• A la pointe du jour

    A la pointe du jour............... Eric de La Brume

    Chapitre 1 : Le jour se lève

    A la pointe du jour, aux premières lueurs de l’aurore,
    la campagne se réveille accompagné d’un brouhaha musical de chants d’oiseaux en fête.

    L’été est à son zénith et l’on peut voir les brumes de la soirée, au fur et à mesure que le soleil sort de son lit pour illuminer un paysage rare et encore intact, comme on n’en trouve presque plus en cette mi-août 2024.
    Jolie région perdue qu’un couple d’amoureux venait de découvrir.  Ils avaient loué un chalet, situé à la lisière de la forêt et en bord de rivière.
    Le temps était prometteur.  Déjà la chaleur se faisait ressentir et la forêt avoisinante faisait ressortir les chants d’oiseaux en liesse et fêtaient ce jour nouveau qui semblait vouloir être exceptionnel.
     

    Dans le petit chalet, le couple venait de se réveiller et regardait les premiers rayons de soleil filtrer à travers les persiennes encore baissées.
    Jeunes tourtereaux fraîchement mariés, ils avaient loué ce chalet, perdu, le long d’une route enchanteresse dans un bocage qui menait à une campagne verdoyante et encore intacte.
    Déjà une semaine s’était passée, paisible, à l’abri de tout souci et une nouvelle s’annonçait avant de reprendre la route du retour et des tâches quotidiennes de la vie, dans un monde de plus ne plus trépident et aux allures belliqueuses.

    Le soleil commençait à monter et la chaleur grimpait. Chaque année, elle devenait plus intense et beaucoup considéraient que ce phénomène n’avait plus rien de naturel et étaient dû au comportement humain.
    Aujourd’hui, vu le temps au beau fixe, une promenade campagnarde était prévue accompagnée d’une symphonie de chants d’oiseaux.
    Il faisait chaud, le ciel éait d'un bleu limpide, les prairies parsemées de fleurs sauvages, une journée de paradis pour deux amoureux épris l'un de l'autre comme au premier jour de leur rencontre.

    Un mois loin du vacarme, du traffic de la ville et des vissicitudes de la pollution.
    La journée avait bien commencé,Marie était enceinte et lanaissance était proche, six mos déjà étaient passés, encore trois pour l'heureux évènement.  Ils s'engagèrent dans une clairière parsemée de coquelicots quand, soudain,
    la symphonie musicale de nos amis les oiseaux s'interrompit, la nature sembla pendant un instant comme pétrifiée et un siflement lointain se fit entendre donnant suite comme à une explosion, puis tout reprit son cours comme si rein ne s'était passé.

     

    (à suivre)

    Créé le 19 août 2018
    Auteur : Eric de La Brume

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le secret de la licorne.

    Le secret de la licorne.................

    Dans notre monde, il en existe plusieurs : Le monde du réel et du visible que tout le monde connaît, et celui de l’inconnu ou de l’invisible.

    Celui dont je vais vous conter l’histoire, fait partie du 2ème
    que le commun des mortels ne peut voir mais qui, parfois peut apparaître.

    Il s’agit de l’île fantastique, une île, voguant dans l’espace, entre les étoiles et sur laquelle y vivent des animaux
    qu’on ne rencontre nulle part ailleurs.

    Mais je vais vous parler d’un de ceux que j’ai rencontrés et qui peuple parfois nos rêves d’enfants en quête de merveilleux.
    Une nuit, je me suis échappé, de notre réalité et parcouru l’espace à la recherche d’aventures et découvertes
    et ai abouti sur l’île fantastique.

    Une île peuplée d’animaux extraordinaires, dont notamment des  licornes, dragons et griffons, qui étonnamment n’ont développé aucune agressivité et qui chose étrange, ne connais-sent pas la mort.

    C’est là que j’ai rencontré Flamme, une licorne, blanche comme de la neige, sa corne bien droite, plantée qui me dévisageait du haut d’un rocher.

    En un instant, pendant la nuit, en traversant l’espace,
    je suis arrivé sur l’île fantastique et me suis laissé séduire.
    Une forêt rutilante, des sources d’eau vive, une luminosité incomparable et des animaux au formes étranges qu’on ne peut voir que là.

    D’un saut leste, la licorne me rejoint et m’adressa la parole.
    J’ai un secret me dit- elle, je n’ai pas toujours été comme ça.
    Il y a fort longtemps, j’étais un ange et j’ai commis une faute, 
    une faute d’orgueil et j’ai été déchu et voilà ce que je suis devenu.

    Repenti, on m’a pardonné et placé sur cette île entre ciel et terre et répandre le bien.
    C’est une île où la vie est sans fin, il n’y existe aucune agressivité et la  nourriture est abondante et suffisante pour tous.

    Je t’invite à la visiter avant de retourner dans ton monde où
    y règne tant de haine et d’incompréhension.
    Flamme m’en fit faire le tour et je n’y trouvai que beauté et enchantement.

    Un vrai retour au paradis terrestre, mais l’homme y était absent et tout n’y semblait qu’harmonie et partage.
    Les oiseaux chantaient à tue-tête et s’ébrouaient dans l’eau de la rivière, les fleurs s’épanouissaient avec grâce et les grands fauves doux comme des agneaux.

    Le temps passa aussi vite que l’éclair et je pris le chemin de retour avec un message de paix et d’amour à partager.
    J’ouvris les yeux, et de mon lit je regardai le ciel empli d’étoiles et que la lune éclairait d’une lueur blafarde.

    Au loin, j’aperçus comme une minuscule étoile qui scintillait et se déplaçait lentement.

    C’était l’île fantastique et j’étais le seul à pouvoir l’entrevoir.

    Illustration: Nath la Muse
    Texte :Eric de La Brume
    Le 27 juin 2018

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • La bonne fée

    La bonne fée

    Il existe dans notre univers,
    un monde mystérieux et peu connu,
    un monde parallèle et sans limite,
    sans terre ou territoire défini.

    Un monde grouillant de vie,
    où comme chez nous,
    le bien et le mal se côtoient
    mais où le temps n’a pas la même mesure que le nôtre.

    Un monde où des êtres,
    ont des pouvoirs étranges qui nous dépassent.
    Un monde sans formes particulières,
    mais habité par des êtres aux pouvoirs obscurs parfois.

    Je vais vous parler du peuple des fées,
    et d’une d’elle bienfaisante et qui parfois,
    vient visiter nos nuits,
    et détendre nos esprits.
     
    Souvent, elle se présente comme la marraine,
    la marraine de nouveau-nés délaissés,
    et s’introduit dans les rêves
    des membres de familles en difficultés.

    Issue du fonds des temps,
    elle les traverse sans entraves,
    se dissémine dans nos esprits,
    pour y mettre un baume à nos souffrances.

    Elle voyage à travers le temps
    d’époque en époque e,t parfois,
    arrivait à arranger,
    certaines erreurs du passé.

    Elle a pour nom Abondance,
    et sans peur s’oppose aux êtres maléfiques,
    qui veulent lui barrer le chemin,
    prête à porter secours au pauvre et à l’opprimé.

    Un jour, à notre époque,
    elle rencontra une famille démunie,
    prête à être mise à la rue,
    avec deux enfants.

    Elle les prit en pitié,
    et voyant le père prêt à sombrer
    dans les bras du malin, Imbibé d’alcool
    désespéré et devenant agressif, elle lui apparût.

    Il ne faut pas toujours jeter la pierre,
    à qui devient mauvais,
    blessé par les affres de la vie,
    mais chercher à comprendre.
     
    Endormi, dans cette petite pièce,
    qui leur servait de chambre,
    dans un taudis, à prix d’usurier,
    il la vit apparaître tout de rose vêtue.

    Belle et diaphane, blonde et pure,
    deux ailes délicatement transparentes,
    entourée de fleurs représentant l’amour,
    il vit son visage auréolé de lumière.

    Lui, qui depuis des lunes,
    sans travail et sans espoirs,
    vivait ses nuits comme des cauchemars,
    pour la première fois, il fit un songe.

    Beaucoup n’y croient pas,
    vivent dans un monde pauvre en rêves;
    d’autres, en ont leur esprit peuplé,
    et côtoient sans cesse cet espace parallèle.

    Étrange; avoir l’impression d’être éveillé ,
    alors qu’on est endormi.
    Tout va s’arranger, reprends espoir,
    ne laisse pas tomber les bras lui murmura t-elle à l'oreille.

    De sa baguette magique,
    elle effleura le bras de l’homme endormi,
    et il en surgit une pluie d’étoiles,
    qui le pénétra.

    Le lendemain matin, l’homme reprit courage,
    arrêta de boire et retrouva du travail.
    Abondance avant de repartir,
    promit de veiller sur les deux enfants.

    Titre et Illustration : Nath La Muse
    Texte : Eric de La Brume
    Le 23 juillet 2018

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le Petit Lutin et la Lune en voyage

    Le Petit Lutin et la Lune en voyage............de Raphaële Glaux

     

    Il était une fois un petit lutin qui vivait tout seul au pôle Sud. Il s'ennuyait terriblement.

    Un soir, alors qu'il pleurait assis sur un iceberg, la lune apparut dans le ciel :

    "Pourquoi pleures-tu, petit lutin ?

    - je m'ennuie tout seul, Madame la Lune, emmenez-moi."

     

    La lune céda :

    " Montes sur mes épaules, je t'emmène dans la savane.

    - merci ", s'écria le lutin.

    La lune le déposa dans la savane. "Si  tu veux que je revienne dis mon nom trois fois, petit lutin."

    Et la lune  disparut.

    Un vent chaud soufflait et au loin une girafe dormait.

    "Oh, je suis sur que je ne m'ennuierai pas ici", s'écria le lutin.

    Mais soudain, il entendit un rire sinistre et vit une énorme hyène prête à bondir sur lui.

    "Lune, lune lune, au secours !"

    La lune apparut et le petit lutin sauta sur son dos avant de se faire croquer par la hyène.

    "Puisque  la savane ne t'a pas plu, je t'emmène dans la jungle" dit la lune

     

    Et ils s'envolèrent dans la jungle.

    "Si tu veux que je revienne, dis mon nom trois fois, petit lutin." Et la lune disparut.

    Des gouttes d'eau tombaient des arbres et des singes sautaient de liane en liane.

    "Oh , je suis sûr que je ne m'ennuierai pas ici", s'écria le lutin.

    Mais soudain, il entendit un sifflement au-dessus de lui. Il leva la tête et vit un énorme serpent prêt à l'engloutir.

    "Lune, lune, lune, au secours !"

    La lune apparut et le petit lutin sauta sur son dos avant de se faire avaler par le serpent.

    "Puisque la jungle ne t'a pas plu, je t'emmène à la montagne".

     

    Et ils s'envolèrent, la lune déposa le lutin en haut d'une montagne.

    "Si tu veux que je revienne, dis mon nom trois fois, petit lutin."

    Et la lune disparut.

    Il y avait de la neige, partout !

    Soudain, le lutin entendit un grondement inguiétant et aperçut un énorme ours affamé.

    "Lune, lune..."

    Mais trop tard !

     

    Il trébucha et tomba de la montagne avant d'atterrir, POUF, sur un épais tapis de neige.

    Etourdi, il regarda autour de lui : au milieu d'une clairière de sapins se dressait une minuscule maison en bois, décorée de guirlandes et de branches de houx.

    De la musique et des rires s'échappaient des fenêtres éclairées.


    Et partout des lutins ! Certains emballaient des jouets, d'autres, plus coquins, faisaient de la luge au lieu de travailler et un gros bonhomme habillé de rouge attelait son traîneau déjà chargé de cadeaux.

    Trois lutins l'observaient d'un air curieux

    "où suis-je ? Qui êtes vous ? demanda le lutin

    - Tu es au pays enchanté du père Noël, expliqua l'un des lutins

    Nous l'aidons à  fabriquer les cadeaux pour les enfants Veux tu nous aider ?"

    Fou de joie, le petit lutin appela :

    "Lune, lune, lune !"

    Celle-ci apparut ronde et lumineuse dans le ciel

    "Que veux tu encore, petit lutin ?

    - Vous pouvez continuer sans moi, madame la lune

    Ici, je serai heureux, merci !"

    Avant de s'éloigner, la lune sourit et souffla :

    "Joyeux Noël, petit lutin"

     

    Texte de Raphaële Glaux

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le lapin de velours

    ****

     

    » Il était une fois un lapin de velours, tout neuf et vraiment splendide. Il avait le ventre bien rond, comme doit l’avoir un lapin. Son pelage était à pois bruns, ses oreilles doublées de satin rose, et il avait de vraies moustaches en gros fil.

    Au matin de Noël, calé dans la chaussette aux cadeaux, il faisait plaisir à voir « .

    Il y avait d’autres  cadeaux dans la ( grande ) chaussette, un petit train, une souris mécanique, des bonnes choses à grignoter ( mais pas par le lapin jouet ).

    Puis les oncles et tantes arrivèrent, avec des surprises pour l’enfant très gentil, qui finit par oublier le lapin.

    Il attend dans la chambre du petit garçon avec les jouets, comme le cheval de bois un peu usé, plein de sagesse. Un jour Nounou décide de ranger et met tout le monde sur une planche. Le cheval en bois explique au lapin que le jour où un enfant aime son jouet très fort, le jouet devient vrai. Evidemment l’enfant se demande ce que  cela veut dire, devenir vrai, oui, vrai, même tout usé, avec une oreille ou un oeil en moins !

    Un autre jour, Nounou s’aperçoit que l’enfant n’a plus le  chien de porcelaine qui dort avec lui. Vite, elle prend sur la planche le premier jouet qui se présente, et c’est le lapin tout en velours. Il regrette de quitter son ami le cheval en bois, mais bientôt apprécie de dormir tout près de  l’enfant qui joue aussi à faire des terriers avec les draps du lit.  Tous les deux s’amusent beaucoup. Ils vont ensemble  dans le jardin, et ils voient de vrais lapins qui bougent vraiment, qui peuvent sauter sur leurs longues pattes, et le lapin de velours est très étonné.

    Il se rend compte aussi qu’il s’use peu à peu, que le bout de son nez rose a pâli à force de recevoir des baisers, mais il est si heureux avec son ami !

    Puis le petit garçon tombe malade. Il a beaucoup de température, et devient très rouge  car il a la scarlatine. Cela dure plusieurs jours, et le lapin le réconforte, bien près de lui.

    Heureusement il guérit, mais les grandes personnes prennent une terrible décision :  il faut brûler tout ce qui était dans la chambre. Ils mettent les jouets dans un grand sac qu’ils portent dans le jardin …
    Le Lapin en peluche a  compris, et il verse une larme, une vraie larme …    Une fée passe, et elle est si touchée qu’elle transforme le lapin de velours en vrai lapin vivant … il peut rejoindre les  lapins du jardin  et gambader avec eux !

    Evidemment, les grandes personnes ne doivent absolument pas dévoiler la fin de l’histoire, car il est préférable que  l’enfant puisse parcourir toute la gamme des sentiments. Il peut se rendre compte de la douleur que ressent un doudou quand  il est abandonné, donc, que dire  lorsqu’il s’agit d’un animal vivant ! Il comprend  aussi la force de l’amour et des rêves. Oui, dans la vraie vie, ils peuvent produire des miracles !

    ( Comme l’amitié, le sens de l’entr’aide : c’est pourquoi je propose que tous les animaux deviennent  vrais, en particulier le cheval de bois, qui est si gentil. Et ils pourront se retrouver dans les bois, les champs, jouant tous ensemble, heureux, en paix après tant d’émotions ! ) .

    Un livre merveilleux, tendre, émouvant, qui contribue à la légende du doudou  cher aux  petits !

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • LES DEUX GALETTES

    LES DEUX GALETTES - .........DE GIAMBATTISTA BASILE - (1566-1632)

    Giambattista Basile (1566-1632)

    ***

    Le Doie Pizzelle

    LES DEUX GALETTES - .........DE GIAMBATTISTA BASILE - (1566-1632)

    Il y avait une fois deux sœurs, Luceta et Troccola, qui avaient deux filles... Martiella et Puccia. Martiella était aussi belle de figure que de cœur... Au contraire et d’après la même règle, Puccia avait... Une figure à glands1et un cœur méchant comme la peste.

    D’ailleurs, la mariée ressemblait à ses parents2, et c’est pourquoi...

    La mère Troccola était une harpie au dedans et au dehors.

    Or, il arriva que Luceta eut à faire cuire quatre carotte...

    Pour les préparer à la sauce verte ; elle dit à sa fille :

    — Ma Martiella, va à la fontaine et rapporte-moi une cruche d’eau.

    — Volontiers, maman, répondit la fille, mais, si tu le veux bien...

    Donne-moi une galette, que je la mange avec cette eau fraîche.

    — Je le veux bien, dit la mère et, dans le panier qui était pendu au crochet, elle prit une belle galette...

    Qu’elle avait faite la veille en cuisant le pain et la donna à Martiella.

    Celle-ci mit un coussinet sur sa tête, y posa sa cruche et s’en fut...

      À la fontaine, qui, pareille à un charlatan sur un banc de marbre..

      À la musique d’une cascatelle, vendait des secrets pour étancher la soif.

    Tandis que la jeune fille remplisait la cruche, arriva une vieille qui, sur la scène de son dos voûté...

    Représentait la tragédie du temps3.

    En voyant cette belle galette où Martiella s’apprêtait à donner un coup de dent, elle dit :

    — Ma chère fille, pour que le ciel te bénisse, donne-moi un peu de ta galette...

    — La voici tout entière, répondit Martiella avec un geste de reine.

    Mange-la, ma digne femme. Je n’ai qu’un regret, c’est qu’elle ne soit pas...

    Pétrie de sucre et d’amandes, car je te la donnerais également de tout cœur.

    Touchée de tant de bonne grâce, la vieille repartit...

    — Que le ciel te récompense de ta générosité !

    Je prie les étoiles que tu sois toujours heureuse et contente.

    Quand tu ouvriras la bouche, qu’il en sorte des roses et des jasmins ;

    Quand tu te peigneras, qu’il tombe de ta tête...

    Des perles et des grenats, et quand tu poseras le pied...

    Sur la terre, qu’il y naisse des lis et des violettes.

    La jeune fille la remercia et retourna au logis.

    Sa mère alors ayant préparé le dîner, elle donna satisfaction aux besoins du corps.

    La journée passa ; le matin suivant, comme le soleil étalait au marché des champs célestes...

    Les provisions de lumière qu’il apporte de l’Orient...

    Martiella voulut se peigner et vit tomber de sa tête une pluie de perles et de grenats.

    Toute joyeuse, elle appela sa mère et les mit dans une corbeille.

    Luceta alla en vendre une grande partie chez un banquier de ses amis. 

    Il arriva que Troccola vint voir sa sœur. Trouvant Martiella...

    Tout occupée et affairée parmi ses perles, elle demanda...

    Comment, quand et où elle les avait eues.

    La jeune fille ne savait pas troubler l’eau4, et peut-être ignorait-elle le proverbe...

    « Ne fais pas tout ce que tu peux, ne mange pas autant...

    Que tu veux, ne dépense pas tout ce que tu as...

    Ne dis pas tout ce que tu sais. »

    Elle conta l’affaire de point en point à sa tante.

    Celle-ci ne s’amusa pas à attendre sa sœur et elle retourna en grande hâte à sa maison.

    Elle donna une galette à sa fille et l’envoya chercher de l’eau...

      À la fontaine, Puccia y trouva la même vieille...

    Qui lui demanda un peu de galette.

    Comme elle était révèche de sa nature, elle lui répondit...

    — Crois-tu que je n’aie rien de mieux à faire que de te donner de la galette ?

    As-tu bâtémon âne pour que je te donne mon bien ?

    Va, les dents nous sont plus proches que les parents.

    À ces mots, elle fit quatre bouchées de la galette..

    En se moquant de la vieille...

    Quand celle-ci vit avaler le dernier morceau et tout son espoir...

    Disparaître, elle entra en fureur et dit...

    — Va, quand tu ouvriras la bouche, puisses-tu écumer comme une mule de médecin ;

    Quand tu te peigneras, qu’il te tombe de la tête un tas de poux ;

    Quand tu poseras le pied sur la terre, puisses-tu faire naître ronces et orties !

    Puccia puisa de l’eau et s’en retourna au logis.

    Sa mère eut hâte de la peigner ;

    Elle étala sur ses genoux une belle serviette où elle mit la tête...

    De sa fille et elle commença à jouer du peigne.

    Or, voici qu’il chut une averse de ces animaux alchimistes qui arrêtent le vif-argent6.

    À cette vue, la mère à la glace de l’envie ajouta le feu de la colère...

    Et elle jeta des flammes et de la fumée par le nez et par la bouche.

    Quelque temps après, Ciommo, le frère de Martiella, se trouvait à la cour du roi de Chiunzo.

    Comme on discourait de la beauté des femmes, il s’avança sans qu’on lui demandât son avis...

    Et dit que toutes les belles iraient porter leurs os au cimetière...

    Dès que paraîtrait sa sœur ; que celle-ci n’était pas douée seulement...

    Des charmes du corps qui font le contre-point sur le plain-chant...

    D’une belle âme, mais que de plus elle possédait, dans les cheveux, la bouche et les pieds...

    Une vertu qui lui avait été donnée par une fée.

    En entendant de pareils éloges, le roi dit à Ciommo de faire tenir sa sœur.

    S’il la trouvait digne d’être mise sur un piédestal...

    Il la prendrait pour femme...

    Ciommo n’eut garde de perdre une si bonne occasion.

    Il envoya tout de suite un courrier conter la chose à sa mère et l’engager à partir sur-le-champ...

    Avec sa fille pour qu’elle ne manquât pas sa fortune.

    Luceta, qui était malade, confia la brebis au loup et pour tel et tel motif pria sa sœur de lui faire le plaisir...

    D’accompagner Martiella jusqu’à la cour de Chiunzo.

    Voyant que l’affaire tombait à point en son pouvoir, Troccola promit à sa sœur...

    De remettre sa nièce saine et sauve aux mains de Ciommo.

    Elle s’embarqua donc avec Martiella.

    Quand on fut au milieu de la mer, pendant que les matelots dormaient...

    Elle précipita sa nièce dans les flots.

    Comme l’infortunée allait faire le plongeon, il survint une fort belle sirène...

    Qui la prit dans ses bras et l’emporta.

    Lorsque Troccola arriva à Chiunzo, Ciommo reçut sa cousine...

    Comme si elle eût été Martiella.

    Il n’avait pas vu sa sœur depuis si longtemps qu’il avait oublié ses traits.

    Il la conduisit tout de suite devant le roi.

    Celui-ci la fit peigner et il commença de tomber une pluie de ces animaux...

    Si ennemis de la vérité que toujours ils offensent les témoins7

    Alors il la regarda et vit que la fatigue du chemin la faisait haleter si fort...

    Que sa bouche paraissait savonneuse et ressemblait à une cuvé de lessive.

    Il baissa les yeux à terre et fut surpris d’apercevoir un pré d’herbes fétides...

    Dont l’aspect seul lui donnait mal au cœur.

    Furieux, il chassa Puccia, ainsi que sa mère, et envoya Ciommo garder les oies de la basse-cour.

    Désolé de cette affaire, ne sachant pas ce qui était arrivé, Ciommo menait les oies par la campagne.

    Il les laissait aller à leur guise tout le long du rivage de la mer et se retirait sous un chaume où...

    Jusqu’au soir, au moment de rentrer, il déplorait son malheur.

    Mais, tandis que les oies se promenaient ainsi sur le rivage, Martiella sortait de l’onde :

    Elle les gavait de fine pâtisserie et les abreuvait d’eau de rose ;

    Les oies étaient devenues grosses comme des moutons, au point qu’on ne leur voyait plus les yeux.

    Lorsque le soir elles arrivaient au jardinet qui fleurissait sous, la fenêtre du roi...

    Elles se mettaient à chanter : Pire, pire, pire.

    Fort beau est le soleil ainsi que la lune...
    Plus belle encore est celle qui nous nourrit.

    Le roi, qui entendait tous les soirs cette musique d’oisons, fit appeler Ciommo...

    Et voulut savoir où, comment et de quoi il nourrissait ses bêtes. 

    — Je ne leur donne rien d’autre, répondit-il, que l’herbe fraîche des champs.

    Mais le roi ne se contenta pas de cette réponse, et il envoya sous main un serviteur fidèle...

    Pour observer où Ciommo conduisait son troupeau.

    Celui-ci suivit sa trace : il le vit entrer dans la chaumine et laisser les oies toutes seules.

    Elles s’en allèrent vers le rivage et, à leur arrivée, Martiella sortit de la mer...

    Si belle que plus belle ne sortit pas des flots la mère de cet aveugle qui...

    Comme dit le poète, ne veut point recevoir d’autre aumône que celle de nos pleurs.

    À cette vue le serviteur du roi, tout ébahi et hors de lui-même, courut rendre compte à son maître...

    Du beau spectacle qu’il avait eu au théâtre de la mer.

    La curiosité du roi bondit au récit de cet homme.

    Elle lui donna envie d’aller en personne contempler ce tableau.

    Le matin, à l’heure où le coq, chef du peuple des oiseaux, les excite tous à armer les vivants...

    Contre la nuit, Ciommo se rendit avec les oies au lieu accoutumé ;

    Le roi le suivit, sans le perdre de vue, et la bande arriva au bord de la mer...

    Pendant que son gardien s’enfermait dans sa retraite habituelle.

    Le monarque vit alors paraître Martiella, qui donna à manger aux oies une corbeille de gâteaux...

    Leur fit boire un petit chaudron d’eau de rose...

    Et s’assit sur une pierre pour peigner ses cheveux.

    De sa chevelure tombèrent à poignées les perles et les grenats ;

    En même temps, de sa bouche sortait un nuage de fleurs...

    Et, sous ses pieds, les lys et les violettes formaient un tapis d’Orient.

    Le prince fit appeler Ciommo et, lui montrant Martiella, il lui demanda s’il connaissait...

    Cette belle jeune fille. Ciommo la reconnut, courut l’embrasser et...

    En présence du roi, lui fit conter toute la perfidie de Troccola, et comment l’envie...

    De cette vilaine peste avait réduit ce beau feu d’amour à habiter l’eau de la mer.

    On ne saurait dire le ravissement qu’eut le monarque d’avoir acquis ce magnifique joyau.

    Il avoua au frère de Martiella qu’il avait eu grandement raison de tant la louer..

    Et qu’il trouvait la réalité de deux tiers et plus supérieure à son récit.

    C’est pourquoi il estimait la jeune fille plus que digne d’être sa femme...

    Si toutefois elle daignait se contenter du sceptre de son royaume.

    — Que le Soleil de juillet le veuille8, répondit Martiella, et que j’arrive...

    Seulement à te servir en qualité de vassale de ta couronne !

    Mais ne vois-tu pas cette chaîne d’or que je traîne au pied ?

    C’est avec elle que la magicienne me tient prisonnière.

    Quand je prends l’air trop longtemps et que je m’attarde sur ce rivage...

    Elle tire dans la mer l’esclave qu’elle garde ainsi richement enchaînée.

    — Quel serait, demanda le roi, le moyen de t’arracher des griffes de cette sirène ?

    — Ce serait, répondit Martiella, de scier celle chaîne avec une lime sourde et de m’enfuir.

    — Attends-moi demain matin, répliqua le monarque, je viendrai avec l’instrument nécessaire...

    Et je te conduirai à mon palais...

    Où tu seras mon œil droit, le bijou de mon cœur et l’âme de mon âme9.

    Ils se donnèrent en s’embrassant un gage de leur amour.

    Alors elle se jeta dans l’eau et lui dans le feu, un feu tel qu’il n’eut pas une heure de repos en toute la journée.

    Quand la noire séquelle de la Nuit commença de faire le sabbat avec les étoiles, il ne ferma pas les yeux...

    Mais il passa le temps à se rappeler avec l’image de la mémoire les beautés de Martiella.

    Il promenait sa pensée des merveilles de sa chevelure aux miracles de sa bouche et aux prodiges de ses pieds.

    Il essaya l’or de ses grâces sur la pierre de touche de son jugement et le trouva de vingt-quatre carats. 

    Il maudissait néanmoins la Nuit qui tardait tant à achever la broderie qu’elle fait avec les étoiles ;

    Il s’en prenait au Soleil qui ne se hâtait pas de venir...

    Avec son carrosse de lumière, enrichir le palais des biens tant désirés, et apporter...

    Dans les appartements cette mine d’or qui devait fournir tant de perles et de fleurs.

    Mais tandis qu’il voyage ainsi sur mer, en pensant à celle qui est au fond de la mer...

    Voici qu’arrivent les pionniers du Soleil pour frayer la route ou doit passer l’armée de ses rayons.

    Le roi s’habilla et s’en fut, accompagné de Ciommo, au rivage où il trouva Martiella.

    Avec la lime qu’il avait apportée, il scia de sa propre main la chaîne qui retenait le pied de sa bien-aimée ;

    Mais il s’en fabriqua une autre plus forte autour de la poitrine.

    Il prit en croupe celle qui lui chevauchait le cœur et galopa vers le palais royal...

    Où, par son ordre, se trouvaient toutes les belles du pays...

    Qui la reçurent et l’honorèrent comme leur maîtresse. Il l’épousa et on fit une fête superbe.

    Comme on brûla quantité de tonneaux pour l’illumination, il voulut qu’on enfermât Troccola...

    Dans un baril, et c’est ainsi qu’elle expia sa trahison envers Martiella.

    Il fit ensuite venir Luceta et lui donna, de même qu’à Ciommo, de quoi vivre en grands seigneurs. 

    Puccia, chassée du royaume, fut réduite à la mendicité et, pour n’avoir pas su semer un peu de galette...

    Elle manqua toujours de pain, car c’est la volonté du ciel que...

    Qui n’a point pitié, pitié ne trouve...

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • .L’Arbre & La Pirogue -

    .L’Arbre & La Pirogue -

    Je vous invite à méditer sur un conte inspirant à propos...

    De deux besoins essentiels à chacun de nous...

    L’exploration & L’enracinement...

     On comprend ainsi que l’un et l’autre sont liés.

    Tout homme est tiraillé entre deux besoins, le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire du voyage...

    De l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre...

    C’est à dire de l’enracinement, de l’identité...

    Et les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre...

    Jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue.

    Mythe Mélanésien De L’île Du Vanuatu

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le Conte Chaud & Doux Des Chaudoudoux...

    Contient La Recette Du Bonheur !

    En ce temps-là, tout le monde vit très heureux et échange d’inépuisables chaudoudoux.

    Les chaudoudoux symbolisent l’amour, la bienveillance, la confiance, la gentillesse...

    L’altruisme et autres émotions agréables. Bref, tout ce qui alimente le bonheur.

    Les chaudoudoux s’échangent librement.

    Ils sont en quantité illimitée dans cet environnement fertile et chaleureux.

    Ils sont indispensables à la bonne santé.

    Un manque de chaudoudoux peut déclencher...

    Des maux, de la déprime et même la mort !

    Lorsqu’on a besoin d’un chaudoudoux, il suffit de le demander, tout simplement.

    Mais une personne n’est pas contente d’assister...

      Àcette débauche de bonheur : la sorcière Belzépha.

    Elle éprouve de la colère car plus personne ne lui achète de philtres ni de potions.

    Alors, elle va glisser quelques gouttes de poison verbal dans l’oreille de Thimothée...

    « Vois-tu tous les chaudoudoux que Marguerite (sa femme)...

    donne à Charlotte (sa fille) ?

    Tu sais, si elle continue comme cela, il n’en restera plus pour toi ! »

    La sorcière distille donc du doute et de la peur dans l’esprit des individus.

    Ceux-ci vont entrainer de la suspicion, de l’avarice, de la jalousie, des reproches et des plaintes.

    Ces émotions désagréables se répandent peu à peu tant et si bien que les gens...

    N’échangent bientôt presque plus de chaudoudoux, de crainte d’en manquer.

    L’optimisme et l’innocence laissent place au pessimisme et à la tristesse.

    Pour compenser et soigner leur mal-être, les habitants achètent des philtres.

    La sorcière se frotte les mains : les affaires reprennent !

    Cependant, la situation se dégrade progressivement.

    L’absence de chaudoudoux provoque de nombreux décès..

    Ce qui alarme la machiavélique et vénale Belzépha.

    Un mort ne consomme plus rien, en effet… Elle fomente alors un nouveau plan...

    Elle distribue à chacun un sac qui ressemble beaucoup à un sac de chaudoudoux...

    Mais qui contient en réalité des froids-piquants. Ces froids-piquants ne font plus mourir les gens mais les rendent froids et hargneux.

    Pour survivre, certains doivent travailler dur pour payer des chaudoudoux que personne ne leur offre…ils y sacrifient leur liberté.

    Mais un jour, une femme gaie et épanouie arrive et se met à distribuer des chaudoudoux sans crainte d’en manquer.

    Les enfants l’aiment beaucoup et l’imitent...

    Les adultes, inquiets de ce gaspillage, votent une loi pour « protéger les enfants ».

    Mais ceux-ci continuent tout-de-même, n’écoutant que leur coeur et suivant le chemin de leur joie.

    Faisons Le Choix De La Bienveillance & De L’amour

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Folle (La) de Tréhoudy
    près de la Mettrie (Mayenne)
    (D’après « La Tradition », paru en 1904)
     
    ***********
     
    Près de Mayenne, au delà du village de la Mettrie, il existait sur les bords de l’Aron, un moulin appelé « Tréhoudy », qui a été détruitdepuis des siècles. Ce nom serait même perdu, s’il n’était resté attaché à une planche, qui permet de franchir la rivière en cet endroit et à la légende mettant en scène deux enfants du même village amoureux depuis leur plus jeune âge.

    Jardiau et Blouette étaient enfants du même village, de la monnerie de Tréhoudy et s’aimaient depuis le berceau, pour avoir, ensemble, joué, ri et pleuré, cherché des nids, cueilli des mûres, mordu tour à tour aux mêmes fruits. Il était grand, aussi fort qu’un bâton de mêlier ; elle, petite et mincette. Quand, pour lire dans « la Croi de Dieu », ils allaient au bourg d’Aron, par le chemin de la Mettrie, il la passait sur son dos aux mauvais pas, ou bien avançait son sabot pour qu’elle y posât le pied. Tous deux se regardaient : Jardiau était fier, Blouette souriait.

    Jardiau eut dix-huit ans, Blouette seize, et ils continuaient de s’aimer : l’amour avait, à leur insu, cheminé du cœur de l’un au cœur de l’autre. Elle était brune et jolie, mais le regard qui jaillissait de ses prunelles un peu fauves, avait parfois des langueurs troublantes, qu’il fut perdu dans le bleu du ciel ou abaissé sur les bouleaux, dont le reflet grêle trempait dans le bief du moulin.

    D’ordinaire, pensive, Blouette parlait peu et n’avait que des éclairs de gaieté. D’aucuns l’appelaient : « la belle qui dort » ; d’autres « la belle qui soupire », et personne ne la recherchait, quoiqu’elle fût bonne et douce. On n’aime chez nous que les filles qui ont le sang aux joues et le rire aux dents. Elle ne levait pas les yeux quand Jardiau l’abordait. Quelquefois, lorsqu’elle revenait de la fontaine, à la chute du jour, il la rejoignait à la dérobée et se chargeait de sa buire, qu’il portait jusqu’à l’entrée du village. Ils n’échangeaient que quelques paroles rapides, indifférentes, et se quittaient par un « bonsoir Blouette, bonsoir Jardiau », sans plus, mais leurs cœurs, un instant rapprochés, avaient battu plus près l’un de l’autre et c’était assez pour leur joie d’un ou deux jours.

    Cet amour de jouvenceau qui n’ose, de jouvencelle pudique, dura plusieurs années. Un dimanche pourtant que Blouette cueillait des brindilles de genêts pour s’en faire un balai, et que, près de là, Jardiau, par passe-temps cherchait des noisettes, il vint à elle et lui dit : « Quand nous marierons-nous ? » Elle répondit : « Quand nous pourrons ! » et devint plus rouge qu’un coquelicot.

    La rivière Aron à Buchaud (Mayenne)
    La rivière Aron à Buchaud (4 km du bourg d’Aron), en Mayenne

    Les voisins plaisantaient de cette affection discrète et silencieuse. Qu’attendaient nos amoureux pour s’épouser ? Qu’ils eussent gagné cinquante écus, afin de se mettre en ménage. L’argent était rare autrefois et Blouette ne gagnait que quelques deniers par jour : pourtant elle filait du lever au coucher du soleil. Ils souffraient dans l’espoir d’un bonheur à venir, sans se douter qu’ils caressaient une chimère.

    L’espérance est une molle berceuse, qui endort l’homme dans la quiétude et le réveille souvent dans les tourments. Jardiau reçut l’ordre de se rendre à l’armée du roi, et il lui fallut en trois jours dire adieu à père, à mère, à frères, à sœurs, à l’âtre de sa chaumière, aux grands arbres de la fontelaie, aux ajoncs et aux bruyères de la lande, et le vin que lui versa le sergent du roi ne le consola point.

    La veille de son départ, il vint, sur le soir, trouver Blouette à la fontaine. En s’abordant, leurs yeux roulèrent des larmes. Ils allèrent l’un près de l’autre, le long du bief, sans parler, lui tremblant, elle frissonnante.

    — M’attendras-tu, lui dit Jardiau ?

    — Oui, reprit-elle.

    Et leurs regards se marièrent un instant, ce qu’ils n’avaient pas fait depuis qu’ils étaient petits. Il ajouta en avançant les lèvres : « Veux-tu ? » et avant qu’elle n’eût répondu, il la serra dans ses bras et lui donna un long baiser sur la joue. Elle, prit la main de son fiancé et y déposa deux pièces d’argent et une médaille de la Vierge qu’elle portait à son cou : c’était tout ce qu’elle possédait. Puis, ils se quittèrent en se disant : Nous nous aimerons toujours !

    Le lendemain, Jardiau s’en alla à Mayne (forme ancienne du nom de Mayenne), accompagné de ses frères, et Blouette qui le guettait, blottie derrière une haie du chemin, le vit passer. Il chantait, le soldat du roi, puis s’arrêtait par instant pour étouffer un sanglot et s’essuyer les yeux du revers de la main.

    Après le départ de son promis, Blouette devint plus blanche que les liserons des bois, mais, chose étrange, la joue sur laquelle avait été déposé le baiser de Jardiau, resta empourprée comme d’une fleur de pommier. Les jours et les semaines passèrent et cette efflorescence demeura : l’empreinte avait été frappée au feu brûlant des lèvres de son ami.

    Les commères des alentours la plaisantèrent, et l’une d’elle avança qu’elle avait une marque du diable. A ces moqueries, Blouette ne répondait rien, joyeuse en son âme de porter cette fleur de baiser, qui était un souvenir toujours vivant de la tendresse de son bien-aimé.

    Jardiau et Blouette ne devaient plus se revoir. Lui fut tué à l’armée du roi et la nouvelle en arriva au pays. Blouette l’apprit et ses yeux s’ouvrant démesurément, elle regarda fixement devant elle et ne pleura pas. Elle ne pleura jamais, mais n’eut plus pour personne le moindre sourire. La douleur figea ses joues, tarit ses larmes et peu après elle perdit la raison.

    Tous les soirs, en allant à la fontaine, elle s’arrêtait longtemps à l’endroit où Jardiau lui avait dit son dernier adieu, et là elle écoutait. Son oreille troublée s’emplissait confusément de plaintes, de soupirs, de bruits de baisers, alors que dans le calme de la fin du jour, on n’entendait que les pleurs du gâtoir du moulin et le cri des orfraies.

    Pendant le jour, elle errait çà et là, la tête penchée et dolente, fuyant le monde, cueillant des fleurs, ou se faisant des colliers et des couronnes de torsades de houblons et de clématites sauvages. Dans les ombres du crépuscule, elle découvrait, disait-elle, le visage de Jardiau, le mirodait au clair de lune, jusque dans les ondes moirées d’argent des remous de la rivière. Sa figure s’empourprait alors un instant, puis s’éteignait dans une pâleur livide.

    Un soir, l’infortunée crut l’apercevoir mouvant et voltigeant dans un feu follet. Elle se précipita vers l’apparition, sans songer au danger qui l’environnait et poussa tout à coup un grand cri. Elle était tombée dans le bief. On l’en retira, mais quelques jours après, la vie s’échappait de ses lèvres au moment où elle venait de prononcer le nom de son fiancé et celui de la Vierge Marie.

    C’est ainsi que Blouette mourut de mal d’amour, disait la vieille paysanne, qui nous contait cette légende. Elle ajoutait : « On laisse trop les petits enfants s’amignonner, et l’on en rit. En grandissant, il arrive que leurs cœurs se prennent, se serrent et s’unissent à ne pouvoir les séparer. Ce sont des branches nouées ; lorsqu’on coupe l’une d’elles, l’autre périt. »

    Depuis ce temps-là, quand une fille d’Aron est garçonnière ou a des tendresses trop tôt écloses, sa mère ne manque pas de lui dire : « Malheureuse, tu me fais honte, tu finiras comme la folle de Tréhoudy ! »

    Google Bookmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique