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  • États-Unis : un vieux chien aveugle se lie d’amitié avec un petit chiot qui le guide partout

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    États-Unis : un vieux chien aveugle se lie d’amitié avec un petit chiot qui le guide partout

    Charlie, un Golden Retriever de 11 ans, a perdu la vue quelques années plus tôt. Atteint d’un glaucome, le chien avait dû subir une ablation des deux yeux, comme le rapporte le site américain The Dodo.

    États-Unis : un vieux chien aveugle se lie d’amitié avec un petit chiot qui le guide partout

    Charlie n’a pas pour autant perdu sa joie de vivre, et cette affirmation est d’autant plus vraie aujourd’hui, depuis qu’il a rencontré un tout jeune compagnon de jeu, Maverick, un autre adorable Golden Retriever âgé de quelques mois.

    Chelsea Stipe, l’humaine de Charlie et Maverick explique :

    Charlie joue beaucoup plus, est plus comme un chiot, depuis que Maverick est là. Avant, on lui achetait des jouets, mais il ne pensait pas à jouer avec. Maintenant, ils n’arrêtent pas de jouer ensemble.

    États-Unis : un vieux chien aveugle se lie d’amitié avec un petit chiot qui le guide partout

    Mais Maverick n’est pas seulement un petit chiot très joueur. Il semble en plus avoir immédiatement compris que son vieil ami était un peu différent. Chelsea poursuit :

    Il met ses jouets devant lui. Il fait très attention, lorsque Charlie se met à bouger, de faire attention à ce qui se trouve autour d’eux. Lorsqu’ils se promènent ensemble, Maverick aide Charlie à marcher droit.

    États-Unis : un vieux chien aveugle se lie d’amitié avec un petit chiot qui le guide partout

     

    Les deux chiens sont toujours ensemble, et le petit chiot, malgré sa jeunesse et sa fouge, ne cesse de veiller sur Charlie. Chelsea conclut :

    Charlie est un vieux chien. On se disait qu’on pouvait le perdre n’importe quand. Mais maintenant, avec Maverick, c’est comme s’il avait retrouvé une seconde jeunesse, le goût de la vie. S’il avait des yeux, je suis sûre qu’on y verrait une étincelle.

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  • Voici quelques incroyables cartes et infographies du XIXe siècle

     

    Vous êtes-vous déjà demandé quel est le volcan actif le plus élevé? Avez-vous déjà voulu comparer la taille des sommets les plus hauts et des plus longs fleuves du monde? John Emslie et James Reynolds l’ont fait. Entre 1849 et 1851, l’illustrateur topographique et graveur Emslie et l’éditeur Reynolds conçurent des diagrammes scientifiques représentant ces formes géographiques dans un grand livre de douze pages intitulé Geological Diagrams. A l’époque, les illustrateurs et cartographes contribuaient beaucoup au développement de l’accessibilité et de la visibilité de la recherche scientifique en créant des cartes, des illustrations et diagrammes représentant les curiosités naturelles ou conçues par l’homme réparties partout dans le monde.

    Principaux sommets des Îles britanniques. Issu de Geological Diagrams.

     

    Dans My Modern Met, Sara Barnes raconte comment Emslie et Reynolds ont pris «des chiffres et des détails scientifiques précis pour fabriquer une image qui est belle à regarder et facile à comprendre». A moitié créations artistiques, à moitié tableaux de données, ces œuvres sont des infographies scientifiques pionnières qui peuvent être considérées comme les fondations des diagrammes éducatifs d’aujourd’hui.

    Sur cette carte, Phénomènes des volcans et tremblements de terre, les cartographes John Emslie et James Reynolds présentent la situation et la taille de tous les volcans actifs au milieu du XIXe siècle.

    Ce diagramme compare différentes cascades à travers le monde, présentant la cascade de Gavarnie en France comme la plus haute de toutes avec ses quelque 400 mètres. Issu de Geological Diagrams.

     

    Le XIXe siècle fut marqué par d’importantes découvertes scientifiques, de la première observation de Neptune aux théories de l’évolution. Dès le début du siècle, lorsqu’Alexander von Humboldt créa ce qui est considéré aujourd’hui comme les premières infographies, cartographes et éditeurs conçurent une large gamme de représentations vivantes pour expliquer au grand public ces idées nouvelles et complexes. La société d’édition de Reynolds à Londres imprima une très grande quantité de documents durant les trois décennies que dura sa carrière, répondant à la demande populaire en matière d’informations scientifiques et technologiques. Reynolds travaillait avec plusieurs cartographes et graveurs, mais Emslie fut un de ses principaux collaborateurs. Ils produisirent ensemble de nombreuses infographies et cartes, et furent tous deux élus à la Royal Geographical Society de Londres, institution dédiée à la production de données géographiques et cartographiques précises. L’attrait et le charme de leur travail viennent d’une combinaison de maîtrise formelle des techniques cartographiques, de connaissances scientifiques et d’intuition artistique. 

    Plan panoramique des principaux fleuves et lacs, issu de Geological Diagrams.

     

    Colorisé à la main et très détaillé, Geological Diagrams, publié par Emslie et Reynolds en 1851, est l’une de leurs nombreuses publications. Des cartes y représentent la distribution des plantes, des courants aériens et des religions, tandis que des tableaux y figurent ingénieusement les plus grands fleuves, sommets, cascades et même les constructions les plus célèbres.

    Une carte panoramique des principaux fleuves et lacs présente par exemple côte à côte une sélection des plus longs cours d’eau de la planète, comparant le Colorado, le Rhin, le Nil et l’Amazone. Chacun d’entre eux est ponctué par les villes qu’il traverse. Au-dessus de l’alignement de fleuves sont comparés différents lacs, notamment, la mer morte, la mer caspienne, le lac Léman et le lac Erie. On perçoit mieux par cette vue la taille de la «mer» Caspienne et de la mer Noire.

    Cette vue des principales constructions du monde compare divers monuments, notamment le Panthéon, Notre-Dame et la pyramide de Khéops. Issu de Geological Diagrams

     

    Horloge géographique et astronomique de Sheppard. Publié en 1844.

     

    En plus des douze pages de Geological Diagrams, Emslie et Reynolds travaillèrent également ensemble à d’autres publications de représentations graphiques, d’atlas scolaires et de digrammes astronomiques. Emslie y montre par exemple les différences entre des horloges astronomiques et géographiques, la révolution de la terre autour du soleil et la surface topographique de la lune. Certaines des cartes astronomiques furent conçues pour inclure des effets de transparence, permettant à ceux qui les regardaient de mettre en évidence certains corps célestes et constellations en faisant passer une lampe derrière.

    Actuellement, une sélection des diagrammes astronomiques de Reynolds et Emslie peut être vue au David Rumsey Center dans la Green Library de l’université de Stanford, en Californie. 

    Distribution des courants aériens et des vents dans le monde. Geological Diagrams.

    Carte géologique du monde.

    Carte ethnographique présentant la distribution géographique de l’humanité. En bas de la carte, Emslie et Reynolds présentent également la distribution des principales religions, révélant que le monde reste alors majoritairement «païen»...  

    Diagramme géographique de la terre.

    Diagramme illustrant la révolution annuelle de la terre autour du soleil.

    Carte transparente des ciels à la lattitude de la Grande-Bretagne publiée en 1851 dans Astronomical Diagrams.

    Cette carte-ci est éclairée par l’arrière, mettant en évidence les principales étoiles. 

    Représentation téléscopique de la lune. On peut également faire passer de la lumière par l’arrière de la page pour distinguer plus de détails. 

    Méthodes pour estimer la longitude. Publié en1851. 

    Théorie des saisons. Publié en 1851. 

    Lauren Young Journaliste en apprentissage à Atlas Obscura.

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  • Un fort récit de solitude et de survie.

    L'incroyable histoire de l'ermite qui vécut seul vingt-sept ans dans la forêt Partager 

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    Un fort récit de solitude et de survie.

     

    C'est un récit extraordinaire que nous propose le Guardian. L'histoire de Christopher Knight, un Américain qui a tout plaqué à l'âge de 20 ans pour aller vivre en ermite dans la forêt. Au milieu des années 1980, ce spécialiste des alarmes installé à Boston décide brutalement de prendre la route. Il laisse toute sa vie derrière lui du jour au lendemain pour descendre jusqu'en Floride avant de remonter tout au Nord vers sa terre natale: le Maine. «Je n'avais personne à qui en parler», confie-t-il.

    Il continue à bord de son véhicule au cœur de la nature sauvage jusqu'à ce qu'il soit obligé de l'abandonner et de poursuivre seul, équipé de quelques vêtements, un peu de nourriture et de quelques ustensiles de camping. «Pour le reste du monde, j'avais cessé d'exister.»

    Comment se nourrir?

    Christopher Knight n'avait rien d'un ermite comme les autres. Il n'avait pas décidé de s'isoler pour se rapprocher de dieu, fuir un monde qu'il détestait, ou pour vivre une expérience artistique ou scientifique. Non, lui qui avait tant de mal à intéragir avec les autres, c'était simplement laissé porter d'un jour à l'autre. «Je ne peux pas expliquer pourquoi j'ai fait ça, indique-t-il aujourd'hui. Je n'avais pas de plan particulier quand je suis parti. Je ne pensais à rien. Je l'ai simplement fait.»

     

    Peu préparé, il rencontre très vite quelques difficultés pour se nourrir et s'abriter. Cette forêt sauvage accueille en son sein peu de fruits ou d'animaux. Un jour, il croise une perdrix écrasée sur un chemin routier et se résout à la manger cru. Il occupe brièvement une cabine laissée inoccupée mais se retrouve vite dévoré par la peur et la culpabilité. Il décide alors que quel que soit le temps, il dormira dehors.

    Une discipline incroyable

    Très vite, il développe quelques capacités à chasser, trouver de l'eau potable, survivre, mais la désolation des lieux rend les choses très compliquées. Hanté par la faim, il se décide à voler. Des légumes dans les jardins d'abord puis dans la centaine de petites cabines qui bordent un grand lac. Il observe alors attentivement les habitudes de chacun pour ne pas se faire prendre et au fur à mesure de la plus grande sophistication des systèmes de sécurité manque plusieurs fois de se faire prendre.

    «La discipline dont il faisait preuve pour entrer par effraction dans ses maisons dépasse tout ce que l'on peut imaginer, témoigne un policier. La préparation, la reconnaissance, son talent avec les serrures, sa capacité à entrer et sortir sans que personne ne le voit.»

    «Je ne me suis jamais senti seul»

    Christopher Knight confie qu'il n'y prenait aucun plaisir, effrayé à chaque fois de se faire arrêter, honteux de devoir s'y résoudre. C'est d'ailleurs ce qui lui arrivera après vingt-sept années passées seul dans ces bois. À l'été 2013, le voilà arrêté pour vol et cambriolage, envoyé en prison comme un phénomène de foire. Il n'acceptera de confier son histoire qu'à un seul journaliste.

    «La solitude a accru mes capacités de perception, analyse-t-il. Mais si je devais appliquer celle-ci à moi-même, je dois reconnaître que j'avais perdu toute identité. Je n'avais pas de public, personne pour me regarder. Je n'avais pas besoin de définir qui j'étais. Ça n'avait pas d'importance.»

    «Je ne me suis jamais senti seul, ajoute-t-il. J'étais complètement centré sur la complètude de ma présence plutôt que sur l'absence des autres. Si tu aimes la solitude, tu ne te sens jamais seul.»

    Pour finir, le journaliste lui demande quelle est la grande leçon qu'il a appris de son séjour prolongé dans la nature. Christopher Knight réfléchit longuement en silence puis répond: «Dormez suffisamment longtemps.»

     

     

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  • Un champignon tue les grenouilles à grande échelle (et c'est à cause de nous)

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    Aux quatre coins du globe, une épidémie sans précédent décime les amphibiens et menace la biodiversité.

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    En quelques décennies, le champignon a entraîné l'extinction de quatre-vingt-dix espèces de batraciens. | David Clode via Unsplash

     

    Vous n'avez peut-être jamais entendu parler du Batrachochytrium dendrobatidis. Il est pourtant un tueur redoutable. Ce champignon né en Asie est responsable de la mort de milliards de grenouilles, crapauds, salamandres et autres amphibiens.

    Le Batrachochytrium dendrobatidis, champignon Bd de son petit nom, tue ses victimes en grignotant leur peau jusqu’à les priver de toute barrière protectrice, entraînant l’arrêt des fonctions vitales ou des attaques cardiaques mortelles.

    D'après une récente étude sur le sujet, le champignon a causé le déclin de 501 espèces d'amphibiens, soit environ 6,5% de la population mondiale. Quatre-vingt-dix espèces sont définitivement éteintes et 124 ont perdu plus de 90% de leurs individus, rendant leur survie peu probable.

     

    Des chiffres affolants qui «bouleversent notre compréhension de la manière dont une maladie peut impacter la vie sauvage», fait remarquer Ben Scheele, chercheur australien et directeur de l'étude, qui précise que jamais une pathologie n'avait tué autant d'espèces animales.

    La pandémie est d'autant plus terrifiante que, comme le rappelle le journaliste Ed Yong dans The Atlantic, les amphibiens ont survécu à plus d'un cataclysme durant leurs 370 millions d'années de présence sur Terre. «Imaginez si une nouvelle maladie décimait 6,5% des mammifères en quelques décennies –ce qui équivaut à peu près à tout ce qui a des palmes et des sabots: ce serait la panique totale», écrit-il.

    Fléau impossible à enrayer

    Dans les années 1970 et 1980, des scientifiques alertaient déjà sur les disparitions mystérieuses d'espèces qui jusqu'ici proliféraient sans encombre. Mais ce n'est qu'en 1998 que le champignon et ses terribles conséquences furent identifiées. En quelques décennies, il avait déjà éradiqué soixante espèces de grenouilles et autres batraciens.

    Cette redoutable force de frappe est en partie due à une diffusion facilitée par les activités humaines. Né en Asie au début du XXe siècle, le Batrachochytrium dendrobatidis aurait dû demeurer dans les régions reculées des jungles orientales. C’était sans compter sur le commerce international, alors en plein essor, qui a facilité la propagation de ce fléausur les cinq continents.

    Aujourd’hui, si quelques espèces ont l'air de s’adapter pour lutter contre le champignon, les scientifiques ne semblent pas en mesure de stopper l'épidémie, malgré les différents programmes lancés partout dans le monde pour éradiquer le Batrachochytrium dendrobatidis«Il n’y a aucune méthode efficace pour gérer cette crise, ce qui en dit long sur la nature de cette maladie terrifiante, déplore Karen Lips, chercheuse à l’université du Maryland, aux États-Unis. Après des décennies de collaborations entre scientifiques, nous n’avons toujours pas trouvé de solution.»

     

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  • Ces personnages de l’histoire de France qui ne parlaient pas français

    Même les cinéastes, qui soignent tant les costumes, semblent s'en désintéresser. Pourtant, la langue parlée par quelques grands acteurs de l'histoire a laissé des traces profondes.

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    Loin de parler le français standard comme semble l'indiquer le cinéma, le roi Henri IV avait un accent gascon à couper au couteau.

    Wikimedia Commons

    Dans le film La Reine Margot, de Patrice Chéreau, Daniel Auteuil interprète un Henri de Navarre parlant un français standard. Le futur Henri IV (1553-1610) avait pourtant un accent gascon à couper au couteau. Son français était mêlé à tant de gasconnismes que certaines élégantes de la Cour, écœurées, partirent abriter leurs échanges sophistiqués dans des salons. Il en est de même pour Napoléon (1769-1821), qui n'a appris le français qu'au moment de son entrée à l’école militaire de Brienne, à l'âge de 9 ans, et qui n'a jamais pu se départir de ses corsismes. Mais où est passé son accent dans les reconstitutions? La fresque télévisuelle dédiée à l'empereur, interprété par Christian Clavier, a complètement zappé cette dimension sonore.

    Dans la galerie de personnages de l'histoire de France, certains des plus éminents ne savaient ni parler français, ni même un proto-français. Si les langues font les hommes, certains hommes font aussi les langues. En s'intéressant à celles parlées par les acteurs de notre histoire, c'est le fil d'Ariane du français que l'on tire.

     

    Ces rois des Francs qui ne parlaient pas français

    Bien souvent, on débute l'histoire de France avec Vercingétorix (mort en -46 avant J.-C.). La grande figure de la révolte gauloise face aux Romains n'aurait cependant pas compris un traître mot du français contemporain. Aujourd'hui, les propos d'Astérix sont intelligibles pour César. Mais il y a 2000 ans, le général romain devait se faire accompagner d'un interprète en celte, la langue répandue en Gaule, des rives de la Méditerranée jusque dans les îles britanniques. Un parler mal connu car les druides renâclaient à déposer leurs mots à l'écrit. Face au latin triomphant, ce celte a disparu de Gaule en quelques générations –même s'il se réimplantera plus tard en Bretagne. Seuls «ifs», «alouette» et une grosse centaine d'autres motsdérivés du celte auraient survécu dans notre français.

     

    Quand les Francs, de culture germanique, arrivent en Gaule des siècles plus tard, ils découvrent une population gallo-romaine qui s'exprime en un «latin de cuisine». Et quel héritage! Infiniment moins nombreux que les autochtones, ils légueront pourtant leur nom à la future France, mais aussi à une langue parlée aujourd'hui par 300 millions de personnes dans le monde. À l'origine, ils parlaient le francique. Et clairement, ça ne sonnait pas comme du français. Pour s'en donner une idée, rappelons que leur roi le plus célèbre, Clovis (466-511), s'appelait en réalité Chlodowig. Pendant cinq siècles, même s'ils maîtrisaient le latin, la langue de ces rois francs restait germanique.

    Gravure de Stefano della Bella (1644) | The Metropolitan Museum of Art via Picryl

    Il en est ainsi de Charlemagne (74?-814), poids lourd de l'histoire européenne. La France et l'Allemagne s'en réclament toutes deux. Mais culturellement, ce serait plutôt du côté allemand que pencherait l'empereur. C'est d'ailleurs à Aix-la-Chapelle qu'il établit son palais. Et surtout, sa langue maternelle était le tudesque, un idiome germanique qui se maintiendra à la cour des Carolingiens, même après l'éclatement de l'empire (843). Ce long passage germanique a influencé le français dans sa prononciation et l'a enrichi de 500 mots encore très usités (de «framboise» à «guerre»), faisant de la langue française la plus germanisée des langues romanes. Le peuple parlait en effet le roman, un dérivé du latin éclaté en d'innombrables dialectes.

    L'un d'eux, le parler de Paris, n'avait aucune prédisposition particulière pour servir de valeur étalon au futur français. Mais en 987, les barons du royaume ceignirent la tête d'Hugues Capet, comte de Paris, de la couronne de roi des Francs. Ils ne soupçonnaient pas qu'ils arrimaient ainsi le futur français à la confluence de la Seine et de la Marne. Le nouveau roi ne parlait pas tudesque et s'exprimait dans le roman parisien. C'est ainsi que l'ancien français parvint enfin sur le trône. Certes, face aux puissants du Sud, les ducs d'Aquitaine ou les comtes de Toulouse, Hugues n'était qu'un fragile roitelet. Mais ses successeurs deviendront les imposants rois de France. Et c'est leur idiome qui servira de creuset au français. Un creuset dans lequel, au fil des siècles, les autres régionalismes verseront leurs mots, du «balai» breton à l'«auberge» provençale.

     

    La langue de Guillaume conquiert l'Angleterre

    Le dialecte normand était proche de celui de Paris. Quand Guillaume le Conquérant envahit l'Angleterre (1066), un pays profondément germanique, il plaça sa langue continentale à son sommet. Une langue qui prit racine. Et pendant trois siècles, toute l'élite anglaise parlait l'anglo-normand, une version du français qui n'avait rien d'anglais. Les premières légendes du Roi Arthur furent écrites, le plus souvent, en anglo-normand. Idem pour la Chanson de Roland. C'est un comble, mais l'Angleterre devenait un des foyers les plus flamboyants de la littérature française du Moyen Âge. N'en déplaise à Sean Connery, le roi Richard Cœur de Lion (1157-1199) aurait été bien incapable de s'exprimer avec Robin des Bois: il ne parlait pas un mot d'anglais. Son royaume vivait dans une diglossietotale, avec d'un côté l'illustre langue romane des puissants et de l'autre le patois germanique des masses.

    C'est la rivalité franco-anglaise, exacerbée par la guerre de Cent Ans, qui poussa les souverains anglais à réinvestir l'anglais de leur peuple. En 1399, monta sur le trône le premier roi depuis longtemps à disposer de l'anglais pour langue maternelle. Mais l'aura du français à la cour demeurera considérable les siècles suivants. Sous les Tudors, Henri VIII (1491-1547) entretenait en français une correspondance passionnée avec Anne Boleyn pour la séduire –même si cela ne transparaît guère dans Deux sœurs pour un roi. Sous le règne de sa fille, Élisabeth, les courtisans entremêlaient français et anglais, comme on peut subrepticement le constater dans Marie Stuart, Reine d'Écosse, actuellement en salles.

     

    Et ce n'est qu'au XVIIIe siècle que le vocabulaire judiciaire bascule en anglais. Ces anciennes interférences avec le français sont visibles au premier coup d'œil pour un francophone contemporain. La langue de Shakespeare est aujourd'hui truffée de gallicismes. Jusqu'aux deux tiers du lexique, selon la linguiste Henriette Walter, dont de nombreux faux amis qui piègent tant d'élèves français. Les journalistes Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow vont jusqu'à écrire que «le français est le latin de l'anglais».

     

    Même s'il s'exportait outre-Manche auprès des élites, le français restait parlé par une petite minorité de Français et de Françaises. Plutôt des citadines et des habitantes des provinces proches de Paris. Et il s'en est fallu de peu pour que Jeanne d'Arc (1412-1431) ne parlât pas français. Son village, Domrémy, était traversé par un ruisseau qui le divisait en deux. Côté ouest, on parlait le dialecte champenois, proche de celui de Paris; côté est, c'était le barrois, un idiome germanisant. Coup de chance, la Pucelle est née à l'ouest et s'est fait comprendre du dauphin qu'elle a fait sacrer Charles VII. Elle conservait un fort accent, comme l'illustrent les erreurs de transcription du greffier lors de son procès. Il orthographiait son nom «Tarc». Le film Jeanne la Pucelle, avec Sandrine Bonnaire, n'en laisse rien paraître. Sans parler de la Jeanne d'Arc de Luc Besson où Milla Jovovich parle… anglais!

    Et le français supplanta le latin

    Au Moyen Âge succède la Renaissance. François 1er, roi qu'on se représente comme éminemment lettré, a certes encouragé les artistes et humanistes de son temps. En revanche, il semble qu'il ne fut pas aussi cultivé que la légende l'a véhiculé. Il lit peu. Et il est piètre latiniste, une langue qui n'avait pas encore dit son dernier mot. Prestigieuse, elle demeurait bien vivante pour les juristes et tout esprit érudit de ce temps. Le linguiste Claude Hagège explique que «si le monarque parle à peu près la même langue que les masses, son entourage reste essentiellement latinophone». C'est dans ce contexte qu'il signe l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 qui énonce que les actes juridiques et notariés (contrats de mariage, etc.) doivent être écrits en «langage maternelle francoys, et non autrement». Cette volonté de «délatinisation» était dans l'air du temps et Martin Luther appelait au même moment à traduire la Bible latine en langues vernaculaires. Mais on imagine que le roi n'était pas mécontent de s'en débarrasser.

    Perdant du terrain, le latin se recroquevilla sur son dernier pré carré: la diplomatie. Une position parfaite pour une langue neutre. Mais l'Europe se délatinisait et même ses élites en perdaient leur latin. Pour le compte de Louis XIV, le maréchal de Villars devait négocier en 1714 le traité de Rastatt avec les Habsbourg. Mais son niveau dans la langue de Cicéron était trop médiocre pour qu'il remplisse cette tâche. Pour accommoder Villars, on consentit à le rédiger uniquement en français –une première–, mais une clause précisait que c'était à titre exceptionnel. Cette exception fera pourtant jurisprudence. Le français entamait une longue carrière diplomatique. Par la suite, tous les traités furent rédigés dans cette langue. Que la France gagne ou non la guerre. Qu'elle fasse ou non partie des belligérants.

    Son «règne» international prit fin il y a pile un siècle. Signé en 1919, le traité de Versailles fut certes écrit en français, mais également en anglais. Une relégation d'autant plus surprenante que la France, au premier rang des alliés, était auréolée du prestige de la victoire. Pour comprendre, il faut aussi fouiller l'histoire anecdotique. Il semble que le président américain Wilson n'était pas très à l'aise en français. Au contraire, Georges Clemenceau avait été marié à une Américaine et parlait parfaitement anglais. Pour faire avaler cette couleuvre, le Tigre arguera que l'anglais «ce n'est jamais que du français mal prononcé». Un bon mot qui masquait mal une autre réalité, plus géostratégique: celle de l'ascension américaine. On connaît la suite...

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  • Comment se réveillait-on
    avant l’invention du réveil ?
    (Source : Slate)
     
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    Comment faisaient les dormeurs à l’horloge biologique mal réglée pour commencer leur journée de travail en même temps que les poules ? Comment les esclaves et les servants se levaient-ils avant leurs maîtres, qu’ils avaient en charge de réveiller ? Comment les sonneurs de cloches s’éveillaient-ils à l’aurore pour passer le relais aux villageois ?
     
     
     

    Selon la légende, c’est Platon qui invente le tout premier réveil. 400 ans avant notre ère, le philosophe grec imagine une horloge hydraulique qui fait sonner des flûtes toutes les heures pour ne pas s’endormir lors de ses longues nuits de travail. L’embryon de réveil-matin décrit dans ses notes ne passe pourtant pas les portes de sa demeure. Personne d’autre que lui n’en profitera.

    Pour le commun des mortels, c’est le coq qui, jusqu’à très récemment dans nos campagnes, était seul garant du réveil journalier. L’animal-réveil est fêté partout autour du monde comme le symbole du passage de l’ombre à la lumière. Il est présent dès l’antiquité grecque, qui y va de sa petite légende : Alectryon faisait le guet devant la chambre des amants Aphrodite et Arès, qu’il devait prévenir de l’arrivée du dieu du soleil, Hélios, un ami du mari trompé. Forcément, Alectryon s’assoupit, Hélios découvre les deux amants et crie à l’adultère. Fou de rage, Arès punit son guetteur en le changeant en coq, condamné à annoncer l’arriver du jour tous les matins. Le premier réveil-matin est né !

     

    De tous temps, dans les campagnes, le lever s’est donc fait au chant du coq et des animaux qui vivent dans les maisons. Réveillés naturellement par la lumière du jour, les vaches et cochons bougent et crient dans leurs enclos, empêchant toute la maisonnée de faire la grasse matinée.

    Qui pour guetter le guetteur ?
    Dans les villes et les cités, c’est un guetteur qui se charge de réveiller la communauté. Il annonce les heures des prières au clairon, puis à la cloche à partir du Ve siècle. Jusqu’au Xe siècle environ, la vie sociale se cale en effet sur le temps religieux, l’heure ne régit en rien le travail. Mais petit à petit, le guetteur mélange temps laïc et sacré pour sonner les grands rendez-vous de la journée : réveil et prière du matin, ouverture des portes de la ville, jours de marché et extinction des feux le soir, pour éviter les incendies qui pouvaient ravager des villes entières. Tous les 4 kilomètres, des tours ou des petits clochers (détruits depuis) relaient le son des cloches. Dans un monde beaucoup plus silencieux qu’aujourd’hui, sans vrombissement de moteur, sonnerie de téléphones ni musique sur les oreilles, le son des cloches résonne assez fort pour réveiller tout le monde.

    Mais comment le guetteur réussissait-il à se lever à l’aube pour réveiller ses congénères ? C’est le grand problème de Frère Jacques qui n’arrive pas à se lever pour sonner les Matines, la première prière du matin... Depuis l’Antiquité, les hommes se relaient pour veiller sur la cité lors de tours de garde, tout simplement. Et lorsque l’horlogerie mécanique se répand dans les villes à partir de la fin du XIIIe siècle, les guetteurs sont les premiers à être équipés d’horloges à sonnerie. Ils peuvent enfin s’octroyer de vraies nuits de sommeil.

    Mais le réveil, objet de luxe, est encore loin d’être populaire. Seules les classes les plus hautes de la société peuvent y accéder. Au XVIIIe siècle, une technique moins onéreuse est inventée : la bougie graduée à clochette. Les graduations indiquent combien de temps met la bougie pour se consumer. On plante un clou à l’endroit où la bougie indique une, deux, trois heures, selon ses besoins. Quand la cire fond et atteint la graduation voulue, le clou tombe et tire sur une chaînette qui fait sonner une petite cloche. Ce réveil sera plus répandu mais encore loin d’être dans toutes les chambres à coucher, la bougie restant un produit assez onéreux.

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    Autre

    Comment se réveillait-on avant l'invention du réveil?

    Petite histoire des astuces utilisées pour tirer du lit les travailleurs avant la création de cet instrument de torture.

     

    Pas facile de se réveiller le matin? Vous détestez, haïssez, conspuez l'outrageux appareil qui hurle bien trop tôt pour vous tirer du sommeil tous les jours? D'accord, le réveil n'est pas l'objet le plus agréable du monde... mais comment donc faisait-on pour se lever avant son invention?

    Comment faisaient les dormeurs à l'horloge biologique mal réglée pour commencer leur journée de travail en même temps que les poules? Comment les esclaves et les servants se levaient-ils avant leurs maîtres, qu'ils avaient en charge de réveiller? Comment les sonneurs de cloches s'éveillaient-ils à l'aurore pour passer le relais aux villageois? Et comment arriver à l'heure à l'usine quand on était trop pauvre pour avoir son propre réveil?

    Selon la légende, c'est Platon qui invente le tout premier réveil. 400 ans avant notre ère, le philosophe grec imagine une horloge hydraulique qui fait sonner des flûtes toutes les heures pour ne pas s'endormir lors de ses longues nuits de travail. L'embryon de réveil-matin décrit dans ses notes ne passe pourtant pas les portes de sa demeure. Personne d'autre que lui n'en profitera.

     

    Pour le commun des mortels, c'est le coq qui, jusqu'à très récemment dans nos campagnes, était seul garant du réveil journalier. L'animal-réveil est fêté partout autour du monde comme le symbole du passage de l'ombre à la lumière. Il est présent dès l'antiquité grecque, qui y va de sa petite légende: Alectryon faisait le guet devant la chambre des amants Aphrodite et Arès, qu'il devait prévenir de l'arrivée du dieu du soleil, Hélios, un ami du mari trompé. Forcément, Alectryon s'assoupit, Hélios découvre les deux amants et crie à l'adultère. Fou de rage, Arès punit son guetteur en le changeant en coq, condamné à annoncer l'arriver du jour tous les matins. Le premier réveil-matin est né!

    De tous temps, dans les campagnes, le lever s'est donc fait au chant du coq et des animaux qui vivent dans les maisons. Réveillés naturellement par la lumière du jour, les vaches et cochons bougent et crient dans leurs enclos, empêchant toute la maisonnée de faire la grasse matinée.

    Qui pour guetter le guetteur?

    Dans les villes et les cités, c'est un guetteur qui se charge de réveiller la communauté. Il annonce les heures des prières au clairon, puis à la cloche à partir du Ve siècle. Jusqu'au Xe siècle environ, la vie sociale se cale en effet sur le temps religieux, l'heure ne régit en rien le travail. Mais petit à petit, le guetteur mélange temps laïc et sacré pour sonner les grands rendez-vous de la journée: réveil et prière du matin, ouverture des portes de la ville, jours de marché et extinction des feux le soir, pour éviter les incendies qui pouvaient ravager des villes entières. Tous les 4 kilomètres, des tours ou des petits clochers (détruits depuis) relaient le son des cloches. Dans un monde beaucoup plus silencieux qu'aujourd'hui, sans vrombissement de moteur, sonnerie de téléphones ni musique sur les oreilles, le son des cloches résonne assez fort pour réveiller tout le monde.

    Une bougie graduée (via Wikimédia Commons).

    Mais comment le guetteur réussissait-il à se lever à l'aube pour réveiller ses congénères? C'est le grand problème de Frère Jacques qui n'arrive pas à se lever pour sonner les Matines, la première prière du matin... Depuis l'Antiquité, les hommes se relaient pour veiller sur la cité lors de tours de garde, tout simplement. Et lorsque l'horlogerie mécanique se répand dans les villes à partir de la fin du XIIIe siècle, les guetteurs sont les premiers à être équipés d'horloges à sonnerie. Ils peuvent enfin s'octroyer de vraies nuits de sommeil.

    Mais le réveil, objet de luxe, est encore loin d'être populaire. Seules les classes les plus hautes de la société peuvent y accéder. Au XVIIIe siècle, une technique moins onéreuse est inventée: la bougie graduée à clochette. Les graduations indiquent combien de temps met la bougie pour se consumer.

    On plante un clou à l'endroit où la bougie indique une, deux, trois heures, selon ses besoins. Quand la cire fond et atteint la graduation voulue, le clou tombe et tire sur une chaînette qui fait sonner une petite cloche. Ce réveil sera plus répandu mais encore loin d'être dans toutes les chambres à coucher, la bougie restant un produit assez onéreux.

    Réveil en douceur

    Une knocker-upper à Londres en 1931 (Recuerdos de Pandora via Flickr CC License by).

    Ce n'est qu'après 1880 que le réveil personnel se propage réellement grâce à la fabrication en masse des «réveils de cuisine», une horloge surplombée de deux cloches et munie d'une poignée pour le déplacer de la cuisine en journée à la table de chevet la nuit. Les classes les plus basses de la population n'y ont toujours pas accès.

    Dans les années 1920, en Irlande et au Royaume-Uni, les habitants des villes sortent des bras de Morphée grâce aux toc-toc des knocker-upper,des veilleurs payés pour les réveiller sur commande. Certains toquent aux fenêtres à l'aide d'une canne, d'autres tirent à la sarbacane. Les ouvriers logés en cité se lèvent, eux, au chant doux et mélodieux d'une tonitruante alarme collective jusque dans les années 1940.

    A partir des années 1950, l'idée n'est plus de se réveiller à tout prix mais de se réveiller en douceur. Les premiers réveil-cafetière ou réveil-gramophone font leur apparition. Depuis, tout est bon pour atténuer les souffrances du dormeur: réveil en lumière avec la radio, invention du bouton snooze (qui n'est pas une si bonne idée), réveil olfactif qui diffuse une bonne odeur de croissants et même, pour les plus gourmands, réveil qui grille du bacon!

    Merci à Dominique Fléchon, expert auprès de la fondation de la Haute horlogerie de Genève et auteur de La Conquête du temps, l'histoire de l'horlogerie des origines à nos jours (ed. Flammarion), pour ses explications historiques.

     

     
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