• Du triste coeur vouldrois la flamme estaindre

    Du triste coeur vouldrois la flamme estaindre...............Mellin de SAINT-GELAIS 1487 - 1558

    Du triste coeur vouldrois la flamme estaindre, 
    De l'estomac les flesches arracher, 
    Et de mon col le lien destacher, 
    Qui tant m'ont peu brusler, poindre et estraindre ;

    Puis l'ung de glace et l'aultre de roc ceindre, 
    Le tiers de fer apris à bien trencher, 
    Pour amortir, repousser et hascher 
    Foeuz, dardz et neuds, sans plus les debvoir craindre.

    Et les beaux yeulx, la bouche et main polie, 
    D'où vient chaleur, traict et reth si soubdaine, 
    Par qui amour m'ard, me poinct et me lye,

    Vouldrois tourner eulx en claire fontaine, 
    L'aultre en deux brins de Corail joinctz ensemble, 
    L'autre en yvoire, à qui elle ressemble.
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  • Le soir, dans une vallée

    Déjà le soir de sa vapeur bleuâtre 
    Enveloppait les champs silencieux ; 
    Par le nuage étaient voilés les cieux : 
    Je m'avançais vers la pierre grisâtre. 
    Du haut d'un mont une onde rugissant 
    S'élançait : sous de larges sycomores,
    Dans ce désert d'un calme menaçant,
    Roulaient des flots agités et sonores.
    Le noir torrent, redoublant de vigueur,
    Entrait fougueux dans la forêt obscure 
    De ces sapins, au port plein de langueur,
    Qui, négligés comme dans la douleur, 
    Laissent tomber leur longue chevelure,
    De branche en branche errant à l'aventure.
    Se regardant dans un silence affreux,
    Des rochers nus s'élevaient, ténébreux ;
    Leur front aride et leurs cimes sauvages 
    Voyaient glisser et fumer les nuages :
    Leurs longs sommets, en prisme partagés,
    Etaient des eaux et des mousses rongés.
    Des liserons, d'humides capillaires,
    Couvraient les flancs de ces monts solitaires ;
    Plus tristement des lierres encor 
    Se suspendaient aux rocs inaccessibles ;
    Et contrasté, teint de couleurs paisibles,
    Le jonc, couvert de ses papillons d'or,
    Riait au vent sur des sites terribles.
    Mais tout s'efface, et surpris de la nuit, 
    Couché parmi des bruyères laineuses, 
    Sur le courant des ondes orageuses 
    Je vais pencher mon front chargé d'ennui. 
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  • Retraite

    Remonte, lent rameur, le cours de tes années,
    Et, les yeux clos, suspends ta rame par endroits...
    La brise qui s’élève aux jardins d’autrefois
    Courbe suavement les âmes inclinées.

    Cherche en ton coeur, loin des grand’routes calcinées,
    L’enclos plein d’herbe épaisse et verte où sont les croix.
    Écoutes-y l’air triste où reviennent les voix,
    Et baise au coeur tes petites mortes fanées.

    Songe à tels yeux poignants dans la fuite du jour.
    Les heures, que toucha l’ongle d’or de l’amour,
    À jamais sous l’archet chantent mélodieuses.

    Lapidaire secret des soirs quotidiens,
    Taille tes souvenirs en pierres précieuses,
    Et fais-en pour tes doigts des bijoux anciens.
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  • Le coeur volé

    Mon triste coeur bave à la poupe,
    Mon coeur couvert de caporal :
    Ils y lancent des jets de soupe,
    Mon triste coeur bave à la poupe :
    Sous les quolibets de la troupe
    Qui pousse un rire général,
    Mon triste coeur bave à la poupe,
    Mon coeur couvert de caporal !

    Ithyphalliques et pioupiesques
    Leurs quolibets l'ont dépravé !
    Au gouvernail on voit des fresques
    Ithyphalliques et pioupiesques.
    Ô flots abracadabrantesques,
    Prenez mon coeur, qu'il soit lavé !
    Ithyphalliques et pioupiesques
    Leurs quolibets l'ont dépravé !

    Quand ils auront tari leurs chiques,
    Comment agir, ô coeur volé ?
    Ce seront des hoquets bachiques
    Quand ils auront tari leurs chiques :
    J'aurai des sursauts stomachiques,
    Moi, si mon coeur est ravalé :
    Quand ils auront tari leurs chiques
    Comment agir, ô coeur volé ?
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  • Ton esprit est, Ronsard,...

    Ton esprit est, Ronsard, plus gaillard que le mien ; 
    Mais mon corps est plus jeune et plus fort que le tien ; 
    Par ainsi je conclus qu'en savoir tu me passe 
    D'autant que mon printemps tes cheveux gris efface. 
    L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner, 
    Doit être à plus haut prix que celui de régner. 
    Tous deux également nous portons des couronnes 
    Mais, roi, je la reçus ; poète, tu la donnes. 
    Ton esprit enflammé d'une céleste ardeur 
    Éclate par soi-même, et moi par ma grandeur. 
    Si du côté des Dieux je cherche l'avantage, 
    Ronsard est leur mignon et je suis leur image. 
    Ta lyre, qui ravit par de si doux accords, 
    Te soumet les esprits dont je n'ai que les corps ; 
    Elle s'en rend le maître et te fait introduire 
    Où le plus fier tyran n'a jamais eu d'empire, 
    Elle amollit les coeurs et soumet la beauté :
    Je puis donner la mort, toi l'immortalité.
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  • L'amour de mes pensers...

    L'amour de mes pensers, comme de son pinceau, 
    Vous peint à mon esprit, si je clos ma paupière, 
    Je vous vois en dormant, si je suis sans lumière, 
    Pour m'éclairer de nuit vous êtes mon flambeau.

    Si je suis sur la terre, ou si je suis sur l'eau, 
    Vous me suivez sur terre, et dessus la rivière, 
    Car je vous vois toujours et devant et derrière 
    La croupe du cheval, la poupe du bateau.

    Encor que de mon corps le vôtre soit absent, 
    A mon esprit toujours votre corps est présent :
    Concevez-vous cela, ma divine maîtresse ?

    Si pénétrer les corps par son agilité 
    Est la propre action de la divinité, 
    L'amour m'avait bien dit que vous étiez déesse.
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