• SANS INSTANCE CE SANG

    SANS INSTANCE CE SANG ........... AIME CÉSAIRE

    toujours, pas tant vif que beau, l'air, sauf ce souffle que nous pousse la vraie terre, langue bleue et fidèle précation d'ancêtres

    je vois, descendant les marches de la montagne, dans un dénouement que rendent vaste les papillons, les reines qui sortent en grande dentelle de leurs prisons votives

    elles s'étonnent à bon droit que le feu central consente à se laisser confiner pour combien de temps encore dans la bonne conscience des châteaux de termitières qu'il
    s'est édifiés un peu partout

    quant au
    Soleil, un
    Soleil de frontière

    il cherche le poteau-mitan autour duquel faire tourner

    pour qu'enfin l'avenir commence

    ces saisons insaisissables ce ciel sans cil et sans instance ce sang

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • TOURBILLON DE MOUCHES

    TOURBILLON DE MOUCHES ................. GUILLAUME APOLLINAIRE

    Un cavalier va dans la plaine
    La jeune fille pense à lui
    Et cette flotte à
    Mytilène
    Le fil de fer est là qui luit

    Comme ils cueillaient la rose ardente
    Leurs yeux tout à coup ont fleuri
    Mais quel soleil la bouche errante
    A qui la bouche avait souri

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • UN OISEAU CHANTE

    UN OISEAU CHANTE .....................GUILLAUME APOLLINAIRE

    Un oiseau chante ne sais où
    C'est je crois ton âme qui veille
    Parmi tous les soldats d'un sou
    Et l'oiseau charme mon oreille

    Écoute il chante tendrement
    Je ne sais pas sur quelle branche
    Et partout il va me charmant
    Nuit et jour semaine et dimanche

    Mais que dire de cet oiseau
    Que dire des métamorphoses
    De l'âme en chant dans l'arbrisseau
    Du cœur en ciel du ciel en roses

    L'oiseau des soldats c'est l'amour
    Et mon amour c'est une fille
    La rose est moins parfaite et pour
    Moi seul l'oiseau bleu s'égosille

    Oiseau bleu comme le cœur bleu
    De mon amour au cœur céleste

    Ton chant si doux répète-le
    A la mitrailleuse funeste

    Qui claque à l'horizon et puis
    Sont-ce les astres que l'on sème
    Ainsi vont les jours et les

    nuits
    Amour bleu comme est le cœur même

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • DE L'OISEAU

    DE L'OISEAU .............................. EUGÈNE GUILLEVIC

    à
    Sylvie

    Je ne vois pas l'oiseau
    Fort de sa cage ouverte
    Et psalmodiant :

    Je reste ici.
    A bas l'espace.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui n'aurait pas confiance
    Dans la teneur de l'air.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau

    Qui ne volerait pas

    Kien que pour son plaisir.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui monterait sans fin
    Jusqu'à n'en plus pouvoir.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau

    Qui franchirait

    Les défenses du vent.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui viendrait vers moi
    Pour chercher refuge.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau

    Qui refuserait de s'effaroucher.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui serait mon frère.

    Non plus celui

    Qui ne le serait pas.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui ne me donne envie
    De voler mieux que lui.

    Je ne vois pas l'oiseau

    Qui me forcerait

    A penser rien qu'à lui.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui s'acharnerait
    D'abord sur lui-même.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Démolissant son nid
    Avee jubilation.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui creuserait la glace
    Avec ses pattes

    Pour épargner son bec.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Demeurant au désert

    Rien que pour être seul.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Renonçant à siffler
    Dans le labyrinthe.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Venir m'interroger
    Sur son identité.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui maudirait les sources.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Voulant s'opposer
    Au cours du ruisseau.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui ne puisse trouver
    Son nid dans la foret.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    En train de recracher
    Un morceau de lombric.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Refusant de chanter
    Pour ne pas
    Déranger la haie.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Chercher l'aventure
    Pour se désennuyer.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    En vouloir au chêne
    De perdre ses feuilles.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui ne sache alterner
    Le silence et le chant.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Pour qui le jour, la nuit
    Seraient la même chose.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui ne rythmerait pas
    L'avancée du soir.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Que ça fatiguerait

    D'assister chaque soir
    Au baiser du soleil.

    Je ne vois pas l'oiseau
    En appeler au ciel
    De s'être ensanglanté.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui s'acharnerait À griffer la nuit.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Désirant se fracasser
    Contre un mur de nuit.

    Je ne vois pas l'oiseau
    Qui jouerait au nuage,

    Mais je vois le nuage
    Qui jouerait à l'oiseau.

    Je ne vois pas l'oiseau

    Faire sa cour à la rose,

    Mais je les vois tous deux
    Faire ensemble la cour
    Au soleil qui s'ébroue.

    *

    Je ne vois pas l'oiseau
    Et je ne l'entends pas
    Frôler l'éternité.

     

     
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • DE L'ORDRE DU TOUCHER

    DE L'ORDRE DU TOUCHER........................ EUGÈNE GUILLEVIC.

    à la mémoire de
    Jean
    Paulhan

    Ce n'est pas que j'aie
    Quelque chose à dire
    De précis, de particulier.

    Est-ce d'ailleurs
    Qu'il s'agit de dire?

    Dire n'est ici qu'un moyen
    Pour arriver à quelque chose

    Qui serait de l'ordre
    Plutôt du toucher,
    D'un autre toucher.

    Comme si les mots, les phrases Étaient en nous organes
    D'un sixième sens.

    *

    Prenons les champs
    Dans la lumière,

    Plutôt dans celle du couchant.

    Prenons acte de l'horizon,
    Faisons-le moins cruel
    Qu'il n'est le plus souvent.

    Cela dépend aussi
    De ce qu'on retiendra
    Pour le ciel comme teinte :

    Un gris pastel un peu rosé
    Avec des veines plus foncées,
    D'autres d'or ou de cuivre.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • LE F E U DU CIEL

    LE F E U DU CIEL ...................VICTOR HUGO

    Pour ces errantes familles
    Jamais l'air ne se corrompt.
    Les enfants, les jeunes filles.
    Les guerriers dansaient en rond.
    Autour d'un feu sur la grève
    Que le vent courbe et relève.
    Pareils aux esprits qu'en rêve
    On voit tourner sur son front.

    Les vierges aux seins d'ébène.
    Belles comme les beaux soirs.
    Riaient de se voir à peine
    Dans le cuivre des miroirs;
    D'autres, joyeuses comme elles.
    Faisaient jaillir des mamelles
    De leurs dociles chamelles
    Un lait blanc sous leurs doigts noirs.

    Les hommes, les femmes nues,
    Se baignaient au gouffre amer. —
    Ces peuplades inconnues.
    Où passaient-elles hier? —
    La voix grêle des cymbales.
    Qui fait hennir les cavales.
    Se mêlait par intervalles
    Aux bruits de la grande mer.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • VEILLE D'UNE NUICT

    VEILLE D'UNE NUICT ..................... SALOMON CERTON

    Espritz qui voletez sur le bruict que bourdonne
    Le fleuve recourbé qui de son viste cours
    Lèche presque le tour de ceste ville, ou l'ours
    Qui fut premier trouvé le redouté nom donne :

    Si dévot quelque fois vostre troupe mignonne
    J'honore de mes vers, et sur les légers tours
    Que le soir vous tournez, de mes divers discours
    De son trist' enroué pour contrebruict j'entonne :

    Priez pour moy le
    Dieu qui se sied de costé
    Sur le moite surjon de ce fleuve irrité,
    Qu'il cesse un peu le bruict qui trouble mes oreilles,

    Ores que je vous veux estrener de ces vers,
    Puis escoute bénin mille discours divers
    Que je force sortir d'une nuict de mes veilles.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • TROISIEME ALPHABET

    TROISIEME ALPHABET .................... SALOMON CERTON

    a

    Navigage

    J'ose glisser sur ton douteux empire
    Dieu enjonché, pour y dire ton los ;
    Reçoy moy donc, et repousse les flots
    Qui troubleroient ce que je te veux dire.

    Si tu m entends, et comme je désire
    Tu me reçois sur le bleu de ton dos,
    Et tient mon pin en tes doigts si bien clos
    Que despecé sous ton onde il ne vire :

    Je te promets sur terre de retour

    Un petit temps, et le rens de son tour
    Tel que le pin qui coupe ton eschine :

    Et si ne veux qu'on y die pour toy
    Service nul que celuy que je doy
    Ores sonner sur ton onde divine.

    A toy
    Neptun, pour avoir seulement
    Dessus ton dos guidé nostre navire,
    A toy recteur du loin-flottant empire,
    Modérateur du liquide élément,

    Nous, ce troupeau qui a premièrement
    Foulé ton sein sans faire mal, ne nuire
    A rien du sien, avons soigné construire
    A ton honneur ce petit bastiment.

    Le marinier, qui de la mesme envie
    Que nous poussé, te commettra sa vie
    T'ayant icy prié dévotement

    Puisse sans mal, sans danger, sans naufrage,
    Ainsi que nous revenir seurement,
    Te faire icy de son salut l'hommage.

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • SONNET Y

    SONNET Y ......................SALOMON CERTON

    Muse, n'est-ce point là le feu de la
    Déesse
    Qui naquit autrefois dans le champ marinier,
    Qui d'un brin esclattant ne nous veut denier
    Du matin qui s'en vient le jour et la promesse ?

    Desja, n'est-ce point là l'aurore qui se dresse,
    Vermillonnant ces
    Montz de son char saffranier ?
    Desja, n'est-ce point là le flambeau journalier,
    Qui des plus petits feux faict escarter la presse ?

    C'est le jour, pour le seur, c'est le poinct asseuré
    Qui te délivrera du combat enduré,
    Qui t'a toute la nuict fait guerre si cruelle,

    Mon œil ne veille plus, tu es en liberté
    De t'aller reposer par le jour appresté,
    Qui t'annonce le point de ceste aube nouvelle

    Google Bookmarks

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires