• Ce que Dit L'homme de Peine ......................... Paul Eluard 1895-1952

    Ce que Dit L'homme de Peine

     Ce que Dit L'homme de Peine ......................... Paul Eluard

    Un hiver tout en branches et dur comme un cadavre

    Un homme sur un banc dans une rue qui fuit la foule

    Et que la solitude comble

    Place à l'appareil banal du désespoir

    A ses miroirs de plomb

    A ses bains de cailloux

    A ses statues croupissantes

    Place à l'oubli du bien

    Aux souvenirs en loques de la vérité

    Lumière noire vieil incendie

    Aux cheveux perdus dans un labyrinthe

    Un homme qui s'est trompé d'étage de porte de clé

    Pour mieux connaître pour mieux aimer

    Où commence le paysage

    A quelle heure

    Où donc se termine la femme

    Le soir se pose sur la ville

    Le soir rejoint le promeneur dans son lit

    Le promeneur nu

    Moins gourmand d'un sein vierge

    Que de l'étoile informe qui nourrit la nuit
    Il y a des démolitions plus tristes qu'un sou
    Indescriptibles et pourtant le soleil s'en évade en

    chantant
    Pendant que le ciel danse et fait son miel
    Il y a des murs déserts où l'idylle fleurit
    Où le plâtre qui se découd
    Berce des ombres confondues
    Un feu rebelle un feu de veines
    Sous la vague unique des lèvres
    Prenez les mains voyez les yeux
    Prenez d'assaut la vue

    Derrière les palais derrière les décombres

    Derrière les cheminées et les citernes

    Devant l'homme

    Sur l'esplanade qui déroule un manteau de poussière

    Traîne de fièvre

    C'est l'invasion des beaux jours

    Une plantation d'épées bleues

    Sous des paupières écloses dans la foule des feuilles

    C'est la récolte grave du plaisir

    La fleur de lin brise les masques

    Les visages sont lavés

    Par la couleur qui connaît l'étendue

    Les jours clairs du passé

    Leurs lions en barre et leurs aigles d'eau pure

    Leur tonnerre d'orgueil gonflant les heures

    Du sang des aubes enchaînées

    Tout au travers du ciel

    Leur diadème crispé sur la masse d'un seul miroir

    D'un seul cœur

    Mais plus bas maintenant profondément parmi les

    routes abolies
    Ce chant qui tient la nuit
    Ce chant qui fait le sourd l'aveugle
    Qui donne le bras à des fantômes
    Cet amour négateur
    Qui se débat dans les soucis
    Avec des larmes bien trempées
    Ce rêve déchiré désemparé tordu ridicule
    Cette harmonie en friche
    Cette peuplade qui mendie

    Parce qu'elle n'a voulu que de l'or

    Toute sa vie intacte

    Et la perfection de l'amour.

    « Âme ! Être, C'est Aimer .................Victor Hugo 1802,- 1885Fantaisie d’hiver..............Théophile Gautier.1811 - 1872 »
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