• Comédie de la soif...........Arthur Rimbaud.1854 -1891

    Comédie de la soif

    Comédie de la soif...........Arthur Rimbaud.

    1. Les parents

    Nous sommes tes Grands-Parents
    Les Grands !
    Couverts des froides sueurs
    De la lune et des verdures.
    Nos vins secs avaient du cœur !
    Au Soleil sans imposture
    Que faut-il à l’homme ? boire.

    MOI – Mourir aux fleuves barbares.

    Nous sommes tes Grands-Parents
    Des champs.
    L’eau est au fond des osiers :
    Vois le courant du fossé
    Autour du Château mouillé.
    Descendons en nos celliers ;
    Après, le cidre et le lait.

    MOI – Aller où boivent les vaches.

    Nous sommes tes Grands-Parents ;
    Tiens, prends
    Les liqueurs dans nos armoires
    Le Thé, le Café, si rares,
    Frémissent dans les boulloires.
    – Vois les images, les fleurs.
    Nous rentrons du cimetière.

    MOI – Ah ! tarir toutes les urnes !

    2. L’esprit

    Éternelles Ondines,
    Divisez l’eau fine.
    Vénus, sœur de l’azur,
    Emeus le flot pur.
    Juifs errants de Norwège
    Dites-moi la neige.
    Anciens exilés chers
    Dites-moi la mer.

    MOI – Non, plus ces boissons pures,

    Ces fleurs d’eau pour verres ;
    Légendes ni figures
    Ne me désaltèrent ;

    Chansonnier, ta filleule
    C’est ma soif si folle,
    Hydre intime sans gueules
    Qui mine et désole.

    3. Les amis

    Viens, les Vins vont aux plages,
    Et les flots par millions !
    Vois le Bitter sauvage
    Rouler du haut des monts !

    Gagnons, pèlerins sages
    L’Absinthe aux verts piliers…

    MOI – Plus ces paysages.

    Qu’est l’ivresse, Amis ?

    J’aime autant, mieux, même,
    Pourrir dans l’étang,
    Sous l’affreuse crème,
    Près des bois flottants.

    4. Le pauvre songe

    Peut-être un Soir m’attend
    Où je boirai tranquille
    En quelque vieille Ville,
    Et mourrai plus content :
    Puisque je suis patient !

    Si mon mal se résigne
    Si j’ai jamais quelque or,
    Choisirai-je le Nord
    Ou le Pays des Vignes ?…
    – Ah songer est indigne

    Puisque c’est pure perte !
    Et si je redeviens
    Le voyageur ancien,
    Jamais l’auberge verte
    Ne peut bien m’être ouverte.

    5 – Conclusion

    Les pigeons qui tremblent dans la prairie,
    Le gibier, qui court et qui voit la nuit,
    Les bêtes des eaux, la bête asservie,
    Les derniers papillons !… ont soif aussi.

    Mais fondre où fond ce nuage sans guide,
    – Oh ! favorisé de ce qui est frais !
    Expirer en ces violettes humides
    Dont les aurores chargent ces forêts ?

    Mai 1872

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