• Economie domestique
    (D’après un texte paru au XIXe siècle)
     
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    Suivant Rollin, voici les principes les plus essentiels de l’instruction qu’une mère doit donner à sa fille sur l’économie :

    1. Régler sa dépense sur ses revenus et sur son état, sans jamais se laisser emporter au delà des bornes d’une honnête bienséance par la coutume et l’exemple, dont le luxe ne manque pas de se prévaloir.

    2. Ne prendre rien à crédit chez les marchands, mais payer argent comptant tout ce qu’on achète. C’est le moyen d’avoir tout ce qu’ils ont de meilleur, et de l’avoir à moindre prix.

    3. S’accoutumer à regarder comme une grande injustice de faire attendre les ouvriers et les domestiques pour leur payer ce qui leur est dû. « Lorsqu’un homme aura travaillé pour vous, payez-lui aussitôt ce qui lui est dû pour son travail ; et que la récompense du mercenaire ne demeure jamais chez vous » (Tobie).

    4. Se faire représenter et arrêter les comptes régulièrement tous les mois, les clore sans manquer à la fin de chaque année.

    5. Dans le règlement qu’on fera des dépenses, qui doit toujours être proportionné aux revenus, mettre à la tête de tout la portion destinée et due aux pauvres. Le moyen le plus sûr et le plus aisé de s’acquitter fidèlement de ce devoir c’est de faire cette séparation dans le moment même que l’on reçoit quelque somme de ses revenus, et de la mettre à part comme un dépôt. La libéralité coûte moins quand on a de l’argent devant soi.

     

    Economie domestique

     
     
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  • Ecoles de Charlemagne (Les)
    (D’après un article paru en 1836)
     
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    Ce ne fut pas seulement par les armes que Charlemagne combattit la barbarie ; elle était pour lui un adversaire constant et redoutable qu’il rencontrait partout aux frontières comme au sein même de ses vastes Etats.

    Ce fut contre elle qu’il eut à lutter toute sa vie. Au milieu de ses guerres continuelles, dans l’intervalle de ses expéditions lointaines, il trouva le temps d’organiser un administration régulière et vigilante qui rétablit l’ordre dans son immense empire ; il y attira à grands frais les hommes renommés de tous les pays, et y fonda des écoles célèbres qui répandirent quelques lueurs au milieu des ténèbres de ce temps.

    Mais on a répété trop souvent que ce grand homme était resté étranger aux sciences qu’il avait protégées, qu’il était dépourvu de toute instruction et n’avait pas même su lire. L’historien Eghinard, qui fut son secrétaire, assure qu’il avait au contraire étudié sous Pierre de Pise, sous Alcuin le Saxon, homme d’une science universelle et sous la direction duquel il donna beaucoup de temps et de travail à la rhétorique, à la dialectique, et surtout à l’astronomie. Il étudiait aussi le calcul et observait le cours des astres avec une curieuse et ardente sagacité. Il s’essayait à écrire, ajoute son historien, et portait d’habitude sous son chevet des tablettes, afin de pouvoir dans ses moments de loisir s’exercer à tracer des lettres ; mais ce travail ne réussit guère ; il l’avait commencé trop tard.

    C’était un talent bien rare alors que celui d’écrire. Une de ses occupations favorites était de corriger les manuscrits. La veille de sa mort, il avait encore retouché soigneusement avec des savants grecs et syriens, les Evangiles de saint Marc, de saint Luc et de saint Matthieu. Passionné pour les cérémonies romaines et le chant grégorien, il s’appliquait à la musique sacrée avec la même ardeur ; il se piquait de faire sa partie au lutrin, chantant d’ordinaire à demi-voix et en coeur. Il instruisait les clercs lui-même et se montrait fort sévère pour les moindres fautes. Il donnait le signal, battait la mesure avec une baguette, et marquait d’ordinaire par un son guttural la fin de chaque morceau.

    Charlemagne visitait souvent les écoles qu’il avait fondées, il interrogeait lui-même les élèves et lisait soigneusement leurs compositions. Voici ce qu’en rapporte le moine de Saint-Gall, annaliste latin du IXe siècle :

    « Lorsqu’après une longue absence le roi victorieux revint en Gaule, il se fit amener les enfants qu’il avait confiés au docte Clément, et voulut examiner lui-même leurs lettres et leurs vers. Ceux de moyenne et de basse condition présentèrent des oeuvres au-dessus de toute espérance ; les nobles, d’insipides sottises. Alors le sage roi imitant la justice du juge éternel, fit passer à sa droite ceux qui avaient bien fait, et leur parla en ces termes : « Mille grâces, mes fils, de ce que vous vous êtes appliqués de tout votre pouvoir à travailler selon mes ordres et pour votre bien. Maintenant efforcez-vous d’atteindre à la perfection, et je vous donnerai de magnifiques évêchés et des abbayes, et toujours vous serez honorables à mes yeux. »

    Ensuite il tourna vers ceux de gauche un front irrité qui troubla leurs consciences ; il leur lança avec ironie cette terrible apostrophe : « Vous autres, nobles, vous, fils des grands, délicats et jolis mignons, fiers de votre naissance et de vos richesses, vous avez négligé mes ordres, et votre gloire, et l’étude des lettres, vous vous êtes livrés à la molesse, au jeu, et à la paresse ou à de frivoles exercices. »

    Après ce préambule, levant vers le ciel sa tête auguste et son bras invincible, il fulmina son serment ordinaire : « Par le roi des cieux, je ne me soucie guère de votre noblesse et de votre beauté, quelque admiration que d’autres aient pour vous ; et tenez ceci pour dit, que si vous ne réparez par un zèle vigilant votre négligence passée, vous n’obtiendrez jamais rien de moi. » »

     

    Ecoles de Charlemagne (Les)

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  • Ecoles d’instruction primaire au XIVe siècle
    (D’après « Femmes célèbres de l’ancienne France »,
    par M. Leroux de Lincy, paru en 1848)
     
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    Depuis le treizième siècle, il existait à Paris de petites écoles soumises à la juridiction du chantre de la cathédrale, où les enfants de tous les habitants de la ville étaient admis moyennant une rétribution fort légère.

    Ces écoles, divisées en deux classes, celle des garçons et celle des filles, ne laissaient pas que d’être assez nombreuses au moi de mai de l’année 1380. Il y en avait quarante pour les garçons, et vingt pour les filles. On les nommait petites écoles ou écoles de grammaire, et l’instruction qu’on y donnait, restreinte qu’elle paraîtrait de nos jours, répandait jusque parmi les enfants du peuple les principes de l’éducation libérale. On y enseignait surtout la pratique de la religion catholique, apostolique et romaine ; on y préparait les enfants à faire leur première communion ; on leur apprenait à suivre convenablement les offices et à les chanter. Le nom des maîtresses qui dirigeaient les écoles de filles existant à Paris en 1380 est parvenu jusqu’à nous, et, autant qu’on peut en juger, ces noms appartiennent à la bourgeoisie (*).

    (*) Voici quelques-uns des noms de ces institutrices :
    Jeanne de Vienete, Jeanne Pelletier, Sersive la Bérangère, Marion de la Porte, Jeanne la Mercière, Perrette la Verrièré, Jeanne du Déluge, Martine la Thomasse, Jacquette la Denise, Jeanne la Morelle, Jeanne la Féronne, Edelète la Juiote, Marguerite la Choquette, Jeanne la Bourgeoise, Maheut la Bernarde, etc.

    Il est difficile de savoir à quel degré ce que nous appelons aujourd’hui l’instruction primaire était porté dans ces écoles de filles ; il est probable qu’un peu de calcul se joignait à la lecture et à l’écriture.

    Ce qu’il y à de certain, c’est que les petites écoles de filles de Paris prirent avec les accroissements de Paris un développement considérable. En 1665, on n’en comptait pas moins de cent soixante-six tant à Paris que dans la banlieue. A cette époque, l’écriture, la lecture, le calcul, la connaissance des prières latines utilisées dans les offices de l’église, composaient à peu près toute l’instruction primaire. Les maîtresses avaient aussi sur la moralité de leurs élèves une grande influence ; le promoteur de ces écoles leur disait à cet égard : « Deffendez les poudrez, tortillez..., et autres habillements mondains et braveries excessives. »

    Ecoles d’instruction primaire au XIVe siècle (D’après « Femmes célèbres de l’ancienne France »,

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  • Eclosion du « poulet Marengo »
    le 14 juin 1800
    (D’après « Le Pêle-Mêle », paru en décembre 1928)
     
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    Le poulet Marengo, qui porte un si beau nom, appartient à l’histoire. Il est né dans le fracas de la mitraille, et le vent de la victoire a attisé les flammes qui le faisaient cuire... et c’est tout un chapitre d’épopée qu’il évoque...

    C’était au soir du 14 juin 1800... Des charges héroïques avaient précipité la déroute de l’année autrichienne... La victoire était acquise mais attristée par la mort du brave Desaix, tué au cours de la charge qui avait précisément décidé du gain de la bataille.

    Bonaparte, qui réunit alors ses généraux et ordonna qu’on servît le repas, était un homme qui ne savait pas attendre. Il mangeait quand il avait faim, avec gloutonnerie. Il y avait toujours un en-cas de prêt dans sa chaise de poste. « Napoléon était irrégulier dans ses repas, nous dit Brillat-Savarin. Il mangeait vite et mal. Mais là se retrouvait aussi cette volonté absolue qu’il mettait à tout. Dès que l’appétit se faisait sentir, il fallait qu’il fût satisfait, et son service était monté de manière qu’en tout lieu et à toute heure on pouvait, au premier mot, lui présenter de la volaille, des côtelettes et du café. »

    Ce jour-là, il était difficile de satisfaire comme à l’habitude ce conquérant impatient. Les voitures de provisions étaient restées en panne. Et seul un fourgon où se trouvait Dunan, le cuisinier de Bonaparte, était parvenu à l’endroit où l’état-major se trouvait réuni. Mais Dunan était un homme de ressource, qui savait, lui aussi, à sa manière, gagner des batailles. Il aperçoit au loin une ferme dont la toiture de chaume achevait de se consumer. Qui sait ? On y trouverait peut-être encore quelques poulets... Il dépêche deux cavaliers qui ramènent trois ou quatre poulets. Un jardin voisin fournit des tomates et de l’ail : il n’y avait d’ailleurs pas autre chose. Il restait une fiasque d’huile dans le fourgon et du cognac.

    En un tournemain, les poulets sont plumés, apprêtés. On se sert d’un sabre pour les découper. Les morceaux sont jetés dans l’huile où ils rissolent-en plein air, l’ail est broyé entre deux pierres – l’ail particulièrement cher aux guerriers et dont les athlètes des Jeux Olympiques de la Grèce faisaient une si grande consommation. Un jet de cognac pour relever la sauce, et les poulets sont prêts.

    Ils furent trouvés délicieux par ces guerriers affamés. Voilà comment se créent les plats nouveaux – si tant est qu’il y ait des plats nouveaux... Depuis, on a perfectionné la recette du poulet Marengo ; on y ajoute des truffes, des écrevisses, des œufs frits. Le fin du fin serait de le faire apporter par un chef costumé en houzard du Consulat, tout noir de poudre...

    Mais, pour savourer comme il convient un poulet Marengo, l’essentiel c’est d’avoir l’appétit des vainqueurs de la célèbre bataille piémontaise... Une bonne marche d’une quinzaine de kilomètres, à travers la campagne, remplira pacifiquement et hygiéniquement cet office...

    Eclosion du « poulet Marengo » le 14 juin 1800

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  • Eclipse sur les animaux (Effet d’une)
    (Extrait de « Astronomie générale », par Arago, paru en 1867)
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    Riccioli rapporte qu’au moment de l’éclipse totale de 1415, on vit en Bohême, des oiseaux tomber morts de frayeur. La même chose est rapportée de l’éclipse de 1560, « les oiseaux, chose merveilleuse (disent des témoins oculaires), saisis d’horreur, tombaient à terre. »

    En 1706, à Montpellier, disent les observateurs, « les chauves-souris voltigeaient comme à l’entrée de la nuit. Les poules, les pigeons coururent précipitamment se renfermer. Les petits oiseaux qui chantaient dans les cages se turent et mirent la tête sous l’aile. Les bêtes qui étaient au labour s’arrêtèrent. »


     
    La frayeur produite chez les bêtes de somme par le passage subit du jour à la nuit est constatée aussi dans le Mémoire de Louville relatif à l’éclipse de 1715. « Les chevaux, y est-il dit, qui labouraient ou marchaient sur les grandes routes, se couchèrent. Ils refusèrent d’avancer. » Fontenelle rapporte qu’en l’année 1654, sur la simple annonce d’une éclipse totale, une multitude d’habitants de Paris allèrent se cacher au fond des caves. Grâce aux progrès des Sciences, l’éclipse totale du 8 juillet 1842 a trouvé le public dans des dispositions bien différentes de celles qu’il manifesta pendant l’éclipse de 1654. Une vive et légitime curiosité avait remplacé des craintes puériles.

    (...) A Perpignan, les personnes gravement malades étaient seules restées dans leurs chambres. La population couvrait dès le grand matin, les terrasses, les remparts de la ville, tous les monticules extérieurs d’où l’on pouvait espérer de voir le lever du Soleil.

    (...) L’heure du commencement de l’éclipse approchait. Près de vingt mille personne examinaient, des verres enfumés à la main, le globe radieux se projetant sur un ciel d’azur.

    (...) Entre ce moment et ceux qui précédèrent de très peu la disparition totale


     
    de l’astre, nous ne remarquârnes dans la contenance de tant de spectateurs rien qui mérite d’être rapporté. Mais lorsque le soleil, réduit à un étroit filet, commença à ne plus jeter sur notre horizon qu’une lumière très affaiblie, une sorte d’inquiétude s’empara de tout le monde ; chacun éprouvait le besoin de communiquer ses impressions à ceux dont il était entouré. De là, un mugissement sourd, semblable à celui d’une mer lointaine après la tempête. La rumeur devenait de plus en plus forte à mesure que le croissant solaire s’amincissait. Le croissant disparut, enfin ; les ténèbres succédèrent subitement à la clarté, et un silence absolu marqua cette phase de l’éclipse, tout aussi nettement que l’avait fait le pendule de notre horloge astronomique.

    (...) Après une attente solennelle d’environs deux minutes, des transports de joie, des applaudissements frénétiques, saluèrent avec le même accord, la même spontanéité, la réapparition des premiers rayons solaires.

    (...) Lorsque je les questionnais sur la cause réelle du désespoir qui s’était emparé d’eux le 8 juillet, ils me répondaient sur-le-champ : « Le ciel était serein et, cependant, la clarté du jour diminuait, et les objets s’assombrissaient, et tout à coup nous nous trouvâmes dans les ténèbres : nous crûmes être devenus aveugles ; »

    (...) Le Journal des Basses-Alpes rapporte, dans son numéro du 9 juillet 1842, une anecdote qui me semble mériter d’être conservée. Je laisse parler le journaliste :

    « Un pauvre enfant de la commune des Sièyes gardait son troupeau. Ignorant complètement, l’événement qui se préparait, il vit avec inquiétude le soleil s’obscurcir par degré, car aucun nuage, aucune vapeur, ne lui donnait l’explication de ce phénomène. Lorsque la lumière disparut tout à coup, le pauvre enfants au comble de la frayeur, se prit à pleurer et à appeler au secours !... Ses larmes coulaient encore lorsque le soleil donna son premier rayon. Rassuré à cet aspect, l’enfant croisa les mains en s’écriant : o beou so souleou ! (ô beau soleil !) »

    Eclipse sur les animaux (Effet d’une)

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  • Duel de 19 ans entre un capitaine
    de hussards et l’aide de camp
    du général Moreau
    (D’après « Histoire anecdotique du duel », paru en 1861)
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    Si les duels furent fréquents sous le Premier empire, il n’en est cependant guère qui soient dignes d’être rapportés, à l’exception d’un des plus curieux, qui avait commencé à Strasbourg, se termina en 1813 et durait depuis 19 ans, opposant un capitaine de hussards à un certain Dupont, aide de camp du général Victor Moreau. Devenus amis, ils s’estimaient et s’entendaient le plus cordialement du monde, tout en tirant l’épée chaque fois qu’ils se croisaient, observant ainsi scrupuleusement les conventions qu’ils s’étaient fixées.

    Disons un mot de la cause première de ce duel. Un capitaine de hussards, nommé François Fournier-Sarlovèze, bretteur forcené et d’une redoutable habileté, avait, pour le plus futile des motifs, provoqué et tué un brave jeune homme, appelé Blumm, seul appui d’une nombreuse famille. Il n’y avait eu qu’un cri par toute la ville, un cri de malédiction. Une foule considérable suivit le convoi.

    Le soir on dansait chez le général Moreau ; ce bal était donné à la bourgeoisie. Le général, craignant que la présence de Fournier n’occasionnât du scandale, chargea le capitaine Pierre Dupont de l’Étang, son aide de camp, de lui barrer le passage. Celui-ci se plaça près de l’entrée, et lorsque Fournier se présenta :

    — Oses-tu bien, lui dit-il, te montrer ici ?
    — Hein ! Qu’est-ce que cela signifie ?
    — Cela signifie que tu aurais dû comprendre que, le jour de l’enterrement du pauvre Blumm, il eût été décent de rester chez toi et surtout de ne pas paraître dans une réunion où tu es exposé à rencontrer des amis de ta victime.
    — C’est-à-dire des ennemis. Tu devrais savoir, toi, que je ne crains personne et que je suis d’humeur à défier tout le monde.
    — Tu ne te passeras pas cette fantaisie ce soir, car tu vas aller le coucher par ordre du général.
    — Tu te trompes, Dupont ; je ne puis m’attaquer au général qui m’insulte en me faisant fermer sa porte, mais je m’en prends à toi et à eux, et veux le payer généreusement la commission que tuas acceptée.
    — Nous nous battrons quand bon le semblera. Il y a longtemps que tes manières fanfaronnes me déplaisent et que la main me démange de te corriger.
    — Nous verrons lequel des deux corrigera l’autre.

    Ce fut Fournier qui reçut le châtiment.

    — Première manche ! s’écria-t-il, renversé par un vigoureux coup d’épée.
    — Tu entends donc renouveler l’expérience ? demanda Dupont.
    — Oui, mon vieux, et j’espère que ce sera bientôt...

    Un mois après Fournier était guéri, et Dupont, grièvement blessé à son tour, s’écriait en tombant : « Seconde manche ! Au premier jour, la belle ! »

    François Fournier-Sarlovèze (1773-1827)
    François Fournier-Sarlovèze (1773-1827)

    Les deux adversaires étaient à peu près de même force à l’épée ; mais les chances auraient été très inégales au pistolet ; Fournier était un tireur d’une supériorité effrayante. « Souvent, raconte M. de Pontécoulant dans les excellents articles qu’a publiés l’Audience de 1858, lorsque des hussards de son régiment passaient au galop en fumant, Fournier s’amusait à leur casser leur brûle-gueule entre les lèvres. » Il proposa son arme favorite pour la reprise des hostilités ; Dupont repoussa l’offre, et ils se battirent comme devant. La belle ne termina rien : touchés légèrement tous deux, ils résolurent de poursuivre l’affaire jusqu’à ce que l’une des parties se confessât battue et satisfaite, Ils formulèrent ainsi leurs conventions :

    « 1° Chaque fois que MM. Dupont et Fournier se trouveront à trente lieues de distance l’un de l’autre, ils franchiront chacun la moitié du chemin pour se rencontrer l’épée à la main ;

    « 2° Si l’un des deux contractants se trouve empêché par son service, celui qui sera libre devra parcourir la distance entière, afin de concilier les devoirs du service et les exigences du présent traité ;

    « 3° Aucune excuse autre que celles résultant des obligations militaires ne sera admise ;

    « 4° Le présent traité étant fait de bonne foi, il ne pourra être dérogé aux conditions arrêtées du consentement des parties. »

    Ce pacte fut religieusement exécuté dans toute sa teneur. Du reste, les contractants n’avaient pas de peine à tenir leurs engagements ; cet état de guerre continuel était devenu pour eux un état normal. Ils mettaient à se joindre un empressement qui jouait l’amitié la plus chaude. Ils ne croisaient pas le fer sans avoir échangé d’abord une formidable poignée de mains.

    Rien de burlesque comme leur correspondance. Tantôt c’était ceci : « Je suis engagé à déjeuner par le corps d’officiers du régiment des chasseurs de Lunéville ; je compte faire le voyage pour répondre à cette aimable invitation. Puisque tu es en congé dans celte ville, nous en profiterons, si tu le veux, pour nous donner un coup d’épée. »

    Tantôt c’était ce billet, moins familier mais non moins tendre : « Mon cher ami, je passerai à Strasbourg le 5 novembre prochain, vers midi. Vous m’attendrez à l’hôtel des Postes. Nous nous donnerons un coup d’épée. » Toujours le même refrain. Entre temps, l’avancement de l’un des deux empêchait provisoirement toute rencontre : c’était un des cas prévus par l’art. 3 du traité. Quand ils se retrouvaient sur le pied d’égalité, le dernier élevé en grade ne manquait jamais de recevoir une épître de ce style. C’est Fournier qui tient la plume :

    « Mon cher Dupont, j’apprends que l’empereur, rendant justice à ton mérite, vient de t’accorder le grade de général de brigade. Reçois mes sincères félicitations au sujet d’un avancement que ton avenir et ton courage rendent naturel. Il y a pour moi un double motif de joie dans ta nomination. D’abord, la satisfaction d’une circonstance heureuse pour ton avenir ; ensuite, la faculté qui nous est rendue de nous donner un coup d’épée à la première occasion. »

    Ils sont devenus généraux. Sur ces entrefaites, l’ordre est donné à Dupont de joindre l’armée des Grisons. Il arrive, sans être attendu, dans le village qu’occupe l’état-major et qui est absolument dénué d’auberge. Il fait nuit noire ; on n’aperçoit aucune lumière, si ce n’est aux fenêtres d’un petit chalet. Dupont se dirige de ce côté, pénètre résolument dans l’habitation et se trouve en face de Fournier.

    — Comment, c’est toi ? dit celui-ci joyeusement. En avant le coup d’épée !
    — En avant le coup d’épée !

    Et ils continuent de dialoguer tout en ferraillant :

    — Je te croyais promu à quelque haute fonction administrative.
    — Tu croyais mal ; je suis toujours du métier. Le ministre m’a envoyé au quatrième corps et me voilà.
    — Et ta première visite est pour moi... On n’est pas plus gracieux... Sacrebleu !

    L’épée de Dupont a atteint Fournier au cou et le tient cloué contre le mur.

    — Avoue que tu ne pensais pas à celte botte-là. Dupont ne lâche pas prise.
    — Je te garde un coup qui vaudra bien celui-ci.
    — Quel coup ?
    — Lorsque ton bras s’abaissera et sans que tu puisses le parer, je t’allongerai dans le ventre un coup qui fera prendre l’air à tes boyaux.
    — Merci de l’avis. Nous passerons la nuit dans cette position.
    — Voilà une agréable perspective ! Sais-tu que je ne suis guère à mon aise ?
    — Lâche ton épée, je te lâcherai.
    — Non, je veux te crever la panse.

    Le bruit qu’ils font finit par attirer des officiers qui séparent les deux généraux.

    Pierre Dupont de l'Étang (1765-1840)
    Pierre Dupont de l’Étang (1765-1840)

    Dupont se fatigue le premier de cette lutte sans issue. Il songe à prendre femme. Mais, auparavant, il faut tuer Fournier ou le museler. Il va le trouver un matin ; c’était à Paris.

    — Ah ! ah ! nous allons en découdre, dit l’autre.
    — Prête-moi d’abord une oreille attentive. Je suis, tel que tu me vois, sur le point de me marier. Il faut terminer cette querelle qui commence à sentir le rance. Je viens me débarrasser de toi. Pour obtenir un résultat définitif, je t’offre de substituer le pistolet à l’épée.
    — Tu as perdu la tête, dit Fournier stupéfait.
    — Oh ! je connais ton adresse... Mais j’ai songé à un moyen d’égaliser le combat, le voici : il y a, près de Neuilly, un clos planté d’un petit bois, dont je puis disposer. Nous nous y rendrons munis de pistolets d’arçon, puis, après nous être perdus de vue, nous nous traquerons avec la faculté de tirer à notre convenance.
    — Tope-là, c’est entendu. Mais laisse-moi le donner un conseil.
    — Donne.
    — Ne pousse pas trop loin tes projets de mariage : ce serait peine perdue, car je te certifie que tu mourras garçon.
    — Rira bien qui rira le dernier.

    Au jour dit, Fournier et Dupont se mirent en chasse. Ils avançaient à pas de loup, se guettant à travers le fourré, lorsque leurs yeux se rencontrèrent par une échappée de feuillage. D’un commun mouvement, ils s’effacèrent en toute hâte derrière un arbre. Ils restèrent cois quelques minutes. La situation était délicate. Dupont s’aventura, ou plutôt eut l’air de s’aventurer le premier. Il releva le pan de sa redingote et en fit dépasser un bout. Une balle siffla aussitôt, déchirant le drap. « Et d’une ! se dit-il. » Après un court intervalle, il revint à la charge, mais de l’autre côté ; tenant son pistolet de la main gauche, il en présenta le canon, comme s’il allait tirer, et, en même temps, tendit son chapeau de la main droite. « Et de deux ! Ajouta-t-il. » Le chapeau était lancé dans les broussailles. Alors Dupont, marchant droit à Fournier :

    — Ta vie m’appartient, lui dit-il, mais je ne la prends pas.
    — Comme il te plaira, répondit Fournier.
    — Seulement, souviens-toi de ceci, c’est que je n’abandonne pas mon droit de propriété. Garde-toi donc de te jeter jamais en travers de mon chemin, car je pourrais t’envoyer, à bout portant, mes deux balles dans la tête, comme il m’est permis de le faire à celte heure.

    Ainsi finit cette longue querelle.

    Duel de 19 ans entre un capitaine de hussards et l’aide de camp du général Moreau

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  • Duel comique à l’épée au XIXe siècle
    entre un propriétaire et un avocat
    (D’après « Musée universel », paru en 1878)
     
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    Au milieu du XIXe siècle et pour un motif insignifiant, l’avocat maître Cazeneuve se battit en duel avec un honorable et très pacifique propriétaire des environs de Toulouse, tous deux n’ayant jamais manié une épée mais chacun étant persuadé que son adversaire était un expert en la matière...

    N’ayant jamais manié une épée, et ne voulant pas être mis à la broche par son adversaire, qu’il croyait de première force à l’escrime, Me Cazeneuve alla demander les conseils d’un prévôt d’armes.

    « Etes-vous fort des reins et des bras ? demanda le prévôt.

    — Mais vous êtes bien aimable, répondit l’avocat : je me sens assez solide, Dieu merci !

    — Très-bien ! Comme je suppose que vous avez du sang-froid, je vous engage à tenir ferme votre épée, la pointe à la hauteur de l’œil de votre adversaire, et à ne jamais attaquer. Évitez tout croisement de fer et attendez que, impatienté de votre immobilité, votre homme se précipite de lui-même sur votre épée.

    — Vous croyez qu’il le fera ? demanda l’avocat.

    —C’est probable, dit le prévôt. Dans tous, les cas vous ne risquez pas grand’chose dans cette position expectante.

    — Mais si mon adversaire, qui est un véritable lion, avance ?

    — S’il avance, reculez.

    — Fort bien. Mais s’il recule ?

    — S’il recule, n’avancez pas. »

    L’avocat sortit et alla mettre ordre à ses affaires, en vue d’un dénouement fatal, toujours à craindre en pareil cas. Il n’y avait pas une heure qu’il avait demandé les conseils du prévôt, que ce même prévôt recevait la visite de l’adversaire de l’avocat.

    Duel à l'épée
    Duel à l’épée

    « Mon Dieu, monsieur, lui dit celui-ci, moi qui suis l’homme le plus pacifique, je me bats demain avec un des duellistes les plus redoutables, m’a-t-on dit, du département de la Haute-Garonne, l’avocat Cazeneuve. »

    Le prévôt fît un tour sur lui-même pour dissimuler un éclat de rire ; puis, s’arrêtant devant son visiteur ;

    « Je vous en fais mon compliment, monsieur ; qu’y a-t-il pour votre service ?

    — Je venais, monsieur le prévôt, vous prier de m’indiquer une botte secrète. Je n’ai jamais eu l’occasion de mettre l’épée à la main. Sans vouloir devenir un assassin, il est juste que j’égalise autant que possible les chances d’un combat inégal avec ce buveur de sang.

    — Les bottes secrètes, dit le maître d’armes, ne sont pas sans danger quand elles sont mises en pratique par un homme qui, comme vous, ne connaît pas même les premiers éléments du noble art de l’escrime. Je ne vous apprendrai donc aucun coup de ce genre. Mais suivez mon conseil et vous ne vous en trouverez pas mal.

    — Je le suivrai, monsieur le prévôt.

    — Mettez-vous en garde fièrement, à une certaine distance, de votre adversaire, de manière, à ce que le bout de votre épée soit éloigné de la sienne d’une dizaine de pouces environ, et restez immobile. Il est probable que, impatienté de votre immobilité, il se précipitera lui-même sur votre fer. Surtout, n’attaquez pas.

    — Mais s’il avance ?

    — S’il avance, reculez.

    — Et s’il recule ?

    — S’il recule, ne bougez pas. »

    Le lendemain le duel eut lieu. Chacun des adversaires avait amené sur le terrain, outre les deux témoins d’usage, un chirurgien de sa connaissance. Suivant à la lettres conseils du prévôt, l’avocat et le propriétaire tombèrent en garde à une distance respectueuse l’un de l’autre, bien résolus à ne plus bouger. Ils se regardaient d’un air de défi, mais pas un ne fit le plus léger mouvement.

    Chacun des combattants attendait que, impatienté, son adversaire vînt enfin, comme l’avait annoncé lé prévôt, se précipiter sur son épée. Cinq minutes se passèrent ainsi, et rien dans l’attitude des duellistes n’avait changé. L’avocat et le propriétaire se regardaient toujours du même regard de défi, et leurs épées, toujours tendues à distance, semblaient scellées dans la main des deux combattants pétrifiés.

    « Quelle patience ! pensait l’avocat... Il veut me lasser et me forcer d’attaquer ; mais pas si bête ! Je tiendrai jusqu’au dernier moment... C’est lourd néanmoins une épée qu’on porte si longtemps à bras tendu ! Quand donc, viendra-t-il s’y précipiter ? Il tarde beaucoup.

    — Comme il se possède ! pensait le propriétaire... Ces bretteurs ont un admirable sang-froid... Il attend que je l’attaque... Il attendra longtemps !... Mais toute chose a une fin, et il est probable que sa patience sera bientôt à bout... Je crains seulement que le rhumatisme dont je souffre au bras ne me force à lâcher l’épée juste au moment où ce furieux viendra s’y jeter, comme me l’a annoncé le prévôt. »

    On ne sait de quelle énergie passive l’homme est capable dans de certaines circonstances. Les deux combattants purent tenir, sans autre signe de lassitude qu’une certaine altération dans le visage, pendant treize minutes, leur épée à bras tendu, impassibles comme des stoïciens.

    « Messieurs, dit alors un des témoins, moins patient que les combattants ; voilà près d’un quart d’heure que vous ferraillez : l’honneur est satisfait : Abaissez donc vos épées et donnez-vous la main.

    — Ah ! dit maître Cazeneuve, que le métier des armes est fatigant ! J’aimerais mieux plaider trois heures que de me battre dix minutes. »

    Duel comique à l’épée au XIXe siècle entre un propriétaire et un avocat

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  • Doléances d’un académicien
    au sujet des indemnités académiques
    (D’après « Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche », paru en 1894)
     
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    En 1894, le monde de la presse bruit d’une singulière rumeur : certains académiciens seraient sur le point de se mettre en grève et auraient formé, pour soutenir leurs droits, un Syndicat des travailleurs du Dictionnaire. Menant l’enquête, le jeune et bientôt célèbre Tristan Bernard mène l’enquête et recueille le témoignage de l’un des Immortels lui expliquant l’âpre existence des membres de l’auguste assemblée...

    Dans le but de connaître les motivations des académiciens, Tristan Bernard alla trouver un académicien en vue, ayant bien voulu fournir des renseignements circonstanciés et très rassurants, précise d’emblée notre écrivain.

    « Il est exact, nous a-t-il affirmé, que le traitement d’un académicien est bien faible et serait repoussé avec mépris par un petit employé de commerce. Mais la place est si honorifique !

    « De plus il y en a beaucoup parmi nous qui sont riches. Il y en a d’autres qui ont des petites choses à côté, comme un traitement de professeur, par exemple. Et puis, il y en a aussi quelques-uns qui ont fait des livres et qui en retirent un peu d’argent.

    « Voyez-vous, monsieur, le grand vice du règlement, c’est la répartition des jetons de présence aux séances du jeudi. Vous savez que, tous les jeudis, une somme de 240 francs est partagée entre les académiciens présents. Vous connaissez également cette anecdote, que rapporte Daudet. Le jour de la mort de Louis XVI, les académiciens restèrent chez eux, à l’exception d’un seul, qui se présenta à propos et palpa sans broncher la forte somme.

    « Ce triste exemple ne fut pas perdu. Toutes les fois que, par la suite, une grande tragédie politique s’est dénouée le jeudi, chaque académicien a conçu le projet, dans son for intérieur, de renouveler le coup du prédécesseur. Et ces jours-là l’Académie s’est trouvée au grand complet.

    Les séances de l'Académie française se tiennent à huis clos
    Les séances de l’Académie française se tiennent à huis clos
    © Crédit photo : Académie française (http://www.academie-francaise.fr/)

    « Quand les académiciens sont trente en séance, ils touchent donc chacun huit francs ; s’ils ne sont que vingt, le jeton est de douze francs. Aussi, leurs efforts tendent-ils à empêcher leurs collègues de se rendre aux séances du jeudi, par toutes sortes de moyens dont le plus anodin est la lettre de menaces anonymes : Un ami secret conseille à M. X. de ne pas sortir aujourd’hui, et ce, dans l’intérêt de sa peau. Mais il faut que la manœuvre soit très habile, car ils savent bien quand c’est jeudi, et ils se tiennent tous sur leurs gardes.

    « Les candidats, bien entendu, sont au courant de ces petites faiblesses. Il n’en est pas un qui, au cours d’une visite académique, ne dise d’un air détaché : Je ne pourrai pas malheureusement faire preuve d’une grande assiduité aux séances du jeudi je dois vous prévenir que je suis retenu ce jour-là par des obligations très graves. Ces déclarations laissent les académiciens assez sceptiques. Ils promettent tous ça, me disait un de mes collègues, et, dès qu’ils sont reçus, on ne voit qu’eux aux séances.

    « Quand Pierre Loti a posé sa candidature, ses parti sans disaient hypocritement : Nous avons peut-être tort de le nommer. Il n’est jamais en France. Comment travaillera-t-il au dictionnaire ? On l’a nommé, naturellement, et, depuis son élection, il ne quitte jamais la terre ferme ni l’Institut. On a même demandé des explications officieuses au ministère de la marine. Mais il paraît que les marins ne vont plus sur l’eau parce qu’on a peur d’user les navires.

    « Et Brunetière ! Lorsqu’il s’est présenté, il faisait des conférences tous les jeudis à l’Odéon. Alors on a tous voté pour lui comme un seul homme. Aussitôt élu, il a raconté qu’il souffrait de maux de tête et que le médecin lui recommandait tout spécialement le travail du dictionnaire. Et depuis sa réception, il ne manque pas une de nos séances.

    « Quant à M. Zola, si nous lui sommes hostiles, c’est que nous présumons qu’il a dépensé pas mal d’argent en voitures dans ses visites académiques, et qu’il doit être tout particulièrement avide de rentrer dans ses frais. »

     
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  • Divinations singulières par la langue,
    les ongles, les prénoms, l’usure des souliers
    (D’après « Le Journal de la jeunesse », paru en 1911)
     
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    Pendant longtemps la phrénologie qui prétendait connaître le caractère des hommes d’après leur crâne fit fureur, avant de se faire damer le pion par la chiromancie qui, dans les lignes de la main, lisait le présent, le passé et l’avenir, elle-même supplantée par la graphologie. Mais ces arts divinatoires devinrent désuets à l’avènement de la divination par la langue, les ongles, les prénoms ou encore l’usure des souliers...

    Savez-vous ce que c’est que la glossomanie ? Cette science permet de deviner les défauts et les qualités des gens d’après l’inspection de leur langue. Exemples : Longue, la langue indique la franchise ; courte, la dissimulation ; large, l’expansion ; étroite, la concentration ; longue et large, l’inconséquence ; longue et étroite, une franchise modérée : on pense ce que l’on dit sans toutefois dire ce que l’on pense ; courte et large, bavardage et mensonge : on parle beaucoup, mais on ne dit pas ce que l’on pense ; courte et étroite, ruse et mensonge excessifs, impénétrabilité et beaucoup de prudence : personnes toujours prêtes à tromper et qui doivent inspirer une grande défiance ; longue et large, la langue signifie bavardage intense.

    La chiromancie
    La chiromancie
    Ce que les uns voient dans la langue, les autres le lisent dans les ongles. Les ongles longs sont l’indice d’un bon naturel et d’une grande confiance en soi, en même temps que d’une grande méfiance à l’égard des autres. Celui dont les ongles sont larges est doux et timide. Ne vous fiez pas à ceux qui ont des ongles courts et ronds ils sont coléreux et rancuniers. La personne dont les ongles sont recouverts de chair est d’une nature calme, aime ses aises, la table et le repos. Cette personne préférera un petit retenu avec presque pas de travail à une grande fortune qui nécessitera beaucoup d’activité et d’énergie.

    Les ongles pâles dénotent une personne mélancolique ayant de grandes aptitudes pour les sciences et les études philosophiques. Les ongles longs et bien formés sont l’indice d’une nature fine, d’une nature d’artiste, d’un grand amour du monde et de tout ce qui est beau.

    Et voici qui est plus fort encore c’estl’onomatologie, qui trouve les éléments du caractère des gens dans le prénom qu’ils portent. Ainsi :

    Les « Marie » sont faibles, mélancoliques et malchanceuses.

    Les « Pierre » sont forts, calmes, patients, possèdent l’esprit d’ordre, la constance dans les amitiés.

    Les « Paul » sont, comme le grand apôtre, actifs, vifs d’élocutions faciles, mais à revirements soudains, à coups de tête.

    Les « Georges », comme le vainqueur du Dragon, sont presque tous de grands et beaux hommes, infatués de leur valeur physique et intellectuelle. Chose curieuse, neuf sur dix sont de haute taille.

    Les « Louis », amour-propre excessif, esprit vif et pénétrant, caractère irritable, grande activité.

    Les « Léon » hommes doux et cordiaux, mais d’énergie faible, seraient supérieurs s’il avaient plus de force de caractère.

    Les « Jean » caractère fort et plein de contrastes, tempérament ardent et passionné taillés pour la lutte.

    Les « Henri » qualités de cœur, sentiments profonds et passionnés, énergie, mais rancune, irritabilité.

    Naturellement il y a, à ces diverses indications, de nombreuses exceptions qui confirment la règle.

    Il fallait être un observateur adroit et patient comme le Dr Garré, de Bâle, pour imaginer lascarpologie. C’est l’art de connaître le caractère et les penchants des hommes des femmes aussi par l’usure de leurs souliers. Les yeux sont les miroirs de l’âme, disent les poètes ; les semelles aussi, répond le docteur Garré. Montrez-lui un de vos souliers portés depuis deux mois au minimum, et il vous dira vos quatre vérités. Un talon et une semelle symétriquement usés annoncent un homme pondéré, énergique, un bon employé ou une bonne mère de famille.

    Si le bord externe est seul usé, le porteur est un entêté, un volontaire, un homme d’initiative ; s’il y a excès dans l’usure, il peut même se rapprocher de l’aventurier. Si c’est le bord interne qui est usé, tout change ; l’homme est un faible, un irrésolu : La femme est douce, modeste. Mais tout cela n’est rien. Lorsque la pointe est râpée en même temps que le bout externe, tout le reste apparaissant neuf, le porteur est presque toujours un coquin.

    « Donnez-moi quatre lignes de l’écriture d’un homme, et je le ferai pendre », disait un juge célèbre. Le docteur Garré n’est pas si exigeant : il ne lui faut qu’une paire de souliers. Le pire des caractères, d’après La Bruyère, est de n’en avoir aucun. En scarpologie le soulier neuf est seul dans ce cas ; tous les autres portent en traits ineffaçables le caractère de leur propriétaire.

    Voici, pour finir, quelques observations dûment contrôlées par de savants spécialistes, qui ont trait non plus au caractère des gens, mais, ce qui s’en rapproche beaucoup, à leur profession ou à leur nationalité. Chaque métier produit sur la main ou sur le doigt un durillon, une sinuosité, une déformation qui en est, en quelque sorte, le stigmate.

    L’index gauche des brodeuses et des couturières est criblé de piqûres.

    Les mains des cordonniers sont déformées par le ligneul et présentent, à la seconde phalange de l’index, un durillon produit par la pression du tranchet.

    Les tailleurs ont dans l’intérieur de la main droite des durillons provenant de la manœuvre du « carreau » ou fer à presser.

    Les horlogers ont l’ongle du pouce rongé par suite !e de l’ouverture des boîtiers de montre.

    Les copistes et les comptables ont l’extrémité du doigt majeur déformé par le contact prolongé du porte-plume.

    Les menuisiers ont la paume de la main durcie par le manche de la varlope.

    Les graveurs ont au milieu de la main un large durillon produit par le manche du burin.

    Les photographes ont les ongles rongés et noircis par les acides.

    Les teinturiers, outre des traces de couleur, ont la peau attaquée par les diverses substances chimiques dont ils font usage.

    Enfin, d’après le ténor milanais, Fliming, chaque nation possède son rire propre avec des défauts variables et plus ou moins accentués. Seul, d’après lui, l’Italien ne rit jamais faux, tandis que tous les autres peuples font des « couacs » épouvantables. L’Allemand a un rire sonore, mais sans mesure ; I’Anglais rit avec sécheresse et froideur ; l’Autrichien a le rire léger, élégant ; le Belge s’esclaffe bruyamment ; l’Américain a un éclat de rire dominateur, tyrannique. Le rire français est large, cordial, rabelaisien. Voilà les observations qu’a faites Fliming. Il ajoute que la ville où l’on rit le plus, c’est Bruxelles ; celle où l’on rit le moins, Madrid ; celle ou l’on rit )e mieux, Paris.

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