• Pont jeté sur la Manche entre
    l’Angleterre et la France ?
    (D’après « La Science française » paru en 1891)
     
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    En 1891, cependant que l’idée de relier l’Angleterre et la France avait déjà fait l’objet de réflexions et de travaux, on avait momentanément abandonné l’idée d’un tunnel dont les Anglais craignaient qu’il ne servît à la France pour mener à bien une éventuelle invasion, pour se concentrer sur le projet d’un gigantesque pont, le chroniqueur Max de Nansouty détaillant la nature de cette œuvre titanesque qui se déroulerait sur 12 ans

    Selon de Nansouty, ce beau travail n’est plus une utopie ni pour nos constructeurs français qui ont fait la tour Eiffel de 300 mètres de hauteur, ni pour les constructeurs anglais qui ont jeté sur le détroit du Forth, en Ecosse, le fameux pont du Forth dont les arches ont 230 mètres d’ouverture. Une société anglaise, la Channel Bridge Co, s’est constituée dans le but de réaliser cet important travail. Elle s’est adressée, en France, à nos célèbres constructeurs, MM. Schneider, du Creusot, et Tiersent ; en Angleterre, à MM. John Fowler et Benjamin Baker, les autours du colossal pont du Forth.

    Le pont projeté et que montre notre dessin, se détacherait du cap Gris-Nez, sur la côte française, pour aller aboutir auprès de Folkestone, sur la côte anglaise. Il serait constitué par de grandes travées métalliques, en fer ou en acier, laissant libres, au-dessous d’elles, des espaces libres ou portées de 100 à 500 mètres de longueur.

    Projet de pont reliant l'Angleterre à la France
    Projet de pont reliant l’Angleterre à la France
    Les piliers seraient constitués par des caissons fondés à l’air comprimé, en métal eux aussi et présentant une section rectangulaire. La profondeur maximum à laquelle il faudrait descendre ces caissons pour atteindre le sol résistant est de 55 mètres. Le travail l’air comprimé, dans ces conditions, présente des difficultés toutes particulières qui ont été l’objet de discussions nombreuses de la part de nos ingénieurs ; mais on ne les considère pas comme insurmontables.

    Afin de permettre le passage sous le pont aux plus grands navires le niveau des voies ferrées portées par le pont serait à une hauteur de 72 mètres au-dessus des basses mers, c’est-à-dire à 2 mètres au-dessus du sommet des tours de l’église Saint-Sulpice, à 4 mètres au-dessus des tours de Notre-Dame, à 22 mètres au-dessus de la colonne de Juillet, sur la place de la Bastille, à 29 mètres au-dessus de la colonne Vendôme ! s’exclame de Nansouty.

    La largeur du tablier du pont serait de 8 mètres et il porterait deux voies ferrées, l’une pour l’aller, l’autre pour le retour, ayant de largeur entre les deux rails. Des phares placés sur les piles avec des feux colorés préviendraient les navires de la direction à prendre pour ne pas se heurter contre elles, ce qui serait, d’ailleurs, facile en raison du grand écartement de ces piles atteignant, comme nous l’avons dit, jusqu’à 500 mètres au milieu du pont. Le poids total du métal mis en œuvre pour l’établir serait d’environ 772 millions de kilogrammes et le prix total, tant des piliers en maçonnerie que de la construction métallique, de 860 millions de francs.

    On estime que la durée totale de l’exécution serait d’environ 12 années et que l’entreprise serait rémunératrice pour peu que la moitié des voyageurs et le tiers des marchandises qui traversent actuellement le détroit se décident à emprunter la nouvelle voie ouverte à leur transit.

    Et le chroniqueur de conclure : « Espérons que l’on arrivera bientôt, par une sage entente internationale, à lever tous les obstacles moraux et matériels et que la réalisation de cette grande œuvre viendra honorer encore la fin de notre siècle qui aura laissé de si belles traces dans la voie du progrès, de l’humanité et de la civilisation. »

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  • Pont des Douze (Le)
    ou le siège de Paris en 885-886
    Publié / Mis à jour le LUNDI 11 JANVIER 2010, par LA RÉDACTION
     
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    25 novembre 885, les Normands commencèrent le siège de Paris et donnèrent le premier assaut. Cet hiver-là, la température fut exceptionnellement froide. Les eaux de la Seine débordèrent, par suite des grosses pluies, avec une telle violence qu’elles couvrirent la campagne voisine.

    Comme le petit bras du fleuve avait été en partie comblé par les Normands, les eaux, gênées dans leur cours, ne tardèrent pas à renverser les piles du petit pont de bois qui joignait la Cité à la rive gauche, le pont Saint-Michel ; de sorte que la tour du Petit-Châtelet, isolée de la ville, se trouva à la merci des Normands postés au bas de la montagne Sainte-Geneviève, et il fut désormais impossible aux Parisiens de secourir les douze soldats que Gozlin y avait placés ce 6 février 886.

    Pont Saint-Michel et rue Neuve-Saint-Louis au XVIIe siècle, par Cruyl
    Pont Saint-Michel et rue Neuve-Saint-Louis
    au XVIIe siècle, par Cruyl
    Dès le lendemain matin, comme on devait s’y attendre, les Barbares commencèrent à investir la tour. Mais ce fut en vain qu’ils en sapèrent le pied en poussant des cris de rage, ce fut en vain qu’ils sommèrent lesDouze de capituler. Aussi, leur fureur augmentant en raison de l’inutilité de leurs efforts, n’hésitèrent-ils pas à recourir à l’incendie. Ils apportèrent au pied de la tour du bois, de la paille et de la résine, y mirent le feu, et obligèrent ainsi les assiégés, après un combat de quelques heures, à se réfugier sur la première arche du pont, la seule qui pût rester sur pied. Les Douze se défendirent encore jusqu’au soir.

    Cependant, leurs forces étaient épuisées ; ils se trouvaient incapables d’opposer une plus longue résistance, et ils prêtèrent l’oreille aux propositions des Normands, qui leur promettaient la vie sauve moyennant une forte rançon.

    Ils déposèrent donc les armes ; mais pendant que l’un d’eux, Hervé, prenait le chemin de la ville pour aller chercher la somme convenue, les assiégeants massacrèrent les autres, à l’exception d’un seul qui, d’après quelques historiens, serait parvenu à se sauver à la nage. S’ils avaient épargné Hervé, c’est qu’ils l’avaient pris pour un grand seigneur et qu’ils pensaient, en conséquence, en tirer une riche rançon.

    Hervé était un homme courageux. Choisi par Gozlin, dont il avait justement la confiance, pour défendre la tour du Petit-Châtelet, il se serait cru déshonoré en survivant à ses frères d’armes. Brandissant son épée, il se précipita au milieu des Barbares et vendit chèrement sa liberté. Les Normands s’emparèrent de lui, le lièrent, et, après l’avoir tué, jetèrent dans la Seine son cadavre et ceux de ses compagnons.

    Cet épisode du siège de Paris est digne de mémoire. Les Douze paraissent mériter d’être placés au nombre des patriotes les plus dévoués. On a pensé qu’il pouvait être juste d’élever à leur mémoire quelque monument, ou tout au moins d’inscrire leur nom à l’endroit même où ils ont montré tant de vaillance. Le pont Saint-Michel pourrait être appelé le pont des Douze.

     
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  • Polémique autour des méthodes
    d’éducation des enfants en 1909
    (D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1909)
     
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    En 1909, le suicide d’un garçon de quinze ans placé en maison de correction suscite une campagne assez vive contre ces établissements, quelques journaux attribuant cet acte de désespoir à l’extrême rigueur d’une discipline qu’ils qualifient de barbare. L’occasion, également, pour le directeur des Annales politiques et littéraires, de signer un éditorial sur l’éducation des enfants, deux écoles s’affrontant sur ce grave problème...

    Et voici la question de l’éducation remise sur le tapis. Comment élever nos fils et nos filles ? Grave problème, assurément. J’en devisais, hier, avec deux femmes charmantes, l’une et l’autre excellentes mères, mais qui n’étaient pas d’accord sur les devoirs que comporte la maternité. J’écoutai avec attention leurs arguments et je ne crois pas inutile de les consigner ici, écrit Adolphe Brisson en 1909.

    Donc, Mme X... s’exprima en ces termes :

    « Je suis pour qu’on laisse aux enfants une très large initiative, et qu’on ne les contraigne pas, par un excès de rigueur, à se replier sur eux-mêmes et à dissimuler leur pensée. Je ne connais rien de plus pénible que l’allure cauteleuse et sournoise des pauvres petits que l’on terrorise et qui vivent dans une crainte perpétuelle d’être battus ou grondés. Ils sont d’aspect réservé, ils gardent le silence, ils observent tous les préceptes de la civilité puérile ; mais leurs instincts refoulés s’amassent, grondent comme la lave à l’intérieur d’un volcan.

    « Et il arrive un moment où l’éruption se produit. Et elle est d’autant plus grave qu’on l’a retardée par tous les moyens, et que les passions ainsi comprimées ont acquis une force redoutable. Ce qu’il y a de plus triste, c’est que les êtres, courbés sous cette dure loi, ont perdu la candeur et la grâce qui sont l’ornement de la jeunesse. Leurs cœurs se sont desséchés. Avant l’âge de raison, ils ont dépouillé toutes les illusions qui rendent l’existence aimable : ils ne croient plus à la spontanéité des bons sentiments, ils supposent un but caché à tous les actes et à toutes les paroles et s’imaginent que, dans le monde, tout est mensonge et hypocrisie...

    « Dieu merci, mes enfants n’ont pas été formés sur ce modèle. Ils ne me redoutent pas, ils m’adorent ; je suis pour eux une amie ; et, s’ils sont parfois d’humeur un peu turbulente, s’ils tiennent des discours inconsidérés, je suis sûre, au moins, de leur franchise. Peut-être disent-ils trop nettement ce qu’ils pensent, mais ils pensent toujours ce qu’ils disent... »

    A cet endroit, Mme X... fut interrompue par Mme Z...,, avec une vivacité où je crus démêler comme une intention agressive, poursuit le directeur des Annales politiques. Elle avait pris pour elle ces reproches. Et elle s’empressait d’y répondre :

    « Souffrez que je m’élève timidement contre cette apologie. J’apprécie les qualités naturelles de vos enfants, j’ai pour eux de l’affection et c’est ce qui m’autorise à vous déclarer que je les trouve insupportables. L’autre matin, quand nous avons déjeuné chez vous, je me suis tenue à quatre pour ne pas me lever et vous fausser compagnie. Votre fils Maurice a eu l’impertinence de me couper six fois la parole ; il a pris dans son assiette une énorme grappe de raisin, sans s’inquiéter si ses voisins étaient servis. Et, pendant ; ce temps, votre fille Louisette faisait le chat sous la table et s’amusait à griffer, avec ses mains sales (car elle avait refusé de se les laisser laver), les mollets des convives.

    « Et vous présidiez à ce spectacle sans vous mettre en colère. Vous jetiez bien, de-ci de-là, une molle observation qui n’était pas écoutée. Et vous aviez l’air de réclamer l’indulgence pour ces innocentes peccadilles. Jour de Dieu ! si j’avais été à votre place, j’eusse retroussé les cottes de Maurice et de Louisette ; et tout fût promptement rentré dans l’ordre. Et j’aurais eu conscience, en les corrigeant, de leur rendre un signalé service.

    « Avez-vous bien réfléchi, chère madame, à ce que sera votre fils dans dix ans d’ici ? Les fantaisies de petit garçon gâté deviendront des fantaisies de grand garçon. Et ce sera la seule différence. N’ayant pas eu le courage de prendre sur lui de l’autorité, alors qu’il était bambin, vous n’en acquerrez jamais davantage ; il faudra vous résigner à le voir appliquer aux choses sérieuses de la vie ses habitudes d’indiscipline et de révolte qui ont poussé leurs racines au plus profond de lui-même.

    « Vous supposez que vos enfants vous adorent. C’est une illusion. Ils ne vous savent aucun gré de votre extrême bonté. J’ajoute qu’elle leur inspire un peu de mépris. Dès qu’un marmot sait se tenir sur ses pattes, et qu’il assemble deux idées, il a d’abord celle de la justice. Et cette notion est étrangement nette et précise. Il discerne, avec une sûreté qui ne le trompe jamais, la claque donnée par énervement de la fessée méritée. Celle-ci lui inspire un salutaire respect, celle-là l’indigne et éveille en son esprit une rancune qui jamais ne disparaîtra.

    « Et soyez assurée qu’il est, malgré son jeune âge, un habile psychologue ; il remarque, sans avoir l’air d’y prendre garde, à qui il a affaire. Il flaire la faiblesse, et en abuse, mais il file doux, dès qu’il sent peser sur lui l’action d’une volonté. Croyez-m’en, mon amie, résignez-vous à être plus ferme, et vous épargnerez de douloureux déboires aux êtres qui vous sont chers. Une leçon doit, tôt ou tard, leur être infligée. Mieux vaut qu’ils la reçoivent de vous ; elle leur sera moins rude... »

    La discussion, que j’abrège, enchaîne Brisson, se continua de la sorte pendant une heure. Une vieille grand-maman qui se trouvait là l’écoutait en souriant. Elle ne put se tenir, à la fin, d’y prendre part.

    « Je me suis demandé, dit-elle, comment il se faisait qu’il circulât de par le monde tant d’enfants mal éduqués, dans un moment où, justement, on étudiait de tous côtés, et d’une façon si savante, les questions d’éducation. Et j’ai découvert cette vérité très simple, c’est que les mères n’aimaient pas assez leurs enfants. »

    Comme Mmmes X... et Z... protestaient contre cette assertion calomnieuse, la douairière continua :

    « Elles ne les aiment pas, parce qu’elles les aiment trop. Chez vous, Mme Z..., cet excès d’amour se traduit par un excès de rigueur, et chez vous, Mme X..., par un excès d’indulgence. Vous ignorez l’art suprême et délicat qui consiste à mélanger ensemble, à proportions égales, la sévérité et la tendresse. Ces deux qualités se complètent, et, cependant, elles marchent rarement de compagnie. Il semble qu’un malin génie prenne plaisir à les séparer, comme ce dieu des contes de fées, qui donnait à la femme, soit la beauté sans intelligence, soit l’intelligence sans beauté. La femme accomplie doit être, à la fois, intelligente et belle, de même que la parfaite éducatrice doit être tendre et sévère... Façonnez-vous, mesdames, sur ce modèle. »

    Il me parut, conclut notre chroniqueur, que la douairière avait parlé avec beaucoup de sagesse.

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  • Poissons nourris d’or pur
    (D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1872)
     
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    C’était une des croyances bizarres de la première moitié du seizième siècle que les poissons vivant dans plusieurs fleuves de l’Europe digéraient les métaux précieux, et ne tiraient leur subsistance que de cette étrange alimentation

    Pierre Belon fut obligé de faire diverses expériences à ce sujet pour désabuser même les gens raisonnables, qui partageaient cette opinion avec le peuple. Il s’exprime ainsi à ce sujet, après avoir énuméré les cours d’eau qui roulent dans leurs sables des pépites plus ou moins riches, tels que le Tage, l’Èbre, le Rhin, le Danube, le Gange, le Pactole, le Tessin, le lac Verbano, l’Abdona, l’Ada, le Pô, le lac Pesquiera, etc. :

    « Les habitants de Pesquere, au rivage du lac de Garde et aussi de Salo, se sont persuadez que les carpions de leur lac se nourrissent de pur or. Et pour ne point parler de si loing, grande partie des habitants du Lyonnois pensent fermement que les poissons nommés humbles et emblons ne mangent d’autre viande que de l’or. Il n’y a paysan au contour du lac du Bourget qui ne voulût maintenir que les lavarets, qui sont poissons que l’on vend journellement à Lyon, ne s’appastent que dit fin or.

    « Ceux aussi du rivage de Paladrou, en Savoie, pensent que l’emblon et aussi l’ombre ne vivent d’autre chose. En cas pareil, ceux de Lodi, au pays du Milanois, nous ont dit que le poisson nommé temolo ou themero, et anciennement thymalus, s’engraisse de la pasture de l’or ; mais ayant regardé plus curieusement ès estomachs d’un chascun, et observé quelque chose en faisant leur anatomie, avons trouvé par leurs entrailles qu’ils vivent d’autre chose... et que les lavarets, ombres, emblons, carpions, themères, n’ont estomach qui puisse digérer l’or. Combien que les hommes du païs disent, en commun proverbe, que les poissons nourris d’or sont excellents par-dessus les autres. »

     
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  • Plus ancien (Le) cimetière animalier
    au monde voit le jour à Asnières
    (D’après « La Revue contemporaine », paru en 1900)
     
     
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    Parmi les idées qui germaient en 1900 dans la conscience humaine, il en était une dont la portée était très haute et très intéressante, en tout état d’opinion sur la matière ; c’était celle d’une bienveillance envers les animaux, impliquant un devoir de protection, de pitié, de justice, de douceur, de reconnaissance : ainsi naquit le premier cimetière animalier au monde

    A Paris, fin 1900, vient de se produire un fait décisif en faveur de cette conception moderne des rapports de l’homme et de l’animal ; il s’est fondé à Asnières, c’est-à-dire à quelques minutes de la capitale, un cimetière pour chiens et autres animaux domestiques. Les promoteurs sont deux journalistes français, Marguerite Durand, directrice du grand journal quotidien La Fronde, et Georges Harmois, directeur de la revue de droit L’Avocat. Si le projet était hardi, l’idée était belle et il est permis de dire que nos confrères ont fait acte de progrès, écrit la même année Berthe Vercler dans la Revue contemporaine.

    Que l’on se place au point de vue hygiène ou sentiment, tout leur donne raison et la presse du monde entier a donné son approbation à la Nécropole Canine d’Asnières, ajoute-t-elle. Au point de vue sentiment, ils ont estimé que le brave chien qui nous aide, qui nous sert et qui nous défend, qui souvent a à son actif le sauvetage d’une vie humaine, a droit dans notre civilisation moderne, de ne pas être jeté à la voirie comme une vile ordure !

    Entrée du Cimetière des chiens à Asnières, au début du XXe siècle
    Entrée du Cimetière des chiens à Asnières, au début du XXe siècle

    Au point de vue hygiène il n’y avait jusqu’à ces derniers temps aucun moyen de se débarrasser d’un animal mort sans courir les risques d’une contravention, la loi interdisant de jeter à l’eau ou à la voirie les cadavres d’animaux et ordonnant de les enfouir, alors que les propriétaires de jardins sont à Paris des plus rares. A la vérité, poursuit notre journaliste, on allait jeter les chiens soit dans les fossés des fortifications, soit à la rivière, au risque d’une contravention ; la plupart enterraient leurs chiens dans la cave, sans s’inquiéter le moindrement de l’hygiène.

    Aujourd’hui les animaux morts seront enfouis à la nécropole canine ; conformément à la loi du 21 juin 1898, sur le Code Rural, à cent mètres des habitations et de telle sorte que chaque enfouissement soit recouvert d’une couche de terre ayant un mètre d’épaisseur. Franchement cela ne vaut-il pas mieux que de transformer sa cave en cimetière, s’interroge Berthe Vercler.

    L’ouverture du Cimetière pour chiens et autres animaux domestiques a coïncidé avec l’ouverture de l’Exposition Universelle, fait-elle encore remarquer — quoique moins retentissante, elle ne manqua pas d’intéresser les hygiénistes et les nombreux amis des bêtes. Cette nécropole d’un nouveau genre, est située, ainsi que nous l’avons dit plus haut, dans l’île des chiens (ancienne île des ravageurs) à Asnières.

    Elle comporte un quartier pour les chiens, un autre pour les chats, un troisième pour les oiseaux, un quatrième pour les animaux divers. L’aménagement est une merveille d’installation et de bon goût ; on est à se demander si la baguette d’une fée ne l’a pas tracé et voulu, écrit encore la chroniqueuse de la Revue contemporaine. Une façade de grilles et de portiques annonce l’entrée de la nécropole, qui constitue bien certainement, le monument le plus gracieux d’Asnières.

    Elle en sera bientôt aussi la plus populaire, Car les habitants du pays estiment que ce cimetière, placé loin de leurs maisons et au milieu de la Seine, ne peut avoir pour l’hygiène aucun inconvénient et développera au contraire, pour le plus grand avantage de la commune, le commerce et l’industrie. Déjà, dans la nécropole canine s’élèvent un assez grand nombre de monuments également remarquables par leur style architectural et par les inscriptions que l’on y voit gravées.

    Ce ne sont pas toujours des simples paroles d’adieu et de regrets : « A notre ami Gribouille fidèle jusqu’à la mort ». « A la mémoire de ma chère Emma, fidèle compagne et seule amie de ma vie errante et désolée. Elle me sauva la vie en mai 1891 », etc. Il y a sur ces stèles funèbres, des pensées de philosophes : Plus on voit les gens, plus on aime les bêtes(Chamfort). L’homme n’est qu’un animal pensant (Pascal), etc. En sorte qu’une visite au cimetière des chiens n’émeut pas seulement le cœur ; elle invite à la méditation.

    Cette nécropole, tout comme le Père-Lachaise, aura ses monuments historiques. Le premier existe déjà ; c’est celui du chien Barry, le courageux Saint-Bernard qui, selon son épitaphe, « sauva la vie à quarante personnes ». Une souscription est ouverte pour ériger un tombeau au chien de guerre Moustache, qui se fit particulièrement distinguer pendant là campagne d’Italie. Quand Moustache fut blessé au champ d’honneur, il fut soigné avec sollicitude et l’armée lui rendit les honneurs à sa mort. Après un tel exemple, il aurait été étrange que les civils n’admettent pas pour les pauvres bêtes la possibilité d’une nécropole pour elles, conclut notre journaliste.

    Note : en 1987, et cependant que la société propriétaire décide de la fermeture du cimetière, la ville d’Asnières se porte acquéreur afin de le maintenir en activité. La même année, il est classé à l’inventaire des monuments historiques pour « intérêt à la fois pittoresque, artistique, historique et légendaire ».

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