• LA SODOMIE PAR DERRIÈRE

      
    Parce que strictement de par le double fer 
    Le deuil bref aplani d’aspect viril se dresse, 
    Parce que, sur ta fleur où vit l’ardeur d’Arès, 
    Une ombre en linéaments rares se profère, 
      
    Et qu’aussi la stature et le geste d’avoir 
    Comme encore si peu d’aurore émaciée, 
    Disent à Celui-là l’imaginaire acier 
    Dont la garde s’efflore en jeune dieu d’ivoire, 
      
    Il me plaît, comme aussi l’opposé, conquérir 
    Le caprice animal d’attendre et de sourire 
    Où subjugue une intervertie aux doigts rétifs, 
      
    Le héros, grave de sa fureur qui s’ennuie, 
    En navrant, symétrique et protecteur, la nuit 
    Cyclopéenne au fond des parts respectives. 
      

    18 février 91.

     

     

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  • LA RIVIÈRE


      
    Simone, la rivière chante un air ingénu, 
    Viens, nous irons parmi les joncs et la cigüe ; 
    Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue, 
    Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu. 
      
    La rivière est la mère des poissons et des fleurs, 
    Des arbres, des oiseaux, des parfums, des couleurs ; 
      
    Elle abreuve les oiseaux qui ont mangé leur grain 
    Et qui vont s’envoler pour un pays lointain ; 
      
    Elle abreuve les mouches bleues dont le ventre est vert 
    Et les araignées d’eau qui rament comme aux galères. 
      
    La rivière est la mère des poissons : elle leur donne 
    Des vermisseaux, de l’herbe, de l’air et de l’ozone ; 
      
    Elle leur donne l’amour ; elle leur donne les ailes 
    Pour suivre au bout du monde l’ombre de leurs femelles. 
      
    La rivière est la mère des fleurs, des arcs-en-ciel, 
    De tout ce qui est fait d’eau et d’un peu de soleil : 
      
    Elle nourrit le sainfoin et le foin, et les reines 
    Des prés qui ont l’odeur du miel, et les molènes 
      
    Qui ont des feuilles douces comme un duvet d’oiseaux ; 
    Elle nourrit le blé, le trèfle et les roseaux ; 
      
    Elle nourrit le chanvre ; elle nourrit le lin ; 
    Elle nourrit l’avoine, l’orge et le sarrasin ; 
      
    Elle nourrit le seigle, l’osier et les pommiers ; 
    Elle nourrit les saules et les grands peupliers. 
      
    La rivière est la mère des forêts : les beaux chênes 
    Ont puisé dans son lit l’eau pure de leurs veines. 
      
    La rivière féconde le ciel : quand la pluie tombe, 
    C’est la rivière qui monte au ciel et qui retombe ; 
      
    La rivière est une mère très puissante et très pure, 
    La rivière est la mère de toute la nature. 
      
    Simone, la rivière chante un air ingénu, 
    Viens, nous irons parmi les joncs et la ciguë ; 
    Il est midi : les hommes ont quitté leur charrue, 
    Et moi, je verrai dans l’eau claire ton pied nu. 
      

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  • LA NEIGE


      
    Simone, la neige est blanche comme ton cou, 
    Simone, la neige est blanche comme tes genoux. 
      
    Simone, ta main est froide comme la neige, 
    Simone, ton cœur est froid comme la neige. 
      
    La neige ne fond qu’à un baiser de feu, 
    Ton cœur ne fond qu’à un baiser d’adieu. 
      
    La neige est triste sur les branches des pins, 
    Ton front est triste sous tes cheveux châtains. 
      
    Simone, ta sœur la neige dort dans la cour, 
    Simone, tu es ma neige et mon amour. 
      

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  • MORITURA

      

    Dans la terre torride une plante exotique, 
    Penchante, résignée : éclos hors de saison, 
    Deux boutons fléchissaient, l’air grave et mystique ; 
    La sève n’était plus pour elle qu’un poison. 
      
    Et je sentais pourtant de la fleur accablée 
    S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd, 
    Mes artères battaient, ma poitrine troublée 
    Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd. 
      
    Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle, 
    Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins. 
    Elle s’abandonnait ; un insensible râle 
    Soulevait tristement la langueur de ses seins. 
      
    Mais ses cheveux tombant en innombrables boucles 
    Ondulaient sinueux comme un large flot noir 
    Et ses grands yeux brillaient du feu des escarboucles 
    Comme un double fanal dans la brume du soir. 
      
    Les cheveux m’envoyaient des odeurs énervantes, 
    Pareilles à l’éther qu’aspire un patient, 
    Je perdais peu à peu de mes forces vivantes 
    Et les yeux transperçaient mon cœur inconscient. 
      

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  • LE HOUX

    LE HOUX.................Remy de Gourmont (1858-1915)

      
    Simone, le soleil rit sur les feuilles de houx : 
    Avril est revenu pour jouer avec nous. 
      
    Il porte des corbeilles de fleurs sur ses épaules, 
    Il les donne aux épines, aux marronniers, aux saules ; 
      
    Il les sème une à une parmi l’herbe des prés, 
    Sur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés ; 
      
    Il garde les jonquilles pour l’eau, et les pervenches 
    Pour les bois, aux endroits où s’allongent les branches ; 
      
    Il jette les violettes à l’ombre, sous les ronces 
    Où son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce ; 
      
    À toutes les prairies il donne des pâquerettes 
    Et des primevères qui ont un collier de clochettes ; 
      
    Il laisse les muguets tomber dans les forêts 
    Avec les anémones, le long des sentiers frais ; 
      
    Il plante des iris sur le toit des maisons, 
    Et dans notre jardin, Simone, où il fait bon, 
      
    Il répandra des ancolies et des pensées, 
    Des jacinthes et la bonne odeur des giroflées. 
      

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  • LE JARDIN

    LE JARDIN.................


      
    Simone, le jardin du mois d’août 
    Est parfumé, riche et doux : 
    Il a des radis et des raves, 
    Des aubergines et des betteraves 
    Et, parmi les pâles salades, 
    Des bourraches pour les malades ; 
    Plus loin, c’est le peuple des choux, 
    Notre jardin est riche et doux. 
      
    Les pois grimpent le long des rames ; 
    Les rames ressemblent à des jeunes femmes 
    En robes vertes fleuries de rouge. 
    Voici les fèves, voici les courges 
    Qui reviennent de Jérusalem. 
    L’ognon a poussé tout d’un coup 
    Et s’est orné d’un diadème, 
    Notre jardin est riche et doux. 
      
    Les asperges tout en dentelles 
    Mûrissent leurs graines de corail ; 
    Les capucines, vierges fidèles, 
    Ont fait de leur treille un vitrail, 
    Et, nonchalantes, les citrouilles 
    Au bon soleil gonflent leurs joues ; 
    On sent le thym et le fenouil, 
    Notre jardin est riche et doux. 
      

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  • HISTOIRE (LAMENTABLE ET VÉRIDIQUE) D’UN POÈTE SUBJECTIF ET INÉDIT

    Au moins furent-ils imprimés, petite chose immense.
    Paul Verlaine


    Sentimental et sensitif, 
    plein de rancœur, un peu moqueur 
    il faisait des vers subjectifs, 
    de ces vers où l’on dit : « Mon cœur ! » 
    « Mon cœur c’est ci, mon cœur c’est ça, 
    « mon cœur fait ci, mon cœur fait ça, 
    « mon cœur par-ci, mon cœur par-là ! »... 
    Il s’analysait puissamment, 
    subtilement et doctement ! 
     
    Il faisait des vers subjectifs 
    et quand il avait dit : « Mon cœur... » 
    à la rime il collait : « Moqueur » 
    ou bien « liqueur » ou bien « rancœur », 
    ne voulant rimer, quant à lui, 
    qu’avec la consonne d’appui... 
    « Mon cœur c’est ci, mon cœur c’est ça, 
    « mon cœur fait ci, mon cœur fait ça, 
    « mon cœur par-ci, mon cœur par-là ! » 
      
    À tour de bras il rimait, mais 
    tous ces beaux vers si bien rimés 
    ne furent jamais imprimés 
    et, poète vraiment maudit, 
    il resta toujours inédit ; 
    si vous voulez savoir comment 
    je vais vous le dire à l’instant, 
    si vous voulez savoir pourquoi 
    écoutez bien, tenez-vous cois 
    prêtant l’oreille à mon récit 
    très-lamentable mais concis : 
      
          Au moins un lustre 
          s’est écoulé 
          depuis qu’un lustre 
          s’est écroulé 
    sur sa tête chez un bistro 
    dont il savourait le sirop 
    tout en corrigeant ses épreuves ; 
    il mourut laissant bien des veuves : 
    (son cœur allait de-ci, de-là 
    et, lui, couchait par-ci, par-là 
    chez celle-ci, chez celle-là, 
    rouquine, blonde ou chocolat). 
     
    Dans du bois blanc on l’enferma, 
    on entonna le Libera 
    (de Profundis et tra la la !) 
    puis à Bagneux on l’inhuma 
    (autrement dit on l’enterra) 
    un monsieur très-bien palabra : 
    « Son cœur était comm’ ci, comm’ ça, 
    « il faisait ci, il faisait ça, 
    « son cœur par-ci, son cœur par-là 
    « et caeteri et caetera 
    « et patati et patata 
    « de Profundis et tra la la ! » 
     
    Mais comme ces vers pleins de cœur 
    s’imprimaient à compte d’auteur, 
    il arriva que l’éditeur, 
    (commerçant fort intelligent !) 
    sans imprimer garda l’argent. 
    Le manuscrit, il le brûla 
    dans son poêle à bois, et voilà 
    (de Profundis et tra la la !) 
    pourquoi ce poète maudit, 
    ainsi que j’ai ci-dessus dit, 
    à Bagneux pourrit inédit : 
     
    et dans l’autre monde, après tout, 
    il est probable qu’il s’en fout ! 

    ....Georges Fourest (1867-1945) ..

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  • LA CHANSON DU BON-ACCUEIL

    POUR UNE HÔTESSE FORESTIÈRE


    L’auberge est blanche et réjouie : 
    Elle rit au soleil levant. 
    C’est une fleur épanouie 
    Sous le rude baiser du vent. 
    Dominant sa double clairière 
    Où s’égosille le bouvreuil, 
    Forêt devant, forêt derrière, 
    C’est l’auberge du Bon-Accueil. 
      
    N’y craignez pas de tragédie 
    Que termine votre trépas : 
    Au franc pays de Picardie 
    Nos enseignes ne mentent pas. 
    Tout là-bas, au tournant des côtes, 
    Nul brigand n’attend sur le seuil : 
    Voyez l’air engageant des hôtes 
    De l’auberge du Bon-Accueil. 
      
    Bon garde, viens-y dès l’aurore, 
    En allant tuer tes lapins. 
    Les yeux ensommeillés encore, 
    Voici qu’accourent trois bambins. 
    Ils vont émietter leur pitance 
    À ton chien, couleur d’écureuil, 
    Qui, tout heureux, aboie et danse 
    Pour l’auberge du Bon-Accueil. 
      
    Pauvres boquillons qui, sans trêve, 
    Débitez les arbres géants ; 
    Vieux charbonniers, jamais en grève ; 
    Clapeurs, honte des fainéants ; 
    Grumiers sobres, fuyant les bouges ; 
    Ventiers ayant bon pied, bon œil, 
    Allez vous tendre vos mains rouges 
    Dans l’auberge du Bon-Accueil. 
      
    La chasse court sous la charmille. 
    Le lancer trouble les échos. 
    La meute partout s’éparpille. 
    Mort aux dix cors, mort aux ragots ! 
    Peut-être un veneur débonnaire, 
    Ce soir, d’un cuissot de chevreuil, 
    Viendra renforcer l’ordinaire 
    De l’auberge du Bon-Accueil. 
      
    Au mendiant, au pauvre hère 
    Dont des haillons sont les habits, 
    On voit souvent la ménagère 
    Donner un chanteau de pain bis... 
    Même un gîte, après la pâtée... 
    Qu’eussent-ils brouté ? du cerfeuil 
    Ou quelque racine gâtée, 
    Sans l’auberge du Bon-Accueil ! 
      
    Cher asile, humble, mais prospère, 
    Qu’un dieu sur toi pose la main ; 
    Que les enfants après le père 
    Vivent au bord du grand chemin. 
    Sois accueillant à tout le monde, 
    Hormis aux porteurs de cercueil, 
    Et qu’on te célèbre à la ronde, 
    Douce auberge du Bon-Accueil ! 
      
    Or, j’écris ces couplets champêtres, 
    Moi, le parrain de la maison, 
    Assis à l’ombre des grands hêtres 
    D’où la faine tombe à foison. 
    Sort propice, fais-moi la joie, 
    Fou de mon art, mon seul orgueil, 
    Que plus d’un été me revoie 
    À l’auberge du Bon-Accueil. 
      
    Puisse-t-on garder la mémoire, 
    Au fond des hameaux forestiers, 
    Du poète qui mit sa gloire 
    À respirer les églantiers 
    Cette fleur de sa rêverie, 
    Et l’offre en partant, l’âme en deuil, 
    À sa blonde hôtesse, Marie, 
    Notre-Dame du Bon-Accueil. 
      

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  • LA PASSION VAINCUE
    SONNET


    La Bergère Liris sur les bords de la Seine 
    Se plaignait l’autre jour d’un volage berger. 
    Après tant de serments peux-tu rompre ta chaîne 
    Perfide, disait-elle, oses-tu bien changer ? 
      
    Puisqu’au mépris des Dieux tu peux te dégager, 
    Que ta flamme est éteinte et ma honte certaine ; 
    Sur moi-même de toi je saurai me venger, 
    Et ces flots finiront mon amour et ma peine. 
      
    À ces mots résolue à se précipiter, 
    Elle hâte ses pas et sans plus consulter, 
    Elle allait satisfaire une fatale envie. 
      
    Mais bientôt s’étonnant des horreurs de la mort : 
    Je suis folle, dit-elle, en s’éloignant du bord : 
    Il est tant de Bergers, et je n’ai qu’une vie. 
     
    ******************

     Commentaire(s)

     
    Déposé par Cochonfucius

    Portecoq 
    ------------ 

    Portecoq est seigneur des deux rives de Seine, 
    Il a, pour le servir, mille petits bergers 
    Qui doux trouvent leur sort et légères leurs chaînes, 
    Ayant un si bon maître, ils n’en veulent changer ! 

    Mais lui de soumission ne se peut dégager, 
    Bien que noble, il connaît servitude certaine ; 
    Car il offensa Zeus, lequel, pour se venger, 
    Sur lui jeta le sort d’amour et de sa peine. 

    La louange d’un coq il devra réciter, 
    Ou la sorcière au bois nuitamment consulter, 
    Ne pouvant satisfaire une fatale envie. 

    Jalouser une poule est pire que la mort, 
    Mais de Seine il ne peut quitter l’aimable bord : 
    La ville tient son coeur, et le fleuve est sa vie.

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