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  • Testament

    Si mon âme claire s'éteint 
    Comme une lampe sans pétrole, 
    Si mon esprit, en haut, déteint 
    Comme une guenille folle,

    Si je moisis, diamantin, 
    Entier, sans tache, sans vérole, 
    Si le bégaiement bête atteint 
    Ma persuasive parole,

    Et si je meurs, soûl, dans un coin
    C'est que ma patrie est bien loin
    Loin de la France et de la terre.

    Ne craignez rien, je ne maudis 
    Personne. Car un paradis
    Matinal, s'ouvre et me fait taire.
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  • L'Amour l'a de l'Olympe ...

    L'Amour l'a de l'Olympe ...

    L'Amour l'a de l'Olympe icy bas fait descendre ;
    L'amour l'a fait de l'homme endosser le peché ;
    L'amour luy a des-jà tout son sang fait espandre ;
    L'amour l'a fait souffrir qu'on ait sur luy craché ;

    L'amour a ces haliers à son chef attaché ;
    L'amour fait que sa Mere à ce bois le void pendre ;
    L'amour a dans ses mains ces rudes cloux fiché ;
    L'amour le va tantost dans le sepulchre estendre.

    Son amour est si grand, son amour est si fort
    Qu'il attaque l'enfer, qu'il terrasse la mort,
    Qu'il arrache à Pluton sa fidele Euridice.

    Belle pour qui ce beau meurt en vous bien-aimant,
    Voyez s'il fut jamais un si cruel supplice,
    Voyez s'il fut jamais un si parfait Amant.
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  • Le grain de blé nourrit ...

    Le grain de blé nourrit et l'homme et les corbeaux.
    L'arbre palladien produit la douce olive,
    Et le triste cyprès, debout sur les tombeaux,
    Balance vainement une cime plaintive.

    Hélas ! N'as-tu point vu ta plus chère amitié
    Etaler à tes yeux la face du vulgaire ?
    Tu ne sais pas languir et souffrir à moitié :
    Quand tu reprends ton coeur, c'est qu'il n'en reste guère.

    Que ce soit dans la ville ou près des flots amers,
    Au fond de la forêt ou sur le mont sinistre,
    Va, pars et meurs tout seul en récitant des vers :
    Ce sont troupeaux encor les cygnes du Caystre.
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  • L'oeil

    L'oeil...........

    Sous l'épais treillis des feuilles tremblantes,
    Au plus noir du bois la lune descend ;
    Et des troncs moussus aux cimes des plantes,
    Son regard fluide et phosphorescent
    Fait trembler aux bords des corolles closes
    Les larmes des choses.

    Lorsque l'homme oublie au fond du sommeil,
    La vie éternelle est dans les bois sombres ;
    Dans les taillis veufs du brûlant soleil
    Sous la lune encor palpitent leurs ombres,
    Et jamais leur âme, au bout d'un effort,
    Jamais ne s'endort !

    Le clair de la lune en vivantes gerbes
    Sur les hauts gazons filtre des massifs.
    Et les fronts penchés, les pieds dans les herbes,
    Les filles des eaux, en essaims pensifs,
    Sous les saules blancs en rond sont assises,
    Formes indécises.

    La lune arrondit son disque lointain
    Sur le bois vêtu d'un brouillard magique
    Et dans une eau blême aux reflets d'étain ;
    Et ce vieil étang, miroir nostalgique,
    Semble ton grand oeil, ô nature ! Hélas !
    Semble un grand oeil las.
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  • La nuit

    A cette heure où les coeurs, d'amour rassasiés,
    Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles,
    Entends-tu sur les bords de ce lac plein d'étoiles
    Chanter les rossignols aux suaves gosiers ?

    Sans doute, soulevant les flots extasiés
    De tes cheveux touffus et de tes derniers voiles,
    Les coussins attiédis, les draps aux fines toiles
    Baisent ton sein, fleuri comme un bois de rosiers ?

    Vois-tu, du fond de l'ombre où pleurent tes pensées,
    Fuir les fantômes blancs des pâles délaissées,
    Moins pâles de la mort que de leur désespoir ?

    Ou, peut-être, énervée, amoureuse et farouche,
    Pieds nus sur le tapis, tu cours à ton miroir
    Et des ruisseaux de pleurs coulent jusqu'à ta bouche.
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  • L'entrevue au ruisseau

    L'eau nous sépare, écoute bien :
    Si tu fais un pas, tu n'as rien.

    Voici ma plus belle ceinture,
    Elle embaume encor de mes fleurs.
    Prends les parfums et les couleurs,
    Prends tout... je m'en vais sans parure.

    L'eau nous sépare, écoute bien :
    Si tu fais un pas, tu n'as rien.

    Sais-tu pourquoi je viens moi-même
    Jeter mon ruban sur ton sein ?
    C'est que tu parlais d'un larcin,
    Et l'on veut donner quand on aime.

    L'eau nous sépare, écoute bien ;
    Si tu fais un pas, tu n'as rien.

    Adieu ! ta réponse est à craindre,
    Je n'ai pas le temps d'écouter ; 
    Mais quand je n'ose m'arrêter,
    N'est-ce donc que toi qu'il faut plaindre ?

    Ce que j'ai dit, retiens-le bien :
    Pour aujourd'hui, je n'ai plus rien !
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  • Puisque nos heures sont remplies

    Puisque nos heures sont remplies 
    De trouble et de calamités ; 
    Puisque les choses que tu lies 
    Se détachent de tous côtés ;

    Puisque nos pères et nos mères 
    Sont allés où nous irons tous, 
    Puisque des enfants, têtes chères, 
    Se sont endormis avant nous ;

    Puisque la terre où tu t'inclines 
    Et que tu mouilles de tes pleurs, 
    A déjà toutes nos racines 
    Et quelques-unes de nos fleurs ;

    Puisqu'à la voix de ceux qu'on aime 
    Ceux qu'on aima mêlent leurs voix ; 
    Puisque nos illusions même
    Sont pleines d'ombres d'autrefois ;

    Puisqu'à l'heure où l'on boit l'extase 
    On sent la douleur déborder,
    Puisque la vie est comme un vase 
    Qu'on ne peut emplir ni vider ;

    Puisqu'à mesure qu'on avance
    Dans plus d'ombre on se sent flotter ; 
    Puisque la menteuse espérance
    N'a plus de conte à nous conter ;

    Puisque le cadran, quand il sonne, 
    Ne nous promet rien pour demain, 
    Puisqu'on ne connaît plus personne 
    De ceux qui vont dans le chemin,

    Mets ton esprit hors de ce monde ! 
    Mets ton rêve ailleurs qu'ici-bas ! 
    Ta perle n'est pas dans notre onde ! 
    Ton sentier n'est point sous nos pas !

    Quand la nuit n'est pas étoilée, 
    Viens te bercer aux flots des mers ; 
    Comme la mort elle est voilée,
    Comme la vie ils sont amers.

    L'ombre et l'abîme ont un mystère 
    Que nul mortel ne pénétra ;
    C'est Dieu qui leur dit de se taire 
    Jusqu'au jour où tout parlera !

    D'autres yeux de ces flots sans nombre 
    Ont vainement cherché le fond ;
    D'autres yeux se sont emplis d'ombre 
    A contempler ce ciel profond !

    Toi, demande au monde nocturne 
    De la paix pour ton coeur désert ! 
    Demande une goutte à cette urne ! 
    Demande un chant à ce concert !

    Plane au-dessus des autres femmes, 
    Et laisse errer tes yeux si beaux 
    Entre le ciel où sont les âmes 
    Et la terre où sont les tombeaux !
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  • Ilda

    Ilda................

    Pâle comme un matin de septembre en Norvège,
    Elle avait la douceur magnétique du nord ;
    Tout s’apaisait près d’elle en un tacite accord,
    Comme le bruit des pas s’étouffe dans la neige.

    Son visage, par un étrange sortilège,
    Avait pris dès l’enfance et gardait sans efforts
    Un peu de la beauté sublime qu’ont les morts ;
    Et le rire semblait près d’elle sacrilège.

    Triste avec passion, sur l’eau de ses grands yeux
    Le songe errait comme un rameur silencieux.
    Tout ce qui la touchait s’imprégnait d’un mystère.

    Et si douce, enroulant ses boucles à ses doigts,
    Avec une pudeur farouche de sa voix,
    Elle vivait pour la volupté de se taire.
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