• Visite De Belle-Île En Mer

    Visite De Belle-Île En Mer

    Belle-île-en Mer En Bretagne...

    Visite De Belle-Île En Mer

    Source: David Keochkerian

    Belle-Île-en-Mer est une île française de l’océan Atlantique située dans le département du Morbihan, dans le Sud de la Bretagne. Les habitants de l’île se nomment les Bellilois et les Belliloises.

    Toponymie

    C’est dans les écrits du géographe Ptolémée qu'apparaît pour la première fois le nom de Vindilis pour désigner Belle-Île. En gaulois, vindo1 veut dire « blanc », ou métaphoriquement « beau, brillant », et illis signifie « île ».

    Comme l'île n'apparaît pas comme blanche avec ses falaises de schiste noir, le sens de Vindilis est donc déjà celui de « belle île ».

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    Pline l’Ancien désignait quant à lui l’ensemble des îles de Groix, Belle-Île, Houat et Hoëdic sous le nom d’Insulae Veneticae, c'est-à-dire îles des Vénètes, peuple celte de navigateurs qui a également laissé son nom à la ville de Vannes.

    En vieux breton, Belle-Île est nommée Guedel ou Guadel (1029, Charte d’Alain Canhiart Comte de Cornouaille). Les désignations sous les formes grecques de kalos nésos (c’est-à-dire « belle île ») ou latines Calonessus apparaissent sur quelques cartes ou descriptions à partir du XVIe siècle2.

    À la fin du Moyen Âge, le nom de Belle-Isle est désormais utilisé en français. Avec la construction au XVIe siècle du fort de Palais, elle va être désignée en breton comme Enez ar Kêr veur, « île du grand fort », plus simplement Ar Gerveur.

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    Temporairement, sous la Révolution française, l’île fut appelée « île de l'Unité », mais ce nom ne fut jamais confirmé par décret3.

    Quinze ans plus tard, sous Napoléon Ier, la municipalité proposa la nouvelle dénomination de Belle-Isle Joséphine, mais, divorce de Napoléon oblige, cette appellation ne fut jamais acceptée.

    L’île gardera alors ses noms de Belle-Île-en-Mer en français, l’extension « en Mer » apparaissant sur les cartes du début XVIIIe siècle, et d’Enez ar Gerveur en breton.

    Au nom de Belle-Île, on ajoute parfois « la bien nommée », formule trouvée par la poétesse belliloise Éva Jouan, dans son recueil de poèmes De la grève, paru en 1896.

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     Navigation

    Abords

    Les parages de Belle-île en haute mer sont réputés favorables et accueillants comme l'attestent deux versions de la tétralogie d'Ouessant:

    Il est dit par les marins, comme le rapporte Chateaubriand...

    « Celui qui voit Belle-Isle, voit son île ; […]

    Celui qui voit Ouessant, voit son sang23. »

    Pour les navires de guerre qui partent de Brest, le dicton devient...

    « Qui voit Ouessant voit son sang.
    Qui voit Sein voit sa fin.
    Qui voit Groix voit sa joie.
    Qui voit Belle-Île, cingle sans péril24. »

    Écueils, Naufrages

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    De nombreux naufrages ont eu lieu dans les parages de Belle-île en raison des tempêtes, d'avaries ou d'écueils. Le plus terribles parmi les derniers est celui du pétrolier Erika en 1999 qui a provoqué une marée noire et la pollution de trente kilomètres de côtes25.

    Ports

    Belle-île a deux principaux ports, celui de Palais et celui de Sauzon, ainsi qu'une une vingtaine de ports naturels permettant de mettre un bateau à l'abri.

    Phares, Balises, Sémaphores

    Belle-île est balisée par trois phares...

    Le Phare de Goulphar, le phare des Poulains et le phare de Kerdonis.

    Le Grand Phare de Belle-île peut être visité.

    Secours En Mer

    La Société nationale de sauvetage en mer (SNSM)

    possède un canot nommé Ville de Palais.

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    Belle-Île-en-Mer

    Îles du Ponant

    Phare de Goulphar

    (ou grand phare de Kervilaouen)

    Phare de la pointe des Poulains

    Citadelle Vauban

    Bataille des Cardinaux

    Gazette de Belle-Île-en-Mer

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  • Où est la «vieille Zélande»

    Où est la «vieille Zélande»

    La carte est encombrée de noms dérivés d’anciens noms de lieux. Nouveau-Brunswick . New Hampshire . La Nouvelle-Orléans .  

    Le fait de quitter le pays d’origine d’un explorateur et de mettre le préfixe de «New» et de l’attribuer à un lieu qui ne ressemble guère à son nom («Old» Jersey est une île de la Manche peu peuplée , connue principalement pour ses bovins laitiers) est pratiquement son propre chapitre dans le guide pratique du colonialisme occidental .

    Grâce à la portée commerciale mondiale de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, les noms de lieux qui ont leur origine aux Pays-Bas apparaissent avec une régularité surprenante.

    Les explorateurs néerlandais et les responsables coloniaux étaient responsables de New Netherland (maintenant New York ), de New Amsterdam (maintenant New York City ) et de New Haarlem (maintenant juste Harlem ).

    Les Britanniques veilleraient à ce que ces noms soient rappelés principalement dans des chansons, le cas échéant (« Même le vieil New York était jadis New Amsterdam … »), et bien qu’ils aient remplacé le nom hollandais New Holland par l’Australie, la Nouvelle-Zélande a conservé son Origines néerlandaises.

    En décembre 1642, le navigateur néerlandais Abel Janszoon Tasman fut le premier Européen à avoir aperçu l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande , et les cartographes néerlandais lui donnèrent le nom de la province maritime néerlandaise de Zeeland .

    Située juste au nord-ouest de la ville belge d’ Anvers , la Zélande est à plus de 17 700 km de la Nouvelle-Zélande. Pour donner une idée de ce chiffre, la distance maximale entre deux points de la Terre est d’environ 20 000 km.

    La Nouvelle-Zélande se trouve pratiquement aussi loin que possible de la Zélande sans quitter la Terre.

    (Source : Britannica)

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  • Etrennes et nouvel an :
    origine et histoire
    (D’après « Lettre de Jacob Spon à Stoffel » paru en 1674
    et « Le Mercure » de juillet et décembre 1735)
    *****************
     
    En parlant des étrennes, on ne peut se dispenser de remonter, non pas aux Grecs, mais du moins aux Romains, inventeurs de cet usage. Le premier endroit de l’histoire romaine nous apprenant cette coutume est de Symmachus, auteur ancien, qui nous rapporte qu’elle fut introduite sous l’autorité du roi Tatius Sabinus — roi des Sabins et adversaire de Romulus —, qui reçut le premier la verbène(verveine) du bois sacré de la déesse Strénia, pour le bon augure de la nouvelle année.
     
     

    Soit que les Romains imaginassent quelque chose de divin dans la verbène, soit qu’ils faisaient allusion au nom de cette déesse Strénia, dans le bois de laquelle ils prenaient la verbène, avec le mot de strenuus, qui signifie vaillant et généreux : aussi le mot strena, qui signifie étrenne, se trouve quelquefois écrit strenua chez les Anciens, pour témoigner que c’était proprement aux personnes de valeur et de mérite qu’était destiné ce présent, et à ceux dont l’esprit tout divin promettait plus par la vigilance que par l’instinct d’un heureux augure.

    Tatius, roi des Sabins
    Tatius, roi des Sabins

    Après ce temps-là, l’on vint à faire des présents de figues, de dattes et de miel, comme pour souhaiter aux amis qu’il n’arrivât rien que d’agréable et de doux pendant le reste de l’année. Ensuite les Romains, quittant leur première simplicité, et changeant leurs dieux de bois en des dieux d’or et d’argent, commencèrent à être aussi plus magnifiques en leurs présents, et à s’en envoyer ce jour-là de différentes sortes, et plus considérables ; mais ils s’envoyaient particulièrement des monnaies et médailles d’argent, trouvant qu’ils avaient été bien simples, dans les siècles précédents, de croire que le miel fût plus doux que l’argent, comme Ovide le fait agréablement dire à Janus.

    Avec les présents, ils se souhaitaient mutuellement toute sorte de bonheur et de prospérité pour le reste de l’année, et se donnaient des témoignages réciproques d’amitié : et comme ils prenaient autant d’empire dans la religion que dans l’Etat, ils ne manquèrent pas d’établir des lois qui la concernaient, et firent de ce jour-là un jour de fête, qu’ils dédièrent et consacrèrent particulièrement au dieu Janus, qu’on représentait à deux visages, l’un devant et l’autre derrière, comme regardant l’année passée et la prochaine. On lui faisait ce jour des sacrifices, et le peuple allait en foule au mont Tarpée, où Janus avait quelqu’autel, tous habillés de robes neuves.

    Néanmoins, quoique ce fût une fête, et même une fête solennelle, puisqu’elle était encore dédiée à Junon, qui avait tous les premiers jours de mois sous sa protection, le peuple ne demeurait pas sans rien faire ; chacun commençait à travailler à quelque chose de sa profession, afin de n’être pas paresseux le reste de l’année.

    Enfin, l’usage des étrennes devint peu à peu si fréquent sous les empereurs, que tout le peuple allait souhaiter la bonne année à l’empereur, et chacun lui portait son présent d’argent, selon son pouvoir. Auguste en recevait en si grande quantité, qu’il avait accoutumé d’en acheter et dédier des idoles d’or et d’argent, comme étant généreux, et ne voulant pas appliquer à son profit particulier les libéralités de ses sujets.

    Le dieu Janus
    Le dieu Janus

    Tibère, son successeur, qui était d’une humeur plus sombre et n’aimait pas les grandes compagnies, s’absentait exprès les premiers jours de l’année, pour éviter l’incommodité des visites du peuple, qui serait accouru en foule pour lui souhaiter la bonne année. Ces cérémonies occupaient même si fort le peuple, les six ou sept premiers jours de l’année, qu’il fut obligé de faire un édit par lequel il défendait les étrennes, passé le premier jour. Caligula, qui posséda l’empire immédiatement après Tibère, fit savoir au peuple, par un édit, qu’il recevrait les étrennes le jour des calendes de janvier, qui avaient été refusées par son prédécesseur ; et pour cet effet il se tint tout le jour dans le vestibule de son palais, où il recevait à pleines mains tout l’argent et les présents qui lui étaient offerts par le peuple.

    Claude, qui lui succéda, abolit ce que son prédécesseur avait voulu rétablir, et défendit, par arrêt, qu’on n’eût point à lui venir présenter des étrennes, comme on avait fait sous Auguste et Caligula. Depuis ce temps, cette coutume demeura encore parmi le peuple. Les Romains pensaient qu’il y avait quelque chose de divin dans les commencements.

    Plus tard, le concile d’Auxerre, tenu en 587, défendit de faire, le premier jour de l’an, des sacrifices de génisses ou de biches et d’aller faire des vœux devant les arbres consacrés aux faux dieux. Les étrennes, jointes à des sacrifices, étaient véritablement diaboliques.

    Lorsqu’en France l’année débutait encore à Pâques, continuait-on de donner des étrennes le premier jour de janvier ? Il semble que oui. Dans les lettres du roi Jean, en date de juillet 1362 et contenant des statuts pour la confrérie des drapiers, il est dit « que ladite confrérie doit seoir le premier dimanche après les estraines, si celle de Notre-Dame n’y eschoit. » Le dimanche dont il est question ici est le premier dimanche de janvier, si l’on s’appuie sur le témoignage de Du Cange qui, dans son Glossaire, prouve, par différents passages, que lorsque l’année ne commençait qu’à Pâques, on ne laissait pas de regarder le premier jour de janvier comme le premier jour de l’année.

    Jour des étrennes. 1er janvier 1564
    Jour des étrennes. 1er janvier 1564

    L’ancienne chronique de Louis, duc de Bourbon, comte de Clermont, grand-chambrier de France conforte ce témoignage. On y lit au chapitre second : « De Clermont partit ledit duc Loys, s’en vint à son duché de Bourbonnois à Souvigny, où il arriva deux jours avant Noël, l’an de grâce 1363 ; et là vindrent par devers luis ses chevaliers et écuyers, et le quart jour des fêtes, dit aux chevaliers, le duc en riant : Je ne vous veux point mercier des biens que vous m’avez faicts, car si maintenant je vous en merciois, vous vous en voudriez aller, et ce me seroit une des grandes déplaisances que je pusse avoir... ; et je vous prie à tous que vous veuillez estre en compagnie le jour de l’an en ma

     ville de Molins, et là je vous veux étrenner de mon cœur et de ma bonne volonté que je veux avoir avec vous. »

    Et au troisième chapitre : « L’an qui courait 1363, comme dit est, advint que la veille du jour de l’an fut le duc Loys en sa ville de Molins, et sa chevalerie après lui... ; et le jour de l’an, bien matin, se leva le gentil duc pour recueillir ses chevaliers et nobles hommes pour aller à l’église de Notre-Dame de Molins ; et avant que le duc partist de sa chambre, les vint étrenner d’une belle ordre qu’il avait faicte, qui s’appeloit l’écu d’or. » Au chapitre cinq on lit enfin : « Si les commanda le duc à Dieu, et eux pris congé de lui se partirent... Les gens partis de cour, vint le jour des Rois, où le duc de Bourbon fit grande feste et lye-chère. »

    Rappelons que si sous les Mérovingiens, l’année commençait le 1er mars dans plusieurs de nos provinces, elle débuta à Noël sous Charlemagne, dans tous les territoires soumis à sa juridiction. Sous les Capétiens, le jour de l’an coïncidait avec la fête de Pâques, usage presque général au Moyen Age. En certains lieux, l’année changeait le 25 mars, fête de l’Annonciation. Le concile de Reims, tenu en 1235, mentionne cette date comme « l’usage de France ». C’est le roi Charles IX qui rendit obligatoire, en 1564, la date du 1er janvier comme origine de l’année.

    A la fin du XIXe siècle, avec l’apparition du Père Noël dans la publicité des grands magasins, la coutume d’offrir des cadeaux le 1er janvier disparut, le jour des étrennes se confondant dès lors avec celui de Noël : on offrit les cadeaux le 25 décembre.

     

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  • Etrennes (Le temps des) et tentative
    de suppression par l’Assemblée
    nationale constituante en 1789
    (D’après « Le Petit Parisien » du 31 décembre 1911)
     
    **************
     
    Le 31 décembre 1911, le chroniqueur Jean Frollo du Petit Parisiens’attarde sur la coutume bien enracinée des étrennes marquant le début de l’année, tradition indifférente aux variations de la date fixée pour ce commencement, et renaissant après que la Révolution a tenté de l’éradiquer
     
     

    A l’heure où nous sommes, il y a de l’impatience dans bien des cœurs, écrit Jean Frollo. Nous voici à la veille du 1er janvier, et, par conséquent, des étrennes. On fait le compte de ce que l’on va offrir, mais on voudrait bien savoir aussi ce qu’on va recevoir.

    Le commencement de l’année a toujours été une occasion de plaisirs, de réjouissances et de cadeaux réciproques. Il semble que les soucis, les maux, les chagrins prennent fin avec l’an qui se termine. Tout se pare des couleurs de l’espérance. Un vieux proverbe français le dit très heureusement, dans sa jolie concision :

     

    An de nouveau,
    Tout nous est beau

     

     

    Il en était ainsi pour les anciens. Les Romains célébraient de cent manières différentes ce premier jour de la nouvelle année, consacré à Janus, de qui les deux visages regardaient à la fois le passé et l’avenir. On offrait au dieu des dattes, des figues, des gâteaux, du miel ; les artistes et les artisans ébauchaient la matière de leurs ouvrages, dans la conviction que ce travail leur serait favorable ; on échangeait des compliments, des vœux, des présents, etc.

    On sait que le début de l’année a souvent varié. Mais, quelle que fût sa date, les souverains et les seigneurs du Moyen Age échangeaient en cette circonstance des présents somptueux. On voit figurer, pour cet objet, trente livres tournois dans la comptabilité du duc de Berry. Plus tard, chacun voulut donner les siens, et, la vanité s’en mêlant, on dépensa énormément pour éblouir ses amis, lesquels, à leur tour, se piquaient d’honneur.

    Il y eut parfois des étrennes singulières. Par exemple, Ménage rapporte qu’en 1675 Mme de Tianges donna en étrennes, au duc du Maine, une chambre toute dorée, grande comme une table. Au-dessus de la porte il y avait, en grosses lettres : Chambre du Sublime. Au dedans, un lit et un balustre, avec un grand fauteuil, dans lequel était assis le duc du Maine, fait en cire, et fort ressemblant. Auprès de lui se tenait M. de La Rochefoucauld, auquel il donnait des vers pour les examiner. A côté du fauteuil on voyait aussi Marcillac et Bossuet. A l’autre bout de l’alcôve, Mme de Tianges et Mme de Lafayette lisaient des vers ensemble. Au dehors, Boileau, armé d’une fourche, empêchait sept ou huit méchants poètes d’approcher. Racine était près de Boileau, et, un peu plus loin, La Fontaine, auquel il faisait signe d’avancer. Toutes ces figures étaient de cire.

    Dans quelques pays, les cadeaux du jour de l’an se confondent avec ceux de Noël. Au début du XXe siècle encore, à Rome, les principales boutiques de confiserie et de marchands de jouets, étaient décorées de guirlandes, au milieu desquelles, entourée de mille objets, se voyait une vieille femme à vêtements noirs, au visage barbouillé de suie, et tenant une lettre à la main. C’était la befana, le fantôme descendu par la cheminée pour apporter des bonbons aux enfants sages et des verges pour les méchants. La lettre qu’elle portait était supposée avoir été adressée au petit Jésus par un bambin demandant son présent de Noël. Dans beaucoup de maisons, la befana était assise sous le manteau de la cheminée.

    Le bouleversement qui clôtura le dix-huitième siècle fit disparaître les étrennes pour un temps. On conçoit que lorsque le calendrier grégorien eut été supprimé par la Convention, qui ne plaisantait pas, nul ne se serait avisé de commémorer le 1er janvier. Cette fantaisie aurait pu avoir son épilogue sur la guillotine. Auparavant, les étrennes – mais des étrennes d’un genre particulier – avaient été prohibées par l’Assemblée nationale constituante, et le fait est intéressant à rappeler.

    Dans sa séance du 27 novembre 1789, cette Assemblée s’occupa de la question des étrennes. Le rapporteur du comité des finances, Le Brun, expliqua que ce comité cherchait à réprimer les désordres et les scandales qui marquaient le retour du 1er janvier, dans les administrations, lorsqu’il avait appris que Necker venait de défendre les dons d’étrennes dans les divers services de son ministère. En conséquence, il demandait à l’Assemblée d’étendre cette défense à toutes les organisations publiques.

    La proposition rencontra l’accueil le plus favorable, et, à, une grande majorité, le décret suivant fut adopté :

    « L’Assemblée nationale, considérant que toute fonction publique est un devoir ; que tous les agents de l’administration étant salariés par la nation, doivent à la chose publique leurs travaux et leurs soins ; que ministres nécessaires, ils ne peuvent accorder ni faveur, ni préférence, et par conséquent n’ont nul droit à une reconnaissance particulière ; considérant encore qu’il importe à la régénération des mœurs, autant qu’à l’économie des finances et des administrations particulières des provinces, villes ou villages, etc., d’anéantir le commerce de vénalité et de corruption qui se fait sous le nom d’étrennes, vins de ville, gratifications, etc.,

     

    « A décrété et décrète qu’à partir du 1er janvier prochain, il ne sera permis à aucun agent de l’administration et à aucun de ceux qui, en chef ou en sous-ordre, exercent quelques fonctions publiques, de rien recevoir comme étrennes, gratifications, etc., sous quelque dénomination, que ce soit, des compagnies, administrations, provinces, communautés, villes, etc., sous peine de concussion.

    Aucune dépense pareille ne sera allouée dans les comptes desdites compagnies, administrations, villes, corps et communautés. »

    Lorsque Bonaparte eut aboli le calendrier révolutionnaire, le 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805), le jour de l’an rentra dans tous ses droits, et l’on vit reparaître les étrennes. Pendant le premier Empire, les porcelaines étaient encore au nombre des cadeaux principaux, mais l’on offrait aussi d’autres objets, parmi lesquels des écrans à double surprise, représentant, à travers des transparents adroitement ménagés, une scène de la Vestale, le fameux opéra de Spontini, dont la vogue était alors immense. On donnait également des meubles de Thomire, des bijoux de Sensier, les corbeilles de La Boullec, les étoffes de Lyon de chez Ybert, des flacons d’Eau de Ninon, etc.

    Chacun s’ingéniait pour plaire, et y réussissait le plus souvent. Cet art heureux s’est perpétué jusqu’à nous. On en aura la preuve demain, et je ne puis mieux achever cet article sur les étrennes qu’en souhaitant à tous mes lecteurs d’en recevoir beaucoup et de charmantes.

     

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  • Escarpolette (Méfiez-vous de la corde d’)
    (D’après « Le Bulletin polymathique du Muséum d’instruction
    publique de Bordeaux ou Journal littéraire, historique
    et statistique du département de la Gironde » paru en 1817)
     
    *****************
     
    Consistant à se balancer sur une corde attachée à deux arbres et sur laquelle on adapte parfois une espèce de fauteuil enveloppé d’un filet, le jeu de l’escarpolette remonterait aux fêtes données en l’honneur du vigneron Icarius, suite à son assassinat
     
     

    Un des jeux favoris des jeunes gens des deux sexes est celui de l’escarpolette : il consiste à se balancer sur une corde attachée à deux arbres ; quelquefois on adapte à cette corde une espèce de fauteuil enveloppé d’un filet, et cette dernière escarpolette est la plus commode et la plus sûre pour les dames.


    Partie d’escarpolette

    L’origine de ce jeu remonterait jusqu’à la mort d’Icarius, fils d’OEbalus et père d’Erigone dans la Mythologie grecque. Bacchus ayant été accueilli chez Icarius, y séjourna quelque temps et lui enseigna l’art de cultiver la vigne et d’en exprimer le jus pour faire le vin. Le fils de Jupiter ne borna point ses leçons au père : il trouva la fille digne de ses soins, et comme il s’aperçut qu’elle résistait à de certaines instances, mais qu’elle avait un grand faible pour le raisin, il se métamorphosa en une grappe vermeille qui séduisit la trop confiante Erigone, et il ne reprit sa première forme que pour jouir de la rougeur et de la confusion de sa victime.

     

    Le temps de la vendange étant arrivé, Icarius invita les pasteurs du territoire d’Athènes à boire les prémices du jus de la treille ; mais ces bonnes gens ne connaissant point cette liqueur, ils en furent enivrés jusqu’à perdre la raison ; de sorte que d’autres les croyant empoisonnés, tombèrent sur Icarius, le tuèrent et le jetèrent dans un puits. Aussitôt les femmes de ces pasteurs furent transportées d’une fureur qui dura jusqu’à ce que l’oracle eût ordonné des fêtes en l’honneur d’Icarius. Ces fêtes furent nommées les jeux Icariens. On les célébrait en se balançant sur une corde attachée à deux arbres.

    Érigone ne prévoyant guère le malheur qui la menaçait, se promenait dans une vigne de son père où elle faisait aussi une petite vendange pour son compte. Tout à coup elle se sentit tirée par sa tunique, et se retournant elle aperçut Mera, petite chienne d’Icarius, qui n’abandonnait jamais son maître. Surprise et inquiète de l’action de cet animal, elle suivit en tremblant le chemin qu’il lui indiqua en marchant devant elle, et arriva au puits où le corps de son père avait été jeté. À cette vue, elle se pendit de désespoir ; Mera mourut de douleur, et Jupiter, que cet évènement intéressait, les transporta tous au ciel. Icarius y devint la constellation de Bootès ou du Bouvier ; Erigone, le signe de la Vierge, et Mera, celui de la canicule, dans lequel, lorsque le soleil est entré, il fait extrêmement chaud pendant quarante jours.

     

     
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  • Épouvantails pour enfants parisiens :
    moine bourru, Croquemitaine
    et Bras de Fer
    (D’après « Revue des traditions populaires », paru en 1891)
     
    *******************
     
    Où l’on apprend qu’au moine bourru succéda le célèbre Croquemitaine, capable de débusquer un enfant qui pleure et de pénétrer dans une maison portes et fenêtres closes, et aidé de son geôlier Bras de Fer, lequel tenait une maison de correction dotée de plusieurs salles destinées à accueillir, suivant la nature de leurs délits, les enfants coupables afin qu’ils fassent pénitence...
     
     

    Avant Croquemitaine, les bonnes et les nourrices épouvantaient les enfants de la menace du moine bourru. Ce fantôme imaginaire parcourait les rues de la capitale pendant la nuit et tordait le cou à ceux qui mettaient la tête à la fenêtre ; dès le XVIIesiècle, il ne faisait plus peur aux grandes personnes, mais, ainsi que le dit le Parnasse satyrique, il était redouté des enfants de Paris :

    Moine bourru, dont on se moque,
    Effroi des petits enfants.

    Il se permettait aussi un grand nombre de tours de passe-passe comme les méchants lutins.

    Croquemitaine
    Au moine bourru succéda Croquemitaine ; c’était une espèce d’ogre dont les Parisiens menaçaient les enfants indociles ; on leur disait que ce terrible personnage n’avait plus de dents et ne pourrait les manger, mais qu’il leur donnerait le fouet et les renfermerait dans un cachot jusqu’à ce qu’ils fussent devenus sages. Voici, du reste, sa légende, telle qu’on la racontait encore au milieu du XIXe siècle aux enfants :

    « Croquemitaine, fils de Gargantua et de Madame Lavaloire, sa seconde femme, est loin de ressembler à son père. Il a le nez fait comme le bec d’un perroquet, et surmonté d’une énorme verrue, la bouche fendue jusqu’aux oreilles, le menton terminé par une petite pointe retroussée s’avançant au niveau du nez, les yeux rouges et à peine visibles, tant ils sont enfoncés ; des cheveux crépus comme ceux des nègres et couleur carotte, ombragent un front petit et tout ridé. Sa taille répond à sa figure : le dos voûté, une bosse devant l’estomac, des jambes torses et des mains crochues le rendent assez semblables à Polichinelle.

    « Gargantua, irrité d’avoir un fils si peu fait pour soutenir sa réputation, l’a nommé, dans son dépit, Croquemitaine ; il lui a interdit à jamais sa table comme indigne d’y figurer et a décidé qu’il n’aurait d’autre emploi que celui de châtier les petits enfants. Toutefois, comme il était un grand magicien, le géant a doué son fils de plusieurs avantages.

    « Sans sortir de chez lui, Croquemitaine peut entendre pleurer un enfant, en quelque endroit qu’il soit ; il sait aussi distinguer si ces pleurs sont de souffrance ou de méchanceté ; il entend la voix des pères et des mères, et, par un pouvoir surnaturel, il peut se montrer tout à coup à leurs yeux. Les portes fermées, les fenêtres bien closes ne l’empêchent pas d’entrer, parce qu’il descend par la cheminée comme les ramoneurs ; souvent même il en prend l’habit et se sert de son grand sac noir pour emporter les petits enfants.

    « Lorsque Croquemitaine va en voyage, il se sert d’un rhinocéros qui court comme le vent et fait des enjambées d’une demi-lieue. Avec cet animal sans pareil, Croquemitaine n’a besoin ni de selle, ni de bride ; il le prend par la corne qu’il a sur le nez, s’élance dessus et lui dit où il veut être conduit ; cela suffit.

    « Dès que Croquemitaine est appelé, il part, et, s’il lui plaît, pour ne pas salir ses habits en descendant par la cheminée, d’entrer par la porte, il donne un coup de poing qui fait trembler toute la maison, jette la serrure en dedans, envoie les verrous les plus solides au milieu de la chambre. C’est qu’il faut dire que Croquemitaine, très brutal de son naturel, ne se donne pas la peine de tirer la sonnette.

    « Quand un papa ou une maman a dit à Croquemitaine d’emmener un petit mutin, malheur à celui qui voudrait s’y opposer. »

    Bras de Fer
    Bras de Fer est l’aide et le geôlier de Croquemitaine ; c’est lui qui achète les verges, les bonnets d’âne pour les ignorants, les langues rouges pour les rapporteurs et les menteurs ; les carcans, les robes de bure et les calottes de cuir pour les désobéissants ; le pain noir rempli de paille pour les gourmands, et, en général, tous les instruments de pénitence.

    La maison de correction, placée sous la garde de Bras de Fer, est distribuée en plusieurs salles et contient des cachots souterrains.

    Dans la première salle Bras de Fer met les enfants qui ne veulent pas marcher à la promenade pour qu’on les porte. Une méchante femme, qui tient à la main un martinet fait de lanières de cuir avec des nœuds, les fait courir de force autour de la chambre et les fouette lorsqu’ils s’arrêtent. Cet exercice a lieu matin et soir, deux heures chaque fois.

     

    Dans la seconde salle, les entêtés, vêtus d’une robe sale et d’un bonnet de nuit, doivent rester quatre heures à genoux, ensuite avoir le fouet.

    Dans la troisième salle, les gourmands restent huit jours sans manger autre chose que du pain noir.

    Dans la quatrième salle, les rapporteurs ont une langue de drap rouge qui tombe jusqu’à terre. On leur donne le fouet deux fois par jour pendant une semaine.

    Dans la cinquième salle sont les ignorants qui ne veulent pas apprendre leurs leçons, on les tient à genoux coiffés d’un bonnet d’âne et ils reçoivent le fouet d’heure en heure jusqu’à ce qu’ils aient récité sans fautes.

    Dans ces salles il y a, pour lits, des paillasses et des fagots d’épines pour les plus méchants. Mais, dans les souterrains, les punitions appliquées par Bras de Fer aux fainéants, aux désobéissants, aux menteurs, aux impertinents, aux orgueilleux, à ceux qui sont d’un caractère violent, emporté, enfin à tous ceux qui annoncent des inclinations dangereuses, sont beaucoup plus rigoureuses.

     

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  • Épices aromatiques pour stimuler
    l’estomac et... rétribuer les juges !
    (D’après « Curiosités historiques et littéraires », paru en 1897)
     
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    Selon Legrand d’Aussy, nos ancêtres avaient une véritable passion pour les assaisonnements forts, ce goût participant d’un principe d’hygiène : accoutumés à des nourritures très substantielles, qu’ils consommaient d’ailleurs avec l’appétit que donne l’habitude des grands exercices physiques, ils croyaient que leur estomac avait besoin d’être aidé dans ses fonctions par des stimulants. En outre, les épices pouvaient tenir lieu de rétribution des juges.
     
     

    D’après ces idées, non seulement ils firent entrer beaucoup d’aromates dans leur nourriture, mais ils imaginèrent même d’employer le sucre pour les confire ou les envelopper, et de les manger ainsi, soit au dessert comme digestif, soit dans la journée comme corroborants. « Après les viandes, on sert chez les riches, pour faire la digestion, de l’anis, du fenouil et de la coriandre confits au sucre », rapportent les Triomphes de la noble Dame. Il y eut des dragées faites avec de la coriandre et du genièvre, qu’on appelait dragées de Saint-Roch, parce qu’on les croyait propres à préserver du mauvais air et de la peste. Quant au peuple, à qui ses facultés ne permettaient pas ces superfluités très coûteuses, vu le prix très élevé du sucre et des épices fines apportées d’Orient, il mangeait les épices indigènes sans aucune préparation.

     

    Ce sont ces aromates confits que l’on nomma proprement épices, et dont le nom se trouve si souvent répété dans nos anciennes histoires. Ce sont eux qui formaient presque exclusivement les desserts, car les fruits, réputés froids, se mangeaient au commencement du repas. On servait les épices avec différentes sortes de vins artificiels, seules liqueurs alors connues. De là cette commune façon de parler : après le et les épices, pour dire après la table.

    Les sucreries ont été longtemps comprises sous le nom d’épices, ou mieux espices, expression dont au premier coup d’œil il est assez difficile d’apercevoir l’origine. Dans la basse latinité on se servait du mot species pour désigner les différentes espèces de fruits que produit la terre. Dans Grégoire de Tours, notre plus ancien historien, par exemple, il signifie du blé, du vin, de l’huile. Cependant, quand on parla d’aromates, on distingua ceux-ci par l’épithète aromatiques, qu’on ajouta au mot species. Par la suite, l’expression latine ayant passé dans la langue française, ces dernières productions devinrent espices aromatiques, puis, par abréviation, on ne dit plus qu’espices, et enfin épices et épiceries.

    Quoique les épices orientales fussent connues en Occident bien avant les croisades, elles ne commencèrent cependant à y devenir un peu communes qu’après que ces expéditions eurent fait naître et affermi le commerce des Occidentaux avec le Levant. Malgré ce débouché nouveau, les frais que les épiceries exigeaient pour être transportées de l’Inde dans la Méditerranée étaient tels qu’elles furent toujours énormément chères. Mais cette cherté même, la sorte d’estime qu’on attache d’ordinaire à ce qui est rare, et qui vient de loin, leur odeur agréable, la saveur, les vertus hygiéniques qu’elles ajoutaient aux boissons et aux aliments, leur donnèrent un prix infini. Chez nos poètes du Moyen Age on voit souvent les mots de cannelle, de muscade, de girofle et de gingembre. Veulent-ils donner l’idée d’un parfum exquis, ils le comparent aux épices. Veulent-ils peindre un jardin merveilleux, un séjour des fées, ils y plantent les arbres qui produisent ces aromates précieux.

    Nous pouvons noter ici que l’idée de trouver et conquérir le pays des épicesentra largement en compte dans les espérances de Christophe Colomb quand il projeta ses découvertes. D’après l’estime qu’on faisait des épices, l’on ne saurait être surpris qu’elles aient été regardées comme constituant un présent très honorable. Aussi était-ce un de ceux que les corps municipaux croyaient pouvoir offrir aux personnes de la plus haute distinction dans les cérémonies d’éclat, aux gouverneurs des provinces, aux rois mêmes, quand ils faisaient leur entrée dans les villes. Ce don était encore fort usité à la fin du dix-septième siècle.

    A la nouvelle année, aux mariages, aux fêtes des parents, on donnait des épices, et les boîtes de dragées ou de confitures sèches que l’on distribue encore à propos des baptêmes et, en de certaines régions, à propos des fiançailles, sont un vestige de l’ancienne coutume. Quand on avait gagné un procès, on allait par reconnaissance offrir des épices à ses juges. Ceux-ci, quoique les ordonnances royales eussent réglé que la justice serait absolument gratuite, se crurent permis de les accepter, parce que, en effet, un présent aussi modique n’était pas fait pour alarmer la probité. Bientôt cependant l’avarice et la cupidité changèrent en abus vénal ce tribut de gratitude. Saint Louis décréta que les juges ne pourraient recevoir dans la semaine plus de dix sous en espices.

    Philippe le Bel leur défendit d’en accepter plus qu’ils ne pourraient en consommer journellement dans leur ménage. Mais le pli était pris, la coutume était établie. Au lieu de ces paquets de bonbons, dont la multiplicité embarrassait et dont on ne pouvait se défaire qu’avec perte, les magistrats trouvèrent plus commode d’accepter de l’argent. Pendant quelque temps il leur fallut une permission particulière pour être autorisés à cette nouveauté. Aussi voyons-nous alors les plaideurs qui avaient gagné leur procès présenter requête au parlement pour demander à gratifier leurs juges d’un présent.

    Lorsqu’ils furent accoutumés à cette forme de rétribution, les juges oublièrent qu’en principe elles avaient été libres ; ils en vinrent à penser qu’elles leur étaient dues, et en 1402 un arrêt intervint qui les déclara telles. Les plaideurs, de leur côté, au lieu d’attendre l’issue du procès pour payer les espices, ne craignirent pas de les présenter d’avance à des juges, qui les acceptèrent sans aucun scrupule. Et les juges ne tardèrent pas à transformer en tradition normale cette nouvelle coutume ; de là cette formule si célèbre, qu’on lit en marge des rôles sur les anciens registres du parlement : non deliberetur donec solvantur species (il ne sera pas délibéré avant que les épices aient été payées). Jusqu’à la Révolution, d’ailleurs, les honoraires des juges ont conservé le nom d’épices.

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  • Épée d’académicien : accessoire
    forçant le respect mais un brin guerrier ?
    (D’après « Annales politiques et littéraires » paru en 1911,
    « Le Figaro » du 16 juin 2011 et l’Institut de France)
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    Si, à la différence du costume d’académicien, aucun texte ne rend l’épée obligatoire, elle constitue, en tant qu’attribut personnel du nouvel académicien, un objet à forte charge symbolique, encourageant l’attitude noble et le geste étudié. Mais qui sait si, considérée comme le vestige d’une époque barbare, elle ne sera pas un jour prohibée, au même titre que pourrait l’être le célèbre glaive de Dame Justice ?
     
     

    L’épée est certainement, de toute la tenue, l’accessoire qui attire le plus l’attention des petits garçons assistant à la métamorphose de leur papa ou de leur oncle, écrit en 1911 le romancier, poète et journaliste français Miguel Zamacoïs dans un article des Annales politiques et littéraires. J’avoue que, si j’étais là, c’est aussi l’épée qui m’intriguerait ; c’est elle que je regarderais de tout près et que je voudrais toucher, ajoute notre auteur.

    Quoi qu’on dise, une épée, c’est toujours impressionnant, poursuit-il ; on a beau savoir que cette épée ne sert pas, cela, n’empêche pas, puisqu’elle a une poignée et une lame, qu’elle pourrait servir si une occasion extraordinaire se présentait — si, par exemple, un jour de séance publique, le palais Mazarin était attaqué par l’Académie des Goncourt. Et cette éventualité suffit pour la faire profiter, cette épée, d’une sorte de respectueuse et admirative déférence.

    L'habit vert fut institué en 1801 par le Premier consul Bonaparte, le port de l'épée n'étant pas inscrit dans les textes
    L’habit vert fut institué en 1801 par le Premier consul Bonaparte,
    le port de l’épée n’étant pas inscrit dans les textes

     

    On ne niera pas que c’est à l’épée que le costume d’académicien doit une grande partie de son chic. Elle lui communique un je ne sais quoi de militaire, de chevaleresque, de romantique, dont il a besoin pour compenser la banalité et le prosaïsme des pardessus, des foulards et des cache-nez. C’est grâce à l’épée que le costume d’académicien n’est pas que l’uniforme d’un homme de bureau de génie. L’épée l’oblige à ressembler vaguement à une tenue de général, d’amiral, ou, tout au moins, de préfet ou de diplomate. Malgré lui, et parce qu’il a une épée au côté, l’académicien, lorsqu’il a naturellement une allure bourgeoise, bombe le torse et cambre la jambe dans la mesure où sa structure et son âge le lui permettent.

    L’épée est le stimulant de l’attitude ; c’est l’encouragement au geste plus étudié et plus noble ; elle empêche celui qui la porte de mettre la main dans sa poche, au moins du côté gauche ; elle lui donne même l’idée de mettre la main sur la poignée, ce qui est le geste complémentaire d’une démarche digne.

    Mon regret, confie Miguel Zamacoïs, c’est de ne pas connaître assez intimement un académicien pour lui demander de jouer avec son épée. J’aimerais à la tirer du fourreau et à essayer sur mon doigt la pointe et le tranchant. Car les épées des académiciens, n’en déplaise aux mauvais plaisants, ont parfaitement une lame attenant à la poignée de nacre, laquelle n’est pas du tout vissée simplement sur un fourreau vide. La lame existe ; seulement, cette lame ne pique ni ne coupe, n’étant vouée à aucune besogne homicide, Dieu merci !

    Pourquoi les académiciens ont-ils une épée ? s’interroge notre romancier. C’est, apparemment, parce qu’à l’époque où fut adopté leur costume il n’était pas d’uniforme officiel sans épée. On ne conçoit pas d’autre explication, à moins que cette arme n’ait un sens symbolique et ne signifie que l’élite intellectuelle littéraire et scientifique de la France doit pourfendre sur la route du progrès, avec l’épée de la pensée, l’obscurantisme malfaisant ! Joli sujet, d’ailleurs, pour un panneau décoratif.

    Les membres de l’Académie fondée en 1635 appartenant à la maison du roi et dotés du droit de harangue, étaient autorisés à porter une épée d’ordonnance à poignée dorée. La Révolution sonna le glas de l’arme, mais très vite les académiciens demandèrent à avoir un signe distinctif susceptible de les distinguer lors des séances publiques. Une décision du 8 thermidor an VIII (27 juillet 1800) réduisit le signe distinctif des membres de l’Institut à une canne de la mesure de un mètre, surmontée d’un pommeau portant la médaille « de l’Institut national ». En 1801 fut institué l’habit vert, avant que l’Empire ne remette finalement les habitudes de cour au goût du jour et l’arme avec.

    Épée remise à un historien de l'antiquité romaine
    Épée remise à un historien de l’antiquité romaine

     

    La plus ancienne épée d’académicien personnalisée est celle du peintre de marine Horace Vernet, élu à l’Académie des beaux-arts en 1826. Elle porte sur la garde une palette, des pinceaux et les initiales H. V. entourées d’attributs guerriers et d’un profil d’homme fumant la pipe.

    La coutume a voulu au XXe siècle que l’épée fût offerte par les amis et admirateurs du nouvel élu, personnes physiques ou morales. Au lieu d’une vulgaire épée, elle devient œuvre d’art à laquelle les soins des plus grands orfèvres sont consacrés, les moindres parties rappelant un des titres de l’éminent possesseur. Symboles, hommages, charades, l’épée est pensée du pommeau à la bouterolle. D’autres préfèrent l’anonymat de l’histoire, ou doivent s’en contenter quand le Comité de l’épée n’a pas réuni des fonds suffisants pour envisager le financement d’une œuvre originale.

    Miguel Zamacoïs note en 1911 qu’il est probable qu’un jour prochain l’épée à poignée de nacre, qui fait si bien sur la bande des lauriers verts brodés, sera sacrifiée, avance notre journaliste. Il se trouvera bientôt quelqu’un pour trouver à cet accessoire inoffensif une signification grave. On l’accusera d’être un vestige d’une époque de barbarie, de tyrannie et de militarisme, ou bien un esprit positif et pratique demandera à quoi ça sert, et comme, en effet, cela ne sert à rien, pas même à ouvrir les lettres, un décret somptuaire supprimera l’épée qui mettait, c’est le cas de le dire, un je ne sais quoi de piquant dans la tenue de nos Immortels.

    Au fait, pourquoi laisserait-on une arme entre les mains de grands littérateurs, de grands savants et de grands artistes, qui n’en ont que faire ? s’interroge-t-il. On l’enlève bien à la personnalité symbolique dont c’était un des deux attributs, j’ai nommé la Justice, aussi célèbre par son glaive que par ses balances.

    Le glaive est, à présent, un attribut sans signification et même un peu ridicule, avance, un brin provocateur, notre chroniqueur. Il importe que les peintres et les sculpteurs, ordinairement chargés des commandes de l’État soient prévenus ; ils éviteront de présenter des projets démodés : la grosse dame à forte stature tenant immanquablement dans la senestre une balance à peser les produits pharmaceutiques et, dans la dextre, un terrible couteau à deux tranchants. Le couteau à deux tranchants est devenu un anachronisme et suffirait, depuis la victoire des idées de clémence et d’indulgence quand même, à empêcher la commande.

    Épée remise à un médiéviste, spécialiste de l'histoire de la pensée au Moyen Âge
    Épée remise à un médiéviste, spécialiste de l’histoire de la pensée au Moyen Âge

     

    Une effigie de la Justice peut encore avoir dans la senestre une balance, pourvu que l’on ne fasse pas la gaffe de lui donner deux poids et deux mesures ; mais, sous aucun prétexte, elle ne doit tenir un glaive dans la dextre.

    Le glaive sera remplacé dorénavant, dans tous les portraits de la Justice déjà placés dans les prétoires de France ou dans tous ceux ultérieurement commandés, soit par un petit bateau symbolisant la commutation de la peine de mort en relégation aux colonies et le petit voyage d’agrément auquel cette commutation donne droit, soit en un petit cottage coquet figurant la mignonne villa dont tout assassin peut, à présent, espérer devenir propriétaire au bout de quelques mois, pour peu qu’il ait l’hypocrisie facile, affirme qu’il ne l’a pas fait exprès, et s’applique dans l’exécution des menus travaux à peine forcés qui lui sont confiés.

    Laissons passer le temps, et, un jour, l’attribut symbolique que nos artistes devront mettre dans la main droite de la Justice, ce sera la palme du martyre, destinée aux pauvres criminels, victimes innocentes des mauvais instincts, des passions, des fureurs impulsives, des réflexes destructeurs et des atavismes sanguinaires.

     

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