• La grande chambre

    Et voici quelle était la chambre hospitalière
    Où l'étranger trouvait bon gîte et réconfort,
    Où les fils étaient nés, où l'aïeul était mort,
    Où l'on avait tassé ce grand corps dans sa bière.

    Aux kermesses, aux jours de foire et de décor,
    La ferme y célébrait la fête coutumière,
    Et jadis, quand vivait encore la fermière,
    Elle y trônait, au centre, avec ses pendants d'or.

    Les murs étaient crépis, deux massives armoires
    Étalaient dans les coins leur bois zébré de moires ;
    Au fond, un christ en plâtre expirait sous un dais,

    Le front troué, les yeux ouverts sur les ivresses ;
    Et le parfum des lards et la senteur des graisses
    Montaient vers son coeur nu, comme un encens mauvais.
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  • Puisqu'à si beau Soleil

    Puisqu'à si beau Soleil j'ai mon aile étendue,
    Plus mon désir me pousse et m'élève là-haut,
    Plus je perds mon séjour, plus mon désir est chaud,
    Je méprise la terre et surmonte la nue.

    Je ne crains le malheur ni la perte connue
    Du jeune audacieux, ni son funèbre saut ;
    Bien que je tombe ainsi, chétif, il ne m'en chaut :
    La mort pour tel dessein n'épouvante ma vue.

    Mon coeur s'écrie alors, étonné du danger :
    " Malheureux, où vas-tu si prompt et si léger ?
    Toujours un repentir suit pareille entreprise. "

    Non, ne crains point, mon coeur, aide-moi seulement.
    Celui meurt au berceau qui son bonheur méprise,
    Et qui meurt comme nous vit éternellement.
     
    . Siméon-Guillaume de LA ROQUE. 1551 - 1611,
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  • C'est une ardeur d'autant plus violente

    C'est une ardeur d'autant plus violente,
    Qu'elle ne peut par Mort ni temps périr :
    Car la vertu est d'une action lente,
    Qui tant plus va, plus vient à se nourrir.

    Mais bien d'Amour la flamme on voit mourir
    Aussi soudain qu'on la voit allumée,
    Pour ce qu'elle est toujours accoutumée,
    Comme le feu, à force et véhémence :
    Et celle-là n'est jamais consumée :
    Car sa vigueur s'augmente en sa clémence.

    (Rymes XLII)

     

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  • Point ne se faut sur Amour excuser

    Point ne se faut sur Amour excuser............

    Point ne se faut sur Amour excuser,
    Comme croyant qu'il ait forme, et substance
    Pour nous pouvoir contraindre et amuser,
    Voire forcer à son obéissance :
    Mais accuser notre folle plaisance
    Pouvons-nous bien, et à la vérité,
    Par qui un coeur plein de légèreté
    Se laisse vaincre, ou à gain, ou à perte,
    Espérant plus, que n'aura mérité
    Son amitié de raison moins experte.

    (Rymes XLIX)
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  • Paysage aimé

    Hanté de souvenirs, l'âme pleine d'images,
    Je viens à ta beauté, seul, en pèlerinage,
    Pays qui me fus bon.
    De gradin en gradin, de pensée en pensée
    J'ai gravi le sommet de l'arête dressée
    Sur ton vaste horizon.

    Et te voici, baignant dans l'or fauve d'octobre,
    Pays de mon souhait, vallée aux lignes sobres
    Où dort le fleuve bleu.
    Voici les monts pointus qui t'ornent de dentelle,
    Les toits rouges fuyant vers l'est, où l'on démêle
    De grands pics nébuleux ;

    Là-bas, la route où nous allions, fous de vitesse,
    Des chansons à la bouche, au coeur notre jeunesse ;
    Là, les vierges bois francs
    Où, chassant, nous tombions de surprise en surprise,
    Heureux de découvrir un étang, des cerises,
    Même en nous égarant.

    Le " buton " gravement monté, près de l'amie,
    Et descendu dans une course irréfléchie,
    Nous tenant par les doigts ;
    L'île, désir géant de la belle fantasque,
    L'île atteinte à la voile après quelle bourrasque,
    Après combien d'émois !

    Les champs pleins de senteurs, fertiles en beaux sites,
    Où je flânais, cueillant du foin, des marguerites,
    Où j'aimais à dormir
    Dans un lieu qui visât la plus haute des cimes,
    Les champs dont l'infini recueillement anime
    Les songes d'avenir !

    Ô pays ! mon passé revit dans l'étendue,
    Dans tes plis d'or, tes bosquets roux, ta rive ardue,
    Dans les chemins pierreux,
    Et la claire beauté de ton décor immense
    Se confond dans mon âme avec la souvenance
    D'un temps harmonieux.
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  • Les fenêtres fleuries

    Les fenêtres fleuries..........

    A Catulle mendès.

    Les Parisiens, entendus
    Aux riens charmants plus qu'au bien-être,
    Se font des jardins suspendus
    D'un simple rebord de fenêtre,

    On peut voir en toute saison
    Des fils de fer formant treillage
    Faire une fête à la maison
    De quelques bribes de feuillage.

    Dès qu'il a fait froid, leurs couleurs
    Ne sont plus que mélancolie ;
    Mais cette habitude des fleurs
    Est parisienne et jolie.

    Ainsi, tout en haut, sous les toits,
    L'enfant aux paupières gonflées,
    Qui coud en se piquant les doigts,
    A près d'elle des giroflées.

    Quelquefois même, et c'est charmant
    Sur la tête de la petite,
    On voit luire distinctement
    Des étoiles de clématite.

    Aux étages moins près du ciel,
    C'est très souvent la même chose
    Un printemps artificiel
    Fait d'un oeillet et d'une rose.

    Dans un pot muni d'un tuteur,
    Où tiennent juste les racines,
    Un semis de pois de senteur
    Laisse grimper des capucines.

    Les autres quartiers de Paris
    Ont des fleurs comme les banlieues
    C'est que le ciel est souvent gris,
    Et qu'elles sont rouges et bleues.

    C'est qu'on trouve un charme, en effet,
    A ce fantôme de nature,
    Et que le vrai sage se fait
    Des bonheurs en miniature.
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  • Ô Versaille !

    ... Ô Versaille ! ô regrets ! ô bosquets ravissans,
    Chefs-d'oeuvre d'un grand roi, de Le Nôtre et des ans !
    La hache est à vos pieds et votre heure est venue.
    Ces arbres dont l'orgueil s'élançait dans la nue,
    Frappés dans leur racine, et balançant dans l'air
    Leurs superbes sommets ébranlés par le fer,
    Tombent, et de leurs troncs jonchent au loin ces routes
    Sur qui leurs bras pompeux s'arrondissaient en voûtes.
    Ils sont détruits, ces bois, dont le front glorieux
    Ombrageait de Louis le front victorieux,
    Ces bois où, célébrant de plus douces conquêtes,
    Les arts voluptueux multipliaient les fêtes !
    Amour, qu'est devenu cet asyle enchanté
    Qui vit de Montespan soupirer la fierté ?
    Qu'est devenu l'ombrage où, si belle et si tendre,
    A son amant surpris et charmé de l'entendre
    La Valière apprenait le secret de son coeur,
    Et sans se croire aimée avouait son vainqueur ?
    Tout périt, tout succombe ; au bruit de ce ravage
    Voyez-vous point s'enfuir les hôtes du bocage ?
    Tout ce peuple d'oiseaux fiers d'habiter ces bois,
    Qui chantaient leurs amours dans l'asyle des rois,
    S'exilent à regret de leurs berceaux antiques.
    Ces dieux, dont le ciseau peupla ces verds portiques,
    D'un voile de verdure autrefois habillés,
    Tous honteux aujourd'hui de se voir dépouillés,
    Pleurent leur doux ombrage ; et, redoutant la vue,
    Vénus même une fois s'étonna d'être nue.
    Croissez, hâtez votre ombre, et repeuplez ces champs,
    Vous, jeunes arbrisseaux ; et vous, arbres mourants,
    Consolez-vous. Témoins de la faiblesse humaine,
    Vous avez vu périr et Corneille et Turenne :
    Vous comptez cent printemps, hélas ! Et nos beaux jours
    S'envolent les premiers, s'envolent pour toujours ! [...]

    (Les jardins, Chant 2)
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  • Pour un bracelet d'ambre et de perles

    Pour un bracelet d'ambre et de perles............  Imprimer Jean de LINGENDES... 1580 : 1616

    À elle-même

    Si c'est quelque chose certaine
    Que l'ambre soit venu des pleurs,
    Par qui les filles de Climène
    Firent connaître leurs douleurs,
    Et que les perles soient encore
    Des larmes que verse l'Aurore ;

    Ô que ces perles ordinaires
    Et cet ambre dont tu te sers
    Présagent de longues misères
    Â ceux qui, vivants dans tes fers,
    Avec leurs larmes se promettent
    D'atteindre au bonheur qu'ils souhaitent.

    Il ne faut donc pas que l'on pense
    De t'aimer sans vivre en tourment,
    Ni de souffrir en espérance
    De trouver de l'allégement
    Ou du repos en ses alarmes,
    Puisque tu n'aimes que les larmes.
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  • Alcidon parle

    Fillis, auprès de cet ormeau
    Où paissait son petit troupeau,
    Étant toute triste et pensive,
    De son doigt écrivait un jour
    Sur le sablon de cette rive :
    Alcidon est mon seul amour.

    Je ne devais pas m'assurer
    De voir sa promesse durer
    Parce qu'en chose plus légère
    Ni plus ressemblante à sa foi,
    L'ingrate et parjure bergère
    Ne pouvait se promettre à moi.

    Un petit vent qui s'élevait
    En même instant qu'elle écrivait
    Cette preuve si peu durable
    Effaça sans plus de longueur
    Sa promesse dessus le sable
    Et son amour dedans mon coeur
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