• Moeurs

    Ô virtuosités à deux et, vrai ! si seules,
    Êtes-vous bien la clef des havres de l'Oubli?
    Ou nous faut-il tourner à mort la grise meule
    Des froments pour l'Hostie à qui Dieu fait la gueule
    En coeur? Errer jusqu'à l'octroi des Ramollis ?...

    Donc, aux abois, du fond des raides léthargies,
    Sous ces yeux bovins, morts en pièces de cent sous,
    L'âme alitée absout l'heure et se réfugie,
    De bonne foi, dans des passés dont la vigie
    Ne croit plus d'ailleurs aux « Soeur Anne, où
    êtes-vous ? »

    Le bien-être des sens d'un coeur frais par lui-même
    N'était pas fait pour nous, voilà le vrai du vrai.
    Qui sait pourtant si quelque étourdissant je t'aime
    N'eût pas redrapé net nos langes de baptême!
    Nous n'attendions que ça ; ce n'est pas un secret.

    Rentrez, petits Hamlets, dans les bercails licites ; Poussez, du bout de l'escarpin verni vainqueur,
    Ces heures ; circulez, ayez l'air en visite,
    Voyez âme qui vive, exultez ! Tout haut, dites
    Sursum corda ! et tout bas : Ah ! oui, haut-le-cour !
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Cry du Prince des Sots

    Cry du Prince des Sots.............

    Sotz lunatiques, Sotz estourdis, Sotz sages,
    Sotz de villes, de chasteaulx, de villages,
    Sotz rassotez, Sotz nyais, Sotz subtils,
    Sotz amoureux, Sotz privez, Sotz sauvages,
    Sotz vieux, nouveaux, et Sotz de toutes ages
    Sotz barbares, estranges et gentilz,
    Sotz raisonnables, Sotz pervers, Sotz retifs,
    Vostre Prince, sans nulles intervalles,
    Le Mardy Gras jouera ses jeux aux Halles.

    Sottes dames et Sottes damoiselles,
    Sottes vieilles, Sottes jeunes, nouvelles,
    Toutes Sottes aymant le masculin,
    Sottes hardies, couardes, laides, belles,
    Sottes frisques, Sottes doulces, rebelles,
    Sottes qui veulent avoir leur picotin,
    Sottes trottantes sur le pavé, sur le chemin,
    Sottes rouges, mesgres, grasses et palles,
    Le Mardy Gras jouera le Prince aux Halles.

    Sotz yvrongnes, aymans les bons loppins,
    Sotz qui crachent au matin jacopins,
    Sotz qui ayment jeux, tavernes, esbatz ;
    Tous Sotz jalloux, Sotz gardans les patins,
    Sotz qui chassent nuyt et jour aux congnins ;
    Sotz qui ayment à fréquenter le bas,
    Sotz qui faictes aux dames les choux gras,
    Advenez y, Sotz lavez et Sotz salles ;
    Le Mardy Gras jouera le Prince aux Halles.

    Mere Sotte semond toutes les Sottes,
    N'y faillez pas a y venir, bigottes ;
    Car en secret, faictes de bonnes chieres.
    Sottes gayes, delicates, mignottes,
    Sottes doulces qui rebrassez vos cottes,
    Sottes qui estes aux hommes famillieres,
    Sottes nourrices, et Sottes chamberieres,
    Monstrer vous fault douces et cordiales ;
    Le Mardy Gras jouera le Prince aux Halles.

    Fait et donné, buvant vin à plains potz,
    En recordant la naturelle game,
    Par le Prince des Sotz et ses suppostz ;
    Ainsi signé d'ung pet de preude femme
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Chant royal

    Considérez que guerre, l'immortelle,
    Par son regard fier les courages tente ;
    Dissension, héritier de cautelle,
    Loge Fureur en pavillon ou tente :
    Vengeance sort, laquelle essaye ou tente
    De succomber ses ennemis mortels,
    Remémorant qu'en guerre sont morts tels
    Qui en France portent un grand dommage,
    Mêmes perdu or, argent et alloy,
    Par défaut de croire en maint passage,
    Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

    Guerre trépigne, et vacille et chancelle ;
    Sans fin mengue, jamais ne se contente ;
    Aucunes fois machination cèle
    L'intention qui dut être patente ;
    Simulateurs vont par oblique sente ;
    Fraudulateurs pillent maisons, hôtels ;
    Biens pris, saisis, ravis, gâtés, ôtés.
    Satalites font aux métaux hommage ;
    Haine sonne la campane ou beffroi ;
    Force ne croit, tant a cruel courage,
    Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

    Trahison bâtit invention nouvelle,
    Feignant d'être morne, pensive et lente ;
    Du premier coup son penser ne révèle,
    Plus petite est que ciron ou que lente ;
    Mais fausseté ès coeurs des seigneurs l'ente,
    Si très avant qu'enfin en sont notés ;
    Félonie épand de tous côtés
    Glaives tranchants et en fait labouraige,
    Que discord queult et attribue à soi
    Sans redouter, recueillant cet ouvrage,
    Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

    Fortune tient tous humains en tutelle,
    Les plus grands fait servir par folle attente.
    Vulcanus fond, Mars sans cesser martelle.
    Et Midas met leurs ouvrages en vente ;
    Clotho les prend, Lachesis les présente
    A Atropos, et sont revisités
    Par preux hardis, en la guerre usités,
    Qui les livrent à gens de moyenne âge,
    Les désirants plus qu'amoureux le Moy ;
    Et ne craignent en soleil ou ombrage,
    Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

    Quand Neptunos met sur mer sa nacelle,
    Que Boréas de subit soufflet vente,
    Et que Pluto les autres dieux precelle,
    Guerre montre sa queue de serpente ;
    Si Palas n'est pour l'heure diligente
    De résister à leurs férocités :
    Ils font trembler palais royaux, cités,
    En l'air causent frimas, éclair, orage ;
    Lors les soudards, qui mènent leur arroi,
    Ne prisent rien, tant sont remplis de rage,
    Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.

    Prins ce, seigneurs, ne soyez irrités
    Si peine avez, car vous le méritez :
    Tous malfaiteurs se mettent en servage ;
    Force leur est de recevoir chastoy,
    Quand s'efforcent dépriser par outrage
    Un Dieu, un Roi, une Foi, une Loi.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Tyrannie d'amour

    Elle m'avait un jour mon coeur rendu,
    Non pas rendu, prêté, que dois-je dire ?
    J'avais mon coeur, et moi fier et de rire
    Comme d'un don des hauts cieux descendu.

    Mais, ô dur prêt, je l'ai brièvement dû,
    Car tout soudain elle à soi le retire
    Puis le me geint et puis le me martyre.
    Ris malheureux, que tu m'es cher vendu !

    Que pensait-elle ? éprouver la mesure
    De moi sans coeur et de moi coeur ayant ?
    Non, mais plus tôt se payer de l'usure

    D'un mien ris bref, et me faire croyant
    Que je ne dois, ni peux, ni ose
    Sans son congé penser aucune chose.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L'alouette

    L'alouette...............Jacques PELLETIER DU MANS..1517,- 1582

    Alors que la merveille aurore
    Le bord de notre ciel colore
    L'alouette, en ce même point,
    De sa gentille voix honore
    La faible lumière qui point.

    Tant plus ce blanc matin éclaire
    Plus d'elle la voix se fait claire ;
    Et semble bien, qu'en s'efforçant,
    D'un bruit vif elle veuille plaire
    Au soleil qui se vient haussant.

    Elle guindée de zéphire,
    Sublime, en l'air vire et revire
    Et déclique un joli cri
    Qui rit, guérit et tire l'ire
    Des esprits, mieux que je n'écris.

    Soit que Junon son air essuie,
    Ou bien qu'elle se charge de pluie,
    En haut pourtant elle se tient.
    Et de gringoter ne s'ennuie,
    Fors quand le neigeux hiver vient.

    Même n'a point la gorge close
    Pour avoir sa nichée éclose ;
    Et en ses chants si fort se plait
    Que vous diriez que d'autre chose
    Ses alouetteaux elle ne paît.

    En plein midi, parmi le vide
    Fait défaillir l'oeil qui la guide,
    Puis tantôt comme un peloton,
    Subit en terre se dévide,
    Et pour un temps plus ne l'oit-on.
    Google Bookmarks

    1 commentaire
  • Qui d'un poëte entend suivre la trace

    Qui d'un poëte entend suivre la trace..........Jacques PELLETIER DU MANS..1517,- 1582

    Qui d'un poëte entend suivre la trace
    En traduisant, et proprement rimer,
    Ainsi qu'il faut la diction limer,
    Et du françois garder la bonne grace,

    Par un moyen luy conviendra qu'il face
    Egale au vif la peinture estimer
    L'art en tous pointz la Nature exprimer
    Et d'un corps naistre un corps de mesme face :

    Mais par sus tout met son honneur en gage,
    Et de grand'peine emporte peu d'estime
    Qui fait parler Petrarque autre langage,

    Le translatant en vers rime pour rime :
    Que pleust aux Dieux et Muses consentir
    Qu'il en vinst un qui me peust dementir
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Si je la voy pres d'un ruisseau coulant

    Si je la voy pres d'un ruisseau coulant..........Jean de LA GESSEE.vers 1550 et mort vers 1600

    Si je la voy pres d'un ruisseau coulant,
    Elle me semble une belle Naiade :
    Elle me semble une belle Driade,
    Si je la voy l'herbe des prez foulant.

    Si je la voy par les hautz lieus allant,
    Je pense voir une vraye Oreade :
    Et la compare à quelque Hamadriade,
    Lors qu'au jardin ses beautez va çellant.

    Que diray plus ? certes je ne me trompe :
    Car s'elle avoit l'arc, la trousse, et la trompe,
    On la viendroit pour Diane choysir.

    Diane, à qui les Nymphes font hommage :
    Mais qui n'a point un si plaisant visage
    Que ceste Vierge, où niche mon desir.
    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le feu bruslant, ou la torche allumée

    Le feu bruslant, ou la torche allumée...................

    Le feu bruslant, ou la torche allumée
    Perd sa lueur aus rayons du Soleil :
    Et mon amour qui n'a point de pareil,
    Tout autre amour fait couler en fumée.

    Voyla pourquoi mon ame accoustumée
    A ressentir les esclairs d'un bel oeil,
    Vit au milieu d'un brasier nompareil :
    Opiniastre à se voir consumée.

    Ni la rigueur des moys plus froidureus,
    Ni la saison des moys plus verdureus,
    Ni leur frecheur, ne me sçauroient esprandre.

    Tel que je suis, je dure en mon ardeur :
    Ou pour mieux dire, estouffant ma froideur,
    Amour me change en une Salemandre.

     

    Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Le jour, le point, mille foys attendu

    Le jour, le point, mille foys attendu.................

    Le jour, le point, mille foys attendu
    L'heure, et la nuit, mille fois attenduë,
    M'ont desormais entre les bras rendu
    D'une qui s'est entre mes bras renduë.

    D'ame, et d'esprit, je suis tout esperdu !
    D'ame, et d'esprit, elle est toute esperduë !
    Ô jour luisant ! ô soulas pretendu !
    Ô dous esbat ! ô joye pretenduë !

    D'un tel discours mes sens je repaissois
    En plein sommeil, quand ravy je pensois
    A la beauté, qui m'allege, et m'affolle.

    Ô songe court ! ô bienheureux desir !
    Jugez (Amantz) quel seroit mon plaisir,
    Puis que si fort son ombre me consolle.
    Google Bookmarks

    votre commentaire