• Aumône...........Stéphane Mallarmé 1842 - 1898,

    Aumône

    Prends ce sac, Mendiant ! tu ne le cajolas
    Sénile nourrisson d’une tétine avare
    Afin de pièce à pièce en égoutter ton glas.

    Tire du métal cher quelque péché bizarre
    Et, vaste comme nous, les poings pleins, le baisons
    Souffles-y qu’il se torde ! une ardente fanfare.

    Eglise avec l’encens que toutes ces maisons
    Sur les murs quand berceur d’une bleue éclaircie
    Le tabac sans parler roule les oraisons,

    Et l’opium puissant brise la pharmacie !
    Robes et peau, veux-tu lacérer le satin
    Et boire en la salive heureuse l’inertie,

    Par les cafés princiers attendre le matin ?
    Les plafonds enrichis de nymphes et de voiles,
    On jette, au mendiant de la vitre, un festin.

    Et quand tu sors, vieux dieu, grelottant sous tes toiles
    D’emballage, l’aurore est un lac de vin d’or
    Et tu jures avoir au gosier les étoiles !

    Faute de supputer l’éclat de ton trésor,
    Tu peux du moins t’orner d’une plume, à complies
    Servir un cierge au saint en qui tu crois encor.

    Ne t’imagine pas que je dis des folies.
    La terre s’ouvre vieille à qui crève la faim.
    Je hais une autre aumône et veux que tu m’oublies

    Et surtout ne va pas, frère, acheter du pain.

    Stéphane Mallarmé

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