des deux pieds si fort calcinés, qu’il s’en arracha, le même jour, les os avec des tenailles. »

    Au Parlement de Besançon, la question ordinaire était une espèce d’estrapade : l’accusé était, comme à Orléans, élevé en l’air avec une corde attachée à ses mains liées derrière le dos. Pour l’extraordinaire on suspendait à ses orteils un gros poids de fer ou de pierre, et, pour mieux lui faire sentir la douleur, on lui donnait différentes secousses d’un bâton, dont on frappait sur la corde. (Muyart, Institutes, etc. 1757 ; Jousse, Justice criminelle, 1771, tome II).

    La question aux brodequins
    La question aux brodequins

     

    Au Parlement de Bretagne, on donnait la question au feu, en approchant du feu, les jambes nues du patient assis et attaché sur une chaise de fer, ce qui se faisait par degrés.

    Au Parlement de Rouen, on serrait le pouce ou un autre doigt ou une jambe de l’accusé, avec une machine de fer ou valet ; on lui serrait les deux pouces pour la question extraordinaire. Suivant Bruneau (Observations sur les matières criminelles, 1715), on élevait de plus, par ce moyen, l’accusé en l’air. Quelque variés que puissent paraître les divers genres de tortures usitées dans le petit nombre de juridictions dont nous venons de parler, il paraît qu’avant l’ordonnance de 1670, les espèces de tourments l’étaient encore davantage.

    « En diverses provinces, dit Lebrun (Procès civil et criminel, 1624), les juges se servent d’autres divers « instruments, comme de viotes, de l’eau pour l’avalement de la serviette, de vinaigre, de l’huile instillée par le gosier, de poix ardente, des œufs cuits en la braise et appliqués sous les aisselles ; quelques-uns de froid intolérable, de la faim, de la soif occasionnée par la manduction de viandes extrêmement salées données à l’accusé sans aucun breuvage. Autres, par les doigts serrés étroitement ou en extrémité, ou dans le chien d’une arquebuse ou pistolet, ou liés de petites cordelettes ou ficelles, entre divers petits bâtons qu’ils nomment grésillons, etc. Mais le tout dépend de l’ordonnance du juge, suivant l’exigence des cas, gravité du délit et qualité de l’accusé. »

    On voit dans Jean Millœus (Praxis criminis persequendi, 1541), comment se donnait alors la question à Toulouse. C’était une espèce d’extension ; le patient avait les mains attachées derrière le dos ; deux hommes, avec des bâtons, tordaient la corde qui liait les mains pour les serrer davantage ; à ses pieds était suspendue une pierre énorme ; une autre corde, passée sous son aisselle droite, servait à élever le patient en l’air au moyen d’une poulie et d’un treuil.

    Lebrun (Procès civil et criminel) raconte que les accusés, surtout les voleurs de profession, avaient des ruses pour se garantir de la douleur ; qu’ils mangeaient du savon, lequel a la force de stupéfier les nerfs, mais que le remède était de leur faire boire du vin. Papon (Recueil d’arrêts notables, 1608) place au nombre des indices qui peuvent déterminer à appliquer un accusé à la question, celui-ci : « Un jeune homme, accusé d’assassinat, fut présenté au corps du défunt, qui était mort, il y avait quinze ou seize heures : et, devant tous, la plaie fut vue jeter et pousser sang. »

    A la fin du XVIIIe siècle, la plupart des criminalistes, et des plus savants, défendaient avec opiniâtreté l’usage de la torture. « Plusieurs auteurs distingués, dit Jousse, ont écrit contre l’usage de la question et surtout de la question préparatoire... Néanmoins, cet usage a prévalu chez la plupart des nations, surtout en Europe, et l’on peut même autoriser cet usage par de bonnes raisons, fondées non seulement sur l’intérêt public, mais encore sur l’équité. En effet, on ne condamne jamais un accusé à la question, à moins qu’il n’y ait contre lui des preuves considérables ; ainsi on ne lui fait point d’injustice en lui imposant cette espèce de peine, et il y aurait une plus grande injustice à le renvoyer absous ou impuni, au préjudice de ces preuves.

    « Quant à la question préalable, poursuit Jousse, on ne peut douter qu’elle ne soit très utile, et qu’on n’en tire un grand bien pour la société civile. D’ailleurs, toutes les raisons apportées contre l’usage de la question préparatoire, cessent ici d’avoir lieu, puisque l’accusé étant condamné à mort, n’a aucun motif pour cacher la vérité, et que, d’ailleurs, il n’y a pas grand ménagement à garder à l’égard d’un corps confisqué et qui va être exécuté. »

     

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  • Absinthe : grandeur et décadence
    de la fée verte
    (Extrait de l’article « Grandeur et décadence de la fée verte »
    par Marie-Claude Delahaye, paru en 1988
    dans « Histoire, économie et société »)
     
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    Au XIXe siècle, l’art de vivre passait par l’absinthe... Tour à tour adulée puis chargée d’anathème, celle qui inspira les artistes de l’époque, de « fée verte » devint sorcière. Accusée de rendre fou et criminel, elle fut partout combattue et abattue. La Belgique, la première, sonna le glas en 1905. La Suisse suivit en 1910 et finalement la France donna, en 1915, le dernier coup d’estoc. Feu la fée verte ne gênerait plus personne. Morte grâce aux efforts conjugués de l’Académie de Médecine, des ligues antialcooliques et des syndicats puissants de la viticulture, elle fut enterrée à grands renforts de fanfare.
     
     

    C’est à la fin du XVIIIe siècle que vivait, dans le village de Couvet, le Dr Ordinaire, un médecin français exilé de Franche-Comté pour des raisons politiques, rapporte Marie-Claude Delahaye, maître de conférence en biologie cellulaire à l’Université Pierre et Marie Curie, dans un article de la revue Histoire, économie et société. Décrit comme un original par les habitants du canton, le médecin parcourait en tous sens le Val de Travers monté sur son petit cheval corse qu’il appelait « La Roquette ».

    Il exerçait tout à la fois la médecine et la pharmacie, comme cela se pratiquait alors. Dans les cas graves, il prescrivait un élixir fabriqué à partir de plantes macérées dans de l’alcool dont il tenait la formule croit-on, d’une vieille femme de Couvet, la mère Henriod. A la mort du Dr Ordinaire, sa gouvernante, Mademoiselle Grand-Pierre, aurait vendu la formule de l’élixir au major Dubied. Celui-ci, avec un sens certain des affaires et aidé de son gendre Henri-Louis Pernod, créa en 1798 la première fabrique d’absinthe à Couvet.

     

    Le major Dubied prit donc l’affaire en mains. L’élixir allait être désormais distillé, méritant ainsi l’appellation scientifique et légale « d’extrait d’absinthe », mais restant plus habituellement dénommé « liqueur d’absinthe ». C’est ainsi que l’absinthe passa du domaine de la thérapeutique équivoque à celui de boisson apéritive. Autrefois prescrit pour combattre la fièvre et stimuler l’appétit, ce breuvage quitte donc l’officine et devient, grâce à son ancienne réputation, le complément indispensable d’une bonne cave.

    En 1805, devant le succès de la liqueur et l’accroissement de la demande, Henri-Louis Pernod décida de créer sa propre entreprise. Pour des raisons fiscales, il s’installa alors en France, à Pontarlier dans le Doubs. Avec une première distillerie française, qui avait pour nom Pernod Fils, commençait, chez nous, l’aventure de l’absinthe.

    L’absinthe fait son chemin. Quelques années plus tard, vers 1830, elle devient vraiment la boisson à la mode. C’était l’époque des grandes conquêtes coloniales : l’Algérie, Madagascar, le Tonkin... Les militaires qui s’étaient vite aperçu des vertus curatives de la liqueur d’absinthe en mettaient quelques gouttes dans l’eau généralement suspecte pour se garantir des fièvres pernicieuses et de la dysenterie. Ils prirent goût à ce breuvage et à leur retour en France continuèrent à absorber leur boisson favorite. Ils furent vite imités par la bourgeoisie pleine d’admiration pour ses conquérants et par les artistes à la recherche de plaisirs nouveaux capables d’augmenter leur sensibilité et leur pouvoir de création. Qui n’a pas en tête cette fameuse photographie de Verlaine écrivant au Procope, un verre d’absinthe devant lui ?

    Tous les artistes « s’adonnaient à la verte avec passion ». Les poètes en buvaient et la louaient ou la fustigeaient selon leurs états d’âme ; les peintres en buvaient et lui donnaient un visage. Certains d’entre eux montrèrent son côté funeste, comme Degas dans son fameux tableau intitulé « l’absinthe » ou Picasso avec sa série des buveuses. D’autres préférèrent retenir l’ambiance du bar, de la fête. Renoir immortalisa ainsi le « Bal du Moulin de la Galette », haut lieu de divertissement où l’absinthe triomphait. Manet se plaisait au « Bar des Folies Bergères »... Toulouse-Lautrec, quant à lui, avait un faible pour le Moulin Rouge. Un faible pour l’absinthe aussi. Il ne sortait jamais sans sa canne à système qui dissimulait un verre et une petite fiole contenant de la liqueur. Chez lui, il raffinait. Il composait dans son atelier pour son ami Aristide Bruant, un « cocktail » de son invention : un panaché de cognac et d’absinthe au nom si évocateur de « Tremblement de terre ». Boire de l’absinthe relevait donc du snobisme de l’époque et dans tous les grands établissements des beaux quartiers, entre cinq et sept heures du soir, c’était « l’heure verte ».

    Vers 1870, l’absinthe jusqu’alors réservée à une élite va se « démocratiser ». Voilà l’ouvrier entraîné « sur la piste du bourgeois ». L’absinthe qui était chère à ses débuts devient meilleur marché que le vin qu’elle commence à concurrencer. Certains le remarquent et d’autres s’en inquiètent comme en 1907 Jean d’Orsay, journaliste au Matin : « La purée verte remplace partout les flacons rouges aux terrasses des cafés. Autant d’apéritifs que de consommateurs. Où sont les innocentes piquettes d’antan ? » Ainsi, l’absinthe ne fait plus l’exclusivité des beaux établissements. Elle fait son apparition dans les petits bistrots, les caboulots qui regorgent de monde les soirs de paye. Les marchands de vin, puis les fruitiers et même les charbonniers vendent de l’absinthe. Si bien « qu’à la sortie des ateliers, sur les places, dans les rues, en été, nous sommes pénétrés du relent anisé de toutes les demies dégustées... » (L’absinthe et l’absinthisme, 1908).

    Absinthe Terminus, à Pontarlier
    Absinthe Terminus, à Pontarlier

     

    Fait de société nouveau, la femme qui se contentait à la fin du repas d’une petite « liqueur de dames » prend désormais l’apéritif et se met à l’absinthe. On la voit, surtout à Paris, attablée à la terrasse des cafés et « je vous garantis que les absintheuses sont au moins à la hauteur des absintheurs », écrit H. Balesta en 1860 dans Absinthe et absintheurs.

    Pourquoi cette vogue de l’absinthe qui fait dire au Dr Eugène Ledoux de Besançon en 1908 : « elle est devenue malheureusement une boisson nationale et bien française » ? Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’apéritif tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existait pas. Quelques amers et quinquinas faisaient leur timide apparition. Lorsqu’il s’agissait de boire avant le repas, à la maison aussi bien que dans les établissements publics, c’était surtout le vin qui était à l’honneur... Et puis survint l’absinthe.

    L’absinthe avait tout pour devenir populaire : cette saveur anisée tout à fait nouvelle pour l’époque ; cet air faussement anodin dû au fait qu’il fallait y ajouter de l’eau fraîche, ce qui en faisait une boisson légère et désaltérante. Et enfin, elle demandait une préparation originale, un cérémonial très particulier qui fit de sa consommation un véritable rite social.

    L’absinthe, extrait distillé de plantes ayant préalablement macérées dans de l’alcool, titrait 68 et 72 degrés. Il fallait d’une part, y ajouter de l’eau ce qui provoquait l’émulsion des essences des plantes, ce qui donnait l’aspect laiteux de la boisson et, d’autre part, le sucrer pour adoucir l’amertume apportée par la plante d’absinthe. Comme le sucre ne se dissout pas dans un alcool de titre aussi élevé, il fallait qu’il tombe déjà dissous, dans le verre. D’où ce rite de la préparation de l’absinthe.

     

    Lorsque votre absinthe est versée
    Au fond d’un verre de cristal
    Mettez sur la pelle en métal
    Le sucre, en deux pierres cassées
    Et l’une sur l’autre placées

    Puis faites couler savamment
    L’eau claire en petite cascade
    Regardez bien, voici comment.
    Et pour qu’elle ne soit pas fade
    Versez surtout très doucement.

    L’absinthe devenant plus pâle
    Répandra sa divine odeur
    Et vous verrez dans la blancheur
    De cette subtile liqueur,
    De beaux reflets d’ambre et d’opale

    Vous aurez de cette façon
    Une absinthe bonne et bien faite ;
    Profitez donc de ma leçon ;
    Si cela vous monte à la tête,
    Vous calmerez votre âme en fête
    En nous chantant une chanson.

     

    Ainsi, les consommateurs prenaient leur temps, devisant entre eux en attendant que leurs absinthes soient prêtes. Ce rite, par l’occasion qu’il créait de favoriser les conversations, est, à n’en point douter, à l’origine de l’énorme succès de l’absinthe. Ce moment de détente pris au café, en compagnie, est devenu rapidement une institution. Et cet instant privilégié est devenu l’heure de l’apéritif, l’heure de l’absinthe.

    Rançon de son succès, l’absinthe, boisson profondément sociale, a connu une telle vogue dans toutes les couches de la société qu’elle devint très rapidement le symbole de l’alcoolisme. Un alcoolisme qui prit des proportions effrayantes au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du suivant. Il est vrai qu’il se buvait beaucoup d’absinthe. De 1870 à 1910, sa consommation n’a fait que croître : elle serait passée de 7 000 hectolitres en 1874 à 360 000 hectolitres en 1910, d’après les chiffres donnés par la Ligue Nationale antialcoolique. C’est la ville de Marseille qui détenait le record de la consommation avec 3 litres d’absinthe pure par habitant et par an, puis venaient les départements du Var avec 2,5 litres, du Vaucluse, de la Seine et du Gard avec 2 litres. Quant à la ville de Pontarlier qui comptait 25 distilleries en 1905, sa consommation a décuplé en trente-cinq ans, de 1871 à 1906.

    En fait, l’absinthe était consommée surtout dans les régions du Jura et du Doubs où étaient installées de nombreuses distilleries, à Paris pour une question de mode et dans le Midi de la France où elle était une boisson rafraîchissante par excellence. Ceci représentait environ treize départements qui absorbaient à eux seuls 65 % de la consommation totale de la France. L’absinthe qui avait le tort d’être populaire, fut un exutoire tout trouvé à l’alcoolisme. Tous les maux portés par les eaux-de-vie et le vin furent mis sur son compte. L’absinthe est qualifiée de fléau social et pour elle on invente l’expression de péril vert. La Fée verte devint ainsi sorcière.

    Dès 1902, le Président du Conseil avait demandé à l’Académie de Médecine d’étudier cette grave question de l’alcoolisme. Il fut à cet effet créé en son sein une Commission dite de l’alcoolisme qui avait pour but d’analyser la toxicité de toutes les boissons à base d’essences. Outre l’absinthe, les consommateurs avaient en effet le choix entre différentes boissons alcooliques, à base de plantes, fabriquées suivant divers procédés. L’Académie de Médecine se pencha donc sur le problème général des boissons à essences et de nombreuses discussions eurent alors lieu afin de définir le degré de toxicité des essences les plus couramment utilisées.

    C’est en s’appuyant sur les données de l’observation clinique et simultanément sur les résultats de l’expérimentation physiologique, que furent déterminés la nature et le degré de toxicité de chacun des produits composant les liqueurs. Après de nombreuses controverses, l’Académie refusa finalement d’établir une échelle de culpabilité entre les essences. Elle préféra les condamner toutes en bloc et condamner avec elles leur support commun qui est l’alcool. Il fut donc établi une seule liste d’essences avec néanmoins à leur tête, l’essence d’absinthe, la reine des poisons de ce genre (Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 24 janvier 1903).

     

    Un courant très sérieux en faveur de la prohibition de l’absinthe avait déjà commencé à se manifester avant 1900. Aussi quand l’Académie de médecine souleva la question de la toxicité des boissons à essences et en particulier de celle de l’absinthe, décida-t-elle de l’orientation à donner à la lutte antialcoolique. La fée verte vit alors se dresser contre elle « tous ceux qui, voulant en finir, l’accusent d’être la principale cause de l’abêtissement physique et moral de la nation française », écrit J. Guyot dans L’absinthe et le délire persécuteur en 1907.

    Une ligue nationale contre l’alcoolisme fut alors fondée, soutenue par des membres de l’Académie de Médecine, des écrivains, des parlementaires. Suivant cet exemple, de nombreuses autres ligues antialcooliques virent le jour appuyées par la presse. En 1906, la ligue nationale contre l’alcoolisme prit l’initiative de lancer une pétition nationale contre l’absinthe, avec ce mot d’ordre : « Supprimons l’absinthe ». Un texte fut envoyé aux conseils généraux et municipaux, aux membres de l’Académie de Médecine, de l’Académie française, de l’Armée, de la Magistrature, de l’Université.

    Ce texte commençait ainsi : « Attendu que l’absinthe rend fou et criminel, qu’elle provoque l’épilepsie et la tuberculose et qu’elle tue chaque année des milliers de fiançais. Attendu qu’elle fait de l’homme une bête féroce, de la femme une martyre, de l’enfant un dégénéré, qu’elle désorganise et ruine la famille et menace ainsi l’avenir du pays. Attendu que des mesures de défenses spéciales s’imposent impérieusement à la France, qui boit à elle seule plus d’absinthe que le reste du monde... ». La pétition fut un succès.

    De surcroît, le journal Le Matin organisa le 14 juin 1907 un meeting monstre au Trocadéro avec comme ordre du jour : « Tous pour le vin, contre l’absinthe ». La séance fut ouverte par le Pr. d’Arsonval : « Le but de cette séance est de dénoncer au public un péril national : l’absinthe et l’absinthisme. L’utilité des boissons alcooliques n’est point en cause : l’absinthe, voilà l’ennemi ! » tandis que l’illustre académicien, Jules Clarette déclarait : « Faisons que les marchands de vin, qui ont bien le droit de vivre, vendent du vin, du vin français, du vin naturel et sain, celui que le roi gascon faisait couler sur les lèvres de son nouveau-né. Alors, ils auront bien mérité de la France ». Pendant ce temps, au dehors, sur la place du Trocadéro, grondait une contre-manifestation de plusieurs milliers de personnes, menée par le député Girod de Pontarlier.

    Toutes les propositions de loi concernant la suppression de l’absinthe furent successivement rejetées par la commission sénatoriale chargée de les examiner. Le 11 juin 1912, le Sénat adopta cependant la proposition de M. Ouvrier tendant à interdire, non pas la liqueur d’absinthe mais toute liqueur renfermant de la thuyone, principe reconnu actif de l’essence d’absinthe, présent dans les armoises et différentes plantes telles que la sauge et la tanaisie. Par cette mesure, le gouvernement voulait donner satisfaction au grand mouvement d’opinion qui s’était déchaîné contre l’absinthe. En même temps, il n’osait prendre contre les fabricants de l’apéritif national la mesure radicale que l’intérêt public demandait.

    Il faudra attendre le lendemain de la déclaration de la guerre de 1914 pour que le gouvernement invite les préfets à prendre dans les départements des arrêtés tendant à interdire dans les établissements publics la vente au détail de l’absinthe. Mais comme il fallait faire davantage, le gouvernement émit le 7 janvier 1915 un décret contresigné par le ministre de l’Intérieur, interdisant la circulation, la vente en gros et au détail de l’absinthe et des liqueurs similaires.

    Ce décret ne pouvant être valable que pour la durée de la guerre, il fut déposé sur le bureau de la Chambre un projet de loi tendant à rendre définitives les mesures prises pendant la guerre. Le 16 mars 1915, la proposition de loi relative à l’interdiction de la fabrication, de la vente en gros et au détail ainsi que la circulation de l’absinthe et des liqueurs similaires, fut enfin acceptée à l’unanimité.

    La loi, qui parut au Journal Officiel le 17 mars 1915, fut très favorablement accueillie par l’opinion publique et, sauf quelques rares exceptions, fut partout complètement appliquée. Les fabriques furent fermées. Les marchands en gros et les dépositaires suspendirent leurs ventes mais conservèrent cependant leurs stocks en attendant le vote d’une éventuelle loi d’indemnisations.

    Plusieurs projets de loi relatifs aux indemnisations à allouer aux fabricants d’absinthe furent déposés par le gouvernement mais aucun n’aboutit. Pour éviter les murmures des cultivateurs, un début de satisfaction leur fut cependant donné. L’État reprit leurs stocks d’herbages, les brûla et les paya aux prix des derniers cours, tout en laissant espérer d’autres indemnités qui devaient dédommager les planteurs de leurs frais de culture et de leurs installations spéciales de dessication.

    Les anciens fabricants d’absinthe se trouvèrent eux, au retour de la guerre, devant un amas d’herbages aussi important qu’inutile. Finalement, ces plantes détenues par les distillateurs ne leur furent jamais remboursées et plus d’un million de kilos fut détruit sans compensation. Les fabricants ne reçurent aucune indemnisation et les grosses fabriques très spécialisées qui ne distillaient que de l’absinthe durent fermer leurs portes.

     

    POUR EN SAVOIR PLUS :
    Découvrez le Musée de l’absinthe à Auvers-sur-Oise (95)
    fondé et dirigé par Marie-Claude Delahaye, maître de conférence
    honoraire à l’université Pierre et Marie Curie (Paris)
    Site Internet : http://www.musee-absinthe.com/
    Blog : http://absinthemuseum.auvers.over-blog.com/
    Tél. : 01 30 36 83 26 / Mail : absinthe.auvers@free.fr)

    Ouvert de mars à octobre tous les samedi, dimanche et jours fériés de 13h30 à 18h. Dernière entrée à 17h30.
    Et en juillet et août
    le musée est ouvert mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche
    de 13h30 à 18h.

     

     
     
     
     
     
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  • Nouvel An et Noël en Russie – coutumes et traditions

    Nouvel An et Noël en Russie – coutumes et traditions

    La période des fêtes de fin d’année vous offre une occasion fantastique de découvrir « la magie de Noël » versions russe. Une escapade à Moscou ou Saint-Pétersbourg vous permettra de découvrir l’inimitable hiver russe, mais aussi les traditions du pays et la singularité historique et culturelle des deux Réveillon en Russie. C’est aussi une belle opportunité de profiter du dur hiver russe dans une ambiance joyeuse, festive et bon enfant. Le Nouvel An est la principale fête russe. Son importance est telle que les questions organisationnelles peuvent tarauder les Russes plusieurs mois avant les célébrations et les préparatifs culinaires peuvent durer plusieurs semaines. Le résultat en est chaleureux et féérique !

     

    1. Calendrier des fêtes de fin d’année
    Nouvel An : 1er janvier
    Noël orthodoxe : 7 janvier
    Les Russes célèbrent les fêtes de fin d’année dans l’ordre inverse par rapport aux pays catholiques, et même de nombreuses autres églises orthodoxes du monde. Le Nouvel An prime tant dans le calendrier que par son importance.

    2. Histoire
    Ded Moroz (Grand-père Gel) et sa petite-fille et assistante Snegourotchka

    Le réveillon du Nouvel an est célébré en Russie dans la nuit du 31 décembre au 1erjanvier depuis Pierre 1er – avant, le Nouvel An était célébré en mars ou en septembre – mais ce n’est que sous le pouvoir soviétique que la fête supplantera Noël, interdit en 1929. Le Nouvel An est officiellement célébré à partir de 1935 et les attributs traditionnels de Noël – Ded Moroz (Grand-père Gel), sa petite-fille et assistante Snegourotchka, le sapin et les cadeaux – sont laïcisés. En 1947, le 1er janvier deviendra un jour férié. Depuis, les célébrations ne cessent de prendre de l’ampleur – aujourd’hui, c’est un véritable congé national de 10 jours.

    De nombreuses fêtes sont organisées pour les enfants par les différents lieux culturels russes. A l’issue d’un spectacle festif, animé par Ded Moroz et Snegourotchka, les enfants repartiront avec un cadeau (généralement un assortiment de bonbons) et de beaux souvenirs.

    3. Table du Réveillon en Russie : plats et traditions
    Table du Réveillon en Russie : plats et traditionsLe Nouvel An en Russie est une fête familiale, célébrée autour de la table réunissant les proches et les amis intimes. La table doit être riche et pleine à craquer – zakousski (amuse-bouche), champagne (russe), salades (olivier-ésalade russe" et hareng en fourrure), mandarines, etc. L’on expédiera d’abord l’année passée, passant en revue les faits mémorables et se souhaitant que les bonnes choses se poursuivent dans la nouvelle année, puis, après les vœux officiels télévisés du président, le carillon du Kremlin retentira à minuit et l’on pourra se souhaiter la bonne année en levant une coupe de champagne. La télévision est donc un élément indispensable dans la célébration de la nouvelle année pour la plupart des Russes. La programmation traditionnelle comprendra les comédies soviétiques, appréciées encore à ce jour, comme L'Ironie du sort ou La Nuit de carnaval.

    4. Croyances et coutumes
    Les Russes étant un peuple très superstitieux, nombre de croyances accompagnent le passage dans la nouvelle année – on portera de préférence des habits neufs, car on passera alors la nouvelle année en habits neufs ; on réglera toutes les dettes avant le réveillon (et on évitera d’emprunter de l’argent cette nuit-là), sinon on devra en régler toute l’année ; on ne dormira pas la nuit du réveillon, sinon l’année sera molle et ennuyeuse (seuls les enfants font exception à la règle) ; la table sera riche de mets et de vins, pour que l’année soit joyeuse et fortunée ; et l’on pensera également à jeter la vaisselle cassée et à laver les fenêtres et les miroirs.

    5. Noël orthodoxe en Russie : histoire et traditions
    La grande messe de Noël dans la cathédrale du Christ Saint-Sauveur de Moscou Noël reste à ce jour une fête purement religieuse pour les Russes. Il a marqué son retour avec l’effondrement de l’Union soviétique et a rapidement attiré les foules dans les églises pour la messe de minuit. Noël est célébré en Russie dans la nuit du 6 au 7 janvier, car l’église orthodoxe russe se réfère toujours au calendrier julien : le calendrier grégorien fut imposé en Russie par le bolcheviks et, ces derniers ayant persécuté l’église, le clergé russe refusa le changement contrairement aux autres églises orthodoxes du monde. Aujourd’hui, la grande messe de Noël est célébrée par le patriarche dans la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou en présence des dirigeants russes et de milliers de croyants. La fête s’inscrit dans le congé annuel de 10 jours, qui court à partir du 1er janvier.
     
    Si vous souhaitez assister à la messe de Noël le 6 janvier, vous trouverez de nombreuses églises et cathédrales dans les différents quartiers de Moscou et de Saint-Pétersbourg. La principale célébration à Saint-Pétersbourg se tient à la cathédrale de Kazan vers 23h30. La laure Sainte-Trinité-Alexandre-Nevski est un choix un peu plus excentré, mais plus authentique. Si vous préférez un endroit moins bondé, optez pour l’église du quartier, mais sachez que tous les lieux de culte célébrant le Réveillon orthodoxe risquent d’être très remplis. A Moscou, optez également pour les églises ou les monastères du quartier et évitez la cathédrale du Christ Sauveur. 

    6. Décorations de Noël
    Décorations de Noël en RussieLes décorations de Noël, composante importante de l’ambiance de Réveillon, sont une tradition très ancienne en Russie. La décoration du sapin est en elle-même un rituel. Pour les Russes, les décorations de Noël sont associées à l’enfance. A ce jour, on fabrique souvent des décorations à la main par des ateliers d’artisanat vieux de plus de 100 ans. Si vous voulez rapporter un souvenir original de votre voyage en Russie en hiver, qui vous rappellera pendant des années le Nouvel An russe et sa riche culture artisanale, les décorations de Noël sont un bon choix !

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  • Les traditions russes sur la semaine du Mardi Gras

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    Les rites du Mardi Gras en Russie

    Les régalades de fêtes à Mardi Gras, la RussieEn effet, on peut appeler le Mardi gras comme la fête la plus gaie sur Russie. Cette fête est considérée comme l'écho des temps d'avant l'ère chrétienne, quand les Slaves étaient encore les païens.

    Autrefois le Mardi Gras était une fête de la commémoration des défunts. La combustion du Mardi gras est ses obsèques, mais les crêpes sont une régalade funèbre. Mais le temps a passé, et les Russes, avides jusqu'à la gaieté et le repos, ont transformé la fête triste à joyeux Mardi gras. Mais la tradition de cuire des crêpes - ronds, jaunes et chauds, comme le soleil, est restée. Et vers elle on avait ajouté les promenades à cheval et les descentes des traîneaux, les combats, les veillées chez belles-mères. Les rites du Mardi Gras sont très extraordinaires et intéressants, puisqu'ils comprennent l’achèvement de la période des rites d'hiver et l'ouverture de la nouvelle période des fêtes et des rites du printemps, qui devaient contribuer à la réception de la récolte abondante.

    On célèbre le Mardi gras la semaine entière devant le Carême. Et en outre chaque jour de la semaine de carnaval était consacré aux rites spéciaux.

    Les costumes de fêtes à Mardi Gras, la Russie Les costumes de fêtes à Mardi Gras, la Russie FLes costumes de fêtes à Mardi Gras, la Russie

    Lundi, Mardi Gras

    Lundi on rencontrait le Mardi gras. Ce jour on faisait l’épouvantail de l’Hiver de la paille, lui mettait de vieux vêtements féminins et avec le chant transportait sur le traîneau en village. Puis on mettait l'épouvantail sur la montagne de neige, où on commençait le patinage sur le traîneau. La descente en traîneau ce n'est pas simple l'amusement, mais un ancien rite. En effet, il est considéré que, celui qui descend de la montagne plus de fois que les autres, celui-là aura le lin le plus haut.

    Mardi, Mardi Gras

    On appelait Mardi «le jeu». De ce jour les distractions de type différent commençaient dans tout le village : les patinages en traîneau, les fêtes populaires, les représentations des bouffons et des théâtres de marionnettes à la tête avec Petrouchka. Dans les rues les gens s’affublés, en masques, se promenaient et organisaient impromptu les concerts gais. On se promenait par de grandes compagnies à travers ville, à cheval et en traîneau simple.

    A Moscou, aucune semaine de carnaval du denier siècle ne se passait pas de la représentation d'ours. L'amusement d'ours était très populaire parmi toutes les couches de la population de grandes et de petites villes, des villages. Les ours dressés faisaient rire le public, en représentant, comme les jeunes filles sont peintes devant le miroir, comme les femmes cuisent des crêpes.

    Les régalades de fêtes à Mardi Gras, la Russie Les régalades de fêtes à Mardi Gras, la Russie Les régalades de fêtes à Mardi Gras, la Russie

    Mercredi, Mardi Gras

    Le mercredi - le gourmand - ouvrait la régalade par le plat de culte, crêpes, et d’autres mets dans toutes les maisons. Dans chaque famille on servait les tables de la bonne nourriture bonne, on cuisait des crêpes, brassait la bière. Il y avait partout des tentes commerciales. On y vendait des sbytegnes chauds (les boissons de l’eau, du miel et des épices), des noisettes séchées au four, des pains d'épice. Directement à la belle étoile, on pouvait boire du thé du samovar bouillant.

    Jeudi, Mardi Gras

    Jeudi - la débauche - on venait des jeux et la gaieté. Notamment à ce temps-là on passait des pugilats chauds de carnaval.

    Vendredi, Mardi Gras

    Si mercredi les gendres se régalaient des crêpes dans la maison de leur belle-mère, vendredi ils organisaient chez eux « les soirées de la belle-mère » avec les crêpes. La belle-mère était engagée à envoyer dès le soir tout le nécessaire à la cuisson des crêpes : poêle, louche etc, mais le beau-père envoyait le sac du gruau de sarrasin et du beurre. L'irrévérence du gendre à cet événement est considérée comme le déshonneur et l'offense, et était le prétexte à l'hostilité éternelle entre lui et sa belle-mère.

    En général sur le Mardi gras la place spéciale était conduite au sujet des relations nuptiales de la famille : sur le Mardi gras on célébrait les jeunes mariés. On organisait aux jeunes les premières visites dans le village : on les mettait vers les poteaux des portes et forçait à s'embrasser sur les yeux de tout le monde, couvrait de vieux laptis (espandrilles trissées en tille) ou de la paille, mais parfois on faisait «les baisers». C’est quand les hommes du même village pouvaient venir à la maison des jeunes et faire le baiser à la jeune. La tradition demandait qu'ils partent «aux gens» dans le traîneau couvert de peinture, faisaient les visites à tous, qui était sur leur mariage. La semaine de carnaval passait aussi dans les visites mutuelles de deux familles récemment apparentées.

    L'épouvantail de Mardi Gras, la Russie Les danses à Mardi Gras, la Russie La crémation de l'épouvantail de Mardi Gras, la Russie

    Samedi, Mardi Gras

    Samedi à la semaine de carnaval était consacré aux veillées de belle-soeurs. De jeunes belles-soeurs faisaient un acceuil cordial des parents.

    Dimanche, Mardi Gras

    Dimanche a reçu le nom "Pardonné". Ce jour les proches demandaient pardon l'un de l'autre pour toutes les offenses et les ennuis; il était usage de de visiter le soir les cimetières et "faire ses adieux" avec des morts. Dans le dernier jour de la semaine de carnaval il y a une action la plus intéressante – la fin des réjouissances du Mardi gras - avec la combustion solennelle de l'épouvantail de l'Hiver. Les gens jetaient les crêpes et les restes de la régalade à un grand feu. On disait aux enfants que toute la nourriture copieuse a brûlé dans le feu, en leur expliquant, pourquoi au Carême on mange seulement la nourriture maigre.

    Les adieux avec le Mardi gras

    Les adieux avec le Mardi gras s'achevaient au premier jour du Carême - lundi Propre, qu’on trouvait comme le jour du nettoyage du péché. Lundi Propre on se lavait obligatoirement dans le bains, mais les femmes lavaient la vaisselle, en la nettoyant de la graisse et de ses restes.

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