• Aussi souvent qu'Amour fait penser à mon âme

    Aussi souvent qu'Amour fait penser à mon âme, 
    Combien il mit d'attraits dans les yeux de ma Dame, 
    Combien c'est de l'honneur d'aimer en si bon lieu, 
    Je m'estime aussi grand et plus heureux qu'un Dieu.
    Amaranthe, Phillis, Caliste, Pasithée, 
    Je hais cette mollesse à vos noms affectée ; 
    Ces titres qu'on vous fait avecque tant d'appas, 
    Témoignent qu'en effet vos yeux n'en avaient pas. 
    Au sentiment divin de ma douce furie, 
    Le plus beau nom du monde est le nom de Marie : 
    Quelque souci qui m'ait enveloppé l'esprit,
    En l'oyant proférer, ce beau nom me guérit,
    Mon sang en est ému, mon âme en est touchée
    Par des charmes secrets d'une vertu cachée.
    Je la nomme toujours, je ne m'en puis tenir.
    Je n'ai dedans le coeur autre ressouvenir
    Et ne connais plus rien, je ne vois plus personne.
    Plût à Dieu qu'elle sût le mal qu'elle me donne,
    Qu'un bon Ange voulût examiner mes sens,
    Et qu'il lui rapportât au vrai ce que je sens, 
    Qu'Amour eût pris le soin de dire à cette belle, 
    Si je suis un moment sans soupirer pour elle, 
    Si mes désirs lui font aucune trahison, 
    Si je pensai jamais à rompre ma prison. 
    Je jure par l'éclat de ce divin visage, 
    Que je serais marri de devenir si sage. 
    En l'état où je suis, aveugle et furieux, 
    Tout bon avis me choque et m'est injurieux. 
    Quand le meilleur ami que je pourrais avoir, 
    Touché du sentiment de ce commun devoir, 
    A m'ôter cet amour emploierait sa peine, 
    Il n'aurait travaillé que pour gagner ma haine :
    En telle bienveillance un Dieu m'offenserait, 
    Et je me vengerais du bien qu'il me ferait. 
    Qui me veut obliger, il faut qu'il me trahisse, 
    Qu'il prenne son plaisir à voir que je périsse. 
    Honorez mes fureurs, vantez ma lâcheté, 
    Méprisez devant moi l'honneur, la liberté ; 
    Consentez que je pleure, aimez que je soupire. 
    Et vous m'obligerez de plus que d'un empire. 
    Mais non, reprochez-moi ma honteuse douleur, 
    Dites combien l'Amour m'apporte de malheur, 
    Que pour un faux plaisir je perds ma renommée, 
    Que mes esprits n'ont plus leur force accoutumée, 
    Que je deviens fâcheux, sans courage, et brutal, 
    Bref que pour cet amour tout m'est rendu fatal. 
    Faites-le pour tuer l'ardeur qui me consume, 
    Car je connais qu'ainsi ma flamme se rallume ; 
    Plus on presse mon mal, plus il fuit au dedans. 
    Et mes désirs en sont mille fois plus ardents. 
    A l'abord d'un censeur je sens que mon martyre 
    De dépit et d'horreur dans mes os se retire. 
    Amour ne fait alors que renforcer ses traits, 
    Et donne à ma maîtresse encore plus d'attraits. 
    Ainsi je trouve bon que chacun me censure, 
    Afin que mon tourment davantage me dure. 
    Pour conserver mon mal je fais ce que je puis, 
    Et me croyant heureux sans doute je le suis :
    Je ne recherche point de Dieux, ni de fortune, 
    Ce qu'ils font ou dessous, ou par-dessus la Lune 
    Pour le bien des mortels : tout m'est indifférent, 
    Excepté le plaisir que ma peine me rend. [...]
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  • L'avarice

    L'avarice..................

    A Hélias Boniface, d'Avignon.

    Voyant l'homme avaricieux, 
    Tant misérable et soucieux, 
    Veiller, courir et tracasser, 
    Pour toujours du bien amasser 
    Et jamais n'avoir le loisir 
    De s'en donner à son plaisir, 
    Sinon quand il n'a plus puissance 
    D'en percevoir la jouissance, 
    Il me souvient d'une alumelle, 
    Laquelle, étant luisante et belle,
    Se voulut d'un manche garnir, 
    Afin de couteau devenir, 
    Et, pour mieux s'emmancher de même, 
    Tailla son manche de soi-même. 
    En le taillant, elle y musa, 
    Et, musant, de sorte s'usa 
    Que le couteau, bien emmanché, 
    Étant déjà tout ébréché, 
    Se vit grandi par plus de neuf 
    D'être ainsi usé tout fin neuf ; 
    Dont fut contraint d'en rire aussi 
    Du bout des dents, et dit ainsi :
    " J'ai bien ce que je souhaitais, 
    Mais pas ne suis tel que j'étais, 
    Car je n'ai plus ce doux trancher, 
    Pour quoi tâchais à m'emmancher. " 
    Ainsi vous en prend-il, humains, 
    Qui nous avez entre vos mains, 
    Hormis qu'on put le fil bailler 
    Au tranchant qui ne veut tailler ; 
    Mais à vieillesse évertuée 
    Vertu n'est plus restituée.
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  • Médailles antiques - V

    Le divin Berger des monts de Phrygie 
    Goûte, les yeux clos, l'éternel sommeil ; 
    Et de son beau corps, dans l'herbe rougie,
    Coule un sang vermeil.

    En boucles de lin, sur la pâle joue 
    Qu'enviaient les fruits honneur des vergers, 
    Tombent, du réseau pourpré qui les noue,
    Ses cheveux légers.

    Voici Kythèrè, l'Amante immortelle, 
    Qui gémit et pleure auprès du Bouvier. 
    Les Eros chasseurs tiennent devant elle
    Le noir Sanglier ;

    Lui, pour expier d'amères offenses, 
    D'un autel qui fume attisant le feu, 
    Consume et punit ses blanches défenses
    D'avoir fait un Dieu.
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  • Rondeau

    Votre beau thé, moins rare que vos yeux,
    Votre thé vert, fleuri, délicieux, 
    Qui vaut quasi dix mille francs la livre, 
    Moins que la fleur de vos yeux il enivre 
    Et fait rêver qu'on s'en va dans les cieux.

    J'ai bu les deux aromes précieux ; 
    Et jusqu'au jour dans mon lit soucieux 
    Il m'a sonné des fanfares de cuivre, 
    Votre beau thé.

    Je vous voyais passer parmi les Dieux, 
    Dans un grand char aux flamboyants essieux ;
    Et sous la roue en or, n'osant vous suivre, 
    J'ai mis mon front, et j'ai cessé de vivre 
    En bénissant, écrasé mais joyeux, 
    Votre beauté.
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  • Michel et Christine

    Zut alors, si le soleil quitte ces bords !
    Fuis, clair déluge ! Voici l'ombre des routes.
    Dans les saules, dans la vieille cour d'honneur,
    L'orage d'abord jette ses larges gouttes.

    Ô cent agneaux, de l'idylle soldats blonds,
    Des aqueducs, des bruyères amaigries,
    Fuyez ! plaine, déserts, prairie, horizons
    Sont à la toilette rouge de l'orage !

    Chien noir, brun pasteur dont le manteau s'engouffre,
    Fuyez l'heure des éclairs supérieurs ;
    Blond troupeau, quand voici nager ombre et soufre,
    Tâchez de descendre à des retraits meilleurs.

    Mais moi, Seigneur ! voici que mon esprit vole,
    Après les cieux glacés de rouge, sous les
    Nuages célestes qui courent et volent
    Sur cent Solognes longues comme un railway.

    Voilà mille loups, mille graines sauvages
    Qu'emporte, non sans aimer les liserons,
    Cette religieuse après-midi d'orage
    Sur l'Europe ancienne où cent hordes iront !

    Après, le clair de lune ! partout la lande,
    Rougis et leurs fronts aux cieux noirs, les guerriers
    Chevauchent lentement leurs pâles coursiers !
    Les cailloux sonnent sous cette fière bande !

    - Et verrai-je le bois jaune et le val clair,
    L'Epouse aux yeux bleus, l'homme au front rouge, ô Gaule,
    Et le blanc Agneau Pascal, à leurs pieds chers,
    - Michel et Christine, - et Christ ! - fin de l'Idylle.
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  • Avenir sans passé

    Avenir sans passé..............

    Je raconte à mon fils
    L'histoire du sable lisse
    Qui coule entre les doigts
    L'histoire de la mer
    Qui embrasse la terre
    En courant derrière moi

    Je raconte à mon fils
    L'histoire des fleurs de lys
    Qui sentaient bon jadis
    L'histoire des arbres morts
    Barrières aux vents du nord
    Où l'on se bat encore

    Je raconte à mon fils
    La grande histoire d'Alice
    Au pays des merveilles
    L'histoire des oiseaux blancs
    Qui ont fui depuis longtemps
    Dans l'infini du ciel

    Je raconte à mon fils
    La belle histoire d'Alice
    Dans le monde où j'ai vécu
    Mais il croit que je rêve
    Et moqueur il se lève
    Pour aller dans la rue

    Et je pleure pour mon fils
    Qui ignore ces délices
    Quand tout a disparu
    Sous le bitume des avenues
    Quand il a tout perdu
    Dans les livres qu'il n'a pas lus
    Quand il n'a pas voulu
    Retrouver ce que j'ai connu

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