• Adieu Paris, adieu pour la derniere fois

    Adieu Paris, adieu pour la derniere fois !
    Je suis las d'encenser l'autel de la fortune
    Et brusle de revoir mes rochers et mes bois
    OÙ tout me satisfait, où rien ne m'importune.

    Je ny suis point touché de l'amour des thresors ;
    Je n'y demande pas d'augmenter mon partage :
    Le bien qui m'est venu des peres dont je sors
    Est petit pour la cour, mais grand pour le village.

    Depuis que je cognois que le siecle est gasté
    Et que le haut merite est souvent mal-traité,
    Je ne trouve ma paix que dans la solitude.

    Les heures de ma vie y sont toutes à moy.
    Qu'il est doux d'estre libre, et que la servitude
    Est honteuse à celuy qui peut estre son roy !
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  • Déserts où j'ai vécu dans un calme si doux

    Déserts où j'ai vécu dans un calme si doux...........François MAYNARD 1582 - 1646

    Déserts où j'ai vécu dans un calme si doux,
    Pins qui d'un si beau vert couvrez mon ermitage,
    La cour depuis un an me sépare de vous,
    Mais elle ne saurait m'arrêter davantage.

    La vertu la plus nette y fait des ennemis ;
    Les palais y sont pleins d'orgueil et d'ignorance ;
    Je suis las d'y souffrir, et honteux d'avoir mis
    Dans ma tête chenue une vaine espérance.

    Ridicule abusé, je cherche du soutien
    Au pays de la fraude, où l'on ne trouve rien
    Que des pièges dorés et des malheurs célèbres.

    Je me veux dérober aux injures du sort ;
    Et sous l'aimable horreur de vos belles ténèbres,
    Donner toute mon âme aux pensers de la mort.
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  • Le Palais de la Fortune

    (Lettre IX)

    [...] Dans une île branlante, et de sable mouvant,
    Qui suit le cours des flots, et roule au gré du vent,
    Il se voit un Palais, sans règle et sans mesure,
    Mais d'une extravagante et bizarre structure,
    Dont l'ouvrage subit, sans le secours de l'art,
    S'éleva de morceaux assemblés au hasard.

    On n'y consulta point le niveau ni l'équerre,
    Pour aligner le plan, pour ajuster la pierre ;
    Et les appartements en tumulte dressés
    Sur les pieds du compas n'y furent point tracés.
    La boue, en tel endroit, étalée en parade,
    Y fait une corniche, y couronne une arcade ;
    En tel autre le chaume et le plâtre mêlés
    S'élèvent sur la porte, au porphyre égalés.
    Des bois demi-pourris y règnent sur la face,
    D'autres bois vermoulus sur le faîte ont leur place ;
    Et des marbres de prix, loin des yeux, loin du jour,
    Sont laissés sans honneur dans une basse-cour.

    La plus grande merveille et la plus étonnante
    Est que tout l'édifice a la face changeante ;
    Et sans autres ressorts que le souffle des vents,
    Par des conduits secrets du sable s'élevants,
    Il reçoit tous les jours différentes figures,
    Mais toutes sans dessein, sans ordre et sans mesures.

    Là règne la Fortune ; elle tient là sa cour ;
    Et de tous les climats que voit l'astre du jour
    Les humains à la foule à ce Palais accourent,
    Au travers des écueils et des mers qui l'entourent.
    [...]

    De là, portant les yeux, par un balcon ouvert,
    Au dehors balustré d'un jaspe noir et vert,
    Je découvre un jardin sans ordre et sans figure,
    Où le hasard fait plus que ne fait la nature.
    Des arbres qu'on y voit, ou venus, ou plantés,
    Les uns chargés de fruit et parés de feuillage
    Étendent alentour un agréable ombrage ;
    Du faite jusqu'au pied les autres écorchés
    En vain lèvent au ciel leurs bras nus et séchés.
    Mais les plus enrichis de fruit et de verdure
    N'ont ni durable bien, ni durable parure ;
    Et pour les dépouiller, il ne leur faut souvent,
    Quelque élevés qu'ils soient, qu'un coup de mauvais vent.

    J'en vis qui, grands jadis, alors couchés à terre,
    De leurs troncs noirs encore, et brûlés du tonnerre,
    Apprenaient aux passants qu'il règne dans les cieux
    Un esprit qui partout bat les ambitieux.
    Et comme j'admirais qu'une flamme légère,
    Qui ne fait qu'ouvrir l'air d'une aile passagère,
    Eût assez de vertu pour détruire des corps
    Fournis de bras si longs, munis de pieds si forts,
    Un soudain tourbillon descendu d'un nuage
    Sur un pin qui semblait vouloir braver l'orage
    L'enlève en ma présence, et poussant avec bruit
    L'écorce et les rameaux, les feuilles et le fruit,
    Lui fait en l'abattant, malgré sa lourde masse,
    Perdre jusqu'à son ombre, et jusques à sa place. [...]

    Enfin, sortant de là, par une fausse issue,
    Qui des plus éclairés à peine est aperçue,
    J'entrai dans un désert, où d'une et d'autre part
    Des rochers escarpés effrayaient le regard.
    C'est à cette tragique et pitoyable scène
    Qu'aboutissent les jeux de la Fortune humaine.
    Là, de ses vains amants, si chéris autrefois,
    Les uns étaient cloués à de funestes bois ;
    Les autres pourrissaient sur des roches affreuses,
    De leur sang, de leurs os, de leurs cendres boueuses ;
    Et d'autres se voyaient d'en haut précipités
    Et moulus a des cailloux qu'on leur avait jetés.
    J'en vis qui, depuis peu chassés par la Fortune,
    Errant de jour au hâle, et de nuit à la lune,
    Déchirés, demi-nus, affamés, languissants,
    Le désespoir au coeur, le trouble dans le sens,
    Cherchaient sur les torrents et sur les précipices
    Le chemin qui conduit à la fin des supplices,
    Et faisaient retentir de pitoyables tons
    Le ventre des rochers et le sein des vallons.
    Je plaignis leur malheur, je regrettai la peine
    Qui suit les prétendants de la grandeur humaine,
    Et revins confirmé dans le juste mépris
    De tout ce que le monde a mis à si haut prix. [.
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  • Trois jours entiers, et trois entieres nuits

    Trois jours entiers, et trois entieres nuits...........

    Trois jours entiers, et trois entieres nuits,
    Bien lentement se sont passez depuis
    Que j'ay perdu la clarté souveraine
    De deux Soleils, les beaux yeux de ma Reine,
    Pour qui les miens souloient* estre conduits.

    Sans leur objet je pleure, et je ne puis
    Trouver remede au tourment où je suis,
    Et chaque instant me dure en cette peine
    Trois jours entiers.

    Triste et resveur, du penser je la suis,
    Pour la chercher, moy-mesme je me fuis,
    Et si le sort bien tost ne me rameine
    Les doux appas de ma belle inhumaine,
    Je ne sçaurois plus vivre en ces ennuis
    Trois jours entiers.

    (*) avaient coutume
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  • Le mystère

    Le mystère..............

    Ô nuit, ô belle nuit, pâle comme sa chair :
    Je rêve au passé mort, je rêve au passé clair...

    Je revois ta chair pâle, et rêve aux heures mortes,
    Où notre joie, où notre extase étaient si fortes !

    Le rossignol des nuits d'alors ne chante plus :
    Je songe à tes grands yeux qui m'étaient apparus.

    Et je songe à ta voix angéliquement tendre,
    Que jamais, oh ! jamais je ne dois plus entendre,

    Aux baisers de ta voix si mortellement doux,
    Aux délices des soirs passés à tes genoux !...

    Et je pense à la mort, et je pense à la tombe,
    Qui fut scellée un jour sur ma pâle colombe ;

    Et je cherche où s'en vont ceux qui s'en sont allés,
    Ces regards, ces soupirs, ces parfums envolés.

    Je réclame ton âme invisible à l'espace :
    Ton âme est-elle errante en ce souffle qui passe ?

    Et je porte à ma bouche et je baise une fleur,
    Où je sens ton haleine et revois ta pâleur.

    Ton âme revit-elle en ce frisson d'étoile ?...
    Morts, pourquoi le mystère horrible qui vous voile ?

    Ô nos morts bien aimés, où disparaissez-vous ?
    Serions-nous vos tombeaux ? N'êtes-vous plus qu'en nous ?

    Serais-tu tout entière, hélas ! ensevelie
    Dans ce coeur d'un amant qui, vieillissant, t'oublie ?

    - Nuit chaude, ô nuit aimante, et pleine de soupirs,
    Je songe à ce néant de tous nos grands désirs !
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  • L'automne a dénudé...

    L'automne a dénudé les glèbes et le soir.
    Un soir d'exil et de mains désunies,
    S'approche à l'horizon des plaines infinies,
    Roi dévêtu de pourpre et spolié d'espoir.

    Ô marcheur aux pieds nus et las qui viens t'asseoir
    Sans compagnon, parmi les landes défleuries,
    Près des eaux mornes, quelles mêmes agonies
    Alourdissent ton front vers ce triste miroir ?

    Je le sais, tout se meurt dans ton âme d'automne.
    Laisse la nuit prendre les fleurs qu'elle moissonne
    Et l'amour défaillant d'un coeur ensanglanté,

    Pour qu'après le sommeil et les ombres fidèles
    Les clairons triomphaux de l'aube et de l'été
    Fassent surgir enfin les roses immortelles.
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  • Le pauvre gars

    Le pauvre gars..............Gaston COUTÉ.

    Il était une fois un gars si laid, si laid
    Et si bête ! qu'aucune fille ne voulait
    Lui faire seulement l'aumône d'un sourire ;
    Or, d'avoir trop longtemps souffert l'affreux martyre
    De ne pas être aimé lorsque chante l'amour,
    Le pauvre gars s'en vint à mourir un beau jour...
    On l'emmena dormir au fond du cimetière,
    Mais, son âme, un Avril, s'échappa de la terre
    Et devint une fleur sur sa tombe, une fleur
    Qu'une fille cueillit et mit près de son coeur.
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  • L'oiseau

    Mais lors voici qu'un oiseau chante,
    Dans une pauvre cage en bois,
    Mais lors voici qu'un oiseau chante
    Sur une ville et tous ses toits,

    Et qu'il dit qu'on le voit le monde
    Et sur la mer la pluie tomber,
    Et des voiles s'en aller rondes,
    Sur l'eau si loin qu'on peut aller.

    Puis voix dans l'air plus haut montée,
    Alors voici que l'oiseau dit
    Que tout l'hiver s'en est allé
    Et qu'on voit l'herbe qui verdit,

    Et sur les chemins la poussière
    Déjà, et les bêtes aussi,
    Et toits fumant dans la lumière
    Que l'on dirait qu'il est midi,

    Et puis encore sa voix montée,
    Que l'air est d'or et resplendit,
    Et puis le bleu du ciel touché
    Qu'il est ouvert le paradis
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  • Tu cours superbe, ô Rhône, florissant

    Tu cours superbe, ô Rhône, florissant
    En sablon d'or et argentines eaux.
    Maint fleuve gros te rend plus ravissant,
    Ceint de cités, et bordé de châteaux,
    Te pratiquant par sûrs et grands bateaux
    Pour seul te rendre en notre Europe illustre.
    Mais la vertu de ma Dame t'illustre
    Plus qu'autre bien qui te fasse estimer.
    Enfle-toi donc au parfait de son lustre,
    Car fleuve heureux plus que toi n'entre en mer.
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