• La Rome ridicule

    La Rome ridicule................Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT 1594 - 1661

    (Extrait)

    Il vous sied bien, Monsieur le Tibre, 
    De faire ainsi tant de façon, 
    Vous dans qui le moindre poisson
    A peine a le mouvement libre : 
    Il vous sied bien de vous vanter 
    D'avoir de quoi le disputer 
    A tous les fleuves de la terre ;
    Vous qui, comblé de trois moulins, 
    N'oseriez défier en guerre 
    La rivière des Gobelins.
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  • Green

    Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
    Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. 
    Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
    Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

    J'arrive tout couvert encore de rosée
    Que le vent du matin vient glacer à mon front.
    Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
    Rêve des chers instants qui la délasseront.

    Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
    Toute sonore encore de vos derniers baisers ;
    Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
    Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
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  • Sur le Carnaval de Venise II - Sur les lagunes

    Tra la, tra la, la, la, la laire ! 
    Qui ne connaît pas ce motif ? 
    A nos mamans il a su plaire, 
    Tendre et gai, moqueur et plaintif :

    L'air du Carnaval de Venise, 
    Sur les canaux jadis chanté 
    Et qu'un soupir de folle brise 
    Dans le ballet a transporté !

    Il me semble, quand on le joue, 
    Voir glisser dans son bleu sillon 
    Une gondole avec sa proue 
    Faite en manche de violon.

    Sur une gamme chromatique, 
    Le sein de perles ruisselant, 
    La Vénus de l'Adriatique 
    Sort de l'eau son corps rose et blanc.

    Les dômes sur l'azur des ondes, 
    Suivant la phrase au pur contour, 
    S'enflent comme des gorges rondes 
    Que soulève un soupir d'amour.

    L'esquif aborde et me dépose, 
    Jetant son amarre au pilier, 
    Devant une façade rose, 
    Sur le marbre d'un escalier.

    Avec ses palais, ses gondoles, 
    Ses mascarades sur la mer, 
    Ses doux chagrins, ses gaités folles, 
    Tout Venise vit dans cet air.

    Une frêle corde qui vibre 
    Refait sur un pizzicato, 
    Comme autrefois joyeuse et libre, 
    La ville de Canaletto !
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  • Albertus, LX

    Un front impérial d'artiste et de poëte, 
    Occupant à lui seul la moitié de la tête, 
    Large et plein, se courbant sous l'inspiration, 
    Qui cache en chaque ride avant l'âge creusée 
    Un espoir surhumain, une grande pensée, 
    Et porte écrit ces mots : - Force et conviction. -
    Le reste du visage à ce front grandiose 
    Répondait. - Cependant il avait quelque chose 
    Qui déplaisait à voir, et, quoique sans défaut, 
    On l'aurait souhaité différent. - L'ironie,
    Le sarcasme y brillait plutôt que le génie ; 
    Le bas semblait railler le haut.
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  • La laide

    Femmes, vous blasphémez l'amour, quand d'aventure
    Un seul rebelle insulte à votre royauté.
    Ah ! C'est un pire affront qu'en silence elle endure,
    La jeune fille à qui la marâtre nature
    A dénié sa gloire et son droit : la beauté !

    L'amour ne luit jamais dans l'oeil qui la regarde ;
    Elle pourrait quitter sa mère sans périls.
    La laide ! On ne la voit jamais que par mégarde ;
    Même contre un désir sa disgrâce la garde,
    Pourquoi les jeunes gens l'accompagneraient-ils ?

    Les jeunes gens sont fats, libertins et féroces.
    La laide ! Pourquoi faire et qu'en ont-ils besoin ?
    Ils la criblent entre eux de quolibets atroces,
    Et c'est un collégien que, dans les bals de noces,
    On charge de tirer cette enfant de son coin.

    Pauvre fille ! Elle apprend que jeune elle est sans âge ;
    Soeur des belles et née avec les mêmes voeux,
    Elle a pour ennemi de son coeur son visage,
    Et, tout au plus, parmi les compliments d'usage,
    Un bon vieillard lui dit qu'elle a de beaux cheveux.

    Depuis que j'ai souffert d'une forme charmante,
    Je voudrais de mon mal près de toi me guérir,
    Enfant qui sais aimer sans jamais être amante,
    Ange qui n'es qu'une âme et n'as rien qui tourmente !
    Pourquoi suis-je trop jeune encor pour te chérir ?
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  • La tête

    Ô mon fils, je tiendrai ta tête dans ma main,
    Je dirai : j'ai pétri ce petit monde humain ;
    Sous ce front dont la courbe est une aurore étroite
    J'ai logé l'univers rajeuni qui miroite
    Et qui lave d'azur les chagrins pluvieux.
    Je dirai : j'ai donné cette flamme à ces yeux,
    J'ai tiré du sourire ambigu de la lune,
    Des reflets de la mer, du velours de la prune

    Ces deux astres naïfs ouverts sur l'infini. 
    Je dirai : j'ai formé cette joue et ce nid 
    De la bouche où l'oiseau de la voix se démène ; 
    C'est mon oeuvre, ce monde avec sa face humaine.

    Ô mon fils, je tiendrai ta tête dans ma main
    Et, songeant que le jour monte, brille et s'éteint,
    Je verrai sous tes chairs soyeuses et vermeilles
    Couverts d'un pétale à tromper les abeilles,
    Je verrai s'enfoncer les orbites en creux,
    L'ossature du nez offrir ses trous ombreux,
    Les dents rire sur la mâchoire dévastée

    Et ta tête de mort, c'est moi qui l'ai sculptée.
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