• Mieux que de l’or

    Un sourire qui vaut de l’or.
    Conte de Noël.

     

    Il était une fois un vieux berger qui aimait la nuit, son silence, son ciel parsemé d’étoiles.
    Ces étoiles, il les connaissait par leur nom.
    En les regardant, il disait souvent à son petit fils :

    • Il va venir.
    • Quand viendra-t-il ? demandait l’enfant.
    • Bientôt !

    Les autres bergers riaient.

    • Bientôt !... Tu répètes cela depuis des années ! » Mais le vieux berger ne les écoutait pas.

    Une seule chose l’inquiétait, son petit-fils aussi commençait à douter.
    Et quand lui ne serait plus là, qui donc redirait aux plus jeunes ce que les prophètes avaient annoncé depuis toujours ?
    Ah ! S’il pouvait venir bientôt ! Son cœur était tout rempli de cette attente.

     

    • Portera-t-il une couronne en or ? demanda soudain le petit-fils ?
    • Oui ! Certainement.
    • Et une épée d’argent ?
    • Pour sûr !
    • Et un manteau de pourpre ?
    • Peut-être.

    Et le petit-fils semblait heureux.
    Assis sur un rocher, le garçon jouait de la flûte. Le vieux berger écoutait attentivement la mélodie simple et pure : l’enfant s’exerçait jour après jour, matin et soir pour être prêt quand le roi viendrait.

    • Serais-tu prêt à jouer pour un roi sans couronne, sans épée et sans manteau de pourpre ? » demanda un jour le berger.
    • Ah non ! répondit son petit-fils.
      Un roi sans couronne, sans épée et sans manteau, est-ce un roi ?

    Pourrait-il me récompenser pour mon chant ? C’est de l’or et de l’argent que je veux !
    Il voulait que les autres ouvrent de grands yeux et le regardent avec envie.

    Le vieux berger était triste. Il se demandait qui donc aurait le coeur assez pur pour accueillir un roi sans couronne et sans richesse.

    Cette nuit-là apparurent alors les signes qu’il attendait. Le ciel était plus lumineux que d’habitude et au-dessus de Bethléem brillait une belle étoile. Des anges vêtus de lumière proclamaient une joyeuse nouvelle :
    N’ayez pas peur ! Aujourd’hui vous est né un Sauveur !

    Le jeune berger se mit à courir au-devant de la lumière. Sous son manteau, tout contre sa poitrine, il sentait sa flûte. Il arriva le premier et regarda l’enfant nouveau-né. Celui-ci, enveloppé de langes reposait dans une mangeoire. Un homme et une femme le contemplaient, tout heureux. Le grand-père et les autres bergers arrivèrent bientôt et tombèrent à genoux devant l’enfant.
    Était-ce là le roi qu’on lui avait promis ?
    Non ! Ce n’était pas possible, ils se trompaient. Jamais il ne jouerait son chant ici ! Et très déçu, il repartit et plongea dans la nuit.
    Il ne vit même pas la lumière qui grandissait autour de la grotte.
    Soudain, il tendit l’oreille. Quels sont ces pleurs dans la nuit ?
    Mais il ne voulait rien entendre et pressa le pas pour s’éloigner. Les pleurs continuaient.
    Et si c’était l’enfant qui m’appelle, se dit-il

    N’y tenant plus. Il rebroussa chemin, il vit alors Marie, Joseph et les bergers qui s’efforçaient de consoler l’enfant. Il ne pouvait plus résister !
    Tout doucement. Il tira sa flûte de sous son manteau et se mit à jouer pour l’enfant. Et tandis que la mélodie s’élevait, toute pure, l’enfant se calma et le dernier sanglot s’arrêta dans sa gorge. Il regarda le jeune berger et se mit à sourire.
    Et alors celui-ci comprit dans son cœur que ce sourire valait tout l’or et tout l’argent du monde.

     

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  • Une bougie vous parle

    Une bougie vous parle

    Vous m’avez allumée et vous me regardez, rêveur. Vous êtes peut-être heureux de m’avoir. Moi, en tout cas, je me réjouis d’être allumée. Si je ne brûle pas, je serai comme les autres, dans une boîte, où je n’ai pas de signification. Ma raison d’être, je l’ai seulement, lorsque je suis allumée, car alors j’existe. Bien sûr, depuis que je suis allumée, j’ai rapetissé et bientôt je ne serai plus qu’une pâle lueur. Mais il en est ainsi : ou bien je reste entière, rangée dans une boîte et dans ce cas, je ne sais pas vraiment ce que je fais sur terre... ou bien je répands lumière et rêveries et alors je sais pourquoi je suis là, pourquoi j’existe. Pour cela, je dois donner quelque chose de moi, me donner moi-même. C’est mieux que d’être dans une boîte en carton.

     

    Il en est de même pour vous. Ou bien vous vivez pour vous, vous ne perdez rien, mais aussi, vous ne savez pas au juste pourquoi... ou bien, vous donnez lumière et chaleur, alors les gens se réjouissent de votre présence. Vous n’êtes pas pour rien sur terre mais vous devez aussi donner quelque chose de vous. N’ayez pas peur si, ce faisant, vous devenez plus petit, c’est seulement de l’extérieur...

     

    Je suis une bougie unique. Lorsque je suis allumée la lumière et la chaleur qui se dégagent de moi ne sont pas fortes mais avec d’autres bougies, toutes ensemble, grande est notre clarté et forte est notre chaleur.

     

    Il en est de même pour vous. La lumière que vous donnez n’est pas grand chose, mais avec celle des autres, c’est énorme.

    Il y a parfois des pannes de courant à la maison, il fait noir d’un seul coup.

    Alors tout le monde pense : « Vite, une bougie ! » et l’obscurité est ainsi vaincue grâce à une seule flamme.

     

    Il en est de même pour vous. Tout n’est pas idéal dans ce monde. Beaucoup se plaignent, certains n’arrêtent pas de se lamenter. N’oubliez pas qu’une seule flamme est encore plus que l’obscurité.

    Prenez courage et n’attendez pas les autres. Soyez allumés et brûlez.

     

    Et si vous avez des doutes, alors prenez une bougie et allumez la. Regardez cette flamme et comprenez.

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  • Le 4è Mage


    Les sages de l’Orient apportèrent l’or, l’encens et la myrrhe pure.

    Le premier est Gaspar.

    Derrière lui est agenouillé Melchior.

    Derrière eux, il y a le Maure, le noir Balthazar.

    Cependant, une vieille légende raconte que, lorsque vous viviez sur la terre, et que vous avez fait votre pèlerinage à Bethléem, arrivés dans l’étable, vous avez déposé vos trésors devant l’Enfant et sa Mère, mais que l’Enfant n’a pas voulu sourire. Marie était honorée par l’encens, qui brûlait comme elle l’avait vu brûler dans le temple de Jérusalem où elle avait passé sa jeunesse, et, les yeux pleins de larmes, elle cacha la myrrhe dans son sein.

    L’enfant ne tendit pas ses petites mains vers l’or éclatant ; la fumée le fit tousser ; et il se détourna de la myrrhe.
    Les trois saints rois se relevèrent et prirent congé, avec le sentiment des gens qui n’ont pas été appréciés selon leur mérite.

    Quand la tête et le cou de leurs dromadaires eurent disparu derrière les montagnes, quand le dernier tintement de leur harnais eut expiré sur la route de Jérusalem, alors parut le quatrième roi, Artaban.
    Sa patrie était le Pays que baigne le Golfe Persique ; il en avait apporté trois perles précieuses. Il devait les donner au roi qui était né à l’Occident, et dont lui aussi avait vu l’étoile un soir dans la roseraie de Shiraz.

    Il s’était levé et avait tout abandonné.
    Le roi de Perse prit son trésor le plus rare, ses trois perles blanches qui étaient aussi grosses que des œufs de pigeon ; il les mit dans sa ceinture et résolut de chercher le lieu au-dessus duquel brillait l’étoile.

    Il le découvrit... mais il arriva trop tard. Les trois autres rois étaient venus, et ils étaient partis. Il arrivait trop tard... et les mains vides... il n’avait plus de perles.

    Il ouvrit lentement les portes de l’étable où se trouvait le Fils de Dieu. Le jour tombait, l’étable devenait sombre ; une légère odeur d’encens flottait encore comme dans une église après les vêpres. Joseph retournait la paille de la crèche pour la nuit, l’Enfant Jésus était sur les genoux de sa mère. Elle le berçait doucement et, à mi-voix, chantait une de ces berceuses qu’on entend le soir quand on se promène dans les rues de Bethléem.

    Lentement, en hésitant, le roi de Perse s’avança puis il se jeta aux pieds de l’Enfant et de sa mère. Lentement, en hésitant, il commença à parler :

    Seigneur, dit-il, je viens à part des autres rois qui t’ont tous rendu hommage et dont tu as reçu les dons. J’avais aussi une offrande pour toi, trois perles précieuses, grosses comme un œuf de pigeon, trois vraies perles de la Mer Persique.

    Je ne les ai plus.
    Je suis venu à part des trois autres rois. Ils marchaient devant moi sur leurs dromadaires ; je suis resté en arrière dans une hôtellerie sur le bord du chemin. J’ai eu tort. Le vin me tentait, un rossignol chantait et me rappela Shiraz... J’ai décidé d’y passer la nuit. Quand j’entrai dans la salle des voyageurs, j’aperçus un vieillard tremblant de fièvre étendu sur le banc du poêle. Nul ne savait qui il était. Sa bourse était vide ; il n’avait pas d’argent pour payer le médecin et les soins qui lui étaient nécessaires. Il devait être jeté dehors le lendemain s’il mourait auparavant, le pauvre !

    Seigneur, c’était un homme très vieux, brun et sec, avec une barbe blanche embroussaillée ; il me rappelait mon père. Seigneur, pardonne-moi, j’ai pris une perle dans ma ceinture et l’ai donnée à l’aubergiste, pour qu’il lui procure un médecin et lui assure les soins et, s’il mourait, une tombe en terre bénie.

    Le lendemain je suis reparti. Je poussais mon âne autant que possible afin de rejoindre les trois autres rois. Leurs dromadaires avançaient lentement, et j’avais l’espoir de les atteindre. Le chemin suivait une vallée déserte où d’énormes rochers se dressaient épars entre le taillis de térébinthes et de genêts en fleurs d’or. Soudain, j’ai entendu des cris venant d’un fourré. Je sautai de ma monture et trouvai des soldats qui s’étaient emparés d’une jeune femme et s’apprêtaient à lui faire violence. Ils étaient trop nombreux, je ne pouvais songer à me battre avec eux. Oh ! Seigneur, pardonne-moi encore cette fois ; je mis la main à ma ceinture, pris ma seconde perle et achetai sa délivrance. Elle me baisa les mains et s’enfuit dans les montagnes avec la rapidité d’un chevreuil.

    A présent il ne me restait plus qu’une perle, mais au moins je voulais te l’apporter, Seigneur !
    Il était plus de midi. Avant le soir je pouvais être à Bethléem à tes pieds. Alors je vis une petite ville à laquelle les soldats d’Hérode avaient mis le feu et qui brûlait. On ne pouvait presque pas distinguer les flammes dans l’éclatante lumière du soleil, mais on voyait l’air trembler comme il tremble dans le désert.

    Je m’approchai et trouvai des soldats exécutant les ordres d’Hérode et tuant tous les garçons de deux ans et au-dessous. Près d’une maison en feu, un grand soldat balançait un petit enfant nu qu’il tenait par une jambe. L’enfant criait et se débattait.
    Le soldat disait :
    « Maintenant, je le lâche, disait-il à la mère, et il va tomber dans le feu. Il fera un bon rôti de cochon ».
    La mère poussa un cri perçant. Seigneur, pardonne-moi ! Je pris ma dernière perle et la donnai au soldat pour qu’il rendit l’enfant à sa mère. Il le lui rendit ; elle le saisit, le pressa contre elle, ne dit pas merci, mais s’enfuit, tel un chien qui a trouvé un os.

    Seigneur, c’est pourquoi me voilà les mains vides. Pardonne-moi, pardonne.

    Le silence régna dans l’étable quand le roi eut achevé sa confession. Pendant un instant il resta le front appuyé contre le sol ; enfin il osa lever les yeux. Joseph avait fini de retourner la paille et s’était approché. Marie regardait son fils qui était contre son sein.
    Dormait-il ?

    Non, l’Enfant-Jésus ne dormait pas. Lentement, il se tourna vers le roi de Perse. Son visage rayonnait ; il étendit ses deux petites mains vers les mains vides. Et l’Enfant Jésus sourit.
     

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  • Petite fille aux allumettes
    Conte d’Andersen

    *******

    Il faisait effroyablement froid ; il neigeait depuis le matin ; il faisait déjà sombre ; le soir approchait, le soir du dernier jour de l’année. Au milieu des rafales, par ce froid glacial, une pauvre petite fille marchait dans la rue : elle n’avait rien sur la tête, elle était pieds nus. Lorsqu’elle était sortie de chez elle le matin, elle avait eu de vieilles pantoufles beaucoup trop grandes pour elle. Aussi les perdit-elle lorsqu’elle eut à se sauver devant une file de voitures ; les voitures passées, elle chercha après ses chaussures ; un méchant gamin s’enfuyait emportant en riant l’une des pantoufles ; l’autre avait été entièrement écrasée.

    Voilà la malheureuse enfant n’ayant plus rien pour abriter ses pauvres petits petons. Dans son vieux tablier, elle portait des allumettes : elle en tenait à la main un paquet. Mais, ce jour, la veille du nouvel an, tout le monde était affairé ; par cet affreux temps, personne ne s’arrêtait pour considérer l’air suppliant de la petite qui faisait pitié. La journée finissait, et elle n’avait pas encore vendu un seul paquet d’allumettes. Tremblante de froid et de faim, elle se traînait de rue en rue.

    Des flocons de neige couvraient sa longue chevelure blonde. De toutes les fenêtres brillaient des lumières : de presque toutes les maisons sortait une délicieuse odeur, celle de l’oie, qu’on rôtissait pour le festin du soir : c’était la Saint-Sylvestre. Cela, oui, cela lui faisait arrêter ses pas errants.

    Enfin, après avoir une dernière fois offert en vain son paquet d’allumettes, l’enfant aperçoit une encoignure entre deux maisons, dont l’une dépassait un peu l’autre. Harassée, elle s’y assied et s’y blottit, tirant à elle ses petits pieds : mais elle grelotte et frissonne encore plus qu’avant et cependant elle n’ose rentrer chez elle. Elle n’y rapporterait pas la plus petite monnaie, et son père la battrait.

    L’enfant avait ses petites menottes toutes transies. « Si je prenais une allumette, se dit-elle, une seule pour réchauffer mes doigts ? » C’est ce qu’elle fit. Quelle flamme merveilleuse c’était ! Il sembla tout à coup à la petite fille qu’elle se trouvait devant un grand poêle en fonte, décoré d’ornements en cuivre.
    La petite allait étendre ses pieds pour les réchauffer, lorsque la petite flamme s’éteignit brusquement : le poêle disparut, et l’enfant restait là, tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé.

    Elle frotta une seconde allumette : la lueur se projetait sur la muraille qui devint transparente. Derrière, la table était mise : elle était couverte d’une belle nappe blanche, sur laquelle brillait une superbe vaisselle de porcelaine.

    Au milieu, s’étalait une magnifique oie rôtie, entourée de compote de pommes : et voilà que la bête se met en mouvement et, avec un couteau et une fourchette fixés dans sa poitrine, vient se présenter devant la pauvre petite.

    Et puis plus rien : la flamme s’éteint.

    L’enfant prend une troisième allumette, et elle se voit transportée près d’un arbre de Noël, splendide. Sur ses branches vertes, brillaient mille bougies de couleurs : de tous côtés, pendait une foule de merveilles.
    La petite étendit la main pour saisir la moins belle : l’allumette s’éteint.

    L’arbre semble monter vers le ciel et ses bougies deviennent des étoiles : il y en a une qui se détache et qui redescend vers la terre, laissant une trainée de feu.

    « Voilà quelqu’un qui va mourir » se dit la petite. Sa vieille grand-mère, le seul être qui l’avait aimée et chérie, et qui était morte il n’y avait pas longtemps, lui avait dit que lorsqu’on voit une étoile qui file, d’un autre côté une âme monte vers le paradis.

    Elle frotta encore une allumette : une grande clarté se répandit et, devant l’enfant, se tenait la vieille grand-mère.

    • "Grand-mère, s’écria la petite, grand-mère, emmène-moi. Oh ! tu vas me quitter quand l’allumette sera éteinte : tu t’évanouiras comme le poêle si chaud, le superbe rôti d’oie, le splendide arbre de Noël. Reste, je te prie, ou emporte-moi.

    Et l’enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et enfin tout le paquet, pour voir la bonne grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mère prit la petite dans ses bras et elle la porta bien haut, en un lieu où il n’y avait plus ni de froid, ni de faim, ni de chagrin : c’était devant le trône de Dieu.

    Le lendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l’encoignure le corps de la petite ; ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle était morte de froid, pendant la nuit qui avait apporté à tant d’autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les restes brûlés d’un paquet d’allumettes.

    • "Quelle sottise !" dit un sans-coeur. "Comment a-t-elle pu croire que cela la réchaufferait ?"
      D’autres versèrent des larmes sur l’enfant ; c’est qu’ils ne savaient pas toutes les belles choses qu’elle avait vues pendant la nuit du nouvel an, c’est qu’ils ignoraient que, si elle avait bien souffert, elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicité.
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  • Rêves de fête

     

    A pas de loup l’hiver approche,
    Et la forêt qui effiloche
    Ses robes aux griffes du vent
    S’engourdira jusqu’au printemps.

    Préparez-vous Noël est proche !
    Pour l’accueillir, le givre accroche
    Déjà les premières guirlandes
    Sur les grands chênes... et sur la lande
    Il disperse en pluie scintillante
    De fines paillettes d’argent...
    Bientôt les bises pétillantes
    Enivreront nombre de gens !

    Petits enfants... plus de reproches !
    Demain, le carillon des cloches
    Illuminera vos doux yeux,
    Fera bondir vos cœurs joyeux !

    Tricotez vite aux Solitudes
    Pour réchauffer leur lassitude
    Une écharpe en « Pure Tendresse »
    N’attendez pas Noël se presse !

    Mais le voici !... Dans les chaumières
    Le feu crépite de bravos
    Pour le sapin qui fait le beau
    Dans son costume de lumière.
    Le soleil, pour la circonstance,
    L’a saupoudré de perles d’or
    Et l’arc-en-ciel, tout en nuances,
    D’étincelles multicolores...

    Au pied de l’arbre, petites bottes
    Guettent l’entrée du Père Noël
    Dont la mystérieuse hotte
    Ravit les bambins au sommeil.
    Les parfums de bûches dans l’âtre
    Où dansent les flammes folâtres
    Se mêlent aux senteurs voisines
    De chocolats et de résine...

    Mais pour que mélodies et rires
    Ne s’envolent pas en fumée
    Par le conduit de cheminée,
    Une crèche semble nous dire :
    « Naguère dormait dans l’étable
    Un bébé dont le dénuement
    Témoigne de mille tourments
    A quelques pas de votre table...

    Pour une allégresse parfaite,
    Conviez donc à votre fête
    Deux notables de qualité...
    Qui ?
    ’PARTAGE ET FRATERNITE’  ! » 
    ...........................................................................
    Bon Avent et Noël à chacun et chacune !
    Marie-Claude

     

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  • La trace de Dieu

    Dans la nuit de l’hiver, au pied d’un réverbère, Willy interpelle un homme qui passe là :

    - T’aurais pas un euro, c’est pour acheter un sandwich ?

    - Un euro ? Peut-être...

    L’homme fouille dans la poche de son imperméable noir, il en sort une loupe, une pipe, un appareil photo, une clé USB, une carte bleue...

    - Ben dis donc! T’en as du matériel ! Qu’est-ce que tu fais avec tout ça ?

    - Je suis Anatole, détective privé.

    - Ah! Tu travailles pour un mari trompé par sa femme ?

    - Non, pas du tout ! Je suis détective privé du pape. Celui-ci a embauché en tout huit détectives de par le monde.

    - Du pape ! Et pourquoi le pape embauche-t-il des détectives privés ?

    - Sur cette terre envahie par le malheur, le pape a décidé de chercher Dieu. Personne n’a jamais vu Dieu, personne ne peut le voir. Mais le pape est convaincu qu’Il vient chez nous, que nous pouvons retrouver des traces de Lui dans ce monde abîmé. Comme je suis un spécialiste de la trace, des traces en tout genre, le pape m’a confié cinq codes secrets qui doivent me mettre sur le chemin de Dieu.

    - Sur le chemin ?

    - Oui, sur le chemin. Dieu est toujours devant nous, c’est pour cela que nous n’avons que des traces ...

    Anatole fouille dans sa seconde poche, en sort une boîte, fouille encore :

    - Décidément, il n’y a pas trace d’euro dans cette poche-là non plus, seulement cette boîte qui renferme les codes.

    - Fais-voir...-Puisque je ne peux pas t’aider avec un euro, c’est toi qui vas m’aider à déchiffrer le premier code.

    Anatole sort un carton de la boîte:

    - Quoi ? Une boulangerie ? Ce n’est pas un endroit pour Dieu ! s’exclame Anatole.

    - Si, si, dit Willy! Viens, je sais où est la boulangerie.

    Willy connaît la boulangerie, et surtout Marthe, la boulangère. C’est une femme aimable et généreuse. Les deux hommes s’éloignent du réverbère et entrent dans la boutique :

    - Bonjour, Marthe, dit Willy.

    - Ah ! Willy ! Il me reste un sandwich invendu. Es-tu intéressé ? Et puis, j’ai d’excellents sachets de chocolats : tiens, ce sera mon cadeau de Noël !

    - Ah ! Marthe ! Merci !

    - Et pour vous, Monsieur ? dit Marthe

    - Rien, merci, dit Anatole, j’accompagne Willy.

    Willy met les chocolats dans le vieux caddie qui ne le quitte jamais et les deux hommes ressortent dans la rue :

    - Ben voilà ! Tu l’as eue ta trace de Dieu ! dit Willy.

    - La trace de Dieu ? Ou ça ? dit Anatole

    - T’as les yeux bouchés, Anatole ! La prochaine fois, il faudra sortir ta loupe ! La bonté de Marthe, c’est une trace de Dieu ! Parce que, moi, j’en suis sûr, si Dieu existe, il est bon!

    - C’est trop simple, Willy !

    - Et pourquoi Dieu serait-il compliqué ?

    Anatole ressort de sa poche la boîte de codes et prend le deuxième carton.

    - Le photographe, c’est au numéro sept ! Allez, Anatole, on y va !

    Les deux hommes tombent en arrêt devant la vitrine : Willy mastique longuement son sandwich en silence... tandis qu’Anatole regarde pensivement l’unique photo mise en valeur au milieu des guirlandes et des boules de Noël ...

    - Ils sont beaux... dit Willy

    - Quelle idée ! Se marier en plein hiver ! dit Anatole

    - L’amour n’a pas de saison... pas d’âge... l’amour, c’est toujours ... dit Willy

    - Non, pas pour moi, dit tristement Anatole. Je suis séparé de la femme que j’aime.

    - Moi aussi, dit Willy, je suis seul. Ma femme est partie à cause de mes bêtises. Mais je l’aime toujours... si elle arrivait à me pardonner, je retournerais avec elle ... nous avons vécu de si bons moments ensemble...c’était divin ...

    Philippe, le photographe, sort de sa boutique :

    - Bonsoir Willy ! Bonsoir Monsieur ! Avez-vous fini de contempler ma vitrine ? Il est l’heure pour moi de baisser mon volet et d’aller rejoindre mon épouse.

    - Nous sommes à la recherche des traces de Dieu, dit Willy. Et là, je crois que nous avons trouvé une très belle trace.

    - Oui, dit Philippe, comme il est dit dans la Bible, l’amour entre l’homme et la femme, c’est l’image de Dieu.

    - Dans la réalité, ce n’est pas si simple, dit Anatole. Moi, je serai toujours séparé de la femme que j’aime ... A moins que, dans un autre monde ...

    - Un autre monde ? Moi, je ne connais que ce monde-là ... dit Willy.

    Pour tirer Anatole de sa mélancolie, Willy lui offre un des chocolats de Marthe, puis il l’entraîne dans cette rue qu’il connaît trop bien :

    - Monsieur le détective privé, dit Willy, fais-moi voir le troisième code.

    - Quoi ? La Banque ? dit Anatole qui sort d’un coup de ses songes. Jamais on ne trouvera la trace de Dieu dans une banque ! Le pape aurait-il perdu la tête ? Aurait-il oublié qu’on ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’argent ?

    - Il faut aller voir, dit Willy.

    - Je pourrai au moins prendre quelques billets avec ma carte bleue, dit Anatole.

    Les deux hommes entrent dans la banque. Pendant qu’Anatole se dirige vers le distributeur automatique, Willy avise un pot de fleurs blanches posé sur un comptoir :

    - Comme vous êtes belles ! Souffle-t-il. Vous êtes des roses de Noël, je crois ...

    Les fleurs ne répondent pas. Elles continuent d’être ce qu’elles sont, posées là, et offrant en silence leur beauté à celui qui veut bien les regarder.

    - Hello, Anatole ! Je l’ai trouvée la trace de Dieu !

    Anatole, incrédule, rejoint Willy d’un pas traînant :

    - Oui ! Tu as raison, Willy. Elles sont absolument magnifiques ! Toute cette beauté nous parle de Dieu, de la vie qu’Il engendre sans cesse sur notre terre. Je me demande bien pourquoi les hommes ne donnent pas la priorité au respect de la nature. Nous éprouvons tant d’émotion face au mystère d’un soleil qui se lève, d’un arbre qui s’élance ou d’une fleur qui s’épanouit ! Willy, je prends ma loupe : regarde ces pétales délicats, ces étamines dorées ! La vie est une merveille !

    Anatole est un contemplatif derrière sa loupe... Mais l’employée de la banque le tire de là :

    - Monsieur, je vous entends parler de vie. Seriez-vous intéressé par une assurance-vie ?

    - Absolument pas, Madame ! dit Anatole. L’assurance de la Vie, je l’ai depuis longtemps, et même que c’est l’assurance de la vie éternelle !

    - La vie éternelle, c’est impossible, dit l’employée de banque. Mais si vous voulez, j’ai un excellent produit avec gestion progressive qui vous permet de bénéficier d’un support de sécurité ... Bon, je vois, ce qui vous intéresse, ce sont les fleurs. Prenez-les, je dois les jeter ce soir. Pour la réputation de la banque il faut des fleurs nouvelles chaque semaine. Au revoir, Messieurs !

    Willy ne se fait pas prier, il met le pot de fleurs dans son caddie et les deux hommes repartent à l’assaut de la rue.

    - Vite, le quatrième code ! dit Willy, impatient.

    - Lit, pantalon, riz... dit Willy. C’est quoi ça ?

    - Il ne s’agit pas d’un pantalon, dit Anatole, mais de braies, ce pantalon ample en usage chez les Gaulois.

    - D’accord ! La li-brai-rie, c’est tout au bout de la rue, près de l’église.

    Les deux hommes, d’un pas assuré, gagnent la librairie en silence et poussent la porte d’entrée. Rose, la libraire, est occupée avec des jeunes au rayon des bandes dessinées. Elle ne remarque pas Willy et Anatole immobilisés à la porte, surpris par le fond musical diffusé dans tout le magasin.

    - Tu entends cette musique, dit Willy. C’est d’une beauté pure !

    - Oui, dit Anatole, je n’ai jamais rien entendu de pareil ! Ma loupe est inutile, il est évident que nous avons là une magnifique trace de Dieu ! Taisons-nous et écoutons...

    Les deux hommes, subjugués, emportés dans un ailleurs divin, ne voient même pas que Rose reste plantée devant eux, après leur avoir déjà demandé deux fois ce qu’ils désirent. A la troisième fois, le fond musical s’évanouit et Anatole, encore dans les nuages, réussit à articuler :

    - Nous cherchons des traces de Dieu ...

    - Des traces de Dieu ? dit Rose en souriant. Vous tombez bien : ici, il y en a partout. Ces livres que vous voyez dans les rayonnages, sur les comptoirs, contiennent tous une trace de Dieu parce que tous ces écrivains ont mis dans leurs œuvres leur vie, leur chair, leur sang, tout ce qu’ils avaient dans le cœur, tout le fin fond de leur être...

    - Vous croyez que Dieu est là, dans tout ce papier ? dit Willy.

    - Oui, dit Rose. Beaucoup de livres, d’ailleurs, sont des réflexions directes sur Dieu. Vous voyez ces jeunes qui cherchent leur monnaie, ils en ont choisi deux très différents, écrits à deux millénaires de distance...Ils ont fait un bon choix, ces deux livres sont dans la liste des plus vendus de la planète...

    Willy s’approche de la caisse où sont posées les deux B.D.et lit :

    - La Bible, Le Petit Prince. Je n’ai lu ni l’un ni l’autre de ces livres. Et toi, Anatole ?

    - Je connais les deux, et je te conseille de lire les deux. Tiens, puisque c’est Noël, je t’offre un exemplaire de chaque.

    Rose fait ses encaissements. Les jeunes sortent de la librairie en se chamaillant : ils sont cinq et il n’y a que deux livres à porter ! Anatole et Willy prennent congé de la souriante libraire et se précipitent dans la rue pour déchiffrer le dernier code.

    - Ils sont de plus en plus difficiles, ces codes, dit Anatole. Oiseau-iz ... Rapace-iz

    - Non, aigle-iz, dit Willy. Mais le pape s’est trompé, on ne dit pas èglise, mais église. C’est un comble ! Le pape qui se trompe sur l’église !

    - Il ne faut pas lui en vouloir, Willy, le pape est fatigué car il a bien du souci, dit Anatole. Donc, allons à l’église !

    - Non ! Dit Willy. Je n’y suis jamais allé et je n’y connais personne.

    - Tu ne vas tout de même pas me laisser tomber alors que nous arrivons au but ! Et puis, c’est l’occasion de voir du nouveau.

    - Du nouveau, dans l’église ? ... Est-ce possible ? ... Mais, c’est vrai que je ne peux pas te laisser tomber, tu es devenu un peu mon ami ...

    - Ce soir, il y a peut-être du nouveau, dit Anatole.

    Les deux hommes pénètrent dans le bâtiment. Il fait très sombre... mais Willy remarque tout de suite un endroit faiblement éclairé :

    - Cette lumière est plus douce que celle de mon réverbère, dit-il à Anatole. Et, regarde, cet homme et cette femme ... ils ont l’air si heureux !

    - Ils vont bientôt avoir un enfant répond Anatole.

    - Un enfant ! Ils en ont de la chance ! J’aurais tellement aimé avoir un enfant ...

    - Oui, moi aussi, dit Anatole pensif, des enfants avec la femme que j’aime ... Mais tu vois, Willy, cet enfant qui va naître ne sera pas comme les autres enfants. Il sera tout l’Amour du monde !

    - Tout l’Amour du monde ? C’est trop difficile à comprendre !

    - Tu as toute la vie devant toi pour chercher et comprendre ! Sur ce, je te laisse, je crois que j’ai rempli ma mission, je vais voir le pape. Tu vois, Willy, des traces de Dieu, il y en a partout ! Elles peuvent être différentes pour chaque personne ! L’essentiel est de garder les yeux ouverts !

    Anatole disparaît. Willy reste seul dans la pénombre de l’église.

    - On va partager, dit-il à l’homme et à la femme, vous n’avez pas l’air plus riche que moi. Je vous donne les chocolats et les fleurs et je garde les deux livres.

    Willy dépose les fleurs devant la femme et les chocolats devant l’homme.

    - Excuse-moi, dit-il à l’homme, il y a un chocolat en moins, c’est à cause d’Anatole qui n’avait pas le moral ... Maintenant, je vous laisse tranquille.

    En se retournant, il voit les jeunes entrer dans l’église avec leurs B.D. sous le bras et il les interpelle :

    - Dites, les gamins ! J’aimerais que vous veniez me chercher quand le petit sera arrivé !

    Finalement, Willy se sent bien dans cette église chaleureuse qui attend tout l’Amour du monde. Il oublie son réverbère, serre ses deux B.D. sur son cœur, s’assoit dans un coin sur un prie-Dieu et commence à lire. Pourvu qu’on n’oublie pas de le prévenir quand l’Enfant sera né !

     

    Ursulines de l’Union Romaine

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  • Le Noël de Martin

    Le vieux cordonnier

    Le Noël de Martin  Le vieux cordonnier

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    Le cordonnier vit le balayeur, la mère malade et son bébé, et toutes les personnes qu’il avait aidées pendant la journée. Chacun lui sourit et dit : Ne m’avez-vous pas vu ? Ne me suis-je pas assis à votre table ?...

    **

    Un Noël, un vieux cordonnier se reposa dans son petit magasin et lut : La visite des hommes sages à l’Enfant Jésus, et des cadeaux qu’ils avaient apportés, et il se dit : Si demain était le premier Noël, et si Jésus devait être né ce soir dans cette ville, je sais ce que je lui donnerais !

    Il se leva et prit d’une étagère deux petites chaussures en cuir neige-blanc le plus mou, avec des boucles argentées lumineuses : Je lui donnerais cela, mon travail le plus fin. Que sa mère sera heureuse ! Mais je suis un vieil homme idiot, pensa-t-il avec un sourire. Le Maître n’a aucun besoin de mes pauvres cadeaux.

    Remettant les chaussures à leur place, il souffla la bougie, et alla se reposer. Il ferma ses yeux, quand il entendit une voix qui appelait son nom. Martin !

    Intuitivement, il reconnut de qui était cette voix. Martin, tu as envie de Me voir. Demain je passerai par ta fenêtre. Si tu me vois, offre-moi ton hospitalité : je serai ton invité et m’assiérai à ta table.

    Il n’a pas dormi cette nuit-là à cause de la joie qu’il éprouva. Avant que l’aube ne se lève, il se leva et rangea son petit magasin. Il déploya du sable fin sur le parquet, et il tressa des combles sur les arcs verts du sapin. Il plaça un morceau de pain blanc, une fiole de miel, un pichet de lait sur la table, et, au-dessus du feu, il accrocha un pot de café. Ses préparations simples étaient complètes.

    Quand tout était dans la promptitude, il a pris son vigil à la fenêtre. Il était sûr qu’il connaîtrait le Maître. Comme il observait le verglas et la pluie dans le froid, la rue abandonnée, il pensa à la joie qu’il aura quand il sera assis et mangera le pain avec son Invité.

    Il aperçut un vieux balayeur qui passa près de là, soufflant sur sa main mince pour les chauffer. Pauvre homme ! Il doit être à moitié gelé pensa Martin. Ouvrant la porte, il lui dit Entre, mon ami, et chauffe-toi, et boit une tasse de café chaud. Plus de demandes n’étaient pas nécessaire, et l’homme, accepta l’invitation avec reconnaissance.

    Une heure passa, et Martin vit une femme pauvre, vêtue tristement et portant un bébé. Elle fit une pause, d’un air fatigué, pour se reposer dans l’abri de sa porte. Rapidement il ouvra sa porte : Entre et chauffe-toi, repose-toi. Tu ne te sens pas bien ? lui demanda-t-il.

    Je vais à l’hôpital. J’espère qu’ils me laisseront entrer, mon bébé et moi expliqua-t-elle. Mon mari est en mer, et je suis malade, sans une âme à qui je puisse aller. Pauvre enfant ! pleura le vieil homme. Mange quelque chose et réchauffe-toi. Je vais donner une tasse de lait au petit.

    Quel joli enfant ! Pourquoi n’a-t-il aucune chaussure sur lui ! Je n’ai aucune chaussure pour lui, soupira la mère. Alors il aura cette belle paire que j’ai finie hier. Et Martin prit les chaussures molles, petites, neiges blanches qu’il avait regardé la soirée auparavant, et les glissa sur les pieds de l’enfant. Elles lui allaient comme un gant. Et la jeune mère s’en alla, pleine de gratitude, Martin retourna à son poste, près de la fenêtre.

    Les heures s’écoulèrent et encore d’autres personnes dans le besoin partagèrent l’hospitalité du vieux cordonnier, mais l’Invité attendu n’apparut pas.
     
    Quand la nuit tomba, Martin se retira dans son lit avec un cœur lourd. C’était seulement un rêve, soupira-t-il. J’ai espéré et ai cru, mais il n’est pas venu.

    Soudainement, la salle fut inondée par une lumière glorieuse : et le cordonnier vit le balayeur, la mère malade et son bébé, et toutes les personnes qu’il avait aidées pendant la journée. Chacun lui sourit et dit : Ne m’avez-vous pas vu ? Ne me suis-je pas assis à votre table ? et disparut.

    Alors doucement dans le silence, il entendit encore la voix douce, répétant les vieux mots familiers :

    Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits-enfants me reçois moi-même ; et quiconque me reçoit non pas moi, mais celui qui m’a envoyé... Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger, et vous m’avez recueilli.

    Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ce plus petit de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites.

    Chers lecteurs, la saison de Noël nous donne une occasion de partager avec nos frères les moins fortunés ce avec quoi le Seigneur nous a bénis. Nous n’avons pas besoin d’être riche, essayons de partager avec les autres, le peu que nous avons.

    Ruben Saillens

    Il semblerait, d’après une lettre manuscrite de Tolstoï, que cette histoire ait été écrite par Ruben Saillens et ait été ensuite reprise par l’écrivain russe.

     

    ***

     

    Mieux que de l’or

    Un sourire qui vaut de l’or.
    Conte de Noël.

     

    Il était une fois un vieux berger qui aimait la nuit, son silence, son ciel parsemé d’étoiles. Ces étoiles, il les connaissait par leur nom. En les regardant, il disait souvent à son petit-fils :

    —  Il va venir

    —  Quand viendra-t-il ? demandait l’enfant.

    —  Bientôt !

    Les autres bergers riaient.

    —  Bientôt !... Tu répètes cela depuis des années ! 

    Mais le vieux berger ne les écoutait pas.

    Une seule chose l’inquiétait, son petit-fils aussi commençait à douter. Et quand lui ne serait plus là, qui donc redirait aux plus jeunes ce que les prophètes avaient annoncé depuis toujours ? Ah ! S’il pouvait venir bientôt ! Son cœur était tout rempli de cette attente.

    —  Portera-t-il une couronne en or ? demanda soudain le petit-fils ?

    —  Oui ! Certainement.

    —  Et une épée d’argent ?

    —  Pour sûr !

    —  Et un manteau de pourpre ?

    —  Peut-être.

    Et le petit-fils semblait heureux. Assis sur un rocher, le garçon jouait de la flûte. Le vieux berger écoutait attentivement la mélodie simple et pure : l’enfant s’exerçait jour après jour, matin et soir pour être prêt quand le roi viendrait.

    —  Serais-tu prêt à jouer pour un roi sans couronne, sans épée et sans manteau de pourpre ? demanda un jour le berger.

    —  Ah non ! répondit son petit-fils. Un roi sans couronne, sans épée et sans manteau, est-ce un roi ? Pourrait-il me récompenser pour mon chant ? C’est de l’or et de l’argent que je veux !

    Il voulait que les autres ouvrent de grands yeux et le regardent avec envie.

    Le vieux berger était triste. Il se demandait qui donc aurait le cœur assez pur pour accueillir un roi sans couronne et sans richesse.

    Cette nuit-là apparurent alors les signes qu’il attendait. Le ciel était plus lumineux que d’habitude et au-dessus de Bethléem brillait une belle étoile. Des anges vêtus de lumière proclamaient une joyeuse nouvelle : N’ayez pas peur ! Aujourd’hui vous est né un Sauveur !

    Le jeune berger se mit à courir au-devant de la lumière. Sous son manteau, tout contre sa poitrine, il sentait sa flûte. Il arriva le premier et regarda l’enfant nouveau-né.

    Celui-ci, enveloppé de langes reposait dans une mangeoire. Un homme et une femme le contemplaient, tout heureux.

    Le grand-père et les autres bergers arrivèrent bientôt et tombèrent à genoux devant l’enfant.

    Était-ce là le roi qu’on lui avait promis ? Non ! Ce n’était pas possible, ils se trompaient. Jamais il ne jouerait son chant ici ! Et très déçu, il repartit et plongea dans la nuit.
    Il ne vit même pas la lumière qui grandissait autour de la grotte. Soudain, il tendit l’oreille. Quels sont ces pleurs dans la nuit ? Mais il ne voulait rien entendre et pressa le pas pour s’éloigner. Les pleurs continuaient. Et si c’était l’enfant qui m’appelle, se dit-il

    N’y tenant plus. Il rebroussa chemin, il vit alors Marie, Joseph et les bergers qui s’efforçaient de consoler l’enfant. Il ne pouvait plus résister !

    Tout doucement. Il tira sa flûte de sous son manteau et se mit à jouer pour l’enfant. Et tandis que la mélodie s’élevait, toute pure, l’enfant se calma et le dernier sanglot s’arrêta dans sa gorge. Il regarda le jeune berger et se mit à sourire. 

    Et alors celui-ci comprit dans son cœur que ce sourire valait tout l’or et tout l’argent du monde.

    Conte envoyé par Joëlle L. – Belgique

    *****************

    LE CIEL

     

    Du Ciel nous ne voyons, quand nous sommes enfants,

    Que les portes de perle,

    Les rues d’or et de cristal.

    Ces portes un  jour s’ouvriront devant nous,

    Mais que ce jour-là nous semble distant !

     

    Pourtant, quand s’accumulent les années,

    Quand la vie va tourner sa page,

    Quand notre cœur se gonfle de chagrin,

    Et que les larmes inondent notre visage,

    Alors nous voyons, nous voyons plus loin

    Que les rues d’or et les portes perlées,

    Nous voyons…

    Au-delà de l’obscurité que les chagrins répandent,

    Un lieu débordant de  lumière et de beauté,

    Le lieu béni où nos bien-aimés nous attendent.

     

    Et nous percevons le visage

    De Celui qui nous amène

    Dans une terre, voyez-vous,

    Qui n’est pas si lointaine.

    Car le Ciel après tout,

    Oui, c’est chez nous !

     

    — Sue H.McLane

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  • Les pétrifiés de Bréhat

    Les pétrifiés de Bréhat  conte Breton

    L’archipel de Bréhat est le royaume des pierres. Saint Maudez le sait bien, qui fut accueilli par une pluie de galets quand il vint, pour la première fois, évangéliser les Bréhatins. C’est une pierre, aussi, qui lui tenait lieu de lit et qu’il chargea gaillardement sur ses épaules pour la mettre à l’eau, en guise de barque, parce que le Démon l’en avai défié. Et il y a toutes les autres pierres, du caillou qui roule à la roche énorme, celles des abords et des assises de l’île, des pointes, des caps, des grèves, des collines et des pinèdes, des pierres debout, couchées, solitaires ou en troupes, plus aiguës que des épées, plus lisses que des rondaches, sculptées par le vent et les embruns, rongées de lichens ou ruisselantes sous les assauts de l’eau salée.

    Il y en avait une, maintenant brisée, où les vieilles filles en mal d’époux venaient tracer leur nom à l’adresse des veuviers désireux de convoler encore. Il y a l’amoncellement des rochers du Pan, deux masses chaotiques réunies par un dolmen qui surplombe des gouffres. Les jeunes filles y venaient naguère,  à la main trois cailloux qu’elles jetaient dans l’abîme. Autant de ricochets, autant d’années encore à espérer le mari. Un seul ricochet, et il était grand temps de songer au trousseau.

    Mais les rochers du Pan racontent surtout le drame du comte Mériadec de Goëllo. C’était un seigneur de bon renom. Il y avait deux fils qui n’étaient pas meilleurs que les cornes du diable, Gwill et Isselbert. Fatigués d’attendre la mort de leur père, ils décidèrent de le tuer pour entrer en possession de son héritage. Mériadec eut vent du complot et put s’enfuir. Mais les deux félons le rejoignirent à la pointe du Pan et le crime fut accompli. Or, quand ils voulurent porter le cadavre sur la falaise pour le précipiter, ils sentirent leurs membres s’appesantir, leurs chairs se figer. Ils devinrent de pierre, et pierre aussi le corps de comte entre les deux. Depuis, ils sont restés pétrifiés sur le vide, à jamais par la pétrification de leur père dont le sang a teinté tous les rocs de Bréhat.

    Sur une colline, il y a une théorie de grandes pierres en postures humaines. On les dirait agenouillées et en prières. C’est, en effet, une curieuse adoration de bergers, de vrais bergers de cette île où le châtiment majeur est la métamorphose pétrée. Un jour, la fée de Pan reçut la visite d’une amie chère, une princesse des Eaux. La visiteuse était si belle que les pauvres bergers laissèrent vaguer leurs troupeaux pour s’assembler autour d’elle et lui apporter le tribut d’une ferveur qui ne manqua pas de l’importuner à la longue. Furent-ils indiscrets? Devinrent-ils trop pressants? La légende nous dit que la fille des Eaux pria son amie de la délivrer des admirateurs éperdus. À l’instant, la fée de Pan les pétrifia comme ils étaient. Ainsi témoigneront-ils inlassablement de la fascinante beauté des sirènes, que l’on dit mortes aujourd’hui, tant que le vent de sable et de sel n’aura pas fini d’éroder leurs figures grotesques pour en effacer jusqu’à la dernière trace de leur troublante humanité.

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  • L’ile des morts marins

    L’ile des morts marins..............

    Il ne faut pas toucher à la carcasse d’une barque dont la mer s’est nourrie comme d’un fruit de choix avant d’en recracher l’écale trop dure. Passez au large de la carène morte au lit mort du sable, débris d’anatomie sèche, flancs rompus et disjoints qui s’élèvent au ciel, à lignes tragiques, la face même du naufrage. On doit laisser la vague après la vague avaler ce reste et le ramener, pièce à pièce, au port secret des côtes sous-marines où le feu maître du navire attend son bien.

     

    Dans les profondeurs de la mer, sous la muraille de l’eau vivante, il est un havre de grâce; et le pêcheur, boussole perdue, barque éventrée sur la dent du récif, quand il coule au fond, docile au jeu des courants et les yeux ouverts, regarde se lever l’image d’un grand port dans les profondeurs de la mer

     

    Et il coule toujours vers la ville inférieure qui lui lance l’appel de ses cloches confuses, il navigue nonchalamment comme un grand poisson souple, ses cheveux de goémon noir palpitant à l’entour de son front, il éveille son visage mort à la caresse d’une lumière inconnue qui monte des abîmes et il coule toujours.

     

    Plus vivant que jamais, le voilà debout sur le musoir d’un port de pêche: blancheur laiteuse de la chaux sur les maisons basses, rumeur assourdie des mots bretons dans une foule de rudes hommes tout à fait pareils aux pêcheurs de sa race, mais pas d’oiseaux criards, pas de femmes sur les seuils à jouer du crochet, ni autour des filets bleus ou bruns que les gars ramendent assis, genoux ouverts, plus vivants que jamais.

     

    Tous les marins du port fantôme sont les noyés des naufrages armoricains qui s’affairent à calfater les esquifs démembrés de leur dernière navigation mortelle. Et certains attendent toujours que revienne vers eux le “grand débris” du chalutier, du malamok, de la pinasse, échoué en grève sous le ciel, pour y remettre le gréement et pour que trouve embarquement chaque marin du port fantôme.

     

    Quand viendra le jour, on ne sait quand, la voile mise au haut du mât, le gouvernail ferme tenu aux mains des anciens pilotes, toutes ces étraves tiendront le cap sur l’escale éternelle de l’ouest, où le corps-mort les attend au bassin d’une île verte; et c’est là qu’elles seront enfin désarmées, une fois pour toutes et à jamais, quand viendra le jour.

     

    Il faut laisser les grandes épaves retourner au rendez-vous.

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