• Chasse (Un incident de)
    curieusement jugé sous Louis XI
     
    (D’après « Revue historique de l’Ouest » paru en 1888)
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    Aron est un petit bourg situé sur la rivière du même nom, à une lieue de la ville de Mayenne. La seigneurie de cette paroisse appartenait, avant le XVe siècle, à une famille Le Voyer qu’on trouve aussi nommée Le Voyer d’Aron, ou simplement d’Aron. On peut croire que ce nom, qui est celui d’une charge, indiquait que la voirie d’Aron avait été donnée aux ancêtres de la famille par le suzerain et que les descendants firent de ce titre leur nom patronymique.

    Chiens de chasse. D'après le Livre de chasse de Gaston Phébus
    Chiens de chasse. D’après le
    Livre de chasse de Gaston Phébus
    Jeanne Le Voyer porta par alliance la seigneurie d’Aron dans la famille des Arglantiers, et ces nouveaux seigneurs prirent aussi quelquefois le nom de leur seigneurie, s’appelant presque indifféremment d’Aron ou des Arglantiers. Ils possédaient des terres importantes sur divers points de la province ; mais pour ne nous occuper que des environs de Mayenne, nous dirons seulement qu’ils étaient seigneurs de Châtillon-sur-Colmont, et, en Gommer, du Boisau-Parc, dit plus tard le Bois-au-Parc.

    En 1476, cette famille des Arglantiers se composait, entre autres membres, de Pierre des Arglantiers, puis de Brisegault et de Jean, ses fils ; ces derniers jeunes encore et sans alliance. Dans la circonstance ce fut un malheur, car si une jeune châtelaine eût été de la partie de chasse dont nous allons parler, les égards chevaleresques dus à une noble dame eussent prévenu des faits regrettables. Mayenne, à cette même époque, avait pour baron Charles d’Anjou, roi de Sicile, comte du Maine, qui faisait exercer ses droits féodaux par des officiers nombreux. Parmi ceux-ci, mais dans un rang à part et plus élevé, était Olivier de La Chapelle, seigneur de la Chapelle-Rainsouin et de beaucoup d’autres terres. C’était un puissant seigneur, mari d’Arthuse de Melun. Les tombes magnifiques des deux époux se voient encore dans l’église de la Chapelle-Rainsouin, avec le Saint-Sépulcre que fit bâtir et fonda la pieuse dame.

    Olivier de la Chapelle était sénéchal fayé et héréditaire de Mayenne. Cette charge attribuée à sa famille depuis longtemps avait été originairement exercée d’une manière effective par ses ancêtres. Plus tard, les seigneurs de La Chapelle remirent leurs fonctions à des officiers à gages, tout en s’en réservant l’honneur et le profit. Ce fut même l’occasion d’un procès, car le comte du Maine, baron de Mayenne, prétendit que si son sénéchal fayé se déchargeait sur d’autres de son office, il n’avait plus droit aux émoluments qui en provenaient. Toujours est-il qu’en 1476 Olivier de La Chapelle, s’il ne faisait pas ses fonctions de sénéchal, gardait à Mayenne un logis attribué sans doute à sa charge et y résidait quelquefois. Nous allons l’y voir assiégé.

    Le mois de septembre est la plus belle saison pour chasser la perdrix, et les terres seigneuriales constituaient d’immenses terrains de chasse. Brisegault et Jean des Arglantiers « allèrent engibier avec leurs chiens et oyseaulx » le 21 septembre 1476. Pierre des Arglantiers, leur père, depuis vingt ans que les Anglais avaient définitivement été chassés du sol Manceau et Français, ne montait plus à cheval que pour courre un cerf dans les dix lieues carrées de la forêt de Mayenne, et méprisait, comme un délassement d’enfants ou de femmes, la chasse à l’épervier. Il n’accompagna pas ses fils. Ce fut un malheur ; mais qui peut tout prévoir ?

    Chien qui se tapit en dessous de quatre perdrix. D'après un bestiaire de 1230-1240
    Chien qui se tapit en dessous de quatre
    perdrix. D’après un bestiaire de 1230-1240
    Jean et Brisegault ne voulaient chasser que « sur le fié de leur père » et personne ne devait venir les y déranger, ni se jeter sur leurs brisées. Ils comptaient sans Olivier de La Chapelle. Celui-ci était un grand seigneur, puis son titre de sénéchal héréditaire pouvait bien lui donner certaines prérogatives ou prétentions. Enfin, droit ou caprice, il poursuivait lui aussi la perdrix dans les mêmes parages, noblement accompagné de ses serviteurs, et portant les armes qui ne quittaient jamais ces batailleurs toujours prêts à la défense et aussi à l’attaque. Si l’on en croyait ses accusateurs, il y aurait eu même une intention provocatrice de la part du seigneur de La Chapelle, car il savait que Jean et Brisegault chassaient sur leurs terres, et ceux-ci ignoraient, déposèrent-ils, la présence du sénéchal.

    A cette époque de l’année et dans un pays giboyeux, la petite troupe ne pouvait aller loin sans rencontrer ce qu’elle cherchait ; un vol de perdrix est découvert par les chiens qui s’arrêtent dessus, dans cette pose pétrifiée que prend l’intelligent animal, quand il a trouvé une victime pour le chasseur. Brisegault des Arglantiers arrive, lance son chien qui d’un bond fait envoler à tire d’ailes les malheureuses perdrix. Brisegault et Jean « font voler leur oyseau. » Il aurait certainement atteint sa proie ; mais les serviteurs d’Olivier de La Chapelle, par un procédé peu loyal, « laschèrent leur oyseau sur le vol de l’oyseau des dits Brisegault et Jehan, tellement que l’oiseau des dits Brisegault et Jehan fut rebuté, et la perdrix qu’il volait fut prince par l’oyseau du dit de La Chapelle. »

    On apprend qu’alors « les dits Olivier et Brisegault eurent plusieurs paroles » et des mots on en vint aux voies de fait. Les jeunes seigneurs d’Aron n’étaient pas de force à résister au sénéchal de Mayenne et à ses hommes. Brisegault, l’aîné des deux frères, qui s’était mis en avant, « fut frappé d’un coup d’épée au travers de la cuisse, par un des serviteurs dudit Olivier » ; Jean qu’on épargna à cause de sa jeunesse, reçut seulement du plat de l’arme « plusieurs coups sur la tête », avant que « se partit le dit Olivier de La Chapelle et ses gens, et s’en allèrent en la ville de Mayenne ».

    Soit que les deux blessés fussent restés dans une maison voisine à se faire soigner et à se remettre de leurs émotions, soit qu’ils se fussent mis aussitôt à poursuivre leur agresseur, comme semble l’indiquer la suite du récit, la triste nouvelle fut portée en toute hâte au père des victimes. Sans tenir compte des ménagements dus à un vieillard, on exagéra encore la gravité de l’accident. Aussi le vieux guerrier qui vit, d’après le récit des témoins, ses fils « blessez et navrez » est-il saisi de colère et d’une émotion légitime, et aussitôt « il monta sur son cheval, accompagné d’un gentilhomme et d’un sien page, et s’en alla en la ville de Mayenne pour avoir justice du dit de La Chapelle et réparation des dits excès faits à ses enfans ».

    Perdrix déposant ou volant des œufs D'après un bestiaire de 1230-1240
    Perdrix déposant ou volant des œufs
    D’après un bestiaire de 1230-1240
    L’affaire fit du bruit entre les quatre portes de Mayenne ; la population s’en mêla et ne prit pas parti pour le sénéchal que ses fonctions rendaient peut-être peu sympathique. D’ailleurs, le cas de ce seigneur étranger qui venait attaquer et blesser chez eux deux jeunes gens, dut paraître odieux. Toujours est-il qu’Olivier de La Chapelle se plaignit de ce qu’ « on l’avoit invadé dans son logeis où il estoit logié et qu’on lui avait fait plusieurs excès. » A cette accusation le seigneur d’Aron réplique qu’il s’est borné à faire aux officiers de Mayenne « denonciement contre le dit de La Chapelle et ses serviteurs, lequel dénonciement, selon l’usage et coustume de ce pays et conté du Maine requiert prise de corps. Laquelle prinse fut faite par la justice du lieu de Maienne. »

    Il nie ensuite, faiblement, il est vrai, qu’il y ait eu aussi grande assemblée de gens autour de la maison du sénéchal, ajoutant qu’en tout cas il ne fut pour rien dans cette émotion populaire. Quant à Brisegault qui était là malgré sa cuisse traversée d’un coup d’épée, s’il avait contribué à ameuter les gens de Mayenne n’était-il pas excusable « attendu l’excès que lui avoit esté fait ? »

    Le seigneur de La Chapelle ne put supporter cet affront, et porta plainte devant les officiers du comte du Maine. Comme toujours, l’affaire traîna en longueur. Brisegault, le principal accusé, prit le bon moyen de détourner de sa tête les rigueurs de la justice. Louis XI régnait alors, et il faisait bon de se mettre sous sa protection contre les grands vassaux de la couronne qu’il cherchait à réduire et à détruire. Au mois de mai 1477, quand Brisegault fut cité au Mans devant les juges du comté, il refusa de se présenter « parce qu’il estoit au service du roy au chastel de Maienne. »

    A l’Assise du mois d’août, nouvelle excuse en termes encore plus assurés « parce qu’il est au service du roy avec les autres nobles, ainsi qu’il appert par certificat de Julien Le Verrier. » Ce qui équivaut bien à dire que si Olivier de La Chapelle a le temps de le poursuivre en justice, lui, Brisegault des Arglantiers, trouve plus pressé de servir le roi dans les rangs de la noblesse, que de lui répondre.

    Cet appel indirect et adroit à l’autorité souveraine ne fut pas inutile. Au mois d’août 1479, l’affaire fut évoquée au grand conseil « et le juge du Maine fut dessaisi. » Le sire des Arglantiers n’avait dès lors plus rien à craindre, et put revenir sans inquiétude chez lui.

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  • Charles-Henri Sanson, bourreau de
    Louis XVI, rétablit la vérité quant au
    courage du roi sur l’échafaud
     
    (D’après « Causes célèbres de tous les peuples », paru en 1858
    et « Collection de précis historiques », paru en 1862)
     
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    Quelques semaines après la mort de Louis XVI et cependant que des journaux relaient certaines voix révoquant en doute la sérénité intrépide du roi sur l’échafaud, le bourreau Charles-Henri Sanson qui avait, de sa propre main, procédé à la décapitation, rétablit la vérité, étant de fait un témoin privilégié des derniers instants du monarque déchu

    Voici la lettre qu’il écrivait à ce sujet à M. Bérard, rédacteur du Bulletin national : « L’article inséré dans le n°42 du Journal de Bruxelles sur les dernières paroles de Louis Capet, est le même que celui qui est inséré dans le n°410 du Thermomètre du jour. J’ai déjà écrit pour le démentir, comme étant de toute fausseté. Voici la copie exacte de ma lettre pour détruire l’anecdote ou l’on me faisait parler :

    « Descendant de la voiture pour l’exécution, on lui dit qu’il fallait ôter son habit. Il fit quelques difficultés, en disant qu’on pouvait l’exécuter comme il était. Sur la représentation que la chose était impossible, il a lui-même aidé à ôter son habit. Il fit encore la même difficulté lorsqu’il s’agit de lui lier les mains qu’il donna ensuite lui-même lorsque la personne qui l’accompagnait lui eut dit que c’était un dernier sacrifice.

    Décapitation de Louis XVI le 21 janvier 1793
    Décapitation de Louis XVI le 21 janvier 1793. © Collection Musée de l’Histoire vivante – Montreuil

    « Alors il s’informa si les tambours battraient toujours : il lui fut répondu qu’on n’en savait rien, et c’était la vérité. Il monta sur l’échafaud et voulut s’avancer sur le devant comme pour parler ; mais on lui représenta que la chose était impossible. II se laissa alors conduire à l’endroit où on l’attacha ; et d’où il s’est écrié très haut : Peuple, je meurs innocent ! Se tournant vers nous, il nous dit : Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m’inculpe ; je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français.

    « Voilà ses véritables et dernières paroles. L’espèce de petit débat qui se fit au pied de l’échafaud roulait sur ce qu’il ne croyait pas nécessaire qu’il ôtât son habit et qu’on lui liât les mains. Il fit aussi la proposition de se couper lui-même les cheveux.

    « Pour rendre hommage à la vérité, il a soutenu tout cela avec un sang-froid et une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion, dont personne ne paraissait plus pénétré et plus persuadé que lui.

    « Vous pouvez vous servir de ma lettre, comme contenant les choses les plus vraies et la plus exacte vérité. »

    Signé Samson, Exécuteur des jugements criminels.

    Ce 23 février 1793.

    Vers 1860, rapporte le Salut public de Lyon, mourait, dans les environs de Vinay (Isère), le nommé Pierrard, dit le Trembleur, vieillard de plus de 90 ans. Cet homme, perruquier de son état, et jadis tambour au service de la République, commandait, comme tambour-maître, les tambours auxquels le général Santerre ordonna le roulement qui coupa la parole à Louis XVI sur l’échafaud.

    On l’appelait le Trembleur parce que toutes les fois qu’il parlait de cet événement, il éprouvait un tressaillement si fort que sa tête se balançait sur ses épaules comme celles d’un poussah.

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  • Charles VI adopte les cerfs ailés comme supports de ses armoiries (D’après « Revue des études historiques », paru en 1930)

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    Singulières furent les armoiries de Charles VI, qui fit du cerf ailé ou « cerf volant » son emblème de prédilection, non pas d’après l’histoire du cerf trouvé dans la forêt de Senlis qui a tout l’air d’une vision et d’un conte fait à plaisir, mais à la suite d’un songe, seuls Charles VII, Louis XII et François Ier semblant avoir adopté à sa suite ces mêmes supports

    En parcourant un manuscrit attribué au président de Thou, légué par de la Sicotière à la bibliothèque d’Alençon et intitulé « Chronique des Comtes et Ducs d’Alençon », notre attention est retenue par l’affirmation suivante « En l’an mil IIIes quatre vingts [1380], qui estoit l’an du couronnement du roy Charles VIe, le roy estans à la chasse ès boys d’environ Senlys, fut trouvé un grand cerf qui avoit à son col un cercle de cuyvre doré où estoit escript ce qui ensuyst : Carolus hoc michi donavit. Et lors le roy, de son propre mouvement, porta en sa devise le cerf-vollant une couronne d’or au col. Et partout où on mestoit ses armes, y avoit deux cerfs-volans qui les tenoient ».

    Le cerf volant, attribut de Charles VI (extrait du Songe du vieil pèlerin, par Philippe de Mézières, 1389)
    Le cerf volant, attribut de Charles VI
    (extrait du Songe du vieil pèlerin, par Philippe de Mézières, 1389)
    Interrogé peu avant 1930 au sujet de cet extrait par la Société des études historiques — on connaît en effet plutôt deux anges comme supports à l’écu des rois — le savant Docteur Delaunay, président de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, eut cette réponse : « Je trouve dans Montfaucon mention de vos cerfs de Charles VI. Quant à savoir si ces animaux ont passé effectivement dans la numismatique ou la glyptique, je pense que vous en auriez confirmation au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. »

    Suit la référence annoncée : « Le roi chassant en la forêt de Senlis, dit Juvénal des Ursins, prit un cerf vivant qui avoit au cou un collier de cuivre doré où estoit cette inscription : Hoc me Coesar donavit. Depuis ce temps là, il prit deux cerfs volans pour supports de ses armes. Froissart dit qu’il prit le cerf volant en sa devise, parce qu’il eut un songe où il lui sembloit qu’il étoit monté sur un cerf volant. L’histoire du cerf trouvé dans la forêt de Senlis a tout l’air d’une vision et d’un conte fait à plaisir » (Les monuments de la monarchie française, par dom Montfaucon, tome III, 1731).

    Ces précieux renseignements ayant été transmis à l’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, suscitèrent deux réponses, la première paraissant dans le numéro du 20 avril 1929, p. 317, sous la signature de M. Henry-André : « En effet, Charles VI adopta comme support de ses armes deux cerfs ailés, contre la coutume de ses prédécesseurs qui avaient des anges. Le fait est établi par Palliot qui, en plus, rapporte à ce sujet l’affirmation de Froissart ; celui-ci dit : Le sujet, cité par Palliot, en vient d’un songe que ce roy fit, croyant être en la forêt de Senlis où il tenait un faucon pèlerin sur son poing, et l’ayant « jetté », il en abatti grand nombre de hérons, mais il vola si haut que le roy ne put plus choisir, et il l’eut perdu sans l’aide d’un cerf ailé sur lequel il monta, et ayant réclamé son oiseau, il revint comme bien droit (?) sur son poing, où le Roy le retint par ses longes à son devoir, à quoi il prit un singulier plaisir. Ce fut un présage de la victoire qu’il obtint depuis contre les Flamands en la bataille de Rosebecque en l’an 1392. »

    L’intervenant de l’Intermédiaire poursuit : « Palliot ajoute que d’autres baillent une autre origine à ces supports, mais que l’opinion de Froissart est la meilleure. C’est la seule qui tienne compte des ailes des cerfs et nous nous sommes assurés que les armes de ce roy étoient supportées, comme celles de Charles VII son fils, par deux cerfs ailés. Palliot, comme on voit, est catégorique. »

    Voici la deuxième note que, dans la même revue et la même année, un certain L. Bailly-Maître a fait paraître : « Froissart, dans sa Chronique, rapporte que c’est à la suite d’un songe, en 1381 ou 1382, que Charles VI adopte deux cerfs volants comme supports de ses armes (voir La Curne, au mot cerf-volant). » Pierre Palliot, dans La vraie et parfaite connaissance des armoiries, rapporte que ce roi fut le premier à faire supporter son écu par deux cerfs ailés au lieu des deux anges supports des rois de France depuis Charlemagne.

    « Le P. Menestrier (Origine des ornements des armoiries, p. 93), rapporte que Charles VI, Louis XII et François Ier ayant pour devises, l’un un cerf ailé, l’autre un porc-épic et le dernier une salamandre, firent les supports de leurs armes de deux de ces animaux. M. E. Picot, de l’Institut, en 1913, dans Le Cerf allégorique dans les tapisseries et miniaturesqu’a bien voulu me signaler M. Ph. Lauer, mentionne le cerf blanc ailé qui fut l’emblème du roi Charles VI et de la maison de Bourbon et renvoie à son sujet à son article de 1911 : j’avoue qu’à première vue cette maison de Bourbon me laisse perplexe.

    Armoiries du roi Charles VI
    Armoiries du roi Charles VI

    « M. Lemoine, archiviste de Seine-et-Oise, dans sa communication très documentée sur l’écurie royale, faite au dernier Congrès des Sociétés savantes, a signalé, d’après le compte de l’écurie de Charles VI conservé aux Archives nationales (K. K. 34, fol. 22) la fourniture pour ce roi, en 1388, de deux riches bacinets à couronne d’or fin, dont l’un a un cerf volant d’or fin émaillé de blanc comme cimier ; le même compte mentionne d’autres timbres à cerf volant ; celui-ci est d’or, et alors le corps est émaillé de blanc ou d’argent, et alors les ailes sont dorées. On en trouve un houssé d’hermine. Parfois il a une couronne au col, et posé sur une terrasse ou même sur une roche sommée d’herbages et de fleurs.

    « On y rencontre aussi des cerfs volants sur des poignées d’épées ; d’autres brodés figurent sur des étendards, sur des vêtements, sur des pièces de harnachements, concurremment avec d’autres ornements (lévriers, têtes de lions, anneaux, etc.). Je ne connais aucune représentation d’armes de Charles VI avec les deux cerfs, mais je peux citer des armoiries de Charles VI et de Louis XII comportant deux cerfs ailés comme supports (notamment château de Rouen. 1450). »

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  •  Chardonneret et cygne

    Chardonneret et cygne (Brève parue en 1871)

    Chardonneret et cygne (Brève parue en 1871)

     

    Tais-toi, petit babillard, disait le Cygne au Chardonneret ; tu me provoques à chanter, et tu sais que pour la suave mélodie de ma voix je n’ai jamais eu de rival chez les oiseaux !

    Le Chardonneret continuait ses roulades, et le Cygne reprenait :
    - Voyez l’insolent ! Si je ne t’humilie pas en chantant à mon tour, rends grâce à ma grande indulgence.
    - Plaise à Dieu que tu veuilles chanter ! lui répondit l’oiseau musicien ; tu ravirais sans doute ceux qui t’écoutent en faisant entendre ces superbes roulades que personne n’a entendues, bien que ta voix soit plus célébrée que la mienne. Le Cygne voulut chanter, et poussa un cri rauque.

    C’est une belle chance d’arriver à la réputation sans mérite ; mais on est exposé à la perdre dès qu’on veut mettre ses talents à l’épreuve...

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  • Des pêcheurs canadiens ont capturé une crevette géante de 145 kilos

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    Des pêcheurs canadiens ont capturé une crevette géante de 145 kilos

    Des pêcheurs canadiens ont capturé une crevette géante de 145 kilos Deux canadiens de la côte atlantique firent une découverte incroyable tandis qu'ils s'apprêtaient à partir pêcher près du confluent de la rivière Matane et du fleuve Saint-Laurent. Les pêcheurs ont capturé une crevette nordique mesurant pas moins de 2,80 mètres (9 pieds) de long et pesant plus de 145 kg (319 lb), ce qui en fait le plus grand crustacé de ce type à jamais avoir été attrapé. René Kirouac

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  • Auberges françaises au XVIe siècle 
    (D’après « Histoire des français des divers états », de A.-A. Monteil, paru en 1853)
     
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    Je me suis aperçu que j’avais passé les Pyrénées lorsque je suis entré dans les auberges. Quelles bonnes, quelles excellentes auberges ! On y est aussi bien et mieux que chez soi. Quelle différence avec les auberges de l’Espagne, où l’on est obligé de tout porter, excepté l’huile, le vinaigre et le sel. Ici, tous les aubergistes, tous les cabaretiers, tous les taverniers, ont des lettres du roi.

    Ici, toutes les maisons où l’on donne à coucher, à manger, portent écrit en gros caractères :Hostellerie, Cabaret, Taverne par la permission du Roi.

    Ancienne Salle à manger de l'auberge de l'Aigle d'Or, à Evron (Mayenne). Dessin de H. Catenacci.
    Ancienne Salle à manger de l’auberge
    de l’Aigle d’Or, à Evron (Mayenne).">
    LES AUBERGES DE VOYAGEURS A PIED : Ici, il y a des auberges où l’on ne loge que les gens à pied. On lit sur la principale porte, en gros caractères : Dinée du voyageur à pied, six sols ; couchée du voyageur à pied, huit sols (ordonnance relative aux taux des hôtelleries, 21 mars 1579).

    LES AUBERGES DE VOYAGEURS A CHEVAL : Ici, il y a aussi des auberges où l’on ne loge que les gens à cheval. On lit sur la principale porte, en gros caractères :Dinée du voyageur à cheval, douze sols couchée du voyageur à cheval, vingt sols.

    Un voyageur à pied voudrait dîner, souper splendidement comme un voyageur à cheval, il ne le pourrait ; un voyageur à cheval voudrait dîner, souper sobrement comme un voyageur à pied, il ne le pourrait pas non plus. Les lois françaises empêchent l’un de trop dépenser, l’autre de ne pas dépenser assez.

    LES REPUES : Je note que les auberges marquées pour le dîner des voyageurs, où quelquefois l’on est traité assez peu chrétiennement, où l’on est quelquefois exposé à mettre sous sa fourchette du corbeau, du serpent, du cheval, et d’autres viandes de cette espèce, que depuis quelques années le siège de Sancerre a ajouté aux aliments en usage, sont dans les itinéraires nommées repues.

    LES GÎTES : Et que les auberges où l’on couche y sont nommées gîtes. J’ai trouvé celles-ci incomparablement meilleures : vastes écuries, vastes remises, vastes salles, grandes tables, grands feux, belle vaisselle d’argent, beaux lits de soie. La magnificence de ces auberges s’annonce même à l’enseigne, pendue sous de beaux grillages dorés. Je pensais et je devais naturellement penser que les troncs pour les pauvres étaient plus pleins dans les gîtes que dans les repues ; j’ai appris que c’était le contraire. Peut-être dans la nature humaine, midi est-il une meilleure heure d’aumône que l’heure où l’on se couche, où l’on se lève.

    LES AUBERGISTES : On dit que les Français sont les plus polis des hommes ; on devrait ajouter que les aubergistes sont les plus polis des Français. Dès que vous entrez dans une auberge, vous êtes accueilli par la gracieuse figure de votre ami. A la vérité, quand vous ne payez pas votre dépense, l’aubergiste vous fait conduire tout droit en prison, ou du moins vous fait saisir votre cheval , mais pourquoi, sans argent, se mettre en voyage ? Depuis quelques années les aubergistes sont fort imposés ; ils vous le disent. Plusieurs, à cause des services qu’eux ou leurs prédécesseurs ont rendus à l’état, sont francs d’impôts ; ils vous le disent encore plus volontiers. Maintenant les aubergistes ne vous désarment plus et, ce qui est bien autrement important, ils ne sont plus maintenant divisés en royalistes et en ligueurs. Vous n’êtes plus obligé quand vous arrivez dans une ville, de réformer vos opinions suivant que l’enseigne où vous allez loger représente Henri III, le duc de Guise, l’écusson de France, la croix de Lorraine.

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  • Au clair de la « lune »,
    ou de la « lume » ?
     
    (D’après « Le Petit Journal illustré » n°1827 paru en 1925)
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    En 1925, Charles Vogel, chroniqueur au Petit Journal illustré, entreprend de faire toute la lumière sur la chanson populaire « Au clair de la lune », et se range à l’opinion de ceux qui, luttant contre une habitude de plusieurs siècles, avancent que la rime d’origine a été déformée

    Au clair de la lune, Mon ami Pierrot...

    Mais, amusons-nous !... Est-ce bien « Au clair de la lune ? » D’aucuns estiment que c’est « au clair de la lume » qu’il faut dire et nous n’hésitons pas à déclarer que nous nous rangeons à leur opinion. Lume, pour lumière, du latin « lumen ». Ce qui rend cette hypothèse fort admissible au demeurant, c’est que lune ne rime pas avec plume, alors quelume, au contraire, rime fort congrûment, et c’est là tout de même une raison valable car si la chanson ne témoigne point d’une richesse extraordinaire qui l’apparente aux productions parnassiennes de Théodore de Banville, de Leconte de Lisle et de José Maria de Heredia, on n’y relève pas, par ailleurs, des libertés aussi hardies.

    Au « bon vieux temps » on ne sacrifiait pas, en poésie, aux simples assonances, comme on le fait aujourd’hui. Or, la chanson dont il s’agit, remonte au « bon vieux temps ». N’insistons pas. Lume ou Lune, c’est la chanson populaire depuis près de trois siècles [nous sommes en 1925], qui est en cause, et non une petite particularité d’ordre poétique. Et si cela peut être agréable à M. Tout-le-Monde, ou même seulement à M. Presque-Tout-le-Monde, acceptons sans plus « Au Clair de la lune ».

    Est-ce Lubin, est-ce Arlequin (il y a deux versions, comme pour lume et lune) à qui est advenue la fâcheuse aventure ayant à écrire un mot, « de constater que sa chandelle est morte et qu’il n’a plus de feu » ? Lubin – ou Arlequin – sollicite Pierrot d’ouvrir sa porte et de prêter sa plume. Et Pierrot, qui est au lit, ne se veut point déranger, aussi engage-t-il le solliciteur à s’adresser à la voisine, qui doit être chez elle, puisque dans sa cuisine, on entend battre le briquet. Lubin – ou Arlequin – suit le conseil et prie la voisine de le vouloir bien accueillir « au nom du dieu d’amour ». Et la voisine se laisse aisément attendrir, car la chanson nous apprend, sans nous fournir d’autres détails précis, que la porte « sur eux se ferma ».

    Qui est l’auteur de ces paroles ? Un inconnu. On ne sait rien de plus. Mais, l’auteur de la musique ? On attribue la musique à Lulli – sans preuves certaines, il est vrai... car on ne s’appuie guère que sur des probabilités admissibles. La musique serait donc de Lulli, de Lulli jeune, de Lulli à l’époque où il était simplement marmiton (il a été marmiton, l’auteur de la « Marche de Turenne »). Elle ne date pas du temps où le maître composait des opéras et de la musique pour les pièces de Molière et les ballets de la Cour de Versailles, du temps où Lulli était surintendant de la musique du Grand Roy ! Il ne nous appartient pas d’affirmer catégoriquement que la mélodie est – ou n’est pas – de Lulli, pour ce motif d’ailleurs suffisant que nous ne pourrions baser notre assertion dans un sens ou dans l’autre, sur des témoignages et des documents irréfutables. Reconnaissons, simplement, que la musique est charmante en sa grâce un peu mélancolique, en sa naïveté, en sa simplicité, de même que les paroles sont pleines de fraîcheur et de délicate ingénuité.

    Cette mélodie a servi de thème à des « variations » pour piano tout à fait réussies, dues au compositeur Lucien Lambert. Lesdites « variations » ont obtenu, il y a une quarantaine d’années, un vif succès auprès des exécutants – d’une certaine force, car elles ne sont pas très, très faciles à jouer, et surtout à bien jouer ! Dans un de ses opéras-comiques – qui n’est pas la plus populaire de ses œuvres – à cause de la Dame Blanche, Boieldieu [François-Adrien Boieldieu (1775-1834)] a intercalé des « variations » pour chant sur Au clair de la lune, qui atteignent tout bonnement à la perfection dans le genre. Les personnes qui ont entendu – au Trianon-Lyrique, par exemple –, les Voitures versées, de Boieldieu, ne me contrediront pas, j’en ai la conviction. Et voilà pour Au clair de la lune – ou de la lume– paroles de X..., musique de Lulli, à moins qu’elle ne soit pas de Lulli !
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  • Antipathies (Singulières)
    (D’après un article paru en 1833)
     
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    Henri III ne pouvait demeurer seul dans une chambre où il y avait un chat. Le duc d’Epernon s’évanouissait à la vue d’un levraut. Le maréchal d’Albret se trouvait mal dans un repas où l’on servait un marcassin ou un cochon de lait. Vladislas, roi de Pologne, se troubalit et prenait la fuite quand il voyait des pommes.

    Erasme ne pouvait sentir le poisson sans en avoir la fièvre. Scaliger frémissait de tout son corps en voyant du cresson. Ticho-Brahé sentait ses jambes défaillir à la rencontre d’un lièvre ou d’un renard. Le chancelier Bacon tombait en défaillance lorsqu’il y avait une éclipse de lune. Bayle avait des convulsions lorsqu’il entendait le bruit que fait l’eau en sortant d’un robinet. Lamothe le Vayer ne pouvait souffrir le son d’aucun instrument, etc.

    Tous ces exemples semblent prouver que, de même qu’il est des entraînements involontaires vers certaines choses, il est aussi des répugnances qui paraissent le résultat de l’organisation, et peuvent passer pour invincibles. Rien n’est plus commun que de voir des personnes d’un caractère assez ferme d’ailleurs, s’effrayer ou souffrir en voyant certains insectes, ou en entendant certains sons, tels que le gémissement du liège que l’on coupe, du verre sur lequel on fait glisser le doigt. Il faut toutefois distinguer parmi ces impressions celles qu’on peut vaincre avec une forte volonté, et en les bravant à dessein pendant quelque temps.

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  • Année 1800 (A quel siècle appartient l’)
    (D’après un article paru au XIXe siècle)
     
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    L’année 1800 est-elle la dernière année du dernier siècle (le dix-huitième), ou la première du siècle actuel (le dix-neuvième) ? Cette question a été résolue par notre célèbre astronome Arago, dans une de ses notices de l’Annuaire du Bureau des longitudes. Voici la réponse textuelle du savant secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, imprimée dans l’Annuaire de 1851.

    « La question, bien examinée, revient à celle-ci : l’année qui figure dans une date est-elle l’année courante ou l’année passée ? Quand on écrit le 28 mars 1800, faut-il entendre qu’on est arrivé au 28 mars de l’année 1800, non encore révolue, ou bien que, depuis l’origine de notre ère, il s’est déjà écoulé 1800 années entières augmentées du mois de janvier, du mois de février et de 28 jours du mois de mars de l’année 1801 ?

    Pour résoudre la question, il faut examiner comment on a compté à l’origine de notre ère, c’est-à-dire dans l’année supposée de la naissance de Jésus-Christ. Or, il est constant que cette année a été comptée 1, dès son commencement, de manière qu’en écrivant le 28 mars 1, on entendait le 28 mars de l’année 1 qui venait de commencer, et non pas une année révolue, plus le mois de janvier, le mois de février et 28 jours du mois de mars de l’année 2.

    Il résulte de là, avec une entière évidence, que toute la journée entière du 31 décembre 1800 appartenaient au dix-huitième siècle ; que le dix-neuvième a seulement commencé le 1er janvier 1801. Cette date doit, en effet, se traduire ainsi : le premier jour de l’année 1801 commençant, et non 1801 années plus un jour de l’année 1802. »

    Nous n’avons besoin de rien ajouter à la lucide démonstration d’Arago. Chacun, après l’avoir lue, comprendra que le siècle n’étant complet qu’à la fin du dernier jour de l’année qui complète cent, c’est cette année séculaire qui, pendant 99 ans, donne d’avance son nom au siècle : 1800 est la dernière année du dix-huitième siècle ; c’est 1801 qui commence le dix-neuvième siècle.

     

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