• À M. DAVID, STATUAIRE...............Aloysius Bertrand (1807-1841).

    À M. DAVID, STATUAIRE

    À M. DAVID, STATUAIRE................

      Le talent rampe et meurt s’il n’a des ailes d’or.
    GILBERT.

     

    Non, Dieu, éclair qui flamboie dans le triangle symbolique, n’est point le chiffre tracé sur les lèvres de la sagesse humaine !

     

    Non, l’amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de pudeur et de fierté au sanctuaire du cœur, n’est point cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la coquetterie par les yeux du masque de l’innocence !

     

    Non, la gloire, noblesse dont les armoiries ne se vendirent jamais, n’est pas la savonnette à vilain qui s’achète, au prix du tarif, dans la boutique d’un journaliste !

     

    Et j’ai prié, et j’ai aimé, et j’ai chanté, poète pauvre et souffrant ! Et c’est en vain que mon cœur déborde de foi, d’amour et de génie !

     

    C’est que je naquis aiglon avorté ! L’œuf de mes destinées, que n’ont point couvé les chaudes ailes de la prospérité, est aussi creux, aussi vide que la noix dorée de l’Égyptien.

     

    Ah ! l’homme, dis-le-moi, si tu le sais, l’homme, frêle jouet, gambadant suspendu aux fils des passions, ne serait-il qu’un pantin qu’use la vie et que brise la mort ?

     

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