• La Besace

    Jupiter dit un jour : "Que tout ce qui respire
    S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur :
    Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,
    Il peut le déclarer sans peur ;
    Je mettrai remède à la chose.
    Venez, Singe ; parlez le premier, et pour cause.
    Voyez ces animaux, faites comparaison
    De leurs beautés avec les vôtres.
    Etes-vous satisfait? - Moi ? dit-il, pourquoi non ?
    N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ?
    Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché ;
    Mais pour mon frère l'Ours, on ne l'a qu'ébauché :
    Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. "
    L'Ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre.
    Tant s'en faut : de sa forme il se loua très fort
    Glosa sur l'Eléphant, dit qu'on pourrait encor
    Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ;
    Que c'était une masse informe et sans beauté.
    L'Eléphant étant écouté,
    Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles.
    Il jugea qu'à son appétit
    Dame Baleine était trop grosse.
    Dame Fourmi trouva le Ciron trop petit,
    Se croyant, pour elle, un colosse.
    Jupin les renvoya s'étant censurés tous,
    Du reste, contents d'eux ; mais parmi les plus fous
    Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes,
    Lynx envers nos pareils, et Taupes envers nous,
    Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes :
    On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain.
    Le Fabricateur souverain
    Nous créa Besaciers tous de même manière,
    Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui :
    Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
    Et celle de devant pour les défauts d'autrui.
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  • L’or du Dourduff

    L’or du Dourduff..........

     

    Il y a mille fois longtemps, un navire corsaire est allé par le fond dans l’anse du Dourduff, à l’entrée de la rivière Morlaix, avec un chargement de doublons d’or. Depuis, quand les vagues se gonflent sous le vent, brassant les épaves des abîmes, le fantôme du capitaine prend le quart sur une haute roche noire et veille sur le trésor englouti. N’essayez pas d’y monter vous-même, car il vous pousserait dans le vide et vous iriez rejoindre les doublons. C’est le Pousseur du Dourduff, fatal aux assoiffés de l’or, et vous ne seriez pas sa première victime.

    Près de là se dressait, jadis, un sombre manoir où vivait un vieux sire avec sa fille unique. Elle avait nom Igilt. Grande était sa beauté de brune aux yeux bleu-de-lin, plus grande encore son ambition. Son père aurait désiré la marier à un homme de bien, mais, à moins d’être né prince ou duc, il ne fallait pas songer à lui passer l’anneau. Elle n’avait que mépris pour les prétendants médiocres. On la disait sorcière parce qu’elle apparaissait souvent debout sur le rocher du fantôme où personne, jamais, n’aurait osé se risquer.

    Bien des jeunes hommes accomplis passaient en barque devant le Dourduff dans l’espoir que le regard bleu-de-lin d’Igilt s’arrêterait sur eux avec seulement une ombre de complaisance. Mais tous étaient pour elle comme cailloux de grève. Certains, plus durement épris que les autres, s’enhardirent jusqu’à la requérir d’amour. Elle menait le prétendant égaré vers le rocher noir, au pied duquel venaient s’abattre les vagues de plomb:

    Ma corbeille de noce est au fond de cette eau, dans les flancs du navire perdu. C’est la seule qui vaille mon prix. Va me chercher l’or et je suis à toi!

    Le malheureux plongeait au gouffre, la main fantôme du Pousseur entre les épaules. Aucun ne remonta jamais. Et, désormais, pour les gens apeurés qui fuyaient son approche, la brune Igilt devint la Fiancé des Morts.



    À force de guetter et d’attendre le Prince, il vint un jour où le Prince apparut sur la mer. Il venait d’Hybernie et s’appelait Yvor. Par ordre de son père, un conseiller très sage était à ses côtés car la jeunesse est l’âge périlleux. La dure Igilt, bâtie au sable de l’orgueil, Igilt aux yeux bleu-de-lin fut touchée au coeur. Trois jours de suite, sur le rocher noir, elle écouta les douces paroles d’Yvor. Elle avait oublié sa corbeille de noce.

    Pendant trois jours, du Dourduff à Morlaix, le conseiller très sage du prince Yvor sut délier les langues. Puis, il alla trouver le vieux sire:

    Le prince Yvor désire votre fille pour épouse. Mais le roi, son père, exige une dot de mille doublons. Pensez à les rassembler

    Hélas, je ne possède que ce vieux donjon. Si j’avais seulement autant de pièces d’or que de corbeaux dans mon échauguette!

    Peut-être votre fille saura-t-elle où prendre sa dot! dit le conseiller très sage.

    Quand Igilt apprit la condition de son bonheur, elle sut que le châtiment était là et se tête se perdit. Elle courut au rocher. Il lui semblait voir miroiter, sous la lune, les doublons d’or au fond de l’eau. Elle plongea, désespérée, ramena une poignée de sable, se laissa couler à nouveau, reparut, les mains pleines de gravier dérisoire:

    J’aurai bientôt la somme entière!

    Et la mer l’engloutit.

    Au fond de l’anse de Dourduff, la Fiancée des Morts repose entre ses prétendants, sur un lit de doublons. Et, sur la haute roche noire, le fantôme du capitaine a repris son tour de veille.

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  • L’or de chat

    L’or de chat          conte Breton

    L’or de chat

     

    Au pays de Saint-Malo, il y avait naguère plus de fées dans la mer et sur les grèves qu’on ne comptait de bergères à garder les moutons dans les landes et sur les caps. Si j’ai bien compris la leçon des vieilles légendes, ce sont ces fées malouines qui ont légué aux filles de l’endroit le goût des belles robes. Les rubans d’argent clair qui brillent à la surface des eaux de la baie, dans le calme qui suit les tempêtes, ces rubans qu’on nomme sentes de la Vierge ont d’abord été les longues traînes des manteaux merveilleux dont aimaient se pouiller les Dames de la Mer. Mais ces coquettes, comme vous l’allez voir, n’avaient pas trop de méchanceté.

    Un soir de lune, sur les mielles de Paramé, une troupe de fées se livraient à la danse ronde, qui est leur passe-temps favori depuis toujours. Il arrive que douze jeunes gens étaient en fête, la même nuit. Quand ils furent un peu chauds de boire, une folie leur monta dans la tête; ils décidèrent d’aller inviter à la contredanse, farauds qu’ils étaient, les belles fées des grèves. Celles-ci ne crurent pas devoir refuser. Une fée est femme et toujours secrètement flattée de la recherche des hommes. Mais, au cours de la danse (qui étaient donc les sonneurs?), elle s’aperçurent que les garçons avaient le souffle court et les jambes de laine. Alors, elles entrèrent en fureur. D’un coup de leur baguettes, elles changèrent les malappris en six gros matous noirs et six chattes blanches. Doit-on croire que, dans la douzaine de jeunes gens, il y avait la moitié de filles? La légende ne le dit pas clairement. Si c’était vrai, cela montrerait aussi que les fées sont jalouses.

    Mais quand elles virent les pauvres animaux miauler de détresse en tournant autour de leurs queues, la bonté naturelle des fées de Saint-Malo leur attendrit le coeur. Elles promirent aux farauds de les rétablir dans leur forme première aussitôt qu’ils auraient filé, pour chacune d’elles, un manteau d’or et une robe d’argent tissés dans le seul mica de la grève. La tâche n’eut pas été longue ni difficile, car des yeux de chat eussent tôt fait de trier, au long du sable étincelant sous la lune, les milliers de miroirs blancs et jaunes dont ils devaient lever les habillements des Dames de la Mer. Mais les fées leur précisèrent qu’ils ne pourraient filer que pendant où les douze coups de minuit sonneraient à Saint-Malo.

    Les six matous et les six chattes se mirent au travail sans attendre. Chaque nuit, entre le premier et le douzième son de cloche, un ronflement s’élevait sur les grèves, doux et régulier. Ceux qui marchaient de ce côté pouvaient voir, à certains endroits, des coulées d’or et d’argent, comme si l’eau des sables ruisselait de paillettes. Sous leurs peaux de chat, c’étaient les douze Malouins (peut-être six Malouines!) qui filaient à perdre haleine l’écaille des micas. Depuis ce temps, quand un minet somnole auprès de l’âtre et ronronne, assis sur sa queue, on dit qu’il file son rouet. Et, si les filles de la maison le prennent volontiers sur leurs genoux et le caressent à main douce, c’est sans doute qu’elles en attendent une robe d’argent et un manteau d’or.

    Lorsque toutes les fées furent habillées de pied en cap, on dit qu’elles frappèrent les chats de leur baguette et en refirent des humains. On ne dit pas s’ils retrouvèrent leurs amis et leur parents ou si plusieurs siècles avaient passé sur leur tête. M’est avis qu’ils se gardèrent, désormais, d’aller sur la grève quand ils étaient chauds de boire et même sans avoir bu. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il est très rare de voir de vrais chats s’égarer sur le sable de mer. À Saint-Malo, pourtant, argent de chat est resté le nom du mica gris. Quand ce mica s’allume d’un reflet blond, il devient  “l’or de chat”, dont se tissait le manteau d’apparat des Dames de la Mer.

     

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  • Les trois arbres

    ************

    Il était une fois, au sommet d’une montagne,

    trois petits arbres qui rêvaient de ce qu’ils voulaient devenir quand ils seraient grands.

    Le premier petit arbre regarda les étoiles et dit:

    — Je voudrais contenir un trésor. Je veux être couvert d’or et rempli de pierres précieuses.  Je serai le plus beau coffre au monde !

    Le deuxième petit arbre regarda le ruisselet qui s’écoulait doucement vers l’océan et dit :

    — Je voudrais voyager en haute mer et transporter des rois puissants. Je serai le bateau le plus solide au monde !

    Le troisième petit arbre abaissa son regard vers la vallée où des hommes et des femmes

    s’affairaient dans la cohue d’une ville.

    — Pas question de quitter la montagne, décida-t-il. Je veux devenir si grand que les gens qui s’arrêteront pour me regarder, lèveront les yeux au ciel et penseront à Dieu. Je serai le plus grand arbre au monde !

    Les années passèrent. La pluie tomba, le soleil brilla, et les petits arbres grandirent. Un jour,

    trois bûcherons gravirent la montagne.

    Le premier bûcheron regarda le premier arbre et s'extasia:

    — Cet arbre est très beau. C’est exactement ce qu’il me faut. Et d’un coup de sa hache

    étincelante, il abattit le premier arbre.

    — Maintenant on va faire de moi un beau coffre ! Je vais contenir des trésors merveilleux ! Se dit le premier arbre.

    Le deuxième bûcheron regarda le deuxième arbre et dit:

    — Cet arbre est solide. C’est exactement ce qu’il me faut. Et d’un coup de sa hache étincelante, il abattit le deuxième arbre.

    — Maintenant je vais naviguer en haute mer, se dit le deuxième arbre. Je vais être un navire solide pour de puissants rois !

    Le troisième arbre frémit quand

    le dernier bûcheron regarda dans sa direction. Il se tînt bien droit, de toute sa hauteur, pointant courageusement vers le ciel. Mais le bûcheron marmonna, sans même lever la tête:

    — N’importe quel arbre fera mon affaire. Et d’un coup de sa hache étincelante, il abattit le troisième arbre.

    Le premier arbre se réjouit quand le bûcheron le porta chez un menuisier. Mais le menuisier en fit une auge. L’arbre, jadis magnifique, ne fut pas couvert d’or ni rempli de trésor. Il fut couvert de sciure et rempli de foin pour nourrir les animaux de la ferme.

    Le deuxième arbre sourit quand le bûcheron le transporta sur un chantier naval. Mais aucun vaisseau puissant ne fut construit ce jour-là. A la place, l’arbre, jadis robuste, fut scié, martelé, et transformé en simple barque de pêche. Or celle-ci était trop petite et trop frêle pour naviguer sur l’océan, ou même en rivière. Au lieu de cela, elle fut acheminée au bord d’un lac.

    Le troisième arbre fut perplexe quand le bûcheron le scia pour en faire de grosses poutres, pour l’abandonner ensuite sur un chantier de bois.

    — Que s’est-il passé ? Se demanda l’arbre, jadis majestueux. Je ne demandais qu’à rester au sommet de la montagne et à pointer du doigt vers Dieu…

    Bien des jours et des nuits passèrent et les trois arbres finirent par oublier leurs rêves.

    Mais un soir, la lumière dorée des étoiles vint luire sur

    le premier arbre, alors qu’une jeune femme déposait son nouveau-né dans la mangeoire.

    — Si seulement je pouvais lui faire un berceau, chuchota son mari. La mère lui pressa la main et sourit tandis que la lumière des étoiles brillait sur le bois lisse et robuste.

    — Quelle belle crèche ! fit-elle. Et soudain le premier arbre réalisa qu’il contenait le plus grand trésor au monde.

    Un soir, un voyageur fatigué et ses amis s’entassèrent dans la vieille barque de pêche. Le voyageur s’endormit tandis que

    le deuxième arbre s’avançait calmement sur le lac. Bientôt un violent orage éclata. Le petit arbre frémit. Il savait qu’il n’avait pas la force d’amener tant de passagers à bon port par un tel vent et une telle pluie. L’homme endormi se réveilla. Il se leva, étendit la main, et commanda : “Calme-toi !”L’orage s’arrêta aussi vite qu’il avait commencé. Et soudain le deuxième arbre réalisa qu’il transportait le Roi du Ciel et de la Terre.

    Un vendredi matin,

    le troisième arbre fut surpris de se voir  arracher de la pile de bois oubliée.  Il se raidit quand on porta ses poutres au milieu d’une foule moqueuse et en colère. Il frémit d’horreur quand des soldats clouèrent sur lui les mains d’un homme. Quel monstre impitoyable semblait-on faire de lui ! Mais trois jours plus tard, au lever du soleil, alors que la terre tremblait de joie en-dessous de lui, le troisième arbre sut que l’amour de Dieu avait tout changé. Cet amour l’avait rendu fort. Et désormais, chaque fois qu'on penserait au troisième arbre, on penserait à Dieu. Assurément, c’était mieux que d’être l’arbre le plus haut du monde.

    — Auteur Inconnu

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  • La plume de Finist le fier faucon


    Finist le fier faucon

    Il était une fois un bonhomme qui avait trois filles, l'aînée et la deuxième coquettes, la benjamine modeste et bonne ménagère. Un jour, le père s'apprête à partir en ville et leur demande ce qu'elles veulent comme cadeau. L'aînée dit:

    - Achète-moi un coupon d'étoffe!

    La deuxième aussi.

    - Et toi, ma préférée, que veux-tu? - demande-t-il à sa benjamine.

    - Une plume de Finist le fier faucon.

    Il prend congé d'elles et se met en route; il achète du tissu pour deux de ses filles, mais ne trouve pas la plume de Finist le fier faucon. De retour à la maison, il remet ses emplettes aux aînées, qui en sont ravies.

    - Et toi, dit-il à la benjamine, je n'ai pas trouvé la plume que tu voulais.

    - Tant pis, répond-elle, tu auras peut-être plus de chance la prochaine fois.

    Les deux coquettes se confectionnent des robes et rient de la benjamine qui ne dit mot.

    Le père s'apprête de nouveau à partir en ville et leur demande:

    - Alors, mes filles, que voulez-vous que je vous rapporte?

    L'aînée et la deuxième réclament un fichu, la benjamine dit:

    - Achète-moi, mon père, une plume de Finist le fier faucon.

    Le père se rend à la ville, achète deux fichus mais n'a pas vu la plume. De retour à la maison, il dit:

    - Hélas, ma fille, je n'ai toujours pas la plume que tu voulais!

    - Tant pis, mon père, tu auras plus de chance la prochaine fois.

    Le père s'apprête encore à partir en ville et leur demande:

    - Dites-moi, mes filles, ce que vous voulez que je vous rapporte.

    Les deux aînées répondent:

    - Achète-nous des boucles d'oreilles.

    La benjamine répète:

    - Achète-moi une plume de Finist le fier faucon.

    Le père achète des boucles d'oreille en or, cherche avec zèle la plume, mais nul n'en a entendu parler; il rebrousse chemin, désolé. Aux portes de la ville, il rencontre un petit vieux avec une petite boîte dans les mains.

    - Qu'as-tu là, vieux?

    - Une plume de Finist le fier faucon.

    - Combien en demandes-tu?

    - Mille roubles.

    Le père paye la somme et se hâte de rentrer avec la petite boîte. Ses filles l'accueillent.

    - Eh bien, ma préférée, - dit-il à la benjamine, - j'ai enfin le cadeau; tiens, le voilà!

    La benjamine faillit sauter de joie, prit la boîte, la couvrit de baisers, la pressa sur son cour. Après souper, tout le monde s'en va dormir; la benjamine, retirée dans sa chambre, ouvre la boîte, la plume de Finist le fier faucon s'en échappe aussitôt, s'abat sur le sol et se change en un beau tsarévitch. Ils échangent des propos tendres, amoureux. Les soeurs aînées les entendent et questionnent:

    - Avec qui parles-tu, soeurette?

    - Avec moi-même! - répond la belle.

    - Ouvre donc!

    Le tsarévitch s'abat sur le sol et redevient plume; elle la remet dans sa boîte et ouvre la porte. Ses soeurs fouinent dans tous les coins - personne! Sitôt qu'elles sont ressorties, la belle ouvre la fenêtre, sort la plume et lui dit:

    - Vole, ma plume, dans les champs; prends ta liberté en attendant!" La plume se change en un faucon et s'envole.

    La nuit suivante, Finist le fier faucon revient auprès de sa belle; ils tiennent de joyeux propos. Les soeurs aînées qui les ont entendus courent prévenir leur père:

    - Papa! Notre soeur reçoit quelqu'un de nuit; il est justement là, qui cause avec elle.

    Le père se lève, se dirige vers la chambre de sa benjamine, y pénètre... Mais le tsarévitch déjà redevenu plume est dans la boîte.

    - Ah, coquines! - gronde-t-il à l'adresse de ses filles aînées. Qu'est-ce que ces calomnies? Occupez-vous plutôt de vos affaires!"

    Le lendemain, les deux soeurs ourdissent un complot: la nuit venue, elles dressent une échelle, ramassent des couteaux tranchants, des aiguilles, et en garnissent la fenêtre de la benjamine. Finist le fier faucon arrive, tente en vain d'entrer par la fenêtre et se blesse les ailes.

    - Adieu, ma belle! - dit-il. Si tu veux me retrouver, cherche-moi loin, très loin, tout au bout du monde. Tu useras trois paires de souliers de fer, casseras trois bâtons de fonte et mangeras trois pains de pierre avant de m'avoir rejoint!

    Or, la belle est endormie: elle entend bien, à travers son sommeil, ce triste discours, mais ne peut se lever. Le matin, à son réveil, elle voit sa fenêtre hérissée de couteaux et d'ai-guilles d'où goutte le sang. Elle joint les mains:

    - Mon Dieu! Ce sont mes soeurs qui ont blessé mon bien-aimé!

    Aussitôt elle quitte la maison. Elle court à la forge pour se fabriquer trois paires de souliers de fer et trois bâtons de pèlerin de fonte, s'approvisionne de trois pains de pierre et part à la recherche de Finist le fier faucon.

    Elle marche, marche, use une paire de souliers, casse un bâton, mange un pain de pierre; parvenue à une chaumine, elle frappe à la porte:

    - Patron, patronne! Hébergez-moi pour la nuit.

    Une vieille lui répond:

    - Sois la bienvenue, ma belle! Où vas-tu, mignonne?

    - Hélas, grand-mère! Je cherche Finist le fier faucon.

    - Ah, ma belle, tu auras du chemin à faire!

    Le lendemain matin, la vieille dit:

    - Va maintenant chez ma deuxième soeur, elle est de bon conseil; et voici ce que je te donne: un banc d'argent, un rouet d'or qui changera en fil d'or la filasse.

    Puis elle prend une pelote, la fait rouler sur le chemin et dit à la belle de la suivre. La jeune fille remercie et s'en va derrière la pelote.

    Au bout d'un certain temps, elle use la deuxième paire de souliers, casse le deuxième bâton, mange le deuxième pain de pierre; enfin, la pelote parvient à une chaumine. La jeune fille frappe à la porte:

    - Braves gens! Hébergez une pauvre fille pour la nuit.

    - Sois la bienvenue! - répond une vieille. - Où vas-tu, ma belle?

    - Grand-mère, je cherche le Finist le fier faucon.

    - Tu auras du chemin à faire!

    Le lendemain matin, la vieille lui remet un plat d'argent, un ouf d'or, et l'envoie chez sa soeur aînée qui, elle, sait où trouver le Finist le fier faucon.

    La belle prend congé de la vieille et repart; elle marche, marche, use la troisième paire de souliers, casse le troisième bâton, mange le dernier pain, avant que la pelote ne soit parvenue à une chaumine. La jeune fille frappe à la porte en disant:

    - Braves gens! Hébergez une pauvre fille pour la nuit.

    Une vieille apparaît:

    - Entre, ma jolie! Sois la bienvenue! D'où viens-tu, où vas-tu de ce pas?

    - Grand-mère, je cherche le Finist le fier faucon.

    - Ah, c'est très, très difficile de le retrouver! Il habite maintenant telle ville où il a épousé la fille d'une boulangère.

    Le lendemain matin, la vieille dit à la belle:

    - Voilà pour toi un métier et une aiguille en or: tu n'as qu'à tenir le métier, l'aiguille brodera toute seule. Allons, bonne chance, quand tu seras chez la boulangère, engage-toi comme servante.

    Sitôt dit, sitôt fait. La belle, arrivée à la boulangerie, s'engage comme servante; elle travaille à souhait, chauffe le four, porte l'eau, fait la cuisine. Sa patronne n'a qu'à s'en louer.

    - Dieu merci, - dit-elle à sa fille. - Nous avons une domestique gentille et zélée: elle fait tout sans qu'on la commande!

    Or, la belle, ses travaux de ménage terminés, prend le banc d'argent, le rouet d'or, et commence à filer; le fil qu'elle obtient est d'or pur. Ce voyant, la fille de la boulangère s'exclame:

    - Oh, ma belle! Tu ne me vendrais pas ton joujou?

    - Pourquoi pas.

    - Combien en veux-tu?

    - Laisse-moi passer la nuit avec ton mari.

    L'autre y consent. "Bah! - songe-t-elle. - Mon mari, on peut lui donner une potion à dormir, et avec ce rouet, mère et moi, nous ferons fortune!"

    Quant à Finist, il n'était pas à la maison; il a plané à longueur de journée dans les cieux et ne revient que sur le soir. On se met à table; la belle, en servant, ne le quitte pas des yeux; mais lui, le gars, ne la reconnaît pas. La fille de la boulangère lui verse de la poudre à dormir dans sa boisson, le fait coucher et dit à la domestique:

    - Va dans sa chambre pour chasser les mouches!

    La belle chasse les mouches et se lamente:

    - Réveille-toi, réveille-toi donc, mon Finist! C'est moi, ta belle, qui suis là; j'ai usé trois paires de souliers de fer, cassé trois bâtons de fonte, mangé trois pains de pierre en te cherchant, mon bien-aimé!

    Mais Finist dort, insensible; et la nuit se passe. Le lendemain, la belle prend son plat d'argent et y roule l'ouf d'or, qui se multiplie! La fille de la boulangère, affriandée, lui dit:

    - Vends-moi ton joujou!

    - Pourquoi pas.

    - Combien en veux-tu?

    - Laisse-moi passer la nuit de plus avec ton mari.

    - Bon, d'accord!

    Quant au Finist le fier faucon, il a encore plané à longueur de journée dans les cieux et ne revient que sur le soir. On se met à table; la belle, en servant, ne le quitte pas des yeux; mais lui, il semble ne l'avoir jamais connue. La fille de la boulangère lui verse la potion à dormir, le fait coucher et envoie la domestique chasser les mouches. Cette fois encore, elle a beau pleurer et l'appeler, il dort jusqu'au matin sans rien entendre.

    Le troisième jour, la belle a pris le métier à broder, et l'aiguille travaille toute seule, faisant un ouvrage magnifique. La fille de la boulangère, émerveillée, lui dit:

    - Vends-moi, ma belle, ton joujou!

    - Pourquoi pas.

    - Combien en veux-tu?

    - Laisse-moi passer la troisième nuit avec ton mari.

    - Bon, d'accord!

    Le soir, au retour de Finist le fier faucon, sa femme lui verse de la potion à dormir, le fait coucher et envoie la domestique auprès de lui pour chasser les mouches. La belle chasse les mouches et se lamente:

    - Réveille-toi donc, mon Finist! C'est moi, ta belle, qui suis là; j'ai cassé trois bâtons de fonte, usé trois paires de souliers de fer, mangé trois pains de pierre en te cherchant!" Mais le Finist le fier faucon dort, insensible.

    Elle pleure et l'appelle longuement; soudain, l'une de ses larmes tombe sur la joue de Finist, qui se réveille en sursaut:

    - Ah, dit-il, quelque chose m'a brûlé!

    - Finist, mon Finist le fier faucon, - lui répond la belle. - C'est moi qui suis là, j'ai cassé trois bâtons de fonte, usé trois paires de souliers de fer et mangé trois pains de pierre en te cherchant. Voici la troisième nuit que je te parle, mais toi, tu dors toujours, tu ne me réponds pas!

    Finist le fier faucon la reconnaît enfin et se sent transporté de joie. Ils décident de fuir sans tarder. Au matin, la fille de la boulangère trouve la chambre vide. Elle se plaint à sa mère qui fait atteler et se lance à leur poursuite. Elle roule, roule, passe chez les trois vieilles, mais n'arrive pas à rattraper Finist le fier faucon: il a disparu comme par enchantement!

    Les deux amoureux parviennent à la maison de la belle; Finist s'abat sur le sol et se change en plume; la belle la ramasse, la cache sur son sein et se présente à son père:

    - Oh, ma fille chérie! Je te croyais morte; où étais-tu tout ce temps?

    - En pèlerinage.

    Or, comme on est justement à la veille de la Semaine Sainte, le père et ses filles comptent aller aux matines.

    - Allons, mon enfant, dit-il à la benjamine, viens avec nous; c'est une si bonne journée.

    - Mon père, je n'ai rien à me mettre.

    - Prends nos atours, - lui proposent ses soeurs.

    - Hélas, soeurettes, ils ne sont pas à ma taille! J'aime mieux rester à la maison.

    Le père et les deux filles partis aux matines, la belle sort sa plume qui s'abat sur le sol et se change en tsarévitch. Il siffle en direction de la fenêtre, et aussitôt surgissent des vêtements, des parures, un carrosse doré. Ils s'habillent, montent en voiture et vont jusqu'à l'église. Là, ils se placent au premier rang; les gens se demandent quel est ce couple princier. A la fin de l'office, ils rentrent avant les autres; plus de carrosse, plus de vêtements, plus de parures, le tsarévitch est redevenu plume. Le père et ses deux filles reviennent.

    - Oh, soeurette! Tu as eu tort de ne pas nous accompagner à l'église, il y avait là un tsarévitch et une tsarevna de toute beauté.

    - Tant pis, mes soeurs! De vous entendre, j'imagine les avoir vus de mes yeux."

    Le lendemain, même chose; le surlendemain, au moment où le tsarévitch et la belle montent en carrosse, le père sort de l'église, il voit le carrosse s'arrêter devant sa maison et disparaître. A son retour, il interroge sa benjamine qui lui répond:

    - Me voilà obligée de tout avouer!

    Elle sort la plume, qui s'abat sur le sol et se change en tsarévitch. Là-dessus, on les marie.

    Finist le fier faucon

    Mythes

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  • La bonne femme avide


    La bonne femme avide

    Il était une fois un vieux et une vieille. Un jour, le vieux va couper du bois dans la forêt. Il choisit un vieil arbre et l'attaque à la hache. L'arbre lui dit:

    - Épargne-moi, brave homme! Je ferai tout ce que tu voudras.

    - Alors fais-moi riche.

    - D'accord; rentre chez toi, tu auras tout ce que tu veux.

    La bonne femme avide

    Le vieux, à son retour, trouve une izba neuve où règne l'abondance, de l'argent à plein panier, du blé pour des dizaines d'années, des vaches, des chevaux, des moutons qu'on ne compterait pas en trois jours!

    - Ah, mon homme, d'où est-ce que ça vient, tout ça?.. - demande la vieille.

    - Eh bien, femme, j'ai mis la main sur un arbre qui fait tout ce que je veux.

    Au bout d'un mois, la vieille en a assez de sa maison cossue.

    - A quoi sert d'être riches, quand on ne nous respecte pas! Le maire peut à tout moment nous envoyer en corvée et nous faire bastonner, si ça lui chante. Va demander à ton arbre de te faire maire.

    Le vieux prend sa hache, se dirige vers l'arbre et fait mine de vouloir l'abattre.

    - Que veux-tu? - demande l'arbre.

    - Être maire.

    - D'accord, va en paix!

    A son retour, des soldats sont là qui s'impatientent:

    - Où vadrouilles-ru, vieux shnock? Trouve-nous vite un cantonnement, et un bon. Allons, remue-toi!

    Et de le rosser du plat de leur épée. La vieille, le voyant ainsi malmené, lui dit:

    - Pour ce qu'on gagne à être la femme du maire! Des soldats t'ont battu, sans parler du seigneur, qui fait ce qui lui plaît. Va donc demander à ton arbre de te changer en seigneur et moi en grande dame.

    Le vieux prend sa hache, se dirige vers l'arbre et fait de nouveau semblant de l'abattre; l'arbre lui demande:

    - Que me veux-tu, brave homme?

    - Change-moi en seigneur et ma vieille en grande dame.

    - D'accord, va en paix!

    La vieille, devenue grande dame, finit par viser plus haut.

    - Pour ce qu'on gagne à être grande dame! Si toi, tu étais colonel et moi colonelle, ce serait différent, tout le monde nous envierait.

    Elle envoie derechef son homme vers l'arbre; il prend sa hache, se dirige vers l'arbre et fait encore semblant de vouloir l'abattre. L'arbre lui demande:

    - Que me veux-tu?

    - Change-moi en colonel et ma femme en colonelle.

    - D'accord, va en paix!

    Le bonhomme, à son retour, est nommé colonel. Au bout d'un certain temps, la vieille lui dit:

    - La belle affaire d'être colonel! Le général peut, si ça lui chante, te mettre aux arrêts. Va demander à ton arbre de te changer en général et moi en générale.

    Le vieux se dirige vers l'arbre et brandit sa hache.

    - Que me veux-tu? - demande l'arbre.

    - Change-moi en général et ma femme en générale.

    - D'accord, va en paix!

    Le vieux, à son retour, est nommé général. Au bout d'un certain temps, la vieille en a assez d'être générale; elle dit à son homme:

    - La belle affaire d'être général! Le tsar, si ça lui chante, peut te déporter en Sibérie. Va demander à ton arbre de te changer en tsar et moi en tsarine.

    Le vieux se rend auprès de l'arbre et brandit sa hache.

    - Que me veux-tu? - demande l'arbre.

    - Change-moi en roi et ma femme en tsarine.

    - D'accord, va en paix!

    Le vieux, à son retour, trouve des émissaires qui lui disent:

    - Le tsar est mort, c'est toi qu'on a élu à sa place.

    Lui et sa vieille ne régnent pas longtemps; la bonne femme, jamais contente, appelle son homme et lui dit:

    - La belle affaire d'être tsar! Dieu, si ça lui chante, peut te livrer à la mort et l'on te mettra en terre. Va dire à ton arbre de nous changer en divinités.

    Le vieux obéit. Après avoir entendu ces propos insensés, l'arbre répond dans un frémissement de feuillage:

    - Sois un ours et ta femme une ourse.

    Aussitôt, ils deviennent une paire d'ours et se sauvent dans les bois (1).

    ____________
    1. Un des dieux slaves, Vélès, avait l'aspect d'un ours (entre autres).

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  • Emélian le nigaud


    Emélian le nigaud

    Il était une fois un vieux qui avait trois fils, dont deux étaient intelligents et le troisième, Emélian, fort bête. Les frères travaillent, et Emélian reste couche sur le poêle et ne se soucie de rien. Un jour, les frères d'Emélian décident d'aller à la foire, et les belles-soeurs l'envoient puiser de l'eau. Le nigaud, couché sur le poêle, réplique:

    - Pas envie...

    - Vas-y, Emélian, sinon nous le dirons à nos maris, qui ne t'acheteront pas de cadeaux.

    - Bon, j'y vais

    Le nigaud finit par descendre du poêle, se chausse et s'habille. Fin prêt, il ramasse deux seaux, une hache, se rend à la rivière qui avoisine le village, et taille un trou dans la glace. Il remplit les seaux, les pose au bord du trou et s'attarde à regarder l'eau. Voici qu'il y aperçoit un brochet; il attrape le poisson à la main et le sort de l'eau

    - On en fera une bonne soupe!

    Soudain, le brochet lui dit en langage humain:

    - Emélian, relâche-moi; je t'enrichirai pour la peine.

    Emélian le nigaud

    Et le nigaud rit:

    - À quoi peux-tu servir? Non, je t'emporterai à la maison et te ferai cuire par mes belles-sours.

    Le brochet insiste:

    - Écoute, Emélian, rends-moi la liberté; en récompense, je réaliserai le moindre de tes désirs.

    - Bon, mais d'abord prouve que tu ne mens pas!

    Le brochet lui dit:

    - Emélian, Emélian, que désires-tu maintenant?

    - Je veux que mes seaux d'eau rentrent tout seuls à la maison, et qu'il n'y ait pas d'éclaboussures.

    Le brochet répond:

    - Retiens les paroles que je vais prononcer; les voici: comme le brochet le commande à ma demande.

    Emélian dit:

    - Comme le brochet le commande à ma demande, rentrez, les seaux, à la maison...

    Emélian le nigaud

    Au même instant, seaux et palanche escaladent la pente. Emélian relâche le brochet et suit les seaux. Ses voisins s'étonnent, et Emélian, lui, chemine sans un mot et rit en douce. Les seaux passent la porte, se posent sur le banc et le nigaud grimpe sur le poêle.

    Quelque temps après, ses belles-soeurs reviennent à la charge:

    - Emélian, qu'as-tu à paresser? Tu devrais aller fendre du bois.

    Le nigaud leur réplique:

    - Et vous alors?

    - Comment, et nous?.. Ce n'est pas notre tâche!

    - Pas envie...

    - Eh bien, tu n'auras pas de cadeaux.

    - Bon, j'y vais

    Le nigaud se lève, descend du poêle, s'empresse de se chausser et de se vêtir. Fin prêt, il gagne la cour, sort le traîneau de sous l'auvent, prend une corde et la hache, s'installe dans le traîneau et dit à ses belles-soeurs d'ouvrir le portail. Elles lui demandent:

    - Pourquoi n'as-tu pas pris le cheval?

    - Pas besoin de cheval.

    Elles ouvrent le portail, et Emélian dit tout bas:

    - Comme le brochet le commande à ma demande, traîneau, file dans la forêt!

    Aussitôt le traîneau débouche de la cour, sous les yeux des villageois ébahis de voir Emélian passer sans cheval à une bonne allure, comme s'il en avait eu pour le moins une paire! Etant donné que le chemin de la forêt passe par la ville, le nigaud la traverse; mais comme il ignore qu'on doit crier pour alerter les piétons, il se tait et en écrase un grand nombre; on lui court après sans parvenir à le joindre.

    Emélian le nigaud

    Il quitte la ville, pénètre dans la forêt, s'arrête, descend du traîneau et dit:

    - Comme le brochet le commande à ma demande, coupe du bois bien sec, hache, et vous, les bûches, entassez-vous tout seules sur le traîneau et attachez-vous!

    À peine a-t-il parlé que la hache se met à l'ouvre et les bûches s'entassent sur le traîneau et s'attachent. La besogne achevée, il ordonne à la hache de lui tailler une trique. Puis il remonte dans le véhicule et dit:

    -Allons, comme le brochet le commande à ma demande, rentre tout seul, mon traîneau!

    Aussitôt le traîneau part à une bonne allure; mais à la ville où le nigaud a écrasé du monde, on le guette pour lui sauter dessus; il est empoigné, tiré à bas du traîneau et rossé. Se trouvant en si mauvaise posture, il murmure:

    - Comme le brochet le commande à ma demande, ma trique, rosse-les!

    Aussitôt la trique se dresse et de bastonner la foule. Profitant de la débandade, le nigaud s'échappe; la trique le suit après avoir roué de coups les assaillants. Revenu au logis, le nigaud grimpe sur le poêle.

    Peu de temps après, les rumeurs parviennent finalement aux oreilles du tsar qui envoie à sa recherche un officier. Il entre dans l'izba d'Emélian et demande:

    - C'est toi Emélian le nigaud?

    Celui-ci répond du haut du poêle:

    - Que me veux-tu?

    - Habille-toi vite; je dois te conduire auprès du tsar.

    - Pas envie...

    L'officier, fâché, lui donne une gifle. Le nigaud murmure tout bas:

    Comme le brochet le commande à ma demande, trique, rosse-le!

    Aussitôt la trique se dresse et bastonne l'officier qui arrive à s'enfuir. Surpris et ne pouvant croire que le nigaud, à lui seul, ait eu raison de son émissaire, le tsar envoie l'un de ses boyards:

    - Ramène-moi le nigaud, ou je te coupe la tête!

    Le messager se met en route, achète raisins secs, pruneaux, pains d'épice et, sitôt arrivé au village d'Emélian, entre dans l'izba et questionne ses belles-soeurs:

    - Qu'aime-t-il, votre nigaud?

    - Seigneur, notre Emélian aime se faire prier avant de vous rendre service; il aime aussi les vestes rouges.

    Le messager offre au nigaud aisins secs, pruneaux, pains d'épice et dit:

    - Que fais-tu là couché, mon cher Emélian? Allons voir le tsar.

    - Je suis bien au chaud là où je suis!" Car il aime par-dessus tout la chaleur.

    - Viens, on te nourrira bien chez le tsar!

    - Pas envie...

    - Emélian, Emélian, le tsar te fera faire une veste rouges!

    Le nigaud réfléchit et dit:

    - Prends les devants, je te suivrai.

    Le messager repart donc, et le nigaud, après s'être prélassé encore un moment sur le poêle, dit:

    - Allons, comme le brochet le commande à ma demande, poêle, file droit à la ville!

    Aussitôt l'izba craque, le poêle sort dehors, quitte la cour et fonce à toute allure au palais.

    Emélian le nigaud

    Le tsar s"étonne:

    - Qu'est-ce que c'est que ça?

    Le messager répond:

    - C'est Emélian arrive sur son poêle.

    L tsar sort sur le perron et demande:

    - Pourquoi as-tu écrasé tant de monde en allant couper du bois dans la forêt?

    - Ce n'est pas ma faute! Ils n'avaient qu'à s'écarter!

    A ce moment, la fille du tsar, Maria-tsarevna, le regarde par la fenêtre, et lui, il lève les yeux, la trouve fort jolie et murmure:

    - Je voudrais, comme le brochet le commande à ma demande, que la fille du tsar tombe amoureuse de moi!

    Le nigaud dit aussi:

    - Poêle, rentre à la maison...

    Le poêle obéit sur-le-champ et reprend sa place dans l'izba. Emélian vit quelque temps tranquille; mais il en va autrement au palais du tsar dont la fille, amoureuse du nigaud, supplie son père de la lui donner en mariage. Le tsar, furieux, fait venir son messager et dit:ne sait comment le faire ramener. Ses ministres lui conseillent d'en charger l'officier qui avait échoué précédemment; l'idée plaît au roi. Lorsque l'officier, mandé d'urgence, se présente, il lui dit:

    -Ramène-moi le nigaud mort ou vif, sinon je te coupe la tête.

    Le messager achète du vin et de la nourriture va au village, entre dans l'izba et fait manger et boire le nigaud. Emélian se soûle et s'endort. alors le messager le met dans son chariot et conduit son prisonnier droit au palais. Le tsar ordonne à l'instant d'apporter un grand tonneau cerclé de fer. Sitôt dit, sitôt fait. Alors, il ordonne d'enfermer sa fille et le nigaud dans le tonneau, de l'enduire de goudron et de le jeter à la mer.

    Le tonneau vogue durant des heures; le nigaud continue à dormir, puis, enfin réveillé, il ne voit que du noir et se demande:

    - Où suis-je?

    La tsarevna lui répond:

    - Emélian, tu es dans un tonneau avec moi.

    - Qui es-tu donc?

    - Maria-tsarevna, la fille du roi.

    Emélian dit:

    - Comme le brochet le commande à ma demande, mer, projette le tonneau où nous sommes sur le rivage, au sec.

    À peine le nigaud a-t-il dit ces mots que la mer se démonte et projette sur le rivage, au sec, le tonneau qui aussitôt se brise. Emélian sort avec Maria-tsarevna.

    - Alors, Emélian, où habiterons-nous? Je t'en prie, fais apparaître une maisonnette.

    - Pas envie...

    Elle revient à la charge et Emélian, ébranlé, finit par consentir; il s'éloigne de quelques pas et prononce:

    - Comme le brochet le commande à ma demande, qu'un palais en pierre avec un toit d'or surgisse.

    À peine prononce-t-il ces paroles, qu'un palais n pierre avec un toit d'or apparaît, entouré d'un jardin plein de fleurs et d'oiseaux. Maria-tsarevna et Emélian entrent dans le palais et s'asseoient près de la fenêtre.

    Emélian le nigaud

    - Emélian, peux-tu devenir beau?

    Le nigaud ne réfléchit pas longtemps:-

    - Comme le brochet le commande à ma demande, que je sois un gars de belle prestance!

    À peine a-t-il dit ces mots qu'il devient d'une beauté surprenante. Le tsar en allant à la chasse, voit le palais:

    - Qui a osé construire un palais sur ma terre et sans ma permission?

    Et il envoie ses serviteurs se renseigner. Ils arrivent et se postent sous la fenêtre, et Emélian leur dit:

    - J'invite le tsar chez moi.

    Le tsar arrive. Emélian l'accueille, l'introduit gentiment dans son palais, le fait asseoir à table. Le tsar et son escorte boivent et mangent à cour joie; le tsar s'étonne:

    - Mais qui es-tu donc, chevalier?

    - Vous souvenez-vous, Votre Majesté, du nigaud qui était venu dans votre palais sur un poêle et que vous avez fait enfermer avec votre fille dans un tonneau qu'on a jeté à la mer? Eh bien, c'est moi, Emélian! si je veux, je peux dévaster et brûler tout votre royaume.

    Le tsar prend peur et demande pardon:

    - Prends ma fille en mariage, prend mon royaume, mas épargne-moi!

    La noce est célébrée le même jour, en grande pompe, et Emélian devient tsar. Voilà, l'histoire est terminée.


    Emélian le nigaud

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  • Éléna la Sage


    Éléna la Sage

    Au temps jadis, dans un certain pays, dans un certain royaume, un soldat montait la garde au pied d'une tour de pierre, dont la porte était cadenassée et scellée. A minuit sonnant, il entend crier de l'intérieur:

    - Ohé, sentinelle!

    Il demande:

    - Qui m'appelle?

    - Moi, le diable, - fait la voix derrière la grille. - Je suis là depuis trente ans sans boire ni manger.

    - Que veux-tu donc?

    - Délivre-moi. En cas de besoin, je te le revaudrai: dès que tu prononceras mon nom, je viendrai à la rescousse."

    Le soldat arrache aussitôt les scellés, brise le cadenas, ouvre la porte... Le diable s'échappe de la tour, monte en flèche et disparaît instantanément. "Eh bien, - songe le soldat, - j'ai fait du joli; voici mes états de service à l'eau. On va me mettre aux arrêts, me juger en cour martiale, me condamner peut-être à mort par fustigation; mieux vaut déguerpir avant qu'il est encore temps."

    Il jette son arme, son havresac et part à l'aventure. Il marche un jour, deux jours, trois jours; affamé, assoiffé, il se laisse tomber au bord de la route et fond en larmes: "Ne suis-je pas bête! - pense-t-il. - Tant que j'ai servi le tsar, je mangeais mon content, je touchais trois livres de pain par jour... Eh bien, non! J'ai pris la poudre de l'escampette pour crever de faim. Le diable, c'est de ta faute!"

    Le diable surgit à l'improviste et lui dit:

    - Bonjour, soldat! Qu'est-ce qui t'afflige?

    - Comment ne pas m'affliger, si je meurs de faim depuis trois jours.

    - Ne te désole pas, on va y remédier! - déclare le diable; il court par-ci, par-là, rapporte vins et nourritures, restaure le soldat, puis l'invite à le suivre:

    - Tu seras fort bien chez moi; tu ne manqueras de rien; surveille mes filles, c'est tout ce que je te demande.

    Le soldat accepte. Le diable le saisit sous les bras, l'emporte dans les airs et le dépose loin, très loin, quelque part au bout du monde, dans un palais de pierre blanche.

    Le diable a trois filles, belles comme le jour. Il leur commande d'obéir au soldat, de le nourrir, de le désaltérer autant qu'il voudra, et s'en va faire des vilenies: le diable, on sait ce que c'est! Il ne reste jamais en place, il rôde à travers le monde et pousse les gens à faire des bêtises. Le soldat, confié aux soins des trois belles, est comme coq en pâte. Il n'a qu'un souci: elles s'absentent mystérieusement chaque nuit. Lorsqu'il les interroge, elles refusent d'avouer. "Bon, - se dit-il - j'ouvrirai l'oeil toute la nuit et verrai bien où vous filez." Le soir, il se couche, fait semblant de dormir à poings fermés et veille au grain.

    Au moment voulu, il se glisse en douce jusqu'à leur chambre, s'arrête à la porte, se penche, l'oeil au trou de la serrure. Les belles ont étendu un tapis magique, s'y laissent tomber et se changent en colombes qui déploient leurs ailes et s'énvolent par la fenêtre. "Ça alors! - songe le soldat. Faut que j'essaye moi aussi."

    Il bondit dans la chambre, s'abat sur le tapis et se change en rouge-gorge qui s'envole à la poursuite des colombes. Celles-ci se sont posées sur une verte prairie, le rouge-gorge se dissimule sous les feuilles d'un groseiller et les épie. D'autres colombes arrivent en nuée, la prairie en est couverte; un trône d'or se dresse en son milieu. Un peu plus tard, voici un char doré qui fend les airs, traîné par six dragons de feu; Éléna la Sage, princesse d'une beauté telle qu'on ne saurait la décrire ni l'imaginer, descend du char et monte sur le trône. Elle appelle les colombes une par une et leur enseigne toutes sortes de finesses. Après quoi, elle regagne son char et disparaît.

    Alors toutes les colombes quittent la prairie et se dispersent; le rouge-gorge s'envole à la suite des trois soeurs et se retrouve avec elles dans leur chambre. Elles s'abattent sur le tapis, redeviennent jeunes filles; le rouge-gorge en fait autant et redevient soldat.

    - D'où viens-tu? - lui demandent-elles.

    - J'étais avec vous dans la verte prairie, j'ai vu la belle reine sur son trône d'or et l'ai entendue vous enseigner diverses ruses.

    - Tu as eu de la chance! Cette princesse, Éléna la Sage, est notre puissante souveraine. Si elle avait eu sous la main son livre de magie, elle t'aurait reconnu à l'instant et tu serais un homme mort. Prends garde, soldat! Ne retourne plus dans la verte prairie, évite Éléna la Sage; sinon, tu périras.

    Le soldat, nullement intimidé, ne tient aucun compte de leurs avertissements; la nuit suivante, il s'abat sur le tapis et se change en rouge-gorge. Parvenu dans la prairie, l'oiseau se cache sous le groseiller et regarde Éléna la Sage, s'émerveille de sa beauté en songeant: "Si j'avais une femme comme ça, je n'aurais plus rien à souhaiter! Je m'en vais la suivre pour savoir où elle habite."

    Éléna la Sage, descendue de son trône, regagne son char et s'envole à travers les airs, en direction de son magnifique palais; le rouge-gorge la suit. Quand la princesse est revenue au palais, suivantes et gouvernantes accourent au-devant d'elle, la prennent par les bras et l'emmènent dans les salles somptueuses.

    L'oiseau s'introduit dans le jardin, choisit un bel arbre devant la chambre à coucher de la princesse, se perche sur l'une de ses branches et se met à chanter d'une voix si jolie, si langoureuse, qu'Éléna la Sage, charmée, ne peut fermer l'oeil de la nuit. A peine le soleil levé, elle crie tout haut: "Suivantes et gouvernantes, courez vite au jardin et attrapez-moi ce rouge-gorge!" Suivantes et gouvernantes se précipitent au jardin et font la chasse au rouge-gorge. Pauvres vieilles! L'oiseau voleté de branche en branche, tourne sous leur nez sans se laisser prendre.

    Impatiente, la princesse se met de la partie; tandis qu'elle s'approche d'un buisson, l'oiseau s'immobilise, les ailes baissées, comme s'il l'attendait. La princesse, ravie, le cueille, l'emporte au palais et le place dans une cage d'or qu'elle suspend dans sa chambre à coucher.

    Le soir venu, Éléna la Sage s'envole vers la prairie, revient, ôte ses parures, se déshabille, se couche. Le rouge-gorge contemple son corps de marbre, sa beauté inouïe, et tremble des pieds à la tête. Sitôt la princesse endormie, l'oiseau se change en mouche, s'échappe de la cage d'or, s'abat sur le sol et redevient un bel homme. Parvenu au lit de la princesse, il la couve des yeux et ne peut se retenir de lui plaquer un baiser sur sa bouche vermeille. Voyant qu'elle se réveille, il redevient vite mouche, rentre dans la cage et se change en rouge-gorge.

    Éléna la Sage ouvre les yeux et regarde autour - personne! "J'ai dû rêver", se dit-elle. Puis elle se tourne sur l'autre côté et se rendort. Le soldat, lui, bout d'impatience; il essaye, encore et encore... La princesse a le sommeil léger, elle se réveille à chaque baiser. La troisième fois, elle se lève et déclare: "Je ne m'abuse sûrement pas: voyons un peu le livre de magie." Elle consulte son livre et apprend que l'oiseau en cage est un jeune soldat.

    - Hé, toi! - crie-t-elle. - Sors de là! Ton mensonge te coûtera la vie.

    Force est à l'oiseau de quitter sa cage et de s'abattre sur le sol pour redevenir un bel homme. Il tombe à genoux devant la princesse et lui demande pardon.

    - Tu perds ton temps, misérable! - répond Éléna la Sage, et elle appelle le bourreau. Aussitôt, surgit un géant muni d'une hache et d'un billot; il jette le soldat à terre, lui met la tête sur le billot, lève la hache. La princesse n'a plus qu'à faire signe avec son mouchoir, et la tête du vaillant gars roulera par terre...

    - De grâce, belle princesse, - implore-t-il. - Permets-moi de chanter une dernière fois.

    - Bon, mais fais vite!

    Le soldat entonne une chanson si triste qu'Éléna la Sage fond en larmes. Elle lui dit, apitoyée:

    - Je t'accorde dix heures de sursis; si tu arrives, entre-temps, à te cacher de façon à ce que je ne te trouve pas, je t'épouse; sinon, je te fais couper la tête.

    Le soldat sort du palais, pénètre dans une forêt profonde, s'assied contre un buisson et médite, la mort dans l'âme: "Ah, diable! Je te dois mon infortune."

    Le diable apparaît aussitôt:

    - Que veux-tu, soldat?

    - Hélas, je vais mourir. Comment me cacher d'Éléna la Sage?

    Le diable s'abat sur le sol et se change en aigle cendré:

    - Monte sur mon dos, soldat, je t'emporterai dans les cieux.

    Le soldat l'enfourche, l'aigle monte en flèche, au-dessus des sombres nuages. Cinq heures s'écoulent; Éléna la Sage prend son livre de magie, le consulte et voit tout nettement; elle s'exclame:

    - Assez volé dans les cieux, mon aigle; pose-toi, rien n'échappe à mes yeux.

    L'aigle redescend à terre.

    Le soldat se désole plus que jamais.

    - Que faire, où me cacher?

    - Attends, lui dit le diable, je m'en vais t'aider.

    Il bondit vers le soldat et lui donne un soufflet qui le change en épingle, se transforme lui-même en souris; puis il saisit l'épingle entre ses dents, se faufile dans le palais, trouve le livre de magie et plante l'épingle dedans.

    Les cinq dernières heures écoulées, Éléna la Sage prend son livre, le regarde, le feuillette et ne découvre rien; furieuse, elle le jette au feu. L'épingle tombe du livre, s'abat sur le sol et redevient un bel homme. Éléna la Sage le prend par la main.

    - Je suis rusée, mais tu l'es plus que moi!

    Ils se marient alors sans tarder et, depuis, vivent en bonne entente.

    Éléna la Sage

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  • Le loup et la chèvre


    Le loup et la chèvre

    Il était une fois une chèvre qui s'était construit une cabane dans les bois et avait mis au monde des chevreaux. Elle partait souvent en quête de fourrage. Sitôt après son départ, les chevreaux verrouillent la porte et ne sortent pas. A son retour, la chèvre frappe à la porte et chante:

    - Petits chevreaux, enfants chéris!
    Ouvrez, ouvrez vite!
    Moi, la chèvre, suis allée dans la forêt;
    j'ai brouté l'herbe soyeuse,
    j'ai bu de l'eau fraîche.
    Mon lait coule à flots,
    mouille mes sabots,
    se perd dans la terre!

    Les chevreaux s'empressent d'ouvrir à leur mère. Elle les allaite et repart au bois, tandis que ses chevreaux s'enferment à double tour.

    Le loup qui a tout entendu profite de l'absence de la chèvre pour s'approcher de la cabane et crier de sa grosse voix:

    - Petits enfants, mignons enfants, ouvrez à l'instant! Votre mère est là, chargée de lait, de l'eau plein les sabots!

    Les chevreaux répondent:

    - Non, non, ce n'est pas la voix de notre mère! Elle a une voix claire et d'autres paroles.

    Le loup s'en va et se cache. La chèvre, à son retour, frappe à la porte:

    - Petits chevreaux, enfants chéris!
    Ouvrez, ouvrez vite!
    Moi, la chèvre, suis allée dans la forêt;
    j'ai brouté l'herbe soyeuse,
    j'ai bu de l'eau fraîche.
    Mon lait coule à flots,
    mouille mes sabots,
    se perd dans la terre!

    Les chevreaux la laissent entrer et lui racontent que le méchant loup est venu pour les manger. La chèvre les allaite et repart en leur recommandant de n'ouvrir pour rien au monde à quelqu'un qui s'adresserait à eux d'une grosse voix et ne répéterait pas mot pour mot ses paroles à elle. A peine s'est-elle éloignée que le loup accourt, frappe à la porte et chante d'une voix ténue:

    - Petits chevreaux, enfants chéris!
    Ouvrez, ouvrez vite!
    Moi, la chèvre, suis allée dans la forêt;
    j'ai brouté l'herbe soyeuse,
    j'ai bu de l'eau fraîche.
    Mon lait coule à flots,
    mouille mes sabots,
    se perd dans la terre!

    Le loup et la chèvre

    Les chevreaux ouvrent la porte, le loup fonce dans la cabane et les dévore tous sauf un qui s'est réfugié dans le four. La chèvre revient, mais elle a beau chanter, personne ne répond. Elle s'approche, pousse la porte non verrouillée et voit la maison déserte; elle regarde à l'intérieur du four et découvre un seul chevreau. Ayant appris son malheur, elle s'affale sur le banc et pleure, se lamente:

    - Ah, mes pauvres chevreaux, mes enfants chéris! Pourquoi, pourquoi avez-vous ouvert au méchant loup? Il vous a dévorés et me voilà toute triste.

    Le loup qui l'a entendue pénètre dans la cabane et lui dit:

    - Oh, commère, commère! Que dis-tu là? De quoi m'accuses-tu? Viens donc faire un tour en forêt.

    - Non, compère, je ne suis pas d'humeur à me promener.

    - Viens! - insiste le loup.

    Ils s'en vont das la forêt et arrivent devant une fosse où couvent les braises d'un bivouac de brigands. La chèvre dit au loup:

    - Si on essayait de sauter cette fosse, compère?

    C'est ce qu'ils font. Le loup saute et tombe dans la fosse brûlante; son ventre éclate, les chevreaux s'en échappent et bondissent vers leur mère. Depuis lors, ils vivent heureux, deviennent experts, évitent les revers.

     

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