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  • Je me taisais, j’avais fait voeu

    Je me taisais, j’avais fait voeu...........

    Recueil : "Poème de l'amour"
     

    Je me taisais, j’avais fait voeu
    De ne te jamais reprocher
    Ton esprit net, sobre, empêché
    De tout élan, de tout aveu ;

    Mais ce soir où le ciel d’automne
    Effeuille un soleil languissant,
    Laisse que ma voix s’abandonne
    À trahir les secrets du sang :

    — Entends-tu, cher cœur sans tendresse,
    Chère âme insensible et têtue,
    En ce jour où je te confesse
    Ma native et fière tristesse,
    Combien de fois je me suis tue?

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  • Aux sans cou

    Recueil : "Les Sans Cou"

    Aux sans cou.............Robert DESNOS...

    Maisons sans fenêtres, sans portes, aux toits défoncés,
    Portes sans serrures,
    Guillotine sans couperet…
    C’est à vous que je parle qui n’avez plus d’oreilles,
    Plus de bouche, de nez, d’yeux, de cheveux, de cervelle,
    Plus de cou.
    Vous surgissez d’un pas ferme au détour de la rue qui mène à la taverne.
    Vous vous attablez, vous buvez, vous buvez sec, vous buvez bien,
    Et bientôt le vin circule dans vos cœurs, y amène une nouvelle vie :
    « Qu’as-tu fait de ta perruque » dit un sans cou à un autre sans cou,
    Qui se détourne sans mot dire
    Et qu’on expulse, et qu’on sort et qu’on traîne et qu’on foule aux pieds.
    « Et toi, qu’as-tu ? »
    « Je suis celui contre lequel se dressent toutes les lois.
    Celui que les partis extrêmes appellent encore un criminel.
    Je suis de droit commun,
    Je suis de droit commun, banal comme le four où l’on cuisait le pain de nos pères.
    Je suis le rebelle de toute civilisation,
    L’abject assassin, le vil suborneur de fillettes, le satyre,
    Le méprisable voleur,
    Je suis le traître et je suis le lâche,
    Mais il faut peut-être plus de courage
    Pour éteindre en soi la moralité des fables idiotes
    Que pour tenir tête à l’opinion.
    (Ce qui n’est déjà pas si mal comme courage.)
    Je suis l’insoumis à toutes règles,
    L’ennemi de tous les législateurs,
    Anarchiste ? pas même.
    Je suis celui sur lequel pèse l’essieu de n’importe quel code,
    L’homme aux sens surhumains.
    J’annonce le Moïse de demain
    Et demain ce Moïse exterminera ceux qui me ressemblent,
    Le dupe éternelle,
    Le sans cou,
    Et versez-moi du vin, et choquons notre verre. »

    Maintenant qu’il a fini de parler,
    Je reprends la parole :
    « Vous avez le bonjour,
    Le bonjour de Robert Desnos, de Robert le Diable, de Robert Macaire, de Robert Houdin, de Robert Robert, de Robert mon oncle,
    Et chantez avec moi, tous en chœur, allons, la petite dame à droite,
    Le monsieur barbu à gauche,
    Un, deux, trois :
    Vous avez le bonjour,
    Le bonjour de Robet Desnos, de Robert le Diable, de Robert Macaire, de Robert Houdin, de Robert Robert, de Robert mon oncle »
    J’en passe et des meilleurs.
    Mes sans cou, mes chers sans cou,
    Hommes nés trop tôt, éternellement trop tôt,
    Hommes qui auriez trempé dans les révolutions de demain
    Si le destin ne vous imposait de faire les révolutions pour en mourir,
    Hommes assoiffés de trop de justice,
    Hommes de la fosse commune au pied du mur des fédérés,
    Malgré les balles pointillées autour du cou.
    Hommes des enclos ménagés en plein cimetière,
    Car on ne mélange pas les étendards avec les torchons.
    On cloue ceux-ci aux hampes,
    Et c’est eux qui, humiliés,
    Claquent si lamentablement dans le vent de l’aube
    À l’heure où le couperet en tombant
    Fait résonner les échos des Santés éternelles.

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