• AUX CHRÉTIENS DANS LES TEMPS D’ÉPREUVE


     
    Pourquoi vous troublez-vous, enfants de l’Évangile ?
    « À quoi sert dans les cieux ton tonnerre inutile,
    Disent-ils au Seigneur, quand ton Christ insulté,
    Comme au jour où sa mort fit trembler les collines,
    Un roseau dans les mains et le front ceint d’épines,
                      Au siècle est présenté ?
     
    « Ainsi qu’un astre éteint sur un horizon vide,
    La foi, de nos aïeux la lumière et le guide,
    De ce monde attiédi retire ses rayons ;
    L’obscurité, le doute, ont brisé sa boussole,
    Et laissent diverger, au vent de la parole,
                      L’encens des nations.
     
    « Et tu dors ? et les mains qui portent ta justice,
    Les chefs des nations, les rois du sacrifice,
    N’ont pas saisi le glaive et purgé le saint lieu ?
    Levons-nous, et lançons le dernier anathème !
    Prenons les droits du ciel, et chargeons-nous nous-même
                      Des justices de Dieu ! »
     
    Arrêtez, insensés, et rentrez dans votre âme !
    « Ce zèle dévorant dont mon nom vous enflamme
    Vient-il, dit le Seigneur, ou de vous ou de moi ?
    Répondez. Est-ce moi que la vengeance honore ?
    Ou n’est-ce pas plutôt l’homme que l’homme abhorre,
                      Sous cette ombre de foi ? »
     
    Et qui vous a chargés du soin de sa vengeance ?
    A-t-il besoin de vous pour prendre sa défense ?
    La foudre, l’ouragan, la mort, sont-ils à nous ?
    Ne peut-il dans sa main prendre et juger la terre,
    Ou sous son pied jaloux la briser comme un verre
                      Avec l’impie et vous ?
     
    Quoi ! nous a-t-il promis un éternel empire,
    Nous disciples d’un Dieu qui sur la croix expire,
    Nous à qui notre Christ n’a légué que son nom,
    Son nom et le mépris, son nom et les injures,
    L’indigence et l’exil, la mort et les tortures,
                      Et surtout le pardon ?
     
    Serions-nous donc pareils au peuple déicide
    Qui, dans l’aveuglement de son orgueil stupide,
    Du sang de son Sauveur teignit Jérusalem,
    Prit l’empire du ciel pour l’empire du monde,
    Et dit en blasphémant : « Que ton sang nous inonde,
                      Ô roi de Bethléem ! »
     
    Ah ! nous n’avons que trop affecté cet empire,
    Depuis qu’humbles proscrits échappés du martyre
    Nous avons des pouvoirs confondu tous les droits,
    Entouré de faisceaux les chefs de la prière,
    Mis la main sur l’épée, et jeté la poussière
                      Sur la tête des rois.
     
    Ah ! nous n’avons que trop aux maîtres de la terre
    Emprunté, pour régner, leur puissance adultère,
    Et, dans la cause enfin du Dieu saint et jaloux,
    Mêlé la vous divine avec la voix humaine,
    Jusqu’à ce que Juda confondît dans sa haine
                      La tyrannie et nous.
     
    Voilà de tous nos maux la fatale origine ;
    C’est de là qu’ont coulé la honte et la ruine,
    La haine, le scandale et les dissensions ;
    C’est de là que l’enfer a vomi l’hérésie,
    Et que du corps divin tant de membres sans vie
                      Jonchent les nations.
     
    « Mais du Dieu trois fois saint notre injure est l’injure !
    Faut-il l’abandonner au mépris du parjure,
    Aux langues du sceptique ou du blasphémateur ?
    Faut-il, lâches enfants d’un père qu’on offense,
    Tout souffrir sans réponse et tout voir sans vengeance ? »
                      Et que fait le Seigneur ?
     
    Sa terre les nourrit, son soleil les éclaire,
    Sa grâce les attend, sa bonté les tolère,
    Ils ont part à ses dons qu’il nous daigne épancher ;
    Pour eux le ciel répand sa rosée et son ombre,
    Et de leurs jours mortels il leur compte le nombre
                      Sans en rien retrancher.
     
    Il prête sa parole à la voix qui le nie ;
    Il compatit d’en haut à l’erreur qui le prie ;
    À défaut de clartés, il nous compte un désir.
    La voix qui crie : Allah ! la voix qui dit : mon Père !
    Lui portent l’encens pur et l’encens adultère :
                      À lui seul de choisir.
     
    Ah ! pour la vérité n’affectons pas de craindre :
    Le souffle d’un enfant, là-haut, peut-il éteindre
    L’astre dont l’Éternel a mesuré les pas ?
    Elle était avant nous, elle survit aux âges ;
    Elle n’est point à l’homme, et ses propres nuages
                      Ne l’obscurciront pas.
     
    Elle est, elle est à Dieu qui la dispense au monde,
    Qui prodigue la grâce où la misère abonde,
    Rendons grâce à lui seul du rayon qui nous luit,
    Sans nous épouvanter de nos heures funèbres,
    Sans nous enfler d’orgueil, et sans crier ténèbres
                      Aux enfants de la nuit.
     
    Esprits dégénérés, ces jours sont une épreuve,
    Non pour la vérité, toujours vivante et neuve,
    Mais pour nous que la peine invite au repentir ;
    Témoignons pour le Christ, mais surtout par nos vies ;
    Notre moindre vertu confondra plus d’impies
                      Que le sang d’un martyr.
     
    Chrétiens, souvenons-nous que le chrétien suprême
    N’a légué qu’un seul mot, pour prix d’un long blasphème
    À cette arche vivante où dorment ses leçons,
    Et que l’homme, outrageant ce que notre âme adore,
    Dans notre cœur brisé ne doit trouver encore
                      Que ce seul mot : Aimons !
     

    .Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) -

    Août 1826.
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  • JEANNE LAPIDÉE

    JEANNE LAPIDÉE............

    Bruxelles.  —  nuit du 27 mai


    Je regardai.
     
                          Je vis, tout près de la croisée,
    Celui par qui la pierre avait été lancée ;
    Il était jeune ; encor presque un enfant, déjà
    Un meurtrier.
     
                              Jeune homme, un dieu te protégea,
    Car tu pouvais tuer cette pauvre petite !
    Comme les sentiments humains s’écroulent vite
    Dans les cœurs gouvernés par le prêtre qui ment,
    Et comme un imbécile est féroce aisément !
    Loyola sait changer Jocrisse en Schinderhanne,
    Car un tigre est toujours possible dans un âne.
    Mais Dieu n’a pas permis, sombre enfant, que ta main
    Fit cet assassinat catholique et romain ;
    Le coup a manqué. Va, triste spectre éphémère,
    Deviens de l’ombre. Fuis ! Moi, je songe à ta mère.
     
    Ô femme, ne sois pas maudite ! Je reçois
    Du ciel juste un rayon clément. Qui que tu sois,
    Mère, hélas ! quel que soit ton enfant, sois bénie !
    N’en sois pas responsable et n’en sois pas punie !
    Je lui pardonne au nom de mon ange innocent !
    Lui-même il fut jadis l’être humble en qui descend
    L’immense paradis, sans pleurs, sans deuils, sans voiles,
    Avec tout son sourire et toutes ses étoiles.
    Quand il naquit, de joie et d’amour tu vibras.
    Il dormait sur ton sein comme Jeanne en mes bras ;
    Il était de ton toit le mystérieux hôte ;
    C’était un ange alors, et ce n’est pas ta faute,
    Ni la sienne, s’il est un bandit maintenant.
    Le prêtre, infortuné lui-même, et frissonnant,
    À qui nous confions la croissance future,
    Imposteur, a rempli cette âme d’imposture ;
    L’aveugle a dans ce cœur vidé l’aveuglement.
    À ce lugubre élève, à ce maître inclément
    Je pardonne ; le mal a des pièges sans nombre ;
    Je les plains ; et j’implore au-dessus de nous l’ombre.
    Pauvre mère, ton fils ne sait pas ce qu’il fait.
    Quand Dieu germait en lui, le prêtre l’étouffait.
    Aujourd’hui le voilà dans cette Forêt-noire,
    Le dogme ! Ignace ordonne ; il est prêt à tout boire,
    Le faux, le vrai, le bien, le mal, l’erreur, le sang !
    Tout ! Frappe ! il obéit. Assassine ! il consent.
    Hélas ! comment veut-on que je lui sois sévère ?
    Le sommet qui fait grâce au gouffre est le Calvaire.
    Mornes bourreaux, à nous martyrs vous vous fiez ;
    Et nous, les lapidés et les crucifiés,
    Nous absolvons le vil caillou, le clou stupide ;
    Nous pardonnons. C’est juste. Ah ! ton fils me lapide,
    Mère, et je te bénis. Et je fais mon devoir.
    Un jour tu mourras, femme, et puisses-tu le voir
    Se frapper la poitrine, à genoux sur ta fosse !
    Puisse-t-il voir s’éteindre en lui la clarté fausse,
    Et sentir dans son cœur s’allumer le vrai feu,
    Et croire moins au prêtre et croire plus à Dieu !
     

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  • MA CHAUMIÈRE

    MA CHAUMIÈRE.............Aloysius Bertrand (1807-1841)

    En automne, les grives viendraient s’y reposer,
    attirées par les baies au rouge vif du sorbier des oiseleurs.
    Le Baron R. MONTHERMÉ.

     

    Levant ensuite les yeux, la bonne vieille vit comme la bise tourmentait les arbres et dissipait les traces des corneilles qui sautaient sur la neige autour de la grange.
    Le Poète allemand VOSS. — Idylle XIII.

     ****

    Ma chaumière aurait, l’été, la feuillée des bois pour parasol, et l’automne, pour jardin, au bord de la fenêtre, quelque mousse qui enchâsse les perles de la pluie, et quelques giroflée qui fleure l’amande.

     

    Mais l’hiver, — quel plaisir ! quand le matin aurait secoué ses bouquets de givre sur mes vitres gelées, d’apercevoir bien loin, à la lisière de la forêt, un voyageur qui va toujours s’amoindrissant, lui et sa monture, dans la neige et la brume.

     

    Quel plaisir ! le soir, de feuilleter sous le manteau de la cheminée flambante et parfumée d’une bourrée de genièvre, les preux et les moines des chroniques, si merveilleusement portraits qu’ils semblent, les unsjoûter, les autres prier encore.

     

    Et quel plaisir ! la nuit, à l’heure douteuse et pâle qui précède le point du jour, d’entendre mon coq s’égosiller dans le gelinier et le coq d’une ferme lui répondre faiblement, sentinelle juchée aux avant-postes du village endormi.

     

    Ah ! si le roi nous lisait dans son Louvre, — ô ma muse inabritée contre les orages de la vie, — le seigneur suzerain de tant de fiefs qu’ils ignore le nombre de ses châteaux, ne nous marchanderait pas une chaumine !

     

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  • LA CITADELLE DE WOLGAST

    — Où allez-vous ? qui êtes-vous ?
    — Je suis porteur d’une lettre pour le lord général.
    Woodstock. — WALTER SCOTT.

     

     

    Comme elle est calme et majestueuse la citadelle blanche, sur l’Oder, tandis que de toutes les embrasures les canons aboient contre la ville et le camp, et les couleuvrines dardent en sifflant leurs langues sur les eaux couleur de cuivre.

     

    Les soldats du roi de Prusse sont maîtres de Wolgast, de ses faubourgs et de l’une et de l’autre rive du fleuve ; mais l’aigle à deux têtes de l’empereur d’Allemagne berce encore ses ailerons dans les plis du drapeau de la citadelle.

     

    Tout à coup, avec la nuit, la citadelle éteint ses soixante bouches à feu. Des torches s’allument dans les casemates, courent sur les bastions, illuminent les tours et les eaux, et une trompette gémit dans les créneaux comme la trompette du jugement.

     

    Cependant la poterne de fer s’ouvre, un soldat s’élance dans une barque et rame vers le camp ; il aborde : « Le capitaine Beaudoin, dit-il, a été tué ; nous demandons qu’on nous permette d’envoyer son corps à sa femme qui habite Oderberg sur la frontière ; lorsqu’il y aura trois jours que le corps voguera sur l’eau, nous signerons la capitulation. »

     

    Le lendemain, à midi, sortit de la triple enceinte de pieux qui hérisse la citadelle une barque, longue comme un cercueil, que la ville et la citadelle saluèrent de sept coups de canon.

     

    Les cloches de la ville étaient en branle, on était accouru à ce triste spectacle de tous les villages voisins, et les ailes des moulins à vent demeuraient immobiles sur les collines qui bordent l’Oder.

     

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  • LE SOIR SUR L’EAU

            Bords où Venise est reine de la mer.
      ANDRÉ CHÉNIER.

     

     

    La noire gondole se glissait le long des palais de marbre, comme un bravo qui court à quelque aventure de nuit, un stylet et une lanterne sous sa cape,

     

    Un cavalier et une dame y causaient d’amour : « Les orangers si parfumés, et vous si indifférente ! Ah ! signora, vous êtes une statue dans un jardin !

     

    — Ce baiser est-il d’une statue, mon Georgio ? pourquoi boudez-vous ? — Vous m’aimez donc ? — Il n’est pas au ciel une étoile qui ne le sache, et tu ne le sais pas ?

     

    — Quel est ce bruit ? — Rien, sans doute le clapotement des flots qui monte et descend une marche des escaliers de la Giudecca.

     

    — Au secours ! au secours ! — Ah ! mère du sauveur, quelqu’un qui se noie ! — Écartez-vous ; il est confessé », dit un moine qui parut sur la terrasse.

     

    Et la noire gondole força de rames, se glissant le long des palais de marbre comme un bravo qui revient de quelque aventure de nuit, un stylet et une lanterne sous sa cape.

     

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  •  Puisses-tu m’entendre Seigneur...

    À l’église, j’ai entendu une dame âgée, sur un banc près de moi, prononcer cette prière.

     

    C’était tellement sincère et en toute innocence que je me dois de la partager avec vous...!!!

    « Seigneur !

    Ces dernières années n’ont pas été faciles. 

    Vous êtes venus chercher mon acteur favori : Jean-Claude Brialy ; mon actrice favorite : Elizabeth Taylor;

    mon chanteur favori : Gilbert Bécaud ; mon écrivain favori : Georges Simenon et aussi mon comédien favori au cinéma : Jean Gabin ;

    mon auteur favori : Jean d’Ormesson; mon rocker favori : Johnny Hallyday...

    Je voulais juste vous informer que mon politicien favori est Emmanuel Macron.

     

    Amen! »

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