• Les saisons et l'amour

    Le gazon soleilleux est plein 
    De campanules violettes, 
    Le jour las et brûlé halette 
    Et pend aux ailes des moulins.

    La nature, comme une abeille, 
    Est lourde de miel et d'odeur, 
    Le vent se berce dans les fleurs 
    Et tout l'été luisant sommeille.

    - Ô gaieté claire du matin 
    Où l'âme, simple dans sa course, 
    Est dansante comme une source 
    Qu'ombragent des brins de plantain !

    De lumineuses araignées 
    Glissent au long d'un fil vermeil, 
    Le coeur dévide du soleil 
    Dans la chaleur d'ombre baignée.

    - Ivresse des midis profonds, 
    Coteaux roux où grimpent des chèvres, 
    Vertige d'appuyer les lèvres 
    Au vent qui vient de l'horizon ;

    Chaumières debout dans l'espace 
    Au milieu des seigles ployés, 
    Ayant des plants de groseilliers 
    Devant la porte large et basse...

    - Soirs lourds où l'air est assoupi, 
    Où la moisson pleine est penchante, 
    Où l'âme, chaude et désirante, 
    Est lasse comme les épis.

    Plaisir des aubes de l'automne, 
    Où, bondissant d'élans naïfs, 
    Le coeur est comme un buisson vif 
    Dont toutes les feuilles frissonnent !

    Nuits molles de désirs humains, 
    Corps qui pliez comme des saules, 
    Mains qui s'attachent aux épaules, 
    Yeux qui pleurent au creux des mains.

    - Ô rêves des saisons heureuses, 
    Temps où la lune et le soleil 
    Écument en rayons vermeils 
    Au bord des âmes amoureuses...
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  • Départ pour le sabbat

    Ils étaient là une douzaine qui mangeaient la soupe 
    à la bière, et chacun d'eux avait pour cuillère l'os 
    de l'avant-bras d'un mort.

    La cheminée était rouge de braise, les chandelles 
    champignonnaient dans la fumée, et les assiettes 
    exhalaient une odeur de fosse au printemps.

    Et lorsque Maribas riait ou pleurait, on entendait 
    comme geindre un archet sur les trois cordes d'un 
    violon démantibulé.

    Cependant le soudard étala diaboliquement sur la table, 
    à la lueur du suif, un grimoire où vint s'abattre une 
    mouche grillée.

    Cette mouche bourdonnait encore lorsque de son ventre 
    énorme et velu une araignée escalada les bords du magi-
    que volume.

    Mais déjà sorciers et sorcières s'étaient envolés par 
    la cheminée, à califourchon qui sur le balai, qui sur 
    les pincettes, et Maribas sur la queue de la poêle.
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  • La flûte

    Je n'étais qu'une plante inutile, un roseau. 
    Aussi je végétais, si frêle, qu'un oiseau 
    En se posant sur moi pouvait briser ma vie. 
    Maintenant je suis flûte et l'on me porte envie. 
    Car un vieux vagabond, voyant que je pleurais, 
    Un matin en passant m'arracha du marais, 
    De mon coeur, qu'il vida, fit un tuyau sonore, 
    Le mit sécher un an, puis, le perçant encore, 
    Il y fixa la gamme avec huit trous égaux ; 
    Et depuis, quand sa lèvre aux souffles musicaux 
    Éveille les chansons au creux de mon silence, 
    Je tressaille, je vibre, et la note s'élance ;
    Le chapelet des sons va s'égrenant dans l'air ; 
    On dirait le babil d'une source au flot clair ; 
    Et dans ce flot chantant qu'un vague écho répète 
    Je sais noyer le coeur de l'homme et de la bête.
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  • Le voyageur prévoyant

    Le voyageur prévoyant...................Odilon-Jean PÉRIER 1901 - 1928..

    Ma ville a des chemins serrés comme des herbes 
    S'écoulant le long d'elle et recouvrant son corps. 
    Tous également purs, également superbes, 
    Ces fleuves bigarrés n'ont pas besoin de ports.

    Chaque jour, je le crois, contient une marée 
    Qui grandit et m'enlève, ô lampe, à vos lueurs. 
    Les routes que je suis ont une destinée, 
    Je ne résiste pas à leur grande douceur.

    Frère de ces oiseaux qui vivent dans les vagues
    Je ne change le sort que s'il est sans raison. 
    Amour il faut laisser vos attitudes vagues 
    Si vous voulez dormir dans ma froide maison.

    Le mouvement de l'eau, des cités, des poèmes, 
    Comble paisiblement un silence infécond. 
    Le redoutable hiver se retrouve en lui-même :
    La mémoire est encor un grenier plus profond.

    Si tu veux me tenter, il te faut plus d'adresse 
    Laisse, je ris de toi, laisse-moi, vanité ! 
    - Non ! ce n'est pas en vain que, t'ayant surpassé, 
    Ce coeur gonflé de sang refuse la sagesse.
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  • L'espoir

    L'espoir...............

    Je voudrais aimer autrement,
    Hélas ! Je voudrais être heureuse !
    Pour moi l'amour est un tourment,
    La tendresse m'est douloureuse.
    Ah ! Que je voudrais être heureuse !
    Que je voudrais être autrement !

    Vous dites que je changerai :
    Comme vous je le crois possible,
    Mon coeur ne sera plus sensible ;
    Je l'espère, car je mourrai.
    Oui ! Si la mort peut l'impossible,
    Vous dites vrai, je changerai !
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  • Le Cydnus

    Le Cydnus.................

    Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie, 
    La trirème d'argent blanchit le fleuve noir
    Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir 
    Avec des sons de flûte et des frissons de soie.

    A la proue éclatante où l'épervier s'éploie, 
    Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir, 
    Cléopâtre debout en la splendeur du soir 
    Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.

    Voici Tarse, où l'attend le guerrier désarmé ; 
    Et la brune Lagide ouvre dans l'air charmé 
    Ses bras d'ambre où la pourpre a mis des reflets roses.

    Et ses yeux n'ont pas vu, présage de son sort, 
    Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses, 
    Les deux enfants divins, le Désir et la Mort.
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  • La brise émeut les rameaux bruns

    La brise émeut les rameaux bruns,
    L'aube déjà blanchit le store ;
    Tout devient rose, c'est l'aurore !
    Le palais s'emplit de parfums.

    L'air du ciel mêle le ramage
    Des fontaines et des oiseaux ;
    Les fleurs de la terre et des eaux
    Offrent au printemps leur hommage...

    Ô feuilles des saules tremblants,
    Vous êtes de l'or fin ! Vous êtes
    Une neige chère aux poètes,
    Ô fleurs dont les poiriers sont blancs.
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  • Treize ans

    Elle avait dix-neuf ans. Moi, treize. Elle était belle ; 
    Moi, laid. Indifférente, - et moi je me tuais... 
    Rêveur sombre et brûlant, je me tuais pour elle. 
    Timide, concentré, fou, je m'exténuais... 
    Mes yeux noirs et battus faisaient peur à ma mère ; 
    Mon pâle front avait tout à coup des rougeurs 
    Qui me montaient du coeur comme un feu sort de terre ! 
    Je croyais que j'avais deux coeurs.

    Un n'était pas assez pour elle. Ma poitrine 
    Semblait sous ces deux coeurs devoir un jour s'ouvrir 
    Et les jeter tous deux sous sa fière bottine, 
    Pour qu'elle pût fouler mieux aux pieds son martyr ! 
    Ô de la puberté la terrible démence ! 
    Qui ne les connut pas, ces amours de treize ans ? 
    Solfatares du coeur qui brûlent en silence, 
    Embrasements, étouffements !

    Je passais tous mes jours à ne regarder qu'elle... 
    Et le soir, mes deux yeux, fermés comme deux bras,
    L'emportaient, pour ma nuit, au fond de leur prunelle...
    Ah ! le regard fait tout, quand le coeur n'ose pas !
    Le regard, cet oseur et ce lâche, en ses fièvres, 
    Sculpte le corps aimé sous la robe, à l'écart... 
    Notre coeur, nos deux mains, et surtout nos deux lèvres ; 
    Nous les mettons dans un regard !

    Mais un jour je les mis ailleurs... et dans ma vie 
    Coup de foudre reçu n'a fumé plus longtemps ! 
    C'est quand elle me dit : " Cousin, je vous en prie... " 
    Car nous étions tous deux familiers et parents ;
    Car ce premier amour, dont la marque nous reste
    Comme l'entaille, hélas ! du carcan reste au cou, 
    Il semble que le Diable y mêle un goût d'inceste
    Pour qu'il soit plus ivre et plus fou !

    Et c'était un : " Je veux ! " que ce : " Je vous en prie, 
    Allons voir le cheval que vous dressez pour moi... " 
    Elle entra hardiment dans la haute écurie, 
    Et moi, je l'y suivis, troublé d'un vague effroi... 
    Nous étions seuls ; l'endroit était grand et plein d'ombre, 
    Et le cheval, sellé comme pour un départ, 
    Ardent au râtelier, piaffait dans la pénombre... 
    Mes deux lèvres, dans mon regard,

    Se collaient à son corps, - son corps, ma frénésie ! -
    Arrêté devant moi, cambré, voluptueux, 
    Qui ne se doutait pas que j'épuisais ma vie 
    Sur ses contours, étreints et mangés par mes yeux !
    Elle avait du matin sa robe blanche et verte, 
    Et sa tête était nue, et ses forts cheveux noirs 
    Tordus, tassés, lissés sans une boucle ouverte, 
    Avaient des lueurs de miroirs !

    Elle se retourna : " Mon cousin, - me dit-elle 
    Simplement, - de ce ton qui nous fait tant de mal ! - 
    Vous n'êtes pas assez fort pour me mettre en selle ?... " 
    Je ne répondis point, - mais la mis à cheval 
    D'un seul bond !... avec la rapidité du rêve, 
    Et, ceignant ses jarrets de mes bras éperdus,
    Je lui dis, enivré du fardeau que j'enlève :
    " Pourquoi ne pesez-vous pas plus ? "

    Car on n'a jamais trop de la femme qu'on aime 
    Sur le coeur, - dans les bras, - partout, - et l'on voudrait 
    Souvent mourir pâmé... pâmé sous le poids même 
    De ce cors, dense et chaud, qui nous écraserait !
    Je la tenais toujours sous ses jarrets, - la selle 
    Avait reçu ce poids qui m'en rendait jaloux, 
    Et je la regardais, dans mon ivresse d'elle,
    Ma bouche effleurant ses genoux ;

    Ma bouche qui séchait de désir, folle, avide... 
    Mais Elle, indifférente en sa tranquillité, 
    Tendait rêveusement les rênes de la bride, 
    - Callipyge superbe, assise de côté ! -
    Tombant sur moi de haut, en renversant leur flamme, 
    Ses yeux noirs, très couverts par ses cils noirs baissés, 
    Me brûlaient jusqu'au sang, jusqu'aux os, jusqu'à l'âme,
    Sans que je leur criasse : " Assez ! "

    Et le désir, martyre à la fois et délice, 
    Me couvrait de ses longs frissons interrompus ; 
    Et j'éprouvais alors cet étrange supplice 
    De l'homme qui peut tout... et pourtant n'en peut plus ! 
    A tenir sur mes bras sa cuisse rebondie, 
    Ma tête s'en allait, - tournoyait, - j'étais fou ! 
    Et j'osai lui planter un baiser... d'incendie
    Sur la rondeur de son genou !

    Et ce baiser la fit crier comme une flamme 
    Qui l'eût mordue au coeur, au sein, au flanc, partout ! 
    Et ce baiser tombé sur un genou de femme 
    Par la robe voilé, puis ce cri... ce fut tout ! 
    Ce fut tout ce jour-là. - Rigide sur sa selle, 
    Elle avait pris mon front et avait écarté 
    De ses tranquilles mains, ce front, ce front plein d'elle,
    Rebelle qu'elle avait dompté !

    Et ce fut tout depuis, - et toujours. Notre vie 
    S'en alla bifurquant par des chemins divers. 
    Peut-être elle oublia, cet instant de folie, 
    Où de la voir ainsi mit mon âme à l'envers !
    Elle oublia. Moi, non. Et nulle de ces femmes 
    Qui, depuis, m'ont le mieux passé les bras au cou, 
    N'arracha de ma lèvre, avec sa lèvre en flammes, 
    L'impression de ce genou !
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