• Malice (Ordre de la)
    institué en 1734
    (D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1842)
     
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    L’ordre de la Malice est probablement une création de quelqu’une des spirituelles et aimables sociétés qui étaient si nombreuses au dix-huitième siècle. On ne possède sur ses fondateurs aucune espèce de renseignements.

    Tout nous porte à croire que les détails qui vont suivre, et qui se bornent à une préface en vers et aux statuts de l’ordre, sont complètement inédits ; ils sont tirés de feuilles manuscrites, conservées au cabinet des Estampes.

    Celui qui veut de la Malice
    Devenir insigne profès
    Doit si bien tendre ses filets
    Pendant le temps qu’il est novice,
    Qu’il ne passe jamais un jour
    Sans avoir fait quelque bon tour.
    Mais que l’aimable politesse,
    L’esprit fin, la délicatesse,
    Brillent en toute occasion
    Et que jamais malice noire,
    Ne ternisse la belle gloire
    Que dans l’Ordre il faut acquérir.
    Loin de nous ces esprits caustiques
    Qui blessent sans vouloir guérir ;
    Censeurs bourrus, fâcheux critiques,
    Vrais boutefeux des républiques,
    Nous vous banissons pour toujours ;
    Votre demeure est chez les ours.
    Et vous, complaisants insipides,
    Qui ne louez qu’avec fadeur,
    Cherchez ailleurs des gens avides
    D’un poison qui gâte le coeur.
    Nous ne recevons dans notre ordre
    Que des sujets doux et malins,
    Qui sachent rire sans trop mordre,
    Et qui, pour les bons tours enclins,
    Augmentent pour eux notre estime.
    Radinons sans désobliger,
    Et suivons toujours pour maxime :
    Jamais nuire, mais corriger.

    Après cette préface, qui montre que rien n’était plus inoffensif que la nouvelle institution, viennent les statuts suivants, dont quelques dispositions semblent assez plaisantes.

    Statuts de l’ordre de la Malice, institués par très aimable et très digne dame,
    madame Agrippine de la Bonté-Même, le 1er janvier 1734

     
    Article 1er. Il n’y aura de dignités que celles de grande-maîtresse, lieutenante, chancelière et trésorière, quatre commandeurs et quatre chevaliers, dont l’élection se fera en conscience et connaissance des mérites et talents en malice.
    Article 2. Tous ceux et celles qui se présenteront pour postuler dans cet ordre, doivent avoir les qualités requises pour occuper les places où ils pourront être employés.
    Article 3. Ils seront obligés de prouver deux années au moins d’exercice réel ou d’intention, ce qui sera vérifié par titres qu’ils soumettront à l’examen de la chancelière de l’ordre.
    Article 4. Le noviciat sera d’une année, et pendant ce temps les novices seront obligés de donner à la lieutenante, deux fois par jour, les moyens les plus fins et les plus adroits d’attraper et de faire donner dans le panneau ceux que l’ordre voudra favoriser de son amitié et de sa bienveillance.
    Article 5. On ne sera reçu profès qu’après avoir exactement rempli les obligations du noviciat, ce qui sera certifié par la lieutenante et examiné en pleine assemblée.
    Article 6. Les profès seront obligés de faire trois vœux : obéissance ; privation de tout ce qui peut nuire à la santé ; pauvreté ou détachement du bien d’autrui. Article 7. Défenses sont faites de prendre aucun domestique champenois, suisse ou picard.
    Article 8. On ne pourra faire élever dans sa maison dindes, oies, ni moutons.
    Article 9. Mais on aura, pour le bon exemple, beaucoup de singes, de chats, de perroquets, de chouettes, de renards et de pies.
    Article 10. Les principaux livres de la bibliothèque seront : l’Espiègle, Richard sans peur, Buscon, Gusman d’Alfarache, Gil Blas, le Pince sans rire, l’Histoire des pages, et les Anecdotes des pensionnaires, des religieuses, etc.

    La décoration de l’ordre consistait en un petit médaillon suspendu à un ruban lilas, et portant d’un côté un singe et de l’autre les vers suivants :

    Pour vous imiter je suis fait,
    C’est là mon plus noble exercice ;
    Aussi, par un retour parfait,
    Vous me ressemblez en malice.
     
     
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  • Malborough s’en va-t’en guerre : de la
    véritable origine d’une chanson populaire
     
    (D’après « La Mosaïque », paru en 1878)
     
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    Au XIXe siècle, l’Académie des sciences morales et politiques s’occupa d’une curieuse et intéressante question : l’origine d’un chant populaire non seulement en France mais dans le monde entier, Malborough s’en va-t’en guerre. Si les versions les plus diverses ont eu leur heure de gloire, il semblerait que sa naissance le doive à l’épopée du comte Galéran de Meulan, appartenant à l’armée des Croisés lors du siège de Saint-Jean-d’Acre en 1190.

    Charles Giraud rendait compte de l’instructif et consciencieux ouvrage de Rambosson, intitulé : les Harmonies du son et les Instruments de musique. Ce volume, indépendamment de la partie doctrinale, contient plusieurs anecdotes, celle-ci entre autres :

    « Pendant notre expédition d’Egypte, on n’avait négligé aucun moyen pour éblouir et séduire les indigènes. Les feux d’artifice, les aérostats n’ayant point produit l’effet attendu, on eut recours, sur le conseil de Monge, à l’action de la musique. Les Egyptiens écoutèrent les plus belles productions musicales sans témoigner le moindre enthousiasme. Monge, désappointé et exaspéré, ordonna un jour à l’orchestre de jouer l’air de Malborough.C’est, disait-il, tout ce qu’ils méritent. Son étonnement fut grand en voyant les applaudissements éclater. La foule semblait transportée d’admiration. »

    Cette anecdote inspira diverses réflexions à plusieurs membres de l’Académie. Henri Martin se demanda si l’enthousiasme des Egyptiens ne venait pas de ce qu’ils reconnaissaient dans Malborough un air national. Cette cantilène n’est pas en effet sans quelque analogie avec les mélodies arabes dont Félicien David s’est fait parmi nous l’heureux vulgarisateur.

    Selon Charles Giraud, il ne fallait pas aller chercher si loin l’origine de cette complainte. Elle est l’œuvre de la spontanéité française, Pendant la nuit qui suivit la funeste bataille de Malplaquet, où Villars avait été grièvement blessé, le bruit courut dans le camp français que le général anglais Malborough avait reçu le coup mortel. Aussitôt nos soldats improvisèrent, sur un air de leur façon, les couplets grotesques que l’on connaît. Ces couplets se répandirent en Flandre et furent chantés par les paysans. C’est ce qui explique comment, lorsque plus tard on donna au Dauphin une nourrice flamande, celle-ci lui fredonna pour l’endormir la chanson de Marlborough, qui fut subitement adoptée et répétée par toute la cour.

    Ces légendes paraissent assez invraisemblables à Louis Peisse. Il fait observer que l’air deMalborough se trouve dans la partition d’Armide, de Lulli. Il aura survécu à cet opéra et après avoir été chanté dans les salons sera descendu dans le peuple, où l’on aura fabriqué les premières paroles venues pour tenir lieu du texte primitif, profondément oublié ou même inconnu.

    D’autre part, tandis qu’Edouard Charton penche pour la nationalité arabe de cet air, Hippolyte Passy s’attaque surtout à la légende de Malplaquet. Il ne voit aucun rapport entre le Malborough de l’histoire, personnage tout moderne, dont la vie et la mort prêtent peu à la fable, et le Malborough de la complainte dans laquelle on sent comme un vague souvenir des temps de la chevalerie et de nos guerres des Croisades.

    Chacun produisant son petit système et les journaux, autorisés ou non, s’étant emparés de la question, on se trouve aujourd’hui peut-être un peu plus embarrassé qu’auparavant. L’opinion la plus accréditée, et à laquelle se rallient le plus grand nombre de chercheurs, est que cette chanson, d’origine arabe, appartient au Moyen Age et que, suivant toute probabilité, elle fut rapportée en Espagne et en France par les soldats de Jayme Ier, roi d’Aragon, et de Louis IX, roi de France, comme une sorte de légende d’un croisé obscur.

    Enfin, voici la version communément retenue. En l’année 1190, les deux armées de France et d’Angleterre, commandées par les rois Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion, assiégeaient la ville de Saint-Jean-d’Acre, vaillamment défendue par le sultan Saladin : dans l’armée des croisés étaient le duc de Bourgogne, les comtes de Flandre, de Champagne, de Chartres et de Meulan, avec une foule d’évêques et de barons de la meilleure noblesse des deux royaumes.

    Pour tromper les ennuis d’un siège qui ne leur offrait plus les occasions d’exercer leur bouillante ardeur comme en rase campagne, les chevaliers des deux partis se défiaient réciproquement au combat et, journellement, des rencontres particulières avaient lieu dans la plaine située entre le camp et la ville. Un jour, cependant, un cartel demeura sans réponse : il était porté par un chef musulman d’une taille colossale et nul n’osait affronter un pareil géant, qui accablait de railleries et de « gausseries » les seigneurs chrétiens. Le bruit en vint jusqu’à la tente du comte de Meulan.

    A ces parolles cun à l’autre contant
    Est descendu Galeran de Meullent :
    Bacheler fut et de joene jouvent,
    Hons de sa force n’ot greignor hardement.
    Le comte de Meulan n’était point un croisé obscur : « Dans les Parlements, le comte ne cédait le pas qu’au roi de France, au seigneur Richard, roi d’Angleterre, à Robert de France, comte de Dreux, et pas à autres ; là où Galéran portait sa noble bannière, il marchait, comme c’était son droit, même avant le comte de Flandre. » En présence de son adversaire, d’ailleurs, le héros français décline fièrement son titre et ses qualités : « Par Dieu ! Je suis du sang du grand Charlemagne ! Comtes furent mes pères, et j’ai pour cousin Fouques, de Chypre et de Jérusalem. »
    Per Dieu ! Je suis du sanc du grant Challon ;
    Quens fû mes pères et jè cousin Foulcon... !
    Galeran frère !... ensi m’apelle-t-on,
    Et tien du roi Meullent et Argenton
    Et trois chastiaux deça de Val-Guyon.

    Galéran était d’une force prodigieuse. Il chargea si furieusement son ennemi, que la lance, traversant le bouclier, eût infailliblement cloué le musulman, si son haubert n’avait été d’une trempe aussi solide. Mais l’impatience que le comte avait éprouvée d’en venir aux mains, l’avait tellement emporté sur la prudence, qu’il avait négligé de mettre son heaume.

    Et Galeran ne s’asseure mie
    Tost fut armé car assez ot aye
    Mais d’une chose fist-il moult folie
    Son heaume lacé et sa vantaille oublie.

    Profitant de cette faute, le Sarrasin « férut » à son adversaire un coup de sa grande épée « toute rehaussée d’or », qui, portant au défaut de la cuirasse, envoya rouler sur le sable la tête du malheureux jeune homme.

    Com le haubert fist au Turc garentie.
    Il tint hault l’espée où l’ior reflambie
    Fiert Galeran en travers lez l’oïe
    La teste en prist, autrement ne chastie
    Queque s’en plaigne, l’âme s’en est partie.

    Le jeune chevalier, qui emportait les regrets des deux armées, venait d’épouser, quand il partit pour la croisade, la fille de l’un des plus illustres barons de Bretagne, Marguerite de Fougères : le contrat qui réglait les conditions de cette union avait été passé à Mortain, en Normandie, chez le comte Jean sans Terre, le 25 décembre 1189, et cette pièce, intéressante par les diverses stipulations qu’elle contient en cas de voyage, en cas de mort, fait aussi mention du pèlerinage que le jeune comte était sur le point d’entreprendre.

    Cette circonstance, jointe à la haute position qu’occupait le comte de Meulan, donna à sa mort un retentissement considérable.

    Dolens en furent, et Guillaume et Bertrans,
    Guichart et Fouque et Savari Limans
    Pour ce, fut plaint et des serfs et des Frans
    Qu’il iert courtois et sage et entendans
    Et sus payens hardi et combatans,
    Moult iert amés de petits et de grants.

    La jeune femme attendit donc son chevaleresque époux dans la vieille tour de Meulan, ruinée depuis par Duguesclin. Mais elle ne vit rien venir « que son page tout de noir habillé » qui lui fit le lamentable récit de la mort de Galéran sur laquelle un trouvère inconnu avait composé un chant d’une mélopée lugubre, dont le souvenir est demeuré aussi populaire en Syrie que dans notre histoire, où, à différentes époques, on le retrouve rajeuni et adapté aux grands événements, notamment à la mort du duc de Guise, le grand Balafré, en 1563 :

    Aux quatre coins de sa tombe
    Quat’gentilshomm’s y avoit
    Dont l’un portoit le casque
    L’autre les pistolets
    Et l’autre son épée
    Qui tant d’hug’nots a tués.

    Le nom du duc de Malborough, rendu célèbre par la bataille de Malplaquet, n’a fait que succéder à celui du duc de Guise qui, lui-même, avait remplacé celui de Galéran, sans toutefois faire oublier le surnom de Manbrou donné au vaillant chevalier comme synonyme, dans le pittoresque langage de l’époque, de courage et de vaillance. Cette chanson figure dans le Romancero espagnol, et, d’après une légende fort accréditée, fut importée en Espagne par des gitanos égyptiens.

    Quelle que soit, du reste, l’origine de la chanson de Malborough, Manbrou ou Malbrouck, il n’est pas de chant plus populaire en France et dans le monde entier.

     
     
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    la petite histoire du train de bois sur la seine

     

    http://www.fdelaitre.org/wp2/wp-content/uploads/2014/09/CsS-1.jpg

    Non ? C’est normal ! Le dernier train de bois est arrivé à Paris en 1877 !
    Mais vous pourriez bien en apercevoir un cet été sur les bords de Seine.

    Découvrir l’histoire du train de bois, c’est replonger dans trois siècles d’histoire de Paris et du Morvan.

    Tout commence au XVIe siècle, sous le règne d’Henri IV.  Le bois des forêts autour de Paris s’épuise et le domaine royal reste réservé aux chasses de la cour. La pénurie guette la capitale et menace ses habitants et son développement.  En effet, pas de bois, pas de four, pas de four, pas de pain et pas de pain : c’est l’émeute…

     

    http://www.seine-et-marne.fr/var/cg77/storage/images/seine-et-marne.fr/culture-sports-tourisme/portail-sortir-en-seine-et-marne/un-train-en-bois-sur-la-seine/575847-1-fre-FR/Un-train-en-bois-sur-la-Seine.jpg

    On se tourne alors vers le Morvan et ses forêts pour fournir du bois aux Parisiens. C’est toute une organisation qui se met en place dans la région pour envoyer 700 000 stères de bois (un stère = 1m3) jusqu’à Paris ; un système d’acheminement aussi inattendu qu’efficace : le flottage et le train de bois !

    Le long parcours du bois débute en hiver. Les arbres sont abattus en bûches de diamètre homogène : 18 pouces (45.72cm) maximum, puis elles sont laissées au repos pour les vider de leur sève.

    http://s1.lprs1.fr/images/2016/03/18/5638881_0b8f09dc-ecdd-11e5-a338-87b72708cc95-1.jpg

    A la Toussaint suivante, elles sont vendues aux commerçants locaux appelés « marchands forains ». Chacun de ces marchands fait apposer sa marque à chaque extrémité des morceaux de bois, afin de reconnaître son bien tout au long du parcours : c’est le martelage.

    Jet du bois dans les rivieres du Morvan

    Commence ensuite le flottage du bois. Les bûches sont jetées à l’eau sur les ruisseaux et les rivières du Morvan. Emportées par le courant, elles sont dirigées par des ouvriers placés sur les berges, appelés « poules d’eau », jusqu’à un des 22 ports où elles sont regroupées dans des retenues d’eau.

    Au printemps, ces étangs, naturels ou artificiels, gonflés par les pluies et la fonte des neiges, sont ouverts, et l’eau achemine les bûches vers Clamecy et quelques autres villes, dans l’Yonne, en quelques heures seulement. 

    Le bois est alors tiré, triqué (trié) et empilé selon les marques apposées pendant le martelage. Cette tâche est généralement dévolue aux femmes et aux enfants.

    Un tireur de buches triage de buches

    La fin de ces travaux, vers la mi-juillet, est célébrée par l’organisation de joutes sur la rivière. Le vainqueur de ces joutes, appelé « Roi Sec » devient le porte-parole des flotteurs pour l’année à venir. Une sorte de représentant syndical de l’époque !
    A Clamecy, c’est la vie de 500 familles qui est régie par cette activité du bois.

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    Après cinq mois de séchage, les bûches sont enfin assemblées en trains de bois ! (Nous sommes déjà à plus de deux ans après la coupe du bois…).

    Train de bois

    Le train de bois est un radeau mesurant de 36 m de long, 4.50 m de large et 40 à 60 cm d’épaisseur, d’un volume moyen de 100 stères de bois. Il faut environ une semaine de travail de six ouvriers expérimentés pour en assembler un. 3 500 trains de bois sont ainsi construits en une saison à Clamecy ! Ajoutés au millier de trains assemblés dans d’autres ports, c’est près d’un million de stères de bois qui sont agrégés, ce qui représente 90% du bois consommé annuellement à Paris.

    Chaque train est dirigé par deux flotteurs, marins aguerris aux dangers de la navigation. Près d’Auxerre, lorsque le cours de l’Yonne a grossi, les radeaux sont couplés, formant des plateformes à la longueur impressionnante de 72 mètres !

    Un demi train de bois

    Le voyage jusqu’au port de Bercy, à Paris, dure ensuite de 10 à 15 jours. Une fois dans la capitale, le bois est à nouveau séché puis récupéré par les propriétaires parisiens.

    Les flotteurs bourguignons, après avoir profité des « joies » de la capitale, repartent à pied et effectuent le trajet retour de 200km en 4 jours seulement !

    http://i.f1g.fr/media/figaro/805x453/2015/07/02/XVM235e2862-2097-11e5-969c-01e7b87635e4-805x453.jpg

     

    Le premier train de bois est entré à Paris le 20 avril 1547. Pendant plus de trois cents ans, le Morvan va alimenter Paris en bois. Mais l’arrivée du charbon et l’amélioration des transports de marchandises par route vont progressivement remplacer le flottage.
    Le dernier train de bois arrive à Paris en 1877. Avec lui, c’est toute une industrie régionale qui s’éteint…

    … Mais cette année, l’association Flotescale fait revivre cette tradition !
     Début 2015, des bénévoles ont construit, selon les méthodes ancestrales, un nouveau train de bois. Ce dernier est parti de Clamecy le 6 juin.

    Un train de bois pour Paris

    Tout le long de son parcours jusqu’à Paris, des étapes sont organisées. L’occasion à chaque port de profiter de nombreux événements.
    Après une épopée de 261 km et le passage de 64 écluses en 21 jours, l’arrivée au port de Bercy est prévue le 27 juin.
    Enfin, le 5 juillet, le train de bois traversera la capitale sur la Seine.

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  • Mal inspiré de vouloir jouer l’éclairé !

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    La lanterne magique, pour les enfants qui n’ont pas l’idée de son mécanisme, semble quelque chose qui touche au merveilleux. Mais qu’arrive-t-il à un singe se piquant de l’utiliser ?...

    C’est une sorte de grande boîte, ordinairement en fer-blanc, qui porte à l’une de ses extrémités une grosse lentille de verre très épaisse. Dans une coulisse pratiquée derrière cette lentille, on fait passer de longues plaques de verre, sur lesquelles des figures peintes représentent des sujets variés.

    Mal inspiré de vouloir jouer l’éclairé !

    On tend un grand drap ou un rideau blanc contre les parois d’une chambre obscure, et les figures s’y reflètent, en grossissant beaucoup. La personne qui fait glisser les verres doit, à mesure que les scènes passent devant les spectateurs, leur en donner des explications divertissantes.

    Par un phénomène d’optique assez singulier, si on place les personnages dans leur position naturelle, ils se trouveront la tête en bas ; mais en les mettant d’une manière contraire, ils seront sur leurs pieds.

    Nous allions oublier l’essentiel, mais il nous semble que l’intelligence de nos enfants y eût suppléé. Nous allons voir s’ils comprennent ce que nous voulons dire en leur récitant la fable suivante ; s’ils ne nous comprennent pas, il en résultera ce qui est arrivé à certain singe :

    Un jour qu’au cabaret son maître était resté
    (C’était, je pense, un jour de fête),
    Notre singe en liberté
    Veut faire un coup de sa tête :
    Il s’en va rassembler les divers animaux
    Qu’il peut rencontrer dans la ville ;
    Chiens, chats, dindons, pourceaux,
    Arrivent bientôt à la file.

    Mal inspiré de vouloir jouer l’éclairé !

    « Entrez, entrez, messieurs ! criait notre Jacqueau,
    C’est ici, c’est ici qu’un spectacle nouveau
    Vous charmera gratis : oui, messieurs, à la porte
    On ne prend pas d’argent ; je fais tout pour l’honneur.
     »

    A ces mots, chaque spectateur
    Va se placer, et l’on apporte
    La lanterne magique : on ferme les volets,
    Et par un discours fait exprès
    Jacqueau prépare l’auditoire.
    Ce morceau, vraiment oratoire,
    Fit bâiller, mais on applaudit.
    Content de son succès , notre singe saisit
    Un verre peint qu’il met dans sa lanterne.

    Il sait comment on le gouverne
    Et crie en le poussant : « Est-il rien de pareil ?
    Messieurs, vous voyez le soleil,
    Ses rayons et toute sa gloire !
    Voici présentement la lune ; et puis l’histoire
    D’Adam, d’Ève et des animaux..
    Voyez, messieurs ; comme ils sont beaux !
    Voyez la naissance du monde ! Voyez...
     »

     

    Les spectateurs, dans une nuit profonde,
    Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir ;
    L’appartement, le mur, tout était noir.
    « Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles
    Dont il éblouit nos oreilles
    Le fait est que je ne vois rien.
    — Moi, disait un dindon , je vois bien quelque chose ;
    Mais je ne sais pour quelle cause
    Je ne distingue pas très-bien.
     »

    Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne
    Parlait éloquemment et fie ne lassait point.
    Il n’avait oublié qu’un point :
    C’était d’éclairer sa lanterne.

    Mal inspiré de vouloir jouer l’éclairé !

     

     

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  • Maîtres apothicaires usant de roublardise
    et malmenant un candidat en 1720
     
    (D’après « Revue d’histoire de la pharmacie », paru en 1936)
     
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    Les réceptions à la maîtrise donnaient lieu de la part des corporations àcertains abus que le pouvoir royal s’efforça de combattre. A Arras au début du XVIIIe siècle, il ne fallait pas moins de 29 journées d’efforts au malheureux aspirant pour obtenir la maîtrise d’apothicaire : l’un d’eux dut batailler, questionné sur des sujets ayant trait à la médecine et non à l’apothicairerie, sommé de fournir l’explication d’un livre en caractères allemands, invité à identifier des plantes dont on ne lui présentait que des demi-feuilles...

     

    Voici un aperçu du programme : 1er jour : L’aspirant fait assembler les maîtres pour la présentation à la maîtrise. 2e jour : Assemblée pour donner le jour de son interrogatoire. 3e jour : Examen des simples. 4e jour : Assemblée pour donner le jour de la démonstration et quelles compositions. 5e jour : Démonstration. 6e jour : Assemblée pour donner jour pour travailler à la composition. 7e jour : Préparation des poudres pour la 1ère composition. 8e jour : Préparation des sucs pour la 1ère composition et monder en semences et autres. 9e jour : 1ère composition. 10e jour : Préparation des gommes et de la litharge.

    Boutique d'apothicaire
    Boutique d’apothicaire
    11e jour : Préparation et trituration des poudres. 12e jour : Préparation des huiles et leurs compositions. 13e jour : Extraction des plantes et dissolution des gommes. 14e jour : Préparation de l’onguent. 15e jour : Extraction des huiles et leur .composition. 16e jour : Préparation des mucilages et de la litharge. 17e jour : 3e composition. 18e jour : Tirer l’huile de noix muscade et les sucs de scille. 19e jour : Préparation de la composition des trochisques d’hedycroi et de scille. 20e jour : Préparation des dits trochisques.

    21e jour : Préparation des gommes et sucs. 22e jour : Préparation du safran et de la cannelle. 23e jour : Préparation du spica ecetica et de l’indica et du Viperre. 24e jour : Préparation de toutes les fleurs et autres simples. 25e jour : Monder les plantes et préparer l’opion. 26e jour : Préparer les drogues de la 4e composition. 27e jour : Préparation de la thériaque. 28e jour : Préparation des dites compositions et leur examen. 29e jour : Présentation et réception à l’Hôtel de Ville.

    Chacune de ces journées donnait lieu naturellement, au profit d’examinateurs toujours plus nombreux, à de coûteuses vacations. On comprend que le prix des honnestetés de bouche et des beuvettes, ait fait l’objet des réclamations justifiées des pauvres aspirants, d’autant plus que tous les apothicaires et leurs femmes prenaient part à ces honnestetés. Le 12 mai 1719, l’autorité royale intervenait vigoureusement et notifiait aux intéressés les décisions suivantes (orthographe originelle conservée) :

    « De la part de M. le Grand Bailli à Messieurs le Mayeur et Echevins de la ville d’Arras. Sur la représentation faite par le Procureur général de cette ville qui quoy que par plusieurs anciens règlemens faits touchant la Pharmacie et Apotiquairerie et notament par celuy du 7 juin 1606, il ait été remédié à quantité de cas qui se commettaient dans la vente et la composition des drogues et remèdes par personnes peu versées dans le dit art et que la forme et la dépense que les aspirans étoient tenus de faire pour parvenir à la Maîtrise dudit art, y aient été réglées, et cependant non obstant l’exactitude et les soins qu’on a apportés pour l’exécution des dits règlemens il m’y est revenu qu’il se commet encore d’autres désordres très considérables au sujet de la réception des dits aspirans, desquels les maîtres apotiquaires exigent des grands repas et autres beuvettes que les aspirans n’osent leur refuser dans la crainte d’en être chagrinés dans les examens et compositions qu’ils sont tenus de subir et de faire ad libitum de tous les dits maîtres apotiquaires, lesquelles dépenses en beuvettes et en repas auxquels tous les maîtres généralement quelconques du dit corps assistent, ne montent pas à moins de neuf cents livres y compris quelques autres petits frais, ce qui est tout à fait contre le bien du dit corps et éloignent quantité de bons sujets de s’y présenter ;

    « à quoy, estant important de remédier, le dit Procureur général, requérant qu’il y fut pourvu par le retranchement de semblables dépenses en réduisant le nombre des examinateurs aussy bien que leurs journées et vacations pour lesquelles les dits aspirans seroient tenus de leur payer telle somme qu’il sera jugé convenable,

    « Veue les dits règlements et autres des villes voisines, ont ordonné et ordonnent que pour toutes les dépenses généralement quelconques, chaque aspirant à la dite maîtrise sera tenu de payer sçavoir aux deux échevins et semainiers et au Procureur général de cette ville, trois livres chacun pour leur présence au jour de l’examen et au médecin pensionnaire pareille somme de trois livres pour chaque journée qui seront au nombre de cinq :

    « Sçavoir une journée pour l’examen, et quatre journées pour les quatre compositions différentes que suivront le chef-d’œuvre ; auxquels examens ne pourront à l’avenir intervenir que le Mayeur et les quatre plus anciens maîtres du corps, et leur sera payé quarante sols chacun pour chaque journée, lesquelles journées seront au nombre de dix seulement, tant pour l’examen de présentation que composition, sans qu’ils puissent demander ny en exiger un plus grand nombre, plus sera payé au valet de la confrérie 12 livres pour tout salaire, faisant très expresses déffences aux dits aspirans de donner ny promettre aucun repas ni buvettes avant leur réception à la dite maîtrise, et aux maîtres apotiquaires d’en exiger aucun sous quelque prétexte que se soit trouvé être avant ny après la dite réception, à peine de restitution et de trente livres d’amende contre chacun des contrevenans, applicables la moitié à la ville et l’autre au dénonciateur, laquelle réception se fera dans la forme ordinaire en fournissant par l’aspirant au profit de la dite ville un seau de cuir...

    « et en prestant par luy par devant Messieurs en nombre en leur chambre du conseil où il se fera accompagner des dits mayeur et quatre du corps, le serment de se bien et fidèlement comporter dans son art, de quoy sera fait mention sur les registres de la ville par le greffier d’icelle auquel il sera payé trente sols pour l’enregistrature et expédition de l’acte. Les autres règlements seront au surplus exécutés en ce qui ny ai pas dérogé par le présent, lequel sera signifié au corps des maîtres apothicaires et affiché où il appartiendra à la diligence du Procureur général.

    « L’an 1719, le dix-sept de juin signifié et délivré copie de cette ordonnance aux maîtres apotiquaires de la ville d’Arras au domicile de M. Brongniart Le Jeune, l’un d’eux, parlant à sa personne. Signé : Duchastelle.

    En marge est écrit : « Sur la requête présentée par les mayeurs, les quatre plus anciens apotiquaires de cette ville d’Arras, a été rendue l’ordonnance suivante : Veue la requête et conclusion du Procureur du Roy, Messieurs ont fixé pour l’avenir les vacations des suppléans sur le pied de cinquante sols par journée à condition qu’ils ne pourront en excéder le nombre de dix porté par le Règlement, et en cas qu’ils les excèdent, qu’ils ne seront pas payés du surplus des dits journées. Fait en Chambre le 2 de juin 1728. Signé Bâcler (avec paraphe). »

    Ces mesures mécontentèrent naturellement les maîtres, qui se vengèrent en rendant la vie dure aux premiers candidats qui voulurent en bénéficier. L’examen mouvementé d’Albert Salomé, à Arras, dont le récit détaillé nous a été conservé, témoigne de l’âpreté de cette résistance :

    « Les appelants prétendent qu’il n’a point les capacités requises pour être reçu Maître apothicaire ; ils osent dire que c’est un ignorant qui n’a aucun principe de pharmacie et que sa réception est préjudiciable au public. Le Procureur du roi en la ville d’Arras et Albert Salomé soutiennent au contraire qu’il n’y a que de la vexation dans le procédé des appelants et que l’intimé a été valablement reçu par les juges de police en la ville d’Arras suivant leur ordonnance : Ord. rendue le 29 janvier 1720 confirmée par sentence rendue au conseil provincial d’Artois le 27 avril de la même année et dont appel.

    « Faits : il était d’usage, ou plutôt c’était un abus parmi le corps des apothicaires de la ville d’Arras de ne procéder à l’examen d’un aspirant à la pharmacie et à son chef-d’œuvre qu’entre les verres et les pots ; ces beuvettes coûtaient ordinairement 13 ou 1400 livres, et il a coûté cette somme ou environ à chacun des apothicaires de la ville d’Arras. Les juges de police étant informés de cet abus, ont fait un règlement le 2 mai 1719, par lequel ils ont retranché toutes beuvettes et ont fixé les déboursements pour la réception d’un maître apothicaire à certain nombre de journées qui peuvent coûter quelque 150 livres. Ce règlement n’a point été agréable aux maîtres apothicaires ; ils ne peuvent se souvenir d’avoir mis la nappe à grands frais lors de leur réception, et abolir ce prétendu usage.

    « C’est pourquoi ils ont fait ce qu’ils ont pu pour la suppression de ce règlement, mais ils n’ont point été écoutés ; ils se sont revanches à chagriner les aspirants postérieurs au règlement à les examiner de si près et de si mauvaise manière et à leur susciter des procédures si longues et si frayeuses que les aspirants auraient regret de ne point verser leurs bourses. C’est de quoi l’on sera persuadé en réfléchissant à ce qui s’est passé concernant l’intimé lorsqu’il s’est présenté pour être reçu maître apothicaire.

    Apothicaire
    Apothicaire
    « L’aspirant a travaillé six ans sous différents maîtres dans les villes de Paris et de Béthune, et en dernier lieu, il a été deux ans accomplis sous un maître apothicaire de la ville d’Arras. Après l’expiration de ces deux dernières années Salomé s’est présenté pour l’examen de la Pharmacie, il a demandé pour plusieurs fois à cet effet au mayeur des apothicaires, mais il l’a remis de jour en jour et de semaine en semaine, de sorte que Salomé, étant las de ces différentes remises qui ont duré trois mois, il en a porté ses plaintes au Procureur du roi en la ville d’Arras. Celui-ci s’est pourvu contre les apothicaires le 21 juillet 1720 pour les obliger de fixer un jour pour l’examen de l’intimé ; sur quoi est intervenue le 24 du même mois qui a ordonné qu’il soit procédé à l’examen de Salomé le 31 du même mois, 9 heures du matin.

    « Les Maîtres apothicaires de la ville d’Arras tous se rendirent au jour fixé, à la réserve d’un seul qui était lors incommodé. Ils avaient projeté d’interroger Salomé sur les principes les plus difficiles, les moins usités de la pharmacie ; dans cette vue ils avaient rédigé leurs interrogations par écrit et l’ancien des apothicaires voulut se servir de son papier pour commencer l’examen de Salomé, mais le Procureur du roi s’y opposa et dit qu’il était honteux pour un maître d’examiner un aspirant sur des questions recherchées et rédigées par écrit, que si les interrogations se faisaient sur des mémoires, il fallait donner un livre à l’aspirant ; les juges échevins commissaires présents à l’examen ordonnent d’interroger sans mémoire, mais l’ancien fut si dérangé de cette ordonnance qu’il ne put proposer que la première question qu’il avait lu sur son mémoire et se trouva hors d’état de faire d’autres propositions à l’aspirant.

    « Les autres maîtres apothicaires proposèrent plusieurs questions étrangères à la pharmacie et entre autres celle-ci : un apothicaire est appelé pour examiner un corps, on soupçonne qu’il a été empoisonné et on demande de quel poison il a été attaqué, arsenic ou sublimé, et à quoi on peut le reconnaître. L’aspirant répondit que la question était de médecine et non pas de la pharmacie, qu’il était de son métier de connaître et de distinguer une masse d’arsenic avec une autre masse de sublimé, mais qu’il ne lui en appartenait point d’en pénétrer la force sur les corps humains, qu’il savait cependant bien qu’on pouvait appliquer une pièce d’or sur la bouche ou sur la partie malade du corps empoisonné et que si la pièce d’or se tachait de blanc, c’était un signe que le corps était empoisonné de sublimé. L’aspirant en demeura là et ne dit point que l’arsenic se reconnaissait avec une pièce d’argent qui devenait noire et ce petit défaut de répondre servit aux apothicaires pour imposer aux juges présents à l’examen que l’aspirant ignorait les premiers principes de la pharmacie, mais les juges rendirent justice à l’aspirant. Ils virent bien que la proposition était de médecine.

    « Cette discussion étant finie, on demanda à l’aspirant ce que c’était que le feu de roue et le feu de suppression. L’intimé répondit que le feu de roue était un feu qu’on allumait en rond et en forme de roue autour d’un creuset et que le feu de suppression était un feu qui non seulement environne le vaisseau, mais qui couvre aussi le vaisseau. Cette réponse fut rejetée et on prétendit que l’aspirant devait dire que le feu de roue produisit une distillation per ascensum et le feu de suppression per descensum. L’aspirant répliqua prudemment qu’on ne lui demandait point l’effet du feu de roue et de celui de suppression, mais la manière dont on le faisait.

    « Que si on lui avait demandé ce que c’était que ces feux et leurs effets, il y aurait répondu également, mais que ne l’ayant interrogé que sur la chose, on ne devait pas chercher à surprendre et à le désorienter en confondant la chose et son effet. Les apothicaires insistèrent que l’aspirant avait mal répondu, mais le Procureur du roi ayant eu recours à un de leur livre, ils furent confondus et se rendirent.

    « Un apothicaire qui a travaillé quelque temps en Allemagne présenta un livre dans lequel les abrégés de médecine et de la pharmacie étaient imprimés en caractères allemands ; il en demanda l’explication à l’aspirant. Celui-ci répondit que quand il voudrait être apothicaire allemand, il apprendrait les caractères allemands, mais que devant être apothicaire dans ce royaume, il lui suffisait de connaître les caractères français. Les apothicaires eurent peine à céder. A cette représentation néanmoins ils se rendirent et avouèrent que, nonobstant les demandes étrangères par eux proposés, l’effet proposé pour la chose, les caractères allemands et la proposition par eux faite plus recherchée captieuse et subtile que nécessaire, l’aspirant avait satisfait à l’examen concernant les principes de la pharmacie.

    « On procéda ensuite sur-le-champ au second examen de la pharmacie qui consiste en la connaissance de simples ou plantes. Il est bon d’observer qu’il n’y a point dans Arras de jardin publique pour les plantes, et quand il est question d’examiner un apothicaire, les examinateurs vont chercher des plantes dans la prairie, les bois, les fontaines, les campagnes et même dans les puits pour les présenter à l’aspirant.

    « Les appelants se conforment à leur usage, avec cette différence qu’au lieu d’apporter des plantes entières, ils ne les représentèrent la plupart qu’en feuilles ou demi-feuilles dont quelques-unes étaient altérées. Ces plantes étaient au nombre de 112 : l’aspirant en reconnut 63 et il n’a pu reconnaître les 49 autres, parce qu’elles étaient en petites feuilles et altérées. Il est d’usage qu’un aspirant démontre les deux tiers des plantes qui lui sont présentées. Il ne s’en est fallu que de cinq plantes qu’il ait atteint le nombre des deux tiers et quoi qu’il ait quelque excuse ou plutôt de bonne raison pour se dispenser de remplir sa démonstration, néanmoins les commissaires ne lui ont fait aucune grâce et ils ont ordonné que l’aspirant subirait un nouvel examen.

    « Le même jour 31 juillet l’aspirant fut interrogé sur la connaissance des simples ou usuels de boutiques consistant en gommes, semences, bois, racines et autres. L’intimé en méconnut la moitié et cela n’est pas extraordinaire, les examinateurs ne lui représentant que des pièces très rares, peu usuelles et plus curieuses qu’utiles. Il y avait même des bois pour des maladies particulières à certaines contrées et inconnues dans la province d’Artois. L’aspirant ne fut point admis sur ce chef et il fut ordonné qu’il subirait un nouvel examen, à quoi il a satisfait peu après, et il fut admis à faire les quatre compositions chimiques.

    « Il aurait été de règles d’assembler plusieurs compositions galéniques et de faire tirer au sort le nombre de quatre par l’aspirant, mais les apothicaires n’en voulurent point user ainsi ; ils déterminèrent les quatre compositions, ils donnèrent ce qu’il y a de plus difficile dans la pharmacie et ce qu’il y a de plus frayeux, ce sont : l’emplâtre de diachilum cum gummis ; les tablettes de diacarthami [tablettes ou électuaires solides. L’électuairediacarthami est un purgatif composé de turbith, semences de Carthame, poudre adraganthe, colchique, scammonée, gingembre, manne, miel Rosat, chair de coings confite et sucre blanc] ; la thériaque, et l’onguent Apostolorum [cire jaune, résine, térébenthine, gomme ammoniaque, litharge, oliban, bdellium, aristoloche, myrrhe, galbanum, opopanax, vert de gris et huile commune. Cet onguent aurait été ainsi nommé en l’honneur des 12 apôtres, parce qu’il contenait treize substances et possédait de grandes vertus].

    « Avant de travailler à ces compositions, l’aspirant est obligé de faire la démonstration des simples qui y entrent ; c’est un fait certain que l’aspirant a bien satisfait à cette démonstration, mais quand il a été question de travailler à une composition on lui a tendu un piège, voici ce que c’est :

    « Sur une composition de thériaque on lui a fixé le poids de...... Ce poids se forme par un assemblage de soixante drogues différentes, et quand on a pesé les drogues en particulier, les apothicaires ont feint d’aider Salomé à peser ses drogues et ils ont mis eux-mêmes plus qu’il fallait de certaines drogues. Salomé les en aperçut et s’en plaignit, mais ils lui dirent que le bon effet de quelques drogues voulait qu’on les pesât largement. Cependant il retrouva à la fin un excédent de 3 onces sur une demie composition et les apothicaires voulaient l’obliger à recommencer, mais c’était le réduire à l’impossible parce qu’on ne trouvait pas à Arras ni dans les villes voisines les drogues nécessaires pour la composition de la thériaque, et le magistrat d’Arras ayant été informé de la supercherie des apothicaires, leur ordonna verbalement de laisser faire le mélange de la thériaque, et ils obéirent.

    « Il se présenta une autre discussion sur la thériaque ; ce fut à l’occasion du miel : les examinateurs prétendirent que l’aspirant en avait trop mis. On lui objecta à ce sujet qu’il s’était soumis de faire la composition de la thériaque ainsi qu’elle est prescrite par le pharmacien Bauderon. Cet auteur dit qu’il faut mettre 12 livres de miel, et l’aspirant en a employé 14. Mais l’aspirant s’est défendu et a dit que les auteurs n’étaient pas d’accord sur la quantité du miel : les uns en veuillent 12 l., les autres 13, quelques-uns 14 et ceux qui raisonnent plus pertinemment ne préjugent aucune quantité : ils disent seulement qu’il en faut mettre quantum satis. L’aspirant a pris un milieu entre ces auteurs. Il ne s’est point borné à Bauderon, qui ne prescrit que 12 l. ; il ne s’est point attaché aux autres qui veuillent qu’on en emploie 19, mais il a employé 14 l. de miel qui est un milieu entre le nombre 12 et de 19.

    « Les examinateurs ont encore prétendu que le miel employé dans la confection de la thériaque était brûlé et sous ce prétexte ils ont voulu rejeter la thériaque de l’aspirant ; mais les médecins, après avoir discuté cette objection, ont trouvé que le miel était à la vérité un peu cuit, mais qu’il n’était pas brûlé, et que, nonobstant tous ces inconvénients, la thériaque pouvait être tolérée en chef-d’œuvre.

    « Enfin les examinateurs ont rejeté l’emplâtre de diachilum cum gummis parce qu’il était brûlé, et ils ont raison à cet égard, cela est vrai, mais il faut observer que cette dernière composition est d’une exécution très difficile et presque impossible sans le secours de l’eau ou de la litharge fort liquide. Jamais aucun apothicaire à Arras n’a exécuté cette composition sans le secours de l’un ou de l’autre et cela était d’autant plus facile à exécuter dans ces temps-là, que les examinateurs n’étaient pas moins attentifs à chercher le fond de la bouteille de vin que la composition de l’aspirant.

    « Le dernier apothicaire d’Arras n’a arrosé les examinateurs que pour trois quarts, aussi en étaient-ils mécontents et ils étaient fort attentifs à la confection de l’emplâtre de diachilum, mais il sut les surprendre : il leur présenta du vin ce jour-là et d’un autre côté, il avait engagé entre sa chemise et la manche de sa veste une petite fiole en longueur, remplie d’eau, et dans le temps où il remuait le plus sa confection, il trouvait le moyen d’ôter le bouchon de sa petite fiole en sorte que l’eau en coula dans la composition et elle ne fut point brûlée. L’aspirant n’eut pas la même adresse ; il fut d’ailleurs observé si ponctuellement qu’il ne peut mettre de l’eau dans la litharge : c’est pourquoi elle a été brûlée, mais les apothicaires reconnaissent tellement la nécessité de l’eau ou des mucilages dans la confection de l’emplâtre de diachilum qu’ils ne la composent jamais sans l’une ou l’autre, et toutes les fois que la confection s’en est présentée en chef-d’œuvre donné, les mucilages liquides ont été permis ; mais le juge ne l’a point ordonné.

    « En dernier lieu parce qu’il a trouvé assez de capacité à l’intimé pour les autres pièces de chef-d’œuvre, et il a reconnu qu’il était inutile de recommencer une seule composition : c’est pourquoi il a été reçu maître apothicaire le 24 janvier 1720. »

    Les maîtres apothicaires interjetèrent appel de cette réception, mais elle fut confirmée au Conseil provincial d’Artois le 27 avril 1720. Les apothicaires interjetèrent encore appel, cette fois au Parlement, de cette sentence et l’intervenant soutint qu’ils étaient non recevables en leur appel. Cette affaire resta sans poursuite, les apothicaires laissant en repos celui que les magistrats avaient reçu.

    L’examen de l’apothicaire Salomé pourrait faire pendant à celui du Malade imaginaire. Après chaque épreuve, les apothicaires d’Arras n’avaient pas oublié de dire : « Non dignus est intrare in nostro docto corpore. »

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  • Madame de Pompadour chez la
    « sorcière » afin de connaître son avenir
     
    (D’après « Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche », paru en 1906)
     
    ***********
     
    Au plus beau moment de sa faveur, et cependant qu’un jour elle écrivait sur un petit bureau au-dessus duquel se trouvait le portrait du roi, Madame de Pompadour eut le désagrément de recevoir sur la tête le portrait qui se détacha de la muraille au moment où elle referma son secrétaire, et se piqua, suite à cet événement, de se faire dire « la bonne aventure »

    Les premiers soins donnés et toute crainte ayant disparu — la blessure était des plus légères —, une des personnes présentes pria Mme de Pompadour d’envoyer sur-le-champ un courrier à l’abbé de Bernis pour lui demander d’écrire « ce qu’avait dit la sorcière ». Intriguée et amusée de la chose, la marquise fit aussitôt ce qu’on sollicitait d’elle, et ne fut pas peu surprise en recevant la réponse de l’abbé, qui lui mandait que Mme Bontemps (c’était le nom de la sorcière) lui avait dit récemment : « Je vois une de vos amies, la meilleure, une grande dame, menacée d’un accident... Sa tête sera un peu menacée, mais il n’y paraîtra pas une demi-heure après. »

    Il n’y avait pas à douter, après une telle preuve de divination, que cette femme ne fût intéressante à consulter, et Mme de Pompadour forma aussitôt le projet d’interroger Mme Bontemps. Malheureusement la grandeur de la favorite l’attachait à Versailles, et il lui était malaisé de se rendre à Paris sans être reconnue. Elle fit part de son désir et des obstacles qu’elle voyait à le satisfaire à sa femme de chambre, Mme du Hausset. Celle-ci était avisée et pleine de ressources ; elle s’enquit adroitement auprès de son chirurgien de la manière dont elle pourrait déguiser ses traits, lui donnant pour prétexte qu’elle avait grande envie d’aller au prochain bal de l’Opéra, où elle se promettait d’intriguer vivement quelqu’un de ses amis.

    Le chirurgien se prêta volontiers à sa fantaisie et lui dit que, pour se rendre méconnaissable, il fallait changer la couleur des cheveux et la forme du nez, et ajouter, pour plus de sûreté, en quelque endroit du visage, une touffe de poils ou une verrue. Pour les cheveux, la transformation était aisée : il suffisait d’une perruque ; quant au nez, le chirurgien lui en apporta de postiches très habilement fabriqués avec une vessie ; il fournit également la verrue artificielle et une teinture pour peindre les sourcils. Munie de ces objets, Mme du Hausset se déguisa et déguisa si bien sa maîtresse que toutes deux se crurent assurées de n’être point reconnues. Un ami de Mme de Pompadour, M. de Gontaut, avait mis à sa disposition deux pièces dans les dépendances de son hôtel ; c’est là qu’eut lieu la rencontre.

    Madame de Pompadour, par François-Hubert Drouais
    Madame de Pompadour, par François-Hubert Drouais

    La marquise s’était étendue sur une chaise longue, et s’était affublée d’un bonnet de nuit qui lui cachait la moitié du visage ; Mme du Hausset était assise près d’une table sur laquelle brûlaient deux chandelles. Des hardes de peu de valeur, des objets misérables étaient placés çà et là en évidence dans la pièce pour donner le change à la sorcièce ; mais celle-ci, qui lisait si bien l’avenir, devinait apparemment moins bien le présent, car elle n’eut aucun soupçon de la véritable personnalité de ses nouvelles clientes.

    Elle s’installa près de la table, fabriqua tranquillement son café et, pendant qu’il chauffait, but trois bons coups de vin — la coloration de son visage indiquait que c’était là une habitude qui lui était chère —, puis elle versa le marc dans deux tasses. Elle parut l’examiner avec grande attention, et se mit à débiter quelques vagues propos, s’adressant d’abord à Mme du Hausset, laquelle se complut à y voir des allusions à certains événements de sa vie. Puis vint le tour de Mme de Pompadour.

    — Ni beau, ni laid, j’entrevois là un ciel serein, dit la Bontemps. Et puis ces choses qui semblent monter, ces lignes qui s’élèvent, ce sont des applaudissements. Voici un homme grave qui étend les bras... Voyez-vous ? Regardez bien.
    — Cela est vrai, répondit docilement la marquise.
    — Il montre là un carré, reprit l’autre : c’est un grand coffre-fort ouvert... Beau temps... Mais voilà des nuages dorés d’azur qui vous environnent. Voyez-vous ce vaisseau en pleine mer ? Comme le vent est favorable ! Vous êtes dessus et vous arrivez dans un pays superbe dont vous devenez la reine... Ah ! que vois-je ?... Regardez un vilain homme tortu, bossu, qui vous poursuit... Mais il en sera pour un pied de nez... J’en vois un très grand qui vous soutient dans ses bras... Voyez, regardez : c’est une espèce de géant... Voilà bien de l’or, de l’argent, quelques nuages par-ci par-là... Mais vous n’avez rien à craindre. Le vaisseau sera quelquefois agité, mais ne périra pas. Dixi.

    Mme de Pompadour ne douta point que le mot de « reine » ne visât la situation qu’elle occupait auprès du roi, dans « le pays superbe », qui n’était autre que le royaume de France, et, par un phénomène bizarre, elle fut charmée d’entendre cette vieille femme lui raconter ce qu’elle savait parfaitement. Encouragée par ce début qu’elle jugeait heureux, elle voulut en apprendre davantage :

    « Quand est-ce que je mourrai et de quelle maladie ? » demanda-t-elle. La Bontemps n’aimait point apparemment à traiter un sujet capable d’attrister ses clients : « Je ne parle jamais de cela », fit-elle vivement. Toutefois, elle n’oubliait point qu’elle était sorcière ; aussi crut-elle devoir mettre son silence sur le compte des puissances occultes : « Voyez plutôt : le destin ne le veut pas. Et je vais vous faire voir qu’il brouille tout », ajouta-t-elle en montrant les résidus du marc de café confusément rassemblés. Mme de Pompadour insista :

    — A la bonne heure pour l’époque, mais pour le genre de mort ?
    — Vous aurez le temps de vous reconnaître.

    Telle fut la réponse ambiguë et consolante de Mme Bontemps. L’entretien était terminé ; la vieille femme reçut avec joie deux louis pour sa peine, et se retira, en recommandant le secret. Quant à Mme de Pompadour elle s’en alla ravie. A ses yeux, le coffre-fort désignait son mari, lequel se consolait, par l’accroissement de sa fortune, de son infortune conjugale ; pour l’homme tortu et bossu, c’était, à n’en pas douter, le duc de la Vrillière, un grand personnage fort laid dont elle se savait haïe, mais qu’en pouvait-elle craindre désormais, puisqu’il en serait « pour un pied de nez » ?

    Elle n’ignorait pas que ces liseuses d’avenir étaient parfois molestées par les gens de police ; elle crut donc devoir, par reconnaissance, le surlendemain de son équipée, parler à M. de Saint-Florentin de la voyante qui lui avait dit des choses si intéressantes, et elle lui recommanda de ne faire aucun ennui à cette femme. M. de Saint-Florentin accueillit la requête avec un sourire discret ; elle lui en demanda la raison. Sans plus se faire prier, il lui raconta de point en point son petit voyage à Paris, qui eût dû lui prouver que les meilleurs sorciers, pour deviner le mystère d’un déguisement, ne sont pas toujours ceux qui font profession de l’être.

    Mais la confiance de Mme de Pompadour ne fut pas ébranlée pour si peu ; elle se souvenait qu’à l’âge de neuf ans une femme lui avait prédit qu’elle deviendrait la maîtresse de Louis XV, et son imagination en avait été trop frappée pour que rien pût altérer sa robuste crédulité. Mme Bontemps profita de cette disposition d’esprit.

    Plus d’une fois la marquise reparla, avec Mme du Hausset des prédictions de la vieille femme, bien qu’elles ne se fussent guère réalisées ; on sait trop au prix de quels efforts douloureux et constants elle conserva jusqu’à la fin une faveur plus apparente que réelle. Elle en laissa même certain jour échapper naïvement l’aveu, dans ce cri mélancolique : « La sorcière a dit que j’aurais le temps de me reconnaître avant de mourir : je le crois, car je ne périrai que de chagrin. » Le géant, en effet, qui devait la soutenir dans ses bras, n’avait nullement jugé à propos de ratifier toutes les promesses du marc de café.

     

    Madame de Pompadour chez la « sorcière » afin de connaître son avenir

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  • Louis XVI insuffle vie aux premières
    statues d’hommes de lettres
     
    (D’après « Musée universel », paru en 1873)
     
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    C’est seulement en 1775, et à l’initiative du roi Louis XVI qu’il fut décidé d’ériger des statues rendant hommage aux hommes de lettres pour en décorer monuments et places publiques, après l’échec de deux projets en ce sens, l’un au milieu du XVIIe siècle par un admirateur passionné de belles-lettres, l’autre en 1773 par la Comédie-Française ayant à cœur d’honorer la mémoire de Molière
     

    On peut juger du degré de civilisation des peuples d’après les honneurs qu’ils rendent au génie. Les hommes primitifs ne reconnaissent en effet d’autre supériorité que celle des dieux ou des soldats. Ils accordent le titre de demi-dieux aux destructeurs de villes ; ils élèvent des statues aux héros et aux grands capitaines. Ce n’est que plus tard, quand les mœurs s’adoucissent, que l’esprit l’emporte sur la matière, et que les grands écrivains, les orateurs et les poètes, partagent les honneurs réservés jusque-là aux rois et aux guerriers.

     Statue de Descartes par Augustin Pajou (Institut de France, Paris

    Louis XVI insuffle vie aux premières statues d’hommes de lettres

    La France n’a pas été la première nation qui, dans les temps modernes, ait élevé des statues à ses grands hommes. La Hollande nous a devancés de plus d’un siècle et demi. Dès 1622, la ville de Rotterdam faisait faire par Henri de Keiser une statue d’Érasme, que l’on voit encore sur la place du Grand-Marché (Groote markt).

    Dans notre pays, les honneurs de la statue étaient réservés aux rois. Eux seuls pouvaient se faire représenter en bronze ou en marbre sur les places publiques. Cependant, il se trouva pendant le XVIIe siècle un esprit assez avancé pour proposer d’élever une statue à une de nos premières gloires littéraires. L’auteur de ce projet, admirateur passionné des belles-lettres, est Moisant de Brieux, qui fonda à Caen, en 1652, une Académie, bientôt baptisée par les écrivains de l’époque, du titre de sœur cadette de l’Académie française. Cette compagnie comptait dans son sein des hommes renommés pour leur talent et leur érudition : Ménage, Bochart, Segrais, l’évêque d’Avranches, Huet, Halley, Graindorge, du Perron, de Grentemesnil.

     

    C’est devant ce petit cénacle que Moisant de Brieux, dans un élan d’admiration et de patriotisme, proposa « fort sérieusement à ses amis de faire, aux dépens de la société, ériger à leur illustre concitoyen Malherbe une statue de bronze que l’on mettrait au milieu de la place Saint-Pierre, devant le lieu de réunion. Ce projet, s’écria Moisant, est également beau et raisonnable et digne de Caen, qui est le séjour ordinaire des Grâces et des Muses. » La proposition n’eut pas de suite. On craignit sans doute de mécontenter le roi Louis XIV, très amateur de louanges et très jaloux de conserver à la couronne toutes ses prérogatives royales.

    Le dix-huitième siècle vint, et avec lui se fit le mouvement philosophique qui démolit peu à peu les préjugés. On put enfin reprendre l’idée du poète de Caen. C’est à la Comédie-Française que revint l’honneur de la seconde tentative. Nous lisons sur le registre des délibérations de MM. les comédiens du roi, à la date du 15 février 1778 :

    « Ce jour, le sieur Lekain, l’un de nos camarades, a demandé qu’il lui fût permis d’exposer à l’assemblée ce qu’il avait imaginé pour honorer la mémoire de Molière et consacrer son centenaire par un monument qui pût convaincre la postérité de la vénération profonde que nous devons avoir pour le fondateur de la vraie comédie, et qui n’en est pas moins recommandable à nos yeux comme le père et l’ami des comédiens.

    « Après quoi il nous a représenté qu’il estimait convenable et honorable d’annoncer ce même jour au public et de motiver, dans les journaux, que le bénéfice entier de la première représentation de l’Assemblée qui doit être jouée mercredi prochain 17 courant, pour célébrer le centenaire de Molière, sera consacré à faire élever une statue à la mémoire de ce grand homme. »

     

    Statue de Lhospital par Etienne Gois (Château de Versailles)
    Statue de l’Hospital par Etienne Gois (Château de Versailles)

    Le projet fut approuvé par l’Académie française ; mais le bénéfice ne produisit malheureusement que 30 600 livres ou environ, malgré les sacrifices faits par les comédiens. On ne put avoir qu’un buste que l’on voit encore dans le foyer public du théâtre.

    Ainsi tous les efforts tentés par de simples particuliers restaient sans succès. Il fallait qu’un roi renonçât personnellement à son privilège royal pour faire triompher cette idée généreuse. Ce roi, ce fut Louis XVI. Il décida en 1775 qu’il commanderait tous les deux ans quatre statues des grands hommes qui font la gloire de la France, et que ces statues seraient destinées à la décoration des monuments et des places publiques.

     

    Cette décision causa dans tout le monde littéraire et artistique une vive émotion. Le roi reçut, au sujet de cette innovation, de nombreux éloges, et, faut-il l’avouer, quelques critiques. La Harpe et Voltaire parlent dans leur correspondance de l’impression produite par cette mesure excellente. Avec tous les littérateurs, ils se demandent à quel personnage on accordera cet honneur pour la première fois.

    On sut bientôt que le roi avait commandé une statue de Descartes au sculpteur Pajou, et une de Fénelon à Lecomte. En outre des statues de ces deux écrivains, Mouchy et Gois furent en même temps chargés de tailler dans le marbre les effigies de Sully et de l’Hospital. Ces statues de marbre, plus grandes que nature, furent terminées en 1777 et exposées au Salon. Une nouvelle commande fut donnée. Houdon dut faire Voltaire ; Pajou, Bossuet, et Jullien, La Fontaine.

    Nous passerons sous silence la Révolution et le premier Empire, pendant lesquels il ne fut guère question de talent littéraire. On essaya de nouveau, sous la Restauration, de faire élever un monument à Molière ; mais le ministre qui tenait le portefeuille de l’intérieur en 1829, répondit que les places publiques de Paris devaient être exclusivement consacrées aux monuments érigés en l’honneur des souverains.

    Ce ne fut que le 15 janvier 1844 que la statue de Molière fut élevée rue Richelieu, grâce aux efforts de Régnier ; Corneille avait déjà sa statue à Rouen depuis 1834 ; Montaigne et Montesquieu étaient à Bordeaux ; chaque ville tient à honneur maintenant de perpétuer par un monument le souvenir des grands hommes qu’elle a vus naître.

    Louis XVI insuffle vie aux premières statues d’hommes de lettres

     

     

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  • Louis XIV adorait salades et asperges
    (Source : Paris Match)
     
     
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    Saviez-vous que le roi Soleil se régalait de salades ? C’est ce que l’on apprend en parcourant le livre d’André Castelot L’histoire à table. Si la cuisine m’était contée que les éditions Perrin ont eu la bonne idée de rééditer à la fin de l’année 2015.

    S’appuyant notamment sur les Mémoires de Saint-Simon, André Castelot souligne en effet que Louis XIV « avait un faible pour la salade » ou plutôt les salades. Le roi les assaisonnait à l’estragon, à la pimprenelle, au basilic. Mais « il les aimait aussi parsemées de violettes », révèle-t-il.

    Les soupes, qu’on lui servait avec le double d’épices que ce qui se faisait d’ordinaire, étaient également particulièrement prisées par le souverain. Lequel était connu pour avoir un bon appétit. Sa belle-sœur la Princesse Palatine — Élisabeth-Charlotte de Bavière, épouse de son frère Philippe d’Orléans dit Monsieur — raconte par exemple à propos d’un repas de Louis XIV : « J’ai vu le Roi manger quatre assiettes de potages divers, un faisan entier, une perdrix, une grande assiette de salade, deux grandes tranches de jambon, du mouton au jus et à l’ail, une assiette de pâtisseries, et puis encore des fruits et des œufs durs ». En revanche, à en croire Saint-Simon, le Roi-Soleil, qui vécut jusqu’à l’âge de 76 ans, se contentait pour son petit-déjeuner de deux tasses de sauge et de véronique, et ne mangeait rien entre les repas.

    Louis XIV, par Charles Le Brun
    Louis XIV, par Charles Le Brun

    Louis XIV préférait l’eau et le sirop aux autres boissons
    André Castelot rappelle en outre combien le monarque appréciait les asperges. Au point de persécuter ses jardiniers pour pouvoir en consommer dès le mois de décembre. « Il les faisait servir en entremets, à la sauce douce, c’est-à-dire à la crème », signale l’historien. Quant au chou-fleur — une nouveauté pour l’époque —, ses cuisiniers « le faisaient cuire dans un consommé aromatisé de macis en poudre et le servaient sur la table royale au beurre frais. »

    Côté boissons, André Castelot indique que Louis XIV buvait peu, « en tout cas, jamais de vin pur, il ne prenait pas de liqueur, même pas de thé, de café ni de chocolat. Il préférait l’eau et le sirop. »

    POUR EN SAVOIR PLUS : L’histoire à table. Un des plus grands succès de l’auteur dans lequel la qualité stylistique de « l’empereur de la petite histoire », disciple de G. Lenotre et fleuron de la Librairie Académique Perrin avec Alain Decaux, se marie à merveille avec la matière traitée.

    À COMMANDER ICI. 712 pages. Format 16,9x25cm

    Dominique Bonnet
    Paris Match

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  • Loi d’interdiction du corset
    conditionnant le mariage au tour de taille !
     
    (Extrait de « L’Iroquois. Journal sauvage, humoristique,
    satirique, artistique », n° du 7 juillet 1876)
     
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    En 1876, un malicieux chroniqueur de L’Iroquois signe sous le pseudonyme de Maidoc, un article annonçant l’intention de quelques députés de déposer prochainement un projet de loi colossalement fantaisiste prévoyant d’interdire tout mariage en dessous d’un tour de taille suffisant pour ne pas nuire au développement des enfants à naître...

     

    Ecoutez, mesdames, car c’est à vous que ceci s’adresse plus particulièrement. On prête à quelques députés (nous ne les nommerons pas pour leur éviter les justes malédictions de nos charmantes lectrices) l’intention de déposer prochainement sur le bureau de l’Assemblée, un projet, de loi colossalement fantaisiste.

    Bien que nous ayons promis la discrétion, nous ne pouvons résister au désir de publier aujourd’hui le susdit projet et les considérants qui nous ont été communiqués par un ami obligeant, secrétaire de l’un des députés en question. Et maintenant, mesdames, lisez, et jugez, en faisant, néanmoins tous-vos efforts pour résister au légitime courroux qui va s’emparer de vos gracieuses personnes :

    Considérant : que les forces et la stature dos hommes dégénèrent chaque jour de plus en plus et que l’une des causes principales de cet abaissement est la vanité des femmes, qui, dans un but de coquetterie, se serrent la taille, d’une façon tout à fait exagérée ;

    Considérant que le corset est, sur le corps de ces femmes, une arme meurtrière, non-seulement pour elles, mais surtout, pour leurs progénitures ;

    Considérant que l’une des conditions essentielles de la complexion des enfants nouveau-nés est que, pendant la gestation, ils puissent se développer sans aucune gêne ;

    Considérant enfin, d’une, part, qu’il importe essentiellement, au salut de la nation française de posséder des soldats solides et durs à la fatigue et, d’autre part, qu’elle n’obtiendra ce résultat que si les enfants naissent forts et bien constitués ;

    Les députés soussignés, n’ayant d’autre but que de servir consciencieusement les intérêts de leur patrie, ont l’honneur de proposer à l’Assemblée nationale l’adoption du projet de loi suivant, pour lequel ils réclament l’urgence :

    Art. 1er. L’usage du corset ou de tout autre vêtement serrant la teille est rigoureusement interdit aux femmes.

    Art. 2. A partir de la promulgation de la présente loi, les femmes dont la taille mesurera moins de 55 centimètres de tour ne pourront pas se marier.

    Art. 3. Les officiers d’état civil, lorsqu’ils seront requis pour la publication des bans d’un mariage, devront se rendre au domicile de la fiancée et s’assurer que celle-ci remplit les conditions prescrites par l’article précédent.

    L’épreuve aura lieu en présente de l’officier d’état civil, du futur époux, et de quatre témoins appartenant au sexe féminin. Les parents des deux futurs époux pourront également y assister.

    Art. 4.Dans le cas où la fiancée ne remplirait pas les conditions requises par l’article 2. le mariage sera ajourné jusqu’au jour où elle pourra justifier qu’elle les possède.

    Art. 5. L’officier d’état-civil qui aura procédé à la célébration d’un mariage sans tenir compte des dispositions contenues dans les articles 2, 3 et 4 de la présente loi, sera condamné à fournir, pour chaque enfant issu de ce mariage et dont la constitution ne sera pas suffisamment robuste, un autre enfant bien constitué et de sa fabrication.

    Art. 6. Les contraventions aux dispositions de la présente loi seront punies d’un emprisonnement variant de six jours à six mois et. d’une amende variant de 100 fr. à 1000 francs.

    Le produit de ces amendes sera offert à la construction d’asiles destinés à recevoir les enfants nés malingres et chétifs.

    Ce projet de loi, que j’avais bien raison, n’est-ce pas, de qualifier de colossalement fantaisiste, aurait nécessairement déjà réuni plus de... cinq signatures. Je n’ai pas le don de prédire l’avenir, et je ne puis préjuger le sort qui est réservé à cette idée devant la chambre des députés, toutefois j’affirme sans crainte que, si la prise en considération en est seulement votée, il n’y aura pas de poste plus envié que celui d’officier d’état-civil, et les maires, qui auront à se conformer à l’article 3, se garderont bien de se faire remplacer par leurs adjoints, dans l’agréable mission que cet article leur réserve.

    Quant à moi, mesdames, aussitôt cette loi votée, j’aurai l’honneur de vous demander toutes en mariage... dans le seul but d’assister à l’épreuve.

    Loi d’interdiction du corset conditionnant le mariage au tour de taille !

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