• 28 janvier 1393 : Charles VI manque
    d’être brûlé dans un bal plus tard
    appelé Bal des ardents

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    Ainsi que quatre autres personnes, le roi se déguisa en sauvage et était revêtu d’une toile de lin enduite de poix-résine pour faire tenir une toison d’étoupes le faisant paraître velu de la tête aux pieds

     

    Une apparition soudaine, un bruit inattendu avaient suffi (en août 1392, au cœur de la forêt du Mans) pour jeter le trouble et la fureur dans la raison du roi Charles VI, lorsqu’aux feux d’un soleil brillant il s’acheminait vers la Bretagne, où il voulait porter la guerre : le repos, les soins assidus, lui firent retrouver en peu de temps la mémoire et la santé.

    Guillaume de Harsely, savant médecin qu’on avait appelé auprès du monarque, dit aux ducs d’Orléans, de Bourgogne, et de Berri : « Je vous rends le roi en bon état, Dieu merci ; mais dorénavant gardez-vous de l’irriter ou de l’affliger : sa tête n’est pas encore bien forte ; peu à peu elle s’affermira. Ainsi les amusements et les distractions lui valent mieux que le travail et les conseils. »

    Charles VI effrayé dans la forêt du Mans en août 1392
    Charles VI effrayé dans la forêt du Mans en août 1392

     

    Les oncles du roi ne demandaient pas mieux que de suivre une ordonnance si favorable à leur ambition. On avait craint pour les jours de Charles, et dans la prévoyance de sa mort un conseil de tutelle fut organisé : le gouvernement de l’État devait être remis au duc d’Orléans, comme au prince le plus proche de la couronne. Mais ces dispositions, qui regardaient l’avenir, ne changèrent rien au présent ; le duc de Bourgogne et son frère gardèrent le pouvoir ; sous prétexte d’attachement à la personne du monarque, et de zèle pour sa guérison, ils ne l’occupaient que de plaisirs : par une circonstance funeste, le remède même hâta le retour du mal.

    L’Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, par de Barante (1839) nous apprend que « la reine mariait une dame allemande de sa maison qu’elle honorait de toute sa faveur ; le roi, saisissant cette occasion de divertissement, voulut faire les noces à l’hôtel Saint-Paul ; son frère, ses oncles et leurs femmes furent conviés ; on dansa tout le jour. Il y avait un écuyer de l’hôtel, nommé Huguet de Guisay, que le roi avait fort en gré, parce qu’il était grand inventeur de toutes sortes d’amusements ; mais les hommes sages le méprisaient beaucoup, car il corrompait toute la jeunesse de la cour et lui enseignait mille débauches. Vers la fin de la soirée, ce sire de Guisay imagina une mascarade.

    « La mariée étant une veuve, sa noce, selon l’usage, était une sorte de charivari, et tout s’y passait en joyeux désordres. Le roi, quatre jeunes chevaliers, et Huguet de Guisay, se déguisèrent en sauvages. Ils s’étaient fait coudre dans une toile de lin qui leur dessinait tout le corps. Cette toile était enduite de poix-résine pour faire tenir une toison d’étoupes de lin qui faisait paraître ces sauvages velus de la tête aux pieds. Ils entrèrent en criant et en dansant, conduits par le roi et masqués de manière à n’être pas reconnus ; on avait fait défendre que personne ne se promenât dans la salle en portant des torches ou des flambeaux. Le roi courut tout de suite à sa jeune tante, la duchesse de Berry, pour la tourmenter, et les autres masques divertissaient l’assemblée par leurs danses et leurs contorsions. »

    Chacun se creusait l’esprit à deviner qui ce pouvait être. Le duc d’Orléans et le jeune comte de Bar, qui venaient de passer une partie de la soirée chez madame de Clermont, voyant ces toisons d’étoupes, imaginèrent, sans penser à mal, que si on y mettait le feu les dames auraient grand peur de voir courir par la salle des sauvages tout embrasés. Le duc d’Orléans prit une torche et s’approcha : les cinq sauvages se tenaient ensemble en dansant ; au même instant ils furent tout en flamme. Rien ne pouvait les sauver ; la toile était cousue, la résine rendait la flamme plus tenace et plus dévorante.

    Personne n’avait le temps ni le moyen de leur porter secours. Un cri d’horreur remplit la salle, et se mêla aux cris que la douleur arracha à ces malheureux. « Sauvez le roi », criaient-ils ; et bientôt toute l’assemblée fut dans le doute si le roi n’était pas de ceux que la flamme dévorait. La reine, qui était la seule dans le secret de ce déguisement, tomba sans connaissance. Ce n’était de toutes parts que clameurs, sanglots, désordre, épouvante. La duchesse de Berry pensa bien que c’était le roi qui était auprès d’elle. Elle le retint, l’empêcha de bouger : « Restez, dit-elle, vous voyez que vos compagnons sont en flammes » ; et elle le couvrit de sa robe pour qu’aucune étincelle ne tombât sur ce misérable travestissement. Il courut ensuite rassurer la reine.

    Représentation du Bal des ardents. Miniature attribuée à Philippe de Mazerolles, tirée d'un manuscrit des Chroniques de Froissart
    Représentation du Bal des ardents. Miniature attribuée à
    Philippe de Mazerolles, tirée d’un manuscrit des Chroniques de Froissart

     

    Des cinq compagnons de la mascarade royale, le sire de Nantouillet fut le seul qui se sauva : il eut la présence d’esprit, dès le premier instant du danger, d’aller se jeter dans une cuve où l’on faisait rafraîchir les bouteilles ; les autres périrent dans des douleurs inouïes. La mort d’Huguet de Guisay fut regardée comme un juste châtiment de Dieu pour son atroce cruauté et sa licencieuse conduite. Le duc d’Orléans reçut une sévère réprimande de ses oncles ; il promit de se réformer et fit bâtir en expiation une chapelle dans l’église des Célestins.

    Le peuple témoigna une indignation générale contre les mœurs légères et corrompues d’une cour qui compromettait, avec tant d’imprudence, le sort du royaume. Il demanda à voir le roi sur-le-champ pour s’assurer que sa vie était sauve. Le lendemain, une procession solennelle eut lieu de la porte Montmartre à l’église Notre-Dame. Le roi y parut à cheval ; le duc d’Orléans, les ducs de Bourgogne et de Berry le suivirent les pieds nus.

    À peu de temps de là, Charles VI retomba dans de nouveaux accès de démence plus complets et plus longs que le premier : les grands malheurs de la France commencèrent.

     

     

     
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  • Admission en trompe-l’oeil du public
    à la Chambre des députés ?
    (D’après « Ma revue hebdomadaire illustrée », paru en 1908)
    Publié / Mis à jour le MARDI 5 FÉVRIER 2013,
     
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    En 1908, un chroniqueur de Ma revue hebdomadaire s’amuse du caractère soi-disant public des séances de la Chambre des députés censé illustrer le respect de la souveraineté du peuple : n’est admise en réalité qu’une une poignée de personnes, à seule fin de se mettre en conformité avec la loi...
     
     
     

    Savez-vous de combien de personnes se compose le public qui assiste aux séances de la Chambre ? s’interroge notre chroniqueur. Combien dites-vous ? 1000 ? Vous n’y êtes pas. 500 ? Vous n’y êtes pas... Ne cherchez pas plus longtemps :le public, à la Chambre, même les jours de grand spectacle, c’est... 12 personnes. Vous avez bien lu : douze personnes !

    Mais les autres ? Les autres sont munies de cartes, et sont par conséquent des invitées, et c’est pour laisser aux séances un caractère d’indéniable publicité, pour respecter la Constitution qui veut que le Parlement délibère sous les yeux du peuple souverain, toutes portes ouvertes, l’entrée libre à tous, que l’on réserve douze places aux personnes non munies de carte.

    Chambre des députés
    Chambre des députés

    Voilà pourquoi, si vous passez devant le Palais-Bourbon, un jour de séance, vous verrez, dès midi et quelquefois dès les premières heures de la matinée, rangés deux par deux, près des grilles, sous l’oeil des agents de police, une douzaine de pauvres diables, à l’air minable, le pantalon effrangé, les souliers éculés et même pires, sans faux col, transis de froid ou accablés de chaleur, attendant qu’un huissier de la Chambre vienne les chercher et les conduire, toujours en rang, comme des condamnés, à la tribune qui leur est réservée. Ce sont ces douze malheureux qui représentent le « public », le peuple souverain...

    Ne vous trompez pas cependant sur l’attrait qui les conduit là ; ils n’y viennent que dans l’espoir de vendre leur place à ceux qui n’ont pas de carte. Le prix varie suivant le programme du spectacle : d’après le débat annoncé, les orateurs inscrits, les incidents attendus, la place vaut six sous, vingt sous, quarante sous, rarement cent sous, plus rarement dix francs, prix maximum qu’elle ait atteint.

    Mais très souvent, trop souvent, hélas ! personne ne se présente pour en offrir même deux sous. Ces jours-là, le pauvre diable, qui représente le peuple souverain, assiste à la séance : l’été, il y jouira de l’ombre ; l’hiver, il y goûtera la volupté de se sentir au chaud, et, suprême jouissance, s’il réussit à s’absorber dans la discussion du budget, il jonglera avec des millions.

    Note : de nos jours, les personnes désireuses d’assister à une séance doivent se munir d’une carte d’invitation (ou "billet de séance") qui peut être obtenue auprès d’un député, dans la limite des places disponibles. En outre, l’accès à la séance est assuré pour les dix premières personnes se présentant au début de la séance, à l’entrée du public située 33 quai d’Orsay.

     

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  • Absinthe (L’) : entre boisson
    « Ordinaire » et poison vert
    (D’après « Le Nouvelliste des Vosges illustré », paru en 1904)

     

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    L’absinthe, la funeste absinthe contre laquelle se liguent tous les antialcoolistes de l’univers n’était à l’origine que le plus innocent des remèdes, peut-on lire en 1904 sous la plume d’un chroniqueur du Nouvelliste des Vosges illustré

     

    C’est un médecin français qui en fut l’inventeur. Il se nommait Ordinaire, et s’était réfugié à Louvet, en Suisse, à la fin du XVIIIe siècle. A l’exemple de la plupart des médecins de campagne, il était quelque peu pharmacien. Un de ses remèdes de prédilection était un élixir préparé avec un certain nombre de plantes aromatiques parmi lesquelles dominait l’absinthe.

    Calendrier promotionnel 1894 pour l'absinthe Terminus
    Calendrier promotionnel 1894 pour l’absinthe Terminus

    Le praticien gardait avec un soin jaloux le secret de cette préparation à l’aide de laquelle il prétendait guérir à peu près tous les maux. A sa mort, il légua sa recette à sa gouvernante, une demoiselle Grandpierre. Celle ci la vendit aux filles de M. le lieutenant Henriod. Cultivant elles-mêmes dans leur jardin les herbages nécessaires, elles les distillaient au foyer paternel.

    Le produit de cette petite industrie se limitait à quelques dizaines de fioles, assez péniblement vendues par les colporteurs. Ce fut au commencement du XIXe siècle que, pour le malheur de l’humanité, écrit notre chroniqueur, un distillateur acheta la recette. Il s’associa avec un de ses parents pour donner une grande extension à la préparation de l’élixir.

    Au début, l’association n’avait d’autres ressources, pour l’alimentation de ses alambics, que les plantations de ses propres jardins. Mais peu à peu, les demandes devenant plus fortes, la culture des herbages fut étendue et ne tarda pas à devenir une source d’importants revenus pour les communes environnantes.

    La dernière moitié du XIXe siècle a été marquée par une prodigieuse extension de la consommation de l’absinthe. Mais le produit actuel n’a plus guère que le nom de commun avec la recette jadis préconisée par le médecin Ordinaire. Ni la formule, ni les procédés de fabrication ne sont restés les mêmes.

    L’alcool amylique qui en constitue la base suffit à lui seul pour modifier les propriétés de la liqueur ; puis la ration d’absinthe servie aux consommateurs est à peu près dix fois plus forte que la dose médicale recommandée par l’inventeur à ses patients du XVIIlesiècle.

    En dépit de toutes les objurgations et de tous les efforts, le poison vert continue à se répandre sur le monde. Il cause aujourd’hui plus de ruines, plus de folies et plus de trépas que l’humble remède dont il est sorti n’eût jamais pu faire de guérisons, conclut le journaliste du Nouvelliste des Vosges.

    Note : en France, l’absinthe fut interdite du 16 mars 1915 au 18 mai 2011.

     

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  • Règles de bienséance et de politesse
    d’après un traité de 1628
    (D’après « Le Figaro : supplément littéraire du dimanche », paru en 1894)
     
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    Un petit livre fort rare, publié en 1628 à Paris, chez Chappelet, pour le collège des Jésuites de La Flèche, est intitulé Bienséance de la conversation entre les hommesLa rédaction en est amusante par ses tournures de phrases et le charme de ses expressions.

     

    Du reste, ces quelques extraits donneront une idée de ces petits ouvrages qui, fort lus par les générations de l’époque, leur ont inculqué ces principes de politesse et de galanterie qui ont fait le renom du gentilhomme français.

    L’ouvrage traite d’abord du maintien dans le monde :

    — En bâillant ne faut point hurler, et faut s’abstenir de bâiller même quand tu parles.

    — Quand tu te mouches, ne sonne trompette du nez et après ne regarde pas dans ton mouchoir ; garde de te moucher comme les enfants, avec les doigts ou avec la manche.

    — Ecoutant une personne parler, ne frétille point en toi-même, ne pouvant tenir en ta peau et faisant l’entendu.

    — Ne tue puces où autres bestioles en présence d’autrui ; et si tu vois quelque ordure, comme gros crachat ou semblable chose en terre, mets-y le pied dessus dextrement ; si cela était sur les habits de ton compagnon, ne le montre aux autres, mais ôte-le gentiment si tu peux.

    — Ne sois pas hargneux, mais aimable et courtois.

    — Ne cours pas les rues et ne marche aussi trop lentement, ni la bouche ouverte ; ne te démène en marchant, ne va dandinant, ne tiens les mains pendantes contre terre, ne te retrousse les chausses à tout propos.

    — Ne porte ton manteau sous le bras à la façon des rodomonts ; si tu le poses, plie-le et prends garde où tu le mets.

    — Ne te parade regardant tout à l’entour si tu es bien attifé, si tes bas sont bien tirés et habits bien agencés.

    — Ne t’enjolive de fleurs sur l’oreille.

    — Ne porte ton mouchoir ou à la main, ni à la bouche, ni pendu à la ceinture, ni dessous le bras, ni sur les épaules, ni dessous la robe ; mets-le en lieu qu’on le voie et d’où tu le puisses tirer quand tu en auras à faire.

    — Garde-toi de le présenter aux autres, bien que tu ne t’en fusses quasi point servi.

    — Ne hausse la voix comme le ferait crieur d’édit.

    Ainsi se suivent les conseils pour le maintien dans le monde et pour indiquer la manière de porter convenablement les différentes parties du costume. Viennent alors les bonnes manières à table :

    — Etant assis à table, ne te gratte point, et garde-toi tant que tu pourras de cracher, tousser ou te moucher, ou fais-le dextrement sans beaucoup de bruit.

    — Ne mange des deux joues et pleine bouche.

    — Ne fais la soupe au vin si tu n’es le maître de la maison.

    — Ne montre nullement d’avoir grand plaisir à la viande et au vin.

    — Prenant du sel, prends garde que le couteau ne soit gras ; quand il le faut nettoyer ou la fourchette ; on le peut faire honnêtement avec un peu de pain ou avec la serviette, mais jamais sur le pain entier.

    — Ne flaire les viandes, et si d’aventure tu le fais, ne les remets pas après devant un autre.

    — N’engraisse ton pain tout à l’entour avec les doigts, mais, le voulant couper, torche tes mains auparavant.

    — C’est une chose fort indécente de s’essuyer le visage et la sueur avec la serviette, ou avec la même se nettoyer le nez, l’assiette ou le plat.

    — Ne dois te lécher les doigts, les léchant, avec grand bruit.

    — Etant sorti de table, ne porte le cure-dent en bouche ou sur l’oreille beaucoup pis fait celui qui le porte attaché au col. Or, la coutume est qu’on sert les cure-dents sur un beau plat. Finalement, sur un linge de belle et fine toile étendu sur la table, se met le plat-bassin et se donne l’eau à laver ; s’il y a à table une singulière prééminence, on lui donne une serviette particulière, et aux autres la leur, approchant d’eux le bassin en telle façon qu’ils y arrivent deux ou trois ensemble.

    Le texte est écrit en français avec traduction latine ; de cette façon, les étrangers qui ne parlaient pas la langue de notre pays pouvaient être initiés à ses belles manières.

     

     

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  • Musicien (Un) de la chapelle du roi
    Louis XIV devenu médecin
    (D’après « Le Moliériste », paru en 1885)
     
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    En parcourant le Mercure Galant, on trouve une anecdote assez piquante au sujet d’une requête formulée par un musicien de la chapelle du roi Louis XIV : ayant lu Galien et Hippocrate, il prend sur ses heures de service pour devenir médecin

    Voici la traduction du texte en ancien français paru dans le Mercure, à la page 128 du volume d’août 1680 :

    « Le sieur Des Prez, musicien ordinaire de la Chapelle de Sa Majesté, a su toujours si bien ménager son temps, que celui qu’il donnait à la musique ne l’empêchait point d’en réserver pour lire Galien et Hippocrate. Après qu’il y eût pris goût, et qu’il se fût senti du talent pour profiter de cette lecture, il alla trouver le roi et lui dit que c’était un de ses musiciens qui venait se plaindre d’un fort grand désordre auquel il s’offrait de remédier ;

    « Que depuis douze ans qu’il avait l’honneur d’être de sa musique, il avait remarqué que tous ses confrères avaient encore plus besoin d’un médecin pour les régler quand ils allaient boire, que d’un maître pour bien conduire leurs voix ; et que si Sa Majesté voulait lui permettre de s’absenter quelque temps de son service touchant l’emploi qu’il avait dans sa Chapelle, il espérait se mettre en état de lui en rendre de plus considérables quand il aurait pris le bonnet de Docteur en Médecine.

    Le médecin et le clystère (détail d'une gravure d'Abraham Bosse, XVIIe siècle)
    Le médecin et le clystère (détail d’une gravure d’Abraham Bosse, XVIIe siècle)

    « Le roi trouva la chose plaisante et dit à ceux qui l’accompagnaient ; Que dirait Molière, s’il était encore au monde, de ce qu’un musicien demande à se faire médecin ? Le fait étant extraordinaire, on crut d’abord que le sieur Des Prez n’avait parlé que pour divertir le roi ; mais il poursuivit en termes si sérieux, qu’on connut bientôt que le cœur lui en disait de ce côté-là. Sa Majesté en étant persuadée, lui permit de s’absenter autant qu’il voudrait pour s’appliquer à l’étude ; et il y a si bien réussi, que depuis deux mois il a en effet reçu le bonnet de médecin avec l’approbation de toute la Faculté. Voilà, Madame, ce que vous auriez eu de la peine à croire, si cette réception n’avait pas été publique. »

    Comme tout le monde, Louis XIV se souvenait donc de Molière ! Mais s’agit-il ici d’un conte inventé à plaisir ou d’un fait réellement arrivé ? Et pourquoi pas ? Ce qui est certain, c’est que sur une liste des chanteurs de la Chapelle du Roi de 1678, nous voyons un nommé Pierre Dupré. Ce n’est pas Des Prez, il est vrai, mais la ressemblance est si grande et on tenait alors si peu à la bonne orthographe et à l’exacte prononciation des noms propres qu’il n’y a rien d’impossible à ce que Pierre Dupré soit le même individu que celui dont parle le Mercure.

    Si Molière ne nous a pas induit en erreur sur le cérémonial adopté aux réceptions de médecins, le chantre du roi, Dupré ou Des Prez, entendit donc chanter après son examen :

    Bene, bene, bene, bene respondere.
    Dignus, dignus est entrare
    In nostro docto Corpore.

    Quant à la promesse que le futur Esculape fit à Louis XIV, nous pouvons assurer que, s’il essaya de la tenir, il n’y réussit guère : les musiciens, particulièrement les Chantres de la Chapelle royale, continuèrent à très mal « se régler quand ils allaient boire. »

    Un souvenir bien autrement significatif fut donné à Molière par le grand roi, qui, ayant vu jouer dans sa jeunesse les pièces de Molière par l’auteur et son incomparable troupe, ne pouvait, dans sa vieillesse, supporter le jeu de leurs successeurs. Dangeau rapporte que Louis XIV prit lui-même le soin de styler les musiciens de la Chambre à représenter les comédies de Molière. C’est ainsi que le Bourgeois gentilhomme, les FâcheuxGeorges Dandinl’Avarele Médecin malgré luile Mariage forcél’École des Marisl’EtourdiEscarbagnas et Pourceaugnac furent donnés de 1712 à 1715 chez Madame de Maintenon, à Versailles, à Marly ou à Fontainebleau.

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  • Pourquoi appelait-on le prince héritier le dauphin ?

    Pourquoi appelait-on le prince héritier le dauphin ?

    Nous avons déjà tous entendu ce terme en cours d’histoire, qui fait penser à l’animal du même nom. Mais pourquoi appelait-on l’héritier du royaume le dauphin ? On lève le mystère pour vous.

    Les premiers à avoir utilisé le terme « dauphin » pour désigner leurs héritiers n’étaient pas Français ! En effet, les premiers titrés de « dauphins » étaient les comtes de Viennois et les comtes d’Albon, seigneurs… du Dauphiné de Viennois. Cet État féodal, qui avait Grenoble pour capitale, était à l’époque sous l’autorité du Saint-Empire romain germanique. Les héritiers portaient donc le titre de « Dauphin du Viennois ». Le symbole du dauphin aurait été choisi en référence aux liens forts qui unissaient à ce moment le Dauphiné avec la Provence, et donc la Méditerranée.

    Récupération par la France

    Le premier prince français à se faire surnommer ainsi a été Charles V le sage. Pourquoi ? Philippe VI, son grand-père, accepte d’acheter les terres du roi Humbert II à une condition : que le Dauphiné soit le fief de son fils aîné. C’est à la suite de ce marché, signé en 1349, que le titre de dauphin est entré à la Cour de France. Cependant ce fut son petit-fils, le futur Charles V, qui fut le premier dauphin du royaume de France. Ce titre ne donne pas pour autant l’envie aux dauphins de gouverner le Dauphiné, puisque seul Louis XI y a vraiment imposé son pouvoir.

    Il ne suffit pas d’être le prétendant au trône pour se voir honoré du titre de dauphin : il faut également descendre du roi. C’est ainsi que François 1er, cousin du son prédécesseur Louis XII, n’obtiendra jamais ce titre.

    Pourquoi appelait-on le prince héritier le dauphin ?

    Armoiries du Dauphin de France

     

    Le dernier prince français à avoir porté le titre de dauphin a été le fils aîné de Charles X, Louis Antoine, né en 1775. Il n’a cependant jamais été couronné, puisqu’il a abdiqué en même temps que son père. Aujourd’hui, même s’il n’y a plus de dauphin royal, l’expression a perduré. Elle est encore utilisée couramment pour désigner le successeur d’une personnalité aussi bien en politique, en entreprise ou encore dans le sport.

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  • Le faux buste du musée du Louvre

    Le faux buste du musée du Louvre

    « Messieurs vous êtes des ânes, et je viens de le prouver ! »… C’est ce que l’écrivain Roland Dorgelès assène aux gardiens du Louvre lorsqu’il réalise son canular en 1908 : faire entrer une fausse statue au musée. Un cambriolage à l’envers !

    Le faux buste du musée du Louvre

    La statue sauvée des déchets

    Roland Dorgelès est un journaliste et écrivain dont l’audace n’a pas de limite. Sa passion ? L’art de la plaisanterie. Un jour, alors qu’il arrive chez son ami le sculpteur Marius de Buzon, il remarque une statue au milieu d’un tas de gravas… C’est un buste, une ébauche que l’artiste trouve ratée et dont il est sur le point de se débarrasser. Pour Roland Dorgelès c’est, au contraire, un travail si magnifique qu’il mériterait sa place au Louvre, parmi les antiquités grecques des Cyclades ! Comme très souvent dans l’esprit de l’écrivain, cette pensée se transforme vite en idée de farce.

    Le seul artiste vivant au Louvre

    Quelques jours plus tard, Roland Dorgelès entre au Louvre, muni de la statue abandonnée par son ami qu’il cache sous ses vêtements. Il la dépose dans une vitrine de la salle de Magnésie du Méandre avec une étiquette : « N°402, tête de divinité (entre 2700 et 2300 av. JC), fouilles de Délos (1902) ». Et c’est ainsi que le buste est exposé parmi les plus grands chefs d’œuvres, et par la même occasion que Marius de Buzon devient le seul artiste vivant à être exposé au Louvre… Une fête a même été donnée en son honneur sur les hauteurs deMontmartre !

    Un acte engagé

    Mais un mois plus tard, personne n’a remarqué la supercherie et la statue est encore à la même place. Roland Dorgelès décide donc de convoquer la presse et d’orchestrer un scandale en criant à la tromperie (sur l’authenticité des œuvres du musée) et au manque de sécurité : « Cette tête ici présente n’est en rien une antiquité : c’est moi-même qui l’ai posée là il a plusieurs semaines ! Aucun des incapables qui travaillent dans ce musée ô combien prestigieux n’a été capable de s’en rendre compte ! ». Il souhaite ainsi dénoncer les failles de l’institution.

    Le farceur de Paris

    Le conservateur préfère alors étouffer l’affaire, et l’on raconte encore aujourd’hui que cette statuette est toujours au Louvre. Saurez-vous la trouver ? Quant à Roland Dorgelès, mort en 1973, il continue ses blagues dans les rues de Paris, en disposant des écriteaux « route barrée » où bon lui semble ou encore en créant de faux tableaux impressionnistes pour pointer du doigt les dérives de l’art moderne.

    Le faux buste du musée du Louvre

     

     

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  • 5 anecdotes sur les égouts de Paris

    5 anecdotes sur les égouts de Paris

    Si nous avons souvent une vague idée de leur fonctionnement, nous savons peu quelle incroyable machinerie se joue réellement quelques mètres sous nos pieds, dans les égouts. Le réseau parisien est immense et a de passionnantes histoires à raconter. Et bonne nouvelle, il est possible d’en visiter une partiepour enfin visualiser quel chemin prennent nos eaux usées ! En attendant, voici 5 choses à savoir pour briller en société.

    Un très grand réseau

    Immense est un mot trop faible pour imaginer l’étendue du réseau. Voilà qui est plus parlant : ce dernier s’étend sur autant de kilomètres que les rues de Paris, soit environ 2400 ! C’est une sorte de ville sous la ville, où l’on se repère aux plaques de rues positionnées aux angles de chaque galerie, exactement comme en surface. Il y est même indiqué par endroits les numéros d’immeuble, ce qui permet aux 274 égoutiers ou chefs égoutiers qui y travaillent d’intervenir facilement en cas de problèmes de canalisation.

    Bien plus que du recyclage d’eaux usées

    Quand on parle des égouts, on pense immédiatement aux eaux souillées provenant de nos toilettes et nos éviers. Mais le rôle du réseau ne s’arrête pas là. En plus de collecter 285 millions de km3 d’eaux usées par an, il collecte et transporte les eaux de pluie, qui serviront à nettoyer les rues, les égouts eux-mêmes et à arroser les espaces verts de la capitale. Plus étonnant encore, on y trouve des câbles de télécommunication publics et privés, ainsi qu’un réseau de distribution d’eau glacée utilisée pour climatiser les immeubles.

    5 anecdotes sur les égouts de Paris

     

    ©Wassila Djellouli/Paris Zigzag

    Un système bien sécurisé

    Paris a déjà été victime d’inondations importantes, notamment en 1910. Alors au fil du temps, le réseau des égouts de la capitale a appris à se parer contre la montée des eaux. Pour ce faire, des « déversoirs d’orages » ont été installés. En cas de pluies importantes, ces galeries reliant les égouts à la Seine permettent de rejeter l’excédent d’eau directement dans le fleuve. Si celui-ci est en crue, un système de pompes des usines « de crue », situé en bord de Seine, prend la relève, afin que l’évacuation puisse tout de même avoir lieu.

    De drôles de rencontres

    Égoutier est un métier à risque, pour des raisons plus ou moins évidentes. Exposés à de nombreux agents chimiques et biologiques, présents dans les eaux usées et dans l’air, les égoutiers sont plus susceptibles de développer des problèmes respiratoires ou digestifs. Et parfois, de drôles de surprises les attendent dans les galeries : en 1984, les agents parisiens sont ainsi tombés nez à nez avec… un crocodile ! Prénommé Eléonore, celui-ci s’était échappé d’une animalerie du Quai de la Mégisserie. On imagine leur frayeur…

    5 anecdotes sur les égouts de Paris

    ©Wassila Djellouli/Paris Zigzag

    Merci Haussmann

    Jusqu’à la Révolution, les eaux usées étaient directement rejetées dans la Seine où était puisée l’eau consommée ! Malgré la mise en place d’un petit réseau d’assainissement sous Napoléon 1er, une épidémie de choléra fit 19 000 morts dans Paris en 1832. Ce n’est qu’en 1860 sous Napoléon III, qu’un véritable système d’évacuation est inventé. Le préfet Haussmann et les ingénieurs Belgrand et Alphand développent ensemble le réseau d’égouts actuel et l’approvisionnement en eau de Paris. Dès 1894, la loi du tout-à-l’égout oblige les propriétaires à raccorder leurs immeubles au réseau.

    Bonus : si aujourd’hui, on peut arpenter un tronçon des égouts à pied, les visites se faisaient dans des petits wagons au XIXème siècle, puis sur des barques pendant une bonne partie du XXème siècle !

    Musée des égouts de Paris
    Pont de l’Alma, face au 93 quai d’Orsay – 75007
    Tarif plein : 4€40 – tarif réduit : 3€60

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  • Les secrets du Pont-Neuf

     

    Les secrets du Pont-Neuf

    Témoin de la vie parisienne depuis plus de 400 ans, le Pont-Neuf a vu défiler des milliers de passants, d’histoires d’amour, de photographes, de voyageurs venus du monde entier… Et sa propre histoire est tout aussi riche en anecdotes ! Nous vous proposons de percer enfin les secrets de ce monument emblématique.

    Une révolution architecturale

    Contrairement à ce que son nom semble indiquer, le Pont-Neuf est le plus ancien pont de Paris, ayant été construit à la fin du 16ème siècle. Avant lui, les ponts parisiens étaient principalement en bois et recouverts de maisons, mais la plupart se sont effondrés… Le Pont-Neuf fut donc le premier pont à être construit en pierre et sans habitations dessus : un vrai changement pour l’époque !

    Le lieu de toutes les innovations

    Afin de protéger les passants des éclaboussures liées au va-et-vient des calèches, on met en place les premiers trottoirs de la capitale sur ce nouveau pont. On y installe aussi la première machine élévatrice d’eau de Paris : la pompe de la Samaritaine, qui alimentait le Louvre et les jardins des Tuileries, et qui laissera son nom au célèbre magasin de la rive droite.

    La naissance des bouquinistes

    Bénéficiant d’alcôves propices au commerce, c’est sur le Pont-Neuf que s’installent les premiers bouquinistes ambulants de Paris. Cependant au milieu du 17ème siècle l’étalage de livre y est décrété interdit, et il faudra attendre deux siècles pour que ces petites librairies portatives puissent s’établir à nouveau près de la Seine, le long des quais où elles se trouvent toujours aujourd’hui.

    Une statue mystérieuse

    La construction du pont s’étant achevée sous le règne d’Henri IV. Après sa mort, son épouse Marie de Médicis fait ériger une statue du roi au milieu du Pont-Neuf… Elle fut toutefois abattue pendant la Révolution. L’actuelle est donc une réplique du 19e siècle, réalisée à la Restauration. La rumeur populaire disait alors que le ciseleur de cette nouvelle statue était bonapartiste et qu’il aurait caché des textes antiroyalistes à l’intérieur ! Pour en avoir le cœur net, en 2004 on décide d’ouvrir la statue. 7 boîtes y sont retrouvées : 4 contenant des documents relatifs à l’inauguration de la statue, des médailles, des ouvrages sur Henri IV, et 3 gravées du nom du ciseleur, renfermant des parchemins collés ou roulés… qui restent indéchiffrables ! Frustration pour les experts, le mystère reste donc non

    élucidé. 

     

    Les secrets du Pont-Neuf


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    Le crocodile des égouts

    En 1984, les égoutiers de Paris qui travaillaient sous le Pont-Neuf sont tombés nez à nez avec un animal de 75 cm de long, tapi dans le noir… Il s’agissait d’un véritable crocodile du Nil ! Capturée au lasso par les pompiers, la bête a été confiée à l’aquarium de Vannes. Baptisée Eléanore, elle mesure aujourd’hui 3 mètres de long et pèse 200 kg. Alors si vous passez en Bretagne, passez lui rendre visite !

    crocodile-pont-neuf

    La cible de l’emballeur public n°1

    Un an après la découverte du célèbre reptile, l’artiste américain Christo se lance dans une performance : empaqueter le Pont-Neuf. Il lui faudra près de 40 000 m2 de toile, une dizaine d’ingénieurs, 300 collaborateurs (hommes-grenouilles, guides de haute montagne, charpentiers…), des kilomètres de corde et 19 millions de francs pour réaliser cet exploit !

    christo-pont-neuf  

    Des hommages dans la culture française

    À l’époque où le Pont-Neuf était une attraction pour les parisiens on y entendait beaucoup chanter. C’est ainsi que l’expression « un Pont-Neuf » est née pour parler d’un air populaire, connu de tous. Ayant résisté au temps, aux crues, et à tous les événements parisiensdepuis sa construction, le Pont-Neuf est aussi un symbole d’indestructibilité, d’où l’expression « se porter comme le Pont-Neuf » pour parler d’une santé de fer ! Enfin, selon la légende parisienne, les premières frites de la capitale auraient été vendues sur le Pont-Neuf durant la Révolution, donnant le nom de « pommes Pont-Neuf »à une catégorie de frites (celles d’1 cm carré).

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