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  • Le printemps

     

    Les bourgeons verts, les bourgeons blancs

    Percent déjà le bout des branches,

    Et, près des ruisseaux, des étangs

    Aux bords parsemés de pervenches,

    Teintent les arbustes tremblants;

     

    Les bourgeons blancs, les bourgeons roses,

    Sur les buissons, les espaliers,

    Vont se changer en fleurs écloses;

    Et les oiseaux dans les halliers,

    Entre eux déjà parlent de roses;

     

    Les bourgeons verts, les bourgeons gris,

    Reluisant de gomme et de sève

    Recouvrent l'écorce qui crève

    Le long des rameaux amoindris;

    Les bourgeons blancs, les bourgeons rouges,

    Sèment l'éveil universel,

    Depuis les cours noires des bouges

     

    Jusqu'au pur sommet sur lequel,

    Ô neige éclatante, tu bouges;

    Bourgeons laiteux des marronniers,

    Bourgeons de bronze des vieux chênes,

    Bourgeons mauves des amandiers,

    Bourgeons glauques des jeunes frênes,

    Bourgeons cramoisis des pommiers,

     

    Bourgeons d'ambre pâle du saule,

    Leur frisson se propage et court,

    A travers tout, vers le froid pôle,

    Et grandissant avec le jour

    Qui lentement sort de sa geôle,

    Jette sur le bois, le pré,

    Le mont, le val, les champs, les sables,

    Son immense réseau tout prêt

    A s'ouvrir en fleurs innombrables

    Sur le monde transfiguré.

     

     

    Auguste Angellier

    Poète français (1848-1911)

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  • La tristesse du vent

    Recueil : Le chemin des saisons (1903).

    La tristesse du vent...................  Auguste Angellier (1848-1911)

    À Gaston Stiegler.

    Que veux-tu répondre au vent qui soupire,
    Au vent qui te dit le chagrin des choses,
    Le trépas des lis, des lilas, des roses,
    Et des clairs essaims gelés dans la cire ;
    Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

    Il dit qu'il est triste et las de conduire
    Le gémissement de tout ce qui souffre,
    De frôler toujours ce qui tombe au gouffre,
    De passer partout où la vie expire ;
    Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

    Lui répondras-tu qu'un cœur peut suffire.
    Un seul cœur humain chantant dans la joie,
    Pour le consoler de sa longue voie
    Sur les champs sans fin que l'hiver déchire ;
    Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

    Où trouveras-tu ce cœur qui désire
    Rester ce qu'il est en sa calme fête,
    Le cœur qui n'ait point de douleur secrète,
    Pour laquelle il n'est ni baume, ni myrrhe ;
    Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

    Sera-ce ton cœur, et faut-il te dire
    Que le vent prendrait sur tes lèvres closes
    Un chagrin plus grand que celui des choses,
    Et dans ton regard, un plus haut martyre ;
    Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

    Alors réponds-lui, de ton cher sourire,
    Qu'il ne frôle pas les âmes humaines,
    S'il ne veut porter de plus lourdes peines
    Que celles qu'il cueille en son vaste empire ;
    Que veux-tu répondre au vent qui soupire ?

    Auguste Angellier. 

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  • Le balcon sur la mer

    Recueil : Le chemin des saisons (1903).

    Le balcon sur la mer...................... Auguste Angellier (1848-1911).

    Ma demeure est bâtie au bord de la mer grise ;
    Les grèbes, les pétrels et les blanches mouettes
    Entrecoupent leurs vols parmi ses girouettes
    Dont les flèches de fer criaillent dans la bise ;

    Du côté de la mer, le lichen la recouvre ;
    Un lierre la revêt du côté de la terre ;
    De ma porte je vois la lande âpre et sévère ;
    Mais c'est sur les grands flots que ma fenêtre s'ouvre.

    Si parfois je regarde, un bref instant, l'espace
    Parsemé de dolmens, dominé de calvaires,
    Où, parmi les genêts sans fin et les bruyères,
    Çà et là un bosquet de chênes se ramasse ;

    Si j'écoute, un instant, le son faible des cloches
    Arriver jusqu'à moi d'un village invisible,
    Aux jours de brume douce où la mer plus paisible
    A suspendu son bruit farouche entre les roches ;

    Je passe de longs jours et les nuits presque entières,
    Appuyée au balcon d'où j'aperçois la houle,
    Dont l'ondulation sans repos se déroule,
    Sous des nuages lourds ou des clartés légères.

    Je vois l'âpre combat des vents contre les lames,
    Les vagues se dresser, se courber et reluire,
    Les courants d'un vert pâle où de l'argent s'étire,
    Et des flots gris jouant avec des flots de flammes ;

    J'écoute une musique incessante et profonde,
    Les lents soupirs traînant et mourant sur la grève,
    Le courroux que le choc des falaises soulève,
    Et l'émoi dont la mer enveloppe le monde.

    Et surtout je regarde, à l'horizon, les voiles
    Qui passent en rayant le ciel de leurs cordages,
    Ô voiles, rentrez-vous de vos lointains voyages ?
    Cinglez-vous vers des cieux semés d'autres étoiles ?

    Et, toujours appuyée au balcon solitaire,
    Mon cœur vit dans la brume où l'horizon expire,
    Car celui que j'attends partit sur un navire,
    Et ne reviendra pas du côté de la terre.

    Auguste Angellier. 

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  • Les azurs

    Recueil : À l'amie perdue (1896).


    Splendides reflets bleus des parois des glaciers,
    Qui plongez dans une ombre aussi bleue et splendide,
    Où les pâles azurs des cristaux, des aciers,
    Se réfractent sans fin en un saphir limpide,

    Où les argents, tantôt nacrés, tantôt lucides,
    Près desquels les rayons de lune sont grossiers,
    S'unissent, en des jeux féeriques et rapides,
    À des bleus assombris, somptueux et princiers ;

    Gouffre idéalement bleuâtre, gouffre étrange,
    Et dans lequel la main invisible d'un ange
    Sème encor des béryls et des aigues-marines,

    Je connais, ô glaciers, un abîme plus doux,
    Plus riche et frissonnant de clartés divines,
    Dans l'azur d'yeux plus purs et plus profonds que vous.

    Auguste Angellier. 

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  • Le sacrifice

    Recueil : À l'amie perdue (1896).


    Par nos premiers regards sous les verts marronniers,
    Par nos premiers aveux dont mon cœur encore tremble,
    Par nos premiers baisers, et ces baisers derniers
    Où notre amour passé pour mourir se rassemble ;

    Par les sentiers, les bois, les coteaux, les glaciers.
    Par les plages des mers qui nous ont vus ensemble,
    Par tant d'instants profonds et de jours familiers
    Qui font que mon esprit à ton esprit ressemble ;

    Par ce rayon qui vient animer sur sa croix
    Ce Dieu de la souffrance humaine auquel tu crois,
    Et par mon honneur d'homme, ô chère âme, je jure

    Que je t'aime, que ma tendresse est grande et pure,
    Que l'angoisse sans fond de ce soir la mesure,
    Et que c'est par amour que je renonce à toi !

    Auguste Angellier.

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