• ARTISANS DE GUERRE............. de Sylvie Holt

    ARTISANS DE GUERRE

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     Artisans de guerre … à l’évidence, nous le sommes quand nous ne muselons pas la haine, quand nous rendons le mal pour le mal, - la fameuse « loi » du talion -, et quand nous nous laissons aspirer par cette vis-sans-fin qu’est l’esprit de vengeance.

     Artisans de guerre (et de haine) bien sûr ceux qui chaque jour gaspillent, laissent couler l’eau du robinet,  jettent de la nourriture, se débarrassent de vêtements après en avoir désossé les boutons,  sans véritable égard pour ceux qui connaissent la précarité ou la misère

     Artisans de guerre encore tous ceux qui courent après les combines pour acheter toujours plus et à moins cher, qui se droguent aux gadgets technologiques, sans la moindre compassion pour tous les enfants d’Asie ou d’Afrique qui, pour satisfaire cette frénésie compulsive, travaillent à des cadences d’adultes, dans des conditions de rémunération, d’hygiène et de sécurité souvent épouvantables.

    Mais artisans de guerre aussi ceux et celles dont la langue est prompte à critiquer, piquer, distiller du venin ... ceux et  celles dont les yeux sans pudeur détaillent, inspectent, furètent, déshabillent, humilient … ceux et celles qui dénoncent anonymement un voisin pour un feu de broussailles, pour un bruit de tondeuse, une voiture mal garée …

     Artisans de guerre ceux qui relaient chaque jour les mille informations d’internet sans vérifier leurs sources, se moquant éperdument  de savoir s’il s’agit d’un mensonge ou d’une calomnie ; ceux qui en rajoutent, surenchérissent et feraient battre des montagnes …

     Artisans de guerre ceux qui, apprenant une possible pénurie, se ruent en magasin pour dévaliser un rayon, remplir leur grenier, qui ne se soucient pas d’en laisser aux autres et, le plus souvent, habillent leurs razzias avec les oripeaux de la prévoyance

      Ceux et celles qui jouent aux redresseurs de torts, aux petits Zorro citoyens, roulant comme escargots pour obliger les autres à respecter moins que la vitesse autorisée … mais aussi tous ceux qui mettent en danger la vie d’autrui, qui passent outre les panneaux routiers, et parfois avec insolence, provocation … ceux qui forcent une priorité … et ceux qui la refusent … tous ceux qui s’en voudraient d’être courtois

     Ceux et celles qui se mêlent toujours de ce qui ne les regarde pas, qui occupent leurs journées à soulever leur coin de rideau pour épier les voisins, et qui n’ont cure de balayer devant leur propre porte … ceux qui cherchent la petite bête, soupçonnent et instruisent en permanence des procès d’intentions

     Artisans de guerre ces journalistes, ces animateurs qui ne cessent d’interrompre leurs invités pour les empêcher d’exprimer leur avis, qui les ridiculisent, les transforment en repoussoir pour valoriser leurs propres mots d’esprit

      Et artisans tout autant celles et ceux qui, dans les assemblées ou dans les dîners en ville, haussent le ton pour faire prévaloir leur opinion, pour entraîner sur le terrain de la polémique … ceux qui ont toujours raison et  veulent avoir le dernier mot … ceux  qui refusent de débattre objectivement, vous couvrent d’injures et de mensonges, ou bien jouent des poings et des pieds, dès qu’ils sont à court d’arguments

    Artisans de guerre ceux et celles qui n’ont pas tordu le cou de leurs frustrations, de leurs bouillies mal digérées, qui en veulent à la terre entière et ne songent qu’à leur revanche

    Celles et ceux qui refusent de purifier leur mémoire, considérer qu’ils ont pu se fourvoyer … qui se rengorgent pour évoquer leurs frasques et leurs « erreurs de jeunesse » comme des gourmandises de la mémoire qui ne réclament aucune réparation

    La liste est longue et celle-ci ressemble à un réquisitoire !!!

    Mais ce n’est hélas qu’un aperçu très partiel et désordonné, dans lequel vous aurez peut-être retrouvé votre péché-mignon, et que vous pouvez même compléter, si le cœur vous en dit !

    Les vietnamiens, que nous avons rencontrés à Phnom-Penh, nous confiaient qu’ils étaient encore abasourdis par les atrocités commises voici 40 ans sous le régime des khmers rouges et se demandaient comment ils avaient pu en arriver … là … et peut-être que bien d’autres pleurent aujourd’hui dans leurs tombes en se posant les mêmes questions !

    La réponse, elle est dans les lignes ci-dessus ; à titre individuel, nous ne pouvons nous défausser sur une poignée de chefs militaires ou politiques. La guerre aura toujours de beaux jours devant elle tant que nous n’aurons pas arraché de nos cœurs les mauvaises graines.

     

                                                                                                      Décembre 2015

    familleholt@yahoo.fr

     

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