• Le temps est bref et ma volonté grande

    Le temps est bref et ma volonté grande, 
    Qui ne me veut permettre le penser ;
    Ma passion me contraint et commande, 
    Selon le temps, le parler compenser. 
    Jusques ici j'ai craint de m'avancer, 
    En attendant un temps de long loisir, 
    Mais il n'est pas en moi de le choisir ; 
    Par quoi du peu faut que mon profit fasse :
    En peu de mots vous dirai mon désir, 
    C'est que je n'ai volonté ni plaisir 
    Que d'être sûr de votre bonne grâce.
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  • Elle m'a dit : Par refus ou tourment

    Elle m'a dit : Par refus ou tourment.........

    Elle m'a dit : "Par refus ou tourment
    Je vous ferai laisser votre entreprise." 
    Mais Amour dit : "Aimez la fermement,
    Car à la fin, soit douleur ou surprise, 
    Par mon moyen vous en ferez la prise,
    Et vous rendrai de son corps le vainqueur." 
    Helas ! Amour, ce m'est trop de faveur, 
    Mais d'un tel corps ne veux la jouissance, 
    Sans être aimé ; par quoi frappez son coeur,
    Si vous avez hardiesse ou puissance.
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  • Autres pensées faites un mois après la mort du roi

    Las ! tant malheureuse je suis, 
    Que mon malheur dire ne puis,
    Sinon qu'il est sans espérance :
    Désespoir est déjà à l'huis 
    Pour me jeter au fond du puits 
    Où n'a d'en saillir apparence.

    Tant de larmes jettent mes yeux 
    Qu'ils ne voient terre ni cieux, 
    Telle est de leur pleur abondance. 
    Ma bouche se plaint en tous lieux, 
    De mon coeur ne peut saillir mieux 
    Que soupirs sans nulle allégeance.

    Tristesse par ses grands efforts 
    A rendu si faible mon corps 
    Qu'il n'a ni vertu ni puissance. 
    Il est semblable à l'un des morts, 
    Tant que le voyant par dehors, 
    L'on perd de lui la connaissance.

    Je n'ai plus que la triste voix 
    De laquelle crier m'en vois, 
    En lamentant la dure absence. 
    Las ! de celui pour qui vivais 
    Que de si bon coeur je voyais, 
    J'ai perdu l'heureuse présence !

    Sûre je suis que son esprit 
    Règne avec son chef Jésus-Christ, 
    Contemplant la divine essence. 
    Combien que son corps soit prescrit, 
    Les promesses du saint Écrit 
    Le font vivre au ciel sans doutance.

    Tandis qu'il était sain et fort, 
    La foi était son réconfort, 
    Son Dieu possédait par créance. 
    En cette foi vive il est mort, 
    Qui l'a conduit au très sûr port, 
    Où il a de Dieu jouissance.

    Mais, hélas ! mon corps est banni 
    Du sien auquel il fut uni 
    Depuis le temps de notre enfance ! 
    Mon espoir aussi est puni, 
    Quand il se trouve dégarni 
    Du sien plein de toute science.

    Esprit et corps de deuil sont pleins, 
    Tant qu'ils sont convertis en plains ; 
    Seul pleurer est ma contenance. 
    Je crie par bois et par plains, 
    Au ciel et terre me complains, 
    A rien fors à mon deuil ne pense.

    Mort, qui m'a fait si mauvais tour 
    D'abattre ma force et ma tour, 
    Tout mon refuge et ma défense, 
    N'as su ruiner mon amour 
    Que je sens croître nuit et jour, 
    Qui ma douleur croît et avance.

    Mon mal ne se peut révéler, 
    Et m'est si dur à l'avaler, 
    Que j'en perds toute patience. 
    Il ne m'en faut donc plus parler, 
    Mais penser de bientôt aller, 
    Où Dieu l'a mis par sa clémence.

    Ô Mort, qui le frère a dompté, 
    Viens donc par ta grande bonté 
    Transpercer la soeur de ta lance. 
    Mon deuil par toi soit surmonté ; 
    Car quand j'ai bien le tout compté, 
    Combattre te veux à outrance.

    Viens doncques, ne retarde pas, 
    Mais cours la poste à bien grands pas, 
    Je t'envoie ma défiance. 
    Puisque mon frère est en tes lacs, 
    Prends-moi, afin qu'un seul soulas*
    Donne à tous deux éjouissance.


    (*) contentement
    ....Marguerite de NAVARRE 1492 - 1549
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  • J'aime une amie entièrement parfaite

    J'aime une amie entièrement parfaite, 
    Tant que j'en sens satisfait mon désir. 
    Nature l'a, quant à la beauté, faite
    Pour à tout oeil donner parfait plaisir ;
    Grâce y a fait son chef d'oeuvre à loisir, 
    Et les vertus y ont mis leur pouvoir, 
    Tant que l'ouïr, la hanter et la voir 
    Sont soeurs témoins de sa perfection :
    Un mal y a, c'est qu'elle peut avoir 
    En corps parfait coeur sans affection.
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  • Petit air (guerrier)

    Petit air (guerrier)...........

    Ce me va hormis l'y taire 
    Que je sente du foyer 
    Un pantalon militaire 
    À ma jambe rougeoyer 

    L'invasion je la guette 
    Avec le vierge courroux 
    Tout juste de la baguette 
    Au gant blancs des tourlourous 

    Nue ou d'écorce tenace 
    Pas pour battre le Teuton 
    Mais comme une autre menace 
    À la fin que me veut-on 

    De trancher ras cette ortie 
    Folle de la sympathie. 
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