• Art d'aimer, fragment II

    Art d'aimer, fragment II................

    Quand l'ardente saison fait aimer les ruisseaux, 
    A l'heure où vers le soir, cherchant le frais des eaux, 
    La belle nonchalante à l'ombre se promène, 
    Que sa bouche entr'ouverte et que sa pure haleine 
    Et son sein plus ému de tendresse et de voeux 
    Appellent les baisers et respirent leurs feux ; 
    Que l'amant peut venir, et qu'il n'a plus à craindre 
    La raison qui mollit et commence à se plaindre ; 
    Que sur tout son visage, ardente et jeune fleur, 
    Se répand un sourire insensible et rêveur ; 
    Que son cou faible et lent ne soutient plus sa tête ;
    Que ses yeux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Sous leur longue paupière à peine ouverte au jour, 
    Languissent mollement et sont noyés d'amour...

    (inachevé)
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  • Ah ! prends un coeur humain, laboureur trop avide

    Ah ! prends un coeur humain, laboureur trop avide.
    Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide
    De tes larges moissons vient, le regard confus,
    Recueillir après toi les restes superflus,
    Souviens-toi que Cybèle est la mère commune. 
    Laisse la probité que trahit la fortune, 
    Comme l'oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds 
    De quelques grains épars sur la terre oubliés.
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  • Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine

    Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
    Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ; 
    Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine 
    De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

    Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire
    Les mots où se répand le coeur mystérieux ;
    Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire
    Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

    Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie
    Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
    Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
    Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

    Je puis maintenant dire aux rapides années :
    - Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !
    Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
    J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

    Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
    Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.
    Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
    Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !
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  • Promenades dans les rochers (I)

    PREMIERE PROMENADE

    Un tourbillon d'écume, au centre de la baie
    Formé par de secrets et profonds entonnoirs,
    Se berce mollement sur ronde qu'il égaie, 
    Vasque immense d'albâtre au milieu des flots noirs.

    Seigneur ! que faites-vous de cette urne de neige ? 
    Qu'y versez-vous dès l'aube et qu'en sort-il la nuit ? 
    La mer lui jette en vain sa vague qui l'assiège,
    Le nuage sa brume et l'ouragan son bruit.

    L'orage avec son bruit, le flot avec sa fange,
    Passent ; le tourbillon, vénéré du pêcheur, 
    Reparaît, conservant, dans l'abîme où tout change, 
    Toujours la même place et la même blancheur.

    Le pêcheur dit : - C'est là, qu'en une onde bénie,
    Les petits enfants morts, chaque nuit de Noël,
    Viennent blanchir leur aile au souffle humain ternie,
    Avant de s'envoler pour être anges au ciel. -

    Moi je dis : - Dieu mit là cette coupe si pure, 
    Blanche en dépit des flots et des rochers penchants, 
    Pour être, dans le sein de la grande nature, 
    La figure du juste au milieu des méchants.
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  • Promenades dans les rochers (III)

    TROISIEME PROMENADE

    Le soleil déclinait ; le soir prompt à le suivre
    Brunissait l'horizon ; sur la pierre d'un champ 
    Un vieillard, qui n'a plus que peu de temps à vivre,
    S'était assis pensif, tourné vers le couchant.

    C'était un vieux pasteur, berger dans la montagne, 
    Qui jadis, jeune et pauvre, heureux, libre et sans lois, 
    A l'heure où le mont fuit sous l'ombre qui le gagne, 
    Faisait gaîment chanter sa flûte dans les bois.

    Maintenant riche et vieux, l'âme du passé pleine, 
    D'une grande famille aïeul laborieux, 
    Tandis que ses troupeaux revenaient de la plaine, 
    Détaché de la terre, il contemplait les cieux.

    Le jour qui va finir vaut le jour qui commence.
    Le vieux pasteur rêvait sous cet azur si beau. 
    L'océan devant lui se prolongeait, immense 
    Comme l'espoir du juste aux portes du tombeau.

    O moment solennel ! les monts, la mer farouche, 
    Les vents, faisaient silence et cessaient leur clameur. 
    Le vieillard regardait le soleil qui se couche ; 
    Le soleil regardait le vieillard qui se meurt.
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  • Promenades dans les rochers (IV)

    Promenades dans les rochers (IV).................

    QUATRIEME PROMENADE

    Dieu ! que les monts sont beaux avec ces taches d'ombre !
    Que la mer a de grâce et le ciel de clarté !
    De mes jours passagers que m'importe le nombre !
    Je touche l'infini, je vois l'éternité.

    Orages ! passions ! taisez-vous dans mon âme !
    Jamais si près de Dieu mon coeur n'a pénétré.
    Le couchant me regarde avec ses yeux de flamme, 
    La vaste mer me parle, et je me sens sacré.

    Béni soit qui me hait et béni soit qui m'aime !
    A l'amour, à l'esprit donnons tous nos instants.
    Fou qui poursuit la gloire ou qui creuse un problème !
    Moi, je ne veux qu'aimer, car j'ai si peu de temps !

    L'étoile sort des flots où le soleil se noie ;
    Le nid chante ; la vague à mes pieds retentit ;
    Dans toute sa splendeur le soleil se déploie.
    Mon Dieu, que l'âme est grande et que l'homme est petit !

    Tous les objets créés, feu qui luit, mer qui tremble,
    Ne savent qu'à demi le grand nom du Très-Haut. 
    Ils jettent vaguement des sons que seul j'assemble ;
    Chacun dit sa syllabe, et moi je dis le mot.

    Ma voix s'é1ève aux cieux, comme la tienne, abîme !
    Mer, je rêve avec toi ! monts, je prie avec vous !
    La nature est l'encens, pur, éternel, sublime ;
    Moi je suis l'encensoir intelligent et doux. 
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  • L'épée

    Crois-moi, pieux enfant, suis l'antique chemin. 
    L'épée aux quillons droits d'où part la branche torse, 
    Au poing d'un gentilhomme ardent et plein de force 
    Est un faix plus léger qu'un rituel romain.

    Prends-la. L'Hercule d'or qui tiédit dans ta main, 
    Aux doigts de tes aïeux ayant poli son torse, 
    Gonfle plus fièrement, sous la splendide écorce, 
    Les beaux muscles de fer de son corps surhumain.

    Brandis-la ! L'acier souple en bouquets d'étincelles 
    Pétille. Elle est solide, et sa lame est de celles 
    Qui font courir au coeur un orgueilleux frisson ;

    Car elle porte au creux de sa brillante gorge, 
    Comme une noble Dame un joyau, le poinçon 
    De Julian del Rey, le prince de la forge.
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  • Magnitudo parvi

    Magnitudo parvi................Victor HUGO 1802 - 1885

    Le jour mourait ; j'étais près des mers, sur la grève. 
    Je tenais par la main ma fille, enfant qui rêve, 
    Jeune esprit qui se tait !
    La terre, s'inclinant comme un vaisseau qui sombre, 
    En tournant dans l'espace allait plongeant dans l'ombre ;
    La pâle nuit montait.

    La pâle nuit levait son front dans les nuées ; 
    Les choses s'effaçaient, blêmes, diminuées, 
    Sans forme et sans couleur ;
    Quand il monte de l'ombre, il tombe de la cendre ;
    On sentait à la fois la tristesse descendre
    Et monter la douleur.

    Ceux dont les yeux pensifs contemplent la nature 
    Voyaient l'urne d'en haut, vague rondeur obscure, 
    Se pencher dans les cieux, 
    Et verser sur les monts, sur les campagnes blondes,
    Et sur les flots confus pleins de rumeurs profondes, 
    Le soir silencieux !

    Les nuages rampaient le long des promontoires ; 
    Mon âme, où se mêlaient ces ombres et ces gloires,
    Sentait confusément 
    De tout cet océan, de toute cette terre,
    Sortir sous l'oeil de Dieu je ne sais quoi d'austère, 
    D'auguste et de charmant !

    J'avais à mes côtés ma fille bien-aimée.
    La nuit se répandait ainsi qu'une fumée.
    Rêveur, ô Jéhovah,
    Je regardais en moi, les paupières baissées,
    Cette ombre qui se fait aussi dans nos pensées
    Quand ton soleil s'en va !

    Soudain l'enfant bénie, ange au regard de femme,
    Dont je tenais la main et qui tenait mon âme,
    Me parla, douce voix,
    Et, me montrant l'eau sombre et la vie âpre et brune,
    Et deux points lumineux qui tremblaient sur la dune :
    - Père, dit-elle, vois,

    Vois donc, là-bas, où l'ombre aux flancs des coteaux rampe,
    Ces feux jumeaux briller comme une double lampe
    Qui remuerait au vent !
    Quels sont ces deux foyers qu'au loin la brume voile ?
    - L'un est un feu de pâtre et l'autre est une étoile ;
    Deux mondes, mon enfant !
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  • Noël

    Tous les regrets qu'oncques furent au monde 
    Émoi, souci, ôtez-nous et tristesse, 
    Voici le jour où toute joie abonde, 
    Voici soulas*, voici toute liesse.

    Ô pastoureaux, chantez en voix profonde, 
    Harpes et luths, le haut roi de noblesse 
    Vous saluez, par qui est sorti l'onde 
    Qui a lavé de péché la rudesse.

    Ô Baltazar, ô ta langue féconde 
    Or présenta, démontrant la richesse ; 
    Mais maintenant la bonté t'en redonde 
    Tu étais vieil, tu reviens en jeunesse.

    Et toi, Gaspard, ô ton mir qui est monde 
    Bien démontras qu'il soufferait oppresse. 
    Homme il était, pourquoi raison se fonde 
    Qu'il est mortel, nonobstant sa hautesse.

    Il est décent que chacun don réponde 
    Selon celui à qui le don s'adresse. 
    Donc Melchior, qui est roi de Sabonde 
    Offrit encens, comme roi de sagesse.

    Prince des cieux, de volonté profonde, 
    De coeur contrit, en petite simplesse, 
    Te supplions que ta bonté confonde 
    De l'ennemi, l'astuce et la finesse.


    (*) joie
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