• AUBE D’ÉTÉ...........Georges Chennevière (1884-1927)

    AUBE D’ÉTÉ

     

    Je n’ai pas ouvert les yeux,
    Et je sens que le jour point.
    Mon corps reste dans le lit,
    Mais mon âme est déjà loin.
     
    Elle goûte parmi l’aube
    Un bonheur aérien,
    Et revient de temps en temps
    Me rappeler que j’existe.
     
    La fenêtre est grande ouverte
    Avec le store baissé.
    Je suis baigné du même air
    Que les feuilles et les nids.
     
    J’ai ouvert aussi la porte ;
    J’aperçois dans le couloir
    Le premier rai de soleil
    Qu’aucun pas ne trouble encore.
     
    On dirait que les oiseaux
    Chantent tous dans le même arbre,
    Et j’entends le bruit d’épingles
    De leurs pattes sur les toits.
     
    On arrose la chaussée ;
    Mes draps me semblent plus frais.
    Je sens l’odeur du savon
    Qui est près de la cuvette.
     
    On n’a pas encor marché
    Sur le sable des jardins,
    Et toutes les rues sans hommes
    Sont pareilles à des routes.
     
    Le fleuve s’est rajeuni
    D’une eau qui a traversé
    Les campagnes et la nuit.
    Remorqueur, tu peux chanter.
     
    Le canal n’a plus de rides :
    Marinier, tu peux partir.
    L’aube est pleine de voyages
    Qui ne devraient pas finir !
     
    Allègement de la chair !
    Il me semble que je baigne
    Dans la paix d’une eau profonde
    Qui diffuse le soleil ;
     
    Et le matin est si net
    Qu’on voit battre à petits coups,
    Sous un voile de sommeil,
    Le cœur délicat du monde.
     

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