• BRUGES................Francis Jammes (1868-1938).

    BRUGES

    BRUGES.................  

    À Thomas Braun.


    Bruges tu me rappelles les reliques
    que l’on me faisait, quand j’étais enfant,
    avec deux clairs morceaux de vitre
    et de frais pétales de roses dedans.
     
    Dans l’estaminet, de tristes jeunes gens
    fumaient, dès le matin, par ce dimanche,
    où ils avaient, dans une chambre,
    fondé un club de lettres et de sciences.
     
    Et l’un disait : Voici un livre rare,
    mais nous ne savons pas ce que c’est.
    L’autre disait : cette figure de femme
    dans le canal a été ramassée.
     
    On y vendait beaucoup de comestibles,
    des poissons qui nageaient morts dans l’oignon,
    et, sèches comme des fouets, des anguilles
    et aussi des espèces d’esturgeons.
     
    Les carillons sonnaient comme des verres
    qui tomberaient l’un après l’autre
    et, près du béguinage propre et sévère,
    il n’y avait que la mort noire et blanche de l’eau.
     
    Et je longeais les maisons, pareilles
    à des découpures très vertes,
    une à une à une, vertes
    comme des bateaux et des treilles.
     

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