• Le rêve d'un curieux

    Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
    Et de toi fais-tu dire : " Oh ! l'homme singulier ! "
    - J'allais mourir. C'était dans mon âme amoureuse,
    Désir mêlé d'horreur, un mal particulier ;

    Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
    Plus allait se vidant le fatal sablier,
    Plus ma torture était âpre et délicieuse ;
    Tout mon coeur s'arrachait au monde familier.

    J'étais comme l'enfant avide du spectacle,
    Haïssant le rideau comme on hait un obstacle...
    Enfin la vérité froide se révéla :

    J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore
    M'enveloppait. - Eh quoi ! n'est-ce donc que cela ?
    La toile était levée et j'attendais encore.
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  • D'anciennement transposé (II)

    D'anciennement transposé (II)..............Max ELSKAMP 1862 - 1931

    Je n'ai plus de ville, Elle est soûle 
    Et pleine de coeurs renégats, 
    Aux tavernes de Golgotha, 
    J'en suis triste jusqu'à la mort ; 
    Je n'ai plus de ville, Elle est soûle.

    Mon Dimanche est mort pour de bon ; 
    Dans les armoires de mes torts 
    Mes robes ont changé de ton, 
    Vides, les robes de ma mort 
    Sont mortes et pour tout de bon.

    Et sont mortes les bien-aimées ; 
    Et ma seule religion, 
    Aux huiles d'extrême-onction, 
    Va mourir loin des bien-aimées ; 
    La mort meurt et les bien-aimées.

    Et tout vit, pour que bien s'annule 
    La chair dans les robes qui brûlent, 
    Où les baisers même sont mal ; 
    Et tout vit, pour que bien s'annule 
    La chair dans les robes qui brûlent.
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  • Le lac

    Le lac................Alphonse de LAMARTINE 1790 - 1869

    Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
    Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
    Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
    Jeter l'ancre un seul jour ?

    Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
    Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
    Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
    Où tu la vis s'asseoir !

    Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
    Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
    Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
    Sur ses pieds adorés.

    Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
    On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
    Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
    Tes flots harmonieux.

    Tout à coup des accents inconnus à la terre
    Du rivage charmé frappèrent les échos ;
    Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
    Laissa tomber ces mots :

    " Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
    Suspendez votre cours :
    Laissez-nous savourer les rapides délices
    Des plus beaux de nos jours !

    " Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
    Coulez, coulez pour eux ;
    Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
    Oubliez les heureux.

    " Mais je demande en vain quelques moments encore,
    Le temps m'échappe et fuit ;
    Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
    Va dissiper la nuit.

    " Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
    Hâtons-nous, jouissons !
    L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
    Il coule, et nous passons ! "

    Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
    Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, 
    S'envolent loin de nous de la même vitesse
    Que les jours de malheur ?

    Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
    Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
    Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
    Ne nous les rendra plus !

    Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
    Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
    Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
    Que vous nous ravissez ?

    Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
    Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
    Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
    Au moins le souvenir !

    Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
    Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
    Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
    Qui pendent sur tes eaux.

    Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
    Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
    Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
    De ses molles clartés.

    Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
    Que les parfums légers de ton air embaumé,
    Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
    Tout dise : Ils ont aimé !
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  • Le lac

    Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
    Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
    Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
    Jeter l'ancre un seul jour ?

    Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
    Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
    Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
    Où tu la vis s'asseoir !

    Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
    Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
    Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
    Sur ses pieds adorés.

    Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
    On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
    Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
    Tes flots harmonieux.

    Tout à coup des accents inconnus à la terre
    Du rivage charmé frappèrent les échos ;
    Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
    Laissa tomber ces mots :

    " Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
    Suspendez votre cours :
    Laissez-nous savourer les rapides délices
    Des plus beaux de nos jours !

    " Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
    Coulez, coulez pour eux ;
    Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
    Oubliez les heureux.

    " Mais je demande en vain quelques moments encore,
    Le temps m'échappe et fuit ;
    Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
    Va dissiper la nuit.

    " Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
    Hâtons-nous, jouissons !
    L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
    Il coule, et nous passons ! "

    Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
    Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, 
    S'envolent loin de nous de la même vitesse
    Que les jours de malheur ?

    Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
    Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
    Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
    Ne nous les rendra plus !

    Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
    Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
    Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
    Que vous nous ravissez ?

    Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
    Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
    Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
    Au moins le souvenir !

    Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
    Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
    Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
    Qui pendent sur tes eaux.

    Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
    Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
    Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
    De ses molles clartés.

    Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
    Que les parfums légers de ton air embaumé,
    Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
    Tout dise : Ils ont aimé !
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  • L'or

    Je suis l'or, simulacre étrange de la vie,
    Mode ultime de l'énergie
    Que l'homme, prolongeant l'élan primordial,
    Conçut pour insuffler une âme subalterne
    À la matière qu'il gouverne, 
    À ses créations de fibre et de métal.

    Je circule parmi les rêves
    Et ceux que je touche se lèvent
    Matérialisés en fantasques moissons
    D'oeuvres d'art, de maisons,
    De vin clair qui chatoie,
    D'instruments et de pain, de bijoux et de soie.

    Je suis un rayon de soleil 
    Qui paraît et métamorphose,
    Autour de l'homme, toutes choses : 
    Un amas de charbon en un boudoir vermeil, 
    Une source chantante en écheveaux de laine, 
    Une plaque de bronze en essaim de phalènes.

    Je suis une vibration 
    Qui répercute au loin l'effort de la matière.
    Une machine impose au fer des torsions,
    La masse tombe et fend la pierre,
    Et par moi, quelque part, s'allongeront des bras, 
    Des outils couperont, la vapeur luttera.

    Je suis une idée en voyage 
    Qui se transforme en acte et de lui se dégage.
    Après m'être incarné dans le cuir ou le plomb 
    J'en sors pour quelque randonnée. 
    Je suis un mouvement né d'un autre, fécond 
    Dans le rythme éternel des forces alternées.

    J'accours où voltige l'espoir,
    Où les dieux ont juré de capter l'eau dansante
    Et d'enchaîner la flamme au fond des antres noirs.
    Je brille et des cités s'étalent, débordantes ;
    Il rôde dans les champs de grands trains annelés,
    Les grains percent le sol, des rocs sont descellés.

    Subitement les murs fléchissent, les fenêtres
    Semblent des orbites de morts.
    On se demande avec angoisse : Où donc est l'or ?
    Je suis caché dans l'ombre, inutile à mes maîtres. 
    Leur foi seule était mon soutien, 
    Ils ont tremblé, je ne suis rien.
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  • Sur la croupe d'un mont je vis une fabrique

    Sur la croupe d'un mont je vis une fabrique
    De cent brasses de haut : cent colonnes d'un rond
    Toutes de diamant ornaient le brave front :
    Et la façon de l'oeuvre était à la dorique.

    La muraille n'était de marbre ni de brique
    Mais d'un luisant cristal, qui du sommet au fond
    Elançait mille rais de son ventre profond
    Sur cent degrés dorés du plus fin or d'Afrique.

    D'or était le lambris, et le sommet encor
    Reluisait écaillé de grandes lames d'or :
    Le pavé fut de jaspe et d'émeraude fine.

    O vanité du monde ! un soudain tremblement
    Faisant crouler du mont la plus basse racine,
    Renversa ce beau lieu depuis le fondement.
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  • Le premier arbre de l'allée

    Le premier arbre de l'allée ? 
    - Il est parti, dites, vers où, 
    Avec son tronc qui bouge et son feuillage fou 
    Et la rage du ciel à ses feuilles mêlée ?

    Les autres arbres ? - L'ont suivi 
    Sur double rang, à l'infini ; 
    Ils vont là-bas, sans perdre haleine, 
    A sa suite, de plaine en plaine ; 
    Ils vont là-bas où les conduit 
    Sa marche à lui, immense et monotone, 
    A travers la fureur et l'effroi de l'automne.

    Le premier arbre est grand d'avoir souffert 
    Depuis longtemps, c'est dans ses branches 
    Que les hivers 
    Prenaient, des beaux étés, leurs sinistres revanches ; 
    Contre lui seul, le Nord 
    Poussait d'abord 
    Et ses rages et ses tempêtes 
    Et quelquefois, le soir, il le courbait si fort, 
    Que l'arbre immensément épars sous la défaite 
    Semblait toucher le sol et buter dans la mort. 
    L'orage était partout et l'espace était blême ; 
    L'arbre ployé criait, mais redressait quand même, 
    Après l'instant d'angoisse et de terreur passé, 
    Son branchage tordu et son front convulsé. 
    Grâce à sa force large et mouvante et solide, 
    Il rassurait tous ceux dont il était le guide. 
    Il leur servait d'exemple et de gloire à la fois. 
    Au temps de l'accalmie, ils écoutaient sa voix 
    Leur parler à travers l'émoi de son feuillage. 
    Ils lui disaient leur peur en face du nuage 
    Qui rôdait plein de foudre à l'horizon subtil. 
    L'un voulait fuir sans lutte et l'autre se défendre ; 
    Tous différaient d'avis, quoique voulant s'entendre, 
    Si bien qu'il lui fallait assumer le péril 
    D'entrainer seul, là-bas, en quels itinéraires ! 
    Ces mille arbres nourris de volontés contraires.

    S'il les menait ainsi, c'est qu'il savait agir 
    Son vouloir était dur, mais son geste était souple. 
    Pour les mieux exalter, il les rangeait par couples 
    Et dès qu'au loin il entendait le vent rugir, 
    Farouche et violent, il se mettait en route. 
    Eux le suivaient, abandonnant dispute et doute, 
    Heureux de retrouver un chef dans le danger. 
    Ils adoraient alors et son geste enragé 
    Et son cri despotique à travers les tumultes. 
    Par les soirs éclatants ou par les nuits occultes, 
    Il tenait tête à tout le ciel, tragiquement ; 
    Tous l'admiraient et tous se demandaient comment, 
    A mesure que l'ombre étreignait son écorce, 
    Il sentait mieux l'orgueil lui insuffler la force.

    Mais les arbres qu'il entraînait dans ce combat 
    Que son ardeur changeait en fête, 
    Bien qu'ils fussent ses compagnons, ne savaient pas 
    Quel signe alors sacrait sa tête. 
    Nul ne voyait le feu dont l'or le surmontait 
    - Vague couronne et flamboyance -
    Et que s'il était maître et roi, il ne l'était 
    Qu'en s'affolant de confiance.
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  • Réponse

    Oui, cher Zénon, oui, ma lyre est bizarre, 
    Je le sais trop ; d'un étrange compas 
    Elle est taillée, et ne s'arrondit pas 
    D'un beau contour sous le bras du Pindare.

    Le chant en sort à peine, et comme avare ; 
    Nul groupe heureux n'y marierait ses pas :
    Mais écoutez, et dites-vous tout bas 
    Quel son y gagne en sa douceur plus rare.

    Demandez-vous si ce bois inégal,
    Ce fût boiteux qu'un coup d'oeil juge mal,
    N'est pas voulu par la corde secrète,

    Dernière corde, et que nul avant moi
    N'avait servie et réduite à sa loi,
    Fibre arrachée au coeur seul du Poëte !
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  • Dans les bois

    Dans les bois.............

    Au printemps l'oiseau naît et chante :
    N'avez-vous pas ouï sa voix ?... 
    Elle est pure, simple et touchante,
    La voix de l'oiseau - dans les bois !

    L'été, l'oiseau cherche l'oiselle ;
    Il aime - et n'aime qu'une fois ! 
    Qu'il est doux, paisible et fidèle,
    Le nid de l'oiseau - dans les bois !

    Puis quand vient l'automne brumeuse,
    il se tait... avant les temps froids. 
    Hélas ! qu'elle doit être heureuse
    La mort de l'oiseau - dans les bois !
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