• Ô vraie amour, dont je suis prise

    Ô vraie amour, dont je suis prise.............

    Ô vraie amour, dont je suis prise,
    Comment m'as-tu si bien apprise,
    Que de mon jour tant me contente,
    Que je n'en espère autre attente,
    Que celle de ce doux amer, 
    Pour me guérir du mal d'aimer ?

    Du bien j'ai eu la jouissance,
    Dont il m'a donné connaissance 
    Pour m'assurer de l'amitié, 
    De laquelle il tient la moitié : 
    Doncques est-il plus doux qu'amer, 
    Pour me guérir du mal d'aimer.

    Hélas, ami, en ton absence 
    Je ne puis avoir assurance 
    Que celle dont - pour son plaisir -
    Amour caut me vient dessaisir 
    Pour me surprendre, et désarmer : 
    Guéris-moi donc du mal d'aimer !

    (Chanson III)
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  • Petit hameau

    Or voici que verdoie un hameau sur les côtes
    Plein de houx, orgueilleux de ses misères hautes.

    Des bergers s'étonnant contemplent dans la plaine,
    Et mon cheval qui sue à la hauteur se traîne.

    Pour y vivre l'Octobre et ses paix pastorales
    Je vous apporte, ô Pan, mes lyres vespérales.

    Les boeufs sont vite entrés. Ils meuglent dans l'étable,
    Et la soupe qui fume a réjoui ma table.

    Que vous êtes heureux, hommes bons des campagnes,
    Loin du faubourg qui pue et des clameurs de bagnes.

    Je vous bénis. Que la joie habite à vos portes,
    En campagne, ô ces soirs de primes feuilles mortes !
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  • La coupe

    La coupe................

    Prends ce bloc d'argent, adroit ciseleur. 
    N'en fais point surtout d'arme belliqueuse,
    Mais bien une coupe élargie et creuse 
    Où le vin ruisselle et semble meilleur. 
    Ne grave à l'entour Bouvier ni Pléiades, 
    Mais le choeur joyeux des belles Mainades, 
    Et l'or des raisins chers à l'oeil ravi, 
    Et la verte vigne, et la cuve ronde 
    Où les vendangeurs foulent à l'envi, 
    De leurs pieds pourprés, la grappe féconde. 
    Que j'y voie encore Evoé vainqueur, 
    Aphrodite, Éros et les Hyménées, 
    Et sous les grands bois les vierges menées 
    La verveine au front et l'amour au coeur !
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  • Son bras droit, dans un geste aimable de douceur

    Son bras droit, dans un geste aimable de douceur............

    Son bras droit, dans un geste aimable de douceur,
    Repose autour du cou de la petite soeur,
    Et son bras gauche suit le rythme de la jupe.
    A coup sûr une idée agréable l'occupe,
    Car ses yeux si francs, car sa bouche qui sourit,
    Témoignent d'une joie intime avec esprit.
    Oh ! sa pensée exquise et fine, quelle est-elle ?
    Toute mignonne, tout aimable, et toute belle,
    Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi
    La pose la plus simple et la meilleure aussi :
    Debout, le regard droit, en cheveux ; et sa robe
    Est longue juste assez pour qu'elle ne dérobe
    Qu'à moitié sous ses plis jaloux le bout charmant
    D'un pied malicieux imperceptiblement.
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  • Le bon fou

    Il n'a que sa chemise écrue et sa culotte 
    Pour tout costume. Il porte un bonnet de coton. 
    Tel il rôde, faisant mouliner son bâton. 
    Promenant l'ébahi de son regard qui flotte.

    Barbu, gras et rougeaud, il montre ses dents blanches,
    Son poitrail tout velu comme celui des loups,
    Les muscles de ses bras, les noeuds de ses genoux,
    Et dandine sa marche au roulis de ses hanches.

    Parfois, sur son chemin, inerte comme un marbre,
    Il s'arrête debout, regardant ciel ou sol,
    Quelque grand oiseau fauve élargissant son vol,
    Un champignon verdi qui sèche au pied d'un arbre.

    Sa songerie alors s'épanche en un langage 
    Tour à tour sifflement, chant, grognement, parler ; 
    Il imite, entendant telle ou telle eau couler, 
    Le murmure ou le bruit croulant qu'elle dégage.

    Aux prés, de son bâton, il racle doux l'échine
    Du bétail engourdi dont il sait les secrets,
    Ou, grave, l'étendant, jette sur les guérets
    Un bon sort aux moissons que son rêve imagine.

    Le froid noir des ciels blancs, l'éclair des ciels de suie,
    Il y reste impassible autant que le rocher ; 
    Et, recherchant l'averse au lieu de se cacher, 
    Du même pas rythmique avance dans la pluie.

    Il emporte son pain qu'il mange dans ses courses,
    L'émiettant, ça et là, pour les petits oiseaux, 
    Et va boire, à genoux, parmi joncs et roseaux,
    Aux masses des torrents comme au filet des sources.

    Toujours égal, jamais colère, jamais ivre, 
    Comme s'il se sentait au-dessous des humains,
    Il est muet avec les gens, sur les chemins,
    Rentré, ne parle pas aux siens qui le font vivre.

    C'est pourquoi lui faisant sa suite coutumière, 
    Chaque fois, sur la place, il attend que le mort 
    Ait eu ses 'libera' pour l'escorter encor 
    Juste en face du seuil, mais loin du cimetière.

    Il ne répond qu'aux bruits des choses et des bêtes
    Qu'il trouve à l'unisson fraternel de ses voix,
    Interpelle aussi lien le silence des bois 
    Qu'il jette sa parole au fracas des tempêtes.

    Courbé sur sa charrue, ou le pied sur sa pelle, 
    Le paysan le suit des yeux avec respect, 
    Bien qu'il soit, nuit et jour, routinier de l'aspect 
    De ce " membre de Dieu ", comme chacun l'appelle.

    Et les femmes, passant dans leur mélancolie, 
    Rencontrent sans effroi cet hercule enfantin, 
    Sachant que la nature a fait bon son instinct, 
    Qu'elle a virginisé sa tranquille folie.
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  • J'aime un petit enfant, et je suis un vieux fou.

    J'aime un petit enfant, et je suis un vieux fou............


    - Grand-père ? - Quoi ? - Je veux m'en aller. - Aller où ? 
    - Où je voudrai. - Partons. - Je veux rester, grand-père. 
    - Restons. - Grand-père ? - Quoi ? - Pleuvra-t-il ? - Non, j'espère.
    - Je veux qu'il pleuve, moi. - Pourquoi ? - Pour faire un peu 
    Pousser mon haricot dans mon jardin. - C'est Dieu 
    Qui fait la pluie. - Eh bien, je veux que Dieu la fasse.
    - Mais s'il ne voulait pas ? - Moi, je veux. Si je casse 
    Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'empêcher. 
    Ainsi... - C'est juste. Il va peut-être se fâcher, 
    Mais passons-nous de lui. - Pour qu'il pleuve ? - Sans doute. 
    Viens, prenons l'arrosoir du jardinier Jacquot, 
    Et nous ferons pleuvoir. - Où ? - Sur ton haricot.
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  • Hymne de l'enfant à son réveil

    Hymne de l'enfant à son réveil

    Ô père qu'adore mon père!
    Toi qu'on ne nomme qu'à genoux!
    Toi, dont le nom terrible et doux
    Fait courber le front de ma mère!

    On dit que ce brillant soleil
    N'est qu'un jouet de ta puissance;
    Que sous tes pieds il se balance
    Comme une lampe de vermeil.

    On dit que c'est toi qui fais naître
    Les petits oiseaux dans les champs,
    Et qui donne aux petits enfants
    Une âme aussi pour te connaître!

    On dit que c'est toi qui produis
    Les fleurs dont le jardin se pare,
    El que, sans toi, toujours avare,
    Le verger n'aurait point de fruits.

    Aux dons que ta bonté mesure
    Tout l'univers est convié;
    Nul insecte n'est oublié
    À ce festin de la nature.

    L'agneau broute le serpolet,
    La chèvre s'attache au cytise,
    La mouche au bord du vase puise
    Les blanches gouttes de mon lait!

    L'alouette a la graine amère
    Que laisse envoler le glaneur,
    Le passereau suit le vanneur,
    Et l'enfant s'attache à sa mère.

    Et, pour obtenir chaque don,
    Que chaque jour tu fais éclore,
    À midi, le soir, à l'aurore,
    Que faut-il? prononcer ton nom!

    Ô Dieu! ma bouche balbutie
    Ce nom des anges redouté.
    Un enfant même est écouté
    Dans le choeur qui te glorifié !

    On dit qu'il aime à recevoir
    Les voeux présentés par l'enfance,
    À cause de cette innocence
    Que nous avons sans le savoir.

    On dit que leurs humbles louanges
    A son oreille montent mieux,
    Que les anges peuplent les cieux,
    Et que nous ressemblons aux anges!

    Ah! puisqu'il entend de si loin
    Les voeux que notre bouche adresse,
    Je veux lui demander sans cesse
    Ce dont les autres ont besoin.

    Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines,
    Donne la plume aux passereaux,
    Et la laine aux petits agneaux,
    Et l'ombre et la rosée aux plaines.

    Donne au malade la santé,
    Au mendiant le pain qu'il pleure,
    À l'orphelin une demeure,
    Au prisonnier la liberté.

    Donne une famille nombreuse
    Au père qui craint le Seigneur,
    Donne à moi sagesse et bonheur,
    Pour que ma mère soit heureuse!

    Que je sois bon, quoique petit.,
    Comme cet enfant dans le temple,
    Que chaque matin je contemple,
    Souriant au pied de mon lit.

    Mets dans mon âme la justice,
    Sur mes lèvres la vérité,
    Qu'avec crainte et docilité
    Ta parole en mon coeur mûrisse!

    Et que ma voix s'élève à toi
    Comme cette douce fumée
    Que balance l'urne embaumée
    Dans la main d'enfants comme moi !
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  • Hyacinthe

    Pour la voir aussitôt m’apparaître, fidèle
    Je n’ai qu’à prononcer son nom mélodieux,
    Comme si quelque instinct miséricordieux
    D’avance lui disait l’heure où j’ai besoin d’elle.

    Je la trouve toujours, quand mon coeur contristé
    S’exile et se replie au fond de ses retraites,
    Et pansant à la nuit ses blessures secrètes,
    Reprend avec l’orgueil sa native beauté.

    C’est dans un parc illustre où la blancheur des marbres
    Dans l’ombre çà et là dresse un beau geste nu,
    Où ruisselle un bruit d’eau léger et continu,
    Où les chemins rayés par les ombres des arbres

    S’enfoncent comme on voit aux tableaux anciens.
    Aux noblesses du coeur le décor est propice,
    Et parmi les bosquets l’âme de Bérénice
    Semble encor sangloter des vers raciniens.

    Elle est là ; sous le dais des ténèbres soyeuses,
    Elle attend ; autour d’elle à chaque mouvement
    Ses ailes font d’un vague et lent frémissement
    De plumes onduler les fleurs harmonieuses.

    Ses lèvres par instants laissent tomber le mot
    Unique où se concentre en goutte le silence ;
    Le geste de ses mains pâles est l’indolence,
    Et sa voix musicale est fille du sanglot.

    Nous errons à travers les jardins taciturnes
    Émus en même temps de limpides frissons,
    Touchés de nous aimer dans ce que nous pensons
    Et nous penchant ensemble aux fontaines nocturnes.

    L’amour s’ouvre à ses doigts comme un lys infini,
    Tout en elle se donne et rien ne se dérobe.
    Ses bras savent surtout bercer et sous sa robe
    Son sein a la chaleur maternelle du nid.

    La pitié, la douceur, la paix sont ses servantes ;
    À sa ceinture pend le rosaire des soirs,
    Et c’est elle sans trêve et pourtant sans espoirs,
    Que je cherche à jamais à travers les vivantes.

    Elle est tout ce que j’aime au monde, le secret,
    L’amour aux longs cheveux, la pudeur aux longs voiles,
    Même elle me ressemble aux rayons des étoiles,
    Et c’est comme une soeur morte qui reviendrait.

    Hyacinthe est le nom mortel que je lui donne.
    Souvent au fond des ans par d’étranges détours
    Nous évoquons la même enfance aux mêmes jours,
    Et sa voix dont l’accent fatidique m’étonne

    Semble du plus profond de mon âme venir.
    Elle a le timbre ému des heures abolies,
    Et sonne l’angélus de mes mélancolies
    Dans la vallée au vieux clocher du souvenir.

    Et parfois elle dit, pâle en la nuit profonde,
    Pendant qu’au loin la lune argente un marbre nu
    Et qu’un ruissellement léger et continu
    Mêle au son de sa voix l’écoulement de l’onde,

    Pendant qu’aux profondeurs des grands espaces bleus
    Palpite une douceur grave et surnaturelle,
    Et que je vois comme un miracle fait pour elle
    Les astres scintiller à travers ses cheveux,

    Elle dit : quelque jour dans un pays suprême
    Ton désir cueillera les fruits puissants et beaux
    Dont la fleur blême ici languit sur les tombeaux.
    Et ton propre idéal sera ton diadème.

    Avec l’argile triste où chemine le ver
    Tu quitteras le mal, la honte, l’esclavage,
    Et je te sourirai dans les lys du rivage,
    Belle comme la lune, en été, sur la mer.

    Tes sens magnifiés vivront d’intenses fièvres,
    Ivres d’intensité dans un air immortel ;
    Alors s’accomplira ton rêve originel
    Et, penché sur mes yeux pleins d’un soir éternel,

    C’est ton âme que tu baiseras sur mes lèvres.
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  • Sur la route de Turin

    Sur la route de Turin

    Tout commença par une de ces journées banales
    Pare-brise givré, ventilateur à fond,
    Seule façon de tenir, de rester vertical
    Regarder les montagnes, derrière l’horizon

    Cheminant lentement le long du quai de France
    Mon esprit parcourait la cambrure d’Isabelle
    J’imaginais ses seins, son sourire quand elle danse
    Son ombre sous les draps, haletante, si frêle

    Alors je décidai, plutôt que de courir,
    Plutôt qu’une nouvelle fois aspiré par le bas,
    Je pris la décision sans trop y réfléchir
    De ne pas y aller, et de filer tout droit

    Bientôt les lacets et les virages s’enchaînent, 
    Après deux heures de route tout en haut se découpe
    Étrange basilique, désertique, lointaine,
    Mais déjà c’est le Mole tout au bout de la route

    Caché sous les arcades je trouvai mon hôtel,
    Petite chambre sombre, lit antique, promesse,
    Quelques heures à attendre, à repenser à elle,
    Dans la nuit me rejoint pour les cris et l’ivresse

    Fatigué par l’amour jusqu’au petit matin,
    Café vite avalé, rues désertes à Turin,
    Sur le chemin retour l’âme en paix vagabonde
    Cette fois je le sais ne suis plus seul au monde

     

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