• Château de Guédelon : origine d'un chantier médiéval

    Par Hughes Derouard
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    Le château de Guédelon est le deuxième site le plus visité de Bourgogne après les Hospices de Beaune. Cet ambitieux projet commence en 1995 lorsqu’une poignée de personnes attachées à la Puisaye – Michel Guyot suivi de Maryline Martin – se rassemblent autour d’une idée : construire ici ex nihilo un château fort du XIIIe siècle... le château de Guédelon.

    Château de Guédelon : origine d'un chantier médiéval

    La première pierre du château de Guédelon est posée en 1997, le chantier ouvert au public un an après. Dix-huit ans plus tard, le projet captive les foules du monde entier. Américains, Anglais… Ils veulent tous voir cet incroyable chantier de construction historique et scientifique. Et le projet est déjà bien avancé. Les murs d’enceinte enserrent en partie solidement la forteresse. Le logis seigneurial est debout, la tour de la chapelle et la tour maîtresse ont fière allure. « Ici, on ne construit pas pour construire, mais on construit pour comprendre, insiste Maryline Martin, directrice du site. Comprendre comment les bâtisseurs élevaient des forteresses au XIIIe siècle, et avec quels outils, quels matériaux, quelles techniques… » Un projet expérimental unique au monde.

    Château de Guédelon : origine d'un chantier médiéval

    Ils sont une cinquantaine d'ouvriers à participer à l'élévation du château qui s'est révélé être un chantier d'archéologie expérimentale. Ici, pas de moteur, pas de téléphone portable... Vous êtes au XIIIesiècle...

    Le chantier de Guédelon, un chantier médiéval 

    Pénétrer sur le chantier de Guédelon, c’est effectuer un grand plongeon au Moyen Âge. Les chevaux de traits assurent le transport des matériaux. Les engins de levage – tels les cages à écureuil – ont été reconstitués fidèlement. Les ouvriers et les artisans, en habit médiéval, travaillent avec les mêmes outils qu’au XIIIe siècle. Les bûcherons, les maçons, les charpentiers, les forgerons utilisent les techniques de l’époque. Rendez-vous à l’un des ateliers de pierre. Si le château est principalement en grès ferrugineux, qui lui donne sa si belle couleur « rouille », le calcaire, extrait d’une carrière des environs, est utilisé pour les parties les plus nobles. « Mélanger pierre calcaire et grès ferrugineux fait partie de la culture architecturale de la Puisaye… On utilise le grès pour les murs droits et le calcaire pour les encadrements de portes et de fenêtres, par exemple, explique un tailleur de pierre. Vous voulez participer ? » Un bloc de calcaire est à travailler, il faut tailler la pierre pour un encadrement de fenêtres. « La richesse économique se reflétait dans la pierre. Plus on travaille la pierre de manière lisse, plus elle devient un signe extérieur de prestige, car, pour obtenir une pierre à la surface plane, il fallait tailler longtemps. Et Guédelon est un chantier à l’économie, celui d’un petit seigneur… »

    Château de Guédelon : origine d'un chantier médiéval

    Le tailleur de pierre affine le matériau au dégrossi par les carriers. Son travail de précision requiert des années d'apprentissage.

    Dans le même registre: découvrez les plus belles cités médiévales de France.

    La construction d'un château fort

    À l’aide d’une broche, nous dessinons peu à peu  à la surface du bloc des sillons bosselés. « C’est  le style le plus rustique », dit notre guide. Ensuite, à l’aide d’un marteau taillant, on peut écraser les bosses grossières. « Pour égaliser les bosses, le tailleur couvre la surface avec les dents du taillant : c’est l’aspect dit grain d’orge. Mais on peut utiliser le taillant par layage, la technique la plus raffinée. Il s’agit de hacher la surface pour donner à la pierre l’aspect le plus lisse possible. » Il faudra de longues minutes, à la force du poignet, avant de pouvoir obtenir une surface presque plane… Cette pierre décorera un jour les fenêtres de la tour de la chapelle. Se dire que l’on aura participé, ne serait-ce qu’à travers quelques coups de massette, à la construction d’un château fort procure une immense satisfaction !

    Château de Guédelon : origine d'un chantier médiéval

    Quant aux charpentiers, leur rôle est d'autant plus crucial qu'ils peuvent réparer pratiquement tout : roues, outils, charettes...

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  • Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    Par Détours en France

    Avec pour fond de décor des châteaux et des villages parmi les plus beaux de France, les jardins suspendus de Marqueyssac offrent plus de 6 kilomètres de promenades ombragées et un dédale de 150 000 buis centenaires taillés à la main.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    Le jardin et son histoire

    Comme un immense paquebot recouvert de verdure échoué sur la Dordogne, le site de Marqueyssac trône au coeur d’un paysage qui mêle accents méditerranéens et souffles atlantiques. La dalle de calcaire de couleur jaune doré sur laquelle repose le jardin confère au lieu une hydrologie particulière qui se traduit dans la végétation qui le couvre : le versant sud est peuplé de chênes verts, d’érables de Montpellier et d’arbousiers typiques de la région méditerranéenne et remarquablement adaptés à la sécheresse.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    Le versant nord, plus humide, est colonisé de charmes, d’érables champêtres et de chênes. Mais la marque unique de ce lieu, qui lui imprime une touche ronde et romantique, ce sont les milliers de buis – on en compterait 150 000 –, la plupart plantés au XIXe siècle et qui constituent le fil conducteur de la promenade.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    On doit ce travail de Romain à un homme qui hérite du site en 1861, Julien de Cerval. Passionné de jardins, il va consacrer les trente dernières années de sa vie à embellir cet éperon de 800 mètres de long – entre le château et le belvédère - sur lequel les allées de promenade ne dessinent pas moins de 6 kilomètres.

    Le charme des villégiatures aristocratiques

    Édifiée à l’une des extrémités de l’éperon, plus demeure que château, la bâtisse de la fin du XVIIIe siècle, recouverte de lauzes, présente deux faces contrastées. Si l’extérieur, plus austère, est flanqué d’une tour qui abrite l’escalier monumental, la face interne, côté jardin d’agrément, est plus intimiste et rappelle les élégantes chartreuses de cette région .

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    Marqueyssac est le plus récent des châteaux que l’on découvre des différents points de vue du site grâce aux jumelles mises à la disposition des visiteurs. Dans un rayon de 10 kilomètres alentour, trois autres constructions (Beynac, Fayrac et Castelnaud) forment avec lui le quadrilatère le plus célèbre de la vallée de la Dordogne.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    À partir du château, la promenade peut commencer. Il y a autant de possibilités que de visiteurs qui peuvent suivre l’un des trois axes principaux (promenade des Falaises, promenade des Hauteurs et Grande Allée) et se perdre en suivant les nombreux petits sentiers qui s’en écartent, les relient et donnent accès aux différents belvédères et leurs vues sur la campagne et le fleuve en contrebas. Les curieux d’histoire et de nature pourront s’arrêter lire les messages qui content l’histoire de la Dordogne, la vie des habitants ou détaillent la faune et la flore.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    La balade peut continuer ainsi une demi-journée entière, les plus sportifs et les moins sujets au vertige pouvant s’élancer en toute sécurité à l’assaut de la via ferrata et ses à-pics vertigineux ou connaître les frissons de l’escalade sur un parcours bien balisé et encadrés par des moniteurs.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    Pour les autres, un grand labyrinthe de buis offre ses dédales sinueux dans lesquels se perdent les enfants – pour lesquels deux espaces de jeux sont aménagés – alors qu’il fait bon profiter de la quiétude d’une terrasse pour prendre un verre sous une tonnelle, un moment qui, il faut l’avouer, fait partie intégrante du bonheur de la visite.

    Art topiaire, un enjeu de taille

    Les origines de l’art topiaire se trouvent dans la Grèce et la Rome antiques. Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle (Ier siècle après J.-C.), fait référence aux topiarus (mi-jardiniers mi-sculpteurs) qui embellissent de sculptures végétales (if, laurier, cyprès) les jardins des villas.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    Au Moyen Âge, ce sont les moines qui reprennent à leur compte cette technique spécifique de taille… et qui sauvent cet art de sa disparition. À la Renaissance, les Italiens s’entichent du topiaire, que les créateurs de jardins utilisent en de véritables statues d’ornement ou en cloisons de labyrinthes.

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

    Avec l’avènement du jardin à la française à la fin du XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, les buis ont la particularité d’être en parterre. Les exemples les plus démonstratifs restent les « dentelles » d’André Le Nôtre à Versailles, Vaux-le-Vicomte ou Chantilly. À Marqueyssac, les jardins suspendus offrent des sculptures de buis âgés de 110 à 140 ans. Deux fois par an, ils connaissent la taille à la cisaille manuelle, garantie pour ne pas abîmer les jeunes tiges.

    Marqueyssac : un lieu idéal pour la chasse aux œufs de Pâques

    Flâneries dans les jardins suspendus de Marqueyssac

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  • Les plus belles maisons de Normandie

    Par Marine Guiffray
     

    Le patrimoine naturel de la Normandie n’a d’égal que son patrimoine bâti ! Des charmants villages de l’Eure au front de mer de Deauville, la région réserve à ses admirateurs de jolies surprises d’architecture. Villas luxueuses, chaumières d’antan et jardins fleuris : découvrez ces maisons d’exception dans lesquelles on séjournerait bien un week-end.

     

    Les chaumières typiquement normandes

    Les plus belles maisons de Normandie

    La route des Chaumières sillonne le parc naturel des boucles de la Seine en nous plongeant au cœur de la Normandie rurale. Vieux-Port, Aizier, Saint-Opportune-la-Mare, Marais-Vernier... Les villages de charme se succèdent et, avec eux, les habitations traditionnelles de la région. Construites avec des matériaux locaux tels que le bois, la paille, les roseaux, le calcaire ou encore le silex, elles sont reconnaissables à leurs murs en torchis (mélange de paille et de terre) à colombages et aux toits de chaume dont elles tirent leurs noms ; un savoir-faire artisanal perpétué par des générations d’artisans qui constitue l’une des richesses du patrimoine normand.

     

    À Veules-les-Roses (Seine-Maritime)

    Les plus belles maisons de Normandie

    Romantique à souhait, cette petite bourgade construite sur les bords de la Veules a attiré l’aristocratie puis la bourgeoisie parisienne dès le XIXe siècle. Situé entre terre et mer sur le plateau de Caux, elle offre à ses visiteurs un paysage binaire, où les villas balnéaires se mêlent aux moulins et maisons pittoresques de ce qui était autrefois un modeste village de pêcheurs. Baptisé Veules-les-Roses en 1897, il attire à cette époque une pléiade d’artistes russes qui immortalisent ce spectacle enchanteur : Alexei Bogoliubov et Alexis Kharlamov consacreront des tableaux entiers à ces chaumières typiques de la campagne normande.

    Le manoir de Villers et son parc (Seine-Maritime)

    Les plus belles maisons de Normandie

    Cette demeure située sur la commune de Saint-Pierre-de-Manneville, en Haute-Normandie, n’a pas toujours eu des dimensions si impressionnantes. Simple maison de maître au XVIe siècle, elle est agrandie au fil du temps par ses propriétaires – elle appartient à la même famille depuis 1764 – pour devenir l’imposant manoir de style néo-normand que nous connaissons. L’intérieur richement meublé et le parc créé au XVIIIe siècle sont ouverts aux visiteurs en été.

    Le musée Pierre Corneille, près de Rouen (Seine-Maritime)

    Les plus belles maisons de Normandie

    Cette demeure normande a vu grandir l’un des plus grands dramaturges français du XVIIe siècle, Pierre Corneille. En 1639, il en hérite de son père et s’y installe pendant plusieurs années avant de quitter Rouen, sa ville natale, pour s’installer à Paris. L’auteur du Cid ne se séparera pas pour autant du domaine familial ; son fils Pierre le fera en 1686, deux ans après la mort de l’écrivain. Depuis, son souvenir n’a cessé d’habiter les lieux. Au lendemain de la Révolution, le descendant du fermier des Corneille rachète la maison aux enchères, puis c’est au tour du Département d’en prendre possession pour y installer un musée dédié à l’écrivain, en 1874. Le site est ouvert toute l’année.

    Les villas Belle Époque de Deauville (Calvados)

    La villa Le Cercle

    Les plus belles maisons de Normandie

    Imaginé en 1873 par l’architecte Desle-François Breney, à l’aube de ce que l’on nommera plus tard la Belle Époque, le chicissime Cercle de Deauville empreinte encore beaucoup au style pompeux du Second Empire (rotonde, niches, larges ouvertures…). Il sert alors d’annexe au Jockey Club créé à Paris en 1836, réunissant des hommes de la haute société triés sur le volet, propriétaires d’écuries et autres férus de courses hippiques. Aujourd’hui, l’espace accueille diverses manifestations et rencontres culturelles, publiques comme privées.

    La villa Strassburger

    Les plus belles maisons de Normandie

    Cette somptueuse villa aux allures de petit château perpétue le souvenir des heures fastueuses de Deauville, lorsque la station balnéaire accueillait en villégiature l’aristocratie parisienne de la Belle Époque. Le baron Henri de Rothschild en commande la construction en 1907. Il la fait ériger en lieu et place de la ferme du Coteau, qui appartenait à la famille de Gustave Flaubert. Pour la dessiner, Georges Pichereau s’inspire de l’architecture traditionnelle du pays d’Auge et y ajoute des détails coquets tels que tourelles, bow-windows et briques disposées en damiers sur le mur du rez-de-chaussée. Appartenant à la ville de Deauville depuis 1980, la villa (ouverte en été) porte toujours le nom de son dernier propriétaire, l’Américain Ralph Beaver Strassburger. À l’intérieur, le mobilier et la décoration sont d’époque.

    Le saviez-vous ?

    En 1942, afin de se protéger des bombardements, les Allemands occupant la villa réquisitionnée y font construire un souterrain de 45 mètres de long.

    La maison de Claude Monet, à Giverny (Eure)

    Les plus belles maisons de Normandie

    Claude Monet acquiert sa propriété de Giverny en 1890, après s’y être installé avec sa famille sept ans plus tôt. Ne se prétendant bon qu’à peindre et à jardiner, il y aménage tous les éléments extérieurs que l’on connaît : le clos normand, le jardin d’eau d’inspiration japonaise, son étang surmonté d’un pont en bois... Et il plante les nénuphars qui lui inspireront sa série de Nymphéas. Si le jardin est baigné de couleurs, sa maison ne l’est pas moins ! Outre sa façade aux murs rosés et aux volets vert émeraude, le visiteur découvre à l’intérieur une enfilade de pièces au charme ancien : la cuisine recouverte de carreaux bleu et blanc, la salle à manger d’un jaune lumineux, le petit salon bleu, le salon-atelier, la chambre du peintre et son cabinet de toilette, etc.

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  • Château de Cormatin : un trésor en Bourgogne

    Par Détours en France

    Le château de Cormatin situé en Saône-et-Loire renferme bien des surprises. Comment imaginer qu’il cache derrière sa façade sobre, presque militaire, un décor Louis XIII exceptionnel, dans la tradition des hôtels particuliers du Marais aujourd’hui disparus ? Outre son majestueux intérieur renfermant notamment une salle des miroirs, le château de Cormatin fascine les visiteurs qui découvrent de magnifiques jardins redessinées dans l’esprit baroque. Grâce à Détours en France, visitez le château de Cormatin comme si vous y étiez.

    Impressionnant : c’est le premier mot qui vient à l’esprit en contemplant les deux ailes aux lignes rigoureuses, montées sur de hauts soubassements et la façade presque austère, qui se mire dans les larges douves.

    Antoine du Blé, marquis d’Huxelles, fait bâtir le château de Cormatin en 1605 pour témoigner du prestige de sa famille au sortir des guerres de religion. Il choisit un plan en « u », à la mode de Paris, et fait disparaître les remparts et le pont-levis du précédent château.

    L'amour du château de Cormatin

    Aujourd’hui, vous emprunterez un simple petit pont de bois pour accéder à la cour d’honneur : les larges douves sont toujours là, mais le plan en « u » a disparu, une aile s’étant effondrée en 1815. Les beaux appartements se situent dans l’aile nord. On y accède par un escalier monumental à volées droites qui tourne autour d’un vide central : directement inspiré de ceux du palais du Luxembourg, c’est une prouesse à l’époque.

    Un petit pont de bois permet aujourd’hui de traverser les larges douves et de rejoindre la cour d’honneur du château de Cormatin, jadis en « U », à la façade toute rigoureuse. Au fond à droite, le labyrinthe de buis.

    Jacques du Blé, qui le fit construire, était un proche de Marie de Médicis. C’est aussi lui qui a fait aménager les appartements de Louis XIII dans un style alors très en vogue dans les salons parisiens et aujourd’hui rarissime. Un témoignage d’autant plus précieux qu’il a bien failli ne pas nous parvenir en entier, découvert tout à fait par hasard par les propriétaires actuels (lire encadré en bas d'article).

    Histoire d’une renaissance

    Chateau de Cormatin sous la neige
    Le château de Cormatin c’est aussi un pari fou, celui de trois amis qui, par amour du beau et de l’histoire, décident, en 1980, de s’acheter un château pour 1 million de francs de l’époque. Anne-Marie Joly, Pierre Almendros et Marc Simonet-Lenglart vont patiemment redonner vie à Cormatin et à son superbe décor peint.
    « Son existence était connue, mais il avait en grande partie disparu, aime raconter Marc Lenglart. La police croyait même qu’il avait été volé ! » Non, juste disparu sous des couches de moisissure blanche. 60 000 visiteurs par an, c’est une belle réussite. Une autre aventure est venue s’y greffer en 1982, théâtrale celle-là : « Les Rendez-vous de Cormatin ». 

    La chambre de la Marquise est remarquable pour son plafond à la française bleu de lapis-lazuli et or, son antichambre pour les lambris rouge cramoisi. Mais le plus exceptionnel est le cabinet de sainte-cécile, lui aussi voué au bleu et agrémenté de fleurs et de fruits délicatement peints, sans doute par des artistes flamands.

    Les amateurs d’insolite auront un petit faible pour la salle des Miroirs, un cabinet de curiosités comme on en raffolait au XVIIe siècle : on y trouve pêlemêle coquillages rares, alligators empaillés, bronzes et objets étranges, le tout sous un plafond décoré de symboles alchimiques.

    La salle des Miroirs du château de Cormatin renferme l’un de ces cabinets de curiosités prisés au XVIIe siècle. Soit un enchevêtrement d’objets hétéroclites, prélevés aussi bien dans les règnes animal et végétal, que dans la décoration !

    Regardez au centre cet enfant qui effeuille des roses à l’aurore : un clin d’oeil à la rose, représentation de la connaissance des mystères du Grand OEuvre, et à la rosée céleste, indispensable au processus qui mène à la pierre philosophale.

    Dans la même région: que diriez-vous de faire un petit détours par le château de Bussy-Rabutin ? Ou alors peut-être préfèrerez-vous le château de Guédelon ?

    Les magnifiques jardins du château de Cormatin

    Il est temps maintenant de découvrir les jardins, superbement redessinés en 1992 dans l’esprit des jardins baroques : 11 hectares de parterres, bosquets et même un labyrinthe de buis qui mène à une charmante volière.

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  • Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

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    Roger de Bussy-Rabutin était militaire, courtisan, écrivain à la plume impertinente. Exilé par Louis XIV, il a reconstitué dans son château de Côte-d’Or l’univers de la cour qui ne voulait plus de lui. Son palais reflète l’univers d’un homme blessé, ce qui rend la visite du château de Bussy-Rabutin émouvante.

     

    Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

    Érigé au XIe siècle puis reconstruit au XIVe, le château de Bussy-Rabutin a subi des modifications sous Henri II et Louis XIII. Entourée d’eau et habillée d’ailes avant «en retour», la bâtisse dévoile en son revers de somptueux jardins aménagés au XVIIIe.

    Insolence et cantiques obscènes

    La publication de L’Histoire amoureuse des Gaules fait l’effet d’une bombe à la cour de Louis XIV : l’auteur, Roger de Rabutin, comte de Bussy, y décrit avec insolence les moeurs galantes de ses contemporains. Si l’on ajoute à cela l’épisode de Roissy en 1659, où Rabutin, en pleine semaine sainte, a, lors d’une soirée bien arrosée, chanté des cantiques obscènes et baptisé un cochon, on comprend que le courtisan bourguignon ne soit plus en odeur de sainteté ! Le voilà contraint de s’exiler dans son château près de Montbard pendant dix-sept ans.

    Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

    Le maître des lieux, à gauche, a rendu hommage à 65 combattants en faisant peindre leurs portraits, qui furent exposés dans la salle des hommes de guerre.

    Entouré d’un grand parc, au fond d’un vallon, le château familial a belle allure, mais sans ostentation. un écrin de fossés en eau le pare d’une certaine mélancolie. c’est le grand-père de Roger qui le rachète en 1602 et en fait reconstruire une partie. Quatre tours, un corps de logis principal et deux ailes : le château tel que vous l’avez sous les yeux est celui qui accueillit Bussy pour son long exil.

    Un décor étonnant, peuplé de tableaux et ponctué de maximes étranges.

    La façade principale est classique, avec ses colonnettes, ses pilastres et ses niches, vides : elles l’ont toujours été, la famille n’ayant pas eu assez d’argent pour les habiller de statues.

    Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

    De part et d’autre, les ailes sont du XVIe siècle et marquées par la mode italienne : arcades en anse de panier, décor de rinceaux, grotesques et têtes d’ange. Mais c’est surtout le décor intérieur qui marque le visiteur. Il a été entièrement repensé par Bussy Rabutin, qui en parle ainsi :

    Les dedans sont d’une beauté singulière, et qu’on ne voit point ailleurs.

    Portraits, panneaux et boiseries peints sont présents dans toutes les pièces : ce n’est pas la qualité des oeuvres qui importe — Bussy a sans doute fait appel à des artistes locaux, faute de moyens — mais plutôt leurs sujets.

     

    Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

    Dans le cabinet des devises, des châteaux et monuments, dont certains disparus, des panneaux allégoriques, des devises illustrées composent un curieux mélange : comme la représentation de cet escargot, « Je me referme en moi-même », de cet oignon, « Qui me mordra pleurera », ou de ce roseau « Je plie et ne romps pas ». Difficile de ne pas y voir des allusions à Bussy lui-même et à sa situation d’exilé, d’autant que ces panneaux entourent un portrait de l’écrivain et le blason familial.

    Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

    La façade et ses deux ailes, qui encadrent la cour d’honneur, sont ponctuées de quatre tours rondes

    La « salle des hommes de guerre » est un hymne à la vie militaire et à ses héros : 65 portraits de guerrier, choisis par Bussy, de Du Guesclin à Charles Quint, en passant par le duc de Guise, Jean Sobiewski roi de Pologne, et lui-même, petite coquetterie du propriétaire des lieux. Sous les fenêtres, des devises encore, concernant une femme : « Elle fuit le mauvais temps », « Elle attire pour perdre » : elles évoquent la marquise de Montglas, maîtresse de Bussy, qui le quitta à son exil : Bussy lui en voulut beaucoup.

    Le saviez-vous :

    Roger de Bussy-Rabutin correspondait très fréquemment par lettres avec sa cousine... Madame de Sévigné !

    Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

    Dans sa chambre, Bussy a choisi d’être bien entouré : 25 dames de la cour, reines ou favorites, accompagnaient ses songes, Agnès Sorel, Ninon de Lenclos, Madame de Maintenon… Dans la tour dorée, Bussy, représenté en empereur romain, est entouré de ses maîtresses et bonnes amies, qui lui ont donné leur portrait : sous chacun d’eux, le libertin et homme de lettres a ajouté un commentaire de son cru… Il s’est aussi offert une galerie des rois de France, qui conduit à la chapelle : trente tableaux d’Hugues Capet à Louis XIV, évidemment commentés par Bussy.

    Château de Bussy-Rabutin : palais d'un libertin en exil

    Nostalgie pour la vie militaire, regret de la cour, ressentiment pour le roi, amour des femmes mais aigreur pour celle qui l’a trahie, c’est tout cela qu’évoque le château de Bussy : l’univers d’un homme blessé. C’est aussi ce qui rend sa visite si émouvante.

    Le saviez-vous

    C’est le comte Jean-Baptiste-César de Sarcus qui fit classer le château Monument Historique en 1862, moins de trois décennies après l’avoir acheté en 1835. Il est donc géré par le Centre des Monuments Nationaux.

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