• Place des Vosges (La) de Paris
    échappe au début du XXe siècle
    à des transformations controversées
    (D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1910)
     
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    Remontant au XIVe siècle puis entièrement remaniée par un Henri IV ayant pris moult précautions visant à s’assurer que nul ne saurait, à l’avenir, avoir raison de son esthétique symétrie, celle qui « excita l’admiration de l’univers » et prit successivement les noms de place Royale, puis d’Indivisibilité, et enfin des Vosges, échappe, au début du XXe siècle, à des transformations que d’aucuns estiment alors de nature à porter atteinte au respect des vieux murs

    Je me réjouis fort d’un jugement qui vient d’être rendu à la requête de la Ville de Paris, écrit en 1910 Adolphe Brisson, directeur des Annales politiques et littéraires. Dans le cas où il vous aurait échappé, je vous le signale, poursuit-il, car, si l’on y tient la main, il peut être gros de conséquences, et de conséquences heureuses. Voici le fait.

    Un des propriétaires de la place des Vosges avait altéré la façade de sa maison, en abattant les allèges de deux lucarnes, en modifiant deux oeils-de-boeuf, en coupant la corniche du couronnement. Ayant constaté cette faute, qui constituait un véritable crime architectural, la Ville de Paris poursuivit le délinquant. Les juges l’ont condamné à démolir, à rebâtir la façade.

    Place des Vosges en 1610 (Paris)
    Place Royale (future place des Vosges, Paris) en 1610

    Dieu merci ! s’exclame Brisson, ce lieu illustre, si plein d’histoire, ne sera pas défiguré, déshonoré. Les arguments invoqués par l’avocat de la Ville, et qui ont déterminé le tribunal, sont des plus suggestifs. Notre confrère Pierre Nolay, qui assistait au procès, nous les révèle.

    Ce sont des arguments vénérables, étayés sur trois siècles d’usages et de traditions. Vous savez comment fut établie cette place fameuse. Elle remonte au XIVe siècle... Pierre d’Orgemont, chancelier de France, y édifia d’abord, en 1390, le superbe palais des Tournelles. En 1402, le duc de Berry, frère de Charles V, l’acheta quatorze mille écus d’or. Charles VI en fit sa maison ; il l’occupa en compagnie du duc de Bedford, régent. Ce dernier acquit de nombreux terrains aux alentours ; des constructions nouvelles y furent élevées et le palais des Tournelles éclipsa, par les fêtes somptueuses qu’on y donnait, l’arrogant hôtel Saint-Pol, sis en face...

    Pendant près d’un siècle, il demeura la résidence de nos rois. Louis XI y logea ; Louis XII y mourut ; ils ne le délaissèrent qu’à la suite du duel tragique qui coûta la vie à Henri II... Ce fut Henri IV qui imprima à la place sa physionomie actuelle. Les textes relatifs à ce projet sont intéressants à relire. Henri veut une place commode pour le commerce et, en même temps, propre aux divertissements : « Ayant délibéré, pour la commodité et l’ornement de nostre bonne ville de Paris, d’y faire une grande place bastye de quatre costés, laquelle puisse estre propre pour ayder à établir des manufactures des draps de soye et loger les ouvriers que nous voulons attirer en ce royaume le plus qu’il se pourra et par mesme moyen puisse servir de promenades aux habitants de nostre ville. »

    Il décida que les façades seraient construites symétriquement. Pour cela, il céda le terrain à des particuliers ; il n’exigea d’eux que la redevance d’un écu, mais à la condition expresse de « bastir, sur la face des dictes places, chacun ung pavillon ayant la muraille de devant de pierres de taille et de briques, ouverte en arcades et des galleryes au dessoubs avec des boutiques pour la commodité des marchandises, selon le plan et les ellevations qui en ont été figurées tellement que les trois costés qui sont à faire pour le tour de la dicte place, devant le dict logis des manufactures, soient tout bastis d’une mesme ciméttrie pour la décoration de nostre dicte ville ».

    Place des Vosges (Paris)
    Place des Vosges (Paris)

    L’ordonnance est donc formelle, le contrat précis. Le roi, poussant plus loin encore les précautions, et désirant assurer dans l’avenir la durée de son oeuvre, prescrivit que les maisons de la place Royale ne pourraient jamais se partager entre des cohéritiers et qu’elles demeureraient indivises.

    Ces volontés furent obéies... La place Royale excita l’admiration de l’univers, renchérit Adolphe Brisson. « Les Grecs et les Romains n’en ont jamais eu de semblable », écrivait Sauval, cent ans plus tard. Henri IV l’avait, en quelque sorte, dessinée lui-même, surveillant les maçons, mettant la main à la pâte. Ses successeurs (lisez la monographie du savant Georges Cain dans les Coins de Paris) l’embellirent ; Richelieu y érigea une statue à Louis XIII ; Louis XIV l’entoura d’une grille de fer précieusement ciselée ; Marion Delorme y avait son hôtel voisin de celui de Ninon de Lenclos. Victor Hugo l’habitait à la veille d’Hernani.

    Sous la Révolution, elle changea de nom, s’appela place de I’Indivisibilité, puis, sous le Consulat, elle devint la place des Vosges, qu’elle n’a plus cessé d’être. A travers les désastres publics, nonobstant les guerres civiles et les barricades, elle resta intacte, inviolée. Et voici que l’impertinence ou la négligence d’un homme d’aujourd’hui abîmerait tout cela, dérangerait cette harmonie, anéantirait des accords mutuellement consentis et consacrés par les siècles !.. s’insurge le directeur des Annales politiques.

    Non, s’il vous plaît. Une telle audace ne saurait se souffrir. Ce qui me stupéfie, c’est qu’on l’ait eue, c’est qu’il se soit trouvé quelqu’un d’assez épais, d’assez sot, pour contrevenir aux ordonnances du bon roi Henri, fulmine encore Brisson. Je ne connais point le propriétaire dont un jugement avisé vient de réprimer l’intolérable fantaisie ; mais sa mentalité me paraît extraordinaire, incompréhensible. Quelle turlutaine l’a pris ? Il lui en coûtait aussi cher de modifier sa façade que de l’accommoder selon la règle commune. Alors, pourquoi agissait-il de la sorte ? Quels pouvaient être ses mobiles ?... Taquinerie ?... Indiscipline ?... Revendication de sa liberté individuelle ?...

    Place des Vosges (Paris)
    Place des Vosges (Paris)

    La liberté m’est chère ; toutefois, j’estime qu’elle doit se subordonner au bien général... Une place comme la place des Vosges est un monument d’art national qui appartient pécuniairement à quelques-uns et moralement à tout le monde, poursuit Brisson. On a le droit et le devoir d’en assurer la conservation. Nos villes françaises ne sont pas assez jalouses des beautés qu’elles renferment ; elles les laissent détruire ou mutiler ; je pleure quand je vois d’anciens quartiers pittoresques, évocateurs du passé, brutalement anéantis, et, sur leur ruine, des rues bêtement alignées au cordeau, de banales maisons modernes.

    Fi l’horreur ! Les étrangers, les Allemands, les Anglais, plus malins, ont soin de ne pas détruire l’aspect pittoresque de leurs cités, sachant que c’est ce qui y attire les visiteurs et que la piété se double ici d’un calcul intelligent et pratique...

    J’approuve donc la Ville de Paris ; je l’engage à se montrer très vigilante, et, surtout, à faire exécuter fermement, promptement, la décision des magistrats... Dernièrement, il fut ordonné qu’un hôtel, qui se dresse insolemment au-dessus des immeubles de la place de l’Etoile, serait abaissé. Ce jugement est resté lettre morte. Pourquoi ? J’espère que, en ce qui concerne la place des Vosges, nous n’aurons pas à déplorer la même mollesse et que la Commission du Vieux Paris, aidée par la presse, y veillera...

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  • LE DÉPUCELAGE DE LOUIS XIV AU LOUVRE

     

    LE DÉPUCELAGE DE LOUIS XIV AU LOUVRE

    Louis XIV a eu de grandes responsabilités très jeune. Malgré la régence de sa mère Anne d’Autriche, il monte officiellement sur le trône à l’âge de 5 ans.

    Et la reine-mère veille sur les intérêts de son fils, jusque dans les moindres détails… Y compris sa vie très intime.

    Anne d’Autriche a longtemps souffert de l’indifférence sexuelle de son époux, Louis XIII, le père du Roi-Soleil.

    En effet, de nombreuses rumeurs courent sur son impuissance et sur son orientation sexuelle. Leur nuit de noces a été un un échec complet et la reine a dû attendre 23 ans après le mariage pour avoir son héritier.

    Une frustration qu’elle a certainement mal vécu puisqu’elle serait à l’initiative du dépucelage de Louis XIV.

    Pour mener son projet à bien, elle charge sa femme de chambre et confidente Catherine-Henriette Bellierd’accompagner le roi dans son passage charnel à l’âge adulte.

    LE DÉPUCELAGE DE LOUIS XIV AU LOUVRE


    Le roi de France Louis XIV entouré de sa famille. Attribué à Nicolas de Largilliere.

    Catherine-Henriette Bellier est l’épouse de Pierre de Beauvais, un marchand drapier. Cette femme connue sous le surnom de « Cateau La Borgnesse » a su gagner la confiance d’Anne d’Autriche dans son cabinet, et plus particulièrement en lui prodiguant ses lavements, pour la petite anecdote croustillante.

    Âgée de 20 ans de plus que le roi et ayant eu de nombreux amants, elle s’occupe d’initier le roi aux plaisirs de la chair alors qu’il fête tout juste sa majorité sexuelle à 14 ans. Primi Visconti, l’un des chroniqueurs de la Cour, raconte cet épisode « Tout affreuse qu’elle était, le prince étant fort jeune, l’ayant trouvé seul à l’écart dans le Louvre, elle le viola, ou du moins le surprit, de sorte qu’elle obtint ce qu’elle désirait ».

    Il semblerait que le roi ne lui ait pas tenu rigueur de son audace puisqu’il serait retourné la voir plusieurs fois…Pour ce « service rendu », Catherine de Beauvais obtient l’Hôtel de Beauvais (au numéro 68 de l’actuelle rue François-Miron, anciennement rue Saint-Antoine) une pension de 2000 livres et son époux devient baron

    S’il y a de fortes chances pour que « Cateau La Borgnesse » ait, effectivement, été borgne, cela n’entache pas son charme selon les témoins.

    Saint Simon, homme de cour et mémorialiste, la décrit alors comme une « créature de beaucoup d’esprit, d’une grande intrigue, fort audacieuse, qui eut le grappin sur la reine-mère, et qui était plus que galante… On lui attribue la première d’avoir déniaisé le roi à son profit ».

    Par cette action, elle restera dans les bonnes grâces aussi bien du roi que de sa mère.

    Pourtant, après la mort de son époux et fortement endettée, elle s’éloignera de la cour et mourra seule. Le roi Louis XIV, lui, est resté connu comme un fougueux amant au fort appétit sexuel. Merci Cateau !

    LE DÉPUCELAGE DE LOUIS XIV AU LOUVRE


    Un des mascarons de l’hôtel de Beauvais de Catherine-Henriette Bellier

     

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  • Les petites histoires de l’Histoire…

    Pour ceux qui cherchent à se cultiver un peu plus …

     

    LE SAVIEZ-VOUS ?

    La prochaine fois que vous vous laverez les mains
    et que vous trouverez la température de l’ eau pas vraiment agréable,

          ayez une pensée émue pour nos ancêtres…

    Voici quelques faits des années 1500 :

    La plu part des gens se mariaient en juin, parce qu’ ils prenaient leur bain annuel en mai
    et se trouvaient donc encore dans un état de fraîcheur « raisonnable » en juin.

    Mais évidemment, à cette époque, on commençait déjà à puer légèrement
    et c’ est pourquoi la mariée tentait de masquer un tant soit peu son odeur corporelle en portant un    bouquet.

    C’ est à cette époque qu’ est née la coutume du bouquet de la mariée.  
    Pour se baigner, on utilisait une grande cuve remplie d’ eau très chaude.
    Le Maitre de maison jouissait du privilège d’ étrenner l’ eau propre ;

    suivaient les fils et les autres hommes faisant partie de la domesticité
    puis les femmes et enfin les enfants…  Les bébés fermaient la marche.À ce stade, l’ eau était devenue si sale qu’ il aurait été aisé d’y perdre quelqu’un…
    D’ où l’ expression « Jeter le bébé avec l’ eau du bain » !
         

    En ces temps-là, les maisons avaient des toits en paille, parfois même la maison n’ était qu’ un toit.
    C’ était le seul endroit où les animaux pouvaient se tenir au chaud.
    C’ est donc là que vivaient les chats et les petits animaux (souris et autres bestioles nuisibles),
    Lorsqu’ il pleuvait, celui-ci devenait glissant et il arrivait que les animaux glissent hors de la paille et tombent du toit.
    D’ où l’ expression anglaise  » It’s raining cats and dogs  » (« Il pleut des chats et des chiens« ).
    Pour la même raison, aucun obstacle n’ empêchait les objets ou les bestioles de tomber dans la maison.
    C’était un vrai problème dans les chambres à coucher où les bestioles et déjections de toute sorte s’ entendaient à gâter la literie.
    C’est pourquoi on finit par munir les lits de grands piliers afin de tendre par-dessus une toile

    qui offrait un semblant de protection.

    Ainsi est né l’ usage du ciel de lit ;
    bien évidemment, les plus pauvres devaient s’en passer…

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    Le pain était divisé selon le statut social.
    Les ouvriers en recevaient le fond carbonisé,

    la famille mangeait la mie et les hôtes recevaient la croûte supérieure, bien croquante.

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    À cette époque, on cuisinait dans un grand chaudron perpétuellement suspendu au-dessus du feu.
    Chaque jour, on allumait celui-ci, et l’ on ajoutait des ingrédients au contenu du chaudron.
    On mangeait le plus souvent des légumes, et peu de viande.
    On mangeait ce pot-au-feu le soir et laissait les restes dans le chaudron.
    Celui-ci se refroidissait pendant la nuit et le cycle recommençait le lendemain.
    De la sorte, certains ingrédients restaient un bon bout de temps dans le chaudron…

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    Les plus fortunés pouvaient s’ offrir des assiettes en étain.
    Mais les aliments à haut taux d’ acidité avaient pour effet de faire migrer des particules de plomb dans la nourriture,

    ce qui menait souvent à un empoisonnement par le plomb (saturnisme)
    et il n’ était pas rare qu’on en meure.

    C’ était surtout fréquent avec les tomates
    ce qui explique que celles-ci aient été considérées pendant près de 400 ans comme toxiques.

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    Pour boire la bière ou le whisky, on utilisait des gobelets en plomb.

    Cette combinaison mettait fréquemment les buveurs dans le coma pour plusieurs jours !

     

    Et quand un ivrogne était trouvé dans la rue, il n’ était pas rare qu’ on entreprenne de lui faire sa toilette funèbre.
    Il restait ainsi plusieurs jours sur la table de la cuisine,

    où la famille s’ assemblait pour boire un coup
    en attendant que l’ olibrius revienne à la conscience : d’ où l’ habitude de la veillée mortuaire.

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    La Grande-Bretagne est en fait petite et à cette époque, la population ne trouvait plus de places pour enterrer ses morts ;
    du coup, on déterra des cercueils et on les vida de leurs ossements qui furent stockés dans des bâtiments ad hoc
    afin de pouvoir réutiliser les tombes.

    Mais lorsqu’on entreprit de rouvrir ces cercueils, on s’ aperçut que 4 % d’ entre eux portaient des traces de griffures dans le fond,
    ce qui signifiait qu’ on avait enterré là quelqu’un de vivant.
    Dès lors, on prit l’ habitude d’ enrouler une cordelette au poignet du défunt reliée à une clochette à la surface du cimetière ;
    et l’on posta quelqu’un toute la nuit dans les cimetières avec mission de prêter l’ oreille
    et c’est ainsi que naquit là l’expression « sauvé par la clochette ».

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    C’ est une grenouille en marbre sculptée sur un bénitier

          à l’ entrée de la cathédrale de Narbonne qui est à l’ origine de l’expression imagée

     ‘’grenouille de bénitier’’.
    Qui a donc dit que l’histoire était ennuyeuse ?

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  • Piqueurs (Des) parisiens s’attaquent
    aux postérieurs féminins !
    (D’après « Le Musée de la conversation », édition de 1897)
     
     
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    Dans la seconde moitié de l’année 1819, un incident assez original vint jeter l’émoi dans la partie la plus gracieuse de la population parisienne. Un certain nombre de femmes, des jeunes filles surtout, se plaignirent d’avoir reçu, en se promenant sur la voie publique, des blessures produites par des instruments pointus que quelques farceurs inconnus auraient dirigés contre les régions les plus proéminentes de leurs personnes...

    Voici à ce propos une note émanée de la Préfecture de police, que nous trouvons insérée dans le Moniteur universel du 4 décembre 1819 ; elle ne manque pas d’une certaine saveur :

    « Un particulier, dont on n’a pu se procurer le signalement que d’une manière imparfaite, se fait depuis quelque temps un plaisir cruel de piquer par derrière, soit avec un poinçon, soit avec une longue aiguille fixée au bout d’une canne ou d’un parapluie, les jeunes personnes que le hasard lui fait rencontrer dans les rues, sur les places ou sur les promenades publiques.

    Le résultat d'une Piqûre
    Le résultat d’une Piqûre

    « Celles sur lesquelles il semble qu’il ait de préférence exercé, jusqu’à ce jour, sa coupable et dangereuse manie, sont les jeunes personnes que les principes d’une éducation soignée, une timidité naturelle, ou la crainte d’occasionner un éclat ou du scandale, ont dû empêcher de se plaindre aussitôt qu’elles se sont senties blessées. »

    La note finissait en engageant tous les citoyens à s’unir à l’autorité pour l’arrestation du coupable, jusqu’alors resté insaisissable. Le même organe cite, à la date du 12 décembre, un extrait du Journal de Paris : « Ces bruits répandus par les journaux, disait-on dans cet article, ont jeté dans le public une sorte d’effroi et une alarme telle, qu’une demoiselle prend la fuite, si on semble l’approcher de trop près. »

    Naturellement l’aventure devait servir de prétexte à la réclame. Aussi lisons-nous dansl’Indépendant du 10 décembre une lettre d’un sieur Liébert, pharmacien, rue Saint-Louis, 21, au Marais ; recommandant un spécifique contre les piqûres, dont plusieurs, assure l’habile commerçant, lui ont laissé voir quelques apparences venimeuses. Cet antidote, appliqué à temps, devait arrêter tous les effets dangereux, « qui ne se manifestent ordinairement qu’au bout de quelques heures. »

    Inutile de dire que chansons et caricatures égayèrent le public aux dépens des malheureuses victimes de l’introuvable mystificateur. On publia une plaquette intitulée : Piqûre à la mode, complainte, romance et chansons, par un membre de la société d’Épicure. Il y eut aussi lesPiqûres en vaudeville. Quant aux caricatures, presque toutes anonymes, bien peu méritent d’être signalées.

    Nous ne nous occuperons que des moins convenables. L’une d’elles, intitulée le Résultat d’une Piqûre, représente une femme dans une position... préoccupante. Nous mentionnerons la suivante comme une des meilleures. Un ouvrier est en train de garnir d’une cuirasse de sûreté les parties les plus exposées d’une jeune dame fort élégante. On voit pendues au mur plusieurs cuirasses de même forme. On lit en haut de la feuille : Par brevet d’invention, cuirasses préservant des piqûres, et en bas : comme ils vont être attrapés !

    Une autre estampe, qui traite te même sujet, a pour titre : Étrennes pour le jour de l’an 1820. Préservatif certain contre la piqûre. Dans un magasin rempli de cuirasses de toutes grandeurs, une jeune femme essaie l’une de ces plaques protectrices à double convexité. A droite, un ouvrier forgeron les prépare. Au bas du dessin se trouvent ces vers :

    Une doublure en fer-blanc,
    La matière est un peu dure,
    Mais le soin le plus urgent,
    C’est d’éviter la piqûre

    Ça vous va-t-y bien,
    ça n’vous bless’t-y pas ?

    Finalement l’affaire se dénoua devant la police correctionnelle. Le Journal de Paris des 26 janvier et 2 février 1820 rend compte du Procès d’un individu prévenu d’être un piqueur. Comme le rédacteur ne manque pas de le faire observer, cette cause était de nature à piquerla curiosité des dames.

    Étrennes pour le jour de l'an 1820. Préservatif certain contre la piqûre
    Étrennes pour le jour de l’an 1820. Préservatif certain contre la piqûre

    Le prévenu était un malheureux garçon tailleur, âgé de 35 ans, nommé Bizeul. Bien que n’ayant pas été pris en flagrant délit, il fut reconnu par quelques-unes des parties intéressées et condamné à cinq ans de prison et 500 francs d’amende. A diverses reprises, notamment à la fin de juin 1895, la police eut à s’occuper de faits du même genre, qui semblent constituer un cas d’érotomanie parfaitement caractérisé. (l’Éclair des 5 juillet 1895 et 5 juillet 1896.)

    L’affaire des piqueurs avait eu un curieux précédent dans les dernières années du règne de Louis XVI. Mercier rapporte, dans son Tableau de Paris (tome XI), le cas d’un particulier surnommé le chevalier Tape-cul qui, vers 1788, époque où le volume parut, prenait plaisir à frapper au bas du dos les femmes qui se trouvaient sur son passage. L’auteur ajoute qu’en général, les dames, surtout celles d’un certain âge, ne se montraient pas trop offusquées des mauvaises plaisanteries de ce maniaque.

    Lejoncourt a fait figurer le chevalier Tape-cul dans sa Galerie des centenaires anciens et modernes (1842). Selon lui, ce vieillard, chevalier de Saint-Louis, qui n’était connu que sous ce sobriquet, serait mort vers 1802, à l’âge de 117 ou 118 ans. Jusqu’à la fin de sa vie, on le voyait se promener habituellement sur les quais Voltaire et Malaquais. Quand les femmes qu’il frappait s’irritaient de son audace, il leur répondait : « Allez, allez. vous direz que c’est un homme de cent dix-sept ans qui s’est permis cela, et on le lui pardonnera. »

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  • Pilules Orientales pour développer
    et raffermir les seins, il y a 100 ans
    (Réclame parue dans « Le Petit Parisien » du 20 janvier 1911)
     
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    En 1911, le pharmacien Ratié vante, témoignages nombreux et anonymes à l’appui, les mérites de ses "Pilules Orientales", capables de « développer et raffermir les seins », et promet aux dames et jeunes filles de tous les paysd’obtenir un corsage n’ayant « bientôt plus rien à envier à celui de (leurs) compagnes les plus favorisées ». La quête d’une poitrine avantageusepréoccupait-elle donc déjà nos proches ancêtres ?

    Ceci résulte de quantité de lettres, entr’autres de celle-ci, écrite par Madame H. L... Sa joie est immense. Elle avait très peu de poitrine : elle se désolait de voir passer les meilleures années de sa jeunesse et de n’avoir qu’un buste plat, une gorge osseuse. Enfin elle prend des Pilules Orientales et quinze jours après elle écrit : Voilà quinze jours que je prends vos Pilules Orientales et je remarque déjà avec satisfaction un résultat vraiment surprenant. Signé Mme H. L..., rue Gondart, Marseille.

    Réclame pour les "Pilules Orientales"
    Réclame pour les "Pilules Orientales"
    Ce résultat na pas de quoi surprendre. Je suis habitué depuis longtemps, à recevoir beaucoup de lettres semblables, telle cette autre, empreinte de satisfaction et de reconnaissance : Je vous dirai Monsieur que vos Pilules Orientales ont fait beaucoup de bien à la jeune fille, car elle a maintenant la poitrine très développée et elle a une mine charmante. Ainsi pour vous en faire voir la preuve : auparavant qu’elle prenne vos pilules elle pesait cent deux et maintenant elle pèse cent cinq. Elle a augmenté de ces trois livres depuis qu’elle prend de vos pilules et elle se porte très bien. J’en ai déjà parlé à d’autres personnes que rien ne leur a fait pour les faire grossir de la poitrine, ni pour leur donner des forces et qui m’ont demandé votre adresse. Signé Madame T..., rue Portepoivine, Loches.

    Je tais les noms par discrétion professionnelle, me conformant du reste au désir exprimé par mes correspondantes ; mais les lettres sont là qui font foi. Ainsi donc les Pilules Orientales développent la poitrine et fortifient la santé. De plus elles donnent a la figure cette fraîcheur de teint qui fait dire à Madame T..., « elle a une mine charmante ». En outre elles effacent les creux si disgracieux produits par les saillies osseuses sur une poitrine trop maigre. C’est ce dont témoigne la lettre suivante :Monsieur, Vos Pilules Orientales me réussissent très bien. Grâce à elles je vois avec bonheur les creux qui entouraient ma gorge se remplir petit à petit. Je ne désespère plus maintenant de retrouver ce que, depuis déjà plusieurs années, j’avais perdu. Louise M..., rue Franklin, Passy.

    Je termine ces citations par celle-ci dont l’enthousiasme ne le cède en rien aux autres :Monsieur, Sur la foi de vos annonces j’ai fait usage de votre reconstituant des seins et je vous en témoigne mon contentement, car j’ai déjà obtenu la poitrine parfaite que je désirais. C’est surprenant et pourtant exact. Mes sincères salutations. Emilie R..., Roubaix (Nord).

    Les Pilules Orientales produisent tous les jours d’innombrables résultats analogues, car elles ne se comptent plus, les dames et les jeunes filles de tous les pays, qui s’adressent à ces merveilleuses pilules pour développer et raffermir les seins ou les reconstituer. Une belle poitrine, harmonieusement développée, est en effet l’un des attraits les plus captivants chez une femme. De plus, elle est en général l’indice d’une santé florissante et les préférences instinctives ou raisonnées, vont vers celles que la nature a favorisées sous ce rapport. Vous qui vous désolez de n’être pas de ce nombre ayez recours aux Pilules Orientales : en quelques semaines vous verrez les seins se développer et se raffermir, les saillies osseuses disparaître et les salières se combler ; votre corsage n’aura bientôt plus rien à envier à celui de vos compagnes les plus favorisées. Beaucoup d’entre elles du reste doivent leur buste opulent tout simplement aux Pilules Orientales.

    Ne craignez point que ces pilules puissent présenter le moindre danger : depuis plus de trente ans que des milliers de dames et de jeunes filles en font usage elles n’ont jamais donné lieu au plus léger reproche à ce sujet. Au reste le corps médical les prescrit volontiers, et maintes lettres de docteurs attestent leur action bienfaisante autant que leur efficacité. Tout ceci consacre la réputation des Pilules Orientales, et les met au-dessus de toute comparaison possible avec aucun autre produit ou traitement similaire. Ainsi donc, quel que soit votre cas, qu’il s’agisse de développer, de raffermir ou de reconstituer n’hésitez pas à recourir à l’unique moyen qui s’offre à vous, d’obtenir ce que vous désirez.

    J’enverrai gratis, sur demande, à toutes celles qui pourraient être encore dans le doute une élégante brochure renfermant d’intéressants détails et des preuves irréfutables de la merveilleuse efficacité des Pilules Orientales. La même brochure sera, sur demande, jointe à chaque flacon de pilules expédié directement. Prix du flacon de pilules : 6 fr. 35 franco contre mandat ou bon de poste. Avoir soin de bien adresser lettres et commandes comme suit : J. RATIE, pharmacien, 5, passage Verdeau, Section 41, Paris.

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  • Pillage (Le) des collections publiques
    d’ouvrages rares par le comte Libri
     
    (D’après « Le Petit Parisien », paru en 1911)
     
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    En 1911, l’enlèvement de la Joconde au musée du Louvre incite Le Petit Parisienà narrer la rocambolesque histoire du comte Guillaume Libri qui, parvenant à se faire nommer secrétaire de la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, excelle dans le pillage de collections d’ouvrages de la Bibliothèque Mazarine, de l’Observatoire ou encore de la Bibliothèque nationale, ses relations avec de hautes figures de l’Etat lui évitant dans un premier temps une condamnation

    Une vieille histoire, amusante comme un roman de police, revient à l’esprit de ceux qui se souviennent c’est celle du comte Libri qui, membre de l’Institut et inspecteur général des bibliothèques, dévalisa méthodiquement, pendant des années, les richesses qu’il était chargé de surveiller. Un livre ou un manuscrit est évidemment plus facile à dérober qu’un tableau ou qu’une statue. Libri n’en fut pas moins, dans un genre tout spécial, un homme de génie, dont le succès prolongé confond l’imagination.

     

    Il était né en Italie en 1803, d’une noble famille florentine. Impliqué dans une affaire de conspiration, il dut abandonner la chaire de mathématiques qu’il occupait à l’Université de Pise et vint s’installer à Paris. Il y fit une rapide et brillante carrière, justifiée à la fois par son réel mérite et par un prodigieux esprit d’intrigue. Professeur au Collège de France et à la Sorbonne, membre de l’Académie des sciences, inspecteur général de l’instruction publique, ami intime de Guizot, alors tout puissant, le comte Libri avait une « façade » magnifique. Ce qui se cachait derrière était moins estimable.

     

    Les inspections et missions auxquelles il procédait ne devaient pas, en effet, tarder à affecter un caractère tout spécial. Quand Libri arrivait dans une bibliothèque ou un dépôt d’archives, il excellait à y découvrir, soit grâce au catalogue, soit par des recherches personnelles, les pièces rares et de grandes valeurs. Tantôt si c’était un volume maniable, il le mettait tranquillement dans sa poche et l’emportait. Tantôt s’il s’agissait d’un manuscrit important, il détachait seulement les feuillets les plus intéressants.

    Pratiqué discrètement et avec quelque réserve, ce jeu aurait pu, peut-être, durer longtemps, surtout en province. Mais Libri, qui portait dans ces opérations une passion de monomane doublée d’une avidité sans bornes, taillait dans le grand et, peu de mois après le début de ses « missions », les plaintes se faisaient si nombreuses que, bon gré mal gré, la torpeur des bureaux était forcée de se secouer.

    De toutes parts, en effet, les soustractions étaient signalées. Tour à tour, la bibliothèque Mazarine, la bibliothèque de l’Arsenal, la bibliothèque de l’Observatoire et celle de l’Institut de France dénonçaient les larcins dont elles étaient victimes. En province, les dépôts de Troyes, de Grenoble, d’Albi, de Poitiers, de Carpentras, de Montpellier clamaient également leur stupéfaction. Impossible de ne pas être frappé de ce fait que, partout où un vol était constaté, M. l’inspecteur général, membre de l’Institut, était passé une ou plusieurs fois.

    Soupçonner cependant un si haut fonctionnaire c’était une singulière audace. C’était surtout une grave imprudence, car on savait le personnage puissant et bien en cour. On hésita longtemps à s’en prendre à lui. En 1847 pourtant la coupe déborda. Un Théocrite, édition de 1495, dont la bibliothèque de Carpentras avait signalé la disparition fut vendu dans une vente faite par le comte Libri et qui produisit plus de cent mille francs. Quelques semaines plus tard, une constatation pareille était faite à propos d’un manuscrit enlevé à la bibliothèque de Troyes. Guizot, si partial qu’il fût en faveur de Libri, ne put pas empêcher les plaintes de se produire et d’être suivies.

    Le 4 février 1848 le procureur général les résuma dans un long rapport. Le gouvernement arrêta le document et il fallut, pour qu’il vît le jour, la chute de la monarchie de Juillet. Libri, cependant, avec une magnifique imprudence, continuait à se montrer et à aller à l’Institut. C’est là qu’un rédacteur du National lui fit passer un billet portant ces simples mots : « Vous ignorez sans doute la découverte qui a été faite du rapport judiciaire concernant vos inspections dans les bibliothèques publiques. Croyez-moi épargnez à la société nouvelle des réactions qui lui répugnent. Ne venez plus à l’Institut. »

    Deux jours après, Libri partait pour l’Angleterre, où il se faisait passer pour une victime de la politique. Il n’avait pas manqué, hâtons-nous de l’ajouter, d’emporter avec lui sa bibliothèque « particulière ». Particulière, cette bibliothèque l’était au plus haut point. Car constituée avec un art supérieur, elle se composait presque exclusivement de manuscrits ou de livres volés. La liste de ces vols a été imprimée. Je me souviens encore de la chaleureuse émotion, avec laquelle trois hommes qui ont honoré la science et l’érudition françaises, MM. Léopold Delisle, Ludovic Lalanne et Amédée Tardieu racontaient, il y a quelque vingt ans, les découvertes opérées dans la « collection » Libri. La bibliothèque Mazarine avait été dépouillée de ses plus beaux spécimens d’imprimés italiens. La bibliothèque de Troyes venait en second rang. Celle de Grenoble avait perdu des imprimés latins, celle de Montpellier une magnifique édition de Machiavel, celle de Carpentras le Théocrite, dont je parlais tout à l’heure, et que le concierge des Archives témoigna avoir vu entre les mains de Libri.

    Les dépôts d’autographes n’avaient pas été plus épargnés, notamment la bibliothèque de l’Observatoire. L’Institut avait perdu des lettres de Charles VII, de Charles VIII, de Louis XI, de François Ier, de Calvin, de Henri IV, du maréchal d’Ancre, d’Anne d’Autriche, de Séguier, d’Arnaud d’Andilly, de Christine de Suède, de Colbert, de Molé, de Robert Estienne, de Ronsard, de Léonard de Vinci, j’en passe et des meilleures.

    A la Bibliothèque nationale la collection Baluze, célèbre dans l’Europe entière, avait été mise à sac : des trésors historiques inappréciables avaient ainsi disparu. Il en avait été de même pour la collection Peiresc et la collection du Puy. A la bibliothèque de Montpellier, le pilleur d’archives avait volé les lettres de Christine de Suède ; à Carpentras, un manuscrit de Dante ; à l’Arsenal, une édition manuscrite de Lucrèce.

    C’était un véritable désastre. Notez, d’ailleurs, que, par ses ventes successives, Libri avait gagné une fortune qui n’était pas loin d’atteindre un million, joli chiffre pour l’époque. Les conclusions des experts étaient formelles. Le 22 juin 1850, Libri fut condamné à dix ans de réclusion, à la perte de ses emplois publics et à la dégradation civique. Il lui restait 50.000 livres de rente avec lesquelles il put vivre heureux en Angleterre.

    Chose étrange : il lui restait aussi des partisans. Dans l’entourage de Guizot, on s’obstinait, malgré tant de preuves écrasantes, à le tenir pour une victime. Mérimée écrivit en avril 1852 deux lettres parues dans la Revue des Deux Mondes, si violentes contre les juges de Libri, qu’il fut condamné à 15 jours de prison pour outrage à la magistrature. On fit circuler des pétitions. On réclama la révision. En réalité, le cas n’est pas douteux, et Libri n’est pas défendable.

     
     
     
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  • Pièces percées : projet suscitant
    quelque interrogation caustique en 1913
    (Extrait du « Petit Journal illustré », n° du 2 février 1913)
     
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    Dès 1913, les journaux du temps annonçaient l’avènement imminent des prochaines pièces de nickel perforées, qui furent effectivement mises en circulation l’année suivante, ainsi frappées de façon à économiser la quantité de métal utilisé pour leur fabrication

    Ce bouleversement suscita quelque interrogation, notamment celle d’un chroniqueur caustique qui décide d’aborder La question du trou à l’aide d’un poème publié le 2 février 1913 :

     

    Pièces percées : projet suscitant quelque interrogation caustique en 1913

    Oui, la chose est certaine,
    Puisque nos députés,
    L’une de ces huitaines,
    L’ont ainsi décrété :
    On va changer nos pièces,
    Les futurs petits sous,
    Pour qu’on les reconnaisse,
    Seront percés d’un trou.

    Une telle réforme
    Semble au premier abord
    Ne montrer rien d’énorme,
    D’étrange ou de très fort.
    Mais pour ceux qui regardent
    La question de près,
    Il faut y prendre garde :
    Elle a de l’intérêt.

    Ce que parler veut dire
    On le sait, direz-vous,
    Et quoiqu’on puisse écrire,
    Un trou ce n’est qu’un trou !
    Pour le simple vulgaire
    C’est vrai probablement,
    Mais moi, je ne crois guère
    A ce raisonnement.

    Tout bas je m’inquiète
    De savoir en effet
    Comment sur les piécettes
    Le dit trou sera fait,
    Quelle sera sa taille
    Et si nous le verrons
    Gros comme une futaille
    Ou comme un puceron.

    L’un semble plus pratique
    Et plus visible aussi,
    L’autre plus artistique,
    Plus élégant et si
    De l’un les gens myopes
    Se déclarent contents,
    Les fils de Calliope
    N’en diront pas autant.

    Et puis, autre problème
    Sur lequel, empressé,
    Plus d’un deviendra blême
    A force d’y penser :
    Dans le but de nous plaire,
    Ce trou sera-t-il rond,
    Ouvré, triangulaire,
    Ovoïde ou oblong ?

    Copiera-t-il la forme
    D’un croissant ou d’un fil,
    D’un casque d’uniforme
    Ou d’un pot ? Sera-t-il
    Palme (on les aime en France)
    Etoile (pour les preux)
    Trèfle (signe de chance),
    Cœur (pour les amoureux) ?

    L’intérêt veut qu’on songe
    A ce modeste trou,
    Car dans la poche on plonge
    Sans cesse pour un sou
    Et bientôt en ce monde
    Les plus pauvres, c’est clair,
    Auront dans leur profonde
    Un petit trou pas cher.

    Eh bien, en cette instance
    S’il vous faut mon avis,
    Moi, vu les circonstances
    Dont on parle à l’envi,
    En fait de trou, j’estime
    Qu’il faut, c’est avéré,
    Un point qui soit minime,
    Oui, mais un point... carré.

    Au moment de la publication de ce poème, Raymond Poincaré, ancien président du Conseil des ministres, venait d’être élu (17 janvier) président de la République, succédant à Armand Fallières. Il prendra ses fonctions le 18 février suivant.

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  • Piano à chats et singulier
    concert donné en 1549
    (D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1890)
     
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    Décrit, pour la première fois semble-t-il, par Kircher, jésuite allemand du XVIIe siècle, dans son Musurgia Universalis (1650), le piano à chats,instrument baroque et cruel, existait déjà en 1549, comme en témoigne le concert de chats qui eut lieu lors des fêtes religieuses données le jour de l’octave de l’Ascension en l’honneur d’une image miraculeuse de la Vierge

    Dans son Musiciana paru en 1877, Jean-Baptiste Weckerlin nous explique que Charles-Quint étant en Flandre en 1549, il assista, le dimanche qui suivit l’octave de l’Ascension, avec son fils Philippe II et les reines, du haut du balcon de l’hôtel de ville de Bruxelles, à un spectacle où le profane et le sacré marchaient côte à côte.

    Nous voulons parler d’une procession en l’honneur d’une image miraculeuse de la Vierge. Parmi les croix, les bannières, les longues files de prêtres et de moines, s’avançaient, en manière d’entremets ou intermèdes, le diable sous la forme d’un taureau jetant du feu par les cornes, puis l’archange saint Michel et derrière ce patron de Bruxelles, un chariot où un ours touchait de l’orgue.

    Cet orgue était le grand attrait de la cérémonie, car les sons qui en sortaient n’avaient rien de l’harmonie produite habituellement par cet instrument. La raison en était bien simple ; l’orgue était un orgue à chats. Si l’on veut se faire une idée de cette invention, il suffit de se figurer une vingtaine de caisses très étroites ou vingt malheureux matous se trouvaient enfermés dans l’impossibilité de remuer ; seuls, les longs panaches de leurs queues dépassaient le haut des caisses et étaient liés par des cordes correspondant au registre de l’orgue.

    Piano à chats
    Piano à chats

    A mesure que l’ours musicien pressait les touches, il tirait les cordes et en même temps les queues des chats qui, aussitôt, se mettaient à miauler, qui, les basses, qui, les tailles et les dessus, selon la nature des airs exécutés. Aux accords étranges de cette musique burlesque, des ours, des loups et des cerfs dansaient autour d’une grande cage où des singes jouaient de la cornemuse. Ensuite, la procession reprenant son cours exposait religieusement aux yeux curieux de la foule, l’arbre de Jessé et la représentation de tous les mystères de la Vierge.

    S’il faut en croire l’abbé Mann, ce singulier concert aurait déridé un instant le grave Philippe II dont le visage austère s’éclairait si rarement. Bienheureux dut être celui à qui revenait l’honneur d’avoir fait sourire son prince mais quelque grotesquement diabolique qu’ait été son idée, elle ne lui appartenait pas en propre, car les chroniques veulent qu’un certain abbé Baigne ait régalé un jour Louis XI d’un concert de pourceaux.

    Ce piano à chats est ainsi décrit par Kircher : « Il n’y a pas si longtemps, dit-il, qu’un acteur aussi ingénieux qu’illustre, a construit un tel instrument pour dissiper la mélancolie d’un grand prince. Il recueillit des chats, différents par la taille et donc par la gravité de leur voix et les enferma dans un panier fabriqué tout exprès, de telle sorte que leurs queues, sortant à travers des trous, étaient introduites et maintenues dans des tubes.

    « Il ajouta des touches munies de pointes très fines à la place des marteaux, disposa les félins par tonalité de voix croissante de telle sorte qu’à chaque touche corresponde la queue d’un animal, et plaça dans un lieu convenable cet instrument destiné à la récréation du prince. En ayant ensuite joué, il en tira les accords que pouvaient produire les cris des animaux.

    « En effet, les touches mues par les doigts de l’instrumentiste en martyrisant les queues des chats, mettaient en rage les malheureuses bêtes et les faisaient hurler d’une voix tantôt grave et tantôt aiguë, produisant une mélodie qui poussait les hommes à rire et pouvait inciter les souris elles-mêmes à danser. »

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  • Philippe Pot : dignitaire bourguignon
    dont l’intrépidité lui vaut d’être
    mis à l’épreuve par le sultan Mehmet
    (D’après « La Mosaïque », paru en 1835)
     
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    Actuellement conservé au Louvre, le beau tombeau que représente notre gravure fut élevé, vers la fin du XVe siècle, dans une des chapelles de l’église de la célèbre abbaye de Cîteaux, qui servait d’asile aux dépouilles des ducs bourguignons. Il est constitué d’une dalle surmontée d’un gisant à l’effigie dePhilippe Pot, lequel, avant de devenir un haut dignitaire, dut subir une curieuse épreuve lorsqu’il fut prisonnier du sultan Mehmet II

    Lorsque l’emportement révolutionnaire alla s’attaquer aux rois et aux grands jusque dans leur sépulture, les tombes de l’abbaye de Cîteaux furent violées et dégradées ; mais des amis des arts suivaient heureusement les traces des dévastateurs pour sauver quelques débris du naufrage.

    Ainsi fut conservé le monument que nous venons d’évoquer. De Ruffey l’enleva presque intact, le fit transporter à Dijon, et placer dans les jardins de son hôtel parmi d’autres précieuses ruines qu’il avait rassemblées de toutes parts. Ce tombeau est d’une structure de bon goût, quoique recherchée. Il se compose de huit personnages marchant deux à deux, comme les porteurs d’un cercueil, et. soutenant sur leurs épaules une large et longue table de pierre.

    Tombeau de Philippe Pot
    Tombeau de Philippe Pot

    Ces huit statues, auxquelles leurs grandes robes traînantes et leurs capuchons donnent une apparence de moines, figurent les personnages qui, dans les cérémonies funèbres des siècles de chevalerie, étaient chargés de représenter la douleur générale sous le nom de deuils ou de pleureurs. Chacun de ces deuils porte au bras un écusson chargé d’armoiries différentes qui sont les titres de la haute noblesse et dignité du défunt. Armé de pied en cap, celui-ci est étendu tout de son long sur la pierre que supportent les deuils ; la face est tournée vers le ciel, et les bras rapprochés sur sa poitrine. A ses pieds est couché un lion dont la tête se relève avec noblesse. Les figures, d’un dessin, correct, sont de grandeur presque naturelle.

    Comme objet d’art, ce tombeau, travaillé avec soin et datant de l’époque remarquable où l’ère gothique allait finir et le siècle de la Renaissance commencer, est un morceau des plus précieux ; mais c’est surtout par les souvenirs qui y sont attachés qu’il se recommande à l’attention : le roman pourrait emprunter à l’histoire quelques-unes des aventures de l’illustre chevalier dont les huit pleureurs portent l’image.

    Quoique ses restes eussent été jugés dignes d’obtenir une place dans le mausolée des premiers ducs de Bourgogne, Philippe Pot n’appartient point à la famille ducale. Il était seulement le filleul du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, auprès duquel son père René Pot remplissait la charge de chambellan. Philippe Pot, né en 1428, déploya, dès ses plus jeunes années, de belles et brillantes qualités, et fit des progrès rapides dans les connaissances, les arts et les exercices, dont l’assemblage constituait le parfait chevalier.

    Aussi, à peine fut-il en état de prendre les armes, que son parrain lui conféra cette dignité. Tous les regards du monde chrétien étaient alors fixés sur l’empire d’Orient, auquel le sultan de l’empire ottoman Mehmet II portait les derniers coups. De toutes parts les guerriers de l’Europe allaient chercher la gloire en combattant les infidèles sur les rives du Bosphore. A la cour de Bourgogne surtout, cette nouvelle croisade devait séduire l’imagination des jeunes chevaliers. C’était en guerroyant contre Bajazet que le duc Jean, père de Philippe le Bon, avait gagné son beau surnom de Sans-Peur.

    Philippe Pot alla offrir à l’intrépide Constantin Dracosès le secours de son épée. Emporté par son ardeur, le chevalier bourguignon se laissa, dans une rencontre, environner par les ennemis. Il se défendit avec fureur, et fit un rempart de morts tout autour de lui. Mais il fallut enfin céder au nombre ; les janissaires, émerveillés de sa valeur, lui conservèrent la vie et le conduisirent devant Mehmet II. L’air de résolution du chevalier, sa figure martiale, sa noble apparence frappèrent le sultan ; et, sur le récit des prouesses de Philippe, il lui proposa de quitter le casque pour le turban, en lui faisant les offres les plus pompeuses.

    Le prisonnier ayant refusé avec dédain, le sultan irrité le menaça des plus affreux supplices sans l’ébranler, avant de lui déclarer qu’il allait le soumettre à une épreuve, et que sa liberté serait le prix de sa victoire. Le chevalier, auquel on avait rendu son épée, fut conduit le lendemain dans une sorte d’arène, autour de laquelle étaient placés le sultan et ses principaux officiers.

    Le sultan Mehmet II
    Le sultan Mehmet II
    Il croyait déjà, tout joyeux, qu’il allait avoir à combattre quelque Musulman en renom ; mais ce fut un lion qu’on lâcha contre lui. Quoique Philippe ne s’attendît pas à pareil adversaire, il mit hardiment l’épée à la main, après s’être recommandé à la sainte Vierge, en s’écriant : Tant elle vaut ! et il marcha à l’ennemi.

    « Le lion, dit un des chantres de ce combat mémorable, s’élança sur lui. A l’instant le chevalier lui brisa d’un coup de taille les deux pattes de devant ; l’animal tomba furieux, remplissant le cirque de ses rugissements. Philippe, à son tour, s’élança sur son ennemi. D’un autre coup de taille il lui abattit la langue, et lui plongea ensuite son fer dans de cœur ; puis tout fier de son triomphe, il remercia la sainte Vierge dans les mêmes termes qu’il l’avait invoquée, en répétant cette exclamation :Tant elle vaut ! »

    Cette phrase devint depuis son cri de guerre ; seulement, comme les chevaliers aimaient à envelopper d’une sorte de mystère le sens de leur devise, Philippe Pot écrivit ainsi la sienne : Tant L vaut !Les applaudissements retentirent quand le lion eut succombé ; Mehmet, descendant dans l’arène, embrassa le vainqueur, lui annonça qu’il était libre, et lui fit don de son cimeterre, en le priant de le porter en mémoire de lui.

    Ainsi remis en liberté, Philippe Pot reprit la route de Bourgogne. Dès qu’il fut arrivé à Dijon, il fit faire un tableau où son aventure était retracée, et il le plaça en ex-voto en une chapelle dédiée à la Vierge, dans l’église de Notre-Dame, en y joignant les vers suivans :

    Sauve-moi, dame très-heureuse,
    De la prison tant rigoureuse,
    Où l’on ne voit que cruauté.
    Garde-moi d’y être bonté.
    Car à chacun tu es piteuse,
    Mère de Dieu !

    Tant L vaut et a valu
    A celui qui a recouru
    A celle pour qui dit ce mot ;
    Le suppliant Philippe Pot.
    Qui de tout mal l’a secouru,
    Tant L vaut !

    Philippe Pot ne perdit pas non plus le souvenir de la générosité de Mehmet II. Il fit mettre une épée dans ses armoiries en commémoration du sabre que lui avait donne le sultan. Il parcourut ensuite avec éclat la double carrière de chevalier et d’homme d’Etat ; mais sa vie n’offrit plus d’aventures. Le duc Philippe le Bon, et après lui son fils, Charles le Téméraire, le comblèrent de dignités, d’honneurs et de biens.

    Il fut successivement nommé premier chambellan de la cour ducale, gouverneur de Lille, ambassadeur à Londres, et décoré (1461) de l’ordre de la Toison-d’Or, que les rois s’honoraient de porter. Quand la Bourgogne eut été rattachée à la couronne française, Philippe Pot, qui avait travaillé à cette réunion, obtint aussi toute la confiance des rois de France. Louis XI et Charles VIII le créèrent grand-sénéchal de Bourgogne, conseiller d’Etat, chambellan, chevalier d’honneur du parlement de Bourgogne, et enfin gouverneur de la province ; le premier de ces deux princes le nomma aussi chevalier de l’ordre de Saint-Michel, qui n’était pas encore, comme il le fut plus tard, un collier à toute bête.

    Des talents d’un ordre supérieur, une éloquence telle qu’on le surnomma la bouche de Cicéron, des vertus publiques si actives, que les Bourguignons reconnaissants lui décernèrent le beau nom de père de la patrie, ce furent là les titres qui justifièrent la faveur constante que les souverains de France et de Bourgogne accordèrent à Philippe Pot.

    Mais les honneurs, les dignités, les grands intérêts qu’il eut à ménager n’avaient point affaibli en lui le souvenir de son aventure de Constantinople ; toujours il conserva la plus vive dévotion en Notre-Dame de Bon-Secours. Il voulut que ses cendres reposassent dans l’église de Cîteaux, placée sous l’invocation de la Vierge, et il n’oublia pas le lion dans les ornements du tombeau qu’il se fit ériger lui-même longtemps avant sa mort (1494).

    Le nom tant bourgeois de Pot n’était pas en harmonie avec une vie si brillante ; aussi les contemporains ne manquèrent pas de s’en railler, et un Montmorency ayant épousé une nièce de Philippe Pot, on composa une chanson de circonstance dont le refrain était :

    Mon père était broc,
    Ma mère était pot,
    Ma grand’mère était pinte.

    Il eût fallu ajouter que tout un pilier de la chapelle, dans laquelle avait été placée la tombe de Philippe Pot, était couvert des titres et qualités qui accompagnaient ce nom si peu sonore : quarante vers latins suffisaient à peine à leur simple énumération.

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