• Saint-Valentin : histoire et origine de la fête des amoureux

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    Le 14 février, c'est la Saint-Valentin. Et en France comme dans beaucoup de pays, à la Saint-Valentin, on fête les amoureux. Mais pourquoi ce jour-là, tout particulièrement ?

     

    Même si la plupart des Français considèrent la Saint-Valentin comme une fête purement commerciale, ils sont aussi nombreux à la célébrer. À grand renfort de fleurs, de chocolats, d'invitations au restaurant, de déclarations d'amour ou de petits cadeaux sexy. Et si l'opinion des Français concernant cette fête est ambiguë, c'est peut-être parce que son origine reste floue.

    Pour certains en effet, l'origine de la Saint-Valentin serait païenne. Elle remonterait à la Rome antique. À cette époque, on fêtait les Lupercales entre le 13 et le 15 février de chaque année. Une fête bien moins romantique que notre Saint-Valentin. Un bouc était alors sacrifié dans la grotte dans laquelle, selon la légende, la louve avait allaité Romulus et Rémus. Enduits du sang de ce bouc, les jeunes gens de bonne famille couraient ensuite les rues pour fouetter les femmes de lanières de peau. Objectif : les rendre fécondes ! C'est également ce jour que les jeunes gens tiraient au sort le nom de celle qui serait leur partenaire pour le restant de l'année...

    Saint-Valentin : histoire et origine de la fête des amoureux

    Avant d’être décapité, le prêtre Valentin aurait envoyé une lettre d’amour signé : Ton Valentin. © congerdesign, Pixabay, CC0 Creative Commons 

    Saint-Valentin : une fête païenne ou chrétienne ?

    D'autres affirment que nous devons la Saint-Valentin à un martyr de l'Église catholique, Valentinus. Alors que l'empereur romain Claudius II avait interdit les mariages -- pour encourager les soldats à partir plus nombreux à la guerre --, ce prêtre aurait en effet continué sous cape à marier les amoureux. Un engagement qui lui aurait valu l'emprisonnement puis l'exécution... un 14 février. Puis, le pape aurait aboli les Lupercales et nommé Saint-Valentin, saint patron des amoureux.

    Cette fête que nous sommes aujourd'hui si nombreux à considérer comme une fête commerciale est pourtant une véritable coutume depuis le Moyen Âge. Des processions sont même organisées pour célébrer les amoureux. Et des parties de cache-cache entre célibataires sont destinées à permettre à chacun de trouver l'âme sœur. À partir du XIXe siècle, la pratique de l'échange de petits mots d'amour se développe. Et les « Valentines », ces cartes portant des mots doux, deviennent les symboles de la Saint-Valentin. Aux États-Unis, il est de coutume d'en offrir à toutes les personnes aimées, au sens large du terme. 

     

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  • Musée (Un) des poupées des provinces
    de France créé à la fin du XIXe siècle
    (D’après « Almanach pratique du Petit Parisien », paru en 1908)
     
     
    Qui se serait imaginé que nous aurions un jour, en France, à Paris, un musée de Poupées, et qu’il serait impossible de faire une visite à ce petit monde inanimé, à ce monde des légendes et des contes, au milieu duquel doivent circuler, invisibles, les ombres des frères Grimm et d’Andersen, sans le quitter avec une très douce émotion au cœur ? s’interroge le Petit Parisien en 1908, dont un chroniqueur s’émerveille devant les quelques centaines venues de tous les coins de France, témoins des coutumes locales et des costumes pittoresques de nos anciennes provinces dont les particularités tendent, déjà, à disparaître pour se fondre dans une universelle unification...

    Tous ceux qui s’en iront contempler, rue Gay-Lussac, l’œuvre née des patients efforts et de la volonté de Mlle Koenig — inspectrice de l’Enseignement —, éprouveront ce sentiment et le manifesteront à la créatrice de ce petit palais de la Poupée. C’est dire, sans doute, qu’il ne s’agit plus d’une simple exposition sans caractère et sans portée. Il ne faut point contester, assurément, le mérite et la grâce de la Poupée française, si élégante, d’une finesse exquise et Parisienne jusqu’au bout des doigts. Mais, pour l’admirer, pour lui sourire, pour lui envoyer, du coin de l’œil, un bonjour amical et charmé, il n’est pas indispensable d’aller rue Gay-Lussac. Il suffit de se promener sur les boulevards. Elles sont là, derrière les glaces des magasins, des centaines, vous aguichant avec audace, d’un geste délicieusement mutin dans son excessif parisianisme.

    Dentelière du Velay
    Dentelière du Velay
    © Crédit photo www.poupendol.com

    Le musée des Poupées est à la fois aussi bien et mieux que cela. Dans la pensée de sa fondatrice, il devait répondre, et il répond, en effet, à une jolie préoccupation française. Comment, à propos de quoi, est-il venu à l’esprit de Mlle Koenig de rassembler et de nous faire voir, sous une forme artistique et délicate, toutes les vieilles petites patries qui constituèrent, par leur union, notre forte patrie ? C’est ce que l’auteur de ces lignes ne sait pas très bien. Et s’il avoue son ignorance, c’est un hommage qu’il rend à la fondatrice du musée des Poupées, réservée et modeste pour son compte, autant qu’elle se montre empressée, loquace, enthousiaste, dès qu’il faut présenter, détailler, vanter ces douzaines et ces douzaines d’enfants de son rêve, pour lesquels elle éprouve une affection quasi maternelle, et qu’elle est la première à regarder avec des yeux ravis et un peu émus.

    Quoi qu’il en soit, Mlle Koenig eut un jour cette idée qu’il serait intéressant de rassembler, dans un local unique, et d’en faire en quelque sorte une grande et pittoresque famille, des poupées provenant de toutes les provinces de France, et portant le costume de leur pays d’origine. C’était ouvrir un champ nouveau à l’étude des particularités de noire vie nationale intime ; c’était apporter une documentation originale à tous ceux qui aiment à s’initier aux mille détails de l’existence française, et qui savent quels trésors offrent à leur curiosité les mœurs et les coutumes de nos anciennes provinces.

    Il eût été facile d’exécuter ce projet sur place, avec les ressources que recèlent nos bibliothèques. Mais Mlle Koenig voulait davantage. Il ne lui suffisait pas de montrer aux visiteurs de son musée une poupée habillée en poitevine, en normande, en béarnaise, en angevine, alors même que la ressemblance eût été absolue. Elle entendait que sa Poupée fût vraiment de sa province, de la tête aux pieds, dans ses ajustements, dans les moindres parties de son costume et de sa parure. A son avis — et elle avait raison — c’était là ce qui devait assurer à son œuvre un mérite indiscutable et la rendre digne de toutes les sympathies.

    Elle se mit en campagne et commença par réunir une quarantaine de poupées de Bretagne, qui occupent une des places d’honneur au musée de la rue Gay-Lussac. Ce fut l’origine d’une collection qui n’a peut-être pas sa pareille au monde, et qui comprend, à l’heure actuelle, environ cinq cents personnages, hommes et femmes, sans oublier les marmots — car les poupées ont toujours beaucoup d’enfants.

    Les visiteurs s’arrêtent longtemps, devant ces Bretons, venus de tous les points du pays de Brizeux. Il y a là des gens de Cornouailles et de Léon, de jolies filles du Scorff et d’autres dont on croit voir les pieds blancs, pendant au fil de l’eau, du haut du vieux pont Kerlo ; les hommes de Saint-Brieuc y coudoient les femmes de Fouesnant ; on distingue, un peu à l’écart, comme des gens pour qui la danse et le biniou n’ont plus autant de mérite qu’autrefois, des vieux et des vieilles qui ont l’air de se conter des choses mystérieuses et un peu terribles, ainsi qu’il s’en passe aux approches de la baie des Trépassés ; et celui-là, dans un coin, ressemble fort à un bon petit tailleur, de qui la langue et l’aiguille marchent de compagnie, et qui coud des braies neuves tout en affirmant qu’il ne fait point bon, à minuit, devers la pointe de Penmarch. Enfin, on aperçoit des Chouans authentiques, le scapulaire au cou, le cœur sanglant au revers de la veste, solides et farouches, attendant les Bleus et prêts à s’égailler au premier signal venu de n’importe où.

    Ces Chouans sont authentiques, ai-je dit. C’est là ce qui rend précieux le musée des Poupées, tel que l’avait conçu Mlle Koenig, tel qu’elle est parvenue à l’établir. Une poupée qui ne serait pas vraie, qui ne constituerait pas un document sérieux, complet, ne vaudrait rien à ses yeux, et c’est sans la plus légère hésitation qu’elle l’expulserait de son Panthéon en miniature.

    Femme de Fouesnant
    Femme de Fouesnant
    © Crédit photo www.poupendol.com

    Les centaines de petits personnages de la rue Gay-Lussac n’ont pas été confectionnés et costumés à Paris, sauf en ce qui concerne les types parisiens, comme celui de cette amusante élève de l’école communale, que vous apercevrez s’en allant le nez au vent, la natte dans le dos, vive, alerte, comique, la mine éveillée, en gamine avisée, qui sait bien qu’elle ne marchera pas longtemps sur le trottoir sans être divertie par le spectacle d’une de ces mille petites comédies que la rue de la capitale offre perpétuellement aux passants. Cette poupée-là, saisissante d‘exactitude, et de bonne humeur, a été vêtue dans une école de Paris. Elle sort des mains de ses grandes soeurs, et c’est pourquoi elle conserve un air de famille auquel on ne saurait vraiment pas se tromper.

    Il en a été de même partout. Mlle Koenig — que les obstacles et les difficultés ne faisaient qu’exciter, et qui ne reculait pas à l’idée de l’effarement que sa prétention de faire entrer les Poupées dans le domaine de la grave et solennelle pédagogie causerait au premier instant — Mlle Koenig, pourvue de Bretons exacts, résolut de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Ce n’est pas le lieu de raconter comment elle parvint, étant éloquente et persuasive, à amener ses chefs à accepter ses projets. Le fait certain, c’est qu’elle gagna la partie, allant jusqu’à obtenir asile dans le Musée Pédagogique pour l’intéressante population qu’elle traînait derrière elle.

    Ces poupées, elles les demanda aux directrices des écoles primaires et des écoles normales, disant ce qu’elles devaient être et comment elle les voulait. Il les lui faut rigoureusement vraies. Souliers, bas, chapeaux, les petits bijoux et les fines dentelles, les menus accessoires de la toilette, les jupes et les jupons, la lingerie, les coiffes légères et les jolis fichus, tout a été fait dans le pays, avec des « matériaux » du pays. Et c’est ainsi qu’on n’est pas en face d’une simple apparence, d’un jouet ordinaire, mais d’une réalité précieuse, à laquelle il est possible d’accorder une attention justifiée par l’excessive probité de la confection.

    Voici, par exemple, une admirable petite Fadette, arrivée tout droit de Châteauroux, et qui paraît fraîchement sortie du roman de George Sand. Vous pouvez vous pencher sur elle et l’étudier avec la sévérité du juge et du connaisseur. Rien ne manque à son ajustement, qui est un chef-d’œuvre de goût. Aussi ne me suis-je pas montré surpris de rencontrer là une jeune femme au crayon habile, s’emparant de cette chère Fadette, qui eût mis des larmes de joie aux yeux de la bonne dame de Nohan, pour en orner une artistique édition des œuvres champêtres de l’auteur de la Mare au Diable et des Maîtres sonneurs, édition qui se prépare en un pays voisin, ami de la France.

    N’est-ce pas une récompense précieuse pour Mlle Koenig ? C’est à son jeune musée qu’on vient frapper, quand on veut présenter au public un personnage réel. On y songera de plus en plus, et elle aura cette satisfaction de voir apprécier à sa juste valeur une œuvre que certains considérèrent peut-être comme futile à l’origine, alors qu’elle était destinée à contribuer à l’instruction générale et à sauver de l’oubli le pittoresque d’une France qui devient chaque jour plus uniforme. Peut-être devrions-nous le regretter, mais il appartient à d’autres de discuter cette question.

    Jardinier nîmois et vieille Cévenole
    Jardinier nîmois et vieille Cévenole

     

    Chacune des poupées de la rue Gay-Lussac est, en son genre, une petite Fadette. Même souci de la fidélité dans l’exécution, même minutie patiente dans le détail. Il arrive donc que, peu à peu, grâce aux concours rencontrés, provoqués par Mlle Koenig, se forme une histoire presque vivante de la France d’autrefois, de la France des provinces, de cette France que les chemins de fer entamèrent si vigoureusement, et qui disparaît à mesure que les progrès s’accumulent, rendant les communications plus intenses et coulant les citoyens dans un semblable moule. C’est le progrès !

    Pouvait-il se rencontrer une initiative plus heureuse, plus méritoire, que celle qui consistait à empêcher l’oubli de se faire sur ce passé encore si récent et déjà si lointain ? Avant longtemps, que restera-t-il des coiffes normandes, des capulets du pays bigourdan, des bonnets angevins qui mettent une ombre délicieuse sur les yeux des filles des Ponts-de-Cé, et du coquet mouchoir des Bordelaises ? Tout s’en va. Tout tombe dans le néant ! Pourquoi ? Qui a pu faire croire à ces paysans, à ces charmantes enfants, que nos vestons ridicules, nos niais pantalons, nos absurdes chapeaux, nos confections féminines valaient mieux que ce qui faisait d’elles et d’eux des créatures ayant leur allure propre, leur originalité, leur beauté, autant de qualités qui en entraînaient d’autres et rendaient la vie provinciale moins banale ?

    Mais à quoi bon formuler de vains regrets. Ce qui est fait est fait, et nous ne remonterons pas le courant. Sachons gré à Mlle Koenig d’avoir voulu nous rendre, au moins avec des Poupées, l’ensemble de ces chères petites patries, si actives, d’une intellectualité souvent si forte. Qu’elles subsistent dans la mémoire des érudits, dans le cabinet de travail de l’écrivain, c’est bien ! Mais il fallait les rappeler à la foule, les enseigner à l’enfance, les montrer à tous souriantes, coquettes, pimpantes, avec leurs atours particuliers, leur richesse de goût, le coloris du costume, et c’est ce qu’a fait la créatrice du musée des Poupées de la rue Gay-Lussac, à Paris.

    Dès lors, comment ne pas comprendre la joie avec laquelle elle se transforme en guide, lorsque vous lui demandez de vous faire faire connaissance avec sa famille ? Car, je tiens à le répéter, c’est une famille que possède là Mlle Koenig. Elle en est fière. Elle la contemple avec une légitime satisfaction, partagée, d’ailleurs, par sa fidèle collaboratrice et amie, Mlle Duhamel, qu’elle se plaît à nommer gaiement « mon lieutenant », et qui possède aussi sa part de maternité en cette œuvre qu’on n’aborde pas sans l’admirer, l’aimer immédiatement.

    Marchande d'Evreux
    Marchande d’Evreux
    © Crédit photo www.poupendol.com

    Suivons-la donc ! Accompagnons-la dans ce voyage qui nous paraîtra trop bref, et tâchons de nous souvenir des explications qu’elle veut bien nous donner avec une modestie et bonne grâce parfaites. A tout seigneur, tout honneur ! Nous abordons une reine pour débuter ! C’est Marie-Antoinette, en grand costume d’hiver. Pourquoi Marie-Antoinette ? me direz-vous ? Et pourquoi l’abbesse d’Epinal, sainte Radegonde, Marguerite d’Alençon et quelques autres personnages historiques ? C’est qu’il y a une section que je nommerai volontiers de « reconstitution », dans ce musée de la rue Gay-Lussac, et qui est destinée à remplacer ce que les conditions locales ne permettent pas toujours de donner.

     

    A Versailles, par exemple, la couleur pittoresque fait un peu défaut. Je crois qu’on chercherait vainement dans la ville et les environs des types spéciaux. Et, pourtant, là aussi on a voulu apporter un concours amical à Mlle Koenig, et comme on ne pouvait pas lui envoyer une Poupée versaillaise, on s’est inspiré du passé, on s’est retourné vers la demeure des rois de France, et l’on a fait choix de Marie-Antoinette, qui trône superbement, au milieu d’une large vitrine, entourée d’une véritable cour. Elle est superbe, mais vous remarquerez qu’elle n’intimide pas ses voisins, ces paysans et ces filles des champs qui, par un étrange retour des choses d’ici bas, sont peut-être plus regardés que la souveraine !

    Et comme si le monde des Poupées se modelait sur le nôtre, voici qu’à deux pas de la reine nous apercevons un robuste ouvrier tanneur, occupé à sa besogne, et qui n’est autre que Félix Faure, l’ancien Président de la République ! Que la distance paraît courte du brave tanneur à la reine qui vécut à Versailles ! Et quel admirable thème pour les gens qui aiment à philosopher à propos de n’importe quoi !

    C’est maintenant la Normandie, la belle et riche Normandie, pays des gras pâturages. Elle est représentée brillamment, dans ces Etats-Généraux des provinces de France ! Quels fichus et quels bonnets, rivalisant de richesse et d’ampleur. Oh ! vous pouvez vous pencher, regarder à la loupe ! Vous constaterez que les dentelles sont de vraies dentelles, qu’il ne manque rien à la reconstitution du costume, et que ces magnifiques Normandes de Coutances, d’Evreux, de Rouen sont semblables, sous tous les rapports, à leurs sœurs de là-bas.

    Une fois encore je répéterai que le mérite supérieur de l’exposition permanente imaginée par Mlle Koenig consiste dans ce souci de l’exactitude qui donne un prix considérable à cet original petit musée national, ce qui lui vaudra la faveur des chercheurs curieux et des fureteurs patients. C’est une réflexion qui renaît à chaque pas, et que chacun fera à son tour. Quoi de plus charmant, à ce point de vue, que ces deux dentellières du Puy, si graves devant leurs fuseaux, vêtues de leurs atours des dimanches et très occupées à poursuivre une exquise dentelle que les visiteuses ne contemplent pas sans une envie bien naturelle.

    Paysan des Vosges
    Paysan des Vosges
    © Crédit photo www.poupendol.com

    A deux pas, ce sont des femmes de Chaumont, de Troyes, de Vesoul, puis la formidable cohorte de la vieille Armorique, y compris une jeune mariée de Douarnenez, suivie de sa noce, sans oublier le joueur de biniou en l’absence duquel il n’y a jamais de bonne fête. Les Angevines ne sont pas éloignées, non plus que les Sablaises, avec leurs jupons courts et leurs sabots qui ne les empêchent point d’être élégantes et lestes.

    Le Poitou est présent ; sa demoiselle de la Mothe-Sainte-Héraye, avec sa coiffure bizarre et son minuscule tablier, faisant vis-à-vis à une « jeunesse » de Niort, portant fièrement un châle à longues franges, est engageante au possible. Plus rébarbatifs sont les gens de la Lozère, dont nous avons ici un groupe imposant, augmenté d’une monture moins fine que robuste, mais il ne faut jamais juger sur la mine, et ces Lozériens ont de bonnes âmes. La preuve, c’est qu’ils sont chez Mlle Koenig, qui ne voudrait pas donner asile à de mauvais garçons. Ils dépareraient sa collection si charmante.

    Ce n’est pas le reproche qu’on adressera à cette vieille Cévenole que vous apercevez, se rendant à la messe, avec son capuchon, . son manteau, de longues boucles à ses oreilles, et s’appuyant sur un extraordinaire parapluie, relique monumentale, ne s’ouvrant que dans le cas d’extrême urgence, et sous lequel s’abritèrent des générations successives. Elle a plaisir à vivre, cette bonne femme, sans montrer, néanmoins, autant d’exubérance que Lou Racho à son « retour du Mazet ».

    Il est extraordinaire, ce jardinier nîmois, extraordinaire de vie et d’allure ; ce qui l’est davantage encore, ce que la gravure ne saurait rendre et qu’il faut examiner de près, c’est le soin inouï apporté dans la reconstitution de cet amusant personnage, affublé de ses divers outils, de sa pioche, d’une invraisemblable casquette, d’un gilet aux boutons ahurissants et d’une paire de souliers à clous énormes comme on ne saurait en inventer. Ce Racho est, à lui seul, une merveille entre cent autres, mais je lui comparerai, néanmoins, le ménage de Moulins, veillant sur l’enfant endormi dans son berceau, et qui n’est point en danger de s’échapper, tant il est solidement attaché, quoiqu’il paraisse encore bien jeune pour essayer de courir à travers la campagne.

    Passons le Berry, le Dauphiné, ne donnons qu’un coup d’œil rapide aux pêcheuses d’Oléron, puis entrons dans les Landes et saluons au passage les résiniers et les bergers, ces derniers juchés sur leurs échasses ; le hasard nous ramène auprès des Auvergnats, des gens de la Creuse et de ceux de la Savoie, de la Corse et de l’Alsace, que ces rapprochements imprévus ne paraissent point choquer et qui font excellent ménage sous l’œil de leur protectrice. Nous nous trouvons bientôt dans les Pyrénées, et c’est l’apparition des bérets, des rouges capulets, des bonnets brodés des Catalanes, des sabots ouvragés des Bergers et des bergères de Bethmale, tout ce qu’on a pu voir à droite et à gauche, et qu’on est heureux de rencontrer, habilement rassemblé, leçon quasi vivante, que nul ensuite ne saurait oublier, et qui rattache le musée des Poupées à ce qu’il y a de meilleur dans l’art pédagogique. Faut-il ajouter que les belles filles d’Arles ne sont point oubliées, non plus qu’une foule d’autres desquelles les noms ne me reviennent pas.

    Voici une belle dame toulousaine des environs de 1840, très fière d’une toilette qui avait bien son charme. Elle a pourtant de redoutables rivales dans deux Parisiennes, l’une de 1845 et l’autre de 1862, charmantes, exquises, et qui nous apprennent que les mamans de nos mamans étaient aussi jolies que leurs filles et petites filles, ce dont nous nous doutions un peu. De pareilles Poupées vous font rêver...

    Notre chroniqueur rapporte qu’en quittant les Poupées de Mlle Koenig, et cependant que la salle était déserte, que le soleil baissant, le jour devenait plus discret, il y avait dans ce coquet musée comme une atmosphère de paix et d’intimité, avec une petite nuance de fantasmagorie, un atome de fantastique. Je me pris à penser, ajoute-t-il, à tout ce que les vieux conteurs ont dit de l’âme des Poupées, de la vie dont elles s’animent lorsqu’elles sont seules, des fêtes qu’elles se donnent entre elles et où elles font tant de bizarres petites manières, avec de si curieuses révérences. Et, une fois, il me vint à l’esprit que les vieux conteurs avaient peut-être raison, qu’ils savaient là-dessus plus de choses que nous, et qu’ils pouvaient fort bien avoir surpris ces étonnants secrets. Mlle Koenig, à qui je m’en ouvris, n’était pas éloignée de penser comme moi !... conclut-il.

     
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  • Muguet du 1er mai fêtant le
    retour véritable des beaux jours
    (D’après « Le Petit Journal illustré » du 1er mai 1921,
    « Le Petit Journal illustré » du 30 avril 1933
    « L’intermédiaire des chercheurs et curieux » paru en 1927,
    « L’Amour au jardin » (par Alain Baraton) paru en 2014
    et « Revue forestière française », paru en 1994)
     
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    Si la coutume de se fleurir de muguet le 1er mai s’enracine en 1907 en région parisienne et symbolise le retour véritable des beaux jours, elle puiserait son origine sous Charles IX, qui en 1561 offrit cette fleur comme porte-bonheur, ce mois étant par ailleurs longtemps associé à la très symbolique plantation d’un mai, mais également à la crainte d’entreprendre quoi que ce soit

    Il en est du mois de mai comme des femmes, écrit Ernest Laut du Petit Journal illustré, dans le numéro du 1er mai 1921, avant d’ajouter qu’on en dit beaucoup de bien et beaucoup de mal. Les poètes l’ont célébré comme le mois des roses et de l’amour, l’époque du réveil de la nature et de sa fécondation. Mais, d’autre part, on l’a regardé souvent comme un mois dangereux et décevant.

    Souvenir de mai
    Souvenir de mai

    Selon notre chroniqueur, les Anciens avaient, de ce fait, voué au mois de mai une véritable rancune. Ils l’appelaient un mois néfaste et recommandaient de ne rien entreprendre durant cette époque de l’année. Ils refusaient même de se marier en mai, et Horace a consacré cette superstition dans ses vers : « Les flammes de l’hymen qui s’allumeront pendant le mois de mai, a-t-il dit, se changeront bientôt en torches funèbres. » Ce préjugé n’avait pas encore complètement disparu au début du XXe siècle, les statistiques de l’état civil montrant que les mariages étaient infiniment plus nombreux en avril et en juin qu’en mai.

    Ce mois, pourtant, ne porte plus le poids de tant de haines injustifiées. Et, de toutes les traditions qui le concernent, une seule a réellement survécu, c’est celle qui en fait la saison des métamorphoses, l’époque bénie du renouveau. En maintes régions, on célébrait avec le premier jour de mai, le véritable retour du printemps.

    En Alsace, notamment, on allumait de grands feux de joie la nuit du 30 avril au 1er mai, et l’on donnait la représentation de la lutte entre deux personnages figurant l’Hiver et l’Eté. L’Hiver, tout naturellement, succombait ; et on l’enterrait comme on enterre quelquefois Carnaval, tandis que l’Eté, couronné de roses, était porté en triomphe.

    En Lorraine, c’était un jour de joie populaire consacré surtout à fêter la jeunesse et la grâce. On chantait des trimazos, sorte de poèmes de circonstance tour à tour pieux ou badins. Ces trimazos devaient leur nom à ce fait qu’ils étaient chantés par trois jeunes filles vêtues de robes blanches, qui allaient de maison en maison chanter et danser pour célébrer la fête du printemps. On leur donnait, en retour, des œufs ou de l’argent. Certains de ces trimazos ont une bien jolie saveur naïve et poétique ; mais ils sont sortis de la mémoire du peuple : on ne les trouve plus que dans les livres.

    Mais le premier jour du cinquième mois de l’année ramenait jadis dans nos campagnes une coutume que l’on pratiquait à peu près dans toutes les régions : il s’agit de la plantation du mai. Le mai consistait en un petit arbre sans racine que l’on plantait d’ordinaire le premier jour de ce mois, soit devant la porte, soit sur le toit de la maison habitée par une personne à laquelle on voulait faire honneur. Les amoureux timides trouvaient là l’occasion d’exprimer leurs sentiments à celles qu’ils aimaient.

    Et il advint que ces arbustes, suivant qu’ils étaient de telle ou telle essence, prirent un sens symbolique déterminé. Chacun d’eux avait sa signification : le bouleau voulait dire vertu ; le saule, coquetterie ; le sureau, mépris ; le genêt, bêtise ; la fougère, fierté ; l’aulne, abandon ; le coudrier, amour passionné. Ainsi, les jeunes gens faisaient aux filles du village aveux ou reproches ; et, devant les maisons, des rondes s’organisaient, dont chacun reprenait le refrain :

    Plantons le mai
    Le mai du joli mois de mai.
    Et puis chantons quand on plante,
    Et puis plantons quand on chante,
    Le mai, le mai
    Qui nous rend le cœur gai

     

    Le mai avait un double caractère : c’était ou un hommage aux personnes de qualité, tel le mai que les clercs de la basoche allaient planter dans la cour du Palais de Justice à Paris, en l’honneur des magistrats du Parlement, ou bien une galanterie des amoureux, à l’objet de leur tendresse. De cette dernière coutume, on avait, au XIVe siècle, formé le joli verbe « émayoier », donner le mai, que l’on trouve dans une poésie de Froissart :

    Pour ce vous veux, madame, émayoier,
    Au lieu d’un may, d’un joli cœur que j’ai.

     

    Les corporations du Moyen Age fêtaient aussi le 1er mai. Celle des orfèvres de Paris, notamment, faisait, ce jour-là, un présent à l’église de Notre-Dame. Ce présent fut d’abord un arbre planté devant le portail de la cathédrale ; puis ce fut une œuvre d’art. A la fin du XVIIe siècle, c’était un tableau de sainteté qu’on appelait le « tableau de mai ». Ce tableau, dont le sujet était tiré des Actes des Apôtres, restait exposé devant le portail de l’église les premiers jours du mois, et, pendant le reste de mai, il était suspendu dans la chapelle de la Vierge.

    C’était aussi le 1er mai que, jadis, les grandes eaux jouaient à Saint-Cloud. Les bons bourgeois parisiens ne manquaient jamais de se rendre à cette fête de banlieue, au moyen d’un bateau qui s’appelait la Galiote, et que des chevaux, attelés à de longues cordes, hâlaient à la façon des bélandres de nos canaux. C’était, depuis les Tuileries jusqu’à Saint-Cloud, un interminable voyage qui durait plusieurs heures.

    La fête de Mai
    La fête de Mai

     

    Mai, aux temps antiques, était l’époque où la navigation, interrompue pendant l’hiver, reprenait. Les galères quittaient en grand nombre les ports de la Méditerranée, se dirigeant vers l’Egypte et les côtes d’Afrique pour échanger les parfums et les tissus de l’Orient contre les vins et les métaux de la Gaule et de l’Italie.

    Mai aurait aussi sa place dans une histoire des assemblées législatives. C’est en mai, en effet, que les Carolingiens tenaient leurs assemblées politiques. Les Francs avaient coutume de réunir tous les ans, d’abord en mars, leurs guerriers, dans un lieu consacré qu’on appelait le « Champ de Mars ». Sous Charlemagne, la date de l’assemblée fut reculée jusqu’en mai. Ces réunions disparurent après la ruine de l’empire carolingien : les « champs de mai » furent remplacés par les États Généraux.

    Ce mois inspira un certain nombre de proverbes à la sagesse des nations. La plupart concernent l’agriculture. Ils nous indiquent, en général, que la pluie en mai n’est pas souhaitable. Ils nous mettent en garde contre le retour possible d’un peu de froid :

    Saint Mamert, saint Servais, saint Pancrace,
    Ce sont toujours des vrais saints de glace.

     

    Et ils nous conseillent de ne pas nous alarmer si nous sommes parfois un peu fiévreux pendant ce mois :

    Qui a la fièvre au mois de mai,
    Le reste de l’an vit sain et gai.

     

    Croyez-vous à l’astrologie ? Elle nous apprend que les femmes nées en mai sont généralement jolies, gracieuses et sensibles, de caractère droit et courageuses dans les épreuves de la vie. Quant aux hommes, ils sont gais, aimables, ingénieux, loyaux. Le destin leur est souvent favorable.

    La coutume d’offrir du muguet le 1er mai comme porte-bonheur nous vient du roi Charles IX. En effet, le 1er mai 1560, le chevalier Louis de Girard de Maisonforte, seigneur de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), revenant d’une mission en Italie, avait cueilli un bouquet de muguet dans son jardin et l’offrit, pour lui porter chance, au futur Charles IX — frère du roi François II alors régnant — qui, allant sur ses 10 ans et étant d’une santé faible, visitait alors le Dauphiné avec sa mère Catherine de Médicis.

    François II mourant le 5 décembre 1560, Charles devint roi de France, et le 1er mai 1561, quelques jours avant son couronnement qui eut lieu le 5 mai, il décida, sensible qu’il avait été à l’attention du chevalier, d’offrir à son tour du muguet autour de lui : cette année-là, toutes les dames de la cour arborèrent alors leur royal brin de muguet, et c’est ainsi que la tradition naquit.

    Elle ne dura cependant guère, et il fallut attendre 1900 pour la voir ressurgir. La scène se passe dans les bois de Chaville, en région parisienne, où les plus grands couturiers organisent une fête. Ils souhaitent célébrer les femmes en invitant aux réjouissances non seulement les clientes mais aussi les petites mains. Personne n’est oublié ni favorisé et chacune reçoit son bouquet de muguet. Cet événement serait à l’origine de la renaissance de la coutume d’offrir un brin de muguet le 1er mai.

    Quoi qu’il en soit, Ernest Laut, qui écrit en 1921, nous explique qu’en région parisienne, ce jour est celui de la fête du muguet. Dès les derniers jours d’avril, les bois qui forment à Paris une ceinture de verdure sont envahis par la foule de gagne-petit qui vont à la recherche de la jolie fleur aux clochettes d’argent. On trouve le muguet un peu partout dans la forêt, aux environs de Paris, mais on le trouve d’autant plus abondant qu’on s’éloigne de la capitale.

    Dans les bois de l’Isle-Adam, de Chantilly, aux environs d’Ermenonville, particulièrement, les chercheurs de muguet font de bonnes moissons. Mais le pays du muguet, c’est la forêt de Rambouillet, dans toutes ses parties, et plus particulièrement du côté des Yvelines. Quelques années avant la guerre, la ville de Rambouillet n’avait-elle pas institué une fête du muguet qui, chaque 1er mai, était un hommage renouvelé à la fleurette parfumée dont l’éclosion marque le retour des beaux jours ?

    Quelle Parisienne oublierait de mettre ce jour-là un brin de muguet à son corsage ? Quel Parisien négligerait de glisser à sa boutonnière un petit bouquet de la fleur aimée ? Paris qui, à en croire une statistique du temps, achète alors pour plus de cinquante millions de fleurs, Paris a une tendresse particulière pour le muguet.

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  • Monitoire (Le) d’antan destiné à
    confondre le coupable d’un crime
    (D’après « Revue du Dauphiné et du Vivarais », paru en 1878)
     
     
    Destiné à obtenir des témoignages lorsque ceux-ci s’avèrent inexistants ou non concluants dans le cadre d’un procès criminel, le monitoire est créé en France par le pape Alexandre III au XIIe siècle mais ne fera pas l’objet d’ordonnances royales avant 1512 : il consiste, pour le clergé paroissial, à fulminer une injonction à leurs paroissiens de témoigner sous peine d’excommunication. Demandé par le procureur du roi, par le magistrat instructeur ou encore par les justiciables eux-mêmes — les trois-quarts des monitoires du XVIIIe siècles seront initiés par les justiciables —, il associe donc l’Église à la justice royale.

    Vous savez ce que c’est que jeter le monitoire, et votre enfance a dû frémir souvent au récit que vous en a fait quelque vieillard encore tremblant au souvenir de la lugubre cérémonie, écrit à la fin du XIXe siècle Léon Védel dans la Revue du Dauphiné et du Vivarais. Un crime a été commis. Ce crime reste impuni, car le meurtrier est inconnu ; c’est à l’Eglise que la société demandera le moyen d’atteindre le coupable.

    C’est au milieu de la nuit. La maison de Dieu, ce jour-là tribunal vengeur, est sinistrement éclairée. La foule morne emplit les nefs à moitié plongées dans l’ombre que projettent les hauts piliers elles voûtes surbaissées. Au milieu de l’église, sur une estrade, est exposé un cadavre, le corps de la victime. Ses blessures béantes dénoncent le meurtre. Le défilé commence, et malheur à celui qui n’y paraîtra pas. Il trahira son crime en voulant échapper à l’épreuve. L’épreuve !... Tous les assistants la connaissent. Cette plaie déjà tuméfiée, gangrenée, laissera échapper un sang frais et vermeil au passage du meurtrier.

    Mais le signe accusateur ne se produit pas, le meurtrier échappe ; alors, par trois fois, du haut de la chaire, le ministre du Dieu de justice adjure le coupable de confesser son crime. Par trois fois, il le voue à la vengeance divine et lui retire le feu et l’eau. Il l’isole des autres hommes dont il n’est plus le frère, et oblige, sur leur salut éternel, tous ceux qui le connaissent à lui refuser un toit pour abriter sa tête, une goutte d’eau pour étancher sa soif.

     

    Durant les siècles de foi qui ont précédé l’époque contemporaine, le monitoire dut apporter une aide puissante à l’exercice de la justice criminelle. Les mœurs du temps, rudes et barbares, ne reconnaissaient guère que le droit de la force, et, pour peu qu’un criminel fût audacieux et puissant, il échappait à la punition que réclamait la société outragée. Les moyens matériels que la civilisation a donnés à la société moderne pour sa défense, manquaient aux institutions civiles d’alors.

    Dans cette situation, le clergé fidèle à sa mission qui était de protéger le faible contre l’oppresseur, vint mettre son influence au service du droit impuissant. Cette mission, il la remplissait depuis des siècles en s’efforçant d’affaiblir le servage. Il consacrait ses richesses à racheter de leur seigneur les serfs esclaves, et, avec la liberté, il leur donnait des terres à cultiver. C’est dans ce but qu’il constituait ces immenses domaines monastiques, riches de terres et d’argent et contre lesquels la libre-pensée moderne — ignorante ou de mauvaise foi — a lancé toutes les foudres de son indignation.

    Le monitoire, écrit encore notre chroniqueur, fut la sauvegarde du faible, et l’expression des idées de justice sociale dont le clergé fut, durant tout le Moyen Age, le courageux propagateur. Seule, l’Église pouvait alors établir en pratique cette égalité devant la loi : devant l’excommunication que son ministre lançait du haut de la chaire, l’humble serf était l’égal du haut baron, et les foudres du monitoire atteignaient les têtes les plus élevées.

    Le pape Alexandre III (1159-1181) fut le premier qui introduisit en France, et probablement dans toute la chrétienté, le monitoire. C’était au XIIe siècle. Pendant de longues années il dut rester une émanation directe du pouvoir ecclésiastique, et ce n’est guère que vers le XVIe siècle qu’on trouve des ordonnances royales le régissant et le soumettant, dans certaines limites, au pouvoir civil : celle de Louis XII, en 1512 ; celle de François Ier, en 1539 ; celle de Henri III, en 1586.

    L’ordonnance de Blois affirme le pouvoir qu’ont les juges — séculiers ---de permettre la publication du monitoire, et l’obligation dans laquelle les « prêtres et gens d’église », sont d’exécuter leurs sentences et ordonnances. Voici les termes dont elle se sert : « Pour lequel crime avoir révélations, pourront lesdits évêques et nos officiers faire publier monitoire, au temps qu’ils verront propre et opportun, par toutes les paroisses. »

    Le concile de Trente (1545-1563) l’avait défendu aux magistrats séculiers, et il en avait laissé la disposition à l’arbitrage des évêques. Mais le pouvoir civil sous le « grand roi », ne se contente pas d’intervenir platoniquement dans le monitoire. L’ordonnance de 1670 dit : « Nos juges pourront faire la saisie du temporel des officieux, curés ou vicaires, s’ils refusent d’accorder et de publier le monitoire, et en cas de refus, ils pourront faire la distribution du revenu de ce temporel aux pauvres. »

    Cette ordonnance de 1670, hostile dans presque toutes ses dispositions au pouvoir religieux qu’elle veut soumettre dans l’espèce, et qu’elle soumet au pouvoir civil, est un traité complet sur la matière. C’est à elle que je renvoie ceux de mes lecteurs qui s’intéressent aux choses du temps passé, indique Léon Védel. Ils ne regretteront pas leurs peines, en trouvant dans les commentaires de cette ordonnance une foule de détails intéressants pour le philosophe et l’historien.

    Au XVIIIe siècle donc, le monitoire du XIIe siècle, institution éminemment ecclésiastique, était devenu un simple rouage administratif, soumis aux règlements civils et par suite aux influences gouvernementales. Il fallait, à cette époque, une permission du juge civil pour que l’official pût ordonner le monitoire, et l’official était obligé d’accorder le monitoire sur l’ordre du juge civil. La sujétion était complète.

    Néanmoins, grâce à l’appareil religieux déployé dans son exécution, le monitoire exerçait encore une action puissante sur l’imagination populaire. Il faut dire que le pouvoir civil, jaloux de conserver une influence dont il appréciait chaque jour l’utilité, usait très rarement du terrible anathème et ne l’ordonnait que dans les affaires criminelles importantes, quoique aux termes des ordonnances il pût en user pour les affaires civiles.

    Le chroniqueur nous offre ensuite de découvrir le libellé d’un monitoire lancé dans les années 1760, cependant qu’un crime horrible émut alors la population de la ville de Largentière, en Ardèche. Un homme, riche propriétaire, habitant une maison de campagne peu éloignée de la ville, avait été assassiné sur le chemin qui conduisait à son domaine, au moment ou il regagnait, un peu tard, son logis. Le matin, on l’avait trouvé gisant dans une mare de sang, sur le seuil d’une porte donnant accès dans son enclos, au quartier appelé Sigalières.

    Il était sans vie. La tête du cadavre semblait avoir été broyée à l’aide d’un de ces gros marteaux dont se servent les forgerons pour battre le fer rougi. Les recherches faites par l’autorité locale furent infructueuses, et les coupables restèrent inconnus. La Chambre ardente — tribunal spécial créé dans certaines provinces pour l’examen des affaires criminelles. En Languedoc, il parcourait la provinces tous les cinq ans — évoqua l’affaire sans atteindre un meilleur résultat. L’émotion était cependant très grande dans le pays, et l’opinion surexcitée demandait une satisfaction.

    On ordonna un monitoire. Ici la légende prend la place de l’histoire, et Léon Védel laisse la parole à la tradition populaire. La crainte et la consternation étaient dans tous les esprits, et c’était avec une impatience pleine de terreur que l’on attendait la terrible cérémonie.

    Qu’on se représente cette petite société de province, dont le cercle s’étendait à peine à quelques lieues, isolée des sociétés ses voisines par le défaut de voies de communication, ne vivant que pour elle, alimentant ses passions de tout ce qui prenait naissance en son sein, et chez laquelle les événements acquéraient des proportions d’autant plus grandes qu’ils étaient plus rares, et l’on comprendra l’importance que devait prendre dans cette modeste ville de Largentière, centre d’ordinaire si paisible d’un petit cercle provincial, l’événement qui nous occupe.

    Le jour fixé, un dimanche, une foule immense emplit l’église, foule enfiévrée de curiosité et d’épouvante. Les trois juges — probablement les juges de la Chambre ardente qui avait ordonné le monitoire — occupaient un des bancs placés dans le chœur.

    C’était la nuit. Une clarté sombre, suffisante à peine pour faire émerger du sein de l’obscurité les visages anxieusement émus des assistants, s’étendait sur les vastes nefs. Le silence avait quelque chose de lugubre. Pas un chant dans le sanctuaire, pas un murmure dans la foule...

    Tout à coup le prêtre parut dominant l’assemblée de toute la mystérieuse grandeur que lui prêtait le terrible ministère qu’il exerçait à ce moment. Tout côté humain avait disparu chez cet homme que ce peuple croyant considérait comme l’incarnation vivante du Dieu de justice et de vengeance. Un frissonnement subit accueillit les paroles de malédiction que sa voix sacrée prononça contre les coupables, et lorsque sa main vengeresse lança du haut de la chaire le cierge en cire jaune, tous les yeux se fermèrent, et le cierge — le témoignage de la tradition est affirmatif au sujet du cierge jeté par le prêtre —, consumé par le terrible anathème, disparut dans les airs sans atteindre le sol.

    Les meurtriers, ajoute le narrateur populaire, périrent tous misérablement dans l’année, et, pendant sept ans, de nombreux et épouvantables fléaux désolèrent la contrée.

    Le monitoire ne disparut pas complètement de notre législation criminelle à la Révolution de 1789. Un décret de Napoléon Ier en date du 10 décembre 1806, promulgue que le gouvernement pourra recourir aux monitoires « pour découvrir quelques crimes graves ». Mais le ministre de la justice pouvait seul les ordonner. Aujourd’hui l’usage des monitoires n’existe plus en France, et notre législation criminelle n’en a gardé aucune trace.

     
     
     
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  • Moissons jadis dans les pays de l’Aude
    (D’après « Folklore de l’Aude », paru en 1938)
     
     
    Autrefois, alors que le machinisme n’existait pas encore, que les ouvriers trouvaient facilement du travail et faisaient des journées qui commençaient à l’aube pour se terminer au clair de la lune, la moisson était un travail de longue haleine et s’accomplissait suivant un rite quasi religieux.

    Les ouvriers étaient choisis et retenus longtemps à l’avance, à raison de trois coupeurs « ségaïres » ou « coupaïres » pour une lieuse « liaïro ». La moisson commençait ordinairement un lundi matin ; mais déjà le dimanche, les moissonneurs prenaient le repas du soir, « lé soupa », chez le propriétaire qui les avait embauchés « qu’abio lougat ». C’étaient des arrhes qu’il donnait ainsi. La journée de la moisson — et nous verrons quelle journée — se payait deux francs et la nourriture. Ce qui fit dire à une propriétaire de Salza à qui deux ouvriers de Termes fixaient ces conditions : « Boun Dius ! quaranto sous e fa pas luno ! » (la journée sera plus courte).

    Il fallait qu’au lever du soleil tous fussent à pied d’œuvre au champ. A l’aube donc, un des ouvriers parcourait les rues du village en sonnant le « cagarot » (gros escargot ou coquille de mer) pour le rassemblement et le départ. Ironie des chose, c’était l’ouvrier qui réveillait le patron « lé Mestré » et donnait le signal du départ et du travail.

    Les repas
    Il ne faut pas oublier la question gastronomique qui a sa large part dans la journée de travail. On mangeait bien et mieux que chez soi. Les différents repas règlent les moments de repos qui sont nécessaires, lorsque, comme pour la moisson, on œuvre sous un soleil de plomb, courbé vers une terre toujours plus chaude à mesure que l’astre du jour « monte » dans le ciel.

    Les moissonneurs, par Peter Bruegel l'Ancien
    Les moissonneurs, par Peter Bruegel l’Ancien

     

    Le « mousseinhé » était chargé de porter au champ le pain pour tous les moissonneurs. En arrivant, on « tuait le ver » avec un quignon de pain et un morceau de fromage. A 7 heures, on déjeunait : avec une blanquette d’agneau, ou une omelette, ou de la viande en sauce, ou encore avec les tripes de l’agneau ou du mouton qu’on avait tué pour la circonstance. Il faut remarquer, en passant, que nos paysans ne mangeaient comme viande, que les animaux qu’ils élevaient eux-mêmes : moutons, chèvres, agneaux, cochons, lapins, volailles, ou ceux qu’ils tuaient à la chasse : lapins, lièvres, perdreaux, oiseaux divers, sangliers. Ils ne mangeaient de la viande de boucherie qu’une fois l’an, pour la fête locale. Alors, un boucher, venait tuer sur place un bœuf ou une vache.

    A 10 heures, on se reposait cinq minutes : on mangeait un bout de pain et on buvait un coup. Cela s’appelait « léba l’ègo ». A midi, repos de 1 heure et demie environ. C’était l’heure de la soupe, soupe aux choux ou autres légumes, avec un morceau de viande pour chacun. On faisait la sieste et le travail reprenait vers 1 h. 1/2. A 3 heures de l’après-midi, comme à 10 heures du matin, « sé lébabo l’égo ». A 18 heures on dînait au champ : cassoulet avec viande. N’oublions pas que même de nos jours, nos montagnards, pour la plupart, mangent des haricots tous les jours et principalement au repas du soir. Après ce repas, on se remettait au travail, tant que durait le jour et on amoncelait les gerbes. A la nuit, c’était quelquefois 21 heures, on rentrait et chez le propriétaire on mangeait encore « Uno aïgo boulido » et une salade.

    Le travail
    Les deux instruments de travail étaient : la grande faucille — « l’oulam » — et le coin — « la billo » — qui n’est autre qu’un morceau de bois de forme conique servant à lier les gerbes. Chacun des trois moissonneurs « coupaïrés » qui servaient une lieuse « liaïro » posait ]a poignée de céréales qu’il venait de couper à la même javelle « gabèlo ». Lorsque celle-ci était suffisamment grosse, la lieuse, qui déjà avait préparé avec des tiges de céréales le lien « lian », faisait la gerbe « garbo ».

    Ensuite, avec les gerbes on faisait les moyettes ou « mountos ». La moyette communément en usage dans les pays de l’Aude était la moyette picarde, postérieure à la moyette flamande. Dans la moyette flamande, les gerbes étaient dressées les unes contre les autres, les épis en haut. Dans la moyette picarde, les gerbes étaient placées horizontalement les épis au centre. On distingue encore la moyette proprement dite qui se compose de 22 gerbes et la « quatorsèno » qui ne compte que 14 gerbes.

    La moyette proprement dite, « la mounto », est ainsi constituée : deux gerbes au fond, dans le sens de la longueur, les épis en dedans forment la « crousièro ». Huit gerbes en travers, quatre de chaque côté les épis toujours en dedans. Six de plus au-dessus, trois de chaque côté. Ensuite quatre, toujours dans le même sens. Et enfin les deux dernières qui forment ce que l’on appelle la clef — « la claù ». Lorsque les céréales sont bien sèches « braùsidos » on fait la moyette de 22 gerbes. Si les céréales ne sont pas suffisamment sèches, on fait « quatorsèno » ce qui permet au soleil et au vent de sécher plus facilement les gerbes.

    Lorsque le grain était sec et que l’on se préparait au dépiquage, on transportait les gerbes sur l’aire « ièro ». Les charrettes n’étaient pas connues dans ces pays de montagne, parce que les chemins carrossables n’existaient pas. On transportait les gerbes, soit à bât « basteja », soit au moyen d’un grand cadre de bois fixé sur le bât par un fil de fer « garbéjadouro ». Avec la « garbéjadiouro » on portait en moyenne 14 à 16 gerbes. Les gerbes étaient réunies en meules — « garbièros » — qui comprenaient 50 à 60 « mountos », c’est-à-dire, une moyenne de 1120 à 1320 gerbes. Elles attendaient, là, que le propriétaire n’eut pas d’autre travail qui pressât et que le soleil fût assez chaud pour permettre à l’épi de s’ouvrir et au grain de se détacher.

    En août, avec la grosse chaleur, on se livrait au dépiquage « battré le gra ». Cette opération se faisait, suivant la quantité de céréales que l’on avait, avec des bêtes ou au fléau. Sur une aire « ièro » préalablement arrosée et balayée, on éparpillait les gerbes dont on avait coupé les liens. On formait ainsi une circonférence composée de 500 ou 600 gerbes, avec une moyenne de 200 gerbes par cheval ou mulet. Ce tas de gerbes prenait le nom d’ « amoulat ».

    Les bêtes, deux ou trois, attachées ensemble et tenues par une longe, l’homme au centre de l’« amoulat », tournaient, comme sur la piste d’un cirque, des heures entières, excitées par les « shi » ! et les « dja » ! ,et quelquefois par une cinglée de fouet. Pendant ce temps, des hommes munis de fourches en bois « fourquéjaïres » soulevaient la paille pour faire tomber le grain et ramenaient sous les pieds des chevaux les épis qui n’avaient pas subi la foulée.

    Au bout d’une heure environ, on secouait la paille et on faisait à côté du premier, avec cette même paille, un nouvel « amoulat ». Les chevaux recommençaient la danse, tandis que les hommes balayaient le grain et le mettaient en tas. Environ une heure après, les chevaux étaient ramenés à l’écurie. Les « fourquéjaïres » enlevaient la paille après l’avoir secouée pour faire tomber le grain ; la mettaient dans les bourras et la portaient à dos d’homme dans les paillers « al palhé ».

    Si le dépiquage se faisait par temps humide, ou si la pluie survenait pendant cette opération, le grain ne se détachait pas facilement, il en restait à l’épi et on disait alors que l’on avait fait des « poulets ».

    Une moyette de blé donnait en moyenne 80 litres de grains : un « sestiè », plutôt moins. Une moyette d’avoine rouge fournissait ordinairement 120 litres de grains. Une moyette d’avoine grise d’orge, « de pouloulo » donnait 1 sac, c’est-à-dire 1 hectolitre.

    Le grain, séparé de la paille, devait encore être nettoyé et débarrassé de la poussière, des débris de paille, des ordures et autres corps étrangers qui s’y trouvaient mêlés. Il fallait vanner — « benta ». Les femmes, une câline sur la tête ou un foulard noué sur la tête en forme de turban, pour se protéger du soleil et de la poussière, étaient chargées de cette opération « las bentaïros ». Elles prenaient le grain dans un van ou dans un crible « curbelh ». Elles laissaient lentement tomber le grain. Le moindre vent, le moindre courant d’air emportait la menue paille « les abets », la poussière et les autres impuretés. Il ne restait plus qu’à ensacher le grain « ensaca » et le porter au grenier.

     
     
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  • Mois de mai (Usages anciens liés au).
    Plantation du mai
    (D’après un texte paru en 1854)
     
     

    Une preuve que le premier mai ramenait anciennement la fête de la Terre, c’est la manière dont se célébrait encore au XIXe siècle dans le département de la Drôme la plantation du mai. Une des places de Montélimar, dit de la Croix, dans la statistique de ce département, porte le nom de Mai ou des Bouviers. C’est là que, le 30 avril de chaque année, les bayles et les laboureurs plantent le mai. C’est un prélude à leur fête des laboureurs, qui a lieu à la Pentecôte. La fête durait autrefois trois jours, comme la Pentecôte elle-même. Elle fut réduite à un seul en 1818, époque à laquelle on la ressuscita dans le pays, à Montélimar, à Valence, à Beaumont, à Montéléger, à Meyran, à Upie.

    Le roi de la fête, choisi par les jeunes gens, a pour sceptre une pique couronnée d’épis de blé. Tous les assistants ont à la boutonnière un bouquet d’épis. Autrefois, la fête du lendemain (1er mai) était gaie : les laboureurs, avec leurs syndics, montés sur des mules bien harnachées et ornées de rubans, menant chacun en croupe une femme ou une fille de laboureur, parcouraient avec la musique les fermes des environs ; distribuaient le pain bénit dans chacune ; donnaient des sérénades, et faisaient danser les villageoises. Une table bien servie les attendait partout.

    Ici, nous ne voyons figurer qu’un roi ; mais nous devons supposer qu’en ressuscitant, en 1818, une cérémonie populaire tombée en désuétude, on ne l’a renouvelée qu’à demi, les jeunes filles n’ayant peut-être osé s’offrir pour représenter la reine de mai. Mais, dans le département de l’Isère, qui a mieux conservé, sous ce rapport, les usages traditionnels de la Province romaine, on voit figurer ensemble une reine et un roi, ce qui présente une image plus sensible de l’union conjugale, celle de Maïa et du maître des cieux. Dans ses Nouvelles recherches sur les patois, Champollion-Figeac, parlant des usages celtiques qui résistent à toutes les influences, aux environs de Grenoble, dit : « Parmi ces pratiques, nous ne citons que la fête du 1er mai, où l’on élit un roi et une reine, que l’on pare et élève sur un trône exposé aux regards des passants. On se rappelle à ce sujet, ajoute-t-il, le champ de mai, qui fut ensuite transformé en un champ de mars ».

    L’auteur de La Nouvelle Astrée, Masson de Montbéliard, qualifie cette fête de la Terre de fête du Printemps ; il a raison ; mais nous la caractériserions mieux en disant que c’est la fête de la Terre en son printemps. « Le premier jour de mai, dit-il, se célèbre encore dans le pays de Montbéliard et les contrées voisines : c’est un reste de la fête du printemps des païens, et ce sera toujours celle des bergers ». Ceci se rapporte avec la dénomination de place de Mai ou des Bouviers, à Montélimar. C’est également la fête des bergers à Domblans (Jura) où chaque maison aisée leur donne des gâteaux, des œufs, des fruits, du vin pour la célébrer. Les adultes qui ne sont plus bergers regardent aussi le premier mai comme la fête de la jeunesse. Le printemps n’est-il pas en effet la jeunesse de la Terre ?

    Masson ajoute : « Plusieurs détails de cette fête en sont les mêmes ; comme le choix de la Belle de Mai (qu’on nomme la Mairiotte) les chants, les danses et les jeux des bergers. Cette fête se termine encore par un repas champêtre qu’ils prennent ensemble dans le pâturage, et auquel la commune contribuait jadis, en quelques endroits ».

    Le nom de Mairiotte que l’on donne à la Belle de mai dans l’arrondissement de Montbéliard, nous arrête. Signifie-t-il simplement la petite mariée ou bien est-il un diminutif de maire qui, dans cette circonstance, indiquerait la reine, la supérieure, car le mot maire, en vieux langage français, a présenté ce sens ? Ou bien indiquerait-il une petite déesse Maire, avec laquelle l’épousée du mois de mai parait avoir eu, dans le temps, de la ressemblance ?

    L’usage de planter le mai est universel, et n’appartient pas plus à telle province qu’à telle autre. On plante un arbre fleuri ou un arbre surmonté d’une couronne de fleurs à la fenêtre des jeunes filles qui sont aimées et qui méritent un pareil témoignage d’estime. Mais, dans la chaîne du Jura, on eut coutume d’apporter un arbre feuillé devant la demeure d’un maire nouvellement élu, par extension de la coutume plus ancienne qui se pratiquait à l’élection des maires au champ de mai, laquelle avait lieu le premier jour de l’année celtique. Des chartes mentionnent ces élections de maïeurs et d’échevins au mois de mai. Les assemblées électorales se tenaient au sein des forêts druidiques ; on y choisissait les magistrats et les Valentines : le maire pour régir les affaires communes dans le cours de l’année ; la Valentine, jeune fille à marier, pour présider avec son Valentin aux fêtes de la jeunesse. On leur rapportait deux arbres de la forêt pour en décorer leur séjour, et manifester par cette enseigne le double choix de la population.

    Il paraît même qu’à une période de temps très reculée, celle où nos pères obéissaient aux ordres des femmes sacrées de la Gaule, les fonctions municipales étaient confiées au beau sexe. Il est probable aussi que, dans l’origine, la personne choisie pour représenter la déesse de la Terre sur le char qu’on promenait dans les campagnes, était une de ses prêtresses, et nul n’ignore que ces filles inspirées étaient des vierges, en qui les Celtes reconnaissaient quelque chose de divin. Nul n’ignore également que les Galls s’étaient pliés au joug imposé par la femme, et que même, au temps d’Annibal, il y avait encore dans les Gaules des femmes chargées de rendre la justice.

    Sans doute, ces femmes-juges étaient de celles qui jouissaient déjà de l’ascendant que donne sur l’esprit du peuple l’autorité du sacerdoce ; et nous voilà naturellement conduit à conclure que les sommités de la magistrature théocratique de nos cités gauloises et d’autres états, se composaient alors de filles sacrées telles que pouvaient être les Aurinie et les Velléda, sans les conseils de qui nos aïeux n’osaient rien décider dans les affaires publiques. De là peut-être cette maxime d’une portée si étendue et si généralement admise : Toute autorité vient de Dieu.

    Et ne semble-t-il pas trouver une dernière trace de cette constitution primitive dans le titre que portait, chez les Edus, le premier magistrat de Bibracte ? Le titre de vergobret que lui donne César ; celui de verg, qui le distinguait encore en l’an 1200, et celui de vierg qui a subsisté jusqu’au dernier siècle, pour désigner le maire de cette ville, n’auraient-ils pas été continués par la force de l’habitude aux agents de l’administration, après la révolution politique qui avait jadis fait passer, des mains féminines à des mains mâles, le sceptre du gouvernement civil de la cité ? Ainsi Vergobret signifierait la vierge qui juge (Bullet affirmant que breth a signifié juge, et breit sentence).

    Pour n’être pas mal compris, répétons-nous. Nous n’entendons pas dire que le Vergobret, du temps de César ait été une vierge , une druidesse vouée à la chasteté : nous voulons dire seulement qu’avant cette époque certaines vierges consacrées à la divinité remplissaient dans la Celtique les premières fonctions de l’état, et que le titre de Vergobret a pu survivre encore longtemps à l’abolition de ce régime. On ne trouvera pas moins singulier que le titre de maire ait été commun aux hommes et aux femmes revêtus de l’autorité, et qu’il ait signifié vierge. Maire, en vieux langage français, était employé pour reine et pour supérieure de couvent, parce que maire présentait en même temps le sens de plus grand, comme maïeur.

     
     
     
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  • Mitouries (Cérémonie des)
    à Dieppe (Seine-Maritime)
    (d’après un article paru en 1833)
     
     

    En 1443, les Anglais, sous les ordres du fameux Talbot, assiégeaient la ville de Dieppe. Déjà les habitants, bloqués depuis neuf mois, commençaient à perdre courage, lorsque le dauphin, fils de Charles VII (depuis Louis XI), accourut à leur secours avec trois mille hommes d’armes, et fit tant par son habileté et sa fougueuse vaillance, qu’il finit par emporter les positions de l’ennemi, et le força, après une vive résistance, à abandonner le siège de la place.

    Louis, pour rendre grâce de son premier fait d’armes à la Sainte-Vierge, lui éleva une statue d’argent pur de grandeur naturelle ; les Dieppois, de leur côté, voulant éterniser cette mémorable victoire, instituèrent une cérémonie qu’on célébrait encore deux cents ans plus tard.

    Cette fête fut appelée Mitouries de la mi-août, du nom d’une confrérie fondée à cette intention. Chaque année, à cette époque, on venait de dix lieues à la ronde pour assister à une procession du clergé et des magistrats, où figurait un prêtre habillé en saint Pierre, et portant dans un berceau de feuillage un jeune enfant représentant la Sainte-Vierge ; puis dans l’église, sur un théâtre élevé au fond du chœur, siégeait le Père éternel entouré de nuages, d’un soleil tout reluisant d’or, et d’un essaim de belles étoiles. Des légions de petits anges magnifiquement parés et atournés voltigeaient tout autour de lui, et les ressorts qui les faisaient mouvoir étaient si bien cachés et ménagés, qu’on eût dit des êtres vivants.

    Alors arrivait la Vierge avec son cortège sacerdotal, suivi d’une foule de peuple. Le prêtre s’avançant, présentait la Vierge au Père éternel, qui la recevait des mains de deux anges. D’un côté de l’autel était un jardin composé de fleurs et de fruits en cire peinte ; de l’autre, un bouffon nommé Grimpsulais ou Gringalet discourait avec des manières plaisantes, aux grands éclats de rire du peuple. Des repas, des assauts de poésie connus sous le nom de Puy de Dieppe, des mascarades, des feux de joie, terminaient cette fête.

    Louis XIV, passant en 1647 à Dieppe, à l’époque des mitouries de la mi-août, vit représenter les pasquinades de Gringalet, et les défendit comme peu religieuses. Dès lors cette cérémonie tomba en désuétude, et c’est à peine si maintenant on en retrouve le souvenir dans une foire qui a lieu tous les ans au 15 août.

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  • Messes rouges
    (D’après un article paru en 1890)
     
     

    Chaque année, la Sainte-Chapelle est rendue, pour un jour, au culte : on y célèbre la messe Rouge. Le 25 octobre 1883, M. Martin-Feuillée, alors ministre de la justice, adressait aux parquets, à l’occasion de la réorganisation de la magistrature, une circulaire où il disait : « Quant à la messe du Saint-Esprit par laquelle il est d’une coutume assez générale de faire précéder la reprise des travaux judiciaires, aucun texte de loi ni de décret n’en fait une obligation, et elle n’a lieu que sur l’initiative des compagnies judiciaires... Je n’ai aucune instruction à leur donner sur ce point ». Mais il avait soin d’ajouter qu’il lui semblait en tout cas « préférable de n’adresser des invitations aux autorités que pour l’audience solennelle ».

    Les magistrats parisiens, invités à opter, ne voulurent pas rompre avec la tradition. La cour de cassation décida, à la majorité des voix, de se conformer à l’usage, et la cour d’appel, sans discussion, résolut de suivre son exemple, L’une et l’autre en furent félicitées par le cardinal Guibert, qui présida à la cérémonie religieuse, et dont l’allocution ne laissa pas de faire quelque bruit.

    La tradition de la messe Rouge est, en effet, des plus anciennes ; elle a subi cependant plus d’une atteinte. Jusqu’à la Révolution, le parlement de Paris l’a scrupuleusement observée. Sa rentrée était toujours précédée de la messe du Saint-Esprit, qu’on appelait déjà la messe Rouge, parce que les présidents, conseillers et procureurs y assistaient en robe de cette couleur. C’est même parce que le costume de cérémonie, établi pour

    La Sainte-Chapelle au XVIIIe siècle, par Nicolas Ransonnette
    La Sainte-Chapelle au XVIIIe siècle,
    par Nicolas Ransonnette

    les magistrats des cours par le décret impérial du 6 janvier 1811, est à peu de choses près celui des anciens parlementaires que la messe du Saint-Esprit a conservé son nom de messe Rouge. En 1789, la suppression des parlements et la nouvelle organisation de la justice, qui avait pour base l’élection, firent surgir des magistrats beaucoup plus préoccupés de donner des preuves de civisme que de zèle religieux. La messe du Saint-Esprit - qui, d’ailleurs, n’eût pu, en aucun cas, s’appeler messe Rouge, toute espèce de robe, noire ou rouge, ayant été exclue du costume des juges, - ne fut plus qu’un souvenir de l’Ancien Régime.

    En fait de messe Rouge, la Révolution n’en a connu qu’une, c’est l’exécution, à la barrière du Trône, sous

    la Terreur, des cinquante-quatre personnes impliquées dans la tentative d’assassinat commise par Ladmiral sur Collot-d’Herbois, et par Cécile Renault sur Robespierre. On les conduisit au supplice revêtus de la chemise rouge des parricides. Ce qui fit dire au conventionnel Vouland, membre du Comité de la sûreté générale : « Allons, auprès du grand autel, voir célébrer la messe Rouge ».

    Le premier consul, même après le concordat, ne songea pas à l’imposer aux juges qui recevaient de lui l’investiture et, quand il fut devenu empereur, ses cours et tribunaux continuèrent à n’attendre que de lui seul leurs inspirations. La Restauration devait naturellement revenir aux anciens usages. En 1815, les cours impériales, désormais cours royales, reprirent leurs travaux après avoir entendu la messe Rouge. Mais l’avènement de la monarchie de Juillet, qui se piquait, comme on sait, de voltairianisme, amena de nouveau la suppression de la messe du Saint-Esprit. Elle ne reparut qu’en 1849, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, et depuis lors, sauf en 1870, elle s’est maintenue, du moins à Paris.

    Du reste, ce n’est pas toujours à la Sainte-Chapelle qu’elle a été célébrée. Le parlement l’entendait dans sa grande salle où était élevé un autel, dédié à saint Nicolas. Sous la Restauration, il y avait en réalité deux messes Rouges, car la cour de cassation et la cour royale assistaient séparément à l’office divin : la première, généralement


    La Sainte-Chapelle et le Palais de Justice
    en 1818, par Charles Neimke

    dans la salle d’audience de la chambre des requêtes, la seconde dans le vestibule du prétoire de la première chambre. Il n’était pas jusqu’au tribunal de première instance qui n’eût son service particulier, dans le local d’une de ses chambres. Pendant la période révolutionnaire, la Sainte-Chapelle, après avoir servi de club d’abord, puis de grenier à farine, avait reçu le dépôt des archives judiciaires, et de hautes et poudreuses étagères montaient le long des admirables vitraux de la chapelle supérieure.

    Ce n’est qu’en 1837 qu’on la dégagea des paperasses qui la souillaient et qu’on en entreprit la restauration. Elle était loin d’être terminée quand Louis-Napoléon Bonaparte y fit célébrer, le 3 novembre 1849, la première messe Rouge. La messe Rouge n’a pas toujours eu lieu à la même date coïncidant avec la rentrée des cours et tribunaux, elle a subi les variations que la rentrée a éprouvées.

    C’est un décret du président Grévy, rendu le 5 juillet 1885, qui fixa le commencement des messes Rouges le 15 août, et l’achèvement le 15 octobre. Auparavant, les vacances allaient du 1er septembre au 1er novembre. Mais, en vertu d’une ordonnance de 1867, la rentrée, à cause de la Toussaint et du jour des Morts, n’avait lieu que le 3. En sollicitant un changement de date, M Brisson, ministre de la Justice, faisait remarquer que cette époque était « trop tardive pour les séjours aux bords de la mer, ou dans les stations thermales », et qu’il y avait « défaut de concordance entre les vacances universitaires et les vacances judiciaires », ce qui gênait « les rapports de famille ».

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  • Mariées de Saint-Denis, ou quand
    la loterie s’invite au mariage
    qui s’achève dans une crypte
    (D’après « Musée des familles », paru en 1859)
     
     
    Une joyeuse histoire est la piquante tradition du vieux Saint-Denis, oubliée sans doute par ses habitants actuels, mais que ses doyens du milieu du XIXe siècle racontaient encore : c’est la coutume des Mariées de Saint-Denis, gai pendant des célèbres rosières de Nanterre, les secondes ayant survécu aux siècles cependant que les premières ont disparu ; du moins les mariées en loterie, car il s’agissait d’une loterie qui s’achevait dans la crypte royale de la basilique et dont voici la curieuse origine...

    Sous le règne de Henri IV, vivait à Saint-Denis un gentilhomme original, le marquis de Bernac, qui s’était marié quatre fois, avec les plus grandes précautions, et qui avait toujours été malheureux en ménage. Il se vengeait en mariant les autres, et en les mariant à la loterie. Un jour, le comte du Bourget, son voisin, lui confiait le chagrin que lui causait son fils.

    — Louis est jeune, beau, riche, intelligent, disait-il ; je lui ai proposé toutes les jolies héritières du voisinage ; impossible de lui en faire accepter aucune pour femme. Il mourra garçon et mon nom s’éteindra avec lui. J’en suis désespéré.

    — Rassurez-vous, mon ami, répondit le marquis de Bernac ; le vicomte Louis a mille fois raison de repousser tous ces hymens absurdes, arrangés d’avance. La sympathie est une chose d’aventure et de hasard. Je me charge de marier votre fils, si vous voulez me laisser faire.

    — Je vous donne carte blanche, répondit le comte du Bourget.

    À huit jours de là, une fête avait lieu chez-le marquis de Bernac. Douze jeunes filles y étaient invitées au tirage d’une loterie. Après les courses dans le jardin, l’escarpolette, les jeux de bagne et tous les divertissements de l’époque, on rentra au château pour goûter et tirer la loterie. Les douze lots que devaient gagner les jeunes filles étaient exposés dans le salon. C’étaient des colliers, des bracelets, des aumônières, des ceintures, des colifichets élégants. Le gros lot, posé à l’écart, était une petite boîte, une chose inconnue, un mystère. Tous les yeux dévoraient cette nouvelle boîte de Pandore...

    Un vieux chapelain de Saint-Denis tira les billets, et chaque jeune fille reçut le cadeau que lui adjugeait le sort. Toutes étaient ravies, sans doute ; mais toutes enviaient la boîte au secret. Le marquis de Bernac connaissait les filles d’Eve, pour en avoir expérimenté quatre en sa vie. Enfin sortit le dernier numéro, et la boîte échut à la plus jolie de toutes les invitées, à Mlle Jeanne de Loménie. Elle rougit et parut plus jolie encore ; puis elle ouvrit la boîte et y trouva deux choses, un anneau de mariage et un billet ainsi conçu :

    Crypte de la basilique Saint-Denis
    Crypte de la basilique Saint-Denis

     

    « Les convives de la fête d’aujourd’hui sont priés de se retrouver ici, dans huit jours, pour assister aux fiançailles de... » Les deux noms étaient en blanc. Vous jugez de la curiosité générale ! Cette fois, les jeunes gens ne furent pas moins intrigués que les jeunes filles, et le comte du Bourget, qui était là avec son fils, remarqua sur les traits du vicomte une émotion qu’il n’y avait jamais vue. Le marquis de Bernac rit dans sa barbe, et chacun promit d’être exact au rendez-vous.

    Pas un jeune cavatier ne dormit, à dix lieues à la ronde, et tous se seraient fait rompre les os pour savoir les noms laissés en blanc... Enfin le grand jour arriva, et tous les invités se retrouvèrent à leur poste. Chaque jeune fille portait le lot qu’elle avait gagné huit jours auparavant ; celle-ci le collier, celle-là le bracelet, celle autre l’aumônière, etc. Mlle de Loménie tenait à la main la petite boîte au grand secret... Elle la rouvrit et remit l’anneau de mariage au marquis de Bernac.

    — Ouvrez-le aussi, dit le vieux gentilhomme en le lui rendant.

    — Comment ! s’écria la jeune fille, cette bague s’ouvre ?

    — Et elle contient les noms des deux fiancés que nous allons fêter aujourd’hui, reprit l’homme aux quatre femmes.

    Mlle de Loménie divisa l’anneau, y lut les deux noms gravés dans l’or ; et de surprise, d’émotion, de saisissement, laissa choir l’alliance que le marquis fit passer de mains en mains. Quand elle arriva à celles du vicomte du Bourget, il se jeta aux pieds de Mlle de Loménie et lui tendit la bague avec des yeux suppliants. Elle renfermait ces deux noms : Louis du Bourget ; Jeanne de Loménie.

    — Mariés par le hasard, s’écria M. de Bernac, c’est-à-dire par la Providence, qui a plus d’esprit que tous les pères et tous les enfants !

    — Le gros lot de ma loterie était M. le vicomte, ajouta-t-il, et c’est vous qui l’avez gagné, mademoiselle. Si vous ne le gardez pas, vous pouvez le remettre en loterie.

    Mais déjà l’alliance était passée au doigt de Jeanne, et le comte du Bourget, transporté, réunissait dans ses bras son fils et sa bru. Ils furent heureux sans nuage, comme disent les contes de fée, et eurent beaucoup d’enfants, comme l’espérait le comte. En souvenir de leur mariage et de leur bonheur, ils instituèrent et dotèrent les douze mariées de Saint-Denis.

    Chaque année, douze jeunes filles et douze jeunes gens étaient réunis à leur château, et s’épousaient à la loterie, comme ils l’avaient fait eux-mêmes. Et la tradition affirme que, deux siècles durant — car l’institution survécut aux fondateurs —, pas un fiancé ne renia sa fiancée de hasard ; pas un père ne refusa son consentement, et pas un ménage ne tourna mal et ne démentit le marquis de Bernac.

    Tout Saint-Denis, et même tout Paris accourait voir les douze mariées, dans leurs plus beaux atours, entrer à la vieille basilique, au bruit des mousquetades et des acclamations, s’agenouiller devant le même autel où s’agenouillaient les reines de France ; et après la bénédiction du chapelain, aller prier à l’entrée de la crypte où dormaient Saint-Louis, Philippe-Auguste et Henri IV. Telle est la tradition des mariées de Saint-Denis.

     
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