• Un gier coys de la vergne Cygault,
    Lue l’autryer en brouant à la Loire,
    Où gierement on macquillait riffault ;
    Et tout à coup vis jouer de l’escoirre
    Un maquonceau atout deux gruppelins,
    Brouant au bay, a tout deux walequins,
    Pour avancer au solliceur de pye.
    Gaultier lua la gauldrouse gaudye,
    Et le marquin, qui se polye et coinsse,
    Babille en gier en pyant à la sye,
    Pour les duppes faire brouer au mynsse.
     
    Apres moller lué un gueux qui voult
    Pour mieux hÿer dériver la touloire,
    C’est pour livrer aux arques un assaut
    De missemont maquillés à l’équerre.
    Puis dit un gueux : « J’ai paumé deux florins. »
    L’autre pollit marquins et dollequins
    Et la marque souvent le gain choisit.
    Adraguangier puis dit, le mieux fourni,
    « Piquons au veau, saint Jacques, je m’épince.
    Échéquer faut quand la pye est juchie
    Pour les duppes faire brouer au mynsse. »
     
    Puis dit un gueux qui pourluait en hault :
    « J’ai jà paumé tout le gain de ma choirre,
    Et m’a joué la marque du giffault !
    J’en suis mieux pris que volant à la foire
    Elle est brouée envers ses arlouys ;
    C’est tout son fait que d’engandrer les gains
    À hornangier, ains qu’elle soit lubie.
    De la hanter ma feuille est dégaudie ;
    Quand de gain n’ai plus vaillant une saince
    Mais toujours est gourdement entrognie
    Pour les duppes faire brouer au mynsse. »
     
    Prince gallant, quant vous sauldrez la hye,
    Luez la grime s’elle est desmaquillie
    Et retrallez së le bisouart saince
    Qu’elle ne soit de l’assault de turquie,
    Pour les duppes faire brouer au mynsse.
     

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  • RONDEAU

    RONDEAU..............

    Jenin l’Avenu
    Va-t’en aux étuves,
     
    Et toi là venu,
    Jenin l’Avenu,
     
    Si te lave nu
    Et te baigne  ès cuves.
    Jenin l’Avenu
    Va-t’en aux étuves.
     

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  • MONSELET PAILLARD

    MONSELET PAILLARD............... 

    VERS DESTINÉS À SON PORTRAIT


    On me nomme le petit chat ;
    Modernes petites-maîtresses,
    J’unis à vos délicatesses
    La force d’un jeune pacha.
     
    La douceur de la voûte bleue
    Est concentrée en mon regard ;
    Si vous voulez me voir hagard,
    Lectrices, mordez-moi la queue !
     

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  • LA CORDE

      À Édouard Manet.

     

     

    « Les illusions, — me disait mon ami, — sont aussi innombrables peut-être que les rapports des hommes entre eux, ou des hommes avec les choses. Et quand l’illusion disparaît, c’est-à-dire quand nous voyons l’être ou le fait tel qu’il existe en dehors de nous, nous éprouvons un bizarre sentiment, compliqué moitié de regret pour le fantôme disparu, moitié de surprise agréable devant la nouveauté, devant le fait réel. S’il existe un phénomène évident, trivial, toujours semblable, et d’une nature à laquelle il soit impossible de se tromper, c’est l’amour maternel. Il est aussi difficile de supposer une mère sans amour maternel qu’une lumière sans chaleur ; n’est-il donc pas parfaitement légitime d’attribuer à l’amour maternel toutes les actions et les paroles d’une mère, relatives à son enfant ? Et cependant écoutez cette petite histoire, où j’ai été singulièrement mystifié par l’illusion la plus naturelle.

    « Ma profession de peintre me pousse à regarder attentivement les visages, les physionomies, qui s’offrent dans ma route, et vous savez quelle jouissance nous tirons de cette faculté qui rend à nos yeux la vie plus vivante et plus significative que pour les autres hommes. Dans le quartier reculé que j’habite, et où de vastes espaces gazonnés séparent encore les bâtiments, j’observai souvent un enfant dont la physionomie ardente et espiègle, plus que toutes les autres, me séduisit tout d’abord. Il a posé plus d’une fois pour moi, et je l’ai transformé tantôt en petit bohémien tantôt en ange, tantôt en Amour mythologique. Je lui ai fait porter le violon du vagabond, la Couronne d’Épines et les Clous de la Passion, et la Torche d’Éros. Je pris enfin à toute la drôlerie de ce gamin un plaisir si vif, que je priai un jour ses parents, de pauvres gens, de vouloir bien me le céder, promettant de bien l’habiller, de lui donner quelque argent et de ne pas lui imposer d’autre peine que de nettoyer mes pinceaux et de faire mes commissions. Cet enfant, débarbouillé, devint charmant, et la vie qu’il menait chez moi lui semblait un paradis, comparativement à celle qu’il aurait subie dans le taudis paternel. Seulement je dois dire que ce petit bonhomme m’étonna quelquefois par des crises singulières de tristesse précoce, et qu’il manifesta bientôt un goût immodéré pour le sucre et les liqueurs ; si bien qu’un jour où je constatai que, malgré mes nombreux avertissements, il avait encore commis un nouveau larcin de ce genre, je le menaçai de le renvoyer à ses parents. Puis je sortis, et mes affaires me retinrent assez longtemps hors de chez moi.

    « Quels ne furent pas mon horreur et mon étonnement quand, rentrant à la maison, le premier objet qui frappa mes regards fut mon petit bonhomme, l’espiègle compagnon de ma vie, pendu au panneau de cette armoire ! Ses pieds touchaient presque le plancher ; une chaise, qu’il avait sans doute repoussée du pied, était renversée à côté de lui ; sa tête était penchée convulsivement sur une épaule ; son visage, boursouflé, et ses yeux, tout grands ouverts avec une fixité effrayante, me causèrent d’abord l’illusion de la vie. Le dépendre n’était pas une besogne aussi facile que vous le pouvez croire. Il était déjà fort roide, et j’avais une répugnance inexplicable à le faire brusquement tomber sur le sol. Il fallait le soutenir tout entier avec un bras, et, avec la main de l’autre bras, couper la corde. Mais cela fait, tout n’était pas fini ; le petit monstre s’était servi d’une ficelle fort mince qui était entrée profondément dans les chairs, et il fallait maintenant, avec de minces ciseaux, chercher la corde entre les deux bourrelets de l’enflure, pour lui dégager le cou.

    « J’ai négligé de vous dire que j’avais vivement appelé au secours ; mais tous mes voisins avaient refusé de me venir en aide, fidèles en cela aux habitudes de l’homme civilisé, qui ne veut jamais, je ne sais pourquoi, se mêler des affaires d’un pendu. Enfin vint un médecin qui déclara que l’enfant était mort depuis plusieurs heures. Quand, plus tard, nous eûmes à le déshabiller pour l’ensevelissement, la rigidité cadavérique était telle, que, désespérant de fléchir les membres, nous dûmes lacérer et couper les vêtements pour les lui enlever.

    « Le commissaire, à qui, naturellement, je dus déclarer l’accident, me regarda de travers, et me dit : « Voilà qui est louche ! » mû sans doute par un désir invétéré et une habitude d’état de faire peur, à tout hasard, aux innocents comme aux coupables.

    « Restait une tâche suprême à accomplir, dont la seule pensée me causait une angoisse terrible : il fallait avertir les parents. Mes pieds refusaient de m’y conduire. Enfin j’eus ce courage. Mais, à mon grand étonnement, la mère fut impassible, pas une larme ne suinta du coin de son œil. J’attribuai cette étrangeté à l’horreur même qu’elle devait éprouver, et je me souvins de la sentence connue : « Les douleurs les plus terribles sont les douleurs muettes. » Quant au père, il se contenta de dire d’un air moitié abruti, moitié rêveur : « Après tout, cela vaut peut-être mieux ainsi ; il aurait toujours mal fini ! »

    « Cependant le corps était étendu sur mon divan, et, assisté d’une servante, je m’occupais des derniers préparatifs, quand la mère entra dans mon atelier. Elle voulait, disait-elle, voir le cadavre de son fils. Je ne pouvais pas, en vérité, l’empêcher de s’enivrer de son malheur et lui refuser cette suprême et sombre consolation. Ensuite elle me pria de lui montrer l’endroit où son petit s’était pendu. « Oh ! non ! madame, — lui répondis-je, — cela vous ferait mal. » Et comme involontairement mes yeux se tournaient vers la funèbre armoire, je m’aperçus, avec un dégoût mêlé d’horreur et de colère, que le clou était resté fiché dans la paroi, avec un long bout de corde qui traînait encore. Je m’élançai vivement pour arracher ces derniers vestiges du malheur, et comme j’allais les lancer au-dehors par la fenêtre ouverte, la pauvre femme saisit mon bras et me dit d’une voix irrésistible : « Oh ! monsieur ! laissez-moi cela ! je vous en prie ! je vous en supplie ! » Son désespoir l’avait, sans doute, me parut-il, tellement affolée, qu’elle s’éprenait de tendresse maintenant pour ce qui avait servi d’instrument à la mort de son fils, et le voulait garder comme une horrible et chère relique. — Et elle s’empara du clou et de la ficelle.

    « Enfin ! enfin ! tout était accompli. Il ne me restait plus qu’à me remettre au travail, plus vivement encore que d’habitude, pour chasser peu à peu ce petit cadavre qui hantait les replis de mon cerveau, et dont le fantôme me fatiguait de ses grands yeux fixes. Mais le lendemain je reçus un paquet de lettres : les unes, des locataires de ma maison, quelques autres des maisons voisines ; l’une, du premier étage ; l’autre, du second ; l’autre, du troisième, et ainsi de suite, les unes en style demi-plaisant, comme cherchant à déguiser sous un apparent badinage la sincérité de la demande ; les autres, lourdement effrontées et sans orthographe, mais toutes tendant au même but, c’est-à-dire à obtenir de moi un morceau de la funeste et béatifique corde. Parmi les signataires il y avait, je dois le dire, plus de femmes que d’hommes ; mais tous, croyez-le bien, n’appartenaient pas à la classe infime et vulgaire. J’ai gardé ces lettres.

    « Et alors, soudainement, une lueur se fit dans mon cerveau, et je compris pourquoi la mère tenait tant à m’arracher la ficelle et par quel commerce elle entendait se consoler. »

     

     


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  • N’est-ce pas qu’il est doux, maintenant que nous sommes
    Fatigués et flétris comme les autres hommes,
    De chercher quelquefois à l’Orient lointain
    Si nous voyons encor les rougeurs du matin,
    Et, quand nous avançons dans la rude carrière,
    D’écouter les échos qui chantent en arrière
    Et les chuchotements de ces jeunes amours
    Que le Seigneur a mis au début de nos jours ?
     

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  • VERS LAISSÉS CHEZ UN AMI ABSENT

    5 heures, à l’Hermitage.


    Mon cher, je suis venu chez vous
    Pour entendre une langue humaine ;
    Comme un, qui, parmi les Papous,
    Chercherait son ancienne Athène,
     
    Puisque chez les Topinambous
    Dieu me fait faire quarantaine,
    Aux sots je préfère les fous
    — Dont je suis, chose, hélas ! certaine.
     
    Offrez à Mam’selle Fanny
    (Qui ne répondra pas : Nenny,
    Le salut n’étant pas d’un âne),
     
    L’hommage d’un bon écrivain,
    — Ainsi qu’à l’ami Lécrivain
    Et qu’à Mams’elle Jeanne.
     ******************

    Déposé par Cochonfucius 

    Aux quatre coins du monde
    ------------------------------------

    Parfois, l’univers se fait doux,
    Il prend des manières humaines ;
    Chante le coq chez les Papous,
    Danse le renard en Athènes.

    Un Bouddha médite sur tout,
    Qui semble avoir la quarantaine ;
    Trois ou quatre autres font les fous
    Dans la fraîcheur d’une fontaine.

    Au monde, tout n’est pas béni,
    Je ne suis point dans le déni ;
    Mais pendant que ma vie se fane,

    Je veux garder mes plaisirs vains,
    Danser avec les écrivains
    Et chantonner des airs profanes

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  • Il aimait à la voir, avec ses jupes blanches,
    Courir tout au travers du feuillage et des branches,
    Gauche et pleine de grâce, alors qu’elle cachait
    Sa jambe, si la robe aux buissons s’accrochait.
     

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  •  Combien dureront nos amours ?
    Dit la pucelle au clair de lune.
    L’amoureux répond : — Ô ma brune,
                Toujours, toujours !
     
    Quand tout sommeille aux alentours,
    Élise, se tortillant d’aise,
    Dit qu’elle veut que je la baise
                Toujours, toujours !
     
    Moi, je dis : — Pour charmer mes jours
    Et le souvenir de mes peines,
    Bouteilles ; que n’êtes-vous pleines
                Toujours, toujours !
     
    Mais le plus chaste des amours,
    L’amoureux le plus intrépide,
    Comme un flacon s’use et se vide
                Toujours, toujours !
     

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